Titre : Syndicalisme chrétien : organe mensuel de la C.F.T.C.
Auteur : Confédération française des travailleurs chrétiens. Auteur du texte
Éditeur : C.F.T.C. (Paris)
Date d'édition : 1934-04-01
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328745402
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 450 Nombre total de vues : 450
Description : 01 avril 1934 01 avril 1934
Description : 1934/04/01 (N117)-1934/04/30. 1934/04/01 (N117)-1934/04/30.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6230715c
Source : CODHOS / Archives CFDT, 2012-81695
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 26/11/2012
Le Syndicalisme Chrétien
Organe mensuel de la C. F. T. C.
N" 117. 5, rue Cadet. - ,Paris (9e) AVRIL 1934.
TÉLÉPHONE : PROVENCE 44-90.
Abonnement annuel ; 10 francs
CHÈQUES POSTAUX : PARIS 283-24
Deux anniversaires
La célébration de la Fête chrétienne du Travail
s'accompagnera pour tous nos amis, le 10 mai prochain,
d'une double commémoration. En effet, le 1er avril 1834
venait au monde à Arrancy (Aisne) René de La Tour
du Pin, qui devait être un grand sociologue catholique,
le théoricien de l'organisation corporative aux temps mo-
dernes. lEt le 21 mars 1884 fut marqué par la promul-
gation de la loi syndicale française, aboutissement de
longs efforts et origine d'un vaste mouvement d'asso-
ciation professionnelle.
Centenaire et cinquantenaire entre lesquels il y a
davantage qu'un rapport artificiel : car de la doctrine
à la loi et aux réalisations le lien est étroit, surtout en
régime d'opinion.
£ &
Dans Ma Vocation sociale, Albert de Mun a décrit,
avec toute la magie de son style, deux des rencontres
qu'il eut, au cours de l'Année terrible, avec son ami et
futur collaborateur, de la Tour du Pin. L'un et l'autre
officiers de cavalerie, ils s'étaient rejoints sur le champ
de bataille de Rezonville, le 16 août 1870, confiants
dans la victoire. Ils devaient se retrouver le 16 octobre,
à Mayence, sur le chemin de la captivité. Emouvant
contact, que de Mun a noté en ces termes : « Je ne
sais plus quels mots il me dit, mais son accent fait
encore tressaillir mon coeur. En quelques brèves paroles,
sur ce seuil ennemi, il releva mon front courbé, vers l'es-
poir viril des prochaines régénérations. »
Prisonniers de guerre à Aix-la-Chapelle, les deux
amis découvrirent l'intense labeur intellectuel, politique,
social, des catholiques allemands. Puis ce fut, en mars
1871, le retour en France ; bientôt après, la Commune
et la répression sanglante ; ensuite, les méditations et
les entretiens devant les ruines calcinées laissées par
l'insurrection. Enfin, le 23 décembre 1871, l'Œuvre des
Cercles était fondée ; les deux frères de Mun, Albert
et Rcbert, avaient une part importante dans cette créa-
tion ; quant à René de la Tour du Pin, il avait rédigé
l'acte même par lequel les neuf fondateurs se vouaient
à la croisade sociale.
Robert de Mun, qui affirma, dès le début, les plus
précieuses qualités d'organisateur, devait mourir pré-
maturément. Son frère fournit la magnifique carrière
qui appartient à l'Histoire. Par la fougue et la poésie
d'une rare éloquence, il fut l'animateur d'un large cou-
rant d'opinion. Cependant, sur le terrain parlementaire,
il fit preuve d'esprit réaliste dans la préparation des
lois protectrices du travail : témoin, la collaboration
étroite qu'il voulut nouer avec les syndicats chrétiens
pour la rédaction de textes concernant la durée du tra-
vail des employés, la semaine anglaise, le minimum de
salaire dans les industries à domicile.
René de la Tour du Pin, lui, fut le penseur, le
théoricien, le docteur de l'Œuvre des Cercles. Disciple de
Frédéric Le Play, il s'attachait à bien discerner les
grandes lois sociales issues du droit naturel, du Déca-
logue, de l'Evangile, de la Tradition catholique. Sous
son impulsion, le Conseil des Etudes acquit, au sein de
l'Œuvre, une importance considérable. En relation avec
un comité institué à Rome par Léon XIII, pour l'exa-
men des questions ouvrières, et avec le groupe des ca-
tholiques de langue allemande, établi à Francfort par
le prince Charles de Lœwenstein, ce Conseil alimenta
les travaux de l'Union de Fribourg qui, présidée par
Mgr Mermillod, exerça une influence notable sur les
idées, les mœurs et les institutions.
Si St
Quelle est donc, en résumé, la doctrine dont la Tour
du Pin se faisait le patient et clairvoyant commenta-
teur (9 Elle consiste, d'abord, en une critique serrée de
l'individualisme révolutionnaire. L'homme est un être
social par excellence, et même un être « historique »,
en ce sens qu'il se relie non seulement à ses contem-
porains, mais à ses ancêtres. Or, sur le plan économi-
que, la liberté du travail, le régime capitaliste sont la
négation de toute dignité humaine chez le salarié. Ce
système impose à l'ouvrier comme au patron « la même
insécurité par suite de la même tyrannie ». En suppri-
mant la propriété corporative, le libéralisme a créé une
nouvelle forme de propriété collective, le capitalisme,
qui consacre «. la puissance et l'irresponsabilité du ca-
pital anonyme ».
Dans son principal ouvrage : Vers un ordre social
chrétien (Jalons de route 1882-1907), la Tour du Pin
a montré la nécessité de reconstituer, ces organismes
essentiels ; la société religieuse, la société domestique
et la société professionnelle. Ainsi, l'individu se trou-
vera encadré et protégé par des groupements interposés
entre lui et l'Etat.
La société professionnelle implique la reconnais-
sance d'un droit propre pour chacun de ses membres,
pour la corporation elle-même, enfin pour l'Etat envers
celle-ci. La corporation s'insère dans la vie collective et
devient une institution sociale, qui doit avoir sa place
dans l'organisation de la Commune et même dans celle
de l'Etat. La sauvegarde des droits corporatifs est assu-
rée par le pouvoir central, qui intervient seulement pour
homologuer les règles de la profession.
Dans ses Aphorismes de Politique sociale, la Tour
du Pin a esquissé le fonctionnement des corps de mé-
tier, à côté des conseils administratifs et politiques.
Leur rôle, à son gré, se manifesterait « consultative-
Organe mensuel de la C. F. T. C.
N" 117. 5, rue Cadet. - ,Paris (9e) AVRIL 1934.
TÉLÉPHONE : PROVENCE 44-90.
Abonnement annuel ; 10 francs
CHÈQUES POSTAUX : PARIS 283-24
Deux anniversaires
La célébration de la Fête chrétienne du Travail
s'accompagnera pour tous nos amis, le 10 mai prochain,
d'une double commémoration. En effet, le 1er avril 1834
venait au monde à Arrancy (Aisne) René de La Tour
du Pin, qui devait être un grand sociologue catholique,
le théoricien de l'organisation corporative aux temps mo-
dernes. lEt le 21 mars 1884 fut marqué par la promul-
gation de la loi syndicale française, aboutissement de
longs efforts et origine d'un vaste mouvement d'asso-
ciation professionnelle.
Centenaire et cinquantenaire entre lesquels il y a
davantage qu'un rapport artificiel : car de la doctrine
à la loi et aux réalisations le lien est étroit, surtout en
régime d'opinion.
£ &
Dans Ma Vocation sociale, Albert de Mun a décrit,
avec toute la magie de son style, deux des rencontres
qu'il eut, au cours de l'Année terrible, avec son ami et
futur collaborateur, de la Tour du Pin. L'un et l'autre
officiers de cavalerie, ils s'étaient rejoints sur le champ
de bataille de Rezonville, le 16 août 1870, confiants
dans la victoire. Ils devaient se retrouver le 16 octobre,
à Mayence, sur le chemin de la captivité. Emouvant
contact, que de Mun a noté en ces termes : « Je ne
sais plus quels mots il me dit, mais son accent fait
encore tressaillir mon coeur. En quelques brèves paroles,
sur ce seuil ennemi, il releva mon front courbé, vers l'es-
poir viril des prochaines régénérations. »
Prisonniers de guerre à Aix-la-Chapelle, les deux
amis découvrirent l'intense labeur intellectuel, politique,
social, des catholiques allemands. Puis ce fut, en mars
1871, le retour en France ; bientôt après, la Commune
et la répression sanglante ; ensuite, les méditations et
les entretiens devant les ruines calcinées laissées par
l'insurrection. Enfin, le 23 décembre 1871, l'Œuvre des
Cercles était fondée ; les deux frères de Mun, Albert
et Rcbert, avaient une part importante dans cette créa-
tion ; quant à René de la Tour du Pin, il avait rédigé
l'acte même par lequel les neuf fondateurs se vouaient
à la croisade sociale.
Robert de Mun, qui affirma, dès le début, les plus
précieuses qualités d'organisateur, devait mourir pré-
maturément. Son frère fournit la magnifique carrière
qui appartient à l'Histoire. Par la fougue et la poésie
d'une rare éloquence, il fut l'animateur d'un large cou-
rant d'opinion. Cependant, sur le terrain parlementaire,
il fit preuve d'esprit réaliste dans la préparation des
lois protectrices du travail : témoin, la collaboration
étroite qu'il voulut nouer avec les syndicats chrétiens
pour la rédaction de textes concernant la durée du tra-
vail des employés, la semaine anglaise, le minimum de
salaire dans les industries à domicile.
René de la Tour du Pin, lui, fut le penseur, le
théoricien, le docteur de l'Œuvre des Cercles. Disciple de
Frédéric Le Play, il s'attachait à bien discerner les
grandes lois sociales issues du droit naturel, du Déca-
logue, de l'Evangile, de la Tradition catholique. Sous
son impulsion, le Conseil des Etudes acquit, au sein de
l'Œuvre, une importance considérable. En relation avec
un comité institué à Rome par Léon XIII, pour l'exa-
men des questions ouvrières, et avec le groupe des ca-
tholiques de langue allemande, établi à Francfort par
le prince Charles de Lœwenstein, ce Conseil alimenta
les travaux de l'Union de Fribourg qui, présidée par
Mgr Mermillod, exerça une influence notable sur les
idées, les mœurs et les institutions.
Si St
Quelle est donc, en résumé, la doctrine dont la Tour
du Pin se faisait le patient et clairvoyant commenta-
teur (9 Elle consiste, d'abord, en une critique serrée de
l'individualisme révolutionnaire. L'homme est un être
social par excellence, et même un être « historique »,
en ce sens qu'il se relie non seulement à ses contem-
porains, mais à ses ancêtres. Or, sur le plan économi-
que, la liberté du travail, le régime capitaliste sont la
négation de toute dignité humaine chez le salarié. Ce
système impose à l'ouvrier comme au patron « la même
insécurité par suite de la même tyrannie ». En suppri-
mant la propriété corporative, le libéralisme a créé une
nouvelle forme de propriété collective, le capitalisme,
qui consacre «. la puissance et l'irresponsabilité du ca-
pital anonyme ».
Dans son principal ouvrage : Vers un ordre social
chrétien (Jalons de route 1882-1907), la Tour du Pin
a montré la nécessité de reconstituer, ces organismes
essentiels ; la société religieuse, la société domestique
et la société professionnelle. Ainsi, l'individu se trou-
vera encadré et protégé par des groupements interposés
entre lui et l'Etat.
La société professionnelle implique la reconnais-
sance d'un droit propre pour chacun de ses membres,
pour la corporation elle-même, enfin pour l'Etat envers
celle-ci. La corporation s'insère dans la vie collective et
devient une institution sociale, qui doit avoir sa place
dans l'organisation de la Commune et même dans celle
de l'Etat. La sauvegarde des droits corporatifs est assu-
rée par le pouvoir central, qui intervient seulement pour
homologuer les règles de la profession.
Dans ses Aphorismes de Politique sociale, la Tour
du Pin a esquissé le fonctionnement des corps de mé-
tier, à côté des conseils administratifs et politiques.
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