Titre : Le Petit journal
Auteur : Parti social français. Auteur du texte
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Clermont-Ferrand)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Pau)
Date d'édition : 1866-12-26
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32895690j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 146118 Nombre total de vues : 146118
Description : 26 décembre 1866 26 décembre 1866
Description : 1866/12/26 (Numéro 1416). 1866/12/26 (Numéro 1416).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG64 Collection numérique : BIPFPIG64
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5895067
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/07/2008
LE PETÏÏ JOlîKNAL
Folies-Dramatiques le Château de Roche-Fontaine,
pièce en trois actes de M. Desroches- Valnay,
Quinze heures de fiacre, vaudeville en deux ac-
tes, de JIM. Clairville et Nuitter.
Théâtre Déjazet la Fée aux Amourettes, comédie-
vaudeville en cinq actes, de MM. H. de Keck et,
Guénée.
M. DesroohÊs-Valnay, l'auteur dn Château de
Hochefontaine, coçs-iiencieux acteur de la Porte-
membre actif et dévoué de la com-
mission des artistes dramatiques, s'était déjà dis-
tingué comme échvaiifpar plusieurs nouvelles très-
remarquables. Son début comme dramaturge ne
lui fait pas moins d'honneur. Le Château de Roche-
Fontaint- est un drame intime très réussi l'intérêt
commence dès l'exposition du sujet et augmente
Le marquis de Roche-Fontaine, gentilhomme plu-
sieurs fois ruiné, a refait sa fortune par un travail
opiniâtre. Redevenu riche, il a consacré son temps
et ses revenus à entourer de soins et de prévenan-
ces une jeune orpheline qu'il a recueillie en bas
âge et qui est aujourd'hui une belle demoiselle à
marier.
Un jeune peintre appelé à Roche-Fontaine pour
peindre la coupole de l'église de la, loealité et des
fresques dans le château du marquis, se prend à
aimer Bénédicte, qui le paye de retour.
Marcel et Bénédicte s'étaient d'ailleurs connus à
Paris et avaient ressenti les premières atteintes du
mal!
N'osant demander la main d'une riche héritière
qui passe pour la nièce du marquis, Marcel va quit-
ter Rochefontaine, entraïné par son vieil ami Jac-
ques, son compagnon de voyage, son inséparable,
quand Bénédicte vient lui demander le motif de
son brusque départ.
L'explication, d'abord calme en apparence, se
change bientôt enj un entretien tendre, puis pas-
Bénédicte ayant, de force, tiré la toile qui re-
couvre un tableau de Marcel, voit son propre por-
trait que son adorateur discret a exécuté de mé-
moire. Elle s'évanouit; Marcel se jette à ses pieds.
et à ce moment le marquis entre dans l'atelier du
peintre.
L'action prend alors des proportions pathétiques
trop pathétiques parfdis pour la scène des For
lies-Dramatiques.
Le marquis élevait Bénédicte pour dans son
égoïsme, le vieillard entendait se faire rembourse-
toutes ses dépenses par un mariage disproportion-
né qui eût consommé le malheur de la jeune fille.
C'est Jacques, la franchise ét le bon sens en per-
sonne, qui arrive à faire comprendre au vieillard le
ridicule et la folie de ses prétentions et à transfor-
mer une passion insensée en un amour paternel.
Des types çomiques, habilement mêlés à l'intri-
gue, tempèrent le côté sérieux de la pièce.
Au succès de l'auteur se joint le succès des ar-
listes, qui tous ont été rappelés. M"e lfarie-De-
breuil joue le rôle de Bénédicte avec beaucoup de
sentiment et ue naturel; elle saisit les nuances
avec intelliaence et ne les force jamais. Omerrend
avec beaucoup de rondeur et de chaléur le person-
nage de honnête Jacquets. Achète Maurice Coste,
Heuzey jouent bien les autres principaux roles.
Le spectacle se termine par une farce intitulée
Quinze heures de fiacre. Un quidam, sur le point
d'épouser la fille d'un marchand d'objets algériens,
conçoit des doutes sur la vertù de sa future et fait
du garçon de magasin un espion à son service. Le
jour où le contrat doit se signer, le fiancé apprend
que 1, belle est montée en voiture la veille avec un
cocodès et a fait le tour des lacs du bois de Boulo-
logne en cette compagnie. Que se passa-t-il? Nul
ne le sait, car les stores du véhicule étaient fermés;
le soleil, il parait, était bien ardent! Le cocher don-
ne des explications très édifiantes et le quiproquo
d'aller son train. car, vous le pensez bien, il y a
erreur de la part du trottin. Tout s'explique à la
Closerie.des hannetons où le fiancé espère surpren-
dre sa fiancée, et où la fiancée vient chercher son
Ce gai et amusant vaudeville est enlevé avec un
bel entrain par Vavasseur, Heuzey et M™8 Angélina
Legros.
Traversons le boulevard et entrons au Théâtre
Déiazet.
Le jeune Taboureau, Breton d'origine, mais ele-
vé à Paris, est rappelé dans son pays, à peine sorti
du collége, pour épouser une jolie et riche fermiè-
re. Il aime sa fiancée, mais au moment de s'unir à
elle, il regrette de n'avoir jamais connu la vie de
Paris, la vie semée d'aventures galantes. Une fée
viént le tirer d'embarras à l'instant même où le
mariage va se consommer; elle s'engage à le lan-
cer dans toutes sortes [d'amourettes, et, à cet effet,
elle l'emmène à Paris.
L'infortunée jeune fille se désole; mais 1 ami
Campagnol, un Parisien qui saitquelle est la durée
des liaisons légères, la console et lui promet de lui
ramener bientôt le volage..
Des amourettes 'de différentes catégories s of-
frent d'elles-mêmes à Taboureau, amourettes avec
des grisettes, d.es cocottes, des actrices, des bour-
geoises et des femmes du monde mais toutes les
aventùres-'durenl peu et désitlusionnent le petit
Breton, qui ne tarde pas à revenir au pays implo-
rer le pardon de la belle fermière.
Le mariage, voilà la seule amourette vraie, le
seul bonheur sur lequel on puisse compter. Telle
est l'idée morale de la pièce. Ce plaidoyer en fa-
veur du mariage, puisse-t-il porter ses fruits et
mettre sur les dents les maires et adjoints de tous
les arrondissements.
La pièce de &1M. Henri de Kock et Guénée con-
Uent plusieurs tableaux réussis, surtout lu qua-
SHème. Elle est bien jouée par Allart, Milher, l'a-
musante Boisgontier, et surtout par Mlle Daudoird,
qui remplit le rôle multiple de la Fée aux amou-
rettes, avec une véritable originalité. Elle porte à
ravir ses différents costumes, et s'est fait surtout
applàudir en fausse paysanne normande. La place
de M»8 Daudoird eat aux Variétés.
EMILE ABRAHAM.
MM. les Abonnés des départements dont
bonnement expire Se, 31 décembre sont
i
priés de le renouveler immédiatement, s'ils
ne veulent pas éprouver de retard dans la
réception du journal.
Les demandes de renouvellement, les rué-
clamations et changements d'adresse doi-
vent être accompagnés d'une des dernières
bandes imprimées.
Le mode d'abonnement le plus sûr con-
siste dans l'envoi d'un mandat-poste à l'or-
dre du directeur; le talon de la poste sert
de reçu.
CHRONIQUE
Nous avons signalé, il y a quelque temps, l'ar-
rivée au Havre d'un millionnaire américain dont
les domestiques portaient tous pour livrée le 'cos-
tume professionnel des pâtissiers. Ce groupe de to-
ques blanches a vivement piqué la curiosité publi-
que. Voici ce qu'on raconte au sujet du Yankee ex-
centrique
D'abord ce Yankee, nommé John,. est Ecossais
d'origine. Etant professeur de musique à Edim-
bourg, il s'éprit d'une jeune fille que son père
refusa de lui donner pour femme, sous prétexte
qu'un violon composait tout son capital. Ils se ma-
rièrent,néanmoins devant le fameux forgeron de
Gretna-Green, qui autrefois bénit tant d'unions, et
s'embarquèrent pour l'Amérique, en compagnie
d'un ami de John, pâtissier de son état, et nom-
mé Charles N. Ils s'établirent toas deux à New-
York.
La fortune ne fut pas également favorable aux I
deux camarades. Charles excellait dans l'art de
faire des brioches, des savarins, des meringues
aussi la gentry de la ville-netarda pas à prendre
son magasjn sous sa puissante protection. En quel-
(lues années, Charles était devenu riche.
Le musicien, lui, n'eut pas la même chance. Il
tenta deux fois de donner un concert, mais c'est à
peine si la recette lui permit de payer les frais. Le
prix de ses leçons le faisait vivoter, en s'imposant,
et en imposant à sa femme, de cruelles privations
Jane était une créature charmante au possible, mais
capricieuse et gourmande. Elle ne passait pas un
jour sans faire une petite station dans le magasin
de Charles, et là, elle engouffrait volontiers dans sa
petite bouche rose, à l'heure du lunch, une demi-
douzaine de gâteaux au rhum et à la crème.
Elle raffolait surtout d'une pâtisserie fortement
imprégnée de gingembre dont Charles était l'inven-
teur. Jane avait des mouvements si coquets lors-
qu'elle mordait à belles dents dans la tartelette en
gingembre, que Charles ne pouvait s'empêcher de
la dévorer du regard, pendant qu'elle dévorait ses
produits. Bientôt, il osa lui faire des compliments,
et même, un jour, il s'oublia jusqu'à lui proposer
de faire casser le mariage contracté devant l'en-
clume de Gretna-Green et de l'épouser, lui.
Pour toute réponse, Jane grignota une seconde
tartelette, tout en riant aux éclats.
Le pâtissier connaissait le péché mignon de Jane,
il résolut de la prendre par son faible.
Le lendemain, il envoya sa carte au musicien
or cette carte se montait à quelque chose comme
65 dollars, soit 325 francs, que John se trouvait en
ce moment, aussi bien que. dans un autre, incapa-
ble de. solder.
Une explication eut lieu entre les deux anciens
camarades, et une autre entre le musicien et sa
femme. Celle-ci était aussi vertueuse que gourman-
de, et, vraiment, ce n'est pas peu dire. Elle discon-
tinua donc ses visites au buffet du pâtissier, mais,
malgré elle, son caractère commença à s'aigrir. Un
jour, elle dit à son mari
Puisque votre violon est impuissant à satis-
faire les besoins de votre femme, jetez-le dans un
coin, et prenez un état plus lucratif celui de pâ-
tissier, par exemple.
John se fâcha tout rouge, et une véritable que-
relle éclata entre les deux époux. Pour comble de
malheur, tous les élèves de John le quittèrent pour
un autre professeur. La misère s'introduisit insen-
siblement dans le ménage. Un matin, le musicien
exécutait des variations sur un motif de Rodde,
lorsque Jane entra, précédant la vieille Irlandaise
qui les servait.
Oui, oui, dit la jeune femme d'un ton ironi-
que, voilà des arpéges brillamment exécutés; mais
on ne satisfait pas l'estomac avec des arpèges.
Le professeur resta, l'archet en l'air, ne compre-
nant rien à ces paroles.
De quoi s'agit-il? demanda-t-il enfin.
Il s'agit, répondit l'Irlandaise, que le boucher
refuse de nous faire crédit,plus longtemps. Il reste
à la cuisine six oeufs, du persil et un morceau de
lard pour faire une omelette mais je n'ai ni char-
bon ni bois pour la faire cuire.
Et l'heure du déjeuner a sonné ajouta Jane,
en ricanant.
Le musicien avait compris cette fois. Il réfléchit
un instant.
Prenez ma boite à violon, dit-il à l'Irlan-
daise et brûlez-la.
Et après un moment de silence, silence rempli
d'angoisses, il reprit d'une voix émue, maisferme,
pourtant
Prenez aussi ce violon qui ne peut nous faire
vivre. Au feu, la boîte et l'instrument! 1 Allons 1 sois
satisfaite, je me ferai pâtissier, ajouta-t-il, la larme
à l'œil et en ouvrant les bras à sa femme.
Ce qui venait d'être dit fut aussitôt exécuté.
Charles avait amassé une fortune suffisante. Il se
montra touché de la position de son ancien cama-
rade et lui apprit son état puis il lui céda son
établissement, sans oublier de lui donner le secret
des fameuses tartelettes au gingembre. Musicien
médiocre, John surpassa Charles dans la confection
des pâtés et des petits fours. Il inventa même, en
collaboration avec Jane, un gâteau aux ananas qui
mit le comble à la faveur dont jouissait son buffet.
On faisait queue à sa porte pour manger du gâteau
aux ananas. Jane avait repris ses fraîches couleurs
et sa pétulante gaîté. Le bonheur était revenu en
même temps que les dollars emplissaient la caisse.
Mais, hélas maintenant qu'elle pouvait librement
satisfaire son goût pour les belles parures ekponr
les friandises. Jane s'abandonna un peu trop* son
double penchant. Un iour, elle mourut d'indige8*
tion. Les tartelettes au gingembre et les gâteaux aux
ananas l'avaient tuée.
John pleura sincèrement sa femme; mais il finit
par se consoler. Non-seulement il était devenu
le fournisseur de toutes les riches maisons de New-
Orléans, mais encore il expédiait dans les villes de
l'Union et jusqu'au delà du golfe du Mexique, les
produits renommés de son industrie. Les dollars
ne cessaient pas d'affluer dans la caisse; les mil-
lions arrivèrent enfin. John, passionné pour an
art qui procurait de si beaux bénéfices, inventait
chaque jour une friandise nouvelle. On ne l'appe-
lait plus que le roi des pâtissiers. Il se décida
pourtant à la retraite. Il vint alors à New-York, où
il monta sa maison sur un pied princier. Loin de
rougir de l'origine de sa fortune, il voulut avoir
sans cesse cette origine sous les yeux C'est pour-
quoi il choisit pour sa livrée la veste et la toque
blanches professionnelles. Cocher, valets de pied,
valets de chambre, cuisinier, laqnais, tous portent
cette livrée que nous avons signalée à bord du Pe-
reire. Ils étaient là 22 domestiques ainsi costumés,
qui accompagnent leur maître à Paris.
Les Parisiens sont dûment avertis. Lorsqu'ils
verront passer sur les boulevards un brillant équi-
page avec cocher, valet de pied, laquais en toque
blanche, ils sauront que cet équipage est celui du
yankee original et millionnaire.
On va jusqu'à dire que son long veuvage com-
mence à lui peser et que' le roi des pâtissiers
ne serait pas éloigné de partager ses millions avec
une autre Jane. Il y mettrait cette seule condition
La femme de son choix s'engagerait à ne jamais
porter d'autre couvre-chef qu'une toque blanche,
et à ne pas manger de tartelettes.
Voici les jeunes et jolies Parisiennes dûment aver-
ties à. leur tour.
JEAN BARBABOU.
Effroyable collision eur le chemin de fer
DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE
Un terrible accident est arrivé avant-hier, à six
heures du soir, près de Franois'(Doubs).
Le train omnibus 212 a rencontré un train de
marchandises auprès de la gare de Franois, sur la
ligne de Dijon à Besançon.
Nous recevons de la Compagnie des chemins de
fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée les rensei-
gnements sur cette terrible rencontre
0'accident a été causé par l'ou6li d'un agent,
qui a laissé partir de Franois le train de voyageurs
n° sans attendre l'arrivée du convoi de mar-
chandises qui devait croiser le premier train à
cette gare. Cet oubli-est d'autant pros inexplicable,
que le passage du train de marchandises avait été
annoncé par avis spécial à chaque gare.
Le nombre des morts est-de quatorze, y compris
un blessé, qui a succombé en arrivant à Besançon.
Les noms des personnes atteintes sont indiqués
dans la liste suivante
Liste des personnes atteintes dans l'accident arrivé
le 25décembre près de Franois.
TUÉS.
Voyageurs. MM. Léon Perronne, négociant en
vins à Dijon; Grap, maître carrier à Velesines Ju-
lien, menuisier à Monlagney Roret fils, cultiva-
teur à Velotte Vieille, fabricant de poteries à
Etrepigney; cinq militaires badois dont. les noms
sont inconnus; un militaire du 52° (n° 2561).
Agents de la Compagnie. MM. Godefroy, sons-
chef de gare de remplacement à Besançon; Kuntz,
conducteur-chef; Maréchal, facteur de deuxième
-™ BLESSÉS
Voyageurs. MM. Wilhem Wurch, soldat ba-
dois Jean Vangir, cultivateur Gracchini, voya-
geur de commerce de Marseille Tangrelme, mé-
canicien.
Mmes Julien, femme du menuisier tné; Fran-
çoise Berthaud, femme de cultivateur; Agathe Py,
femme de cultivateur; Maréchal, femme du facteur
tué; 10 soldats allemands qui sont à l'hôpital.
Agents de la Compagnie. MM. Gener, conduc-
teur chef; Taillard, conducteur Feriot, chauffeur;
Pidancet, mécanicien Klein, mécanicien.
Les trois premiers agents sont atteints, griève-
ment.
VOICI le sommaire UU uçluica uuluciu uu juut-
nal politique de la semaine
Nouvelles du jour. Bulletin politique. La Po-
litique de modération. Affaires de, l'île de
Crè,te. Discours de M. de Bismark. M. de
Bismark et ses médecins. Message du prési-
dent des Etats-Unis au Con;rès fédéral. Af-
faires du Mexique. Le mouvement financier.
Caisse des Reports. Causerie. Chemins
de fer et Sociétés industrielles. Rapport sur
la situation financière de l'Empire. Revue fi-
nancière. Bulletin commercial; balles et mar-
chés; industries parisiennes; notice sur le cho-
colat Menier.– Chronique. Concerts à l'améri-
caine. Bibliographie. Partie littéraire.
Roman MUo de la Môle, etc., etc.
Abonnement 3 fr. par trimestre. Bureau du
Petit Journal, US, rue Richelieu, Paris.
DÉPARTEMEINTS
Le Courrier de l'Eure annonce que, malgré la
saison pluvieuse, presque tous les puits du dépar-
tement sont à sec.
M. VictordePiellat, propriétaire desfonderiesde
Pont-Evêque, à Vienne président de la So-
ciété des arts-et-méûers, adjoint du maire de Tien-
ne depuis 1850, vient de mourir.
L'aviso à vapeur le Dix-Décembre est occupé en
ce moment à l'achèvement du réseau sémaphpri-
que du arrondissement maritime.
Le Dix-Décembre est arrivé hier sur rade de Tou-
lon, à dix heures da soir, après avoir heureuse-
ment terminé l'immersion du câble électrique sous-
marin entre les'i!es de L4reins (golfe Jouan) etles
lies d'Byères.
SOUVENIRS JODÎCliURES
POLICE CORRECTIONNELLE
UNE CONF.ÉRENCE EN PLEIN AIR
Briolet, un serrurier, Crinchon tanneur, et[
Guillaumin, un écrivain public, sortaient, à quatre
heures du matin, d'un réveillon. La nuit était so
bre, le brouillard laissait à peine voir la lumière
du gaz.
Nos amis avaient d'ailleurs bu, ils n'y vos ient|
que trente-six chandelles aussi ils ne trouvaient!
pas toujours leur chemin.
-Ils ont beau faire et beau dire, dit Briolet avec'
un juron, avec leur gaz, ils ne feront jamais rient
approchant la nature.
Oh non, dit Crinchon, ils ne remplaceront
jamais les étoiles. C'est bien beau les étoiles; une
seule chose m'entortille, c'est qu'on ne sait pas
d'où ce que ça vient, ni ce que c'est, ni comment
que ça s'arrange.
Guillaumin' ne disait rien; il avait une idée. Ilj
désirait depuis longtemps faire une conférence. Deux'
choses lui avaient toujours manqué le local et un,
auditoire. Il avait trouvé les deux. Il préparait sa;
conférence tout en marchant silencieusement à côté:
de ses compagnons.
-C'est donc la boisson qui t' tourne sur le cœur»!;
Guitlaumin, dit Briolet, que tu regardes les pavés:
pendant que nous parlons des étoiles? Toi qu'es!
un savant, tu devrais pourtant nous dire quelque'
chose sur ça, qui nous offusque l'imagination.
Voyons,'à ton idee, qu'est que c'est, les étoiles?
Guillaumin saisit l'occasion aux cheveux; il dit'
sur les étoiles tout ce que Malhieu Laensberg lui,
en avait appris, à savoir que les étoiles sont des
corps célestes dont les uns, à postes fixes, ne sonti
ni plus ni moins que des soleils et les autres,er-
rantes dans l'espace, sont des planètes tourna
autour des premiers, absolument comme notre glo-i
be tourne autour du soleil.
Apres cette première aonnee générale, uummin, qu'échauffait son sujet, et, poussé d'ailleurs'
par les objections de ses interlocuteurs, ne s'arrè-
ta pas en si beau chemin. Il donna sm les étoiles,
sur leur forme, leur marche, leurs conditions
d'existence, les détails les plus minutieux et les1 <
plus précis.
Entrant même au cœur de son sujet, il avancer
qae les. étoiles étaient des mondes comme le nôtre..
et que, sans pouvoir affirmer positivement si elles;
étaient habitées par des hommescomme nous, bien
certainement il devait y avoir des habitants, quel-
conques qui parlaient, travaillaient, mangeaient,
buvaient, allaient à la barrière, au spectacle, eti
montaient en omnibus à leur manière.
Comme ça, dit Crinchon, tu vas bientôt nous!
dire qu'il y a dans les étoiles des serruriers, des;
tanneurs et des écrivains publics?
Pourquoi pas?
Et qu'est-ce qui t'a dit ça, méchant gâcheur
de plumes d'oie?
C'est la lecture qui m'a dit ça, et des hommes;
que tu n'es pas digne seulement de tanner le cuir!
de leurs souliers.
Ah comme ça, tu nous prends pour des me-;
Ions, et tu veux nous faire passer tes bêtises pour,
des mots d'Evangile allons, en garde que je tan-'
ne ta peau. Sommes-nous nous deux, Briolet, que
nous lui fassions voir trente-six chandelles pour,
qu'il lise encore mieux dans les étoiles?
Briolet n'était que trop disposé à partager leres-
sentiment de Crinchon tous deux se croyant hu-
miliés, moqués, méprisés par le savant écrivain pu-:
blic, cessèrent avec lui l'argumentation de la lân~
gue pour y substituer la plus ancienne logique, cel-i
le de nos premiers parents, la logique des poings..
Or, la partie n'était plus égale quatre argumentsi
puissants, formidables, arguments de serrurier et:
de tanneur, tomÈèrenS à à la fois sur le dos de Guil-
iaumin, qui n'avait à leur opposer que deux petits:
arguments d'écrivains, d'homme de lettres, faibles¡
et désarmés de la plume d'oie.
Le résultat de la discussion fut pour Guillauminü
-force horions^ qu'en toute autre circonstance, i1L
eût reçu sans se plaindre; mais dont cette fois, pouri
le triomphe de la science, il a voulu que la polices-
correctionnelle ait connaissance.
Briolet et Crinchon, prévenus de coups volontai-'
res sur la personne de GuïTlaumin, se bornent
dire qu'il les avait enquiquinés avec ses étoiles, di-{
sant que les serruriers et les tanneurs de la lune»)
travanUpent mieux que ceux de Paris.
En l'absence de témoins, les voies de fait n étant;
pas établies, les deux prévenus sont renvoyés des
la plainte, et Guillanm:n, encore une fois, en resta
pour ses frais. Maisil a fait sa conférence.
Le deuxième numéro de la Revue de Poche seras,
mis en vente demain mercredi 26 décembre.
Sommaire: Lettre, de Charles Monselet; iKcofej
païenne, Une grotte à stalactites, Derrière les fagots-^
inédits de Gavarni, Pasquinades sur,les papes, ci-
necdotes bibliographiques. Notes sur l Egypteyj&0-i
trait des mémoires d'un Amoureux platonique. Tarn
d'aiguilles. Veuillot jugé par Victor Hugo. De
fauteuil. Révélations sur le Freischuts. Sous Ut vt;
trinc. Première aux bibliophiles.
Chez lea principaux libraires, 1 fr. la hvraison4
Tirage spécial de vingt-cinq exemplaires numés
rotés sur beau papier de Chine, 3 fr. •
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18 fr. pour six mois.-25 fr. pour un an.
VARIETES
LE CRIME D'ORCIVAL.
(Voir le, Petit Journai depuis le 30 octobre.!)..
Mais Berthe sut se contraindre. Elle fut,
gracieuse, charmante comme elle savait l'être,1;
un peu. triste cependant à cause dé' la maladie
de son cher Clément dont, on n'entrevoyait pas
l'issue. Même, elle embrassa très, affectueuse-
[ 'L'adressé écrite, après quelques phrases ba-
Folies-Dramatiques le Château de Roche-Fontaine,
pièce en trois actes de M. Desroches- Valnay,
Quinze heures de fiacre, vaudeville en deux ac-
tes, de JIM. Clairville et Nuitter.
Théâtre Déjazet la Fée aux Amourettes, comédie-
vaudeville en cinq actes, de MM. H. de Keck et,
Guénée.
M. DesroohÊs-Valnay, l'auteur dn Château de
Hochefontaine, coçs-iiencieux acteur de la Porte-
membre actif et dévoué de la com-
mission des artistes dramatiques, s'était déjà dis-
tingué comme échvaiifpar plusieurs nouvelles très-
remarquables. Son début comme dramaturge ne
lui fait pas moins d'honneur. Le Château de Roche-
Fontaint- est un drame intime très réussi l'intérêt
commence dès l'exposition du sujet et augmente
Le marquis de Roche-Fontaine, gentilhomme plu-
sieurs fois ruiné, a refait sa fortune par un travail
opiniâtre. Redevenu riche, il a consacré son temps
et ses revenus à entourer de soins et de prévenan-
ces une jeune orpheline qu'il a recueillie en bas
âge et qui est aujourd'hui une belle demoiselle à
marier.
Un jeune peintre appelé à Roche-Fontaine pour
peindre la coupole de l'église de la, loealité et des
fresques dans le château du marquis, se prend à
aimer Bénédicte, qui le paye de retour.
Marcel et Bénédicte s'étaient d'ailleurs connus à
Paris et avaient ressenti les premières atteintes du
mal!
N'osant demander la main d'une riche héritière
qui passe pour la nièce du marquis, Marcel va quit-
ter Rochefontaine, entraïné par son vieil ami Jac-
ques, son compagnon de voyage, son inséparable,
quand Bénédicte vient lui demander le motif de
son brusque départ.
L'explication, d'abord calme en apparence, se
change bientôt enj un entretien tendre, puis pas-
Bénédicte ayant, de force, tiré la toile qui re-
couvre un tableau de Marcel, voit son propre por-
trait que son adorateur discret a exécuté de mé-
moire. Elle s'évanouit; Marcel se jette à ses pieds.
et à ce moment le marquis entre dans l'atelier du
peintre.
L'action prend alors des proportions pathétiques
trop pathétiques parfdis pour la scène des For
lies-Dramatiques.
Le marquis élevait Bénédicte pour dans son
égoïsme, le vieillard entendait se faire rembourse-
toutes ses dépenses par un mariage disproportion-
né qui eût consommé le malheur de la jeune fille.
C'est Jacques, la franchise ét le bon sens en per-
sonne, qui arrive à faire comprendre au vieillard le
ridicule et la folie de ses prétentions et à transfor-
mer une passion insensée en un amour paternel.
Des types çomiques, habilement mêlés à l'intri-
gue, tempèrent le côté sérieux de la pièce.
Au succès de l'auteur se joint le succès des ar-
listes, qui tous ont été rappelés. M"e lfarie-De-
breuil joue le rôle de Bénédicte avec beaucoup de
sentiment et ue naturel; elle saisit les nuances
avec intelliaence et ne les force jamais. Omerrend
avec beaucoup de rondeur et de chaléur le person-
nage de honnête Jacquets. Achète Maurice Coste,
Heuzey jouent bien les autres principaux roles.
Le spectacle se termine par une farce intitulée
Quinze heures de fiacre. Un quidam, sur le point
d'épouser la fille d'un marchand d'objets algériens,
conçoit des doutes sur la vertù de sa future et fait
du garçon de magasin un espion à son service. Le
jour où le contrat doit se signer, le fiancé apprend
que 1, belle est montée en voiture la veille avec un
cocodès et a fait le tour des lacs du bois de Boulo-
logne en cette compagnie. Que se passa-t-il? Nul
ne le sait, car les stores du véhicule étaient fermés;
le soleil, il parait, était bien ardent! Le cocher don-
ne des explications très édifiantes et le quiproquo
d'aller son train. car, vous le pensez bien, il y a
erreur de la part du trottin. Tout s'explique à la
Closerie.des hannetons où le fiancé espère surpren-
dre sa fiancée, et où la fiancée vient chercher son
Ce gai et amusant vaudeville est enlevé avec un
bel entrain par Vavasseur, Heuzey et M™8 Angélina
Legros.
Traversons le boulevard et entrons au Théâtre
Déiazet.
Le jeune Taboureau, Breton d'origine, mais ele-
vé à Paris, est rappelé dans son pays, à peine sorti
du collége, pour épouser une jolie et riche fermiè-
re. Il aime sa fiancée, mais au moment de s'unir à
elle, il regrette de n'avoir jamais connu la vie de
Paris, la vie semée d'aventures galantes. Une fée
viént le tirer d'embarras à l'instant même où le
mariage va se consommer; elle s'engage à le lan-
cer dans toutes sortes [d'amourettes, et, à cet effet,
elle l'emmène à Paris.
L'infortunée jeune fille se désole; mais 1 ami
Campagnol, un Parisien qui saitquelle est la durée
des liaisons légères, la console et lui promet de lui
ramener bientôt le volage..
Des amourettes 'de différentes catégories s of-
frent d'elles-mêmes à Taboureau, amourettes avec
des grisettes, d.es cocottes, des actrices, des bour-
geoises et des femmes du monde mais toutes les
aventùres-'durenl peu et désitlusionnent le petit
Breton, qui ne tarde pas à revenir au pays implo-
rer le pardon de la belle fermière.
Le mariage, voilà la seule amourette vraie, le
seul bonheur sur lequel on puisse compter. Telle
est l'idée morale de la pièce. Ce plaidoyer en fa-
veur du mariage, puisse-t-il porter ses fruits et
mettre sur les dents les maires et adjoints de tous
les arrondissements.
La pièce de &1M. Henri de Kock et Guénée con-
Uent plusieurs tableaux réussis, surtout lu qua-
SHème. Elle est bien jouée par Allart, Milher, l'a-
musante Boisgontier, et surtout par Mlle Daudoird,
qui remplit le rôle multiple de la Fée aux amou-
rettes, avec une véritable originalité. Elle porte à
ravir ses différents costumes, et s'est fait surtout
applàudir en fausse paysanne normande. La place
de M»8 Daudoird eat aux Variétés.
EMILE ABRAHAM.
MM. les Abonnés des départements dont
bonnement expire Se, 31 décembre sont
i
priés de le renouveler immédiatement, s'ils
ne veulent pas éprouver de retard dans la
réception du journal.
Les demandes de renouvellement, les rué-
clamations et changements d'adresse doi-
vent être accompagnés d'une des dernières
bandes imprimées.
Le mode d'abonnement le plus sûr con-
siste dans l'envoi d'un mandat-poste à l'or-
dre du directeur; le talon de la poste sert
de reçu.
CHRONIQUE
Nous avons signalé, il y a quelque temps, l'ar-
rivée au Havre d'un millionnaire américain dont
les domestiques portaient tous pour livrée le 'cos-
tume professionnel des pâtissiers. Ce groupe de to-
ques blanches a vivement piqué la curiosité publi-
que. Voici ce qu'on raconte au sujet du Yankee ex-
centrique
D'abord ce Yankee, nommé John,. est Ecossais
d'origine. Etant professeur de musique à Edim-
bourg, il s'éprit d'une jeune fille que son père
refusa de lui donner pour femme, sous prétexte
qu'un violon composait tout son capital. Ils se ma-
rièrent,néanmoins devant le fameux forgeron de
Gretna-Green, qui autrefois bénit tant d'unions, et
s'embarquèrent pour l'Amérique, en compagnie
d'un ami de John, pâtissier de son état, et nom-
mé Charles N. Ils s'établirent toas deux à New-
York.
La fortune ne fut pas également favorable aux I
deux camarades. Charles excellait dans l'art de
faire des brioches, des savarins, des meringues
aussi la gentry de la ville-netarda pas à prendre
son magasjn sous sa puissante protection. En quel-
(lues années, Charles était devenu riche.
Le musicien, lui, n'eut pas la même chance. Il
tenta deux fois de donner un concert, mais c'est à
peine si la recette lui permit de payer les frais. Le
prix de ses leçons le faisait vivoter, en s'imposant,
et en imposant à sa femme, de cruelles privations
Jane était une créature charmante au possible, mais
capricieuse et gourmande. Elle ne passait pas un
jour sans faire une petite station dans le magasin
de Charles, et là, elle engouffrait volontiers dans sa
petite bouche rose, à l'heure du lunch, une demi-
douzaine de gâteaux au rhum et à la crème.
Elle raffolait surtout d'une pâtisserie fortement
imprégnée de gingembre dont Charles était l'inven-
teur. Jane avait des mouvements si coquets lors-
qu'elle mordait à belles dents dans la tartelette en
gingembre, que Charles ne pouvait s'empêcher de
la dévorer du regard, pendant qu'elle dévorait ses
produits. Bientôt, il osa lui faire des compliments,
et même, un jour, il s'oublia jusqu'à lui proposer
de faire casser le mariage contracté devant l'en-
clume de Gretna-Green et de l'épouser, lui.
Pour toute réponse, Jane grignota une seconde
tartelette, tout en riant aux éclats.
Le pâtissier connaissait le péché mignon de Jane,
il résolut de la prendre par son faible.
Le lendemain, il envoya sa carte au musicien
or cette carte se montait à quelque chose comme
65 dollars, soit 325 francs, que John se trouvait en
ce moment, aussi bien que. dans un autre, incapa-
ble de. solder.
Une explication eut lieu entre les deux anciens
camarades, et une autre entre le musicien et sa
femme. Celle-ci était aussi vertueuse que gourman-
de, et, vraiment, ce n'est pas peu dire. Elle discon-
tinua donc ses visites au buffet du pâtissier, mais,
malgré elle, son caractère commença à s'aigrir. Un
jour, elle dit à son mari
Puisque votre violon est impuissant à satis-
faire les besoins de votre femme, jetez-le dans un
coin, et prenez un état plus lucratif celui de pâ-
tissier, par exemple.
John se fâcha tout rouge, et une véritable que-
relle éclata entre les deux époux. Pour comble de
malheur, tous les élèves de John le quittèrent pour
un autre professeur. La misère s'introduisit insen-
siblement dans le ménage. Un matin, le musicien
exécutait des variations sur un motif de Rodde,
lorsque Jane entra, précédant la vieille Irlandaise
qui les servait.
Oui, oui, dit la jeune femme d'un ton ironi-
que, voilà des arpéges brillamment exécutés; mais
on ne satisfait pas l'estomac avec des arpèges.
Le professeur resta, l'archet en l'air, ne compre-
nant rien à ces paroles.
De quoi s'agit-il? demanda-t-il enfin.
Il s'agit, répondit l'Irlandaise, que le boucher
refuse de nous faire crédit,plus longtemps. Il reste
à la cuisine six oeufs, du persil et un morceau de
lard pour faire une omelette mais je n'ai ni char-
bon ni bois pour la faire cuire.
Et l'heure du déjeuner a sonné ajouta Jane,
en ricanant.
Le musicien avait compris cette fois. Il réfléchit
un instant.
Prenez ma boite à violon, dit-il à l'Irlan-
daise et brûlez-la.
Et après un moment de silence, silence rempli
d'angoisses, il reprit d'une voix émue, maisferme,
pourtant
Prenez aussi ce violon qui ne peut nous faire
vivre. Au feu, la boîte et l'instrument! 1 Allons 1 sois
satisfaite, je me ferai pâtissier, ajouta-t-il, la larme
à l'œil et en ouvrant les bras à sa femme.
Ce qui venait d'être dit fut aussitôt exécuté.
Charles avait amassé une fortune suffisante. Il se
montra touché de la position de son ancien cama-
rade et lui apprit son état puis il lui céda son
établissement, sans oublier de lui donner le secret
des fameuses tartelettes au gingembre. Musicien
médiocre, John surpassa Charles dans la confection
des pâtés et des petits fours. Il inventa même, en
collaboration avec Jane, un gâteau aux ananas qui
mit le comble à la faveur dont jouissait son buffet.
On faisait queue à sa porte pour manger du gâteau
aux ananas. Jane avait repris ses fraîches couleurs
et sa pétulante gaîté. Le bonheur était revenu en
même temps que les dollars emplissaient la caisse.
Mais, hélas maintenant qu'elle pouvait librement
satisfaire son goût pour les belles parures ekponr
les friandises. Jane s'abandonna un peu trop* son
double penchant. Un iour, elle mourut d'indige8*
tion. Les tartelettes au gingembre et les gâteaux aux
ananas l'avaient tuée.
John pleura sincèrement sa femme; mais il finit
par se consoler. Non-seulement il était devenu
le fournisseur de toutes les riches maisons de New-
Orléans, mais encore il expédiait dans les villes de
l'Union et jusqu'au delà du golfe du Mexique, les
produits renommés de son industrie. Les dollars
ne cessaient pas d'affluer dans la caisse; les mil-
lions arrivèrent enfin. John, passionné pour an
art qui procurait de si beaux bénéfices, inventait
chaque jour une friandise nouvelle. On ne l'appe-
lait plus que le roi des pâtissiers. Il se décida
pourtant à la retraite. Il vint alors à New-York, où
il monta sa maison sur un pied princier. Loin de
rougir de l'origine de sa fortune, il voulut avoir
sans cesse cette origine sous les yeux C'est pour-
quoi il choisit pour sa livrée la veste et la toque
blanches professionnelles. Cocher, valets de pied,
valets de chambre, cuisinier, laqnais, tous portent
cette livrée que nous avons signalée à bord du Pe-
reire. Ils étaient là 22 domestiques ainsi costumés,
qui accompagnent leur maître à Paris.
Les Parisiens sont dûment avertis. Lorsqu'ils
verront passer sur les boulevards un brillant équi-
page avec cocher, valet de pied, laquais en toque
blanche, ils sauront que cet équipage est celui du
yankee original et millionnaire.
On va jusqu'à dire que son long veuvage com-
mence à lui peser et que' le roi des pâtissiers
ne serait pas éloigné de partager ses millions avec
une autre Jane. Il y mettrait cette seule condition
La femme de son choix s'engagerait à ne jamais
porter d'autre couvre-chef qu'une toque blanche,
et à ne pas manger de tartelettes.
Voici les jeunes et jolies Parisiennes dûment aver-
ties à. leur tour.
JEAN BARBABOU.
Effroyable collision eur le chemin de fer
DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE
Un terrible accident est arrivé avant-hier, à six
heures du soir, près de Franois'(Doubs).
Le train omnibus 212 a rencontré un train de
marchandises auprès de la gare de Franois, sur la
ligne de Dijon à Besançon.
Nous recevons de la Compagnie des chemins de
fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée les rensei-
gnements sur cette terrible rencontre
0'accident a été causé par l'ou6li d'un agent,
qui a laissé partir de Franois le train de voyageurs
n° sans attendre l'arrivée du convoi de mar-
chandises qui devait croiser le premier train à
cette gare. Cet oubli-est d'autant pros inexplicable,
que le passage du train de marchandises avait été
annoncé par avis spécial à chaque gare.
Le nombre des morts est-de quatorze, y compris
un blessé, qui a succombé en arrivant à Besançon.
Les noms des personnes atteintes sont indiqués
dans la liste suivante
Liste des personnes atteintes dans l'accident arrivé
le 25décembre près de Franois.
TUÉS.
Voyageurs. MM. Léon Perronne, négociant en
vins à Dijon; Grap, maître carrier à Velesines Ju-
lien, menuisier à Monlagney Roret fils, cultiva-
teur à Velotte Vieille, fabricant de poteries à
Etrepigney; cinq militaires badois dont. les noms
sont inconnus; un militaire du 52° (n° 2561).
Agents de la Compagnie. MM. Godefroy, sons-
chef de gare de remplacement à Besançon; Kuntz,
conducteur-chef; Maréchal, facteur de deuxième
-™ BLESSÉS
Voyageurs. MM. Wilhem Wurch, soldat ba-
dois Jean Vangir, cultivateur Gracchini, voya-
geur de commerce de Marseille Tangrelme, mé-
canicien.
Mmes Julien, femme du menuisier tné; Fran-
çoise Berthaud, femme de cultivateur; Agathe Py,
femme de cultivateur; Maréchal, femme du facteur
tué; 10 soldats allemands qui sont à l'hôpital.
Agents de la Compagnie. MM. Gener, conduc-
teur chef; Taillard, conducteur Feriot, chauffeur;
Pidancet, mécanicien Klein, mécanicien.
Les trois premiers agents sont atteints, griève-
ment.
VOICI le sommaire UU uçluica uuluciu uu juut-
nal politique de la semaine
Nouvelles du jour. Bulletin politique. La Po-
litique de modération. Affaires de, l'île de
Crè,te. Discours de M. de Bismark. M. de
Bismark et ses médecins. Message du prési-
dent des Etats-Unis au Con;rès fédéral. Af-
faires du Mexique. Le mouvement financier.
Caisse des Reports. Causerie. Chemins
de fer et Sociétés industrielles. Rapport sur
la situation financière de l'Empire. Revue fi-
nancière. Bulletin commercial; balles et mar-
chés; industries parisiennes; notice sur le cho-
colat Menier.– Chronique. Concerts à l'améri-
caine. Bibliographie. Partie littéraire.
Roman MUo de la Môle, etc., etc.
Abonnement 3 fr. par trimestre. Bureau du
Petit Journal, US, rue Richelieu, Paris.
DÉPARTEMEINTS
Le Courrier de l'Eure annonce que, malgré la
saison pluvieuse, presque tous les puits du dépar-
tement sont à sec.
M. VictordePiellat, propriétaire desfonderiesde
Pont-Evêque, à Vienne président de la So-
ciété des arts-et-méûers, adjoint du maire de Tien-
ne depuis 1850, vient de mourir.
L'aviso à vapeur le Dix-Décembre est occupé en
ce moment à l'achèvement du réseau sémaphpri-
que du arrondissement maritime.
Le Dix-Décembre est arrivé hier sur rade de Tou-
lon, à dix heures da soir, après avoir heureuse-
ment terminé l'immersion du câble électrique sous-
marin entre les'i!es de L4reins (golfe Jouan) etles
lies d'Byères.
SOUVENIRS JODÎCliURES
POLICE CORRECTIONNELLE
UNE CONF.ÉRENCE EN PLEIN AIR
Briolet, un serrurier, Crinchon tanneur, et[
Guillaumin, un écrivain public, sortaient, à quatre
heures du matin, d'un réveillon. La nuit était so
bre, le brouillard laissait à peine voir la lumière
du gaz.
Nos amis avaient d'ailleurs bu, ils n'y vos ient|
que trente-six chandelles aussi ils ne trouvaient!
pas toujours leur chemin.
-Ils ont beau faire et beau dire, dit Briolet avec'
un juron, avec leur gaz, ils ne feront jamais rient
approchant la nature.
Oh non, dit Crinchon, ils ne remplaceront
jamais les étoiles. C'est bien beau les étoiles; une
seule chose m'entortille, c'est qu'on ne sait pas
d'où ce que ça vient, ni ce que c'est, ni comment
que ça s'arrange.
Guillaumin' ne disait rien; il avait une idée. Ilj
désirait depuis longtemps faire une conférence. Deux'
choses lui avaient toujours manqué le local et un,
auditoire. Il avait trouvé les deux. Il préparait sa;
conférence tout en marchant silencieusement à côté:
de ses compagnons.
-C'est donc la boisson qui t' tourne sur le cœur»!;
Guitlaumin, dit Briolet, que tu regardes les pavés:
pendant que nous parlons des étoiles? Toi qu'es!
un savant, tu devrais pourtant nous dire quelque'
chose sur ça, qui nous offusque l'imagination.
Voyons,'à ton idee, qu'est que c'est, les étoiles?
Guillaumin saisit l'occasion aux cheveux; il dit'
sur les étoiles tout ce que Malhieu Laensberg lui,
en avait appris, à savoir que les étoiles sont des
corps célestes dont les uns, à postes fixes, ne sonti
ni plus ni moins que des soleils et les autres,er-
rantes dans l'espace, sont des planètes tourna
autour des premiers, absolument comme notre glo-i
be tourne autour du soleil.
Apres cette première aonnee générale, uum
par les objections de ses interlocuteurs, ne s'arrè-
ta pas en si beau chemin. Il donna sm les étoiles,
sur leur forme, leur marche, leurs conditions
d'existence, les détails les plus minutieux et les1 <
plus précis.
Entrant même au cœur de son sujet, il avancer
qae les. étoiles étaient des mondes comme le nôtre..
et que, sans pouvoir affirmer positivement si elles;
étaient habitées par des hommescomme nous, bien
certainement il devait y avoir des habitants, quel-
conques qui parlaient, travaillaient, mangeaient,
buvaient, allaient à la barrière, au spectacle, eti
montaient en omnibus à leur manière.
Comme ça, dit Crinchon, tu vas bientôt nous!
dire qu'il y a dans les étoiles des serruriers, des;
tanneurs et des écrivains publics?
Pourquoi pas?
Et qu'est-ce qui t'a dit ça, méchant gâcheur
de plumes d'oie?
C'est la lecture qui m'a dit ça, et des hommes;
que tu n'es pas digne seulement de tanner le cuir!
de leurs souliers.
Ah comme ça, tu nous prends pour des me-;
Ions, et tu veux nous faire passer tes bêtises pour,
des mots d'Evangile allons, en garde que je tan-'
ne ta peau. Sommes-nous nous deux, Briolet, que
nous lui fassions voir trente-six chandelles pour,
qu'il lise encore mieux dans les étoiles?
Briolet n'était que trop disposé à partager leres-
sentiment de Crinchon tous deux se croyant hu-
miliés, moqués, méprisés par le savant écrivain pu-:
blic, cessèrent avec lui l'argumentation de la lân~
gue pour y substituer la plus ancienne logique, cel-i
le de nos premiers parents, la logique des poings..
Or, la partie n'était plus égale quatre argumentsi
puissants, formidables, arguments de serrurier et:
de tanneur, tomÈèrenS à à la fois sur le dos de Guil-
iaumin, qui n'avait à leur opposer que deux petits:
arguments d'écrivains, d'homme de lettres, faibles¡
et désarmés de la plume d'oie.
Le résultat de la discussion fut pour Guillauminü
-force horions^ qu'en toute autre circonstance, i1L
eût reçu sans se plaindre; mais dont cette fois, pouri
le triomphe de la science, il a voulu que la polices-
correctionnelle ait connaissance.
Briolet et Crinchon, prévenus de coups volontai-'
res sur la personne de GuïTlaumin, se bornent
dire qu'il les avait enquiquinés avec ses étoiles, di-{
sant que les serruriers et les tanneurs de la lune»)
travanUpent mieux que ceux de Paris.
En l'absence de témoins, les voies de fait n étant;
pas établies, les deux prévenus sont renvoyés des
la plainte, et Guillanm:n, encore une fois, en resta
pour ses frais. Maisil a fait sa conférence.
Le deuxième numéro de la Revue de Poche seras,
mis en vente demain mercredi 26 décembre.
Sommaire: Lettre, de Charles Monselet; iKcofej
païenne, Une grotte à stalactites, Derrière les fagots-^
inédits de Gavarni, Pasquinades sur,les papes, ci-
necdotes bibliographiques. Notes sur l Egypteyj&0-i
trait des mémoires d'un Amoureux platonique. Tarn
d'aiguilles. Veuillot jugé par Victor Hugo. De
fauteuil. Révélations sur le Freischuts. Sous Ut vt;
trinc. Première aux bibliophiles.
Chez lea principaux libraires, 1 fr. la hvraison4
Tirage spécial de vingt-cinq exemplaires numés
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