Titre : La Rampe : revue des théâtres, music-halls, concerts, cinématographes / Georges Schmitt, directeur-rédacteur en chef ; Bernard de Puybelle, directeur-administratateur
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1924-01-20
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32847829g
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 15683 Nombre total de vues : 15683
Description : 20 janvier 1924 20 janvier 1924
Description : 1924/01/20 (A10,N360). 1924/01/20 (A10,N360).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5850458w
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-60609
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 01/12/2010
LA RAMPE
L'Interprétation et ta Mise en scène
Théâtre de l'Opéra-Comique. — La plus forte, poème
de MM. Jean Richepin et P. de Choudens, musique de Xavier
Leroux.
Une chaumière d'où l'on aperçoit, dans le lointain, des mai-
sons dont les briques éclatent comme des bouquets de pivoines,
des pins qui se dressent tout d'un jet, des collines bleutées,
tel est le décor du premier acte de La plus forte. Puis voici
une procession, des bûcherons fêtant leur saint, le saint de la
bûche, le saint du bec de
gaz, un ballet qui n'est certes
pas un plumeau, une jeune
femme parée ■ de cheveux
blancs, et qui retrousse lé-
gèrement ses jupes pour dan-
ser. Mais l'apothéose, la
féerie de l'oeuvre Richepin-
Choudens - Xavier - Leroux,
c'est une cascade. Elle est
silencieuse pour permettre
à la musique de se faire en-
tendre. Son eau mousseuse
coule avec rapidité. On dirait
une cuirasse haletante, une
gerbe d'argent, une épée
brisée en mille éclats. Subi-
tement, ce public qui re-
garde tous les jours la Seine
monter et noyer le zouave
de pierre, qui assiste à des
inondations recouvrant une
partie de la banlieue, ce
public sur qui Dieu étend sa
bonté en lui déversant sans
répit des arrosoirs célestes
sur la nuque, ce public éclate
en applaudissements en
voyant cette chose, dont
certes il est privé, et sur
laquelle il ne repose jamais
les yeux : de l'eau.
Théâtre des Matlm-
rins. — Ce que femme veut,
comédie en trois actes, de
MM. Etienne Rey et Alfred
Savoir.
Mlle Charlotte Lysès est
muette. M. Jules Berry la
supplie de parler, et elle s'y
refuse. Mais bien vite Mlle
Lj'sès prend la parole, et
accable M. Jules Berry de
propos désagréables. Il est
difficile d être plus simple, plus naturelle que Mlle Char-
lotte Lysès. Elle donne l'impression de ténacité, de volonté,
que réclame son rôle. Elle est très femme, très femme supé-
rieure. On sent qu'elle aura son adversaire, qu'elle le possé-
dera bien plus qu'elle ne sera possédée par lui. Elle joue sou-
vent avec un llegme que dément la vivacité de son esprit. Elle
est fine, possède de la grâce dans la hardiesse, et garde, même
dans l'insolence, une certaine urbanité.
M. Jules Berry représente un jeune toqué qui se rue avec
violence sur ce qu'il recherche, qui ne voit jamais d'obstacle
entre son désir et la réalisation de son désir. Aussi ose-l-il les
pires folies. M. Jules Berry a en un entrain toujours spirituel,
une façon de se faire pardonner ses pires avatars qui était
exquise, une sorte de scepticisme dans la conviction, et une
véritable adresse dans le saut périlleux. Il a su s'imposer tout
de suite, et faire paraître presque naturelles ses audaces, lia
donné à son personnage une vie intense, brillante, capricieuse,
enivrante.
Depuis combien de temps applaudissons-nous M. Gildès ?
Depuis que nous allons au théâtre. Il est un de ces rares ac-
teurs modestes, consciencieux, et qui ont du talent, sur lesquels
les auteurs peuvent toujours compter.
A M. Alerine échoit le rôle sacrifié de la pièce de MM. Etienne
Rey et Alfred Savoir. M. Régiane se transforme; de domes-
tique il devient docteur. M. Numès fils est un commissaire qui
n'a pas l'air de badiner; Mlle Simone Dulac, une gentille
petite dame de plaisir.
Théâtre Antoine, — Hé-
ritage, 3 "actes de André
Pascal.
La pièce de M. André
Pascal est interprétée, au
Théâtre Antoine, avec beau-
coup de tact et de mesure.
Mlle Jeanne Rolly n'a pas,
ainsi qu'elle en a l'habitude,
sorti trop souvent son mou-
choir. Elle a une dignité
un peu nerveuse. Elle re-
çoit les confidences de son
enfant avec une belle émo-
tion, et elle fait les aveux
d'une erreur ou d'un plaisir
de jeunesse avec discrétion.
Impossible de mieux esca-
moter une difficulté, de
mieux porter le deuil d'un
adultère. Mlle Suzy Prim a
joué fort souvent à VQïuvrc,
et y a été remarquée. Mais
l'autre soir, au Théâtre An-
toine, elle a révélé des dons
qu'on ne lui soupçonnait
pas. Elle a été, avec une
douloureuse intensité, une
petite fille qui pleure devoir
son rêve s'évanouir, qui se
désole de souffrir, et entre-
voit à sa peine d'obscures
raisons. Mlle Marie Laure
excelle à composer les rôles
de vieilles dames qui expri-
ment leur opinion à propos
de ce sentiment dont on
parle plus encore au théâtre
que dans la vie : l'amour.
Mlle Sylviac paraît, et dit
quelques mots.
M. Mauloy est tout en ar-
gent et en poudre à la ma-
réchale. Il est fait pour représenter les quadragénaires élégants
sur qui il a neigé d'une façon prématurée. Il a la distinction
qui est une qualité instinctive que l'on ne peut acquérir, et
l'autorité que procure unecarrière toujours heureuse. Il est un
des rares acteurs qui soient naturellement hommes du monde.
M. Lagrenée est un jeune premier à qui les rôles qui lui sont
confiés ne procurent pas souvent l'occasion de montrer ses
qualités. 11 est ardent, et dès qu'il commence à prouver sa
fougue il est obligé de rentrer dans les coulisses. Il est une
flamme qui voudrait communiquer un incendie, et que l'on
éteint tout de suite. M. Saturnin Fabre représente un médecin
appelé en consultation. M. Arvel incarne un directeur de jour-
nal qui serait peut-être celui du Gaulois. Il établit fort soli-
dement ce personnage passager. M. Dauvillier fait preuve de
beaucoup de tact dans l'indiscrétion. M. André Dubosc est
un prêtre très fin. C'est l'abbé Constantin du Faubourg Sainl-
Gcrmaîn.
RENÉ WISNER.
CHARLOTTE LYSÈS
L'Interprétation et ta Mise en scène
Théâtre de l'Opéra-Comique. — La plus forte, poème
de MM. Jean Richepin et P. de Choudens, musique de Xavier
Leroux.
Une chaumière d'où l'on aperçoit, dans le lointain, des mai-
sons dont les briques éclatent comme des bouquets de pivoines,
des pins qui se dressent tout d'un jet, des collines bleutées,
tel est le décor du premier acte de La plus forte. Puis voici
une procession, des bûcherons fêtant leur saint, le saint de la
bûche, le saint du bec de
gaz, un ballet qui n'est certes
pas un plumeau, une jeune
femme parée ■ de cheveux
blancs, et qui retrousse lé-
gèrement ses jupes pour dan-
ser. Mais l'apothéose, la
féerie de l'oeuvre Richepin-
Choudens - Xavier - Leroux,
c'est une cascade. Elle est
silencieuse pour permettre
à la musique de se faire en-
tendre. Son eau mousseuse
coule avec rapidité. On dirait
une cuirasse haletante, une
gerbe d'argent, une épée
brisée en mille éclats. Subi-
tement, ce public qui re-
garde tous les jours la Seine
monter et noyer le zouave
de pierre, qui assiste à des
inondations recouvrant une
partie de la banlieue, ce
public sur qui Dieu étend sa
bonté en lui déversant sans
répit des arrosoirs célestes
sur la nuque, ce public éclate
en applaudissements en
voyant cette chose, dont
certes il est privé, et sur
laquelle il ne repose jamais
les yeux : de l'eau.
Théâtre des Matlm-
rins. — Ce que femme veut,
comédie en trois actes, de
MM. Etienne Rey et Alfred
Savoir.
Mlle Charlotte Lysès est
muette. M. Jules Berry la
supplie de parler, et elle s'y
refuse. Mais bien vite Mlle
Lj'sès prend la parole, et
accable M. Jules Berry de
propos désagréables. Il est
difficile d être plus simple, plus naturelle que Mlle Char-
lotte Lysès. Elle donne l'impression de ténacité, de volonté,
que réclame son rôle. Elle est très femme, très femme supé-
rieure. On sent qu'elle aura son adversaire, qu'elle le possé-
dera bien plus qu'elle ne sera possédée par lui. Elle joue sou-
vent avec un llegme que dément la vivacité de son esprit. Elle
est fine, possède de la grâce dans la hardiesse, et garde, même
dans l'insolence, une certaine urbanité.
M. Jules Berry représente un jeune toqué qui se rue avec
violence sur ce qu'il recherche, qui ne voit jamais d'obstacle
entre son désir et la réalisation de son désir. Aussi ose-l-il les
pires folies. M. Jules Berry a en un entrain toujours spirituel,
une façon de se faire pardonner ses pires avatars qui était
exquise, une sorte de scepticisme dans la conviction, et une
véritable adresse dans le saut périlleux. Il a su s'imposer tout
de suite, et faire paraître presque naturelles ses audaces, lia
donné à son personnage une vie intense, brillante, capricieuse,
enivrante.
Depuis combien de temps applaudissons-nous M. Gildès ?
Depuis que nous allons au théâtre. Il est un de ces rares ac-
teurs modestes, consciencieux, et qui ont du talent, sur lesquels
les auteurs peuvent toujours compter.
A M. Alerine échoit le rôle sacrifié de la pièce de MM. Etienne
Rey et Alfred Savoir. M. Régiane se transforme; de domes-
tique il devient docteur. M. Numès fils est un commissaire qui
n'a pas l'air de badiner; Mlle Simone Dulac, une gentille
petite dame de plaisir.
Théâtre Antoine, — Hé-
ritage, 3 "actes de André
Pascal.
La pièce de M. André
Pascal est interprétée, au
Théâtre Antoine, avec beau-
coup de tact et de mesure.
Mlle Jeanne Rolly n'a pas,
ainsi qu'elle en a l'habitude,
sorti trop souvent son mou-
choir. Elle a une dignité
un peu nerveuse. Elle re-
çoit les confidences de son
enfant avec une belle émo-
tion, et elle fait les aveux
d'une erreur ou d'un plaisir
de jeunesse avec discrétion.
Impossible de mieux esca-
moter une difficulté, de
mieux porter le deuil d'un
adultère. Mlle Suzy Prim a
joué fort souvent à VQïuvrc,
et y a été remarquée. Mais
l'autre soir, au Théâtre An-
toine, elle a révélé des dons
qu'on ne lui soupçonnait
pas. Elle a été, avec une
douloureuse intensité, une
petite fille qui pleure devoir
son rêve s'évanouir, qui se
désole de souffrir, et entre-
voit à sa peine d'obscures
raisons. Mlle Marie Laure
excelle à composer les rôles
de vieilles dames qui expri-
ment leur opinion à propos
de ce sentiment dont on
parle plus encore au théâtre
que dans la vie : l'amour.
Mlle Sylviac paraît, et dit
quelques mots.
M. Mauloy est tout en ar-
gent et en poudre à la ma-
réchale. Il est fait pour représenter les quadragénaires élégants
sur qui il a neigé d'une façon prématurée. Il a la distinction
qui est une qualité instinctive que l'on ne peut acquérir, et
l'autorité que procure unecarrière toujours heureuse. Il est un
des rares acteurs qui soient naturellement hommes du monde.
M. Lagrenée est un jeune premier à qui les rôles qui lui sont
confiés ne procurent pas souvent l'occasion de montrer ses
qualités. 11 est ardent, et dès qu'il commence à prouver sa
fougue il est obligé de rentrer dans les coulisses. Il est une
flamme qui voudrait communiquer un incendie, et que l'on
éteint tout de suite. M. Saturnin Fabre représente un médecin
appelé en consultation. M. Arvel incarne un directeur de jour-
nal qui serait peut-être celui du Gaulois. Il établit fort soli-
dement ce personnage passager. M. Dauvillier fait preuve de
beaucoup de tact dans l'indiscrétion. M. André Dubosc est
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