Titre : La Comédie : théâtres, musique, littérature, expositions, associations artistiques, salons, villégiature, courrier des eaux, sport : beaux-arts, peinture, sculpture, gravure, ateliers d'artistes, poésies, nouvelles, bibliographie, sciences, orphéons / Paul Ferry rédacteur en chef
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1872-05-19
Contributeur : Ferry, Paul (02). Directeur de publication
Contributeur : Andréi, Adrien. Directeur de publication
Contributeur : Sault, Léon. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327447686
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 19 mai 1872 19 mai 1872
Description : 1872/05/19 (A10,N28)-1872/05/26 (A10,N29). 1872/05/19 (A10,N28)-1872/05/26 (A10,N29).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k57968491
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z-1379
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 11/04/2011
LA COMEDIE
potion d'acclimatation artistique. Il y avait
Vainement dans M. Sylva l'étoffe d'un pension-
■ e de l'Opéra, seulement, un stage d'une année
113 U indispensable ; alors le succès eût été décisif,
^Hourd'hui il n'est qu'hypothétique.
M Belval est toujours le magistral et superbe
t'ram que l'on connaît; cet artiste revient de
a nt-Pétersbourg où il a fait une brillante saison
inné. Les brouillards de la Neva n'ont pas
1 mélioré sa voix, le grave est toujours plantureux,
8 ais le mi el le fa sont endommagés. On voit bien
M. Belval a chanté Bertram en Italien, il lui
\rive parfois d'intervertir les textes; ainsi, au
troisième acte, voici comment il a attaqué l'évo-
cation :
« Nona chi reposa »
a Sous cetta froirîa piarra ! »
Mon Dieu '. que cette langue du Dante est donc
suave ! ! !
M. Bosquin jouait Raimbault pour la première
fois ; «et essai lui a été très favorable.
Depuis six ans que Mlle Mauduit est en posses-
sion du rôle d'Alice, elie n'a pas fait un millimètre
de progrès, c'est toujours la même inexpérience
dans le jeu, la même placidité dans la physiono-
mie, la même monotonie dans le chant, pas une
intention, pas une nuance, rien ! ! rien qu'une
voix splendide, qu'un physique charmant, dons
superbes, mais malheureusement frappés de sté-
rilité.
Les honneurs de cette soirée ont été pour Mlle
Davriès ; le point d'orgue, dont elle couronne
l'air du deuxième acte, est une véritable perle.
Elle a détaillé i'air de « Grâce » avec un style et
un art remarquables, trois salves de biavos ont
récompensé cette intelligente artiste.
Le délicieux ballet du troisième n'a pas ensor-
celé seulement que Robert, la charmeresse Laure
Fonta et ses gracieuses complices, Montaubry.
Mérante, Sanlaville, Vitcocq, Pallier, etc., on1
séduit la salle entière par leurs voluptueuses évo-
lutions.
On annonce pour la semaine prochaine les dé-
buts de Mlle Arnal, une jeune et charmante prirm
donna fort avantageusement connue en province
nous y serons.
EL. ZAGALI.
Comédie-Française
LE CHANDELIER, d'Alfred de Mus?set. — MARCEL, de
MM. Jules Sandeau et A. Decoureetles.
C'est un spectacle de délicat que M. Emile
Perrin vient d'offrir aux habitués de la Comédie-
Française. Le «Chandelier» d'Alfred de Musset,
est un chef-d'oeuvre d'esprit, de délicatesse, de
style et d'invention. Le sujet en est plus que lé-
ger, mais l'art exquis du poète l'a rendu ravissant.
Il date, je crois, de 1849, et fut représenté au
Théâtre-Historique. La Comédie-Française le joua,
en 1850, avec Delaunay et Mme Allan. M. Delau-
nay reprit avec éclat le rôle créé par lui il y a
viiigt-deux ans. Cet artiste inimitable a retrouvé
toute sa jeunesse en s'incarnant dans le person-
nage de Fortunio. Il a dit les vers de la chanson
avec un art inouï et un charme irrésistible. Touc
son rôle a été enlevé avec une passion et une
verve qui ont provoqué les applaudissements les
pins chaleureux de l'auditoi.e. M. Delaunay a été
rappelé et acclamé; dans sa carrière déjà longue,
nous croyons que c'est le plus grand succès que
^t artiste a obtenu. Il été secondé par MM. Bres-
saat, Thiron et Mme Madeleine Brohan. La reprise
^ « Chandelier » est un brillant hommage rendu
à Alfred de Musset.
«Marcel» est un petit chef-d'oeuvre de senti-
^nt, de délicatesse, qui fait naître une émotion
YÏ»IB, salutaire, que l'on goûte avec délice, avec
bonheur, et qui repose des drames à sensations
violentes. Le sujet en est simple et touchant : il
s'agit de rendre la raison par un stratagème ingé-
nieux à un fou de désespoir. Le comte Gaston a
tué son fils Marcel à la chasse ; depuis ce jour, sa
raison a été tuée par son chagrin. Son ami Maxime
le fait entrer un soir dans la chambre de son châ-
teau qu'il a désertée depuis le fatal accident et à
laquelle on a donné la physionomie qu'elle avait
avant la mort de Marcel.
Le comte arrive au milieu de la nuit et s'endort
sur un canapé. Quand il se réveille, il voit sa
femme près de lui et le docteur qui le félicitent
d'avoir bien dormi et d'être débarrassé de l'épou-
vantable cauchemar qui pesait sur lui depuis huit
jours. Le fou se débat entre le souvenir et la réa-
lité. Sa raison ébranlée fléchit mais ne demande
qu'à croire. Pour comble de surprise, voici Marcel,
.son fils qui vient se jeter dans ses bras. Pour re-
cueillir ses idée-", il demande à être seul. On le
laisse, il regarde autour de lui. Voici le roman
qu'il lisait, voici le bail qu'il a signé la veille du
jour où il croyait avoir tué son fils, voici ces jour-
naux datés de 1864, l'époque où il plaçait le meur-
tre de Marcel. Dieu soit loué! il n'est pas assassin!
La joie envahit son coeur et lui rend la raison.
Tout à coup, le facteur arrive et jette les jour-
naux sur un meuble. Le comte les saisit, il a soif
de nouvelles; depuis huit jours qu'il est malade, il
a dû se passer bien des événements. Il les ouvre
et voit la date de 1^69. Il crie, il appelle; sa femme
et le docteur arrivent; il les accable de repro-
ches pour s'être joué de lui et leur montre les
journaux accusateurs. Au milieu de cette explo-
sion de colère, l'enfant paraît.amenépir sa bonne.
Il va à lui et l'interroge: «Tu ne peux être Marcel,
lui dit-il,nous sommes en 1869 et Marcel aurait huit
ans. » - « Je su:s son frère, papa,» répond l'enfant.
Ces mots déterminent une crise attendue anxieu-
sement par le docteur. Le comte embrasse son
fils en sanglotlant et il est sauvé.
Cet acte ému et émotionnant est joué par MM.
Thiron, Febvre, Mmes Nathalie et Marie Rover.
A. A.
Opéra-Comique
DJAM1LEH, opé^a-cornique en un acte, de Georges Bizet.
—LE MÉDt'CIN MALGRÉ LUI, trois actes de M. Char-
les Gounod.
M. Georges Bizet, au théâtre, est un homme
convaincu. Confiant dans l'excellence de sa mu-
sique, depuis longtemps il attend un succès qui
donne raison à sa manière. Les « Pécheurs de
perles » et, plus récemment, « la Jolie Fille de
Perth » ont montré aux gens de goût ce que sait
faire le jeune compositeur. Aujourd'hui « Djami-
leh » est le troisième argument fourni à sa cause,
et sa cause est gagnée.
Nous sommes au Caire, où le jeune Haroun et
son intendant Splendiano mènent la vie à triples
guides. Chaque mois il faut une nouvelle esclave,
et nous arrivons justement au jour où Djamileh,
la favorite, a fini son temps. Le marchand d'es-
claves viendra aujourd hji : Splendiano, mon ami,
faites votre métier; je vous abandonne Djamileh,
trouvez-moi une autre... complaisante. Or, la
pauvrette aime son maître et voudrait ne pas le
quitter. Elle complote avec Splendiano (où necom-
plote-t-on pas ?), elle se fera passer pour la nou-
velle aimée et... vous devinez le reste; Haroun,
touché, garde son esclave ,et le rideau baisse.
M. Bizet a écrit sur ce joli libretto une longue
partition qu'on a applaudie presque d'un bout à
l'autre. Le choeur de coulisse, qui commence l'ou-
vrage, a une couleur orientale bien accusée et sa
terminaison originale sur une tenue qu'accompa-
gnent les chromatiques des harpes, a excité un
murmure d'approbation qui s'est changé en ap-
p'audissements après la rêverie d'Haroun :
Dans la blonde fumée
Qui monte parfumée,
délicieusement dite par Duchesne,
J'aime beaucoup moins la chanson égyptienne
que chante Djamileh. Ce 2;4, avec son accompa-
gnement bizarre, sent tellement la recherche,
qu'involontairement on pense à la chanson arabe
de « Lara », bien autrement saisissante. L'auteur
appelle cela « Chazel » et comptait sur un grand
effet sans doute ; mais malheureusement « desci-
nit in piscem », vous savez...
Le vrai succès a été pour les couplets de Splen-
diano—Potel :
It faut, pour éteindre ma lièvre,
Une douce réalité.
qui sont d'une facture franche, spirituelle et gaie.
Le choeur figue a été très applaudi aussi, et le
duo final, qui déborde de passion, a terminé di-
gnement une oeuvre dont je ne puis vous donner
qu'un très faible aperçu. Je crois qu'une audition
né peut suffire pour se prononcer catégorique-
ment sur une partition très travaillée et très sa-
vante. Ce que je puis affirmer, c'est le succès, qui
a été de bon aloi, et a associé dans un rappel
unanime te nom de l'auteur et les artistes.
M. Duchesne, dans le rôle d'Haroun, a prouvé
de réels moyens vocaux. La voix est belle, mor-
dante et étendue; c'est Montaubry, moins la désin-
volture.
Potel trouve moyen de chanter sans voix ; il
dit, mais qu'il dit bien !
Quant à Mme Prelly :
« Elle n'est pas ce qu'un vain peuple pense
« Noire crédulité fait toute sa science. »
*
* *
Je n'ai pas à parler du « Médecin malgré lui »,
que tout le monde connaît. C'est du Gounod et
du meilleur. La pièce n'a ni gagné ni perdu à
être transportée salle Favart. Meillet était excel-
lent ; Ismaël est étourdissant. Joli spectacle, en
somme, l'affiche ne se renouvellera pas de sitôt.
LÉON KERST.
Variétés
LES CENT VIERGES, opéra-bouffe en trois actes, par
MM. Clairville, Chivot et Duru; musique de M. Ch. Le-
cocq. — L'OMBRE DE FARINEUX, vaudeville en un
acte, de M. Théodore Basset.
Si la nouvelle opérette des Variétés a, pour
certains, le tort d'être née aux Fantaisies-Pari-
siennes de Bruxelles, il n'en faut pas conclure que
Jes rôles sont désormais interversés. Ramenons à
ses véritables proportions le fait d'une pièce pas-
sant d'un petit théâtre belge sur une des pre-
mières scènes de genre françaises ; un témoin
digne de foi garantit que l'ouvrage a subi des
modifications aussi notables que celles pratiquées
aux répétitions sur un premier canevas. C'est une
pièce refaite, et M. Bertrand, pas plus que tout
autre de ses confrères, n'en sera jamais réduit à
emprunter ses spectacles aux voisins en quête de
nos oeuvres musicales ou dramatiques.
« Les Cent Vierges » accusent un retour vers le
milieu contemporain [et rompent avec la parodie
héroïque, antique, païenne et moyen-âge. Un
convoi d'émigrantes va partir pour une île anglaise
nouvellement colonisée par des célibataires. Deux
ménages parisiens, venus à Londres, descendent
à la taverne où s'opèrent les engagements des
futures mères de famille. Croyant visiter un na-
vire, les deux femmes sont embarquées |avec la
cargaison matrimoniale. A l'arrivée, dix-neuf
sujettes de S. M. britannique touchent le sol ; le
reste (des vierges folles, sans doute aucun) a pris
potion d'acclimatation artistique. Il y avait
Vainement dans M. Sylva l'étoffe d'un pension-
■ e de l'Opéra, seulement, un stage d'une année
113 U indispensable ; alors le succès eût été décisif,
^Hourd'hui il n'est qu'hypothétique.
M Belval est toujours le magistral et superbe
t'ram que l'on connaît; cet artiste revient de
a nt-Pétersbourg où il a fait une brillante saison
inné. Les brouillards de la Neva n'ont pas
1 mélioré sa voix, le grave est toujours plantureux,
8 ais le mi el le fa sont endommagés. On voit bien
M. Belval a chanté Bertram en Italien, il lui
\rive parfois d'intervertir les textes; ainsi, au
troisième acte, voici comment il a attaqué l'évo-
cation :
« Nona chi reposa »
a Sous cetta froirîa piarra ! »
Mon Dieu '. que cette langue du Dante est donc
suave ! ! !
M. Bosquin jouait Raimbault pour la première
fois ; «et essai lui a été très favorable.
Depuis six ans que Mlle Mauduit est en posses-
sion du rôle d'Alice, elie n'a pas fait un millimètre
de progrès, c'est toujours la même inexpérience
dans le jeu, la même placidité dans la physiono-
mie, la même monotonie dans le chant, pas une
intention, pas une nuance, rien ! ! rien qu'une
voix splendide, qu'un physique charmant, dons
superbes, mais malheureusement frappés de sté-
rilité.
Les honneurs de cette soirée ont été pour Mlle
Davriès ; le point d'orgue, dont elle couronne
l'air du deuxième acte, est une véritable perle.
Elle a détaillé i'air de « Grâce » avec un style et
un art remarquables, trois salves de biavos ont
récompensé cette intelligente artiste.
Le délicieux ballet du troisième n'a pas ensor-
celé seulement que Robert, la charmeresse Laure
Fonta et ses gracieuses complices, Montaubry.
Mérante, Sanlaville, Vitcocq, Pallier, etc., on1
séduit la salle entière par leurs voluptueuses évo-
lutions.
On annonce pour la semaine prochaine les dé-
buts de Mlle Arnal, une jeune et charmante prirm
donna fort avantageusement connue en province
nous y serons.
EL. ZAGALI.
Comédie-Française
LE CHANDELIER, d'Alfred de Mus?set. — MARCEL, de
MM. Jules Sandeau et A. Decoureetles.
C'est un spectacle de délicat que M. Emile
Perrin vient d'offrir aux habitués de la Comédie-
Française. Le «Chandelier» d'Alfred de Musset,
est un chef-d'oeuvre d'esprit, de délicatesse, de
style et d'invention. Le sujet en est plus que lé-
ger, mais l'art exquis du poète l'a rendu ravissant.
Il date, je crois, de 1849, et fut représenté au
Théâtre-Historique. La Comédie-Française le joua,
en 1850, avec Delaunay et Mme Allan. M. Delau-
nay reprit avec éclat le rôle créé par lui il y a
viiigt-deux ans. Cet artiste inimitable a retrouvé
toute sa jeunesse en s'incarnant dans le person-
nage de Fortunio. Il a dit les vers de la chanson
avec un art inouï et un charme irrésistible. Touc
son rôle a été enlevé avec une passion et une
verve qui ont provoqué les applaudissements les
pins chaleureux de l'auditoi.e. M. Delaunay a été
rappelé et acclamé; dans sa carrière déjà longue,
nous croyons que c'est le plus grand succès que
^t artiste a obtenu. Il été secondé par MM. Bres-
saat, Thiron et Mme Madeleine Brohan. La reprise
^ « Chandelier » est un brillant hommage rendu
à Alfred de Musset.
«Marcel» est un petit chef-d'oeuvre de senti-
^nt, de délicatesse, qui fait naître une émotion
YÏ»IB, salutaire, que l'on goûte avec délice, avec
bonheur, et qui repose des drames à sensations
violentes. Le sujet en est simple et touchant : il
s'agit de rendre la raison par un stratagème ingé-
nieux à un fou de désespoir. Le comte Gaston a
tué son fils Marcel à la chasse ; depuis ce jour, sa
raison a été tuée par son chagrin. Son ami Maxime
le fait entrer un soir dans la chambre de son châ-
teau qu'il a désertée depuis le fatal accident et à
laquelle on a donné la physionomie qu'elle avait
avant la mort de Marcel.
Le comte arrive au milieu de la nuit et s'endort
sur un canapé. Quand il se réveille, il voit sa
femme près de lui et le docteur qui le félicitent
d'avoir bien dormi et d'être débarrassé de l'épou-
vantable cauchemar qui pesait sur lui depuis huit
jours. Le fou se débat entre le souvenir et la réa-
lité. Sa raison ébranlée fléchit mais ne demande
qu'à croire. Pour comble de surprise, voici Marcel,
.son fils qui vient se jeter dans ses bras. Pour re-
cueillir ses idée-", il demande à être seul. On le
laisse, il regarde autour de lui. Voici le roman
qu'il lisait, voici le bail qu'il a signé la veille du
jour où il croyait avoir tué son fils, voici ces jour-
naux datés de 1864, l'époque où il plaçait le meur-
tre de Marcel. Dieu soit loué! il n'est pas assassin!
La joie envahit son coeur et lui rend la raison.
Tout à coup, le facteur arrive et jette les jour-
naux sur un meuble. Le comte les saisit, il a soif
de nouvelles; depuis huit jours qu'il est malade, il
a dû se passer bien des événements. Il les ouvre
et voit la date de 1^69. Il crie, il appelle; sa femme
et le docteur arrivent; il les accable de repro-
ches pour s'être joué de lui et leur montre les
journaux accusateurs. Au milieu de cette explo-
sion de colère, l'enfant paraît.amenépir sa bonne.
Il va à lui et l'interroge: «Tu ne peux être Marcel,
lui dit-il,nous sommes en 1869 et Marcel aurait huit
ans. » - « Je su:s son frère, papa,» répond l'enfant.
Ces mots déterminent une crise attendue anxieu-
sement par le docteur. Le comte embrasse son
fils en sanglotlant et il est sauvé.
Cet acte ému et émotionnant est joué par MM.
Thiron, Febvre, Mmes Nathalie et Marie Rover.
A. A.
Opéra-Comique
DJAM1LEH, opé^a-cornique en un acte, de Georges Bizet.
—LE MÉDt'CIN MALGRÉ LUI, trois actes de M. Char-
les Gounod.
M. Georges Bizet, au théâtre, est un homme
convaincu. Confiant dans l'excellence de sa mu-
sique, depuis longtemps il attend un succès qui
donne raison à sa manière. Les « Pécheurs de
perles » et, plus récemment, « la Jolie Fille de
Perth » ont montré aux gens de goût ce que sait
faire le jeune compositeur. Aujourd'hui « Djami-
leh » est le troisième argument fourni à sa cause,
et sa cause est gagnée.
Nous sommes au Caire, où le jeune Haroun et
son intendant Splendiano mènent la vie à triples
guides. Chaque mois il faut une nouvelle esclave,
et nous arrivons justement au jour où Djamileh,
la favorite, a fini son temps. Le marchand d'es-
claves viendra aujourd hji : Splendiano, mon ami,
faites votre métier; je vous abandonne Djamileh,
trouvez-moi une autre... complaisante. Or, la
pauvrette aime son maître et voudrait ne pas le
quitter. Elle complote avec Splendiano (où necom-
plote-t-on pas ?), elle se fera passer pour la nou-
velle aimée et... vous devinez le reste; Haroun,
touché, garde son esclave ,et le rideau baisse.
M. Bizet a écrit sur ce joli libretto une longue
partition qu'on a applaudie presque d'un bout à
l'autre. Le choeur de coulisse, qui commence l'ou-
vrage, a une couleur orientale bien accusée et sa
terminaison originale sur une tenue qu'accompa-
gnent les chromatiques des harpes, a excité un
murmure d'approbation qui s'est changé en ap-
p'audissements après la rêverie d'Haroun :
Dans la blonde fumée
Qui monte parfumée,
délicieusement dite par Duchesne,
J'aime beaucoup moins la chanson égyptienne
que chante Djamileh. Ce 2;4, avec son accompa-
gnement bizarre, sent tellement la recherche,
qu'involontairement on pense à la chanson arabe
de « Lara », bien autrement saisissante. L'auteur
appelle cela « Chazel » et comptait sur un grand
effet sans doute ; mais malheureusement « desci-
nit in piscem », vous savez...
Le vrai succès a été pour les couplets de Splen-
diano—Potel :
It faut, pour éteindre ma lièvre,
Une douce réalité.
qui sont d'une facture franche, spirituelle et gaie.
Le choeur figue a été très applaudi aussi, et le
duo final, qui déborde de passion, a terminé di-
gnement une oeuvre dont je ne puis vous donner
qu'un très faible aperçu. Je crois qu'une audition
né peut suffire pour se prononcer catégorique-
ment sur une partition très travaillée et très sa-
vante. Ce que je puis affirmer, c'est le succès, qui
a été de bon aloi, et a associé dans un rappel
unanime te nom de l'auteur et les artistes.
M. Duchesne, dans le rôle d'Haroun, a prouvé
de réels moyens vocaux. La voix est belle, mor-
dante et étendue; c'est Montaubry, moins la désin-
volture.
Potel trouve moyen de chanter sans voix ; il
dit, mais qu'il dit bien !
Quant à Mme Prelly :
« Elle n'est pas ce qu'un vain peuple pense
« Noire crédulité fait toute sa science. »
*
* *
Je n'ai pas à parler du « Médecin malgré lui »,
que tout le monde connaît. C'est du Gounod et
du meilleur. La pièce n'a ni gagné ni perdu à
être transportée salle Favart. Meillet était excel-
lent ; Ismaël est étourdissant. Joli spectacle, en
somme, l'affiche ne se renouvellera pas de sitôt.
LÉON KERST.
Variétés
LES CENT VIERGES, opéra-bouffe en trois actes, par
MM. Clairville, Chivot et Duru; musique de M. Ch. Le-
cocq. — L'OMBRE DE FARINEUX, vaudeville en un
acte, de M. Théodore Basset.
Si la nouvelle opérette des Variétés a, pour
certains, le tort d'être née aux Fantaisies-Pari-
siennes de Bruxelles, il n'en faut pas conclure que
Jes rôles sont désormais interversés. Ramenons à
ses véritables proportions le fait d'une pièce pas-
sant d'un petit théâtre belge sur une des pre-
mières scènes de genre françaises ; un témoin
digne de foi garantit que l'ouvrage a subi des
modifications aussi notables que celles pratiquées
aux répétitions sur un premier canevas. C'est une
pièce refaite, et M. Bertrand, pas plus que tout
autre de ses confrères, n'en sera jamais réduit à
emprunter ses spectacles aux voisins en quête de
nos oeuvres musicales ou dramatiques.
« Les Cent Vierges » accusent un retour vers le
milieu contemporain [et rompent avec la parodie
héroïque, antique, païenne et moyen-âge. Un
convoi d'émigrantes va partir pour une île anglaise
nouvellement colonisée par des célibataires. Deux
ménages parisiens, venus à Londres, descendent
à la taverne où s'opèrent les engagements des
futures mères de famille. Croyant visiter un na-
vire, les deux femmes sont embarquées |avec la
cargaison matrimoniale. A l'arrivée, dix-neuf
sujettes de S. M. britannique touchent le sol ; le
reste (des vierges folles, sans doute aucun) a pris
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