Titre : Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-09-08
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34429261z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 42932 Nombre total de vues : 42932
Description : 08 septembre 1907 08 septembre 1907
Description : 1907/09/08 (A25,N1263,T49). 1907/09/08 (A25,N1263,T49).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5721934f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2009-34518
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 01/12/2010
N 1263
LES ANNALES
227
L'Auto en Famille
Détachons du nouveau volume de M Michel
Corday, Monsieur, Madame et l'Auto E. Fas-
quelle, éditeur), ce piquant chapitre agrémenté
des spirituels croquis d'Henri Caruchet :
Oh! l'émotion des premières sorties... Le papa
sait conduire, c'est convenu. Entendez par là
qu'il a pris trois leçons et que ses papiers
sont en règle. Il s'est évadé — Dieu sait
comme — du cercle vicieux où l'enfermait
l'Administration, qui interdit de circuler sans
permis de conduire, bien qu'il faille circuler
pour apprendre à conduire. Autour de la voi-
ture, grand branle-bas. On ne saurait pren-
dre trop de précautions. On la graisse, on la
huile : elle en dégoutte. On essaie les freins.
Diable! c'est fichtrement important! On vé-
rifie les valves, en leur trempant le nez dans
un verre d'eau, pour voir si elles n'y soufflent
pas de petites bulles. On s'assure de la du-
reté des pneus en montant sur les fusées; toute
la famille grimpe; elle a l'air de jouer à
chat perché. On éprouve l'étincelle : une étin-
celle grosse, rouge, chaude, une étincelle d'ar-
tifice. On s'encapuchonne. Les petits nez dis-
paraissent sous de grosses lunettes. Tout est
prêt.
En route! Un tour!... Ah! le passage en
deuxième vitesse, voilà une manoeuvre déli-
cate, et que toutes les oreilles attendent.
Pourvu que les pignons ne se disputent pas
trop fort! Ça vous scie les os, ce bruit-là.
De même que Mme de Sévigné avait mal à la
poitrine de sa fille, on a mal aux engrenages
de sa voiture. Enfin, ils sont en prise. Troi-
sième vitesse. Le levier à fond. Ça y est. La
route est libre, la route est belle. Vive l'auto!
Mais que d'épreuves guettent encore la fa-
mille en marche. Attention! Un rechargement
récent. Et les pneus qui sont tout neufs,
sans une coupure... Tout le monde se fait
léger, léger à s'envoler. Qu'est-ce encore?
Un troupeau de moutons... Ah! les moutons,
qui s'étalent, qui barrent la route, se jettent
sous les roues comme les fanatiques hindous
sous le char de Jaggernaut. Et le voiturier,
qui, par malice imbécile, reste sourd aux appels
éplorés de la trompe et qui tient le milieu de
la route! Et le village plein d'embûches, avec
ses charrettes qui sortent à reculons des portes
de ferme, ses chevaux sans gardien, et ses
poules, ses chiens, ses gamins, tout un peu-
ple qui s'amuse à traverser devant la voi-
ture! Et ces vauriens qui vous indiquent la
mauvaise route au carrefour!... Comme si
c'était déjà si commode, la marche arrière! Et
les côtes! Tout le monde écoute les batte-
ments du moteur. Arrivera-t-on jusqu'en haut
sans passer en première? Et chacun pousse
d'un inconscient élan du buste en avant. Ah!
je vous jure qu'on se fait souvent du mauvais
sang, dans le dos du papa mécanicien. Et
croyez-vous qu'il faut qu'on l'aime assez,
cette voiturette de famille, pour courir ce
steeple par plaisir, et pour s'écrier bien sin-
cèrement, lorsqu'on rentre sans accroc sérieux :
— Ah! la bonne promenade!
Dès que son conducteur est un peu aguerri,
la famille va voir ses amis. Ceux qui n'ont
pas d'auto, de préférence. On leur fait la sur-
prise de la visite. D'abord, parce que l'imprévu
est toujours amusant. Et, surtout, parce que
c'est dangereux d'annoncer son arrivée : si on
n'arrivait pas? ou très en retard? Ah! les
amis... C'est à leur contact qu'on goûte le
plus vivement le plaisir d'avoir un auto. On
le leur vante. On leur dit :
— Si vous saviez comme c'est bon!
Et, même, on le croit. Seulement, c'est
devant eux qu'il s'agit de faire un beau dé-
part!... Ils y assistent tous, bien entendu. C'est
d'usage, pour l'adieu. Et puis, il se mêle à
leur curiosité un tout petit brin d'envie. Ils
ne seraient pas fâchés que ça ne parte pas,
dût-il leur en coûter un repas de plus.
Faut-il parler de la panne en famille? Tout
a été dit sur la mauvaise déesse. On a décrit
les recherches énervées et méthodiques du
mécanicien-amateur, au milieu des bonnes vo-
lontés importunes, des suggestions ignorantes
de ses passagers. Sans doute, on a peint
l'état d'esprit du chauffeur qui, sous sa voiture
de famille, dans la poussière, du cambouis
dans les cheveux, lutte contre une goupille
qui ne veut rien savoir. Tandis que d'autres
autos filent, fringants, à son nez, c'est vrai
qu'il se demande comment il a pu consentir
un si lourd sacrifice d'argent pour de si
âpres déceptions, acheter si cher de si écoeu-
rants ennuis.
Mais, soyons juste. Disons que, son volant
en main, son moteur remis en route, le chauf-
feur goûte la fierté d'avoir vaincu le sort et
de ramener au port sa maisonnée... Avouons
que, petits et grands, loin d'être toujours
importuns, savent, parfois, se rendre discrè-
tement utiles. Proclamons la bonne humeur
qu'ils opposent au méchant destin quand, assis
sur le talus de la route, ils assurent « qu'il
fallait bien que ça arrive, que c'est le baptême
du feu, qu'on rentrera pour le dîner au lieu
du déjeuner, voilà tout, que ça donnera l'oc-
casion d'essayer les phares "..., et quand, re-
prenant la pensée de Tristan Bernard, ils con-
cluent « qu'après tout la panne est la station
du chauffeur »!
Et, la preuve que ce n'est tout de même
pas si décourageant, c'est qu'au premier jour
libre et beau, on recommence! Ah! l'auto en
famille, la route tour à tour épineuse et char-
mante, les sacrés embêtements et les mo-
ments de joie, est-ce que ce n'est pas toute
la vie?,..
MICHEL CORDAY.
LES ANNALES
227
L'Auto en Famille
Détachons du nouveau volume de M Michel
Corday, Monsieur, Madame et l'Auto E. Fas-
quelle, éditeur), ce piquant chapitre agrémenté
des spirituels croquis d'Henri Caruchet :
Oh! l'émotion des premières sorties... Le papa
sait conduire, c'est convenu. Entendez par là
qu'il a pris trois leçons et que ses papiers
sont en règle. Il s'est évadé — Dieu sait
comme — du cercle vicieux où l'enfermait
l'Administration, qui interdit de circuler sans
permis de conduire, bien qu'il faille circuler
pour apprendre à conduire. Autour de la voi-
ture, grand branle-bas. On ne saurait pren-
dre trop de précautions. On la graisse, on la
huile : elle en dégoutte. On essaie les freins.
Diable! c'est fichtrement important! On vé-
rifie les valves, en leur trempant le nez dans
un verre d'eau, pour voir si elles n'y soufflent
pas de petites bulles. On s'assure de la du-
reté des pneus en montant sur les fusées; toute
la famille grimpe; elle a l'air de jouer à
chat perché. On éprouve l'étincelle : une étin-
celle grosse, rouge, chaude, une étincelle d'ar-
tifice. On s'encapuchonne. Les petits nez dis-
paraissent sous de grosses lunettes. Tout est
prêt.
En route! Un tour!... Ah! le passage en
deuxième vitesse, voilà une manoeuvre déli-
cate, et que toutes les oreilles attendent.
Pourvu que les pignons ne se disputent pas
trop fort! Ça vous scie les os, ce bruit-là.
De même que Mme de Sévigné avait mal à la
poitrine de sa fille, on a mal aux engrenages
de sa voiture. Enfin, ils sont en prise. Troi-
sième vitesse. Le levier à fond. Ça y est. La
route est libre, la route est belle. Vive l'auto!
Mais que d'épreuves guettent encore la fa-
mille en marche. Attention! Un rechargement
récent. Et les pneus qui sont tout neufs,
sans une coupure... Tout le monde se fait
léger, léger à s'envoler. Qu'est-ce encore?
Un troupeau de moutons... Ah! les moutons,
qui s'étalent, qui barrent la route, se jettent
sous les roues comme les fanatiques hindous
sous le char de Jaggernaut. Et le voiturier,
qui, par malice imbécile, reste sourd aux appels
éplorés de la trompe et qui tient le milieu de
la route! Et le village plein d'embûches, avec
ses charrettes qui sortent à reculons des portes
de ferme, ses chevaux sans gardien, et ses
poules, ses chiens, ses gamins, tout un peu-
ple qui s'amuse à traverser devant la voi-
ture! Et ces vauriens qui vous indiquent la
mauvaise route au carrefour!... Comme si
c'était déjà si commode, la marche arrière! Et
les côtes! Tout le monde écoute les batte-
ments du moteur. Arrivera-t-on jusqu'en haut
sans passer en première? Et chacun pousse
d'un inconscient élan du buste en avant. Ah!
je vous jure qu'on se fait souvent du mauvais
sang, dans le dos du papa mécanicien. Et
croyez-vous qu'il faut qu'on l'aime assez,
cette voiturette de famille, pour courir ce
steeple par plaisir, et pour s'écrier bien sin-
cèrement, lorsqu'on rentre sans accroc sérieux :
— Ah! la bonne promenade!
Dès que son conducteur est un peu aguerri,
la famille va voir ses amis. Ceux qui n'ont
pas d'auto, de préférence. On leur fait la sur-
prise de la visite. D'abord, parce que l'imprévu
est toujours amusant. Et, surtout, parce que
c'est dangereux d'annoncer son arrivée : si on
n'arrivait pas? ou très en retard? Ah! les
amis... C'est à leur contact qu'on goûte le
plus vivement le plaisir d'avoir un auto. On
le leur vante. On leur dit :
— Si vous saviez comme c'est bon!
Et, même, on le croit. Seulement, c'est
devant eux qu'il s'agit de faire un beau dé-
part!... Ils y assistent tous, bien entendu. C'est
d'usage, pour l'adieu. Et puis, il se mêle à
leur curiosité un tout petit brin d'envie. Ils
ne seraient pas fâchés que ça ne parte pas,
dût-il leur en coûter un repas de plus.
Faut-il parler de la panne en famille? Tout
a été dit sur la mauvaise déesse. On a décrit
les recherches énervées et méthodiques du
mécanicien-amateur, au milieu des bonnes vo-
lontés importunes, des suggestions ignorantes
de ses passagers. Sans doute, on a peint
l'état d'esprit du chauffeur qui, sous sa voiture
de famille, dans la poussière, du cambouis
dans les cheveux, lutte contre une goupille
qui ne veut rien savoir. Tandis que d'autres
autos filent, fringants, à son nez, c'est vrai
qu'il se demande comment il a pu consentir
un si lourd sacrifice d'argent pour de si
âpres déceptions, acheter si cher de si écoeu-
rants ennuis.
Mais, soyons juste. Disons que, son volant
en main, son moteur remis en route, le chauf-
feur goûte la fierté d'avoir vaincu le sort et
de ramener au port sa maisonnée... Avouons
que, petits et grands, loin d'être toujours
importuns, savent, parfois, se rendre discrè-
tement utiles. Proclamons la bonne humeur
qu'ils opposent au méchant destin quand, assis
sur le talus de la route, ils assurent « qu'il
fallait bien que ça arrive, que c'est le baptême
du feu, qu'on rentrera pour le dîner au lieu
du déjeuner, voilà tout, que ça donnera l'oc-
casion d'essayer les phares "..., et quand, re-
prenant la pensée de Tristan Bernard, ils con-
cluent « qu'après tout la panne est la station
du chauffeur »!
Et, la preuve que ce n'est tout de même
pas si décourageant, c'est qu'au premier jour
libre et beau, on recommence! Ah! l'auto en
famille, la route tour à tour épineuse et char-
mante, les sacrés embêtements et les mo-
ments de joie, est-ce que ce n'est pas toute
la vie?,..
MICHEL CORDAY.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.98%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.98%.
- Collections numériques similaires Bibliographie de la presse française politique et d'information générale Bibliographie de la presse française politique et d'information générale /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BIPFPIG00"Arts de la marionnette Arts de la marionnette /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Pam1" Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BnPlCo00" France-Brésil France-Brésil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "FranceBr"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 11/24
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k5721934f/f11.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k5721934f/f11.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k5721934f/f11.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k5721934f/f11.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k5721934f
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k5721934f
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k5721934f/f11.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest