Titre : Alger-étudiant : organe officiel de l'Association générale des étudiants d'Alger
Auteur : Association générale des étudiants d'Algérie. Auteur du texte
Éditeur : Association générale des étudiants d'Alger (Alger)
Date d'édition : 1935-11-30
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32685365z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 3712 Nombre total de vues : 3712
Description : 30 novembre 1935 30 novembre 1935
Description : 1935/11/30 (A14,N200). 1935/11/30 (A14,N200).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5711638s
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-60882
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 10/01/2011
N° 200. — 30 NOVEMBRE 1935
Paul Leca est élu Président
Le peuple estudiantin a rendu
son arrêt : Paul Leca succédera
à Gilbert Narbonne, pour l'armée
1935-193$;, comme, Président de
son Association générale.
Gilbert Narbonne nous quitte
donc.
Ce n'est pas sans regret que nous
apprîmes ces vacances dernières sa
volonté de ne pas se présenter, car
peu dé Présidents auront laissé
parmi les étudiants un souvenir
aussi profond et aussi ineffaçable
Après une élection triomphale,
il s'était de suite imposé par ses
qualités de coeur et d'esprit. Et
surtout ce qui lui valu l'estime de
tous les étudiants, ce furent son
désintéressement et son travail in-
interrompu.
Il avait obtenu dans tous les do-
maines des résultats splendides :
à l'extérieur,, au Congrès national
de l'U.N. à Tours, il était élu vi-
ce-président, et ce après avoir re-
fusé le poste de président de l'U.
N. qui lui-était offert.
H représentait la France au Con-
grès international de Prague de la
CLE. où ses interventions brillan-
tes dans les commissions les plus
importantes, attirent sur la France
l'attention du monde estudiantin.
A l'intérieur de l'A.G., il sut
être un Président réalisateur :
sous sa direction, forte et avisée,
la Maison des Etudiants put fonc-
tionner de façon confortable à la
grande satisfaction de tous.
Notre journal s'est maintenu à
sa place au prix de grands sacri-
fices, malgré la crise.
Enfin, dans le domaine de la
vie des étudiants proprement dite,
11 a obtenu des résultats fort ap-
préciables : les prêts d'honneur
accordés par l'Association ont con-
sidérablement augmenté en nom-
bre et en importance.
Mais ce ne sont là que de trop
brèves notes. 11 nous faudrait des
pages et encore dés pages pour di-
re le travail accompli par Gilbert
Narbonne au cours de son année
de Présidence.
Qu'il me permette de dire, pour
terminer, qu'il laisse l'A.G. plus
riche qu'il ne l'avait prise.
Il n'aura pas oeuvré en vain.
Les étudiants savent ce qu'ils lui
doivent, et son plus beau souvenir
sera sans doute la vision de cette
assemblée générale, où les accla-
mations enthousiastes lui conférè-
rent le titre de Président d'Hon-
neur.
Tu passes dans la Galerie des
Antiques, Narbonne, mais la re-
connaissance des étudiants te sera
éternelle !"
Si le labeur accompli par Nar-
bonne fut immense, il ne fait pas
oublier celui qui reste à faire. Son
travail certes ne sera pas sans len-
demain, car les étudiants avec le
bon sens qui les caractérise, ont su
choisir son successeur.
Paul Leca, étudiant en 5e année
de Médecine, vient d'être élu Pré-
sident triomphalement.
Et cela se comprend : en effet,
après avoir siégé au Comité Direc-
teur, Paul Leca, durant les années
1933-1934 et 1934-1935, assura les
délicates fonctions de Trésorier
général, en plus de celles de Pré-
sident de la section de Médecine.
Aux Collaborateurs
d'Âlger-Etudianf
Le moment est venu de prendre
congé d'eux, le plus simplement
possible, sans nommer personne.
Ceux qui ont. travaillé au jour-
nal Vont fait pour l'amour de l'art,
peu leur chante d'être nommés ici.
Leurs nonis resteraient peut-êtrs
dans nos annales... mais cette gloi-
re éphémère et d'ailleurs relative
vaut moins pour eux. nous en som-
mes sûrs, que les souvenirs qu'ils
emportent de leur passage au jour-
nal.
Et d'ailleurs, ils sont trop nom-
breux...
Les remerciements qu'ils reçoi-
vent sont ceux que méritent leur
concours désintéressé. Alger Etu-
diant a toujours été et restera espé-
rons-le le centre intellectuel de
l'A.G. Cela seul suffit à payer lar-
gement ceux qui Vont aimé et aidé.
Avant de partir, suivant Vusage,
le directeur du canard les assure
au nom de tous, de son souvenir
reconnaissant et leur transmet les
voeux de fin d'années traditionnels.
Qu'ils les acceptent du même
coeur que celui qui les fait.
ALGER ETUDIANT
Or, c'est à la fonction qu'on ju-
ge l'homme : Leca fut un argen-
tier de premier ordre, et sa derniè-
re gestion traduite en chiffres, lais-
se apparaître un actif de plus de
13.000 francs supérieur :au passif.
Les étudiants ne s'y trompèrent
pas, et leur vote massif, assurera
pour l'A.G. encore une année de
prospérité.
Son expérience est pour nous le
plus sûr garant de son activité fu-
ture, et nous sommes certains que
son programme, qui n'est que la
continuité dans l'action, de l'ef-
fort Narbonne, sera réalisé.
Je sais qu'à l'intérieur, le nou-
veau Président s'attachera surtout
à améliorer les conditions de la vie
estudiantine, et qu'il s efforcera de
réduire le plus possible les diffi-
cultés que nos camarades nécessi-
teux peuvent rencontrer, que l'A.
G. se souciera plus que jamais des
problèmes délicats et importants
du logement des étudiants et en-
suite de la réalisation de la cité
universitaire, ainsi que du lance-
ment de ceux de nos camarades
peu fortunés, qui sont dans l'obli-
gation de rechercher un emploi
pour avoir les moyens de poursui-
vre leurs études, car primo vivere.
Que la vie des sections sera in-
tensifiée : leurs bibliothèques se-
ront enrichies ; pour chacune d'el-
les des avantages nouveaux seront
recherchés et obtenus.
Mais l'activité de notre Prési-
dent débordera le cadre de notre
A.G. dont le prestige et le bon re-
nom seront affirmés chaque jour
davantage.
Son expérience des congrès de
l'U.N. lui permettra de maintenir
notre A.G. au rang auquel elle a
droit.
Connaissant ses qualités d'ad-
ministrateur,- on ne peut mécon-
naître ses qualités brillantes d'in-
telligence, et s'il n'est pas l'orateur
du carrefour, il n'en reste pas
moins celui qui sait dire claire-
ment ce qu'il veut dire et quand
il faut le dire.
Sympathique, intelligent et sur- -
tout comj)étent, il ne peut moins
faire de porter haut et ferme le
drapeau de l'A.G. d'Alger.
Au seuil de sa présidence, au
nom de tous les étudiants d'Algé-
rie, je lui adresse nos voeux les
plus ardents de succès et de pros-
périté.
R. NOQUE
Sur une Terrasse
de la
Rue Lalahoum
par RENÉ JANON
Je passe rarement le seuil de la
rue de la Kasbah, derrière la mos-
quée devenue Notre-Dame dès Vic-
toires, et devant la fontaine de la
rue des Marseillais, sans faire un
détour pour revoir ma maison de
la rue Lalahoum. C'est un coin p.3u
connu d'Alger, ce morceau de vil-
le resseré entre l'à-pic de la rue
Marengo et la populeuse rue Bab-
el-Oued. Les ruelles y sont plus
sombres et plus étroites qu'ail-
leurs, les maisons turques plus an-
ciennes. Il y flotte un mystère qui
éloigné les curieux.
Au fond d'un cul-de-sac dominé
par la silhouette de la Médersa
Tsalibia, la vieille demeure à ter-
rasse que j'habitai naguère, est un
refuge d'une charmante simplici-
té. Sur sa vieille porte ornée de
clous de bronze et d'une main de
Fatmah, un peintre malhabile a
tracé cet avertissement : « Mai-
son honnête »... L'indication n'est
pas inutile car tout le voisinage,
avec ses « hôtel Antoinette », son
« Rutilant » et ses meublés dou-
teux, est assez inquiétant.
Dessin de Brouty ■ ■ Cliché Lcko d Alger
Sous la voûte bleue de l'entrée,
la fraîcheur de cette pourtant très
humble habitation vous aspire
comme un lieu d'amitié au milieu
d'une grande ville étrangère. Un
puit dont la margelle est entaillée
par le frottement des chaînes est
dissimulée dans un angle de la
cour. On devine, à des chuchotte-
ments, à des bruits précipités de
semelles de bois sur les dallages,
la fuite curieuse des femmes à l'ap-
proche d'un « radjel ». Trois gale-
ries faites d'un vieux bois patiné
par l'usage et piqué par l'insecte,
entourent le patio lumineux, dont
les carreaux de ' faïence, s'ils ont
perdu toute trace d'ornementation,
conservent du moins un éclat d'e-
xemplaire propreté. Les murail-
les toujours fraîchement badigeon-
nées à la chaux, le linge coloré qui
sèche sur les cordelettes à chaque
étage, les foutas aux rayures vives,
sorties des chambres qu'on lave à
grande eau, tout concourt à l'éton-
nement du nouveau venu. Dans
cette démeure à façade grisé et
triste, — dont les locataires ne
sont que de modestes ouvriers, des
marchands ambulants, des rece-
veurs de tramway, — la.légende
est bien vite détruite de « l'arabe
malpropre par nature ».
Trois étages d'un seul escalier
raide. De la terrasse, toute une vi-
vante cité, composée de cellules
semblables à celle-ci, apparaît
avec son exposition permanente et
polychrome de robes et de haïks
au soleil ; avec ses moutchatchous
à demi-nus, aux corps bronzés, et
qui jouent avec leurs pieds passés
au henné. Pendues aux ballustra-
des, des guirlandes de piments rou-
ges rutilent, et sur le bord des toi-
tures, des tranches de tomates fi-
nissent de se stériliser dans une
lumière incandescente.
Il n'est pas d'habitation à l'en-
tour, dont le cadre d'une fenêtre
au moins, n'ait la coquetterie de
servir de niche à un pot de géra-
nium., de verveine, de basilic ou
de menthe poivrée.
A voir de loin la chaotique su-
perposition des cubes de la Kas-
bah, et quand on n'en a que par-
couru certains boyaux sans péné-
trer dans les habitations, on ne
sait retenir une exclamation de pi-
tié : « Comment peut-on vivre là-
dedans »... C'est ce qu'a traduit je
ne sais plus quel hygiéniste, quand
il écrivit, voici quelques années,
que le seul fait, pour un homme,
de naître et d'habiter dans certai-
nes jjarties d'Alger, le condamnait
à une réduction de moitié de son
existence. Il n'en faut rien croire
la sauté de l'habitant n'est pas
plus en danger qu'ailleurs dans
ces maisons calmes dont les cours
centrales sont de merveilleux pou-
mons collectifs.
J'ai gardé de mon séjour dans
cette maison de la rue Lalahoum,
comme celle de la rue Porte-Neu-
ve, au sommet de la haute ville
d'où je voyais la mer, des souve-
nirs inoubliables. Et lorsque, bien
des années plus tard, il m'advint
dans un petit livre de décrire Tan-
(Suite page 3).
Paul Leca est élu Président
Le peuple estudiantin a rendu
son arrêt : Paul Leca succédera
à Gilbert Narbonne, pour l'armée
1935-193$;, comme, Président de
son Association générale.
Gilbert Narbonne nous quitte
donc.
Ce n'est pas sans regret que nous
apprîmes ces vacances dernières sa
volonté de ne pas se présenter, car
peu dé Présidents auront laissé
parmi les étudiants un souvenir
aussi profond et aussi ineffaçable
Après une élection triomphale,
il s'était de suite imposé par ses
qualités de coeur et d'esprit. Et
surtout ce qui lui valu l'estime de
tous les étudiants, ce furent son
désintéressement et son travail in-
interrompu.
Il avait obtenu dans tous les do-
maines des résultats splendides :
à l'extérieur,, au Congrès national
de l'U.N. à Tours, il était élu vi-
ce-président, et ce après avoir re-
fusé le poste de président de l'U.
N. qui lui-était offert.
H représentait la France au Con-
grès international de Prague de la
CLE. où ses interventions brillan-
tes dans les commissions les plus
importantes, attirent sur la France
l'attention du monde estudiantin.
A l'intérieur de l'A.G., il sut
être un Président réalisateur :
sous sa direction, forte et avisée,
la Maison des Etudiants put fonc-
tionner de façon confortable à la
grande satisfaction de tous.
Notre journal s'est maintenu à
sa place au prix de grands sacri-
fices, malgré la crise.
Enfin, dans le domaine de la
vie des étudiants proprement dite,
11 a obtenu des résultats fort ap-
préciables : les prêts d'honneur
accordés par l'Association ont con-
sidérablement augmenté en nom-
bre et en importance.
Mais ce ne sont là que de trop
brèves notes. 11 nous faudrait des
pages et encore dés pages pour di-
re le travail accompli par Gilbert
Narbonne au cours de son année
de Présidence.
Qu'il me permette de dire, pour
terminer, qu'il laisse l'A.G. plus
riche qu'il ne l'avait prise.
Il n'aura pas oeuvré en vain.
Les étudiants savent ce qu'ils lui
doivent, et son plus beau souvenir
sera sans doute la vision de cette
assemblée générale, où les accla-
mations enthousiastes lui conférè-
rent le titre de Président d'Hon-
neur.
Tu passes dans la Galerie des
Antiques, Narbonne, mais la re-
connaissance des étudiants te sera
éternelle !"
Si le labeur accompli par Nar-
bonne fut immense, il ne fait pas
oublier celui qui reste à faire. Son
travail certes ne sera pas sans len-
demain, car les étudiants avec le
bon sens qui les caractérise, ont su
choisir son successeur.
Paul Leca, étudiant en 5e année
de Médecine, vient d'être élu Pré-
sident triomphalement.
Et cela se comprend : en effet,
après avoir siégé au Comité Direc-
teur, Paul Leca, durant les années
1933-1934 et 1934-1935, assura les
délicates fonctions de Trésorier
général, en plus de celles de Pré-
sident de la section de Médecine.
Aux Collaborateurs
d'Âlger-Etudianf
Le moment est venu de prendre
congé d'eux, le plus simplement
possible, sans nommer personne.
Ceux qui ont. travaillé au jour-
nal Vont fait pour l'amour de l'art,
peu leur chante d'être nommés ici.
Leurs nonis resteraient peut-êtrs
dans nos annales... mais cette gloi-
re éphémère et d'ailleurs relative
vaut moins pour eux. nous en som-
mes sûrs, que les souvenirs qu'ils
emportent de leur passage au jour-
nal.
Et d'ailleurs, ils sont trop nom-
breux...
Les remerciements qu'ils reçoi-
vent sont ceux que méritent leur
concours désintéressé. Alger Etu-
diant a toujours été et restera espé-
rons-le le centre intellectuel de
l'A.G. Cela seul suffit à payer lar-
gement ceux qui Vont aimé et aidé.
Avant de partir, suivant Vusage,
le directeur du canard les assure
au nom de tous, de son souvenir
reconnaissant et leur transmet les
voeux de fin d'années traditionnels.
Qu'ils les acceptent du même
coeur que celui qui les fait.
ALGER ETUDIANT
Or, c'est à la fonction qu'on ju-
ge l'homme : Leca fut un argen-
tier de premier ordre, et sa derniè-
re gestion traduite en chiffres, lais-
se apparaître un actif de plus de
13.000 francs supérieur :au passif.
Les étudiants ne s'y trompèrent
pas, et leur vote massif, assurera
pour l'A.G. encore une année de
prospérité.
Son expérience est pour nous le
plus sûr garant de son activité fu-
ture, et nous sommes certains que
son programme, qui n'est que la
continuité dans l'action, de l'ef-
fort Narbonne, sera réalisé.
Je sais qu'à l'intérieur, le nou-
veau Président s'attachera surtout
à améliorer les conditions de la vie
estudiantine, et qu'il s efforcera de
réduire le plus possible les diffi-
cultés que nos camarades nécessi-
teux peuvent rencontrer, que l'A.
G. se souciera plus que jamais des
problèmes délicats et importants
du logement des étudiants et en-
suite de la réalisation de la cité
universitaire, ainsi que du lance-
ment de ceux de nos camarades
peu fortunés, qui sont dans l'obli-
gation de rechercher un emploi
pour avoir les moyens de poursui-
vre leurs études, car primo vivere.
Que la vie des sections sera in-
tensifiée : leurs bibliothèques se-
ront enrichies ; pour chacune d'el-
les des avantages nouveaux seront
recherchés et obtenus.
Mais l'activité de notre Prési-
dent débordera le cadre de notre
A.G. dont le prestige et le bon re-
nom seront affirmés chaque jour
davantage.
Son expérience des congrès de
l'U.N. lui permettra de maintenir
notre A.G. au rang auquel elle a
droit.
Connaissant ses qualités d'ad-
ministrateur,- on ne peut mécon-
naître ses qualités brillantes d'in-
telligence, et s'il n'est pas l'orateur
du carrefour, il n'en reste pas
moins celui qui sait dire claire-
ment ce qu'il veut dire et quand
il faut le dire.
Sympathique, intelligent et sur- -
tout comj)étent, il ne peut moins
faire de porter haut et ferme le
drapeau de l'A.G. d'Alger.
Au seuil de sa présidence, au
nom de tous les étudiants d'Algé-
rie, je lui adresse nos voeux les
plus ardents de succès et de pros-
périté.
R. NOQUE
Sur une Terrasse
de la
Rue Lalahoum
par RENÉ JANON
Je passe rarement le seuil de la
rue de la Kasbah, derrière la mos-
quée devenue Notre-Dame dès Vic-
toires, et devant la fontaine de la
rue des Marseillais, sans faire un
détour pour revoir ma maison de
la rue Lalahoum. C'est un coin p.3u
connu d'Alger, ce morceau de vil-
le resseré entre l'à-pic de la rue
Marengo et la populeuse rue Bab-
el-Oued. Les ruelles y sont plus
sombres et plus étroites qu'ail-
leurs, les maisons turques plus an-
ciennes. Il y flotte un mystère qui
éloigné les curieux.
Au fond d'un cul-de-sac dominé
par la silhouette de la Médersa
Tsalibia, la vieille demeure à ter-
rasse que j'habitai naguère, est un
refuge d'une charmante simplici-
té. Sur sa vieille porte ornée de
clous de bronze et d'une main de
Fatmah, un peintre malhabile a
tracé cet avertissement : « Mai-
son honnête »... L'indication n'est
pas inutile car tout le voisinage,
avec ses « hôtel Antoinette », son
« Rutilant » et ses meublés dou-
teux, est assez inquiétant.
Dessin de Brouty ■ ■ Cliché Lcko d Alger
Sous la voûte bleue de l'entrée,
la fraîcheur de cette pourtant très
humble habitation vous aspire
comme un lieu d'amitié au milieu
d'une grande ville étrangère. Un
puit dont la margelle est entaillée
par le frottement des chaînes est
dissimulée dans un angle de la
cour. On devine, à des chuchotte-
ments, à des bruits précipités de
semelles de bois sur les dallages,
la fuite curieuse des femmes à l'ap-
proche d'un « radjel ». Trois gale-
ries faites d'un vieux bois patiné
par l'usage et piqué par l'insecte,
entourent le patio lumineux, dont
les carreaux de ' faïence, s'ils ont
perdu toute trace d'ornementation,
conservent du moins un éclat d'e-
xemplaire propreté. Les murail-
les toujours fraîchement badigeon-
nées à la chaux, le linge coloré qui
sèche sur les cordelettes à chaque
étage, les foutas aux rayures vives,
sorties des chambres qu'on lave à
grande eau, tout concourt à l'éton-
nement du nouveau venu. Dans
cette démeure à façade grisé et
triste, — dont les locataires ne
sont que de modestes ouvriers, des
marchands ambulants, des rece-
veurs de tramway, — la.légende
est bien vite détruite de « l'arabe
malpropre par nature ».
Trois étages d'un seul escalier
raide. De la terrasse, toute une vi-
vante cité, composée de cellules
semblables à celle-ci, apparaît
avec son exposition permanente et
polychrome de robes et de haïks
au soleil ; avec ses moutchatchous
à demi-nus, aux corps bronzés, et
qui jouent avec leurs pieds passés
au henné. Pendues aux ballustra-
des, des guirlandes de piments rou-
ges rutilent, et sur le bord des toi-
tures, des tranches de tomates fi-
nissent de se stériliser dans une
lumière incandescente.
Il n'est pas d'habitation à l'en-
tour, dont le cadre d'une fenêtre
au moins, n'ait la coquetterie de
servir de niche à un pot de géra-
nium., de verveine, de basilic ou
de menthe poivrée.
A voir de loin la chaotique su-
perposition des cubes de la Kas-
bah, et quand on n'en a que par-
couru certains boyaux sans péné-
trer dans les habitations, on ne
sait retenir une exclamation de pi-
tié : « Comment peut-on vivre là-
dedans »... C'est ce qu'a traduit je
ne sais plus quel hygiéniste, quand
il écrivit, voici quelques années,
que le seul fait, pour un homme,
de naître et d'habiter dans certai-
nes jjarties d'Alger, le condamnait
à une réduction de moitié de son
existence. Il n'en faut rien croire
la sauté de l'habitant n'est pas
plus en danger qu'ailleurs dans
ces maisons calmes dont les cours
centrales sont de merveilleux pou-
mons collectifs.
J'ai gardé de mon séjour dans
cette maison de la rue Lalahoum,
comme celle de la rue Porte-Neu-
ve, au sommet de la haute ville
d'où je voyais la mer, des souve-
nirs inoubliables. Et lorsque, bien
des années plus tard, il m'advint
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