Titre : La Caricature : publication de la Librairie illustrée / A. Robida, rédacteur en chef
Éditeur : Librairie illustrée (Paris)
Éditeur : E. KolbE. Kolb (Paris)
Éditeur : Fayard frèresFayard frères (Paris)
Date d'édition : 1896-12-26
Contributeur : Robida, Albert (1848-1926). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32737409c
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 10279 Nombre total de vues : 10279
Description : 26 décembre 1896 26 décembre 1896
Description : 1896/12/26 (A17,N887). 1896/12/26 (A17,N887).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k57042367
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, FOL-LC13-247
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 30/11/2010
.iLi LA CARICATURE
taire général de là préfecture de R... Malgré sa
grande taille, elle avait un air de madone de
Raphaël. Ses traits étaient si doux, si fondus,
qu'ils semblaient avoir été sculptés avec une
caresse ou avec un.baisej.
— Mais vous êtes jolie, — trop jolie pour une
inslitulrice ! s'écria Mme de Sarlaz, qui n'était
qu'agréable!
— Qu'importe, Madame, si personne n'y fait
attention? Je ne demande qu'à passer inaperçue,
dit l'institutrice allemande.
— Je vais vous présenter vos futurs élèves,
Philippe et Jacqueline. Ils sont absolument 1er-
ribles. '" __ -
Mme de Sarlaz sonna pour qu'on amenât les
enfants. La-porte s'ouvrit et un petit garçon et
une petite fille, très'ébouriffés, se placèrent sur
le seuil et, ■ tirant simultanément la langue,
dirent : ■ -,. '
— Zuf ! pour la Prussienne.
Apres cette manifestation patriotique, ils
prirent la fuite.
— Ce ne sont pas de mauvais enfants, dit la
mère, seulement ils nie coûtent très cher. Je les
avais emmenés ^l'établissement de bains, l'autre
jour; ils ont tourné les robinets et inondé Iras
les corridors, de sorte que mon bain m'a. coûté
ISO francs. J'e vous'préviens que mon fils ap- ■
prend toutes ses leçons sous la table ou à plat
ventre sous son lit... Mais allons les retrou-
ver.
Les deux femmes se rendirent dans la salle à ' i.
manger. Jacqueline s'était assise sur le haut du; ;
buffet, à côté d'un vase de Gien dont elle mena-
çait l'existence; le petit garçon se balançait sur
le haut d'une porte. Ils avaient vu des clowns et
voulaient les imiter ! Anna entra en fonctions et
au bout de quinze jours elle- les avait domptés, ;
rendus dociles et studieux. Elle avait des talents
d'artiste,de savante et de bonne ménagère, elle :
les communiqua peu à peu aux enfants. La mai-
son de Mme de Sarlaz devenait un petit
paradis. Si elle querellait son mari, Anna don-
nait raison à la femme. Sa douceur planait sur
toute la demeure. Point de coquetterie; elle
portait toujours la môme robe, envoyait sans
doute ses appointements à quelque vieille mère
ou à des soeurs et allait très souvent à la poste...
L'aimable Mme do Sarlaz futobligôc de donner
un bal pour rendre quelques politesses ; elle se
demanda si là gouvernante avait une robe dé
soirée et si elle devait lui en donner une. Ce fut
avec une intention charitable qu'elle ouvrit
l'armoire où Anna serrait ses effets, à l'heure où
elle promenait les enfants. 0 surprise ! le pla-
card avait le ventre creux cofnme. si un incendie
l'eût nettoyé. Deux chemises, trois paires de
bas, un jupon de laine, quatre mouchoirs s'éta-
laient sur.les rayons symétriques...
— Quelle misère ! dit l'excellente femme. Et
elle a 120 francs par mois, ici. La pauvre fille
soutient sa famille, c'est certain.
Et, le soir, elle lui fit don d'une robe rose.
— Prètez-la-moi... une fois seulement..., dit
; Anna. Je ne la salirai pas, je ne danserai pas,
et vous la rendrai, Madame.
La soirée eut lieu; l'institutrice y fut très
remarquée, et une dizaine de personnes en s'en
allant dirent confidentiellement à la maîtresse
de maison : %
— Faites attention, ma chère. On dirait que
cette gouvernante est grosse...
Mme de Sarlaz, très.prudente, ne dit rien,
mais écrivit le lendemain à une Mme Le-
fâivre, chez laquelle Anna était restée un an, et
qui lui! répondit :
«La personne en question, Madame, a six
« enfants disséminés sur différents points de
« l'Europe. Trois pères se sont chargés de l'édu-
« cation des premiers, elle aies autres à sa charge
« et c'est pourquoi vous là yô^yez si misérable.
«Lepère du septième ne doit pas être loin,
«cherchez dans votre entourage^ Je ne lui
« connais que des vertus', moins le sens moral
« qùi*lui fait totalemeht'défaut. .)>
ÎDUns la soirée, Mme de JSàflaz monta chez' la
gouvernante et lui dit :
—- Mademoiselle, il ne me manque que votre
assentiment pour conclure l'achat d'un cabinet
de lecture qui Vous rapportera 250 francs par
mois. J'aurai ainsi réparé les torts de mon mari.
Vous élèverez votre enfant près de vous. Puisse-
t-il vous préserverde...delùi donner desfrèrés!
Et vous ne tromperez plus la confiance dés
familles, '...'-.---
-^J'avoue, dit la coupable. Je ne sais pour-
quoi je plais tant aux hommes. Je ne provoque
personne, vinais je né sais pas dire non, Ah !
l'amour-, Madame 1 \
Elle partit le lèndemainv laissant dans l'ar-
moire vide les cadeaux qu'elle avait reçus : un
bracelet d'argent, un buvard,: une paire de gants
-neufs, un éventail cass è;.. ;;
' ':■:: /^/ --. MlDAS. '
taire général de là préfecture de R... Malgré sa
grande taille, elle avait un air de madone de
Raphaël. Ses traits étaient si doux, si fondus,
qu'ils semblaient avoir été sculptés avec une
caresse ou avec un.baisej.
— Mais vous êtes jolie, — trop jolie pour une
inslitulrice ! s'écria Mme de Sarlaz, qui n'était
qu'agréable!
— Qu'importe, Madame, si personne n'y fait
attention? Je ne demande qu'à passer inaperçue,
dit l'institutrice allemande.
— Je vais vous présenter vos futurs élèves,
Philippe et Jacqueline. Ils sont absolument 1er-
ribles. '" __ -
Mme de Sarlaz sonna pour qu'on amenât les
enfants. La-porte s'ouvrit et un petit garçon et
une petite fille, très'ébouriffés, se placèrent sur
le seuil et, ■ tirant simultanément la langue,
dirent : ■ -,. '
— Zuf ! pour la Prussienne.
Apres cette manifestation patriotique, ils
prirent la fuite.
— Ce ne sont pas de mauvais enfants, dit la
mère, seulement ils nie coûtent très cher. Je les
avais emmenés ^l'établissement de bains, l'autre
jour; ils ont tourné les robinets et inondé Iras
les corridors, de sorte que mon bain m'a. coûté
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prend toutes ses leçons sous la table ou à plat
ventre sous son lit... Mais allons les retrou-
ver.
Les deux femmes se rendirent dans la salle à ' i.
manger. Jacqueline s'était assise sur le haut du; ;
buffet, à côté d'un vase de Gien dont elle mena-
çait l'existence; le petit garçon se balançait sur
le haut d'une porte. Ils avaient vu des clowns et
voulaient les imiter ! Anna entra en fonctions et
au bout de quinze jours elle- les avait domptés, ;
rendus dociles et studieux. Elle avait des talents
d'artiste,de savante et de bonne ménagère, elle :
les communiqua peu à peu aux enfants. La mai-
son de Mme de Sarlaz devenait un petit
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nait raison à la femme. Sa douceur planait sur
toute la demeure. Point de coquetterie; elle
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doute ses appointements à quelque vieille mère
ou à des soeurs et allait très souvent à la poste...
L'aimable Mme do Sarlaz futobligôc de donner
un bal pour rendre quelques politesses ; elle se
demanda si là gouvernante avait une robe dé
soirée et si elle devait lui en donner une. Ce fut
avec une intention charitable qu'elle ouvrit
l'armoire où Anna serrait ses effets, à l'heure où
elle promenait les enfants. 0 surprise ! le pla-
card avait le ventre creux cofnme. si un incendie
l'eût nettoyé. Deux chemises, trois paires de
bas, un jupon de laine, quatre mouchoirs s'éta-
laient sur.les rayons symétriques...
— Quelle misère ! dit l'excellente femme. Et
elle a 120 francs par mois, ici. La pauvre fille
soutient sa famille, c'est certain.
Et, le soir, elle lui fit don d'une robe rose.
— Prètez-la-moi... une fois seulement..., dit
; Anna. Je ne la salirai pas, je ne danserai pas,
et vous la rendrai, Madame.
La soirée eut lieu; l'institutrice y fut très
remarquée, et une dizaine de personnes en s'en
allant dirent confidentiellement à la maîtresse
de maison : %
— Faites attention, ma chère. On dirait que
cette gouvernante est grosse...
Mme de Sarlaz, très.prudente, ne dit rien,
mais écrivit le lendemain à une Mme Le-
fâivre, chez laquelle Anna était restée un an, et
qui lui! répondit :
«La personne en question, Madame, a six
« enfants disséminés sur différents points de
« l'Europe. Trois pères se sont chargés de l'édu-
« cation des premiers, elle aies autres à sa charge
« et c'est pourquoi vous là yô^yez si misérable.
«Lepère du septième ne doit pas être loin,
«cherchez dans votre entourage^ Je ne lui
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ÎDUns la soirée, Mme de JSàflaz monta chez' la
gouvernante et lui dit :
—- Mademoiselle, il ne me manque que votre
assentiment pour conclure l'achat d'un cabinet
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mois. J'aurai ainsi réparé les torts de mon mari.
Vous élèverez votre enfant près de vous. Puisse-
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-^J'avoue, dit la coupable. Je ne sais pour-
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