Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1909-02-14
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 14 février 1909 14 février 1909
Description : 1909/02/14 (Numéro 9119). 1909/02/14 (Numéro 9119).
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/05/2008
1 4
IM MATW
Contes des miifo et un matins
En train de luxe
-»̃ Je 'n'ai pas été plus fier que vous,
upe fois, en sleeping-car, de. Milan à Ve-
nise, reprit Jean RennecoÙrt. Le voyageur
qui partageait avec moi une des grandes
cabines avait une silhouette macabre, était
tellement décharné, tellement falot, telle-
ment long que vous auriez dit de quelque
fantôme échappé d'un campo-santo. II
ne marchait pas. Il glissait à la façon
des couleuvres dans les hautes herbes des
berges. Ses prunelles bigles, d'un jaune
terne de vieux louis usé, avaient quelques
chose de douloureux, de résigné, d'énig-
matiqUe qui vous angoissait autant que
certains regards de poitrinaires, contras-
taient avec le sourire artificiel, observeurvqui
se figeait sur ses lèvres gercées, corrodées
-comme par des fards venimeux. Sa face
toute en angles, blafarde, d'une.étrange lai-
deur, donnait l'impression d'un masque de
carnaval sur quoi s'épaississait des mou-
chetures de boue et de'la poussière de
plâtre. Son corps exhalait une odeur en-
têtante d'huile et d'onguents. Les cou-
chettes étaient apprêtées pour la nuit. Il
balbutia d'une voix blanche et rauque je
ne sais quelles paroles en une langue qui
m'était inconnue. Je l'interrompis d'un
geste vague et d'un salut poli, et nous en
restâmes là. J'endossai mon pyjama et
je m'étendis pour somnoler tant bien que
mal. Mais je rouvris bientôt les yeux mal-
gré moi. La présence presque tangible
dans tes ténèbres incertaines de cet être
bizarre, démoniaque m'inquiétait, m'éner-
vait, m'empêchait de dormir, quoioue je ne
sois pas un poltron. Lui aussi s'était dé-
vêtu. Il se profilait, comme au bord d'un
coffre au couvercle à demi relevé, en mail-
lot de soie rouge feu, immobile, replié sur
lui-même, le menton incrusté dans les de-
DOUX. Durant cinq minutes, il garda
.cette position malaisée comme s'il cher-
chait à se remémorer des comptes ou une
lointaine aventure, exhala un grand soupir.
ouvrit à trois reprises sa large bouche, de
mAme Qu'une carpe qui agonise. Il se
releva ensuite, la tête révulsée entre les*
chevilles, tourna de ses dents la petite clef
d'un nécessaire en peau de porc qu'il avait
en entrant posé sur le tapis. L'ayant ou-
vert,, il en retira successivement un flacon
minuscule rempli d'une liqueur noirâtre, un
verre, une cuillère d'argent, une gourde
pleine de wisky, composa quelque étrange
mixture et l'avala d'un trait, en faisant une
affreuse grimace de dégoût. Tout cela
sans se servir de ses mains qui étaient dé-
mesurées et où s'accusaient dans des touf-
feurs de poils rudes, de grosses veines vio-
lâtres. Il aspira à nouveau une 'bouffée
d'air, fit osciller de droite et de gauche puis
• virer lentement sa tête comme si elle eût
été en carton ou en bois peint, se gratta
ljk riUque et le front tour i tour avec son
pied gauche et son pied droit, parut sou-
dain n'avoir plus de poitrine et être mué
en bossu, devint un crapaud qui se re-
croqueville et se gonfle, sautilla, lourd et
monstrueux, s'arrondit en cercle de barri-
que, se disloqua, se transforma prestigieux,
hallucinant, automate que l'on a remonté
pour un quart d'heure, larve apeurante qui
s'enfuit d'une maison hantée. Fatigué par
une nuit et un jour de voyage, bercé par
le roulis du train, je dormais à moitié, j'é-
tais engourdi, je m'imaginais avoir le eau.
chemar, j'eusse voulu lever le doigt vers
:ïe bouton électrique, appeler â "mon secours
l'employé qui allait et venait le long du
couloir et je ne le pouvais pas. Ah la
inauvaise nuit Et lorsque enfiévré,
epurbattu, tes oreilles bourdonnantes, m'é-
veillèrent les premières lueurs de l'aube,
une aube idéale, orangée, nacrée, aux'tein-
tes douces de soie et de fleur, qui naissait
parmi des essors tumultueux d'ailes blan-
ches et d'ailes roses innombrables, qui
frôlaient l'eau miroitante de la lagune, je
n'aperçus en face de. moi qu'une couchette
vide sur quoi était dépliée, bien en éviden-
ce, une affich-» criarde de casino, l'affiche
qui annonçait les débuts Vérone de
l'Homme-Protée dans ses merveilleux
exercices.
Frisson à fleur de peau, épisode mi-
nusculè 1. fit à son tour Boispréal. Voilà
ce qui m'est arnvé à moi, il n'v a pas un
an, en allant à Saint-Sébastien. Nous
n'étions que deux dans ce compartiment
de première, une jeune femme et moi. Le
hasard qui fait quelquefois bien les choses
avait voulu que cette compagne d'occasion
fut_delicieusement jolie. je la vois comme
si, cela datait d'hier. Des cheveux ondulés
et légers que retenait un peigne d'écaiüe
blonde,des yeux câlins d'une mélancolisante
douceur où l'on aurait cru que sommeillait
l'eau limpide d'une source, que vaguaient
–*̃- des reflets changeants de ciel et de feuilles,
des longs cils soyeux qui bouclaient ainsi
que des barbes de plume. Je vois son vi-
sage presque transparent, d'un rose pâle
de' rose' d'automne et dont l'ovale s'allon-
geait en forme de ciboire, sa bouche char-
nue, épanouie, humide, avivée de rouge,
égayée de petites dents qui semblaient des
gouttes de clarté, son nez drôlet, vibrant,
qu'une chiquenaude taquine devait avoir un
peu retroussé la parigote, et le halo mau-
ve qui: cernait ses paupières, qui donnait à
son regara on ne savait quoi ne vouptueu-
sement las. je la vois souple, svelte, pué-
rile dans une. chemisette. d'irlande avec a
peine de eorge, une taille d'une telle min-
ceur qu'elle paraissait ceinturée d'un ru-
ban de jarretière et de tout petits poignets,
de toutes petites chevilles,, dés. souliers de
peau gnsr et seutement peux Dagues aux
doigts. deux émeraudes d'une admirable
pureté. En face d'elle, un bouquet de Nia-
réchal-Niel qui embaumait une cage de çui-v!
vre ciselé comme un bijou, où gambadait,
grimaçait, gazouillait sans trêve, tel un oi-
seau siffleur, un ouistiti aux prunelles bou-
deuses, en pépins de pomme, aux oreilles
pointues, à la longue queue en panache.
Je ne me rappelle plus très bien comment
je parvins à lui faire refermer le roman
Qu'elle lisait, d'ailleurs fort distraitement,
et en tournant par instants les pages
quatre nar quatre, sans les couper, il lui
prouver que nous avions,été créés pour
nous rencontrer un soir et nous comprend
dre, qu'il y avait entre elle et moi toutes
sortes d'aifinités. à l'énerver et la ten-
ter, et si ce fut le livre, le singe ou quel-
que incident extérieur qui nous aidèrent à
rompre la glace au reste assez fragile.
Bref, au bout d'une heure, plaisantant,
riant, flirtant, mettant un peu de nos âmes
à l'unisson, tels un- violon et une flûte qui
jouent ensemble quelque prélude molto ap-
passioinato, nous fûmes mieux que des ca-
marades de circonstance, presque des amis
oui songeant, sans oser se l'avouer tout
haut, à la joie.d'aimer. Nous avions tiré
les rideaux sur, notre vie à tous deux. Le
charme principal "une aventure n'est-il pas
de demeurer mystérieux ?.. Cependant,com.
me on ne saurait tout le temps bavarder,
même quand il s'agit de sentiment et de
plaisir, même quand on invente de'belles
histoires pour les besoins de la cause, j'a-
vais savouré la fraîcheur de ses mains,
puis la finesse de sa peau, sur la nu-
que et derrière l'oreille. Et l'inconnue
s'était alors ressaisie, m'avait dit « Main-
tenant, monsieur mon ami, on va être
sages comme des images et faire dodo,vous
tout là-bas dans le coin, moi sur cet oreil-
ler, et le seigneur Tireli, mon singe, là-
haut dans le filet. Ce serait vilain de gâter
ces quelques heures qui furent exquises.
Bonsoir, cher monsieur, rêvez de votre pe-
tite Line, et de tout le peut-être qu'elle
vous promis quand on se retrouvera dans
le même hôtel à Biarritz. n Je me gardai
d'insister, d'autant que j'étais absolument
dans les mêmes idées qu'elle. Lampes voi-.
lées. silence. sommeil agité. Enfin
en ayant assez de me remuer dans tous
les sens, de chercher la bonne position
décidément introuvable, je me décidai à at-
tendre le jour, à contempler le charmant
visage qui m'enchantait. Et je tressaillis de
surprise,quand je m'aperçus que ma voisine
ne dormait pas plus que moi,me fixait étran-
gement de ses yeux dilatés, élargis mais
ternis comme d'une buée. Leur regard ne
se détachait pas de moi, tenace, gênant.
Que faire ?. Je me sentis ridicule, amoin-
dri. Et tout à coup, j'eus l'illusion qu'elle
me faisait des signes, qu'elle m'appelait
et m'encourageait d'un mouvement de tête
ironique, suggestif. Je n'hésitai plus. Je
me précipitai ses genoux. Je l'enlaçai
de mes bras tremblants. Et elle y tomba
lourde.raidie, glacée. La malheureuse était
morte. Rupture d'anévrisme, secousse
trop violente qui a brisé le cœur. Et je
touchai ce moment le'fond de l'épouvante,
je pensai mourir moi-même.
René Maizeroy.
Ecote d'application de l'artillerie et dù génie.
Le Journai officiel vient de publier un décret
modifiant celui de 1903 portant réorganisation de
l'école d'application de l'artillerie et du génie
Les deux premiers paragraphes de l'article 4 du
précédent décret sont ainsi remplacés
• Les élèves de l'école polytechnique jugés aptes
à leur sortie de ladite 6cole, à servir dans les ar-
mes de l'artillerie métropolitaine de l'artillerie
coloniale ou du génie, sont envoyés, lmmédtatement
après leur promotion au grade de sous-lieutenant.
à l'école d'application de l'artillerie et du génie,
pour y recevoir, pendant un an, l'instruction tech-
nique nécessaire, ainsi qu'un complément d 'Instric-
tion militaire et équestre. a
L'application de la toi du 17 Juillet 1SQS a amené
les modifications suivantes
L'ancienneté de grade des officiers élèves pen-
dant leur séjour à l'école d'application est fixée à
une date antérieure d'un an à celle de leur nomi.
nation..
Les officiers-élèves ayaut accompli leur rre-
mière année de servlc0 avant, d'entrer J'école
polytechnique sont classés avant ceux qui ont
accompli Leur première année de service & la
sortie de cette école.
Dans chacune des deux catégories ci-dessus les
élèves prennent rang entre eux d'après le numéro
de mérite qu'Us ont obtenu au ''tpyyTnynt de
sortie de l'école polytechnique.
Gendarmerie.
Les colonels Ordionl de la 15* légion bta de gen-
darmerie passe à la 3* à Rouen Paifiet de la 3* passe
à la 17*. légion bis à Agen.
COMMUMQCÉS DE 6l
VIE MONDAINE
DEUIL
On annonce la mort de M. Edmond de
LA,,mené, consul général de France en re-
traite.
On annonce de Nice le décès de
M. Henri Levis. L'inhumation aura lieu lundi
15 courant, à 10 heures très précises. Réu-
nion à la porle principale du cimetière Mont-
parnasse.
ÂCTO^LITÊ
La MuLalLé et les retraites
Les mutualistes ne semblent pas récla-
mer, en ce moment, avec autant j'insistance
qu'autrefois, la participation de leurs œu-
vres à la loi des retraites ouvrières. La
preuve c'est que l'assemblée générale de la
Fédération nationale de la mutualité n'a
pas, à notre connaissance, provoqué la dis-
cussion sur cette important question, qui
figurait cependant, à son ordre. du jour. Mais
si les mutalistes. dans l'ensemble, se désin-
téressent d'ùne participation qu'ils n'ont pas
toujours considérée à son juste degré; il n'en
est pas de même de certaines personnalités
autorisées et très compétentes en la matière,
qui recherchent sans cesse le moyen propre
utiliser le concours d'une institution qui a
fait fonctionner, depuis un demi-siècle, un
service de pensions de vieillesse.
Parmi ces personnalités, nous nous per-
mettrons de citer M. Hébrard de Villeneuve,
conseiller d'Etat, membre du conseil supé-
rieur des sociétés de secours mutuels, qui a
bien voulu nous remettre un rapport sur la
mutualité et les retraites ouvrières. Dans ce
rapport, M. de Villeneuve définit d'une fa-
çon remarquable la sitùation actuelle des
sociétés de secours mutuels, d'abord hostiles
à la loi projetée des retraites obligatoires et
ensuite favorables, étant convaincues que
le- législateur ne doit ni ne peut se passer
d'elles dans l'application de cette loi
C'est là une prétention qui ne rencontre
pas l'assentiment de M. de Villeneuve. La
mutualité, dit-il, n'est pas répandue dans
la moitié des communes de France, le nom-
bre de ses pensionnaires est très faible, pro-
portionnellement à la totalité des ouvriers,
et la quotité modique de ses pensions ne
peut, être considérée que comme un appoint
Et l'auteur, que nous regrettons de ne pou-
voir suivre dans toutes les parties de son
intéressant rapport, conclut, après s'être dé.
claré favorable à la modification de la loi
de 1898, en disant que l'avenir des retraites
de vieillesse est dans la mutualité scolaire
obligatoire et le prolongement de l'acte de
prévoyance aux sociétés post-scolaires et
régimentaires.
Il est certain que le principe du versement.
dès le bas âge, est excellent et seul suscep-
tible de donner des résultats appréciables
mais ce qu'il s'agit de savoir c'est si les trois
associations superposées feront, en plus de
la retraite, le service maladie et si elles ne
tariront pas le recrutement dès sociétés de
secours mutuels. C'est une question à exa-
miner et nous attendons les observations
des mutualistes à ce sujet.
LES: VOYAGEURS ET REPRESENTAI 7TS
DE COMMERCE A LA COMMISSION
ET LA LOI DES RETRAITES OU-
VRIERES
La toi des retraites tâ vieillesse. actuel-
lement soumise à l'examen de la commis-
sion sénatoriale, ne tardera pas à venir en
discussion devant la haute assemblée, et
tout laisse espérer que cet important pro-
blème social va enfin recevoir un commen-
cement (lé solution
L'immense majorité des travailleurs, et
avec eux tous les hommes de bon sens, ne
peuvent que féliciter le gouvernement, de la
ténacité qu'il apporte à obtenir le vote de
cette réforme, et aussi d'avoir étendu les
avantages de la toi au plus grand nombre
possible de catégories de salariés.
Cependant, parmi tes salariés, il en est
qui ne pourront participer aux bienfaits de
cette loi, si, dès maintenant, le législateur
ne prend des mesures pour les y compren-
dre.
En' effet, les commissions sur remises
proportionnelles allouées aux voyageurs et
représentants de commerce, ne sont pas
considérées, au point de vue légal, comme
un salaire, mais .bien comme un bénéfice,
provenant du mandat qui, leur est confié
par tes chefs de maisons,de telle sorte qu'ils
ne sont ni employés ni employeurs.
C'est une fausse situation,aussi inexplica-
ble qu'injuste, qu'il importe de faire cesser
au plus tôt,car les voyageurs et représen-r
fqnts de commerce à la commission sont
dès salariés rémunérés de manière diffé-
rente, mais ils sont d'autant plus intéres-
sans que leur situation offre plus d'aléas.
Donc, si la loi en préparation ne les com-
prend pas nominalement, ils courent te ris-
que de perdre les avantAges qu'elle concède
aux autrs travailleurs. Cest le moment
Nous posons la question. A nos collè-
gues de nous répondre
Pierre CnxiÉ,
Président du syndicat et de la Mutuelle
vice-président de la Fédération inter-
nationale..
LA BOULE DE NEIGE
Cette grande société.de retraites. qui va fê-
ter très prochainement, sous la présidence de
M Mascle. directeur de la mutualité au mi-
nirtère du travail, son président d'honneur,
l'entrée en caisse de son treizième million, est
le type même de la mutualité-retraite L'ave-
nir nous offrira Deut-?tre mieux mais, iue-
qu'ici, un ensemble d'hommes de ·bonne vo-
lonté se groupant dans la mntualité pour as-
surer leur vieille.sse. n'ont pas présenté une
organisation plus vivante et plus complète.
La Boule de Neiae est une société régie par
la loi du l"r avril 1898. et qui a reçu, par con-
séquent, l'approbation elle bénéficie, par
suite, de tous les avantages accordés aux so
ciétés approuvées.
D'autre part. sa prospérité, la sagesse avec
laquelle elle-est administrée (1), attirent sur
pile chaque année la libéralité des particuliers,
des départements et des communes.
La Boule de Neige compte actuellement près
de 70.000 sociétaires, qui sont répartis en plus
de 7£jp sections sur tout notre territoire: c'est
dire la force d'organisation d'un tel groupe-
ment qui a son organe périodique de propa-
grande mutuelle adressé chaque mois à tous
les sociétaires,
L'organisation compliquée des retraites mu-
tualistes implique, en effet, des frais de Res-
tion qui, même réduits au minimum, pèse-
raient trop,lourdement sur une société à pe-
tit effectif. Ensuite, l'établissement des pen-
sions de retraites étant basé sur les tables de
mortalité et celles-ei ne se vériflant que sur un
grand nombre d'individus, une telle société ne
pouvait s'établir solidement que sur une asso-
ciation très nombreuse de mutualistes le suc-
cès de la Boule de Neige nous dispense d'une
plus longue démonstration.
La Boule de Neige. qui est organisée scienti-
fiquemept. permet, à chaque sociétaire. de ver-
ser mensuellement, du à son gré.. le montrant
d un certain nombre de parts fixé d'après son
age- ««façon lui permettre de se constituer
un chiffre de 360 francs de pension à 50-ans.
Ce chiffre a été fixé par la loi en raison des
subventions, et de l'intérêt de faveur de 4.50
dont elle bénéficie de l'Etat.
La dernière innovation mise en pratique à
la Boule de Neige est le remboursement de
toutes les cotisations du mutualiste qui vient
à décéder avant son arrivée à la pension
cette combinaison est tellement indisnensable
au progrès de l'idée mutualiste que nous
avons cru devoir la signaler à nos lecteurs.
La Boule de Neige offre ceci de particulier
c'est que,son fondateur, M. Léon Guillot, dont
nous publions aujourd'hui le portrait. a été
constamment réélu président denuis la fonda-
tion de la société, c'est-à-dire depuis bientôt
vinat ans bien que leune encore, il est donc
actuellement le doven des présidents de so-
ciétés de retraites approuvées.
COMITE MUTUALISTE
Le comité de rédaction mutualiste du Matin
donnera, vendredi prochain, son premier dî-
ner mensuel.
Le comité répond aux demandes de rensei-
gnements adressées par les mutualistes de Pa-
ris et des départements.
INFORMATIONS
Assemblée générale des infirmiers et infir-
mières mutualistes, aujourd'hui, a deux heu-
res, mairie du dix-huitième arrondissement.
Conférence de M. Louis Relier.
LES GRANDS CONCERTS D'AUJOURO HUI
Consebtatoihk, h. 1/4. Ouverture des Noces de
Figaro (Mozart) Capriccio Espagnol. i" audition
(Rlmsky-Korsakow) Roméo ci Julietle, symphonie
dramatique avec chœurs, soli de chant et prologue
en récitatif choral, audition intégrale (Hector Ber-
lioz), prologue Mme Auguez de Montalant, M Nan-
sen, de l'Opéra. Le Père Laurence M. Journet. de
l'Opéra. Direction M. A. Messager.
COLONXE (Châtelet), 2 h. 1/4. La Damnation de
Faust (Hector Berlioz); Mme Mary Mayrand, Mar-
guerlte; MM Emile Cazeneuve, Faust; (iuberdeau
de l'Opéra-Comique, Méphistophélès Paul Eyraud!
Brander. Direction M Ed. Colonne.
Limocmdx (salle Gaveau), 3 h. Coriôlan, ou.
verture (Beethoven) 2' Symphontt len quatre par-
tics). première audition (Marcel Labey). Pavane,
pour orchestre (Gabriel Fauré); la Jeunesse d'Her-
cutt (Saint-Saëns) Poèmes (pour chant et oechestre),
première audition (H. Büsser) i. L'Image divine;
tt. La Cotombe; ta. La Kymphe de La Source;
iv. Pour que la nuit toit douce (duol chanté par
Mlle Yvonne Gall, de l'Opéra et M. David Devriès
Ouatrltme symphonie, en ré mtneur (Schumann)-
Dtrectton M. C. Chevulard.
Au Conservatoire, au Châtelet, c'est le culte
de Berlioz qu'on célèbre, tel. la classique Dam-
natton de F'aust. Là, une oeuvre rarement
Jouée tout entière, le chef-d'oeuvre du maitre,
pourtant, liumeo et Juliette.
CeDendant, le zèle de M. Chevillard pour
les jeunes et leurs musiques inédites ue se ra-
lentit point. Nous entendrons aujourd'hui ta
29 Symplionie de M. Marcel Labey.
Elle est résolument écrite dans la forme cy-
clique, cette symphonie. Un seul thème y doit
fournir la matière de quatre longs morceaux.
C'est beaucoup. Car ce parti-pris pénible et
dangereux requiert le talent transcendant d'up
d Indy pour n'être point fâcheux Le thème
unique élaboré par M: Labey ne semble point
prodigieusement significatif. Les transforma-
tions ne sauraient être très caractérisées. L'in-
(1) Pendant un certain nombre d'aunées, l'admi-
nistration est arrivée à économiseur sur son fonds ûe
gestion, la somme de 5,DU0 francs qui a été passée au
fonds de retraites pour bonifier les pensions fu-
tures.
agence mélodique qui en résulte enrendre
forcément quelque monotonie II est singulier
que les disciples de M. d'Indy.' si dociles aux
suggestions de son esthétique, ne s'inspirent
que si peu des rares qualités de sa technique.
On ne retrouve presque rien chez M. Labey
de cette clarté de cette pondération, de cet
équilibre des proportions qui rendent te stvle
des œuvres symphom<îues de M d Indy. si ta-
cilPment accessible Du moins, ces Qualités ne
se révèlent-elles point à l'audition, obscurcies
qu'elles sont par l'untformité d'écriture et de
rythme où semblent décidément se'complaire
plus que jamais les jeunes compositeurs.
Néanmoins, cette œuvre n'est pas indiffé-
rente. Le second morceau qui tient la' place
de l'andante classique; le troisième en facon
de scherzo révèlent, avec une conscience ar-
tistique tout à fait estimable, des qualités
d'expression et de facture qui ne sont pas
communes. Il faut remercier M. Chevillard de
l'avoir compris.
Les.quatre mélodies inédites de M. Busser
sur des poésies d'Ho de Régnier seront moins
discutées Elles plairont au premier abord par
leur charme et leur gracieuse simplicité. que
la voix délicate et pure de Mlle Y. Gall met
excellemment en valeur
M. Cruppi visite
NaBtes et Saint-Nazaire
NANTES, 13 février. De notre correspondant
1 particulier (par téléphone). M. Cruppi, mi-
nistre du commerce, qu'accompagnaient MM.
Rault, préfet Guist'han, maire de Nantes Ja-
min, président du conseil général Dubochet.
président de ta chambre de commerce nan-'
taise, etc., a quitté notre ville ce matin, se
rendant à Saint-Nazaire.
Programme bienvenue des autorités à la
gare, réception à la chambre de commerce
visite du port, des chantiers et de l'école in-
dnstrielle banquet, au cours duquel le mi-
nistre se félicita d'assister au réveil de la ma-
nne de commerce et préconisa l'étroite union
d'intérêts de Nantes et de Saint-Nazaire puis
retour à Nantes où, à bord d'un vapeur, M.'
Cruppi visita le port. s'intéressant tout spé-
ciàlement au nouvel outillage des quais.
Le soir, banquet à la Bourse de commerce.
Guérison d'un professeur.
M. A. Trémiot, professeur à Marcigny-
sur-Loire (Saône-^t-LoireU nous écrivait re
cemment ceci
M. A. Trémiot,
« Incontestahlement-les-pilules ï ink m'( 01
fait beaucoup de bien. Tout travail intellec-
tuel qui, avant que j'en fasse usage, m'était
presque impossible dès 5 heures du soir,
suivre sans fatigue jusque vers 10 heures.
D'autre part, les symptômes d'anémie céré-
'brale que je ressentais ont complètement
disparu. Mes remerciements pour cette cure
Une grande anémie, une sorte d'épuise-
ment complet, se manifestent souvent chez
les personnes obligées de fournir un grand
travail de tête. Un moyen excellent de pré.
venir cet épuisement qui peut ruiner la
constitution, est de prendre les pilules Pink,
régénérateur du sang, tonique du système
nerveux. Les pilules Pink donnent du sang,
des forces, combattent les effets du surme-
nage, donnent de bonnes- digestions, et per-
mettent à l'organisme de tirer tout le profit
de la nourriture.
Les pilules Pink sont souveraines contre
l'anémie, la chlorose, la faiblesse générale,
les maux d'estomac, migraines, névralgies,
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SUPERIEUR A TOUS
« X. sur Orne (Calvados), 3 mai 1899.
Monsieur. J'ai bien- tardé vous remercie!
du flacoti de Denioi que vous m avez envoyé
Jai voulu en apprécier
les effets bietifaisanta
et je te trouve Supé-
rieur à tous les denti- f,
Irices que ai em-
ployés jusqu'à ce jour.
Signé MUe Marie JEAN-
non, receveuse des Poli,
Le hentol (eau, pâte
et poudre) est un den-
tifrice à la fois souve-
rainement antiseptique
et doué du parfum le
plus agréable.
Créé .d'après les tra-
vaux de Pasteur, il détruit tous tes mauvais
microbes de la bouche il empêche aussi est
guérit sûrement la carie des dents, les in-
flammations des gencives et les maux de
gorge. En peu de jours, il donne aux dents
une blancheur éclatante et. détruit 'e, tartre.
Il laisse dans la bouche une sensation de
fraîcheur délicieuse et persistante. Son no
tion antiseptique contre les microbes ,e pro-
longe dans la bouche au moins 24 heures.
Mis pur sur du coton, il calme instantané-
ment les rages de dents les plus violentes.
Le Dental se trouve chez MM. les coif-
feurs-parfumeurs et dans toutes les bonnes
maisons vendant de la parfumerie. Dé-
pôt général Maison Frère, 19, rue Jacob,
Paris. Prix du Dentol flacon petit mo-
dèle, 1 fr. 60 pâte Dentol 1 fr. 25 suUU
pour six mois.
CADEAU A NOS LECTEURS^
Il suffit d'envoyer à la maison Frère, 19,
rue Jacob, Paris, cinquante centimes en tira»
bres-poste en se recommandant du Matin,
pour recevoir franco par ta poste un déli-
cieux coffret contenant un petit flacon de
Dentol, une botte de Pâte Dentol, une botte/
de Poudre Dentol.
GOHRESPOHQANCt
Paris, le le janvier 1909.
Monsieur le directeur de la Société
Laitière Maggi.
Je ne serai jamais assez heureuse d'avoir
donné à mon enfant le lait de la Société Lai-,
tière Maggi. C'est le deuxième enfant aue
j'élève avec votre bon lait une petite fille,
de deux ans,'qui pèse 30 livres, mon petit,
qui a six mois et pèse 17 livres.
J'ose espérer que vous viendrez visiter-.
voir, recevrez, monsieur le directeur,. m«s.
salutations empressées.
M"» Demottth, 15, r. de Chambénf.
lïheminéeSilbermânniilîl
commencera la publication da
LENFAUT
DE LA HAIIiE
L'ENFANT DE LA Haine est par excellence
le type du roman moderne.
Il est contemporain et actuel. Si Paris y
tient la meilleure place, la Province n'y le
pas sacrifiée.
Et quelle heureuse variété de persoO'
nages.
Grands seigneurs et paysans, grandes
dames et danseuses, hobereaux et bourgeois,
clubmeh et artistes, financiers et jockeys,
demi-mondaines et grisettes s'y mêlent, s'y
agitent, s'y coudoient, s'y heurtent, s'y amal-
gament au cours d'une intrigue d'un path6
tique sans précédent.
Mais au-dessus de cette foule se détachent
trois adorables figures de femmes:
Laquelle de nos lectrices pourra se dé-
fendre d'aimer Hélène. que poursûit
une implacable fatalité Denise, la
vierge douce qui veut bien mourir si sa mort
doit assurer le bohheur de celui à qui elle a
donné son âme, et Stella, enfin, Stella*
la courtisane rachetée et absoute. pal
l'amour et le sacrifice 1
FEUILLETON DU u MATIN »
DU U FÉVK1EB 1909.
CASSE-CŒURS
CRAND ROMAN INÉDIT
PAS
JULES DE GASTYNE
ÏKOISIEME ,PABTIE
̃̃̃ ,ix
Mme de Forzen avdit encore aux oreilles
les menaces qu'il lui avait faites.
Il v aura derrière chaque porte que vout.
franchirez, sous chaque fenêtre que vous'
ouvrirez un de ,mes bandits qui vous guet-
tel
Et c'était vrai. Avec un ennemi pareil,
si subtil et si redoutable à la fois, elle n'au-
rait pas une minute de tranquillité.
Et ce n'est pas pour elle seule qu'elle avait
à trembler désormais, c'est pour sa fille
aussi.
Et cette phrase, qui semblait résumer tou-
tes ses épouvantes, toutes ses angoisses, lui
échappa.
If faut partir et partir au plus vite
Le prince y songeait aussi. Il songeait à
emmener- en nie de Cliypre tous ceux qui
lui étaient chers.
Maisune crainte lut vint
Partir. di qui nous dit qu i ac-
complirons notre voyage ?
Et là-bas
Il nous suivrait là-bas ucmiiuda ta
comtesse qui avait paît.
Il nous suivrà partout.
Comment faire alors ?
Nous en débarrasser, nous en débar-
rasser par quelque moyen que ce soit et ne
pas le laisser derrière nous.
Mais coïmnent
Le prince ne répondit pas.
Hodier qui avait écouté sans pari*1* ce
court colloque. Rodier, qui semblait perdu
en de profondes rétiexions, dit tout à coup
Je m'en charge, moi, si vous voulez
me donner carte blanche T
Je vous délivrerai du bandit sans que per-
sonne sache jamais ce qu'il est devenu, com-
ment il a disparu. Le monstre a commis
assez de crimes pour que sa mort ne soit
pas un assassinat, mais un acte de justice,
Il a essaya par deux fois de tuer le prince,
de me faire tuer moi, sans compter ceux
qui ont été les victimes de sa bande ou de
lui, et jé lé sans remords 1
Moi aussi, dit le prince, mais il faudrait
le tenir.
Je le tiendrai cette nuit, dans quelques
heures, dit Rodier, mais il ne faut rien me
demander, avoir simplement confiance en
moi et me donner cent mille francs dont
j'aurai sans doute, besoin.
Vous. m'avez donné assez de preuves
de dévouement, mon cher Rodier, dit le prin-
ce. et je connais trop votre habileté pour
que je n'aie pas en vous la foi la plus ab-
solue.
Je ne vous poserai donc aucune ques-
tion. Venez chez moi et je vous remettrai
la somme.
Sans plus tarder, le prince prit confié de
là comtesse, alla cherçher sa fille et René.
Et avant de quitter l'hôleL il dit à Ma-
dame de Forzen
Dormez tranquille, chère amie. de-
main, nous Sf'runs délivrés
Et il paraissait si certain du succès, sur
l'assurance que lui en avait donnée son
a^ont. que la ccmlesse se sentit aussi toute
rassurée.
On sp promit donc de se revoir le dende.
main et de ne pas se quitter peut-être.
Il était à peine six heures, le lendemain,
et le prince était encore couché, lorsqu'on
vinl, le prévenir que/M. Rodier était la et
demandait à lui parler.
Lé prince sauta à terre aussitôt, saisit
une robe de chambre, courut au-devant de
son agent, qu'il fit entrer dans son cabinet.
Rodier était fort pâle, mais, son visage
était calme.
Eh bien demanda le prince.
C'est fait 1 répondit laconiquement l'a-
gent.
Le prince ne put s'empêcher de tressail-
Il est mort t
Il est mort. f
Tué?
Tué par moi t
Il y eut un silence.
Les deux hommes se regardèrent en proie
à une émotion violente.
Puis le prince demanda des explications.
Voilà, fit Rodier, je vais tout vous di-
re à vous, monseigneur, mais il ne faudra
pas avouer ta vérité à madame la comtesse.
Celâ la troublerait peut-être, et elle ne pour-
rait plus me regarder sans penser que je
suis un assassin et que j'ai du sang aux
mains.
Mais. est-on un assassin quand on a tué
un misérable • tel que celui que j'ai mis à
mort ?
Voici comment les choses se sont pas-
sées
Après ma déconvenue d'hier, quand le
bandit. m'eut glissé pour ainsi dire, entre
les mains, comme je vous l'ai raconté, j'ai
beaucoup réfléchi. Je me suis demandé
comment jt pourrais le retrouver et vous
délivrer de ses menaces.
J'ai pensé, naturellement, au bouge du
quai Vaimy.
Mais s'y préswiterail-il encore mainte-
nant, qu'il savait ce refuge connu de nous ?
Pourtant c'était là seulement que j'avais
l'espoir de retrouver la trace du coquin.
Et uoe idée subite m'est venue j'ai ap-
pris à la "Tour-Noire » ce qu'on peut faire
avec de l'argent et j'ai songé à acheter le
complice du pandit, le propriétaire de 1 «Arc-
en-Ciel u, qui. n'est, je le savais, que le loca-
taire de Maxime Auber.
Et c'est pour cela que je vous ai demandé
cent mille francs. Il me semblait qu'en met-
tant sous les yeux du coquin cent rouleaux
d'nr ou cent billets de mille francs, j'obtien-
drais de lui tout ce que je désirerais, même
qu'il me livrât son chef.
Je ne m'étais pas trompé et ce fut plus
facile que je ne avais supposé. •
L'homme était las de la tyrannie que fai-
sait peser sur lui Maxime Auber.
Le débarrasser de sa tutelle, des dangers
qu'il pouvait toujours faire courir à ceux
qui seraient accusés d avoir été ses compli-
ces. C'était lui rendre un véritable services.
Et quand je lui eus parlé des cent mille
francs, c'est lui tout de suite, qui m'indiqua
ce 'qu'il y avait à faire.
Il faudrait, me dit-il, un gaillard déter-
miné.
Ce sera moi, dis-je..
J1 me regarda
Vous ?
Oui Il a essayé de me faire asssassiner
et je ne serais pas fàcné de prendre ma re-
vanche
L'homme, une sorte de colosse, me toisa
des. piéds ù la tête et mon air résolu lui ins-
pira sans doute confiance car il me dit
Oui, peut-être.
Par exemple, ajouta-t-il, il ne faut pas
rater son coup
Soyez, tranquille, répondis-je, je ne le
manquerai pas
Car il ne vous manquerait pas, lui, reprit
l'homme, et moi par-dessus le marché
fioyez tranquille, dis-je, j'ai la poigne
solide et je n'ai pas peur
Alors il m'expliqua que Maxime Auber
ne venait plus que très rarement dans l'é-
tablissement, car il avait peur d'être es-
pionné.
Mais il devait venir cette nuit H traver-
serait un couloir souterrain allant des salles
du marchand de vin à l'hôtel en face, et en
étant caché dans ce couloir. s
J'avais compris.
Cachez-moi là, dis-je au bistro, je ré-
ponds de tout
Et en effet, vers trois heures du matin
i! y avait plus de six heures. que jé gre-
lottais dans l'ombre humide du souterrain
je vis la porte du souterrain s'ouvrir et un
homme s'avancer précautionneusement en
tenant a la main une lanterne sourde qui
éclairait d'un reflet sanglant son visage.
Je le reconnus tout de suite. C'était Maxi-
me Auber I
Je tenais un poignard à la main, je l'as-
sujettis entre mes doigts.
Et je bondis comme un tigre sur le misé-
rable, l'arme levée.
Avant qu'il eut ie temps de faire un mou-
vement, de pousser un cri, ou de conipren-
dre même ce qui lui arrivait,, je lavais saisi
à la gorge et avec une rapidité vertigineuse
avec une violence inouïe j'avais enfonce
dans sa poitrine mon poignard jusqu'au
manche
Je n'oublierai jamais le hurlement qu'il
poussa ni les sensalions que me causa l'en-
foncement" de la lame dans cette chair fi#
missante et l'impressiun que me fit le jet de
sang chaud qui me jaillit. au visage.
En effet; Rodier était bjfme et tremblait
de tous ses membres, et pendant quelques
instants il s'arrêta, comme si l'émotion lui
avait coupé la parole.
Puis, il reprit
Le bandit ne bougea plus. Il était tombé
comme foudroyé.
L'homme qui me l'avait livré et était aux
aguets tout près de là accourut alors.
C'est fait ? me demanda-t-il.
C'est fait
Nous allons l'enterrer là, fit-il, et per-
sonne ne saura jamais ce qu'il est devenu.
Comme il n'a ni parents ni amis pour s'in-
quiéter de lui, sa disparition passera ina-
perçue, et ce n'est pas les coquins dont il
était le chef qui l'ébru itérant. Ils auraient
trop peur d'être inquiété».
Vous pouvez vous retirer. Je me chargâ
de faire disparaitre le cadavre.
J'étais tout inondé de sang. L'aubergiste
me donna de l'eau pour me laver. Je courut
ensuite chez moi pour changer de vêtements,-
et me voici. maintenant. monseigneur,
vous pouvez dormir tranquille.
Morte la bête, morte le venin •
Rodier se tui
II leva sur le prince, demeuré silencieux
pendant ce tragique recit, un regard où on
pouvait lire une angoisse, car il avait peut
d'être désavoué.
Mais le prince lui tendit la main et lui dit
.ces seuls mots qui transportèrent ie pauvre
agent et lui firent oublie toutes ses affres
de la nuit et tous ses remords,
Merci, Rodier Tu as bien mérité df
nous et de la société
C'était l'absolution du crime.
Le visage de l'agent se rasséréna, et il rw
pensa plus à la scène dé cauchemar qu'il
venait de vivre.
Ainsi que savait recommandé Rodier, on
ne raconta pas à la comtesse de Forzen ce
qui s'était passé..
On lui dit simplement qu'elle m'avait plus
rien à craindre, que le misérable dont le
souvenir était resté en son esprit à l'étal, de
mauvais rêve, avait à jamais disparu. Ou'el-,
le n'entendrait plus parler de lui et qu'elle
pouvait se livrer sans inquiétude désormais
à toute la joie que lui causeraient la présence
dé sa fille et l'affection pour le prince qu'elle
sentait grandi»' chaque jour en son cœur.
Et quelques jours après tous pariaient
pour les domaines princiers de M. d'Acante
oÙ devait se faire le mariage de René et de
Noëlle, et peut-être, plus tard, celui de la
comtesse de Forzen et du prince.
Quant à Maxime Auoer. ainsi que l'avait
présumé le cabaretier, personne ne s'inqnw--
ta de lui. On eût dit que sa mort avait été
une délivrance pour tous ceux qui l'avaient
connu, même pour sa maîtresse, qui cessa
de trembler et se remit à vivre d'une vfe
normale.
PIN
IM MATW
Contes des miifo et un matins
En train de luxe
-»̃ Je 'n'ai pas été plus fier que vous,
upe fois, en sleeping-car, de. Milan à Ve-
nise, reprit Jean RennecoÙrt. Le voyageur
qui partageait avec moi une des grandes
cabines avait une silhouette macabre, était
tellement décharné, tellement falot, telle-
ment long que vous auriez dit de quelque
fantôme échappé d'un campo-santo. II
ne marchait pas. Il glissait à la façon
des couleuvres dans les hautes herbes des
berges. Ses prunelles bigles, d'un jaune
terne de vieux louis usé, avaient quelques
chose de douloureux, de résigné, d'énig-
matiqUe qui vous angoissait autant que
certains regards de poitrinaires, contras-
taient avec le sourire artificiel, observeurvqui
se figeait sur ses lèvres gercées, corrodées
-comme par des fards venimeux. Sa face
toute en angles, blafarde, d'une.étrange lai-
deur, donnait l'impression d'un masque de
carnaval sur quoi s'épaississait des mou-
chetures de boue et de'la poussière de
plâtre. Son corps exhalait une odeur en-
têtante d'huile et d'onguents. Les cou-
chettes étaient apprêtées pour la nuit. Il
balbutia d'une voix blanche et rauque je
ne sais quelles paroles en une langue qui
m'était inconnue. Je l'interrompis d'un
geste vague et d'un salut poli, et nous en
restâmes là. J'endossai mon pyjama et
je m'étendis pour somnoler tant bien que
mal. Mais je rouvris bientôt les yeux mal-
gré moi. La présence presque tangible
dans tes ténèbres incertaines de cet être
bizarre, démoniaque m'inquiétait, m'éner-
vait, m'empêchait de dormir, quoioue je ne
sois pas un poltron. Lui aussi s'était dé-
vêtu. Il se profilait, comme au bord d'un
coffre au couvercle à demi relevé, en mail-
lot de soie rouge feu, immobile, replié sur
lui-même, le menton incrusté dans les de-
DOUX. Durant cinq minutes, il garda
.cette position malaisée comme s'il cher-
chait à se remémorer des comptes ou une
lointaine aventure, exhala un grand soupir.
ouvrit à trois reprises sa large bouche, de
mAme Qu'une carpe qui agonise. Il se
releva ensuite, la tête révulsée entre les*
chevilles, tourna de ses dents la petite clef
d'un nécessaire en peau de porc qu'il avait
en entrant posé sur le tapis. L'ayant ou-
vert,, il en retira successivement un flacon
minuscule rempli d'une liqueur noirâtre, un
verre, une cuillère d'argent, une gourde
pleine de wisky, composa quelque étrange
mixture et l'avala d'un trait, en faisant une
affreuse grimace de dégoût. Tout cela
sans se servir de ses mains qui étaient dé-
mesurées et où s'accusaient dans des touf-
feurs de poils rudes, de grosses veines vio-
lâtres. Il aspira à nouveau une 'bouffée
d'air, fit osciller de droite et de gauche puis
• virer lentement sa tête comme si elle eût
été en carton ou en bois peint, se gratta
ljk riUque et le front tour i tour avec son
pied gauche et son pied droit, parut sou-
dain n'avoir plus de poitrine et être mué
en bossu, devint un crapaud qui se re-
croqueville et se gonfle, sautilla, lourd et
monstrueux, s'arrondit en cercle de barri-
que, se disloqua, se transforma prestigieux,
hallucinant, automate que l'on a remonté
pour un quart d'heure, larve apeurante qui
s'enfuit d'une maison hantée. Fatigué par
une nuit et un jour de voyage, bercé par
le roulis du train, je dormais à moitié, j'é-
tais engourdi, je m'imaginais avoir le eau.
chemar, j'eusse voulu lever le doigt vers
:ïe bouton électrique, appeler â "mon secours
l'employé qui allait et venait le long du
couloir et je ne le pouvais pas. Ah la
inauvaise nuit Et lorsque enfiévré,
epurbattu, tes oreilles bourdonnantes, m'é-
veillèrent les premières lueurs de l'aube,
une aube idéale, orangée, nacrée, aux'tein-
tes douces de soie et de fleur, qui naissait
parmi des essors tumultueux d'ailes blan-
ches et d'ailes roses innombrables, qui
frôlaient l'eau miroitante de la lagune, je
n'aperçus en face de. moi qu'une couchette
vide sur quoi était dépliée, bien en éviden-
ce, une affich-» criarde de casino, l'affiche
qui annonçait les débuts Vérone de
l'Homme-Protée dans ses merveilleux
exercices.
Frisson à fleur de peau, épisode mi-
nusculè 1. fit à son tour Boispréal. Voilà
ce qui m'est arnvé à moi, il n'v a pas un
an, en allant à Saint-Sébastien. Nous
n'étions que deux dans ce compartiment
de première, une jeune femme et moi. Le
hasard qui fait quelquefois bien les choses
avait voulu que cette compagne d'occasion
fut_delicieusement jolie. je la vois comme
si, cela datait d'hier. Des cheveux ondulés
et légers que retenait un peigne d'écaiüe
blonde,des yeux câlins d'une mélancolisante
douceur où l'on aurait cru que sommeillait
l'eau limpide d'une source, que vaguaient
–*̃- des reflets changeants de ciel et de feuilles,
des longs cils soyeux qui bouclaient ainsi
que des barbes de plume. Je vois son vi-
sage presque transparent, d'un rose pâle
de' rose' d'automne et dont l'ovale s'allon-
geait en forme de ciboire, sa bouche char-
nue, épanouie, humide, avivée de rouge,
égayée de petites dents qui semblaient des
gouttes de clarté, son nez drôlet, vibrant,
qu'une chiquenaude taquine devait avoir un
peu retroussé la parigote, et le halo mau-
ve qui: cernait ses paupières, qui donnait à
son regara on ne savait quoi ne vouptueu-
sement las. je la vois souple, svelte, pué-
rile dans une. chemisette. d'irlande avec a
peine de eorge, une taille d'une telle min-
ceur qu'elle paraissait ceinturée d'un ru-
ban de jarretière et de tout petits poignets,
de toutes petites chevilles,, dés. souliers de
peau gnsr et seutement peux Dagues aux
doigts. deux émeraudes d'une admirable
pureté. En face d'elle, un bouquet de Nia-
réchal-Niel qui embaumait une cage de çui-v!
vre ciselé comme un bijou, où gambadait,
grimaçait, gazouillait sans trêve, tel un oi-
seau siffleur, un ouistiti aux prunelles bou-
deuses, en pépins de pomme, aux oreilles
pointues, à la longue queue en panache.
Je ne me rappelle plus très bien comment
je parvins à lui faire refermer le roman
Qu'elle lisait, d'ailleurs fort distraitement,
et en tournant par instants les pages
quatre nar quatre, sans les couper, il lui
prouver que nous avions,été créés pour
nous rencontrer un soir et nous comprend
dre, qu'il y avait entre elle et moi toutes
sortes d'aifinités. à l'énerver et la ten-
ter, et si ce fut le livre, le singe ou quel-
que incident extérieur qui nous aidèrent à
rompre la glace au reste assez fragile.
Bref, au bout d'une heure, plaisantant,
riant, flirtant, mettant un peu de nos âmes
à l'unisson, tels un- violon et une flûte qui
jouent ensemble quelque prélude molto ap-
passioinato, nous fûmes mieux que des ca-
marades de circonstance, presque des amis
oui songeant, sans oser se l'avouer tout
haut, à la joie.d'aimer. Nous avions tiré
les rideaux sur, notre vie à tous deux. Le
charme principal "une aventure n'est-il pas
de demeurer mystérieux ?.. Cependant,com.
me on ne saurait tout le temps bavarder,
même quand il s'agit de sentiment et de
plaisir, même quand on invente de'belles
histoires pour les besoins de la cause, j'a-
vais savouré la fraîcheur de ses mains,
puis la finesse de sa peau, sur la nu-
que et derrière l'oreille. Et l'inconnue
s'était alors ressaisie, m'avait dit « Main-
tenant, monsieur mon ami, on va être
sages comme des images et faire dodo,vous
tout là-bas dans le coin, moi sur cet oreil-
ler, et le seigneur Tireli, mon singe, là-
haut dans le filet. Ce serait vilain de gâter
ces quelques heures qui furent exquises.
Bonsoir, cher monsieur, rêvez de votre pe-
tite Line, et de tout le peut-être qu'elle
vous promis quand on se retrouvera dans
le même hôtel à Biarritz. n Je me gardai
d'insister, d'autant que j'étais absolument
dans les mêmes idées qu'elle. Lampes voi-.
lées. silence. sommeil agité. Enfin
en ayant assez de me remuer dans tous
les sens, de chercher la bonne position
décidément introuvable, je me décidai à at-
tendre le jour, à contempler le charmant
visage qui m'enchantait. Et je tressaillis de
surprise,quand je m'aperçus que ma voisine
ne dormait pas plus que moi,me fixait étran-
gement de ses yeux dilatés, élargis mais
ternis comme d'une buée. Leur regard ne
se détachait pas de moi, tenace, gênant.
Que faire ?. Je me sentis ridicule, amoin-
dri. Et tout à coup, j'eus l'illusion qu'elle
me faisait des signes, qu'elle m'appelait
et m'encourageait d'un mouvement de tête
ironique, suggestif. Je n'hésitai plus. Je
me précipitai ses genoux. Je l'enlaçai
de mes bras tremblants. Et elle y tomba
lourde.raidie, glacée. La malheureuse était
morte. Rupture d'anévrisme, secousse
trop violente qui a brisé le cœur. Et je
touchai ce moment le'fond de l'épouvante,
je pensai mourir moi-même.
René Maizeroy.
Ecote d'application de l'artillerie et dù génie.
Le Journai officiel vient de publier un décret
modifiant celui de 1903 portant réorganisation de
l'école d'application de l'artillerie et du génie
Les deux premiers paragraphes de l'article 4 du
précédent décret sont ainsi remplacés
• Les élèves de l'école polytechnique jugés aptes
à leur sortie de ladite 6cole, à servir dans les ar-
mes de l'artillerie métropolitaine de l'artillerie
coloniale ou du génie, sont envoyés, lmmédtatement
après leur promotion au grade de sous-lieutenant.
à l'école d'application de l'artillerie et du génie,
pour y recevoir, pendant un an, l'instruction tech-
nique nécessaire, ainsi qu'un complément d 'Instric-
tion militaire et équestre. a
L'application de la toi du 17 Juillet 1SQS a amené
les modifications suivantes
L'ancienneté de grade des officiers élèves pen-
dant leur séjour à l'école d'application est fixée à
une date antérieure d'un an à celle de leur nomi.
nation..
Les officiers-élèves ayaut accompli leur rre-
mière année de servlc0 avant, d'entrer J'école
polytechnique sont classés avant ceux qui ont
accompli Leur première année de service & la
sortie de cette école.
Dans chacune des deux catégories ci-dessus les
élèves prennent rang entre eux d'après le numéro
de mérite qu'Us ont obtenu au ''tpyyTnynt de
sortie de l'école polytechnique.
Gendarmerie.
Les colonels Ordionl de la 15* légion bta de gen-
darmerie passe à la 3* à Rouen Paifiet de la 3* passe
à la 17*. légion bis à Agen.
COMMUMQCÉS DE 6l
VIE MONDAINE
DEUIL
On annonce la mort de M. Edmond de
LA,,mené, consul général de France en re-
traite.
On annonce de Nice le décès de
M. Henri Levis. L'inhumation aura lieu lundi
15 courant, à 10 heures très précises. Réu-
nion à la porle principale du cimetière Mont-
parnasse.
ÂCTO^LITÊ
La MuLalLé et les retraites
Les mutualistes ne semblent pas récla-
mer, en ce moment, avec autant j'insistance
qu'autrefois, la participation de leurs œu-
vres à la loi des retraites ouvrières. La
preuve c'est que l'assemblée générale de la
Fédération nationale de la mutualité n'a
pas, à notre connaissance, provoqué la dis-
cussion sur cette important question, qui
figurait cependant, à son ordre. du jour. Mais
si les mutalistes. dans l'ensemble, se désin-
téressent d'ùne participation qu'ils n'ont pas
toujours considérée à son juste degré; il n'en
est pas de même de certaines personnalités
autorisées et très compétentes en la matière,
qui recherchent sans cesse le moyen propre
utiliser le concours d'une institution qui a
fait fonctionner, depuis un demi-siècle, un
service de pensions de vieillesse.
Parmi ces personnalités, nous nous per-
mettrons de citer M. Hébrard de Villeneuve,
conseiller d'Etat, membre du conseil supé-
rieur des sociétés de secours mutuels, qui a
bien voulu nous remettre un rapport sur la
mutualité et les retraites ouvrières. Dans ce
rapport, M. de Villeneuve définit d'une fa-
çon remarquable la sitùation actuelle des
sociétés de secours mutuels, d'abord hostiles
à la loi projetée des retraites obligatoires et
ensuite favorables, étant convaincues que
le- législateur ne doit ni ne peut se passer
d'elles dans l'application de cette loi
C'est là une prétention qui ne rencontre
pas l'assentiment de M. de Villeneuve. La
mutualité, dit-il, n'est pas répandue dans
la moitié des communes de France, le nom-
bre de ses pensionnaires est très faible, pro-
portionnellement à la totalité des ouvriers,
et la quotité modique de ses pensions ne
peut, être considérée que comme un appoint
Et l'auteur, que nous regrettons de ne pou-
voir suivre dans toutes les parties de son
intéressant rapport, conclut, après s'être dé.
claré favorable à la modification de la loi
de 1898, en disant que l'avenir des retraites
de vieillesse est dans la mutualité scolaire
obligatoire et le prolongement de l'acte de
prévoyance aux sociétés post-scolaires et
régimentaires.
Il est certain que le principe du versement.
dès le bas âge, est excellent et seul suscep-
tible de donner des résultats appréciables
mais ce qu'il s'agit de savoir c'est si les trois
associations superposées feront, en plus de
la retraite, le service maladie et si elles ne
tariront pas le recrutement dès sociétés de
secours mutuels. C'est une question à exa-
miner et nous attendons les observations
des mutualistes à ce sujet.
LES: VOYAGEURS ET REPRESENTAI 7TS
DE COMMERCE A LA COMMISSION
ET LA LOI DES RETRAITES OU-
VRIERES
La toi des retraites tâ vieillesse. actuel-
lement soumise à l'examen de la commis-
sion sénatoriale, ne tardera pas à venir en
discussion devant la haute assemblée, et
tout laisse espérer que cet important pro-
blème social va enfin recevoir un commen-
cement (lé solution
L'immense majorité des travailleurs, et
avec eux tous les hommes de bon sens, ne
peuvent que féliciter le gouvernement, de la
ténacité qu'il apporte à obtenir le vote de
cette réforme, et aussi d'avoir étendu les
avantages de la toi au plus grand nombre
possible de catégories de salariés.
Cependant, parmi tes salariés, il en est
qui ne pourront participer aux bienfaits de
cette loi, si, dès maintenant, le législateur
ne prend des mesures pour les y compren-
dre.
En' effet, les commissions sur remises
proportionnelles allouées aux voyageurs et
représentants de commerce, ne sont pas
considérées, au point de vue légal, comme
un salaire, mais .bien comme un bénéfice,
provenant du mandat qui, leur est confié
par tes chefs de maisons,de telle sorte qu'ils
ne sont ni employés ni employeurs.
C'est une fausse situation,aussi inexplica-
ble qu'injuste, qu'il importe de faire cesser
au plus tôt,car les voyageurs et représen-r
fqnts de commerce à la commission sont
dès salariés rémunérés de manière diffé-
rente, mais ils sont d'autant plus intéres-
sans que leur situation offre plus d'aléas.
Donc, si la loi en préparation ne les com-
prend pas nominalement, ils courent te ris-
que de perdre les avantAges qu'elle concède
aux autrs travailleurs. Cest le moment
Nous posons la question. A nos collè-
gues de nous répondre
Pierre CnxiÉ,
Président du syndicat et de la Mutuelle
vice-président de la Fédération inter-
nationale..
LA BOULE DE NEIGE
Cette grande société.de retraites. qui va fê-
ter très prochainement, sous la présidence de
M Mascle. directeur de la mutualité au mi-
nirtère du travail, son président d'honneur,
l'entrée en caisse de son treizième million, est
le type même de la mutualité-retraite L'ave-
nir nous offrira Deut-?tre mieux mais, iue-
qu'ici, un ensemble d'hommes de ·bonne vo-
lonté se groupant dans la mntualité pour as-
surer leur vieille.sse. n'ont pas présenté une
organisation plus vivante et plus complète.
La Boule de Neiae est une société régie par
la loi du l"r avril 1898. et qui a reçu, par con-
séquent, l'approbation elle bénéficie, par
suite, de tous les avantages accordés aux so
ciétés approuvées.
D'autre part. sa prospérité, la sagesse avec
laquelle elle-est administrée (1), attirent sur
pile chaque année la libéralité des particuliers,
des départements et des communes.
La Boule de Neige compte actuellement près
de 70.000 sociétaires, qui sont répartis en plus
de 7£jp sections sur tout notre territoire: c'est
dire la force d'organisation d'un tel groupe-
ment qui a son organe périodique de propa-
grande mutuelle adressé chaque mois à tous
les sociétaires,
L'organisation compliquée des retraites mu-
tualistes implique, en effet, des frais de Res-
tion qui, même réduits au minimum, pèse-
raient trop,lourdement sur une société à pe-
tit effectif. Ensuite, l'établissement des pen-
sions de retraites étant basé sur les tables de
mortalité et celles-ei ne se vériflant que sur un
grand nombre d'individus, une telle société ne
pouvait s'établir solidement que sur une asso-
ciation très nombreuse de mutualistes le suc-
cès de la Boule de Neige nous dispense d'une
plus longue démonstration.
La Boule de Neige. qui est organisée scienti-
fiquemept. permet, à chaque sociétaire. de ver-
ser mensuellement, du à son gré.. le montrant
d un certain nombre de parts fixé d'après son
age- ««façon lui permettre de se constituer
un chiffre de 360 francs de pension à 50-ans.
Ce chiffre a été fixé par la loi en raison des
subventions, et de l'intérêt de faveur de 4.50
dont elle bénéficie de l'Etat.
La dernière innovation mise en pratique à
la Boule de Neige est le remboursement de
toutes les cotisations du mutualiste qui vient
à décéder avant son arrivée à la pension
cette combinaison est tellement indisnensable
au progrès de l'idée mutualiste que nous
avons cru devoir la signaler à nos lecteurs.
La Boule de Neige offre ceci de particulier
c'est que,son fondateur, M. Léon Guillot, dont
nous publions aujourd'hui le portrait. a été
constamment réélu président denuis la fonda-
tion de la société, c'est-à-dire depuis bientôt
vinat ans bien que leune encore, il est donc
actuellement le doven des présidents de so-
ciétés de retraites approuvées.
COMITE MUTUALISTE
Le comité de rédaction mutualiste du Matin
donnera, vendredi prochain, son premier dî-
ner mensuel.
Le comité répond aux demandes de rensei-
gnements adressées par les mutualistes de Pa-
ris et des départements.
INFORMATIONS
Assemblée générale des infirmiers et infir-
mières mutualistes, aujourd'hui, a deux heu-
res, mairie du dix-huitième arrondissement.
Conférence de M. Louis Relier.
LES GRANDS CONCERTS D'AUJOURO HUI
Consebtatoihk, h. 1/4. Ouverture des Noces de
Figaro (Mozart) Capriccio Espagnol. i" audition
(Rlmsky-Korsakow) Roméo ci Julietle, symphonie
dramatique avec chœurs, soli de chant et prologue
en récitatif choral, audition intégrale (Hector Ber-
lioz), prologue Mme Auguez de Montalant, M Nan-
sen, de l'Opéra. Le Père Laurence M. Journet. de
l'Opéra. Direction M. A. Messager.
COLONXE (Châtelet), 2 h. 1/4. La Damnation de
Faust (Hector Berlioz); Mme Mary Mayrand, Mar-
guerlte; MM Emile Cazeneuve, Faust; (iuberdeau
de l'Opéra-Comique, Méphistophélès Paul Eyraud!
Brander. Direction M Ed. Colonne.
Limocmdx (salle Gaveau), 3 h. Coriôlan, ou.
verture (Beethoven) 2' Symphontt len quatre par-
tics). première audition (Marcel Labey). Pavane,
pour orchestre (Gabriel Fauré); la Jeunesse d'Her-
cutt (Saint-Saëns) Poèmes (pour chant et oechestre),
première audition (H. Büsser) i. L'Image divine;
tt. La Cotombe; ta. La Kymphe de La Source;
iv. Pour que la nuit toit douce (duol chanté par
Mlle Yvonne Gall, de l'Opéra et M. David Devriès
Ouatrltme symphonie, en ré mtneur (Schumann)-
Dtrectton M. C. Chevulard.
Au Conservatoire, au Châtelet, c'est le culte
de Berlioz qu'on célèbre, tel. la classique Dam-
natton de F'aust. Là, une oeuvre rarement
Jouée tout entière, le chef-d'oeuvre du maitre,
pourtant, liumeo et Juliette.
CeDendant, le zèle de M. Chevillard pour
les jeunes et leurs musiques inédites ue se ra-
lentit point. Nous entendrons aujourd'hui ta
29 Symplionie de M. Marcel Labey.
Elle est résolument écrite dans la forme cy-
clique, cette symphonie. Un seul thème y doit
fournir la matière de quatre longs morceaux.
C'est beaucoup. Car ce parti-pris pénible et
dangereux requiert le talent transcendant d'up
d Indy pour n'être point fâcheux Le thème
unique élaboré par M: Labey ne semble point
prodigieusement significatif. Les transforma-
tions ne sauraient être très caractérisées. L'in-
(1) Pendant un certain nombre d'aunées, l'admi-
nistration est arrivée à économiseur sur son fonds ûe
gestion, la somme de 5,DU0 francs qui a été passée au
fonds de retraites pour bonifier les pensions fu-
tures.
agence mélodique qui en résulte enrendre
forcément quelque monotonie II est singulier
que les disciples de M. d'Indy.' si dociles aux
suggestions de son esthétique, ne s'inspirent
que si peu des rares qualités de sa technique.
On ne retrouve presque rien chez M. Labey
de cette clarté de cette pondération, de cet
équilibre des proportions qui rendent te stvle
des œuvres symphom<îues de M d Indy. si ta-
cilPment accessible Du moins, ces Qualités ne
se révèlent-elles point à l'audition, obscurcies
qu'elles sont par l'untformité d'écriture et de
rythme où semblent décidément se'complaire
plus que jamais les jeunes compositeurs.
Néanmoins, cette œuvre n'est pas indiffé-
rente. Le second morceau qui tient la' place
de l'andante classique; le troisième en facon
de scherzo révèlent, avec une conscience ar-
tistique tout à fait estimable, des qualités
d'expression et de facture qui ne sont pas
communes. Il faut remercier M. Chevillard de
l'avoir compris.
Les.quatre mélodies inédites de M. Busser
sur des poésies d'Ho de Régnier seront moins
discutées Elles plairont au premier abord par
leur charme et leur gracieuse simplicité. que
la voix délicate et pure de Mlle Y. Gall met
excellemment en valeur
M. Cruppi visite
NaBtes et Saint-Nazaire
NANTES, 13 février. De notre correspondant
1 particulier (par téléphone). M. Cruppi, mi-
nistre du commerce, qu'accompagnaient MM.
Rault, préfet Guist'han, maire de Nantes Ja-
min, président du conseil général Dubochet.
président de ta chambre de commerce nan-'
taise, etc., a quitté notre ville ce matin, se
rendant à Saint-Nazaire.
Programme bienvenue des autorités à la
gare, réception à la chambre de commerce
visite du port, des chantiers et de l'école in-
dnstrielle banquet, au cours duquel le mi-
nistre se félicita d'assister au réveil de la ma-
nne de commerce et préconisa l'étroite union
d'intérêts de Nantes et de Saint-Nazaire puis
retour à Nantes où, à bord d'un vapeur, M.'
Cruppi visita le port. s'intéressant tout spé-
ciàlement au nouvel outillage des quais.
Le soir, banquet à la Bourse de commerce.
Guérison d'un professeur.
M. A. Trémiot, professeur à Marcigny-
sur-Loire (Saône-^t-LoireU nous écrivait re
cemment ceci
M. A. Trémiot,
« Incontestahlement-les-pilules ï ink m'( 01
fait beaucoup de bien. Tout travail intellec-
tuel qui, avant que j'en fasse usage, m'était
presque impossible dès 5 heures du soir,
suivre sans fatigue jusque vers 10 heures.
D'autre part, les symptômes d'anémie céré-
'brale que je ressentais ont complètement
disparu. Mes remerciements pour cette cure
Une grande anémie, une sorte d'épuise-
ment complet, se manifestent souvent chez
les personnes obligées de fournir un grand
travail de tête. Un moyen excellent de pré.
venir cet épuisement qui peut ruiner la
constitution, est de prendre les pilules Pink,
régénérateur du sang, tonique du système
nerveux. Les pilules Pink donnent du sang,
des forces, combattent les effets du surme-
nage, donnent de bonnes- digestions, et per-
mettent à l'organisme de tirer tout le profit
de la nourriture.
Les pilules Pink sont souveraines contre
l'anémie, la chlorose, la faiblesse générale,
les maux d'estomac, migraines, névralgies,
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francs cinquante la boite, dix-sPpt francs
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flammations des gencives et les maux de
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une blancheur éclatante et. détruit 'e, tartre.
Il laisse dans la bouche une sensation de
fraîcheur délicieuse et persistante. Son no
tion antiseptique contre les microbes ,e pro-
longe dans la bouche au moins 24 heures.
Mis pur sur du coton, il calme instantané-
ment les rages de dents les plus violentes.
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dèle, 1 fr. 60 pâte Dentol 1 fr. 25 suUU
pour six mois.
CADEAU A NOS LECTEURS^
Il suffit d'envoyer à la maison Frère, 19,
rue Jacob, Paris, cinquante centimes en tira»
bres-poste en se recommandant du Matin,
pour recevoir franco par ta poste un déli-
cieux coffret contenant un petit flacon de
Dentol, une botte de Pâte Dentol, une botte/
de Poudre Dentol.
GOHRESPOHQANCt
Paris, le le janvier 1909.
Monsieur le directeur de la Société
Laitière Maggi.
Je ne serai jamais assez heureuse d'avoir
donné à mon enfant le lait de la Société Lai-,
tière Maggi. C'est le deuxième enfant aue
j'élève avec votre bon lait une petite fille,
de deux ans,'qui pèse 30 livres, mon petit,
qui a six mois et pèse 17 livres.
J'ose espérer que vous viendrez visiter-.
voir, recevrez, monsieur le directeur,. m«s.
salutations empressées.
M"» Demottth, 15, r. de Chambénf.
lïheminéeSilbermânniilîl
commencera la publication da
LENFAUT
DE LA HAIIiE
L'ENFANT DE LA Haine est par excellence
le type du roman moderne.
Il est contemporain et actuel. Si Paris y
tient la meilleure place, la Province n'y le
pas sacrifiée.
Et quelle heureuse variété de persoO'
nages.
Grands seigneurs et paysans, grandes
dames et danseuses, hobereaux et bourgeois,
clubmeh et artistes, financiers et jockeys,
demi-mondaines et grisettes s'y mêlent, s'y
agitent, s'y coudoient, s'y heurtent, s'y amal-
gament au cours d'une intrigue d'un path6
tique sans précédent.
Mais au-dessus de cette foule se détachent
trois adorables figures de femmes:
Laquelle de nos lectrices pourra se dé-
fendre d'aimer Hélène. que poursûit
une implacable fatalité Denise, la
vierge douce qui veut bien mourir si sa mort
doit assurer le bohheur de celui à qui elle a
donné son âme, et Stella, enfin, Stella*
la courtisane rachetée et absoute. pal
l'amour et le sacrifice 1
FEUILLETON DU u MATIN »
DU U FÉVK1EB 1909.
CASSE-CŒURS
CRAND ROMAN INÉDIT
PAS
JULES DE GASTYNE
ÏKOISIEME ,PABTIE
̃̃̃ ,ix
Mme de Forzen avdit encore aux oreilles
les menaces qu'il lui avait faites.
Il v aura derrière chaque porte que vout.
franchirez, sous chaque fenêtre que vous'
ouvrirez un de ,mes bandits qui vous guet-
tel
Et c'était vrai. Avec un ennemi pareil,
si subtil et si redoutable à la fois, elle n'au-
rait pas une minute de tranquillité.
Et ce n'est pas pour elle seule qu'elle avait
à trembler désormais, c'est pour sa fille
aussi.
Et cette phrase, qui semblait résumer tou-
tes ses épouvantes, toutes ses angoisses, lui
échappa.
If faut partir et partir au plus vite
Le prince y songeait aussi. Il songeait à
emmener- en nie de Cliypre tous ceux qui
lui étaient chers.
Maisune crainte lut vint
Partir. di qui nous dit qu i ac-
complirons notre voyage ?
Et là-bas
Il nous suivrait là-bas ucmiiuda ta
comtesse qui avait paît.
Il nous suivrà partout.
Comment faire alors ?
Nous en débarrasser, nous en débar-
rasser par quelque moyen que ce soit et ne
pas le laisser derrière nous.
Mais coïmnent
Le prince ne répondit pas.
Hodier qui avait écouté sans pari*1* ce
court colloque. Rodier, qui semblait perdu
en de profondes rétiexions, dit tout à coup
Je m'en charge, moi, si vous voulez
me donner carte blanche T
Je vous délivrerai du bandit sans que per-
sonne sache jamais ce qu'il est devenu, com-
ment il a disparu. Le monstre a commis
assez de crimes pour que sa mort ne soit
pas un assassinat, mais un acte de justice,
Il a essaya par deux fois de tuer le prince,
de me faire tuer moi, sans compter ceux
qui ont été les victimes de sa bande ou de
lui, et jé lé sans remords 1
Moi aussi, dit le prince, mais il faudrait
le tenir.
Je le tiendrai cette nuit, dans quelques
heures, dit Rodier, mais il ne faut rien me
demander, avoir simplement confiance en
moi et me donner cent mille francs dont
j'aurai sans doute, besoin.
Vous. m'avez donné assez de preuves
de dévouement, mon cher Rodier, dit le prin-
ce. et je connais trop votre habileté pour
que je n'aie pas en vous la foi la plus ab-
solue.
Je ne vous poserai donc aucune ques-
tion. Venez chez moi et je vous remettrai
la somme.
Sans plus tarder, le prince prit confié de
là comtesse, alla cherçher sa fille et René.
Et avant de quitter l'hôleL il dit à Ma-
dame de Forzen
Dormez tranquille, chère amie. de-
main, nous Sf'runs délivrés
Et il paraissait si certain du succès, sur
l'assurance que lui en avait donnée son
a^ont. que la ccmlesse se sentit aussi toute
rassurée.
On sp promit donc de se revoir le dende.
main et de ne pas se quitter peut-être.
Il était à peine six heures, le lendemain,
et le prince était encore couché, lorsqu'on
vinl, le prévenir que/M. Rodier était la et
demandait à lui parler.
Lé prince sauta à terre aussitôt, saisit
une robe de chambre, courut au-devant de
son agent, qu'il fit entrer dans son cabinet.
Rodier était fort pâle, mais, son visage
était calme.
Eh bien demanda le prince.
C'est fait 1 répondit laconiquement l'a-
gent.
Le prince ne put s'empêcher de tressail-
Il est mort t
Il est mort. f
Tué?
Tué par moi t
Il y eut un silence.
Les deux hommes se regardèrent en proie
à une émotion violente.
Puis le prince demanda des explications.
Voilà, fit Rodier, je vais tout vous di-
re à vous, monseigneur, mais il ne faudra
pas avouer ta vérité à madame la comtesse.
Celâ la troublerait peut-être, et elle ne pour-
rait plus me regarder sans penser que je
suis un assassin et que j'ai du sang aux
mains.
Mais. est-on un assassin quand on a tué
un misérable • tel que celui que j'ai mis à
mort ?
Voici comment les choses se sont pas-
sées
Après ma déconvenue d'hier, quand le
bandit. m'eut glissé pour ainsi dire, entre
les mains, comme je vous l'ai raconté, j'ai
beaucoup réfléchi. Je me suis demandé
comment jt pourrais le retrouver et vous
délivrer de ses menaces.
J'ai pensé, naturellement, au bouge du
quai Vaimy.
Mais s'y préswiterail-il encore mainte-
nant, qu'il savait ce refuge connu de nous ?
Pourtant c'était là seulement que j'avais
l'espoir de retrouver la trace du coquin.
Et uoe idée subite m'est venue j'ai ap-
pris à la "Tour-Noire » ce qu'on peut faire
avec de l'argent et j'ai songé à acheter le
complice du pandit, le propriétaire de 1 «Arc-
en-Ciel u, qui. n'est, je le savais, que le loca-
taire de Maxime Auber.
Et c'est pour cela que je vous ai demandé
cent mille francs. Il me semblait qu'en met-
tant sous les yeux du coquin cent rouleaux
d'nr ou cent billets de mille francs, j'obtien-
drais de lui tout ce que je désirerais, même
qu'il me livrât son chef.
Je ne m'étais pas trompé et ce fut plus
facile que je ne avais supposé. •
L'homme était las de la tyrannie que fai-
sait peser sur lui Maxime Auber.
Le débarrasser de sa tutelle, des dangers
qu'il pouvait toujours faire courir à ceux
qui seraient accusés d avoir été ses compli-
ces. C'était lui rendre un véritable services.
Et quand je lui eus parlé des cent mille
francs, c'est lui tout de suite, qui m'indiqua
ce 'qu'il y avait à faire.
Il faudrait, me dit-il, un gaillard déter-
miné.
Ce sera moi, dis-je..
J1 me regarda
Vous ?
Oui Il a essayé de me faire asssassiner
et je ne serais pas fàcné de prendre ma re-
vanche
L'homme, une sorte de colosse, me toisa
des. piéds ù la tête et mon air résolu lui ins-
pira sans doute confiance car il me dit
Oui, peut-être.
Par exemple, ajouta-t-il, il ne faut pas
rater son coup
Soyez, tranquille, répondis-je, je ne le
manquerai pas
Car il ne vous manquerait pas, lui, reprit
l'homme, et moi par-dessus le marché
fioyez tranquille, dis-je, j'ai la poigne
solide et je n'ai pas peur
Alors il m'expliqua que Maxime Auber
ne venait plus que très rarement dans l'é-
tablissement, car il avait peur d'être es-
pionné.
Mais il devait venir cette nuit H traver-
serait un couloir souterrain allant des salles
du marchand de vin à l'hôtel en face, et en
étant caché dans ce couloir. s
J'avais compris.
Cachez-moi là, dis-je au bistro, je ré-
ponds de tout
Et en effet, vers trois heures du matin
i! y avait plus de six heures. que jé gre-
lottais dans l'ombre humide du souterrain
je vis la porte du souterrain s'ouvrir et un
homme s'avancer précautionneusement en
tenant a la main une lanterne sourde qui
éclairait d'un reflet sanglant son visage.
Je le reconnus tout de suite. C'était Maxi-
me Auber I
Je tenais un poignard à la main, je l'as-
sujettis entre mes doigts.
Et je bondis comme un tigre sur le misé-
rable, l'arme levée.
Avant qu'il eut ie temps de faire un mou-
vement, de pousser un cri, ou de conipren-
dre même ce qui lui arrivait,, je lavais saisi
à la gorge et avec une rapidité vertigineuse
avec une violence inouïe j'avais enfonce
dans sa poitrine mon poignard jusqu'au
manche
Je n'oublierai jamais le hurlement qu'il
poussa ni les sensalions que me causa l'en-
foncement" de la lame dans cette chair fi#
missante et l'impressiun que me fit le jet de
sang chaud qui me jaillit. au visage.
En effet; Rodier était bjfme et tremblait
de tous ses membres, et pendant quelques
instants il s'arrêta, comme si l'émotion lui
avait coupé la parole.
Puis, il reprit
Le bandit ne bougea plus. Il était tombé
comme foudroyé.
L'homme qui me l'avait livré et était aux
aguets tout près de là accourut alors.
C'est fait ? me demanda-t-il.
C'est fait
Nous allons l'enterrer là, fit-il, et per-
sonne ne saura jamais ce qu'il est devenu.
Comme il n'a ni parents ni amis pour s'in-
quiéter de lui, sa disparition passera ina-
perçue, et ce n'est pas les coquins dont il
était le chef qui l'ébru itérant. Ils auraient
trop peur d'être inquiété».
Vous pouvez vous retirer. Je me chargâ
de faire disparaitre le cadavre.
J'étais tout inondé de sang. L'aubergiste
me donna de l'eau pour me laver. Je courut
ensuite chez moi pour changer de vêtements,-
et me voici. maintenant. monseigneur,
vous pouvez dormir tranquille.
Morte la bête, morte le venin •
Rodier se tui
II leva sur le prince, demeuré silencieux
pendant ce tragique recit, un regard où on
pouvait lire une angoisse, car il avait peut
d'être désavoué.
Mais le prince lui tendit la main et lui dit
.ces seuls mots qui transportèrent ie pauvre
agent et lui firent oublie toutes ses affres
de la nuit et tous ses remords,
Merci, Rodier Tu as bien mérité df
nous et de la société
C'était l'absolution du crime.
Le visage de l'agent se rasséréna, et il rw
pensa plus à la scène dé cauchemar qu'il
venait de vivre.
Ainsi que savait recommandé Rodier, on
ne raconta pas à la comtesse de Forzen ce
qui s'était passé..
On lui dit simplement qu'elle m'avait plus
rien à craindre, que le misérable dont le
souvenir était resté en son esprit à l'étal, de
mauvais rêve, avait à jamais disparu. Ou'el-,
le n'entendrait plus parler de lui et qu'elle
pouvait se livrer sans inquiétude désormais
à toute la joie que lui causeraient la présence
dé sa fille et l'affection pour le prince qu'elle
sentait grandi»' chaque jour en son cœur.
Et quelques jours après tous pariaient
pour les domaines princiers de M. d'Acante
oÙ devait se faire le mariage de René et de
Noëlle, et peut-être, plus tard, celui de la
comtesse de Forzen et du prince.
Quant à Maxime Auoer. ainsi que l'avait
présumé le cabaretier, personne ne s'inqnw--
ta de lui. On eût dit que sa mort avait été
une délivrance pour tous ceux qui l'avaient
connu, même pour sa maîtresse, qui cessa
de trembler et se remit à vivre d'une vfe
normale.
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