Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1905-01-14
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 14 janvier 1905 14 janvier 1905
Description : 1905/01/14 (Numéro 7629). 1905/01/14 (Numéro 7629).
Description : Note : 3ème édition. Note : 3ème édition.
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/04/2008
Vingt-Deuxième Année. •̃ N° 7629
SIX PAGES-Paris et dèd&rtemônts CÏNÔ CENTIMES
Samedi Janvier
DERNIERS TÉLÉGRAMMES- DE LA NUIT
SEOL JQUBUÀL FRANÇAIS RECEVANT PAR FILS SPECIAUX LES DERNBÈHES NOUVELLES DO MONDE ENTIER
POUR LES SOLDATS
La nouvelle que le Matin a donnée
hier, et d'après laquelle le ministre de
la guerre va faire procéder à une vaste
enquête, dans l'armée, sur les amélio-
rations qu'il conviendrait d'apporter au
logement et à l'existence matérielle de
nos soldats, ne peut manquer d'être bien
accueillie de tous les Français.
La caserne, il faut le reconnaître, mal-
gré les améliorations apportées, est en-
core tout près de ses origines. C'est une
organisation des plus sommaires. Jus-
qu'à la fin du dix-septième siècle, le sol-
dat lQgéait: chez l'habitant. Dans ce-sys-:
tème, il jouissait d'une indépendance re-
lative.. Il n'était pas soumis, sans relâ-
ché, la surveillance et au commande-
ment de ses chefs. Lorsqu'il avait fini
-son service, ou qu'il n'était pas de garde,
il pouvait se croire libre en rentrant chez
l'hôte, qui était tenu de lui fournir un
lit garni et de lui donner place au feu et
à la chandelle.
Ge système, qui avait ses inconvé-
nients, fut remplacé par celui de la ca-
serne. Dès le commencement du dix-
huitième siècle, les ordonnances se suc-
cèdent- pour la réglementation delà nou-
'organisation.- Mais, jusque dans
,,ces derniers temps, la caserne, avec ses
'installations insuffisantes, son hygiène
défectueuse, ses promiscuités pénibles,
sa discipline étroite et coercitive, ses
exigences de détail. systématiquement
multipliées, reste dans une forme des
plus médiocres. Aussi Renan a-t-il pu,
.considérant cette organisation primitive,
écrire'avec raison « L'église, le monas-
tère, le collège du moyen âge ont, à leur
manière, élevé l'homme, créé un type
d'éducation plus ou moins complet. Une
seule chose n'a jamais él<3vé personne
c'est la caserne. »
Dans l'oeuvre qui s'impose aujour-
d'hui, oeuvré qui domine, inspire et.con-'
duit toutes les réformes, et qui a pour
but de rendre de plus en plus l1armoni-
ques les intérêts de l'armée et ceux du
pays et de la .démocratie, la caserne a
.un rôle important à jouer, rôle qu'elle a
ignoré presque complètement jusqu'à
présent, et qu'il est nécessaire qu'elle
remplisse désormais.
La situation, en effet; .ne peut pas se
prolonger plus longtemps; Favorisées
par l'état lamentable -do nôtre caserne-
ment, la fièvre typhoïde et la tubercu-
lose plus particulièrement causent dans
l'armée les pires ravages.
La responsabilité de l'administration
de- la guerre, celle de l'état-major géné-
ral, comme celle du service du génie,
est nettement engagée dans cette faute.
Sans doute, 1a direction du génie peut
objecter. qu'elle n'a pas eü à sa disposi-
tion les ressources suffisantes pour faire
face aux nouvelles exigences. Cela cst,
pour une part, exact, et il n'est pas dou-
teux que les ministres de la guerre quise
sont succédé' à l'exception de iVf. de
Frevcinet, qui avait, lofs de son long
ministère, de 1889 à"l 892, fait. de l'hygiè-
ne des troupes l'objet d'études suivies
ont complètement négligé cette gràve
questions. Mais il n'en reste pas moins à
la charge du génie, le reproche d'avoir
mal administré les-crédits dont il pou-
vait disposer et -do' les avoir employées
beaucoup plùs à l'agrandissement et à
'l'amélioration des services administra-
tifs magasins d'habillement, etc.
qu'au développement du bien-être des
.hommes.
̃ Aujourd'hui, le génie prend conscien-
ce 'lui aussi de ses devoirs nou«
veaux et paraît décidé à les remplir.
.,Sous la direction du généranoffre, le
.service, après avoir pratiqué une en-
quête générale sur les conditions du des-
ferrement nécessaire, a élaboré un pro-
gramme des travaux urgents, pro-
gramme qui vise à ia fois la transforma-
tion indispensable de la caserne et la
mise en état de notre système général de
défense.
Au total, les dépenses prévues dans
plan due travaux militaires s'élèvent,
en chiffres ronds, à deux cents millions:
cent millions pour l'oeuvre des casernes,
cent millions pour les fortiflcations.
̃ Je ne retiens aujourd'hui que la pre-
jnièré partie du programme.
Cette dépense de cent millions s'appli-
que à trois objets différents améliora-
tion du' casernement création d'infir-
meries remplacement des baraque-
ments de l'est, qui sont aujourd'hui
dans un complet état de délabrement.
Pour le ,casernement, ce qui importe
d'abord, c'est d'opérer le desserrement,
de façon à donner aux hommes, dans la
chambrée, dix-sept mètres cubes d'air,
au lieu de'treize mètres 'cubes, chif-
fre qui est aujourd'hui théoriquement
attribué, mais, en fait, très rarement at-
teint. Puis c'est la transformation de la
.chambrée,; cette pièce à tout, faire ré-
fectoire, dortoir, magasin, salle do re-
pos, salle d'études, lieu d'exercices mal
éclairée, insuffisamment chauffée l'hi-
ver, à l'aération défectueuse l'été, au sol
dallé ou bitumé ou au plancher pous-
siéreux et disjoint où, enfin, par la mul-
tiplicité des opérations qui s'y font et
l'installation rudimentaire, les soldats
se trouvent dans les conditions les plus
Il faut remédier à cet état. La cham-
.brée doit être exclusivement le dortoir,
vaste, clair, propre, net. Pour cela, il
faut créer dans la caserne des salles di-
verses et indépendantes pour le réfec-
toire, 'l'étude et -la récréation, l'astiqua-
gc. Pour cette transformation, la direc-
tion du génie prévoit une dépense de
millions.
D'autre part, il faut créer des infirme-
Ce service est tout à fait insuffi-
sant. La plupart des infirmeries ne sont
jm isolées, et. dans leurs dxsgositioni.
elles laissent tout à fifâ désirer. Leur
amélioration immédiate est prévue pour
Une dépense de millions.
Enfin, le génie évalue à 25 millions
les,crédits nécessaire-s à la réfection des
baraquements de l'est.
Voilà l'œuvré projetée. Elle repré-
sente assurément malgré le chiffre
élevé de la dépense le minimum des
sacrifices qu'il est indispensable de faire
pour le bien-être et la santé de nos sol-
dats. Par là, la caserne commencer à
s'élever à la hauteur de sa mission so-
ciale. Mais il faudra ajouter à ces pro-
jets. L'oeuvre, en effet, telle qu'elle se
présente, est incomplète, car si elle fait
disparaître ainsi les tares les plus crian-
tes, elle ne solutionne pas tous les pro-
blèmes qui se posent à l'administration
de la guerre et qu'il faut de toute néces-
sité résoudre. Dans le programme ac-
tuellement élaboré par le ministre de la
guerre et que le Parlement ne fera pas
de difficultés à adopter ne figure pas
cette réforme si intéressante et si utile
du chauffage de la troupe question
que l'on a traitée ici même il y a peu de
temps et qu'il est indispensable d'ac-
complir.
Donc, il faut aborder celte tâche né-
cessaire de transformer, d'assainir, de
moderniser la caserne. Il est impossible,
en effet, de permettre plus-longtemps
que par les imperfections du système
nos contingents végètent dans ces ins-
tallations défectueuses et surtout qu'une
si terrible mortalité décime nos effectifs,
faisant qu'en. pleine paix le sol conta-
miné de nos bâtiments militaires nous
apporte les ravages d'une campagne
meurtrière.
A. Gervais,
Député; membre de la commission
de Vannée.
DE MIDI A MINUIT
Les faits d'hier--En France et à l'étranger.
A la-' Bourse de Paris le 3 est ferme
ainsi que l'ensemble du marché.
Le conseil des ministres a délibéré sur les
questions que soulève la discussion des in-
terpellations sur la,politique générale. Cette
discussion a commencé devant la Chambre;
après audition de MM. Lhôpiteau, Des-
chanel, Zévaès, et Vaillant, la suite du dé-
bat a été remise à aujourd'hui.
Le Sénat a procédé à l'installation de son
bureau définitif. M. Fallières a prononcé le
discours d'usage.
Un congrès des ouvriers dea iporfcs médi-
terrané.ens siège à Marseille. Il a pour
A Moscou, la création d'une administra-
tion municipale, semblable ù celle de Saint-
Pétersbourg, a été décidée le général Vol-
kofï, gouverneur de la circonscription de
la mer Noire, sera nommé préfet de po-
lice..
Le roi de Danemark a reçu en audience
AU, Christensen et a .approuvé la constitu-
tion du cabinet,.
En la grève va en augmen-
tant. Cinquante mille ouvriers environ ont
quitté le travail.
Les difficultés retardant l'entente entre
l'Allemagne et l'Autriche pour le traité de
commerco ont été enfin écartées.
h'Essex, ayant à bord lo duc et la du-
chesse de Connaught, est arrivé hier à Ca-
dix.
La prise de possession de Krat et de Kok-
kong, au nom de la France, par le résident
général du Cambodge, a donné lieu à une
grande solennité.
Bangkog a été- déclaré indemne de la
peste.
M. Roosevelt a convoqué le secrétaire de
la guerre et sept membres de l'état-major
général, pour étudier la question de la dé-
fense des ports des Etats-Unis.
PROPOS D'UN PARISIEN
Dans un journal que j'ouvre, je tombe sur
cette phrase u Voici trente-cinq jours que
M. Gabriel Syveton a été trouvé mort dans
son cabinet de travail. »
Trénte-cinq jours déjà Comme le temps
passe quand on s'amuse. Car, il n'y a pas
à dire, le public s'amuse. Peut-être un peu
moins maintenant, parce qu'il y a des lon-
gueurs et que le dénouement se fait trop at-
tendre, mais, tout de même. il s'amuse en-
core.
J'ai demande à un vieux juge, blanchi
sbus le harnais, qui .débrouilla des affaires
très embrouillées et fit des instructions cé-
lèbres, quelle était son opinion.
Je n'en ai. pas, me répondit-il,, attendu
que, dans cette affaire, il faut compter avec
la politique.
nOr,la politique a pour effet de rendre tout
de suite.très compliqué ce qui ne l'était pas.
Les témoins, malgré eux, subissent une àu-
to-suggestion. Ils cessent d'être sincères et
véridiques parce qu'ils pensent à mille cho-
ses diverses, aux intérêts de leur parti, à
la nécessité de confondre et d'embarrasser
les adversaires, et ils arrivent ainsi devant
le juge avec des idées préconçues, qu'entre-
tiennent les commentaires des journaux.
uDans une affaire d'où la politique est ex-
clue, les témoins n'hésitent pas à dire la vé-
rité, toute la vérité, si ce sont d'honnêtes
gens. Dans ùnë affaire comme celle-ci, ils
mentent sans même s'en apercevoir, ou s'ef-
forcent d'entraîner le juge sur la piste qu'ils
croient bonne. Cette piste est naturellement
celle qui concorde avec le système qu'a, dès' 1
le premier jour, adopté le milieu dans lequel
ils se meuvent.
u Ainsi, en ce qui concerne l'affaire Syve-
ton, les sommités du parti nationaliste ont
déclaré tout d'abord qu'il y avait crime. En-
suite, ils ont développé. M. Coppée a dit,
d'un air entendu, c'est h un crime bien fait,
» donc c'est un crime perpétré par une as-
Il sociation, car le propre des crimes de
Il cette nature est d'être Il bien faits Il.
» Et les braves témoins qui croient en M.
Coppée arrivent devant le juge avec cette
conception du crime Il bien fait », soigneuse-
ment combiné par des hommes masqués, 1
dans l'ombre et le mystère.
»Leur témoignage s'en ressent.Le malheu- 1
reux juge ne sait plus ce qu'il faut croire,
plus il cherche à débrouiller, plus on l'em- 1
brouille.
Il Voilà pourquoi je ne sais rien, et ne 1
veux rien savoir.
Ainsi parla le vieux jugé. H. Habdù».
EXCURSION DANS LE DU -.GÉNÉRAL NOBI
M. Marcel Smet poursuit son récit et raconte ce qu'il vit
chez les Japonais On l'emmène dans la tente du
général Nogi Il y cause avec deux offi-
ciers qui lui demandent des nou-
velles de M. de Cuverville.
CAMPEMENT JAPONAIS DEVANT PORT-ARTHUR
jLouisa-uay, p octoore iau4.
Et nous voilà de nouveau en marche,
précédés des deux gendarmes à cheval,
culotte rouge, képi également, avec des
lisérés jaunes qui rendent l'uniforme ex-
trêmement laid. Nous n'avons pas fait
mille niètres que nos guides descendent
de leurs montures et nous les offrent.
Le major lerrr a dft avant de partir
de se distinguer, et voilà I fait Emerson.
Comme la perspective de faire neuf
milles à pied ne nous sourit pas plus que
ça,- nous acceptons et nous caracolons,
sautons des obstacles, non sans diffi-
culté, car, entre parenthèses, les chevaux
japonais sont très vicieux et peu faits
pour servir dans l'armée.
Il fait une chaleur torride et le vent
nous fait avaler la poussière. Nos gen-
darmes nous suivent péniblement,
suant, traînant leurs bottes et leur sa-
bre. Quand nous les regardons, ils nous
adressent un sourire, mais* un sourire
forcé. Je suis sûr qu'ils nous vouent à
tous leurs dieux infernaux. Si un Euro-
péen nous voyait, il croirait que nous
avons fait deux Japonais prisonniers.
Nous traversons d'immenses marais
salins, puis un village où nous prenons
du thé, que nous offrent des soldats, car
tout le long de la route se trouvent des
campements. Les chevaux sont installés
à l'abri des talus, des soldats en vête-
ments de corvée traînent des bottes de
paille.
C'est, plus loin, une grande rangée
d'affûts dont les canons ont été enlevés,
puis. emmenés sur les montagnes; des
voitures à deux roues faites pour les ap-
provisionnements et bien comprises pour
aller sur.de mauvaises routes, étroites,
que traversent à chaque instant des ruis-
seaux. Là, les hommes prennent un
bain ou lavent leur linge. Tout se fait
en plein air et je me demande comment
cette armée, campée,- pourra supporter
l'hiver.
Des champs entiers sont plantés de
morceaux de bambous où sont tracés des
caractères japonais. Ce sont les soldats
morts pendant le siège qui y sont enter-
rés, et il y en a des milliers et des mil-
liers Çà et là, au milieu d'un carrefour,
une butte de terre, fraîchement remuée
et surmontée de fleurs, d'inscriptions,
indique le lieu où repose un officier su-
périeur.
Nous traversons encore deux ou trois
petits villages, 'ayant à notre droite les
forts dePort-Arthur. De temps en temps,
on aperçoit quelques campements sur le
versant d'une colline. Des hommes creu-
sent des tranchées. Plus loin, on hisse
avec peine de gros canons. Quelle acti-
vit.é Et, sur la route, les voitures vont
et viennent, tandis que des télégraphis-
tes posent poteaux et fils. Un ballon s'é-
lève devant nous, à deux cents mètres
il est monté par un officier. La voiture
où se trouve la bobine qui le retient
avance lentement, et l'on voit deux pe-
tits drapeaux que l'aéronaute agite en di-
vers sens. Cette ascension a sans doute
été remarquée par les Russes, car main-
tenant les obus pleUyenl, et nous ju-
geons prudent de rester à l'abri d'un- ta-
lus. La circulation est interrompue, tant
il tombe de projectiles. Je guette le bal-
lon, qui doit être certainement atteint
avant peu, mais il redescend. Une demi-
heure après, les obus cessent de tomber,
et nous reprenons notre chemin. Les at-
tachés militaires nous regardent curieu-
sement ils se promènent à cheval, et
l'effet de leurs uniformes mêlés est' des
plus bizarres. Je remarque surtout l'of-
ficier patagon et un Gaucho, avec leurs
étriers aussi extraordinaires miâ leur
(Phot Undenvood & Under%vood)
Enfin, nous arrivons dans un grand
Village dont les places sont garnies de
petites baraques où des Chinois vendent
aux soldats japonais des œufs, de la
bière, du sakaï (vin de riz), des cigaret-
tes, etc., et ceux-ci payent avec de petits
billets que le Japon a imprimés spéciale-
ment pour la guerre. Nous descendons
de cheval pour nous désaltérer un peu
tous les soldats nous regardent curieuse-
ment, surpris de nous voir sur les che-
vaux des gendarmes, qu'ils se mettent à
interroger. Puis nous repartons. Nous
traversons la voie ferrée que les Japo-
nais ont resserrée pour leurs trains et
dont ils n'ont pas oublié de scier les tra-
verses, dé sorte que, si les Russes revien-
nent, ils devront refaire complètement la
ligne. On achève de réparer une coquette
station et un petit pont au-dessus de la
route. Tout est soigneusement refait. Un
train arrive et motive un arrêt de notre
part. Notre chance, qui ne cesse de nous
favoriser, nous permet de le voir déchar-
ger ce sont d'immenses obus, avec l'étui
en cuivre. Mais un oftlcier vient et nous
ordonne de partir. AU right Ceut mè-.
tres plus loin s'élèvent trois tentes de-
vant une maison.
Les gendarmes nous annoncent que
nous sommes arrivés et, pendant qu'ils
entrent pour prévenir, nous nous as-
seyons sur un tronc d'arbre, le long de
la route, près d'un petit ruisseau dont
l'eau court en chantant.
Des officiers japonais, montés sur de
superbes chevaux anglais, passent de-
vant nous un sous-officier les précède,
avec un fanion. Sans doute, l'état-major:
Des estafettes vont et viennent, sans in-
terruption, et derrière nous les soldats
se pressent à l'entrée d'une petite mai-
son transformée en bureau de poste et
télégraphe. Enfin, les gendarmes re-
viennent et nous font entrer dans la tente
du milieu, où trois chaises et une table
sont installées sous la toile blanche. Il y
fait une chaleur étouffante. Nous atten-
dons, assis et curieux de savoir ce que
nous deviendrons.
Notre aventure, dis-je à Emerson,
devient de plus en plus extraordinaire.
Il est interdit aux étrangers de visiter
les camps et, nous, on nous oblige à les
voir. Qui sait ce qu'il nous faudra encore
examiner Préparons-nous à inter-
viewer le général Nogi venir de Paris
pour une telle interview, cela vaut la
peine.
Deux officiers entrèrent le premier
avait la figure énergique, les mousta-
ches noires bien dressées et les étoiles
d'argent ressortaient sur son uniforme
noir il était chaussé de bottes à l'é-
cuyère. C'était le major Yamaoka. Le .se-
cond semblait n'avoir pas de figure des
lunettes à monture d'or devant des veux
ensommeillés ressortaient seules d'une
masse poilue, noire, faite des sourcils,
des moustaches et de la barbe tout en-
semble. Son uniforme kaki portait éga-
lement des étoiles d'argent, mais ses bot-
tes étaient brunes et basses comme cel-
les employées par les cavaliers jàpo-
nais. Ce dernier était le major Yama-
gutchi, de la réserve.
Nous échangeons des poignées de
mains et la conversation s'engage tant6t
en anglais, tantôt en allemand.
Je fais pour la « ixième » fois le récit
du voyage X+I= indéfini.
̃ Et vous.avez pu franchir la ligne du
blocus, s'étonne Yamaoka..
Oui, mais cela n'a pas'été sans pei-
ne il y avait sept de vos navires, Aussi
fallut-il ramer. Voyez nos mains.
Et j'exhibai mes mains, semblables à
des biftecks, mais entourées de banda-
ges.
Tous mes compliments, fit le major
Yamaoka, car lui seul questionnait et
répondait. Et êtes-vous satisfaits de vo-
tre voyage ?
-Jusqu'ici, oui, bien que nous regret-
tions nos bagages perdus, ce qui nous
oblige à rester avec ces vêtements, ces
chaussures et ce bonnet en caoutchouc.
Et avez-vous des nouvelles.de votre
attaché naval, M. de Cuverville î
C'est plutôt à moi de vous poser
cette question.
-'Nous ne savons rien ici, si ce n'est
que notre empereur a donné à la flotte
l'ordre de faire des recherches pendant
un mois. Quant à moi, continua le major,
j'ai remis, en parlementaire, au colonel
russe Reiss, des lettres pour M. de Cu-
verville, trois en trois fois, et la dernière
émanait du gouvernement français. De-
puis, je n'ai plus rien su. Nous sommes,
au Japon, très peines de cette dispari-
tion. Nous aimons d'ailleurs beaucoup
les Français, dont le caractère militaire
ressemble tant au nôtre, et nous regret-
tons que votre gouvernement n'ait en-
voyé aucun attaché militaire avec notre
troisième armée.
Marcel Smet.
(La suite à demain.)
LE GÉNÉRAL PEIGNÉ'
Le commandant du 9a corps, interrogé par le
correspondant du « Matin sur sa let-
tre à M. Vadecard, déclare qu'il a
fait son devoir de républicain.
Nous avons publié hier, dans notre re-
vue des journaux, diaprés le Figaro et le
Gaulois, une lettré Write, à la date du 29
août 1904, par M. qe général Peigné au se-
crétaire général du Grand Orient. Notre
correspondant pa.rt.iculier à Tours, qui. s'est
présenté chez le commandant du corps, a
recueilli les importantes déclarations sui-
TOURS, 13 janvier. Dépêche particulière
du « Matin ». Vous voyez, nous dit le
général Peigné en nous recevant dans son
cabinet de travail, je suis occupé à lire les
journaux de Paris. »
Sur sa table, en effet, sont placés le Ma-
ün, le Figano, etc.
Vous devinez, mon général, ce qui m'a-
mène ?
Certes, et je tiens à ce qu'il n'y ait ni
confusion ni malentendu. Je suis un vieux
républicain, et, lorsque j'ai accepté la mis-
sion délicate de commander le corps d'ar-
mée, j'ai, avant tout 'et par-dessus tout,
cherché à obtenir de mes subordonnés la
neutralité absolue au point de vue politique
et religieux, en même temps que la plus
grande correction.
» Dès mon arrivée à Tours, les officiers
ont été prévenus de ce que j'attendais d'eux.
Je voulais mettre un terme à l'attitude no-
toirement hostile à nos institutions d'un
grand nombre d'entre eux. Je ne leur de.,
mande pas d'être républicains, je ne vais
pas jusque-là mais il est de mon devoir
de ne tolérer de leur part aucune manifes-
tation,, quelle qu'elle soit, contre la gouver-
nement.
» Dites bien, insiste 3VI, le général Peigné,
qui s'est levé de son fauteuil et se promène
maintenant de long en large dans son ca-
binet, les mains dans les poches, dites bien
que je ne désarme pas contre l'influence
cléricale. Chacun doit rester il sa place, l'of-
ficier dans sa caserne, le curé dans son
église. J'ai toujours agi au grand jour. J'ai
pris mes renseignements moi-même et par
mes subordonnés hiérarchiques je les ai
contrôlés par ceux de l'autorité adminis-
trative, et enfin, je le reconnais, dans trois
cas bien déterminées, j'ai confirmé le con-
trôle par des renseignements émanant de la
franc-maçonnerie. Deux fois, ces renseigne-
ments m'ont apporté une confirmation. Je
n'ai pas hésité alors à faire co que je con-
sidérais comme mon devoir. Je savais que
je frappais à coup sûr. La troisième fois,
les renseignements m'ont appris qu'un offi7
cier, représenté comme hostile à la Répu-
blique,, était, au contraire, très correct. Cet
officier a donc bénéficié de la loyauté de la
maçonnerie.
(Phot; Pierre Petit)
LE général PEIGNÉ Pjl
Commandant le 9' corps d'armée.
Je le répète, je n'ai recouru à la maçon-
nerie que comme moyen de contrôle. Fran-
chement, je ne pouvais pas plus m'adresser
au clergé qu'aux ennemis de la République.
La lettre qu'on a publiée, et que j'ai écrite
à Vadecard, avait trait à un service per-
sonnel, et, si j'y faisais allusion aux offi-
ciers du 125e de ligne, c'était pour indiquer
à un militant la ligne de conduite et lui
donner une idée de la lutte qu'un chef ré-
publicain doit soutenir contre la mauvaise
volonté évidente de quelques subordonnés
ouvertement réactionnaires. Si ces officiers
ont été déplacés, ce n'est pas pour des faits
particuliers, car j'aurais alors provoqué
une mesure disciplinaire rigoureuse à leur
égard, mais bien pour qne. attitude très
connue de tous, et notoirement hostile.
» Je suis un vieux maçon de quarante
ans je l'étais déjà au moment où il y avait
un certain danger à faire partie de ce grou-
pement. J'ai fait de la maçonnerie active.
alors qu'on combattait pour la liberté et la
justice; mais, depuis 1889, je n'ai pas pris
part aux travaux des loges, et cela par un
scrupule; peut-être exagéré, de cette neu-
tralité dont je me suis fait un devoir pour
moi-même avant de l'exiger des autres.
Telles sont les déclarations qu'a bien
voulu me faire M. le général Peigné, qui a
dû écrire ce soir même, dans ce sens, au
U N ASSAUT DÉCISIF
LA POLITIOÉ GÉNÉRALE A LA CHAMBRE
La première journée $une grande bataille
M. Lhopiteau énumère longuement
ses griefs contre le gouvernement
M. Paul Deschanel critique
les procédés du président
du conseil- Débat ren-
voyé à aujourd'hui. °
Comme la plupart des grandes batailles,
la journée d'hier, où l'opposition tout entière
a tenté le suprême assaut au cabinet, aura.'
un lendemain.
Cette première journée, malgré la valeur
des adversaires qui se sont mesurés, aura
un peu déçu les amateurs de grand specta-
cle, qui se pressaient dans les tribunes à
s'étouffer.
A deux heures un quart, M. Paul Doumer,
président, ouvre la séance.
M. Combes, président du conseil, est au
banc du gouvernement, compulser des dos-'
siers.
A deux pas, MM. Lhopiteau et Vazeille,
radicaux dissidents, -les deux interpella-
teurs inscrits, discutent avec vivacité avec,
plusieurs dép utés de la majorité.
M. HônriBrissûn est à son banc, gau.'
A deux heures vingt, M. Lhopiteau, dé-:
'puté radical dissident d'Eure-et-Loir, monta
la tribune. Les conversations, très bruyan-
tes la minute d'avant, s'apaisent au coup de
sonnette qui appelle l'interpellateur,
Dès sa première phrase, M. Lliopiteau Jn-
(Pùot. Waléry)
"M. Lhôpiteau
Député d'Eure-et-Loir.
dique nettement la portée et le but de son
interpellation. « Partisan détermine du pro-
gramme de réformes qu'avait apporté le gou-
vernement à ses débuts, il est l'adversaire
résolu de la méthode gouvernementale de
M. le président du conseil, de ses procédés,
de sa conception personnelle, étroite et au-
toritaire, du régime républicain.
Que fut le programme du cabinet ? La
.stricte observation do la loi de 1901 sur les
congrégations, l'impôt sur le revenu, la loi
militaire,'la réforme des conseils de guerre,
le rachat partiel des chemins do fer, la sé-
paration des Eglises et de l'Etat, les retrai-
les ouvrières.
Le Parlement entier accueillit avec joie
ces promesses, et c'est par 329 voix, tout au
début du ministère, qu'il les sanctionna.
Pourquoi cette majorité s'est-elle dis-
soute ? interroge M. Lhopiteau. Pourquoi
s'est,elle émiettée jusqu'à tomber à 2, à 4,
à 16 voix ?
Parce que, s'écrie M. Levraud, vous
n'avez cessé de faire de l'obstruction.
Parce que, réplique l'interpellateur, le
gouvernement n'a pas su gouverner.
S'agit-il de la loi sur les congrégations ?
Cette loi n'a pas été appliquée également
partout. Le président du conseil, d'après lui,
a choisi les chapelles,qu'il a fermées et celles
qu'il a laissées ouvertes.
Le président du conseil a annoncé la sé-
paration des Eglises et de l'Etat. Mais/il l'a
fait, affirme l'orateur, sans avoir consulté
ses collègues, auxquels il a semblé forcer
la main dans le discours d'Auxerre.
Veut-on parler de la réduction du service
militaire ? Déjà discutée' par le Sénat, elle
a été votée par la Chambre, mais avec des
modifications que le Sénat ne pourra pas ac-
cepter.
Du rachat partiel des chemins de fer ? Le
ministre des finànces y est opposé; le .minis-
tre des travaux publics parle d'un projet de
convention: le ministre de la marine, seul;,
est rachatiste.
L'impôt sur le revenu était, parmi tant de
réformes promises, celle qui tenait le plus à
cœur aux électeurs de la majorité. Qu'en a-
t-on fait Le gouvernement a présenté un
projet inacceptable en lui-même, qui sera en-
terré.
Les retraites ouvrières, enfin ? Quelqu'un
pense-t-il qu'on pourra les vter pendant
cette session ?
Les radicaux dissidents.
Cette première partie, un peu longue'
peut-être, mais très serrée comme argumen-
tation, est très vivement applaudie sur les'
bancs de l'opposition.
Il Le budget lui-même, poursuit l'orateur,
n'a pu être voté en temps normal. A qui la
faute ? M. Lhopiteau s'en prend encore au
gouvernement.
L'obstruction, à ses yeux, n'existe pas
et c'est pourquoi, affirme-t-il, le président'
du conseil accable de reproches les radicaux
dissidents.
M. Lhopiteau. S'ils se sont séparés du mi-
nistère actuel, ils sont toujours restés adèteï
à son programme. On les accuse d'esprit da
réaction, et celui qui provoque ces accusa.
tions, c'est M. Combes lui-même. A chaque
réunion, à chaque banquet où il assiste, il si-
gnale les dissidents au mépris public et à l'in-
dignation de sa majorité. Un chef de gouver-
nement qui se voit abandonné par une partie
de ses troupes a le devoir de rechercher les
causes de cet abandon. M. Combes se contente
de dire « C'est l'intérêt personnel, »
Prenez garde, monsieur le président du con-
seil, au vieux dicton populaire « On est porté
à mesurer toutes choses à son aune. (Vifs
applaudissements au centre et à droite ) Vous
n'avez rien compris vous n'avez.même pas
cherché à comprendre quel combat doulou-
reux se livrait dans l'âme des dissidents.
(Bruit et interruptions à gauche.) Vous n'avez
pas saisi, ou plutôt vous avez affecté de ne nas
saisir ce qu'il y a de pénible, pour un homme
politique, à se trouver du jour au lendemain,
en contradiction avec ses meilleurs amis. Vous
n'avez pas assisté à ces réunions publiques où
nos amis se dressaient en face de nous comme
nos adversaires. (Applaudissements ironiques
à gauche.)
M. Bepmale. Etes-vous sûr que c'étaient les
mêmes ? (Rires à gauche.)
Et l'orateur en revient à son point de dé-
pàrt. Si les radicaux dissidents ont aban-
donné le gouvernement, ce n'est pas à cause
SIX PAGES-Paris et dèd&rtemônts CÏNÔ CENTIMES
Samedi Janvier
DERNIERS TÉLÉGRAMMES- DE LA NUIT
SEOL JQUBUÀL FRANÇAIS RECEVANT PAR FILS SPECIAUX LES DERNBÈHES NOUVELLES DO MONDE ENTIER
POUR LES SOLDATS
La nouvelle que le Matin a donnée
hier, et d'après laquelle le ministre de
la guerre va faire procéder à une vaste
enquête, dans l'armée, sur les amélio-
rations qu'il conviendrait d'apporter au
logement et à l'existence matérielle de
nos soldats, ne peut manquer d'être bien
accueillie de tous les Français.
La caserne, il faut le reconnaître, mal-
gré les améliorations apportées, est en-
core tout près de ses origines. C'est une
organisation des plus sommaires. Jus-
qu'à la fin du dix-septième siècle, le sol-
dat lQgéait: chez l'habitant. Dans ce-sys-:
tème, il jouissait d'une indépendance re-
lative.. Il n'était pas soumis, sans relâ-
ché, la surveillance et au commande-
ment de ses chefs. Lorsqu'il avait fini
-son service, ou qu'il n'était pas de garde,
il pouvait se croire libre en rentrant chez
l'hôte, qui était tenu de lui fournir un
lit garni et de lui donner place au feu et
à la chandelle.
Ge système, qui avait ses inconvé-
nients, fut remplacé par celui de la ca-
serne. Dès le commencement du dix-
huitième siècle, les ordonnances se suc-
cèdent- pour la réglementation delà nou-
'organisation.- Mais, jusque dans
,,ces derniers temps, la caserne, avec ses
'installations insuffisantes, son hygiène
défectueuse, ses promiscuités pénibles,
sa discipline étroite et coercitive, ses
exigences de détail. systématiquement
multipliées, reste dans une forme des
plus médiocres. Aussi Renan a-t-il pu,
.considérant cette organisation primitive,
écrire'avec raison « L'église, le monas-
tère, le collège du moyen âge ont, à leur
manière, élevé l'homme, créé un type
d'éducation plus ou moins complet. Une
seule chose n'a jamais él<3vé personne
c'est la caserne. »
Dans l'oeuvre qui s'impose aujour-
d'hui, oeuvré qui domine, inspire et.con-'
duit toutes les réformes, et qui a pour
but de rendre de plus en plus l1armoni-
ques les intérêts de l'armée et ceux du
pays et de la .démocratie, la caserne a
.un rôle important à jouer, rôle qu'elle a
ignoré presque complètement jusqu'à
présent, et qu'il est nécessaire qu'elle
remplisse désormais.
La situation, en effet; .ne peut pas se
prolonger plus longtemps; Favorisées
par l'état lamentable -do nôtre caserne-
ment, la fièvre typhoïde et la tubercu-
lose plus particulièrement causent dans
l'armée les pires ravages.
La responsabilité de l'administration
de- la guerre, celle de l'état-major géné-
ral, comme celle du service du génie,
est nettement engagée dans cette faute.
Sans doute, 1a direction du génie peut
objecter. qu'elle n'a pas eü à sa disposi-
tion les ressources suffisantes pour faire
face aux nouvelles exigences. Cela cst,
pour une part, exact, et il n'est pas dou-
teux que les ministres de la guerre quise
sont succédé' à l'exception de iVf. de
Frevcinet, qui avait, lofs de son long
ministère, de 1889 à"l 892, fait. de l'hygiè-
ne des troupes l'objet d'études suivies
ont complètement négligé cette gràve
questions. Mais il n'en reste pas moins à
la charge du génie, le reproche d'avoir
mal administré les-crédits dont il pou-
vait disposer et -do' les avoir employées
beaucoup plùs à l'agrandissement et à
'l'amélioration des services administra-
tifs magasins d'habillement, etc.
qu'au développement du bien-être des
.hommes.
̃ Aujourd'hui, le génie prend conscien-
ce 'lui aussi de ses devoirs nou«
veaux et paraît décidé à les remplir.
.,Sous la direction du généranoffre, le
.service, après avoir pratiqué une en-
quête générale sur les conditions du des-
ferrement nécessaire, a élaboré un pro-
gramme des travaux urgents, pro-
gramme qui vise à ia fois la transforma-
tion indispensable de la caserne et la
mise en état de notre système général de
défense.
Au total, les dépenses prévues dans
plan due travaux militaires s'élèvent,
en chiffres ronds, à deux cents millions:
cent millions pour l'oeuvre des casernes,
cent millions pour les fortiflcations.
̃ Je ne retiens aujourd'hui que la pre-
jnièré partie du programme.
Cette dépense de cent millions s'appli-
que à trois objets différents améliora-
tion du' casernement création d'infir-
meries remplacement des baraque-
ments de l'est, qui sont aujourd'hui
dans un complet état de délabrement.
Pour le ,casernement, ce qui importe
d'abord, c'est d'opérer le desserrement,
de façon à donner aux hommes, dans la
chambrée, dix-sept mètres cubes d'air,
au lieu de'treize mètres 'cubes, chif-
fre qui est aujourd'hui théoriquement
attribué, mais, en fait, très rarement at-
teint. Puis c'est la transformation de la
.chambrée,; cette pièce à tout, faire ré-
fectoire, dortoir, magasin, salle do re-
pos, salle d'études, lieu d'exercices mal
éclairée, insuffisamment chauffée l'hi-
ver, à l'aération défectueuse l'été, au sol
dallé ou bitumé ou au plancher pous-
siéreux et disjoint où, enfin, par la mul-
tiplicité des opérations qui s'y font et
l'installation rudimentaire, les soldats
se trouvent dans les conditions les plus
Il faut remédier à cet état. La cham-
.brée doit être exclusivement le dortoir,
vaste, clair, propre, net. Pour cela, il
faut créer dans la caserne des salles di-
verses et indépendantes pour le réfec-
toire, 'l'étude et -la récréation, l'astiqua-
gc. Pour cette transformation, la direc-
tion du génie prévoit une dépense de
millions.
D'autre part, il faut créer des infirme-
Ce service est tout à fait insuffi-
sant. La plupart des infirmeries ne sont
jm isolées, et. dans leurs dxsgositioni.
elles laissent tout à fifâ désirer. Leur
amélioration immédiate est prévue pour
Une dépense de millions.
Enfin, le génie évalue à 25 millions
les,crédits nécessaire-s à la réfection des
baraquements de l'est.
Voilà l'œuvré projetée. Elle repré-
sente assurément malgré le chiffre
élevé de la dépense le minimum des
sacrifices qu'il est indispensable de faire
pour le bien-être et la santé de nos sol-
dats. Par là, la caserne commencer à
s'élever à la hauteur de sa mission so-
ciale. Mais il faudra ajouter à ces pro-
jets. L'oeuvre, en effet, telle qu'elle se
présente, est incomplète, car si elle fait
disparaître ainsi les tares les plus crian-
tes, elle ne solutionne pas tous les pro-
blèmes qui se posent à l'administration
de la guerre et qu'il faut de toute néces-
sité résoudre. Dans le programme ac-
tuellement élaboré par le ministre de la
guerre et que le Parlement ne fera pas
de difficultés à adopter ne figure pas
cette réforme si intéressante et si utile
du chauffage de la troupe question
que l'on a traitée ici même il y a peu de
temps et qu'il est indispensable d'ac-
complir.
Donc, il faut aborder celte tâche né-
cessaire de transformer, d'assainir, de
moderniser la caserne. Il est impossible,
en effet, de permettre plus-longtemps
que par les imperfections du système
nos contingents végètent dans ces ins-
tallations défectueuses et surtout qu'une
si terrible mortalité décime nos effectifs,
faisant qu'en. pleine paix le sol conta-
miné de nos bâtiments militaires nous
apporte les ravages d'une campagne
meurtrière.
A. Gervais,
Député; membre de la commission
de Vannée.
DE MIDI A MINUIT
Les faits d'hier--En France et à l'étranger.
A la-' Bourse de Paris le 3 est ferme
ainsi que l'ensemble du marché.
Le conseil des ministres a délibéré sur les
questions que soulève la discussion des in-
terpellations sur la,politique générale. Cette
discussion a commencé devant la Chambre;
après audition de MM. Lhôpiteau, Des-
chanel, Zévaès, et Vaillant, la suite du dé-
bat a été remise à aujourd'hui.
Le Sénat a procédé à l'installation de son
bureau définitif. M. Fallières a prononcé le
discours d'usage.
Un congrès des ouvriers dea iporfcs médi-
terrané.ens siège à Marseille. Il a pour
A Moscou, la création d'une administra-
tion municipale, semblable ù celle de Saint-
Pétersbourg, a été décidée le général Vol-
kofï, gouverneur de la circonscription de
la mer Noire, sera nommé préfet de po-
lice..
Le roi de Danemark a reçu en audience
AU, Christensen et a .approuvé la constitu-
tion du cabinet,.
En la grève va en augmen-
tant. Cinquante mille ouvriers environ ont
quitté le travail.
Les difficultés retardant l'entente entre
l'Allemagne et l'Autriche pour le traité de
commerco ont été enfin écartées.
h'Essex, ayant à bord lo duc et la du-
chesse de Connaught, est arrivé hier à Ca-
dix.
La prise de possession de Krat et de Kok-
kong, au nom de la France, par le résident
général du Cambodge, a donné lieu à une
grande solennité.
Bangkog a été- déclaré indemne de la
peste.
M. Roosevelt a convoqué le secrétaire de
la guerre et sept membres de l'état-major
général, pour étudier la question de la dé-
fense des ports des Etats-Unis.
PROPOS D'UN PARISIEN
Dans un journal que j'ouvre, je tombe sur
cette phrase u Voici trente-cinq jours que
M. Gabriel Syveton a été trouvé mort dans
son cabinet de travail. »
Trénte-cinq jours déjà Comme le temps
passe quand on s'amuse. Car, il n'y a pas
à dire, le public s'amuse. Peut-être un peu
moins maintenant, parce qu'il y a des lon-
gueurs et que le dénouement se fait trop at-
tendre, mais, tout de même. il s'amuse en-
core.
J'ai demande à un vieux juge, blanchi
sbus le harnais, qui .débrouilla des affaires
très embrouillées et fit des instructions cé-
lèbres, quelle était son opinion.
Je n'en ai. pas, me répondit-il,, attendu
que, dans cette affaire, il faut compter avec
la politique.
nOr,la politique a pour effet de rendre tout
de suite.très compliqué ce qui ne l'était pas.
Les témoins, malgré eux, subissent une àu-
to-suggestion. Ils cessent d'être sincères et
véridiques parce qu'ils pensent à mille cho-
ses diverses, aux intérêts de leur parti, à
la nécessité de confondre et d'embarrasser
les adversaires, et ils arrivent ainsi devant
le juge avec des idées préconçues, qu'entre-
tiennent les commentaires des journaux.
uDans une affaire d'où la politique est ex-
clue, les témoins n'hésitent pas à dire la vé-
rité, toute la vérité, si ce sont d'honnêtes
gens. Dans ùnë affaire comme celle-ci, ils
mentent sans même s'en apercevoir, ou s'ef-
forcent d'entraîner le juge sur la piste qu'ils
croient bonne. Cette piste est naturellement
celle qui concorde avec le système qu'a, dès' 1
le premier jour, adopté le milieu dans lequel
ils se meuvent.
u Ainsi, en ce qui concerne l'affaire Syve-
ton, les sommités du parti nationaliste ont
déclaré tout d'abord qu'il y avait crime. En-
suite, ils ont développé. M. Coppée a dit,
d'un air entendu, c'est h un crime bien fait,
» donc c'est un crime perpétré par une as-
Il sociation, car le propre des crimes de
Il cette nature est d'être Il bien faits Il.
» Et les braves témoins qui croient en M.
Coppée arrivent devant le juge avec cette
conception du crime Il bien fait », soigneuse-
ment combiné par des hommes masqués, 1
dans l'ombre et le mystère.
»Leur témoignage s'en ressent.Le malheu- 1
reux juge ne sait plus ce qu'il faut croire,
plus il cherche à débrouiller, plus on l'em- 1
brouille.
Il Voilà pourquoi je ne sais rien, et ne 1
veux rien savoir.
Ainsi parla le vieux jugé. H. Habdù».
EXCURSION DANS LE DU -.GÉNÉRAL NOBI
M. Marcel Smet poursuit son récit et raconte ce qu'il vit
chez les Japonais On l'emmène dans la tente du
général Nogi Il y cause avec deux offi-
ciers qui lui demandent des nou-
velles de M. de Cuverville.
CAMPEMENT JAPONAIS DEVANT PORT-ARTHUR
jLouisa-uay, p octoore iau4.
Et nous voilà de nouveau en marche,
précédés des deux gendarmes à cheval,
culotte rouge, képi également, avec des
lisérés jaunes qui rendent l'uniforme ex-
trêmement laid. Nous n'avons pas fait
mille niètres que nos guides descendent
de leurs montures et nous les offrent.
Le major lerrr a dft avant de partir
de se distinguer, et voilà I fait Emerson.
Comme la perspective de faire neuf
milles à pied ne nous sourit pas plus que
ça,- nous acceptons et nous caracolons,
sautons des obstacles, non sans diffi-
culté, car, entre parenthèses, les chevaux
japonais sont très vicieux et peu faits
pour servir dans l'armée.
Il fait une chaleur torride et le vent
nous fait avaler la poussière. Nos gen-
darmes nous suivent péniblement,
suant, traînant leurs bottes et leur sa-
bre. Quand nous les regardons, ils nous
adressent un sourire, mais* un sourire
forcé. Je suis sûr qu'ils nous vouent à
tous leurs dieux infernaux. Si un Euro-
péen nous voyait, il croirait que nous
avons fait deux Japonais prisonniers.
Nous traversons d'immenses marais
salins, puis un village où nous prenons
du thé, que nous offrent des soldats, car
tout le long de la route se trouvent des
campements. Les chevaux sont installés
à l'abri des talus, des soldats en vête-
ments de corvée traînent des bottes de
paille.
C'est, plus loin, une grande rangée
d'affûts dont les canons ont été enlevés,
puis. emmenés sur les montagnes; des
voitures à deux roues faites pour les ap-
provisionnements et bien comprises pour
aller sur.de mauvaises routes, étroites,
que traversent à chaque instant des ruis-
seaux. Là, les hommes prennent un
bain ou lavent leur linge. Tout se fait
en plein air et je me demande comment
cette armée, campée,- pourra supporter
l'hiver.
Des champs entiers sont plantés de
morceaux de bambous où sont tracés des
caractères japonais. Ce sont les soldats
morts pendant le siège qui y sont enter-
rés, et il y en a des milliers et des mil-
liers Çà et là, au milieu d'un carrefour,
une butte de terre, fraîchement remuée
et surmontée de fleurs, d'inscriptions,
indique le lieu où repose un officier su-
périeur.
Nous traversons encore deux ou trois
petits villages, 'ayant à notre droite les
forts dePort-Arthur. De temps en temps,
on aperçoit quelques campements sur le
versant d'une colline. Des hommes creu-
sent des tranchées. Plus loin, on hisse
avec peine de gros canons. Quelle acti-
vit.é Et, sur la route, les voitures vont
et viennent, tandis que des télégraphis-
tes posent poteaux et fils. Un ballon s'é-
lève devant nous, à deux cents mètres
il est monté par un officier. La voiture
où se trouve la bobine qui le retient
avance lentement, et l'on voit deux pe-
tits drapeaux que l'aéronaute agite en di-
vers sens. Cette ascension a sans doute
été remarquée par les Russes, car main-
tenant les obus pleUyenl, et nous ju-
geons prudent de rester à l'abri d'un- ta-
lus. La circulation est interrompue, tant
il tombe de projectiles. Je guette le bal-
lon, qui doit être certainement atteint
avant peu, mais il redescend. Une demi-
heure après, les obus cessent de tomber,
et nous reprenons notre chemin. Les at-
tachés militaires nous regardent curieu-
sement ils se promènent à cheval, et
l'effet de leurs uniformes mêlés est' des
plus bizarres. Je remarque surtout l'of-
ficier patagon et un Gaucho, avec leurs
étriers aussi extraordinaires miâ leur
(Phot Undenvood & Under%vood)
Enfin, nous arrivons dans un grand
Village dont les places sont garnies de
petites baraques où des Chinois vendent
aux soldats japonais des œufs, de la
bière, du sakaï (vin de riz), des cigaret-
tes, etc., et ceux-ci payent avec de petits
billets que le Japon a imprimés spéciale-
ment pour la guerre. Nous descendons
de cheval pour nous désaltérer un peu
tous les soldats nous regardent curieuse-
ment, surpris de nous voir sur les che-
vaux des gendarmes, qu'ils se mettent à
interroger. Puis nous repartons. Nous
traversons la voie ferrée que les Japo-
nais ont resserrée pour leurs trains et
dont ils n'ont pas oublié de scier les tra-
verses, dé sorte que, si les Russes revien-
nent, ils devront refaire complètement la
ligne. On achève de réparer une coquette
station et un petit pont au-dessus de la
route. Tout est soigneusement refait. Un
train arrive et motive un arrêt de notre
part. Notre chance, qui ne cesse de nous
favoriser, nous permet de le voir déchar-
ger ce sont d'immenses obus, avec l'étui
en cuivre. Mais un oftlcier vient et nous
ordonne de partir. AU right Ceut mè-.
tres plus loin s'élèvent trois tentes de-
vant une maison.
Les gendarmes nous annoncent que
nous sommes arrivés et, pendant qu'ils
entrent pour prévenir, nous nous as-
seyons sur un tronc d'arbre, le long de
la route, près d'un petit ruisseau dont
l'eau court en chantant.
Des officiers japonais, montés sur de
superbes chevaux anglais, passent de-
vant nous un sous-officier les précède,
avec un fanion. Sans doute, l'état-major:
Des estafettes vont et viennent, sans in-
terruption, et derrière nous les soldats
se pressent à l'entrée d'une petite mai-
son transformée en bureau de poste et
télégraphe. Enfin, les gendarmes re-
viennent et nous font entrer dans la tente
du milieu, où trois chaises et une table
sont installées sous la toile blanche. Il y
fait une chaleur étouffante. Nous atten-
dons, assis et curieux de savoir ce que
nous deviendrons.
Notre aventure, dis-je à Emerson,
devient de plus en plus extraordinaire.
Il est interdit aux étrangers de visiter
les camps et, nous, on nous oblige à les
voir. Qui sait ce qu'il nous faudra encore
examiner Préparons-nous à inter-
viewer le général Nogi venir de Paris
pour une telle interview, cela vaut la
peine.
Deux officiers entrèrent le premier
avait la figure énergique, les mousta-
ches noires bien dressées et les étoiles
d'argent ressortaient sur son uniforme
noir il était chaussé de bottes à l'é-
cuyère. C'était le major Yamaoka. Le .se-
cond semblait n'avoir pas de figure des
lunettes à monture d'or devant des veux
ensommeillés ressortaient seules d'une
masse poilue, noire, faite des sourcils,
des moustaches et de la barbe tout en-
semble. Son uniforme kaki portait éga-
lement des étoiles d'argent, mais ses bot-
tes étaient brunes et basses comme cel-
les employées par les cavaliers jàpo-
nais. Ce dernier était le major Yama-
gutchi, de la réserve.
Nous échangeons des poignées de
mains et la conversation s'engage tant6t
en anglais, tantôt en allemand.
Je fais pour la « ixième » fois le récit
du voyage X+I= indéfini.
̃ Et vous.avez pu franchir la ligne du
blocus, s'étonne Yamaoka..
Oui, mais cela n'a pas'été sans pei-
ne il y avait sept de vos navires, Aussi
fallut-il ramer. Voyez nos mains.
Et j'exhibai mes mains, semblables à
des biftecks, mais entourées de banda-
ges.
Tous mes compliments, fit le major
Yamaoka, car lui seul questionnait et
répondait. Et êtes-vous satisfaits de vo-
tre voyage ?
-Jusqu'ici, oui, bien que nous regret-
tions nos bagages perdus, ce qui nous
oblige à rester avec ces vêtements, ces
chaussures et ce bonnet en caoutchouc.
Et avez-vous des nouvelles.de votre
attaché naval, M. de Cuverville î
C'est plutôt à moi de vous poser
cette question.
-'Nous ne savons rien ici, si ce n'est
que notre empereur a donné à la flotte
l'ordre de faire des recherches pendant
un mois. Quant à moi, continua le major,
j'ai remis, en parlementaire, au colonel
russe Reiss, des lettres pour M. de Cu-
verville, trois en trois fois, et la dernière
émanait du gouvernement français. De-
puis, je n'ai plus rien su. Nous sommes,
au Japon, très peines de cette dispari-
tion. Nous aimons d'ailleurs beaucoup
les Français, dont le caractère militaire
ressemble tant au nôtre, et nous regret-
tons que votre gouvernement n'ait en-
voyé aucun attaché militaire avec notre
troisième armée.
Marcel Smet.
(La suite à demain.)
LE GÉNÉRAL PEIGNÉ'
Le commandant du 9a corps, interrogé par le
correspondant du « Matin sur sa let-
tre à M. Vadecard, déclare qu'il a
fait son devoir de républicain.
Nous avons publié hier, dans notre re-
vue des journaux, diaprés le Figaro et le
Gaulois, une lettré Write, à la date du 29
août 1904, par M. qe général Peigné au se-
crétaire général du Grand Orient. Notre
correspondant pa.rt.iculier à Tours, qui. s'est
présenté chez le commandant du corps, a
recueilli les importantes déclarations sui-
TOURS, 13 janvier. Dépêche particulière
du « Matin ». Vous voyez, nous dit le
général Peigné en nous recevant dans son
cabinet de travail, je suis occupé à lire les
journaux de Paris. »
Sur sa table, en effet, sont placés le Ma-
ün, le Figano, etc.
Vous devinez, mon général, ce qui m'a-
mène ?
Certes, et je tiens à ce qu'il n'y ait ni
confusion ni malentendu. Je suis un vieux
républicain, et, lorsque j'ai accepté la mis-
sion délicate de commander le corps d'ar-
mée, j'ai, avant tout 'et par-dessus tout,
cherché à obtenir de mes subordonnés la
neutralité absolue au point de vue politique
et religieux, en même temps que la plus
grande correction.
» Dès mon arrivée à Tours, les officiers
ont été prévenus de ce que j'attendais d'eux.
Je voulais mettre un terme à l'attitude no-
toirement hostile à nos institutions d'un
grand nombre d'entre eux. Je ne leur de.,
mande pas d'être républicains, je ne vais
pas jusque-là mais il est de mon devoir
de ne tolérer de leur part aucune manifes-
tation,, quelle qu'elle soit, contre la gouver-
nement.
» Dites bien, insiste 3VI, le général Peigné,
qui s'est levé de son fauteuil et se promène
maintenant de long en large dans son ca-
binet, les mains dans les poches, dites bien
que je ne désarme pas contre l'influence
cléricale. Chacun doit rester il sa place, l'of-
ficier dans sa caserne, le curé dans son
église. J'ai toujours agi au grand jour. J'ai
pris mes renseignements moi-même et par
mes subordonnés hiérarchiques je les ai
contrôlés par ceux de l'autorité adminis-
trative, et enfin, je le reconnais, dans trois
cas bien déterminées, j'ai confirmé le con-
trôle par des renseignements émanant de la
franc-maçonnerie. Deux fois, ces renseigne-
ments m'ont apporté une confirmation. Je
n'ai pas hésité alors à faire co que je con-
sidérais comme mon devoir. Je savais que
je frappais à coup sûr. La troisième fois,
les renseignements m'ont appris qu'un offi7
cier, représenté comme hostile à la Répu-
blique,, était, au contraire, très correct. Cet
officier a donc bénéficié de la loyauté de la
maçonnerie.
(Phot; Pierre Petit)
LE général PEIGNÉ Pjl
Commandant le 9' corps d'armée.
Je le répète, je n'ai recouru à la maçon-
nerie que comme moyen de contrôle. Fran-
chement, je ne pouvais pas plus m'adresser
au clergé qu'aux ennemis de la République.
La lettre qu'on a publiée, et que j'ai écrite
à Vadecard, avait trait à un service per-
sonnel, et, si j'y faisais allusion aux offi-
ciers du 125e de ligne, c'était pour indiquer
à un militant la ligne de conduite et lui
donner une idée de la lutte qu'un chef ré-
publicain doit soutenir contre la mauvaise
volonté évidente de quelques subordonnés
ouvertement réactionnaires. Si ces officiers
ont été déplacés, ce n'est pas pour des faits
particuliers, car j'aurais alors provoqué
une mesure disciplinaire rigoureuse à leur
égard, mais bien pour qne. attitude très
connue de tous, et notoirement hostile.
» Je suis un vieux maçon de quarante
ans je l'étais déjà au moment où il y avait
un certain danger à faire partie de ce grou-
pement. J'ai fait de la maçonnerie active.
alors qu'on combattait pour la liberté et la
justice; mais, depuis 1889, je n'ai pas pris
part aux travaux des loges, et cela par un
scrupule; peut-être exagéré, de cette neu-
tralité dont je me suis fait un devoir pour
moi-même avant de l'exiger des autres.
Telles sont les déclarations qu'a bien
voulu me faire M. le général Peigné, qui a
dû écrire ce soir même, dans ce sens, au
U N ASSAUT DÉCISIF
LA POLITIOÉ GÉNÉRALE A LA CHAMBRE
La première journée $une grande bataille
M. Lhopiteau énumère longuement
ses griefs contre le gouvernement
M. Paul Deschanel critique
les procédés du président
du conseil- Débat ren-
voyé à aujourd'hui. °
Comme la plupart des grandes batailles,
la journée d'hier, où l'opposition tout entière
a tenté le suprême assaut au cabinet, aura.'
un lendemain.
Cette première journée, malgré la valeur
des adversaires qui se sont mesurés, aura
un peu déçu les amateurs de grand specta-
cle, qui se pressaient dans les tribunes à
s'étouffer.
A deux heures un quart, M. Paul Doumer,
président, ouvre la séance.
M. Combes, président du conseil, est au
banc du gouvernement, compulser des dos-'
siers.
A deux pas, MM. Lhopiteau et Vazeille,
radicaux dissidents, -les deux interpella-
teurs inscrits, discutent avec vivacité avec,
plusieurs dép utés de la majorité.
M. HônriBrissûn est à son banc, gau.'
A deux heures vingt, M. Lhopiteau, dé-:
'puté radical dissident d'Eure-et-Loir, monta
la tribune. Les conversations, très bruyan-
tes la minute d'avant, s'apaisent au coup de
sonnette qui appelle l'interpellateur,
Dès sa première phrase, M. Lliopiteau Jn-
(Pùot. Waléry)
"M. Lhôpiteau
Député d'Eure-et-Loir.
dique nettement la portée et le but de son
interpellation. « Partisan détermine du pro-
gramme de réformes qu'avait apporté le gou-
vernement à ses débuts, il est l'adversaire
résolu de la méthode gouvernementale de
M. le président du conseil, de ses procédés,
de sa conception personnelle, étroite et au-
toritaire, du régime républicain.
Que fut le programme du cabinet ? La
.stricte observation do la loi de 1901 sur les
congrégations, l'impôt sur le revenu, la loi
militaire,'la réforme des conseils de guerre,
le rachat partiel des chemins do fer, la sé-
paration des Eglises et de l'Etat, les retrai-
les ouvrières.
Le Parlement entier accueillit avec joie
ces promesses, et c'est par 329 voix, tout au
début du ministère, qu'il les sanctionna.
Pourquoi cette majorité s'est-elle dis-
soute ? interroge M. Lhopiteau. Pourquoi
s'est,elle émiettée jusqu'à tomber à 2, à 4,
à 16 voix ?
Parce que, s'écrie M. Levraud, vous
n'avez cessé de faire de l'obstruction.
Parce que, réplique l'interpellateur, le
gouvernement n'a pas su gouverner.
S'agit-il de la loi sur les congrégations ?
Cette loi n'a pas été appliquée également
partout. Le président du conseil, d'après lui,
a choisi les chapelles,qu'il a fermées et celles
qu'il a laissées ouvertes.
Le président du conseil a annoncé la sé-
paration des Eglises et de l'Etat. Mais/il l'a
fait, affirme l'orateur, sans avoir consulté
ses collègues, auxquels il a semblé forcer
la main dans le discours d'Auxerre.
Veut-on parler de la réduction du service
militaire ? Déjà discutée' par le Sénat, elle
a été votée par la Chambre, mais avec des
modifications que le Sénat ne pourra pas ac-
cepter.
Du rachat partiel des chemins de fer ? Le
ministre des finànces y est opposé; le .minis-
tre des travaux publics parle d'un projet de
convention: le ministre de la marine, seul;,
est rachatiste.
L'impôt sur le revenu était, parmi tant de
réformes promises, celle qui tenait le plus à
cœur aux électeurs de la majorité. Qu'en a-
t-on fait Le gouvernement a présenté un
projet inacceptable en lui-même, qui sera en-
terré.
Les retraites ouvrières, enfin ? Quelqu'un
pense-t-il qu'on pourra les v
cette session ?
Les radicaux dissidents.
Cette première partie, un peu longue'
peut-être, mais très serrée comme argumen-
tation, est très vivement applaudie sur les'
bancs de l'opposition.
Il Le budget lui-même, poursuit l'orateur,
n'a pu être voté en temps normal. A qui la
faute ? M. Lhopiteau s'en prend encore au
gouvernement.
L'obstruction, à ses yeux, n'existe pas
et c'est pourquoi, affirme-t-il, le président'
du conseil accable de reproches les radicaux
dissidents.
M. Lhopiteau. S'ils se sont séparés du mi-
nistère actuel, ils sont toujours restés adèteï
à son programme. On les accuse d'esprit da
réaction, et celui qui provoque ces accusa.
tions, c'est M. Combes lui-même. A chaque
réunion, à chaque banquet où il assiste, il si-
gnale les dissidents au mépris public et à l'in-
dignation de sa majorité. Un chef de gouver-
nement qui se voit abandonné par une partie
de ses troupes a le devoir de rechercher les
causes de cet abandon. M. Combes se contente
de dire « C'est l'intérêt personnel, »
Prenez garde, monsieur le président du con-
seil, au vieux dicton populaire « On est porté
à mesurer toutes choses à son aune. (Vifs
applaudissements au centre et à droite ) Vous
n'avez rien compris vous n'avez.même pas
cherché à comprendre quel combat doulou-
reux se livrait dans l'âme des dissidents.
(Bruit et interruptions à gauche.) Vous n'avez
pas saisi, ou plutôt vous avez affecté de ne nas
saisir ce qu'il y a de pénible, pour un homme
politique, à se trouver du jour au lendemain,
en contradiction avec ses meilleurs amis. Vous
n'avez pas assisté à ces réunions publiques où
nos amis se dressaient en face de nous comme
nos adversaires. (Applaudissements ironiques
à gauche.)
M. Bepmale. Etes-vous sûr que c'étaient les
mêmes ? (Rires à gauche.)
Et l'orateur en revient à son point de dé-
pàrt. Si les radicaux dissidents ont aban-
donné le gouvernement, ce n'est pas à cause
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