Titre : Le Ménestrel : journal de musique
Éditeur : Heugel (Paris)
Date d'édition : 1891-03-15
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344939836
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 44462 Nombre total de vues : 44462
Description : 15 mars 1891 15 mars 1891
Description : 1891/03/15 (A57,N11)-1891/03/21. 1891/03/15 (A57,N11)-1891/03/21.
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5616242m
Source : Bibliothèque nationale de France, TOL Non conservé au département des périodiques
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 01/12/2010
84
LE MENESTREL
connaît sou métier, M. Gédalge semble avoir eu peur de donner
libre cours à son inspiration et, si je cherche à me rappeler les pas-
sages saillants, je ne vois à citer que la scène de la déclaration, au
premier tableau, bien venue et dans la manière de Gounod, la scène
d'ivresse, d'un rythme très franc, et la phrase de violon du dernier
acte pendant la bénédiction paternelle. Les interprètes se sont res-
sentis de cette sorte de sévérité observée par les auteurs; ils ont joué
sans fantaisie. M. Micheau a monté avec infiniment de goût ce
Petit Savoyard, qui, nous en avons peur, ne marchera pas très loin
sur les traces de l'Enfant Prodigue.
La GAITÉ a fait cette semaine une très brillante reprise du Petit
Poucet. Interprétation absolument nouvelle avec MM. Vauthier, Fu-
gère, Simon-Max etM'»csJ. Thibault, Gélabert et Maury. A Mlle Bianca
Duhamel succède une autre petite jeune personne, MlloMignot, tout à
fait charmante, douée d'une jolie voix et faisant montre de beaucoup
d'aisance. Souhaitons-lui le succès à venir que remporte aujourd'hui
sa devancière. La mise en scène est aussi luxueuse qu'aux premiers
jours, avec sa forêt à transformation, son palais des bottes, son pays
des contes et son île des mioches. Voilà, en perspective, de bonnes
soirées à passer pour les enfants sages, soirées auxquelles les parents
ne seront pas sans prendre quelque intérêt.
PAUL-EMILE CHEVALIER.
UNE FAMILLE D'ARTISTES
LES SAINT-AUBIN
(Suite.)
VIII
Entre la retraite de M" 1" Joly et celle de M" 10 Duret se place la
mort de leur père. L'excellent Saint-Aubin, qui avait fini par se
faire à l'Opéra-Comique une situation non seulement honorable,
mais importante, dans un emploi secondaire si l'on veut, mais qu'il
remplissait avec une véritable originalité, se sentait fatigué après
une carrière de près de quarante années, dont vingt-quatre passées
à ce théâtre. Peut-être l'injustice faite à sa fille Alexandrine hâta-
t-ello le désir qu'il pouvait avoir de se retirer et pressa-t-elle sa
détermination; peut-être aussi n'y eût-il là qu'un effet du hasard et
une simple coïncidence do faits : toujours est-il qu'il prit sa retraite,
comme elle, en 1817, regretté du public, qui l'avait pris en sincère
affection, et regretté plus encore de ses camarades, qui savaient
qu'en lui les plus hautes qualités morales s'alliaient à de rares
facultés artistiques.
Comme tout sociétaire ayant au moins accompli vingt années de ser-
vices, il avait droit à une représentation de retraite à son bénéfice. Cette
représentation eut lieu à l'Opéra-Comique, le 7 novembre 1818, avec
tout l'éclat qu'on lui pouvait souhaiter; c'est-à-dire que les artistes
des trois grands théâtres subventionnés se réunirent pour en faire
une véritable solennilé, digue couronnement d'une carrière bien
remplie. Tandis que l'Opéra-Comique lui-môme participait à la fête
avec une Heure de mariage, les acteurs de la Comédie-Française se
montraient dans Hector, tragédie de Luce de Laneival, et les dan-
seurs de l'Opéra venaient terminer le spectacle avec l'un des ballets
dont les spectateurs se montraient le plus friands, le Carnaval de
Venise. Mais ce n'est pas,tout, et l'on peut supposer que l'attrait le
plus puissant peut-être de la soirée était la réapparition inattendue et
tout exceptionnelle de M 1" 0 Saint-Aubin, qui, volontairement éloignée
de la scène depuis près de dix années, venait une dernière fois, dans
une Heure de mariage, se montrer à un public qu'elle avait tant charmé
naguère et qui ne l'avait point oubliée. Il est juste de constater que
le résultai ne fut pas au-dessous de l'effort, car la recette s'éleva
au chiffre respectable — et rare — de 21,000 francs, le prix des
places ayant, il est à peine besoin de le dire, été notablement
augmenté pour la circonstance.
Mais le brave Saint-Aubin ne devait ni profiter de cette heureuse
chance, ni jouir longtemps d'un repos que pourtant il avait si bien
mérité. La mort venait le frapper trois semaines après cette dernière
joie artistique, le 1er décembre 1818, et précisément le jour du trente-
cinquième anniversaire de son mariage, célébré à Lyon le 1er dé-
cembre 1782. Agé de soixante-trois ans, il laissait derrière lui la
réputation d'un parfait Honnête homme, d'un confrère dévoué et
d'un excellent chef de famille, en même temps que celle d'un artiste
vraiment distingué dans les deux genres qu'il avait cultivés : le
théâtre et la gravure. « Il y a peu d'année?, disait un chroniqueur
en annonçant sa mort, il y a peu d'années que dans ses loisirs, il
maniait encore le burin... C'est avec M. Auguste Delvaux, fils de
M. Delvaux, son ancien camarade chez Lemire, que M. Saint--Aubin,
a gravé les porLraits de Mmes Duret et Joly, ses filles, que l'on voit
aux numéros 7 et 8 de l'Annuaire. L'âme de M. Saint-Aubin était
cependant de beaucoup supérieure à ses talens. Ses parens et ses
amis ne cesseront pas de le pleurer (1). » Ces lignes, on le voit, ren-
dent hommage au caractère de l'homme autant qu'au talent de l'ar-
tiste.
La mort de Saint-Aubin et la retraite prématurée de Mme Joly lais-
saient Mme Duret seul et dernier représentant d'une famille qui avait
tenu une si large place dans les annales de l'Opéra-Comique. Lors-
qu'à son tour Mme Duret eut pris sa retraite en 1819, il ne resta plus
à ce théâtre que le souvenir de cette famille si féconde en excellents
artistes et qui, dans un espace de cinquante-cinq ans, ne lui avait
par fourni moins de huit sujets plus ou moins distingués : 1°M 116 Fré-
déric (Schroeder) aînée, plus tard Mme Moulinghen ; 2° MUe Frédéric
cadette ; 3° Mlle Lambert (Frédéric Schroeder 3e) ; 4° le danseur Fré-
déric ; 5° Mme Saint-Aubin; 6° Saint-Aubin (d'Herbez) ; 7° Cécile
Saint-Aubin, plus lard Mme Duret; 8° Alexandrine Saint-Aubin, plus
tardMme Joly. Et je ne parle pas de Moulinghen, mari de Mlle Frédéric
aînée, qui ne parut jamais sur la scène, mais qui durant près d'un
demi-siècle fit partie de l'orchestre de la Comédie-Italienne et de
l'Opéra-Comique. On peut croire sans peine que le souvenir de cette
longue dynastie ne s'effaça pas en un jour de la mémoire de tous.
Aussi, pour ne parler que de Mme Saint-Aubin, peut-on dire que
la gloire de cette incomparable artiste n'est pas éteinte, en dépit
du caractère fugitif qui distingue l'action du comédien sur le pu-
blie, son talent ne laissant aucune trace matérielle et n'ayant en
sa faveur d'autie témoignage que l'écho de l'admiration des contem-
porains. Mais, en ce qui la concerne, ce témoignage était demeuré
si vif que lorsqu'elle mourut, quarante-deux ans après sa disparition
de la scène, il semblait que son nom fût encore dans toutes les,
bouches, et toute la presse recommença de chanter ses louanges,
comme on faisait au plus fort de ses succès.
C'est le 11 septembre 1850 que Mme Saint-Aubin disparut de ce
monde, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Elle avait survécu trente'
deux ans à son mari et soixante-dix ans à sa soeur aînée, Mm 0 Mou-
linghen, ce qui est réellement un fait exceptionnel. Bien que d'or-
dinaire elle habitât Nogent, c'est à Paris qu'elle mourut, dans une
maison de santé alors annexée aux bains de Tivoli, et où sans
doute elle s'était fait transporter. Ses funérailles eurent lieu le 14,
et voici comment un journal alors fort répandu, le Moniteur du Soir,
en rendait compte le jour même :
Aujourd'hui ont eu lieu, dans l'église de Saint-Louis d'Antin, les ob-
sèques de la célèbre Mme Saint-Aubin, décédêe à. l'âge de 87 ans (2), dans
la maison de santé de Tivoli. En voyant passer le très modeste corbillard'
qui emportait au Père-Lachaise le cercueil de cette femme qui fit pen-
dant 30 ans les délices de la capitale, qui se serait douté que c'était là
une des célébrités les plus brillantes do la République, du Consulat et
des grands jours de l'Empire?
M 1110 Saint-Aubin, qui régnait sur le théâtre Favart en souveraine pen-
dant les terribles luttes de 91 et 93, reçut les hommages des plus illustres
Girondins, de Marat, de Robespierre, de Gollot d'Herbois. Malgré la su-
périorité de son talent, elle trouva grâce devant les dictateurs du Comité
de salut public. Elle eut même le courage, très grand alors, d'employer
sa célébrité à sauver de la misère, de la prison et de l'échafaud une
foule de victimes destinées au triangle de la fraternité républicaine. Marat
lui disait souvent : Citoyenne, tu n'as donc- pas peur d'être si bonne ? — Je n'ai
qu'une peur, répondait-elle hardiment, c'est du manquer de faire une bonne
action quand je puis la faire. Je suis femme cl Française! (3).
Elle était adorée de la foule. On n'a pas d'idée aujourd'hui de cette'po-
pularité des grands talents qui prenaient leur renommée au sérieux et qui
voyaient autre chose que la fortune clans les faveurs du public: les grands
noms étaient estimés parce qu'ils s'estimaient.
(1) Annuaire dramatique ou iïlrennes théâtrales, pour 1819. C'est, en efiet, dans
l'année 1811, la septième de ce petit recueil, que parut le gentil portrait
soeur. Je remarque, en feuilletant ces deux volumes, que Saint-Aubin et sa femme,
leurs deux filles ainsi que Duret, mari de Cécile, demeuraient tous alors dans la
môme maison, rue Feydeau, 30. Cela semble indiquer une union rare dans toute la
famille. Cette union ne dura pas toujours en ce qui concerne le jeune ménage, car
en parcourant le volume de 1819 je vois que Duret demeure rue Vivienne, 18, tan-
dis que sa femme habite 2, rue Neuve-Saint-Marc.
(2) Il y a là, une légère erreur. C'est bien 85 ans, ainsi que je l'ai dit, Mm° Saint-
Aubin étant née le 29 décembre 1764.
(3) Ce fait a été raconté plus d'une fois. Je ne l'ai pas reproduit parce que je'
n'en ai pu établir l'absolue' exactitude; mais je dois dire qu'il est en quelque sorte
légendaire. Toutefois, j'ai peine à croire, tout au moins, que la toute simple et
tout aimable M™' Saint-Aubin ait employé, en parlant à 1' « ami du peuple » ua
langage aussi prétentieux et aussi emphatique.
LE MENESTREL
connaît sou métier, M. Gédalge semble avoir eu peur de donner
libre cours à son inspiration et, si je cherche à me rappeler les pas-
sages saillants, je ne vois à citer que la scène de la déclaration, au
premier tableau, bien venue et dans la manière de Gounod, la scène
d'ivresse, d'un rythme très franc, et la phrase de violon du dernier
acte pendant la bénédiction paternelle. Les interprètes se sont res-
sentis de cette sorte de sévérité observée par les auteurs; ils ont joué
sans fantaisie. M. Micheau a monté avec infiniment de goût ce
Petit Savoyard, qui, nous en avons peur, ne marchera pas très loin
sur les traces de l'Enfant Prodigue.
La GAITÉ a fait cette semaine une très brillante reprise du Petit
Poucet. Interprétation absolument nouvelle avec MM. Vauthier, Fu-
gère, Simon-Max etM'»csJ. Thibault, Gélabert et Maury. A Mlle Bianca
Duhamel succède une autre petite jeune personne, MlloMignot, tout à
fait charmante, douée d'une jolie voix et faisant montre de beaucoup
d'aisance. Souhaitons-lui le succès à venir que remporte aujourd'hui
sa devancière. La mise en scène est aussi luxueuse qu'aux premiers
jours, avec sa forêt à transformation, son palais des bottes, son pays
des contes et son île des mioches. Voilà, en perspective, de bonnes
soirées à passer pour les enfants sages, soirées auxquelles les parents
ne seront pas sans prendre quelque intérêt.
PAUL-EMILE CHEVALIER.
UNE FAMILLE D'ARTISTES
LES SAINT-AUBIN
(Suite.)
VIII
Entre la retraite de M" 1" Joly et celle de M" 10 Duret se place la
mort de leur père. L'excellent Saint-Aubin, qui avait fini par se
faire à l'Opéra-Comique une situation non seulement honorable,
mais importante, dans un emploi secondaire si l'on veut, mais qu'il
remplissait avec une véritable originalité, se sentait fatigué après
une carrière de près de quarante années, dont vingt-quatre passées
à ce théâtre. Peut-être l'injustice faite à sa fille Alexandrine hâta-
t-ello le désir qu'il pouvait avoir de se retirer et pressa-t-elle sa
détermination; peut-être aussi n'y eût-il là qu'un effet du hasard et
une simple coïncidence do faits : toujours est-il qu'il prit sa retraite,
comme elle, en 1817, regretté du public, qui l'avait pris en sincère
affection, et regretté plus encore de ses camarades, qui savaient
qu'en lui les plus hautes qualités morales s'alliaient à de rares
facultés artistiques.
Comme tout sociétaire ayant au moins accompli vingt années de ser-
vices, il avait droit à une représentation de retraite à son bénéfice. Cette
représentation eut lieu à l'Opéra-Comique, le 7 novembre 1818, avec
tout l'éclat qu'on lui pouvait souhaiter; c'est-à-dire que les artistes
des trois grands théâtres subventionnés se réunirent pour en faire
une véritable solennilé, digue couronnement d'une carrière bien
remplie. Tandis que l'Opéra-Comique lui-môme participait à la fête
avec une Heure de mariage, les acteurs de la Comédie-Française se
montraient dans Hector, tragédie de Luce de Laneival, et les dan-
seurs de l'Opéra venaient terminer le spectacle avec l'un des ballets
dont les spectateurs se montraient le plus friands, le Carnaval de
Venise. Mais ce n'est pas,tout, et l'on peut supposer que l'attrait le
plus puissant peut-être de la soirée était la réapparition inattendue et
tout exceptionnelle de M 1" 0 Saint-Aubin, qui, volontairement éloignée
de la scène depuis près de dix années, venait une dernière fois, dans
une Heure de mariage, se montrer à un public qu'elle avait tant charmé
naguère et qui ne l'avait point oubliée. Il est juste de constater que
le résultai ne fut pas au-dessous de l'effort, car la recette s'éleva
au chiffre respectable — et rare — de 21,000 francs, le prix des
places ayant, il est à peine besoin de le dire, été notablement
augmenté pour la circonstance.
Mais le brave Saint-Aubin ne devait ni profiter de cette heureuse
chance, ni jouir longtemps d'un repos que pourtant il avait si bien
mérité. La mort venait le frapper trois semaines après cette dernière
joie artistique, le 1er décembre 1818, et précisément le jour du trente-
cinquième anniversaire de son mariage, célébré à Lyon le 1er dé-
cembre 1782. Agé de soixante-trois ans, il laissait derrière lui la
réputation d'un parfait Honnête homme, d'un confrère dévoué et
d'un excellent chef de famille, en même temps que celle d'un artiste
vraiment distingué dans les deux genres qu'il avait cultivés : le
théâtre et la gravure. « Il y a peu d'année?, disait un chroniqueur
en annonçant sa mort, il y a peu d'années que dans ses loisirs, il
maniait encore le burin... C'est avec M. Auguste Delvaux, fils de
M. Delvaux, son ancien camarade chez Lemire, que M. Saint--Aubin,
a gravé les porLraits de Mmes Duret et Joly, ses filles, que l'on voit
aux numéros 7 et 8 de l'Annuaire. L'âme de M. Saint-Aubin était
cependant de beaucoup supérieure à ses talens. Ses parens et ses
amis ne cesseront pas de le pleurer (1). » Ces lignes, on le voit, ren-
dent hommage au caractère de l'homme autant qu'au talent de l'ar-
tiste.
La mort de Saint-Aubin et la retraite prématurée de Mme Joly lais-
saient Mme Duret seul et dernier représentant d'une famille qui avait
tenu une si large place dans les annales de l'Opéra-Comique. Lors-
qu'à son tour Mme Duret eut pris sa retraite en 1819, il ne resta plus
à ce théâtre que le souvenir de cette famille si féconde en excellents
artistes et qui, dans un espace de cinquante-cinq ans, ne lui avait
par fourni moins de huit sujets plus ou moins distingués : 1°M 116 Fré-
déric (Schroeder) aînée, plus tard Mme Moulinghen ; 2° MUe Frédéric
cadette ; 3° Mlle Lambert (Frédéric Schroeder 3e) ; 4° le danseur Fré-
déric ; 5° Mme Saint-Aubin; 6° Saint-Aubin (d'Herbez) ; 7° Cécile
Saint-Aubin, plus lard Mme Duret; 8° Alexandrine Saint-Aubin, plus
tardMme Joly. Et je ne parle pas de Moulinghen, mari de Mlle Frédéric
aînée, qui ne parut jamais sur la scène, mais qui durant près d'un
demi-siècle fit partie de l'orchestre de la Comédie-Italienne et de
l'Opéra-Comique. On peut croire sans peine que le souvenir de cette
longue dynastie ne s'effaça pas en un jour de la mémoire de tous.
Aussi, pour ne parler que de Mme Saint-Aubin, peut-on dire que
la gloire de cette incomparable artiste n'est pas éteinte, en dépit
du caractère fugitif qui distingue l'action du comédien sur le pu-
blie, son talent ne laissant aucune trace matérielle et n'ayant en
sa faveur d'autie témoignage que l'écho de l'admiration des contem-
porains. Mais, en ce qui la concerne, ce témoignage était demeuré
si vif que lorsqu'elle mourut, quarante-deux ans après sa disparition
de la scène, il semblait que son nom fût encore dans toutes les,
bouches, et toute la presse recommença de chanter ses louanges,
comme on faisait au plus fort de ses succès.
C'est le 11 septembre 1850 que Mme Saint-Aubin disparut de ce
monde, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Elle avait survécu trente'
deux ans à son mari et soixante-dix ans à sa soeur aînée, Mm 0 Mou-
linghen, ce qui est réellement un fait exceptionnel. Bien que d'or-
dinaire elle habitât Nogent, c'est à Paris qu'elle mourut, dans une
maison de santé alors annexée aux bains de Tivoli, et où sans
doute elle s'était fait transporter. Ses funérailles eurent lieu le 14,
et voici comment un journal alors fort répandu, le Moniteur du Soir,
en rendait compte le jour même :
Aujourd'hui ont eu lieu, dans l'église de Saint-Louis d'Antin, les ob-
sèques de la célèbre Mme Saint-Aubin, décédêe à. l'âge de 87 ans (2), dans
la maison de santé de Tivoli. En voyant passer le très modeste corbillard'
qui emportait au Père-Lachaise le cercueil de cette femme qui fit pen-
dant 30 ans les délices de la capitale, qui se serait douté que c'était là
une des célébrités les plus brillantes do la République, du Consulat et
des grands jours de l'Empire?
M 1110 Saint-Aubin, qui régnait sur le théâtre Favart en souveraine pen-
dant les terribles luttes de 91 et 93, reçut les hommages des plus illustres
Girondins, de Marat, de Robespierre, de Gollot d'Herbois. Malgré la su-
périorité de son talent, elle trouva grâce devant les dictateurs du Comité
de salut public. Elle eut même le courage, très grand alors, d'employer
sa célébrité à sauver de la misère, de la prison et de l'échafaud une
foule de victimes destinées au triangle de la fraternité républicaine. Marat
lui disait souvent : Citoyenne, tu n'as donc- pas peur d'être si bonne ? — Je n'ai
qu'une peur, répondait-elle hardiment, c'est du manquer de faire une bonne
action quand je puis la faire. Je suis femme cl Française! (3).
Elle était adorée de la foule. On n'a pas d'idée aujourd'hui de cette'po-
pularité des grands talents qui prenaient leur renommée au sérieux et qui
voyaient autre chose que la fortune clans les faveurs du public: les grands
noms étaient estimés parce qu'ils s'estimaient.
(1) Annuaire dramatique ou iïlrennes théâtrales, pour 1819. C'est, en efiet, dans
l'année 1811, la septième de ce petit recueil, que parut le gentil portrait
leurs deux filles ainsi que Duret, mari de Cécile, demeuraient tous alors dans la
môme maison, rue Feydeau, 30. Cela semble indiquer une union rare dans toute la
famille. Cette union ne dura pas toujours en ce qui concerne le jeune ménage, car
en parcourant le volume de 1819 je vois que Duret demeure rue Vivienne, 18, tan-
dis que sa femme habite 2, rue Neuve-Saint-Marc.
(2) Il y a là, une légère erreur. C'est bien 85 ans, ainsi que je l'ai dit, Mm° Saint-
Aubin étant née le 29 décembre 1764.
(3) Ce fait a été raconté plus d'une fois. Je ne l'ai pas reproduit parce que je'
n'en ai pu établir l'absolue' exactitude; mais je dois dire qu'il est en quelque sorte
légendaire. Toutefois, j'ai peine à croire, tout au moins, que la toute simple et
tout aimable M™' Saint-Aubin ait employé, en parlant à 1' « ami du peuple » ua
langage aussi prétentieux et aussi emphatique.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 97.27%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 97.27%.
- Collections numériques similaires La Grande Collecte La Grande Collecte /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "GCGen1"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 4/8
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k5616242m/f4.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k5616242m/f4.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k5616242m/f4.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k5616242m/f4.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k5616242m
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k5616242m
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k5616242m/f4.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest