Titre : L'Ami de l'enfance : journal des salles d'asile
Éditeur : Hachette (Paris)
Date d'édition : 1895-07-15
Contributeur : Cochin, Jean Denis Marie (1789-1841). Éditeur scientifique
Contributeur : Battelle (chef de bureau à l Assistance publique). Éditeur scientifique
Contributeur : Hachette, Louis (1800-1864). Éditeur scientifique
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32691160x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4533 Nombre total de vues : 4533
Description : 15 juillet 1895 15 juillet 1895
Description : 1895/07/15 (A14,N20,SER5)-1895/07/31. 1895/07/15 (A14,N20,SER5)-1895/07/31.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5607706h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-2016
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 27/12/2010
312
L'AMI DE L'ENFANCE
dont il se tient), et puis sa physionomie (l'air n
de sa figure). p
. L'homme est arrêté, on dirait qu'il est planté e
en terre; mais ses jambes ont l'air de trembler, d
ses bras pendent le long de son corps. Sa figure r
exprime l'étonnement, la peur, l'effroi. 1
On ne nous fera jamais croire que la vieille (
femme dit à cet homme des choses réjouis- j
santés. ]
Regardons-le mieux. Esl-il jeune ou vieux? <
Il doit être jeune, car il a le corps très droit, i
et ses cheveux n'ont pas encore blanchi. j
Est-il pauvre comme la vieille femme? i
Non, car il est très confortablement vêtu; ;
il a de bons souliers, des guêtres, un justau-
corps fixé à la taille par une ceinture à boucle,
un col blanc, un chapeau de feutre. Cet homme
est jeune et il n'est pas pauvre.
D'ailleurs, il a un cheval. Les pauvres gens
n'ont pas de chevaux ; les chevaux sont chers à
acheter, et ils sont chers à nourrir.
Le cheval profite de ce que son cavalier s'est
arrêté avec la vieille femme, pour brouter de
l'herbe ou pour boire de l'eau dans une flaque.
Mais enfin, pourquoi l'homme a-t-il l'air si
effrayé?
C'est que la vieille femme lui dit : « N'allez
pas plus loin, si vous ne voulez pas qu'il vous
arrive un grand malheur ».
Regardons la maison; elle parait abandon-
née; les portes et les fenêtres sont fermées,
il n'y a devant aucune plante pour l'égayer,
pour cacher les vieux murs. C'est dans cette
maison que la vieille femme habite.
Revenons en arrière et questionnons.
Montrez la maison. Dites ce que vous en
pensez. Est-elle jolie? A-t-on envie de l'habiter?
Pourquoi a-t-elle l'air si triste? (Les murs sont
décrépits, le plâtre manque par endroits). Il y.
a très peu de fenêtres pour laisser entrer l'air
et la lumière. Elles sont fermées, la porte est
fermée aussi; il n'y a pas de verdure ni de
fleurs devant la maison, ni aux fenêtres. Près
de quoi la maison est-elle bâtie? (Près d'un
bouquet d'arbres ; c'est peut-être la lisière d'un
bois ou d'une forêt).
Regardons la femme. Faites voir sa canne.
Qu'est-ce qu'elle a sur la tête? (Un foulard).
Montrez la pièce qui est au bas de sa jupe.
Regardons l'homme. Montrez ses guêtres, sa
ceinture, la boucle de sa ceinture, son chapeau
à larges bords.
Et maintenant faites ramasser toutes les
notions éparses :
« Nous voyons une vieille femme qui parle à
un homme jeune. C'est un voyageur. 11 est
descendu de son cheval pour faire reposer sa
bête. Il est tout effaré parce que la vieille
femme lui dit :
t Si tu continues ton chemin,-il l'arrivera un
« grand malheur. »
II
Cette pauvre vieille est sans aucune famille
elle n'a pas de mari; elle n'a pas d'enfants
elle n*a pas de frères, elle n*a pas de soeurs
Un brave homme qui habite la ville lui a per
lis de vivre dans cette maison qui ne servait à
ersonne. Elle ramasse du bois dans la forêt;
lie cueille des mûres, d'autres fruits sauvages,
es champignons, et elle tricote des bas pour
uelques personnes charitables qui veulent
lien la faire travailler. La pauvre vieille
Catherine sait tricoter, mais elle ne sait rien de
dus : elle n'a jamais été à l'école;, elle ne sait
)as lire; elle ne sait pas écrire, et, comme elle
îst ignorante, elle a les idées les plus saugre-
îues. Ainsi elle croit que le vendredi est un
our malheureux, que tous ceux qui sont nés
;e jour-là sont tristes et malades, et, pour rien
tu monde, on ne lui ferait commencer un
auvrage de tricot un vendredi; elle affirme que
les ouvrages commencés ce jour-là ne se ^ter-
minent jamais.
Elle croit aussi que de grands malheurs
arrivent aux personnes qui sont treize ensemble,
à table surtout; quand elle était toute petite,
des gens aussi ignorants qu'elle lui ont dit qu'il
ne faut pas couper les ongles des petits enfants
si l'on veut qu'ils aient de l'esprit, et que c'est
un signe de santé d'avoir des croûtes sur la
tête. Et elle le croit. En somme la pauvre
vieille est tellement ignorante qu'elle en est
stupidé. Les personnes qui croient à toutes ces
sottises sont superstitieuses. La vieille femme
est superstitieuse.
Or, ce matin, en se levant, elle a vu une
araignée sur le mur. Elle a pâli : « J'aurai
sûrement une mauvaise journée », a-t-elle pensé.
Puis elle a eu la maladresse de casser un mor-
ceau de glace qu'elle avait suspendu au mur,
et les ignorants comme elle pensent que c'est
le signe d'un accident très grave.
Pour se distraire de toutes ses préoccupations,
elle est sortie pour aller jusqu'au village voisin;
mais à peine avait-elle fait quelques pas qu'elle
entendit le cri d'un hibou, et alors eile a été si
effrayée qu'elle a repris, aussi vite que ses
vieilles jambes le lui ont permis, la route de
chez elle.
En approchant de la maison, elle a vu le
voyageur, qui est le fils d'un de ses anciens
amis ; alors elle s'est écriée : « N'approche pas,
ou tu vas mourir ! »
Le pauvre homme est bouleversé à son tour,
car il pense que la pauvre femme est devenue
folle, et il n'a pas la présence d'esprit de lui
dire une chose qu'il sait très bien, car il a été à
l'école, qu'il n'y a pas un mot de vrai dans ce
qu'elle lui raconte, mais pas un mot. -
Autrefois presque tout le monde était super-
stitieux comme la pauvre vieille, mais aujour-
d'hui presque tout le monde se moque des
superstitieux. PAULINE KERGOMARD.
EXERCICE DE MÉMOIRE
ï.e danseur de corde et le balancier.
I
Première préparation, — La petite Louise
était une charmante enfant; mais elle avait un
L'AMI DE L'ENFANCE
dont il se tient), et puis sa physionomie (l'air n
de sa figure). p
. L'homme est arrêté, on dirait qu'il est planté e
en terre; mais ses jambes ont l'air de trembler, d
ses bras pendent le long de son corps. Sa figure r
exprime l'étonnement, la peur, l'effroi. 1
On ne nous fera jamais croire que la vieille (
femme dit à cet homme des choses réjouis- j
santés. ]
Regardons-le mieux. Esl-il jeune ou vieux? <
Il doit être jeune, car il a le corps très droit, i
et ses cheveux n'ont pas encore blanchi. j
Est-il pauvre comme la vieille femme? i
Non, car il est très confortablement vêtu; ;
il a de bons souliers, des guêtres, un justau-
corps fixé à la taille par une ceinture à boucle,
un col blanc, un chapeau de feutre. Cet homme
est jeune et il n'est pas pauvre.
D'ailleurs, il a un cheval. Les pauvres gens
n'ont pas de chevaux ; les chevaux sont chers à
acheter, et ils sont chers à nourrir.
Le cheval profite de ce que son cavalier s'est
arrêté avec la vieille femme, pour brouter de
l'herbe ou pour boire de l'eau dans une flaque.
Mais enfin, pourquoi l'homme a-t-il l'air si
effrayé?
C'est que la vieille femme lui dit : « N'allez
pas plus loin, si vous ne voulez pas qu'il vous
arrive un grand malheur ».
Regardons la maison; elle parait abandon-
née; les portes et les fenêtres sont fermées,
il n'y a devant aucune plante pour l'égayer,
pour cacher les vieux murs. C'est dans cette
maison que la vieille femme habite.
Revenons en arrière et questionnons.
Montrez la maison. Dites ce que vous en
pensez. Est-elle jolie? A-t-on envie de l'habiter?
Pourquoi a-t-elle l'air si triste? (Les murs sont
décrépits, le plâtre manque par endroits). Il y.
a très peu de fenêtres pour laisser entrer l'air
et la lumière. Elles sont fermées, la porte est
fermée aussi; il n'y a pas de verdure ni de
fleurs devant la maison, ni aux fenêtres. Près
de quoi la maison est-elle bâtie? (Près d'un
bouquet d'arbres ; c'est peut-être la lisière d'un
bois ou d'une forêt).
Regardons la femme. Faites voir sa canne.
Qu'est-ce qu'elle a sur la tête? (Un foulard).
Montrez la pièce qui est au bas de sa jupe.
Regardons l'homme. Montrez ses guêtres, sa
ceinture, la boucle de sa ceinture, son chapeau
à larges bords.
Et maintenant faites ramasser toutes les
notions éparses :
« Nous voyons une vieille femme qui parle à
un homme jeune. C'est un voyageur. 11 est
descendu de son cheval pour faire reposer sa
bête. Il est tout effaré parce que la vieille
femme lui dit :
t Si tu continues ton chemin,-il l'arrivera un
« grand malheur. »
II
Cette pauvre vieille est sans aucune famille
elle n'a pas de mari; elle n'a pas d'enfants
elle n*a pas de frères, elle n*a pas de soeurs
Un brave homme qui habite la ville lui a per
lis de vivre dans cette maison qui ne servait à
ersonne. Elle ramasse du bois dans la forêt;
lie cueille des mûres, d'autres fruits sauvages,
es champignons, et elle tricote des bas pour
uelques personnes charitables qui veulent
lien la faire travailler. La pauvre vieille
Catherine sait tricoter, mais elle ne sait rien de
dus : elle n'a jamais été à l'école;, elle ne sait
)as lire; elle ne sait pas écrire, et, comme elle
îst ignorante, elle a les idées les plus saugre-
îues. Ainsi elle croit que le vendredi est un
our malheureux, que tous ceux qui sont nés
;e jour-là sont tristes et malades, et, pour rien
tu monde, on ne lui ferait commencer un
auvrage de tricot un vendredi; elle affirme que
les ouvrages commencés ce jour-là ne se ^ter-
minent jamais.
Elle croit aussi que de grands malheurs
arrivent aux personnes qui sont treize ensemble,
à table surtout; quand elle était toute petite,
des gens aussi ignorants qu'elle lui ont dit qu'il
ne faut pas couper les ongles des petits enfants
si l'on veut qu'ils aient de l'esprit, et que c'est
un signe de santé d'avoir des croûtes sur la
tête. Et elle le croit. En somme la pauvre
vieille est tellement ignorante qu'elle en est
stupidé. Les personnes qui croient à toutes ces
sottises sont superstitieuses. La vieille femme
est superstitieuse.
Or, ce matin, en se levant, elle a vu une
araignée sur le mur. Elle a pâli : « J'aurai
sûrement une mauvaise journée », a-t-elle pensé.
Puis elle a eu la maladresse de casser un mor-
ceau de glace qu'elle avait suspendu au mur,
et les ignorants comme elle pensent que c'est
le signe d'un accident très grave.
Pour se distraire de toutes ses préoccupations,
elle est sortie pour aller jusqu'au village voisin;
mais à peine avait-elle fait quelques pas qu'elle
entendit le cri d'un hibou, et alors eile a été si
effrayée qu'elle a repris, aussi vite que ses
vieilles jambes le lui ont permis, la route de
chez elle.
En approchant de la maison, elle a vu le
voyageur, qui est le fils d'un de ses anciens
amis ; alors elle s'est écriée : « N'approche pas,
ou tu vas mourir ! »
Le pauvre homme est bouleversé à son tour,
car il pense que la pauvre femme est devenue
folle, et il n'a pas la présence d'esprit de lui
dire une chose qu'il sait très bien, car il a été à
l'école, qu'il n'y a pas un mot de vrai dans ce
qu'elle lui raconte, mais pas un mot. -
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d'hui presque tout le monde se moque des
superstitieux. PAULINE KERGOMARD.
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ï.e danseur de corde et le balancier.
I
Première préparation, — La petite Louise
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