Titre : L'Ami de l'enfance : journal des salles d'asile
Éditeur : Hachette (Paris)
Date d'édition : 1895-07-15
Contributeur : Cochin, Jean Denis Marie (1789-1841). Éditeur scientifique
Contributeur : Battelle (chef de bureau à l Assistance publique). Éditeur scientifique
Contributeur : Hachette, Louis (1800-1864). Éditeur scientifique
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32691160x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4533 Nombre total de vues : 4533
Description : 15 juillet 1895 15 juillet 1895
Description : 1895/07/15 (A14,N20,SER5)-1895/07/31. 1895/07/15 (A14,N20,SER5)-1895/07/31.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5607706h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-2016
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 27/12/2010
MÉTHODE FRANÇAISE D'ÉDUCATION MATERNELLE
307
earré d'oseille: près d'elle était une petite fille c
de dix ans au plus, debout, immobile et toute j
violette de froid. Je m'adressai à cette femme
qui paraissait malade, et je lui demandai quelle
était la nature de son mal. « Monsieur, j'ai
« depuis trois mois un rhumatisme qui me fait
s beaucoup souffrir; mais mon mal me fait moins i
« de peine que cette enfant; elle ne veut jamais
« me quitter. Si je lui dis: « Te voilà transie,va
« te chauffer à la maison s, elleme répond : « Hé-
« las ! ma mère, si je vous quitte, vous n'avez
« qu'à vous trouver mal. »
Cette anecdote,empruntée à Bernardin de Saint-
Pierre, un peu sèche d'expression, pourrait être,
sans beaucoup de changements, accommodée
pour les enfants des écoles maternelles; le dé-
vouement en est le sujet, et le dévouement est
singulièrement supérieur à l'aumône dans
l'éehejle morale.
C'est le dévouement aussi que chante Goppée
dans les vers suivants :
Les doux petites sont en deuil;
Et la plus grande — c'est la mère —
A conduit l'autre jusqu'au seuil
Qui mène à l'école primaire.
Elle inspecte, dans le panier,
Les tartines de confiture,
Et jette un coup d'oeil au dernier
Devoir du cahier d'écriture.
Puis, comme c'est un matin froid,
Où l'eau gèle dans la rigole,
Et comme il faut que l'enfant soit
En état d'entrer à l'école,
Écartant le vieux civile noir
Dont la petite s'emmitoufle,
L'aînée alors tire un mouchoir,,
Lui prend le nez et lui dit :
C'est le courage, la bravoure et l'amour fra-
ternel tout à la fois que chante Jean Aicard dans
le Crocodile que nous avons publié clans un de
nos derniers numéros de l'Ami de l'Enfance ;
c'est la pitié pour ce qui souffre, et la fidélité
dans la tendresse que le même auteur a voulu
faire germer dans les âmes enfantines, quand il
a composé Chien et Chatte que nous avons
analysé et commenté il y a quelques mois. C'esl
le m'épris de la fourberie; et par cela même
l'éloge de la loyauté qui domine dans le Renaro
et le Bouc ; c'est la haine de l'ingratitude et pai
conséquent l'amour de la reconnaissance qui SE
dégage du Loup et la Cigogne; ce sont les
bienfaits de la solidarité qui éclatent dam
l'Aveugle et le Paralytique, toutes fables que
nous avons indiquées à nos lectrices.
La mine est infiniment plus riche que non
ne le pensons. Ce qui nous empêche d'ei
extraire les richesses, c'est que nous ne nou
mettons pas toujours dans l'état d'esprit qu
nécessite l'oeuvre que nous avons entreprise
c'est que nous ne nous sommes pas fait un cod
pédagogique; un code religieux, pour ains
dire, dont deux des principes fondamentau
seraient la culture du sentiment de la dignit
dans l'âme enfantine, et la nécessité morale d
travail. La mendicité est la négation absolu
?. ces deux principes, c'est pourquoi nous
roserivons de nos écolesJ.a^mehdicité.
II
Au cours d'une des séances de ce congrès pé-
itentiaire dont j'ai rapporté un argument si
écisif contre la mendicité, j'ai été amenée à
lire émettre le voeude l'obligation de. l'école
(îaternelle pour tout enfant de deux à six ans
encontre dans la rue en état de vagabondage,
iu, si vous préférez, rencontré seul dans la rue,
it pour tous ceux que leurs parents sont dans
'impossibilité notoire de surveiller. Il m'a été
lermis à cette occasion de dire ce que je pen-
:ais des bienfaits incontestables dont les mères
le famille occupées au dehors nous sont rede-
vables. A vous, mes chères lectrices, je dirai
jue ces bienfaits seront plus grands encore,
qu'ils seront incalculables, lorsque, renonçant à
toute préoccupation secondaire (et au nombre
de ces préoccupations secondaires la crainte de
la concurrence est peut-être la plus dangereuse)
nous ferons de nos écoles des centres d'éduca-
tion vraiment maternelle, dans lesquels l'acqui-
sition des bonnes habitudes serait le but
principal, dans lesquels on renoncerait à cette
instruction prématurée qui fait le désespoir de
tous les bons esprits.
Ce but implique-t-il la suppression de tout
enseignement? —Pas du tout ; il implique sim-
plement la nécessité démettre de l'ordre, de la
gradation dans les notions à distribuer et de
commencer par le commencement, c'est-à-dire
par l'acquisition des idées et des mots pour les
exprimer, par l'acquisition des idées concrètes,
et par la crainte salutaire de toute abstrac-
tion.
Mettre l'enfant à même de réunir un vocabu-
laire approprié à son âge est un véritable
bienfait, d'autant plus que, grâce à sa mémoire
merveilleuse, il apprend les mots sans aucune
fatigue, et qu'il ne les oublie plus, dès qu'il a vu
en même temps les choses que ces mots servent
à désigner. Je suis donc navrée lorsque je le
vois aux prises avec des considérations dont il
ne peut suivre le fil, alors que son temps serait
si bien employé à regarder les choses, à les
distinguer entre elles, à les nommer ! Je suis
ravie lorsque je trouve un bébé, qui, tout en
faisant son métier de bébé, a déjà observé, a des
notions exactes sur les choses, et possède déjà
une quantité de mots pour les exprimer. Cette
joie, je l'ai eue tout dernièrement avec un
enfant de vingt-huit mois, appelé en famille
Pierrot, blond, rose, joufflu, délicieusement
gamin, qui a la manie de cacher les objets
d'usage familier pour avoir la joie de les re-
trouver quand on les lui demande : les pan-
toufles de son père, par exemple.
Pierrot passe la plus grande partie de ses
journées dans le jardin qui s'étend devant la
maison; en jouant avec son père 1 qui adore les
fleurs, il a appris sans aucun effort à recon-
; naître et à nommer les roses, les oeillets, les
i bégonias, les pâquerettes, les marguerites, les
L silènes, les bluets, le géranium blanc, le géra-
! [ niuin rayé, le lis, le caoutchouc, la verveine,
307
earré d'oseille: près d'elle était une petite fille c
de dix ans au plus, debout, immobile et toute j
violette de froid. Je m'adressai à cette femme
qui paraissait malade, et je lui demandai quelle
était la nature de son mal. « Monsieur, j'ai
« depuis trois mois un rhumatisme qui me fait
s beaucoup souffrir; mais mon mal me fait moins i
« de peine que cette enfant; elle ne veut jamais
« me quitter. Si je lui dis: « Te voilà transie,va
« te chauffer à la maison s, elleme répond : « Hé-
« las ! ma mère, si je vous quitte, vous n'avez
« qu'à vous trouver mal. »
Cette anecdote,empruntée à Bernardin de Saint-
Pierre, un peu sèche d'expression, pourrait être,
sans beaucoup de changements, accommodée
pour les enfants des écoles maternelles; le dé-
vouement en est le sujet, et le dévouement est
singulièrement supérieur à l'aumône dans
l'éehejle morale.
C'est le dévouement aussi que chante Goppée
dans les vers suivants :
Les doux petites sont en deuil;
Et la plus grande — c'est la mère —
A conduit l'autre jusqu'au seuil
Qui mène à l'école primaire.
Elle inspecte, dans le panier,
Les tartines de confiture,
Et jette un coup d'oeil au dernier
Devoir du cahier d'écriture.
Puis, comme c'est un matin froid,
Où l'eau gèle dans la rigole,
Et comme il faut que l'enfant soit
En état d'entrer à l'école,
Écartant le vieux civile noir
Dont la petite s'emmitoufle,
L'aînée alors tire un mouchoir,,
Lui prend le nez et lui dit :
C'est le courage, la bravoure et l'amour fra-
ternel tout à la fois que chante Jean Aicard dans
le Crocodile que nous avons publié clans un de
nos derniers numéros de l'Ami de l'Enfance ;
c'est la pitié pour ce qui souffre, et la fidélité
dans la tendresse que le même auteur a voulu
faire germer dans les âmes enfantines, quand il
a composé Chien et Chatte que nous avons
analysé et commenté il y a quelques mois. C'esl
le m'épris de la fourberie; et par cela même
l'éloge de la loyauté qui domine dans le Renaro
et le Bouc ; c'est la haine de l'ingratitude et pai
conséquent l'amour de la reconnaissance qui SE
dégage du Loup et la Cigogne; ce sont les
bienfaits de la solidarité qui éclatent dam
l'Aveugle et le Paralytique, toutes fables que
nous avons indiquées à nos lectrices.
La mine est infiniment plus riche que non
ne le pensons. Ce qui nous empêche d'ei
extraire les richesses, c'est que nous ne nou
mettons pas toujours dans l'état d'esprit qu
nécessite l'oeuvre que nous avons entreprise
c'est que nous ne nous sommes pas fait un cod
pédagogique; un code religieux, pour ains
dire, dont deux des principes fondamentau
seraient la culture du sentiment de la dignit
dans l'âme enfantine, et la nécessité morale d
travail. La mendicité est la négation absolu
?. ces deux principes, c'est pourquoi nous
roserivons de nos écolesJ.a^mehdicité.
II
Au cours d'une des séances de ce congrès pé-
itentiaire dont j'ai rapporté un argument si
écisif contre la mendicité, j'ai été amenée à
lire émettre le voeude l'obligation de. l'école
(îaternelle pour tout enfant de deux à six ans
encontre dans la rue en état de vagabondage,
iu, si vous préférez, rencontré seul dans la rue,
it pour tous ceux que leurs parents sont dans
'impossibilité notoire de surveiller. Il m'a été
lermis à cette occasion de dire ce que je pen-
:ais des bienfaits incontestables dont les mères
le famille occupées au dehors nous sont rede-
vables. A vous, mes chères lectrices, je dirai
jue ces bienfaits seront plus grands encore,
qu'ils seront incalculables, lorsque, renonçant à
toute préoccupation secondaire (et au nombre
de ces préoccupations secondaires la crainte de
la concurrence est peut-être la plus dangereuse)
nous ferons de nos écoles des centres d'éduca-
tion vraiment maternelle, dans lesquels l'acqui-
sition des bonnes habitudes serait le but
principal, dans lesquels on renoncerait à cette
instruction prématurée qui fait le désespoir de
tous les bons esprits.
Ce but implique-t-il la suppression de tout
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plement la nécessité démettre de l'ordre, de la
gradation dans les notions à distribuer et de
commencer par le commencement, c'est-à-dire
par l'acquisition des idées et des mots pour les
exprimer, par l'acquisition des idées concrètes,
et par la crainte salutaire de toute abstrac-
tion.
Mettre l'enfant à même de réunir un vocabu-
laire approprié à son âge est un véritable
bienfait, d'autant plus que, grâce à sa mémoire
merveilleuse, il apprend les mots sans aucune
fatigue, et qu'il ne les oublie plus, dès qu'il a vu
en même temps les choses que ces mots servent
à désigner. Je suis donc navrée lorsque je le
vois aux prises avec des considérations dont il
ne peut suivre le fil, alors que son temps serait
si bien employé à regarder les choses, à les
distinguer entre elles, à les nommer ! Je suis
ravie lorsque je trouve un bébé, qui, tout en
faisant son métier de bébé, a déjà observé, a des
notions exactes sur les choses, et possède déjà
une quantité de mots pour les exprimer. Cette
joie, je l'ai eue tout dernièrement avec un
enfant de vingt-huit mois, appelé en famille
Pierrot, blond, rose, joufflu, délicieusement
gamin, qui a la manie de cacher les objets
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trouver quand on les lui demande : les pan-
toufles de son père, par exemple.
Pierrot passe la plus grande partie de ses
journées dans le jardin qui s'étend devant la
maison; en jouant avec son père 1 qui adore les
fleurs, il a appris sans aucun effort à recon-
; naître et à nommer les roses, les oeillets, les
i bégonias, les pâquerettes, les marguerites, les
L silènes, les bluets, le géranium blanc, le géra-
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