Titre : Le Philosophe : paraissant le dimanche / rédacteur en chef : Ch. Gilbert Martin
Éditeur : Madre (Paris)
Date d'édition : 1867-11-22
Contributeur : Gilbert-Martin, Charles (1839-1905). Directeur de publication
Contributeur : Danduran, Jean Jacques (1803-18..). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32839361v
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 140 Nombre total de vues : 140
Description : 22 novembre 1867 22 novembre 1867
Description : 1867/11/22 (N27). 1867/11/22 (N27).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5604151b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, FOL-LC13-142
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
NUMERO 27
DIX CENTIMES
22 NOVEMBRE 1867.
BUREAUX DE VENTE ET D'ABONNEMENT.. : CHEZ MADRE, 13, RUE DU CROISSANT
Par décision de IW. le Frcfct.de Police, en dalcdn
*S mai 1969, la vente du journal le PHilo»ot»l*e
sur la Toic pnbliquc est autorisée.
SOMMAIRE
PARTIE LITTÉRAIRE.
0» BRIN DB CAUSETTE. ... par CH. GILBERT MARTIN.
i/Ênucmo* ïiiinEi.0.
GHIORTE Ch. GILBERT MARTIN.
TflÉATItES. . Louis LEMAIGHE.
CHOSES ET AUTRES V. SAMUEL.
PARTIE ILLUSTRÉE.
l'ÈOlCATtOX J.-P. LAURENS.
UN BRIN DE CAUSETTE
Celui qui vient de mourir était un lettré et un savant, plutôt
qu'un poëte.
J'ai vu Philoxène Boyer, une seule fois , il y a un peu moins
d'un an. J'albis prendre chez lui un manuscrit dont il était dé-
positaire. Un de ses vieux et chers amis, Edouard Plouvier,
m'avait dit, en me donnant quelques lignes d'introduction :
a Vous allez voir un homme qui vous étonnera. Il a trente-
huit ans, il en paraît soixante. C'est la travail qui l'a vieilli ; son
érudition est immense; il a tant appris qu'on est effrayé rien
que d'y songer. »
Je montai six étages d'une maison située boulevard Beaumar-
chais. Madame Boyer me reçut, entourée de ses deux petites
filles :
« Mon mari est un peu souffrant par suite de fatigue, me dit—
elle, je ne sais s'il pourra vous recevoir. »
Philoxène Boyer me fit prier d'entrer dans sa chambre.
Je vis, couché dans un étroit lit de fer sans rideaux , un vieil-
lard qui lisait et écrivait. Le corps , dissimulé sous les couver-
tures, semblait petit et maigre. Les mains qui tenaient la plume
et le papier étaient fluettes. Quant à la tèle:, relevée par des
coussins, elle était jaune, anguleuse, profondément creusée aux
joues, toute sillonnée de rides. Un front très-vaste sous des mè-
ches rares et grises ; des yeux ronds, saillants dans l'orbite,
d'une couleur vague et d'un regard terne ; une barbe rare et
inculte entourant des lèvres pâles. Edouard Plouvier était resté
en deçà de la vérité^ j'avais devant moi un homme de soixante-
quinze ans.
M. Boyer m'invita à m'asseoir, en joignant le geste à la
parole. Sa voix était si faible que je ne l'entendis pas d'abord.
Je me frayai un passage au milieu des livres qui étaient em-
piles a portée ae sa main , et je m assis près de lui, tout contre ]
'oreiller, en me penchant pour écouter. 1
Il m'accueillit comme une vieille connaissance. Nous avions
en communauté certaines de ces amitiés honorables qui rendent i
superflues les formules de présentation, et qui font que deux
hommes se serrent la main quand ils se rencontrent pour la pre-
mière fois. Au bout de cinq minutes , Philoxène Boyer m'initiait
à ses projets et aux naïfs détails de sa vie laborieuse. J'appris de
sa bouche, et je le savais déjà, qu'il travaillait douze heures-par
jour, au minimum, souvent davantage.
Il me parla de ses ?mis littéraires , de Yictor Hugo surtout,
pour lequel il professait une admiration voisine de l'idolâtrie ; il
voulut me lire une pièce de vers de sa composition, qui lui
avait valu une dédicace flatteuse du grand poëte.
Il commença d'une voix traînante, exagérée dans sa lenteur,
dans ses poses et dans ses inflexions, accentuant chaque hémi-
stiche par un balancement de la tète. J'aurais ri en toute autre
circonstance , mais je jure que je ne m'en sentais alors nulle
envie. Et puis elle était si basse et si tremblante, cette voix,
elle avait un accent si plaintif, et la main qui retenait le livre
était si mal affermie! Peu à peu, le regard commença à briller
de quelque lueur, la parole devint plus sonore. Le poëte se ré-
chauffait à sa propre flamm?; il sentait; il trouvait encore dans
son épuisement un reste de force pour redire un chant de ses
veilles; lui aussi avait jeté de son âme dans ces lignes offertes
aux indifférents. Ce qu'il avait senti, avait-il su le rendre? Non,
sans doute. L'impuissance est au bout de tout effort ; dans ses
pages les plus émouvantes l'écrivain ne met qu'une parcelle de
ce qu'il a rêvé; le res'e n<: peut se traduire et demeure enfoui
dans le coeur qui sanglote de rage. L'inspiration est pleine d'in-
cohérences, de vagues emhousiasmes, de délires subits et fugi-
tifs, de rayonnements insaisissable;. Comment fixer tout cela,
comment circonscrire son âme dans des mots? Le poëte, voya-
geur emporté dans une éternelle poursuite après les feux follets
de la pensée, ne peut distribuer à la foule qu'un maigre butin,
s'il le compare aux trésors qu'il a entrevus et dont ses yeux sont
encore éblouis. Les plus malheureux restent muets ou, s'ils veu-
lent violer leur impuissance, ne produisent que des chants in-
colores. 11 a fallu souvent, pour écrire telle oeuvre insignifiante
ou incomprise, remuer des -mondes et appliquer la torture à son
cerveau.
Etait-ce le cas de Philoxène Boyer ? Je ne le crois pas. L'ima-
gination n'était chez lui que secondaire ; peut-être avait-elle été
atrophiée par les patientes recherches et les excessifs travaux de
) l'érudit. Pourtant il avait dû avoir ses heures d'élan et de cha-
leur. Je le compris en écoutant la pièce de vers qu'il me
récitait. Lorsque je fus familiarisé avec l'étrange déclamation
dont j'ai parlé, je remarquai l'émotion toujours croissante de sa
voix et l'attendrissement de son regard. Et il y avait dans ce re-
gard et dans celte voix une tristesse communicative qui me
gagnait; à la dernière strophe je pleurais presque.
De celte unique entrevue je devais emporter un souvenir
ineffaçable. J'avais peur en voyant et en écoutant ce précoce
vieillard : « Mais il agonise, il va mourir! s me disais-je tout
bas. Ceux qui le connaissaient de longue date ne s'étonnaient
plus de son dépérissement; mais ils n'étaient pas sans craindre
La vie s'était lassée d'être surmenée : on le voyait bien.
Philoxène Boyer, lui,-se faisait illusion. Gomme j'insinuais
qu'il devrait prendre un peu de repos pendant sa maladie :
— Je ne suis pas malade, me répondit-il ; un peu indisposé
seulement, parce que j'ai travaillé plus que de coutume, ces
jours derniers ; mais l'organisation est bonne, la poitrine solide,
mon médecin m'assure que je puis vivre îrès-vieux-
11-ne restait pas autre chose à faire que de flatter sa manie
et lui donner de l'espoir. Lui défendre le travail eût été inutile;
d'ailleurs, il n'était plus temps.
Philoxène Boyer connaissait, pour les avoir lus, relus, étudiés,
analysés, de la première ligne jusqu'à la dernière, les Classiques
de tous les âges et de toutes les langues. Celui qu'il admirait le
plus était Shakespeare ; il le savait littéralement par coeur. Il
avait entrepris, lorsque je le vis, d'annoter, ligne par ligne, le
tragique anglais, d'indiquer tous les emprunts qu'il avait faits,
tous les auteurs dont il s'était inspiré, toutes les coïncidences
qu'il offrait avec les auteurs inconnus de lui. Philoxène Boyer
devait faire ensuite la môme étude sur Goethe. Et tandis qu'il
me parlait, je regardais l'homme qui entreprenait cette oeuvre
gigantesque.
Je pris congé de lui, en lui promettant, sur son invitation, de
r >;venir bientôt, mais en répétant: «Il va mourir! » Ce malheur
ne devait arriver que dix mois plus tard. J'avais été tellement
impressionné que, pendant tout le reste du jour, je demandais
à ceux que je rencontrais : « Connaissez-vous Philoxène
Boyer? s
Il est parti, n'emportant que des regrets. Il n'était pas de
ceux qui soulèvent autour d'eux l'envie, l'inimitié et la haine.
Son genre de talent môme le défendait contre tout cela. Le sa-
voir n'inquiète pas les jaloux, parce qu'il ne trouve point d'ad-
mirateurs. On passe sans se détourner à côte de l'homme qui a
blanchi dans les longues veilles, dont le dos s'est voûté sur les
livres, dont les yeux se sont éteints à déchiffrer des manuscrits.
Celui-là vit sans bruit et meurt presque ignoré. On hausse les
épaules, on dit que c'est un fou ; et le plus'cruel de la chose,
c'est qu'on dit vrai. Tandis qu'un écrivain sans talent, un jour-
naliste de quatrième ordre, qui sait allécher le lecteur par un
conte grivois, par une indiscrétion, par un mot graveleux,
ième autour de lui les rancunes; on le connaît, en le montre à
son voisin en le nommant ; les petits confrères en souffrent
dans leur amour-propre ; c'est un rival, c'est un ennemi.
Ils seraient à plaindre ces pâles explorateurs, ces curieux de
l'intelligence, s'ils ne trouvaient dans leurs délétères labeurs
des jouissances inconnues des autres hommes. Mais ils font ab-
négation de tout, même de la vie, même de la gloire; ils cher-'
client, ils compilent sans relâche et sans faiblesse;-c'est un
trésor qu'ils amassent sou par sou, pour eux seuls, et qu'ils
comptent, au bout de la journée, avec la joie solitaire de l'avare.
Us souffrent aussi des mécomptes de l'ambition. Inquiets et dé-
fiants parce que la science est infinie, pris de désespoir parce
! qu'ils découvrent k toute heure de nouveaux horizons, ils se
; hâtent, ils redoublent d'efforts, ils tendent des mains avides,
: voulant tout embrasser à la fois et sentant bien que leur dernière
l'EOlCATtOX.
DIX CENTIMES
22 NOVEMBRE 1867.
BUREAUX DE VENTE ET D'ABONNEMENT.. : CHEZ MADRE, 13, RUE DU CROISSANT
Par décision de IW. le Frcfct.de Police, en dalcdn
*S mai 1969, la vente du journal le PHilo»ot»l*e
sur la Toic pnbliquc est autorisée.
SOMMAIRE
PARTIE LITTÉRAIRE.
0» BRIN DB CAUSETTE. ... par CH. GILBERT MARTIN.
i/Ênucmo* ïiiinEi.0.
GHIORTE Ch. GILBERT MARTIN.
TflÉATItES. . Louis LEMAIGHE.
CHOSES ET AUTRES V. SAMUEL.
PARTIE ILLUSTRÉE.
l'ÈOlCATtOX J.-P. LAURENS.
UN BRIN DE CAUSETTE
Celui qui vient de mourir était un lettré et un savant, plutôt
qu'un poëte.
J'ai vu Philoxène Boyer, une seule fois , il y a un peu moins
d'un an. J'albis prendre chez lui un manuscrit dont il était dé-
positaire. Un de ses vieux et chers amis, Edouard Plouvier,
m'avait dit, en me donnant quelques lignes d'introduction :
a Vous allez voir un homme qui vous étonnera. Il a trente-
huit ans, il en paraît soixante. C'est la travail qui l'a vieilli ; son
érudition est immense; il a tant appris qu'on est effrayé rien
que d'y songer. »
Je montai six étages d'une maison située boulevard Beaumar-
chais. Madame Boyer me reçut, entourée de ses deux petites
filles :
« Mon mari est un peu souffrant par suite de fatigue, me dit—
elle, je ne sais s'il pourra vous recevoir. »
Philoxène Boyer me fit prier d'entrer dans sa chambre.
Je vis, couché dans un étroit lit de fer sans rideaux , un vieil-
lard qui lisait et écrivait. Le corps , dissimulé sous les couver-
tures, semblait petit et maigre. Les mains qui tenaient la plume
et le papier étaient fluettes. Quant à la tèle:, relevée par des
coussins, elle était jaune, anguleuse, profondément creusée aux
joues, toute sillonnée de rides. Un front très-vaste sous des mè-
ches rares et grises ; des yeux ronds, saillants dans l'orbite,
d'une couleur vague et d'un regard terne ; une barbe rare et
inculte entourant des lèvres pâles. Edouard Plouvier était resté
en deçà de la vérité^ j'avais devant moi un homme de soixante-
quinze ans.
M. Boyer m'invita à m'asseoir, en joignant le geste à la
parole. Sa voix était si faible que je ne l'entendis pas d'abord.
Je me frayai un passage au milieu des livres qui étaient em-
piles a portée ae sa main , et je m assis près de lui, tout contre ]
'oreiller, en me penchant pour écouter. 1
Il m'accueillit comme une vieille connaissance. Nous avions
en communauté certaines de ces amitiés honorables qui rendent i
superflues les formules de présentation, et qui font que deux
hommes se serrent la main quand ils se rencontrent pour la pre-
mière fois. Au bout de cinq minutes , Philoxène Boyer m'initiait
à ses projets et aux naïfs détails de sa vie laborieuse. J'appris de
sa bouche, et je le savais déjà, qu'il travaillait douze heures-par
jour, au minimum, souvent davantage.
Il me parla de ses ?mis littéraires , de Yictor Hugo surtout,
pour lequel il professait une admiration voisine de l'idolâtrie ; il
voulut me lire une pièce de vers de sa composition, qui lui
avait valu une dédicace flatteuse du grand poëte.
Il commença d'une voix traînante, exagérée dans sa lenteur,
dans ses poses et dans ses inflexions, accentuant chaque hémi-
stiche par un balancement de la tète. J'aurais ri en toute autre
circonstance , mais je jure que je ne m'en sentais alors nulle
envie. Et puis elle était si basse et si tremblante, cette voix,
elle avait un accent si plaintif, et la main qui retenait le livre
était si mal affermie! Peu à peu, le regard commença à briller
de quelque lueur, la parole devint plus sonore. Le poëte se ré-
chauffait à sa propre flamm?; il sentait; il trouvait encore dans
son épuisement un reste de force pour redire un chant de ses
veilles; lui aussi avait jeté de son âme dans ces lignes offertes
aux indifférents. Ce qu'il avait senti, avait-il su le rendre? Non,
sans doute. L'impuissance est au bout de tout effort ; dans ses
pages les plus émouvantes l'écrivain ne met qu'une parcelle de
ce qu'il a rêvé; le res'e n<: peut se traduire et demeure enfoui
dans le coeur qui sanglote de rage. L'inspiration est pleine d'in-
cohérences, de vagues emhousiasmes, de délires subits et fugi-
tifs, de rayonnements insaisissable;. Comment fixer tout cela,
comment circonscrire son âme dans des mots? Le poëte, voya-
geur emporté dans une éternelle poursuite après les feux follets
de la pensée, ne peut distribuer à la foule qu'un maigre butin,
s'il le compare aux trésors qu'il a entrevus et dont ses yeux sont
encore éblouis. Les plus malheureux restent muets ou, s'ils veu-
lent violer leur impuissance, ne produisent que des chants in-
colores. 11 a fallu souvent, pour écrire telle oeuvre insignifiante
ou incomprise, remuer des -mondes et appliquer la torture à son
cerveau.
Etait-ce le cas de Philoxène Boyer ? Je ne le crois pas. L'ima-
gination n'était chez lui que secondaire ; peut-être avait-elle été
atrophiée par les patientes recherches et les excessifs travaux de
) l'érudit. Pourtant il avait dû avoir ses heures d'élan et de cha-
leur. Je le compris en écoutant la pièce de vers qu'il me
récitait. Lorsque je fus familiarisé avec l'étrange déclamation
dont j'ai parlé, je remarquai l'émotion toujours croissante de sa
voix et l'attendrissement de son regard. Et il y avait dans ce re-
gard et dans celte voix une tristesse communicative qui me
gagnait; à la dernière strophe je pleurais presque.
De celte unique entrevue je devais emporter un souvenir
ineffaçable. J'avais peur en voyant et en écoutant ce précoce
vieillard : « Mais il agonise, il va mourir! s me disais-je tout
bas. Ceux qui le connaissaient de longue date ne s'étonnaient
plus de son dépérissement; mais ils n'étaient pas sans craindre
La vie s'était lassée d'être surmenée : on le voyait bien.
Philoxène Boyer, lui,-se faisait illusion. Gomme j'insinuais
qu'il devrait prendre un peu de repos pendant sa maladie :
— Je ne suis pas malade, me répondit-il ; un peu indisposé
seulement, parce que j'ai travaillé plus que de coutume, ces
jours derniers ; mais l'organisation est bonne, la poitrine solide,
mon médecin m'assure que je puis vivre îrès-vieux-
11-ne restait pas autre chose à faire que de flatter sa manie
et lui donner de l'espoir. Lui défendre le travail eût été inutile;
d'ailleurs, il n'était plus temps.
Philoxène Boyer connaissait, pour les avoir lus, relus, étudiés,
analysés, de la première ligne jusqu'à la dernière, les Classiques
de tous les âges et de toutes les langues. Celui qu'il admirait le
plus était Shakespeare ; il le savait littéralement par coeur. Il
avait entrepris, lorsque je le vis, d'annoter, ligne par ligne, le
tragique anglais, d'indiquer tous les emprunts qu'il avait faits,
tous les auteurs dont il s'était inspiré, toutes les coïncidences
qu'il offrait avec les auteurs inconnus de lui. Philoxène Boyer
devait faire ensuite la môme étude sur Goethe. Et tandis qu'il
me parlait, je regardais l'homme qui entreprenait cette oeuvre
gigantesque.
Je pris congé de lui, en lui promettant, sur son invitation, de
r >;venir bientôt, mais en répétant: «Il va mourir! » Ce malheur
ne devait arriver que dix mois plus tard. J'avais été tellement
impressionné que, pendant tout le reste du jour, je demandais
à ceux que je rencontrais : « Connaissez-vous Philoxène
Boyer? s
Il est parti, n'emportant que des regrets. Il n'était pas de
ceux qui soulèvent autour d'eux l'envie, l'inimitié et la haine.
Son genre de talent môme le défendait contre tout cela. Le sa-
voir n'inquiète pas les jaloux, parce qu'il ne trouve point d'ad-
mirateurs. On passe sans se détourner à côte de l'homme qui a
blanchi dans les longues veilles, dont le dos s'est voûté sur les
livres, dont les yeux se sont éteints à déchiffrer des manuscrits.
Celui-là vit sans bruit et meurt presque ignoré. On hausse les
épaules, on dit que c'est un fou ; et le plus'cruel de la chose,
c'est qu'on dit vrai. Tandis qu'un écrivain sans talent, un jour-
naliste de quatrième ordre, qui sait allécher le lecteur par un
conte grivois, par une indiscrétion, par un mot graveleux,
ième autour de lui les rancunes; on le connaît, en le montre à
son voisin en le nommant ; les petits confrères en souffrent
dans leur amour-propre ; c'est un rival, c'est un ennemi.
Ils seraient à plaindre ces pâles explorateurs, ces curieux de
l'intelligence, s'ils ne trouvaient dans leurs délétères labeurs
des jouissances inconnues des autres hommes. Mais ils font ab-
négation de tout, même de la vie, même de la gloire; ils cher-'
client, ils compilent sans relâche et sans faiblesse;-c'est un
trésor qu'ils amassent sou par sou, pour eux seuls, et qu'ils
comptent, au bout de la journée, avec la joie solitaire de l'avare.
Us souffrent aussi des mécomptes de l'ambition. Inquiets et dé-
fiants parce que la science est infinie, pris de désespoir parce
! qu'ils découvrent k toute heure de nouveaux horizons, ils se
; hâtent, ils redoublent d'efforts, ils tendent des mains avides,
: voulant tout embrasser à la fois et sentant bien que leur dernière
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