Titre : La Presse
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1879-03-07
Contributeur : Girardin, Émile de (1806-1881). Directeur de publication
Contributeur : Laguerre, Georges (1858-1912). Directeur de publication
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Description : 07 mars 1879 07 mars 1879
Description : 1879/03/07. 1879/03/07.
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/02/2008
LA PRESSE DU VENDREDI 7 MARS 187©
tion qui n'avait pas cessé jusqu'en 1848
d'être libérale. L'Assemblée nationale fut
dominée par la volonté d'empêcher le re-
tour d'un pareil système. Mais, en ce qui
concerne la loi sur les conseils généraux,
elle ne tarda pas à voir qu'elle était allée
trop loin.
La vérification des pouvoirs, qui est pos-
sible dans une grande assemblée, devient
très délicate, très difficile dans une petite
réunion, surtout en province. Elle soulève
mille difficultés que la pratique révéla en
très peu de temps. Les passions politiques,
l'esprit de coterie, ne tardèrent pas à se
faire jour dans toutes les vérifications de
pouvoirs. Elles donnèrent lieu à des dis-
cussions irritantes, dangereuses dans ces
petites assemblées où chacun se connaît,
est exposé à se voir, à se rencontrer. Elles
avaient, en outre, l'inconvénient très
grand, selon nous, de mêler les choses de
la politique aux. affaires qui constituent
l'attribution spéciale des conseils géné-
raux. Avec beaucoup d'autres esprits, nous
avons regretté l'ancien ordre de choses
qui n'avait plus, sous un régime de liberté,
les mêmes dangers. Mais, tout en consta-
tant lès inconvénients de laloi de 1871, nous
avouons que, nous n'aurions pas voté celle
du 31 juillet 1875 qui attribua directement
au conseil d'Etat le droit de statuer sur
les réclamations formées contre les élec-
tions des conseils généraux.
Cette.fois encore c'est, hélas la ten-
dance constante de nos assemblées délibé-
rantes on obéit à un sentiment de réac-
tion, de panique, si je puis m'exprimer
ainsi. Ce fut une de ces mesures d'expé- j
dient, destinées à être passagères, comme
nos codes administratifs en ont trop sou-
vent contenu.. En. premier lieu, cette subs-
titution violait le principe des deux degrés
de juridiction. Elle privait l'électeur ou
tout autre intéressé du droit d'appel.
Transportées tout d'un coup au conseil
d'Etat sans avoir été soumises à des
premiers juges, ces réclamations, qui soulè-
vent un grand nombre de questions de fait,
ne peuvent être élucidées avec le soin né-
cessaire. Compétent pour examiner les
points de droit, déterminer la jurispru-
dence, le tribunal suprême en matière ad-
ministrative est mal placé pour se rendre
compte d'incidents locaux qui nécessitent
la connaissance pes personnes, des mœurs,
des habitudes locales. Aussi a-t-il rendu,
dans ces dernières années, des décisions
qui ont surpris et qui justifieraient la
proposition de M. Lisbonne, si nous n'a-
vions la conviction que la Chambre doit
l'examiner à un autre point de vue.
En résumé, nous reconnaissons que
la" juridiction des conseils de préfec-
ture peut avoir pour tous, pour ce tri-
bunal lui-même, des inconvénients, mais
nous estimons que la vérification des pou-
voirs confiée aux conseils généraux en
offre de bien plus grands encore. La solu-
tion ne se trouverait-elle pas dans un sys-
tème mixte qui laisserait au bureau de re-
censement le droit d'examiner en pre-
mier ressort toutes les difficultés relati-
ves à des irrégularités, aux conséquences
de Tinâccomplissement des formalités
légales ? Composé de tous les maires du
canton, il est déjà chargé de procla-
mer le candidat et il prend des déci-
sions véritables. Ne serait-ce que sur la
légalité des bulletins et l'exactitude des
calculs opérés par les bureaux des commu-
nes. On introduirait désormais un recours
au conseil d'Etat contre ses décisions.
Quant aux faits de manœuvres, de pres-
sion, aux .tentatives de fraudes électorales,
aux agissements de nature à troubler les
citoyens dans l'exercice de leur droit, à
porter atteinte à la libre expression du
vote, ils constituent, selon nous, des délits
ou des actions qui devraient être soumises
aux tribunaux ordinaires.
On éviterait, en adoptant ce système, le
retour au système de la loi de 1833, le
maintien de la'loi de 1871 qui note les prin-
cipes juridiques, et la vérification par les
conseils généraux, qui ne peut que pro-
duire .la division, le désaccord dans nos
assemblées départementales. Si l'on entrait
FEU1LLETON DE LA PRESSE
-BU VENDREDI 7 MABS 1878
v •• (12)
~ad~I~ GI~
.̃: ̃ h ̃̃
Dans l'après-midi, ses amis vinrent lui
rendre compte de leur mission. Ils s'étaient
rencontrés avec les deux témoins de leur
camarade et tout était arrangé, pour 1
lendemain matin. La rencontre deva
avoir lieu à sept heures, dans un petit bois
planté de sapins situé à .deux kilomè-
tres de la ville, à peu près, sur la rive
droite de la rivière, et où l'on avait
toutes chances de n'être point suivis..
Seulement on rat obligé, au dernier
Reproduction autorisée pour tous les jour-
naux ayant un traité avec la Société des gens
de lettres.
dans cette voie il faudrait aller par voie de
conséquence jusqu'au bout, et conférer- les
mêmes priviléges aux conseils d'arrondis-
sement et aux conseils municipaux. Est-ce
bien là l'intention de M. Lisbonne ?
Dans ce cas, il y aurait lieu de confier à
une commission spéciale le soin de révi-
ser toute notre législation électorale.
CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
M.. Limpérani, ancien député de la Corse,
actuellement procureur général de la cour de
Bastia, se trouvait hier dans les couloirs du
palais Bourbon où Tégnait d'ailleurs une très
grande animation. Un grand nombre de com-
missions avaient été réunies dans la journée.
Nous avons remarqué également la présence
de plusieurs Industriels
En ce qui concerne les travaux d'installa-
tion de la salle des séances, ils sont inter-
rompus depuis plusieurs jours.
La commission d'enquête sur les actes du
16 Mai a tenu hier une longue séance pour
discuter les conclusions qu'elle soumettrait à
la Chambre.
Au cours de sa délibération, M. Lepère, mi-
nistre de l'intérieur, a fait demander à la
commission de vouloir bien revenir sur sa
décision primitive et communiquer au gou-
vernement le rapport général de M. Brisson.
La commission, après un débat assez vif,
a décidé que cette communication serait
faite, et le président, M.Albert Grévy,aremis
hier soir le rapport de M. Brisson aux mi-
nistres.
L'autre partie de la délibération a été con-
sacrée à exposer les motifs qui militent pour
ou contre le procès des ministres du -16 Mai.
La réunion n'a pris aucune décision. elle a
remis à demain vendredi pour statuer.
M. Jules Ferry avait convoqué, hier matin,
au ministère de l'instructiou publique, la
commission de la Chambre qui est présidée
par M. Paul Bert et qui s'occupe de l'élabora-
tion d'un projet de réorganisation générale
de l'enseignement primaire.
Cette commission avait commencé sa tâche
en préparant un premier projet relatif à la
reconstitution du conseil supérieur de l'ins-
truction publique, mais, sur la demande du
ministre, la commission a retiré son projet
qui était déjà déposé sur le bureau de la
Chambre, afin de laisser l'initiative de cette
question au gouvernement.
Le ministre a, en effet, annoncé hier ma-
tin à la commission qu'il allait présenter
dans quelques jours son projet à la Cham-
bre afin de la mettre en état de statuer promp-
tement.
La commission d'initiative a examiné une
proposition de M. Talandier tendant à la no-
mination d'une commission qui serait char-
gée de faire l'inventaire de la fortune de la
France.
M. le ministre des finances, entendu par la
commission, a combattu la proposition, tout
en déclarant qu'il était prêt à fournir aux dé-
putés tous les éléments d'informations dont
il dispose.
La commission s'est prononcée pour la non
prise en considération de la proposition de
M. Talandier,- et a nommé M. Marion rappor-
teur.
La séance de la commission d'enquête
ayant été terminée à une heure avancée,
nous n'avons pu en faire connaître entière-
ment tous -les incidents. Nous croyons donc
devoir compléter les renseignements précé-
demment donnés
La commission d'enquête s'est réunie, à une
heure, au Palais-Bourbon, sous la présiden-
ce de M. Albert Grévy,- pour statuer sur les
conclusions du rapport de M. Henri -Brisson
qui tendent à la constitution d'une. nouvelle
commission chargée de compléter l'enquête.
Le nouveau ministre de l'intérieur, M.
Charles Lepère, assistait à une partie de la
séance.
La délibération s'est prolongée jusqu'à qua-
tre heures.
Plusieurs membres ont proposé à la com-
mission de voter une déclaration portant en
substance que
« La culpabilité des ministères de Broglie
et Rochebouët est suffisamment prouvée
pour qu'il y ait lieu de diriger des poursuites
contre les membres de ces deux cabinets
« Qu'en conséquence le. Sénat sera invité à
instituer une commission spéciale chargée de
compléter l'instruction du procès. ».
Le ministre de l'intérieur a alors réclamé
la communication du dossier recueilli au
cours de l'enquête et du rapport de M. Henri
Brisson.
La commission, après un débat très vif, a
décidé que cette communication serait faite
au gouvernement et elle s'est ajournée à ven-
moment, de renoncer au concours des
sous-officiers, les témoins de l'adversaire
n'ayant point voulu entendre parler de
cette combinaison.
Robert Dartois, ce jour-là, ne quitta
point la chambre, ne voulant point être vu
dans la ville.
Il écrivit à son père, puis à Constance,
pria ses deux amis de faire parvenir ces
lettres, s'il lui arrivait malheur, et attendit
le lendemain sinon avec calme, du moins
sans forfanterie, résolu qu'il était de ne
point faire une plaisanterie de cette affaire
et de ne point ménager celui qui l'avait
indignement outragé, la veille au soir, en
poursuivant Constance, et dans la matinée
en le frappant brutalement, en présence de
tous leurs camarades et des curieux amas-
sés.
• Pour lui, l'affaire ne pouvait être qu'ex-
trêmement sérieuse, et c'est même pour
cela qu'il ne regrettait pas trop l'absence
des militaires qui auraient pu prendre des
dispositions trop faciles et arrêter le com-
bat à la première égratignure.
Dans cette circonstance la première sé-
rieuse de sa vie, il se mit à songer aux ré-
sultats qui pourraient se produire et re-
connut que, qu'elle que fût l'issue du duel, v
c'en était fait de son amour que les évé-
nements allaient se précipiter que l'école
lui serait probablement fermée que son
père, averti par la faculté, viendrait faire
acte d'autorité' en lui signifiant un autre i
lieu d'études, et que, de toutes façons, le
glas allait sonner de cette passion mort-.
née qui n'avait duré que quelques heures,
car il comptait pour rien, maintenant, les
moments si impatiemment attendus et si
vivement recherchés où la présence seule
de Constance lui suffisait,. sans qu'il récla-
mât autre chose qu'un regard ou un sou-
rire.̃ ,t
La veille, lorsqu'elle avait quitté sa
chambre, sous le coup d'une émotion su-
prême, il était devenu un autre homme.
dredi pour prendre une résolution défini-
tive.
Ainsi que nous l'ayons dit, le gouverne-
ment' a l'intention de s'opposer* de' la ma-
nière la plus formelle à, la mise en. accusa-
tion, ;»;̃ ̃ ̃ ̃• "•
NOUVELLES
ta mouvement administratif vient d'avoir
lieu à la préfecture de la Seine
L'aimable et sympathique chef de cabinet
du préfet de la Seine, M. Henri Le Roux,
vient d'être promu chef de division.
Il est remplacé dans ses fonctions par M.
Lyon, auditeur au conseil d'Etat.
M. Roux, chef de division, a .été nommé
sous-directour, et le chef de bureau du secré-
tariat du conseil municipal, M. Souviron, est
devenu chef de division, en remplacement de
M.' Tesson, admis à faire valoir ses droits à la
retraite.
M. Tirard, dont la nomination comme mi-
nistre de l'agriculture et du commerce a paru
ce matin à l'Officiel, a présidé, hier, pour la
dernière fois la commission du tarif des
douanes, à laquelle il a fait ses adieux.
La commission a déclaré ses travaux défi-
nitivement clos.
M. Girerd, sous-secréta"ire d'Etat au miois-
tèra de l'agriculture et du commerce, conserve
ses fonctions.
Dans le programme qu'il a soumis à l'ac-
ceptation du cabinet, M. Tirard s'est, dit-on,
montré libre-échangiste, mais avec certaines
réserves compatibles avec les intérêts de
Dotreindustrie et consistant dans le maintien
du statu quo, ce qui est d'ailleurs la base des
demandes formulées par l§s protectionnistes
modérés et sages.
Tout le inonde a été surpris de la brusque
retraite de M. Develle, sous-secrétaire d'Etat
au ministère de l'intérieur M. le président
de la République et le conseil des ministres
avaient, paraît-il; insisté vivement auprès du
député de l'Eure pour qu'il conservât son
poste, mais il a résisté à toutes les instances.
Hier matin, à onze heures et demie, M. An-
drieux, le nouveau préfet de police, a pris
possession de son poste, et a eu une longue
conférence avec son prédécesseur, M. Albert
Gigot.
A deux heures, ce dernier a reçu en au-
dience de congé le personnel de l'adminis-
tration.
M.' Jacques Meyer, précédemment sous-
chef de cabinet chargé du secrétariat particu-
lier de M. de Marcère, vient d'assigner le gé-
rant de "la Lanterne à comparaître le 18 mars
devant le tribunal correctionnel de la Seine-
sous la prévention d'injures et de diffama-
tion.
M. Wallon, doyen de la faculté des let-
tres, a prononcé l'autre jour, sur la tombe
de M. Saint-René Taillandier un discours
dont nous citons les principaux passages
C'est une chose douloureuse que de rendre les
derniers devoirs à ceux qu'au titre de l'âge on
aurait dû précéder dans la tombe. Mais com-
bien la tâche n'est-elle pas plus pénible quand
hier encore vivait et conversait parmi nous,
prenant part à nos travaux, s'intéressant à ce
qui nous intéresse, celui dont nous venons
d'accompagner ici • le cercueil C'est, en effet,
dans toute la force et la maturité du talent que
ce coup soudain nous a ravi notre collègue.
Nous avons vu en un clin d'œil s'évanouir tout'
ce que nous avions encore le droit d'attendre de
son activité .̃.
M. Wallon a d'abord parlé de la jeunesse
de M. Saint-René. Taillandier puis il a
ajouté •̃̃
Depuis 1843, il avait- pris dans la rédaction
de la Revue des Deux Mondes une place où il a
su captiver jusqu'à la fin la faveur du public.
Plusieurs des livres qui lui ont valu les suffrages
de l'Académie française et qui maintiendront
honorablement son nom dans l'histoire de la
littérature se sont produits d'abord sous forme
d'articles dans cette revue célèbre. Un jour
même, il fut sur le point d'y sacrifier son titre
de professeur; et c'étaient encore les droits du
professeur qu'il défendait, en se refusant aux
instances d'un ministre qui le pressait de re-
noncer à une collaboration d'ailleurs toute lit-
téraire. Mais on eût été trop malavisé d'enle-
ver à l'enseignement cette parole élégante et
sympathique, et bientôt mêm»", au contraire, il
fut mis en mesure de cumuler plus aisément
les deux choses par l'arrêté qui, répondant au
vœu de notre faculté, l'appela a Paris (1863).
Il avait, pour, débuter, la mission la plus dif-
ficile. Il était chargé de suppléer M. Saint-
Marc Girardin. Avec des qualités d'esprit fort
Un lien réel l'attachait maintenant à celle
qu'il avait jusqu'alors aimée d'une passion
tout idéale, et la rupture lui paraissant
tout à fait inévitable, il éprouvait une sen-
sation pénible, non en raison du bonheur
disparu, mais desbonheurs qui ne devaient
plus venir.
Le lendemain matin, ses deux amis
étant venus le prendre, ils se dirigèrent
tous trois vers le lieu du rendez-vous, ga-
gnant, par les promenades extérieures, le
cours Caffarelli, qui longe l'Orne presque
jusqu'à l'endroit fixé pour la rencontre.
A cette heure matinale, de rares pas-
sants se montraient, et à l'exception des
chargeurs du port gagnant le bassin, en
costume de travail, et de quelques maraî-
chers des environs poussant leurs voitures à
bras chargées de légumes, vers la ville, on
ne rencontrait personne.
Dans le canal, le flot se faisaitr4éjà sen-
tir, et le bateau à vapeur du Havre, vomis-
sant des flots de fumée noire,- chauffait,
prêt à partir, et appelant les voyageurs,
aux tintements répétés de sa cloche de
cuivre.
La mer, poussée par un vent de nord-
est assez fort, montait avec une rapidité
très grande, entraînant avec elle depuis
l'embouchure les lourdes embarcations
des sablonniers, les picoteux, comme on
les appelle, chargées de sable jusqu'à la
lisse, àl'avant età l'arrière, ayant aumilieu
juste l'espace qu'il faut à un homme pour
les diriger au fil de l'eau et pour activer
la marche à l'aide des avirons.
Sur les prairies avoisinantes, un brouil-
lard assez épais roulait, poussé par le vent
qui venait, de la mer, laissant entrevoir
parfois, dans une déchirure, les dernières,
maisons du faubourg, du côté de la route
de Ouistreham,*et plus loin les deux tours
carrées de l'Abbaye-aux-Dames, dont le
sommet, au-dessus du brouillard, recevait
en plein les rayons du soleil levant.
A droite, à travers un fouillis de ver-
différentes, il sut pourtant retenir autour de
lui' le nombreux auditoire qui avait coutume
d'applaudir son éniinent titulaire et il réussit
tellement qu'en 1868, après la mort de notre
jeune et regretté collègue. Eugèaë Ganclar, lais-
sant la poésie pour la prose, ilfut élevé comme
titulaire lui-même à- la chaire où il retrouvait
les grands souvenirs de M. Niàard et de M. Yil-
lemain.
C'est dans cette chaire que, le 2 janvier -1870,
M. Segris, ministre de l'instruction publique,
vint le prendre pour l'attachera son départe-
ment en qualité de secrétaire général, titre au-
quel se joignit bientôt celui de conseiller d'Etat.
Secrétaire général du ministère de l'instruction
publique à' la fin de l'empire. il continua de
l'être sous la République le ministre de la
République était M. Jules Simon, qui refosa sa
démission et sut le retenir auprès de lui jus-
qu'en 1872. Notre collègue revint alors à son
enseignement et à ses travaux, et, en 1873, il
en recevait la récompense la plus enviée par
son élection à l'Académie française. Une voix
plus autorisée que la mienne vient d'indiquer
les œuvres littéraires 'qui lui avaient mérité
cette haute distinction et celles qui n'ont pas
cessé de la justifier jusqu'à son dernier jour.
Ne iit-on pas en ce moment, dans la Revue des
Deux Mondes, les pages vraiment émues qu'il
a consacrées à l'œuvre de son illustre confrère
M.VictordeLaprade? Poète à ses débuts, ilafini
parun hommage aupoète dontlesaccents étaient
le plus en harmonie aVec la corde secrète qui
vibrait toujours dans son âme la Béatrice est
sœur de la Psyché. ̃
Ce qui frappe au premier coup d'oeil dans
l'ensemble. des travaux de Saint-René Taillan-
dier, c'est la largeur du champ où son activité
s'exerce, et l'on y peut voir l'heureuse influence
de sa forte éducation. Elève de l'Université de
France, étudiant d'une université' allemande,
il étend ses études à l'Allemagne et à bien
d'autres pays que l'Allemagne, et il met au ser-
.viceda la France les résultats de ses' investi-
gations. Toutes les littératures étrangères, les
littératures germanique, anglaise, espagnole,
italienne et, au delà de ce premier cercle, les
littératures magyare, tchèque, russe sont mi-
ses à contribution par cet esprit curieux. Quelle
variété, quelle richesse d'aperçus ne devait pas
répandre dans ses leçons une érudition si vaste
Et nous lui devons aussi plusieurs pages bien
précieuses de cette histoire d'hier, plus incon-
nue que celle des temps anciens.
Quelque nombreuses qu'aient été ses publi-
cations, il lui restait bien plus encore. pu-
bliçr et c'est pour cela que depuis deux ans
il avait pris un congé dans notre faculté il
voulait mettre en œuvre les matériaux accu-
mulés par tant de recherches. Il sentait qu'il
fallait se hâter. Il a été surpris au milieu de ce
travail. Son œuvre reste inachevée. Mais, après
tout sa tâche est accomplie. Il connaissait et il
savait s'appliquer à lui-même ces paroles de
l'Evangile « Veillez soyez prêts vous ne sa-
vez ni le jour ni l'heure. Et vos estote parati. »
Il doit donc être de ceux dont la même voix a
dit .« Heureux les serviteurs que le Seigneur,
quand il sera venu, a'ura trouvés veillant Beçiti
servi illi quos quum venerit Deminus invenerit'
vigilantes.» Ce sera, dans cette profonde douleur,
la consolation suprême de sa famille, de ses
amis.'
M. de Viel-.Gastel a également prononcé
un discours dont voici la péroraison
Ce m'est pas ici qu'il convient d'expliquer,
avec tous les développements que comporterait
un tel sujet, la très grande valeur de ces pro-
ductions littéraires. En présence d'une tombe
ouverte, d'autres préoccupations s'imposent à
mon esprit. Ce.que je crois devoir louer dans
le confrère que nous avons perdu, c'est une
bienveillance dont la parfaite aménité de ses
manières était l'aimable expression; ce sont des
qualités morales d'un ordre plus élevé encore,
l'honnêteté, la droiture de ses principes et les
convictions religieuses dont il était animé; ces
convictions qui, de l'a\eu des sceptiques intel-
ligents et non prévenus, contribuent si effica-
cement, même sur cette terre, au bonheur de
l'existence. Un de ces sceptiques, un des plus
éminents, un très-grand esprit n'a-t-il pas dit
que l'homme ̃. est. meilleur lorsqu'il croit, parce
qu'il est plus heureux? fi iv. ;̃
DISCOURS DE M. DE BISMARCK
Le Parlement allemand, dans sa séance du
4 mars, a commencé la discussion en pre-
mière lecture du projet de loi sur les pouvoirs
disciplinaires de l'Assemblée. Il a entendu
plusieurs députés, entre autres le prince de
Hohènlohe-Laugenburg et M. Lasker, qui ont
parlé' contre le projet, et le prince de Bisr
marck, qui l'a, naturellement. défendu. Voici
la première ,p?.rtie du discours du chancelier*
Nous en publierons le complément aussitôt
qu'il nous sera transmis
Je n'Insisterai pas, comme l'orateur qui
m'a précédé (M. Lasker), sur les détails du
projet, attendu que je considère comme une
question essentiellement intérieure pour le
Reichstag de s'approprièr, dans les moyens
dure, des villas se montraient fenêtres
closes, à cause de l'heure matinale, et les
arbres, secoués par lèvent, laissaient tom-
ber en larges gouttes le brouillard humide
qu'ils avaient retenu pendant la nuit.
Les trois camarades allaient, sans mot
dire, le long du chemin de halage, les
deux témoins un peu en avant, Robert en
arrière et retournant parfois la tête pour
regarder la villélnollement assise jusqu'au
fond de l'horizon, grise à travers le brouil-
lard, tandis que les flèches de ses clochers
montaient dans la clarté du soleil, depuis
Saint-Pierre jusqu'à Saint-Etienne, rem-
plissant l'air de leurs sonneries matinales,
joyeuses, sonores, empressées, tantôt plei-
nes et vibrantes, dans une accalmie de
vent, puis fuyantes au point de devenir
presque imperceptibles, lorsque le vent de
la mer, s'engouiïrant dans le canal, pous-
sait le long du bord, le flot qui courbait
les herbes et se brisait, en écumant, sur les
pierres désagrégées des talus entre les-
quels, à l'entrée du port, la rivière navi-
gable était encaissée.
C'était- là-bas,' à cinquante mètres à
peine de la basilique de Saint-Etienne, que
Constance reposait, sans savoir qu'à cette
heure matinale, il allait, lui, d'un pas
ferme, mais le cœur plein de regrets, se
battre pour elle, et venger, s'il le pouvait,
l'affront qui lui avait été fait l'avant-veille.
Que de choses passées depuis lors, et
comme ces vingt-quatre heures lui parais-
saient longues Elles prenaient, dans sa
vie jusqu'alors insouciante et légère, toute
l'importance d'une année, pour se trouver
subitement interrompues, sans qu'il en-
trevît la possibilité de renouer honnête-
ment des relations intimes brusquement
nouées par le hasard et dont la dernière
phase se trouvait si singulièrement com-
pliquée que ce duel même, tout inévitable
qu'il fût, ne pouvait, quel qu'en fût le ré-
sultat, qu'aggraver la situation de la jeu-
ne fille, dont le père n'était pas homme à
que le gouvernement lui offre pour garantir (
sa propre; dignité et fortifier son pouvoir, ce
qu'if jugera le mieux lui convenir. Ce que
vous repousserez ne deviendra pas loi; vous
êtes entièrement libres d'en prendre ce que
vous voudrez je n'ai qu'une chose à dire
bénéficia non ohtruduntur. Un moment viendra
peut-être où vous examinerez ce projet d'un
sens plus rassis et demanderez au gouverne-
ment, de le présenter à nouveau. Le temps,
c'est ma confiance, bénéficiera au projet. Sans
aller au fond des choses, je dois cependant
répondre sur quelques points à Si. le préopi-
naBt, notamment à ce qu'il a: dit en qùittaat
la tribune, à savoir, quo, par l'adoption de
cette loi, adoption à laquelle je ne crois
point, l'équilibre serait rompu entre les
deux pouvoirs politiques.,
J'ai dit que je ne croyais pas à l'adoption
du projet: en le présentant,^ gouverne-
ment n'a voulu que dégager sa responsabilité
le reste vous regarda. Quant à l'équilibre
dont il a été' question, il n'existe pas et n'est
point à détruire; nous n'appartenons pas
aux classes privilégiées; nous sommes de
cette misera plebs placée sous le droit com-
mun. Tout le monde peut procédurer contre
nous nous ne sommes protégés par aucan
privilège, et je m'étonne qu'un homme qui
connaît aussi bien la Constitution que M. Las-
ker paraisse ignorer ce fait. L'imprimeur,
l'agent ùs la presse qui fait prendre ici nos
discours est protégé par l'article 22 de la
Constitution; mais nous, nous ne sommes
pas protégés par l'article 30. Ce dernier arti-
cle se rapporte expressément aux députés au
Reichstag. Au commencement, j'ai, moi aussi,
partage l'erreur populaire, mais depuis je
me suis aperçu que nous n'étions pas garan-
tis contre toute accusation par les principes
de droit commun, et je suis devenu très cir-
conspect dans mes expressions. (Grande hi-
larité). Nous ne sommes donc pas sur le pied
de l'égalité.
Le projet de loi a un triple but.: il est des-
tiné à sauvegarder la dignité du Parlement,
à protéger contre les injures et à. prévenir
l'agitation provenant du privilège accordé
par l'article 22, concernant le caractère inat-
taquable de la publication dès comptes ren-
dus. Pour le gouvernement, il s'agit surtout
de ce- dernier point. Le gouvernement pense
qu'il doit protéger les particuliers contre les
abus que l'on peut faire du privilège dont il
s'agit. Nous tenons aussi à empêcher la pro-
pagande qui résulte de l'impression et de la
distribution de discours que l'on prononce
seulement pour pouvoir les faire imprimer
et distribuer impunément.
A ce point de vue, les prescriptions actuel-
lesmeparalssent insuffisantes. JeciteralàTap- L
pui de mon assertion le discours de M.
Hasselmann, que le président a qualifié, par
euphémisme, de discours constituant presque
une provocation à l'insurrection. Je- pense,
quant à moi, que c'était une complète pro ̃
vocation à l'insurrection. (Cris Non Noh
M. Hasselmann a été rappelé à l'ordre mais
qu'est-ce que cela a pu lui faire ? Il a pris en-
core une fois la parole et a dit « Ce n'est
pas moi qui ai provoqué j'ai déclaré suffi-
samment que je préférais les moyens paci-
fiques. Je les préfère réellement mais je suis
prêt aussi à sacrifier ma vie, je le répète.
Que le prince de Bismarck se rappelle le 18
mars 1848! »
N'est-ce pas une continuation de cette mê-
me tendance que le président a qualifiée si..
bénignement en disant qu'elle frisait la pro-
vocation, à l'insurrection ? Il est vrai qu'au-
cune insurrection n'éclatera dans cette salle,
mais les socialistes sont assez habiles pour
trouver la mesure dans laquelle le compte
rendu peut-être considéré comme complet.
Ils ne jeculent pas nonr plus devant les
frais» quand il s'agit d'imprimer en gros ca-
ractères et de répandre dans les masses les
passages qui constituent la provocation à l'in-
surrection. C'est encore ce danger, messieurs,
c'est contre l'impunité de cette propagande,
que nous espérions trouver un remède dans
un projet de loi adopté par vous.
C'est là la danger que je redoute et que je
voudrais combattre. Il est vrai que la tempe--
rature que je trouve ici dans la question du
socialisme est, assez basse, comparée à celle
qui régnait lors des graves attentats que
vous savez mais elle n'est certainement
qu!.extérieure. Nous comptions fermement
sur l'appui du Parlement, dans la lutte con-
tre le socialisme, à laquelle une loi adoptée
pour deux ans ne saurait mettre fin mais
les votes récents nous ont déjà montré que
nous nous faisions illusion. Nous comptions
sur un appui plus énergique;
Nous né croyons pas que la lutte soit ter-
minée. Je me bornerai à rappeler l'élection
de Breslau et quelques autres. L'organisation
supporter une pareille avanie sans se
portera quelque extrémité violente.^
Le long de la rivière, quelques cabo-
teurs suivaient la marée montante, traînés
au pas de maigres haridelles côtoyant le
chemin de halage et qui, parfois, tout
d'un coup, s'arrêtaient, incapables d'avan-
cer d'un mètre, lorsque les voiles déployées,
ne recevant plus le vent, faséyaient le long
des mâts. Alors, ceux qui les conduisaient,
interrompant leur chanson, faisaient cla-
quer leur fouet avec force et fouaillaient, à
tour de bras, les pauvres bêtes qui n'en
pouvaient mais et repartaient cahin-caha,
aussitôt que le vent, leur portant secours,
ballonnait les voiles des goélettes et des
sloops qui montaient à Caen, chargés de
houille ou de barriques de vin rangées
jusque sur le pont.
Le pilote, à la roue du gouvernail, s'é-
tudiaità suivre le chenal étroit, et les ma-
telots, appuyés sur les bastingages, regar-'
daient le paysage, immobiles, sans avoir
l'air de penser à quelque chose, l'œil va-
guement fixé sur la rive, comme les vaches
des prairies environnantes, encore cou-
chées dans la rosée à cette heure matinale,
et poussant de temps en temps des mugis-
sements étouffés, gênées par le lait, et qui
se levaient l'une après l'autre traînant entre
leurs jambes de derrière écartées leurs
mamelles gonflées et pesantes.
Tous ces détails charmants, tous ces
bruits de la nature qui s'éveille, passaient
inaperçus aux yeux de Robert.
Le jeune étudiant marchait le long de la
berge, les yeux fixés, sans rien voir, sur
la rivière dont les remous s'accentuaient à
mesure que le flot montant prenait^ plus
de force. Il pensait, tout en marchant, à
cette -singulière aventure dont les consé-
quences encore inconnues l'intimidaient.
Cela ne pouvait manquer de faire un
bruit énorme, non-seulement dans la ville;
mais aussi à l'école. Vainqueur ou blessé,
sa situation ne pouvait que devenir mau-
du parti socialiste est restée la même. On a
appliqué si doucement l'article 28 de la loi,
que les communications n'ont été nulle part
coupées. Là suppression de l'agitation locale,
la suppression des communications entre les
chefs et les masses qu'ils dirigent, tel était le
but de la loi. On l'avait atteint à Berlin. Nous
ne pouvons continuer d'agir sans l'autorisa-
tion du Parlement; mais, après le vote du
Parlement, le rétablissement des communi-
cations est devenu une nécessité. La procla-
mation du petit état de siége a été restreinte
à Berlin.
Je savais bien que, dès que la loi serait pu-
bliée, un .danger existerait partout où les so-
cialistes sont en majorité, c'est-à-dire où l'on
ne peut pas dire que nous montrions une in-
quiétude prématurée et' exagérée. Il me sem-
ble que le gouvernement aurait dû avoir le
droit de couper les fils qui relient les chefs
du mouvement à ceux qu'ils dirigent. Le
premier pas que l'on a fait dans ce sens (avec
timidité, je dois le dire) a été désapprouvé `
par vous, et l'espoir que je fondais sur l'ap-
plication ultérieure de la loi concernant les
socialistes a été cruellement déçu. Aussi
n'ai-je presque plus le courage de continuer
une entreprise que je ne puis mener à bonne
fin sans' l'appui de la majorité du Parle-
ment.
test à vous de juger jusqu'à quel point
vous pouve^ repousser le projet mais je ne.
crois pas que la loi concernant les socialistes
puisse être efficace, si la majorité du Parle-
ment ne s'efforce pas de liror aussi les con-
clusions de cette loi dans nos autres institu-
tions. Parmi les conséquences de la loi con-
cernant les socialistes, figure, selon moi, le
projet de loi qui nous occupa aujourd'hui.
La loi proposée a pour Jbut de mettre un.
terme à la propagande qui peut être faite
impunément par l'impression des discours
parlementaires. Vous n'atteindrez pas ce but
sans le concours légal des gouvernements
confédérés et du conseil fédéral.
Nous' vous offrons les moyens d'arriver a ce
.résultat; nous vous tendons la main. En re-
poussant le projet, vous refuseriez de nous
donner la vôtre. Pouvez-vous créer par vous-
mêmes quelque chose de meilleur que ce
qui vous est offert actuellement, quelque
• chose qui réponde mieux au désir que la
majorité de la nation éprouve, comme je la
crois, d'être protégée contre l'agitation et con-
tre les injures adressées aux particuliers, en
vertu d'un privilége'parlementaire ? Si vous
le pouvez, j'applaudirai à vos efforts et je vous
aiderai autant que je le pourrai; mais je
doute fort que vous puissiez réussir.
EXTERIEUR
Allemagne
Berlin, 4 mars.
Le Reichstag a terminé, en première lec-
ture,- la discussion du projet disciplinaire du
Parlement. Il a repoussé, à une grande ma-
jorité, la proposition tendant à renvoyer le
projet à la commission. Les deux fractions
de droite ont seules voté pour le renvoi.
La discussion en deuxième lecture aura
lieu vendredi, en séance plénière.
Autriche
Pesth, 5 mars. -v;
La commission de la délégation autri-
chienne a adopté, à l'unanimité moins deux
voix, une motion de M. Sturm fixant à 30
millions, au lieu de 34,500,000 floriB s, le chif-
fre des dépenses extraordinaires de l'armée
•d'occupation pour l'année 1879. Elle a adopté,
également par 11 voix contre 8, une motion
du même' député tendant à inviter le gou-
vernement, à rendre l'effectif des troupes
d'occup'ation inférieur au chiffre fixé pour le
quatrième trimestre de 1879, afin de remettre
ces troupes sur le pied de paix.
Le ministre Hofmann a fait un exposé dé-
taillé de la situation des provinces occupées.
Vienne; 5 mars.
Le comte Andrassy répond à différentes
questions posées par la délégation autri-
chienne, en disant que la situation politique
des provinces occupées sera, quand le mo-
ment en sera venu, fixée par les deux légisr.
latùres, et qu'une discussion à ce sujet serait
inopportune aujourd'hui.
Quant à laquestion de Novi-Bazar, il ne
s'agit pas d'occupation, mais simplement du
droit pour l'Autriche-Hongrie de tenir garni-
son dans certaines localités; avec maintien de
la souveraineté de la Porte. ;• r
vaise il serait chassé, comme un jeune
homme de conduite indigne et d'exemple
dangereux, et contraint de s'éloigner pour
terminer ailleurs ses études juridiques.
Son père, lui-même, serait assurément
rappelé, après cette échauffourée, et quoi-
qu'il fût excellent et juste, Robert le sa-
vait' inflexible quand il s'agissait d'une af-
faire pouvant blesser, si peu que ce fût, la
moralje et les usages du monde.
De plus, cette rencontre, inévitable il est
vrai, n'en était pas moins fatale, et tout se
tournait contre lui.
Une seule chose, dans la circonstance,
était relativement heureuse, c'était la blés-
sure de Giraudel qui s'opposait encore à
ce que celui-ci sortît et; par conséquent il
n'avait pas à craindre de rencontrer ,1e
père outragé sur son chemin.
Mais Constance, qu'allait-elle devenir?
Quel serait son sort, dès que le bruit se
serait répandu, non-seulement de la ren-
contre, mais aussi de la cause qui l'avait
provoquée? 2 ̃•
Tout en marchant, son esprit travaillait.
Le dénouement si rapide de son amour
lui serrait le cœur, et la possession ayant
transformé son caprice en passion fou-
gueuse, il se demandait ce que serait dé-
sormais, pour lui, la vie sans l'affection, la
présence continuelle de ^Constance. •
L'enlever ? Et pour quoi faire? Et com-
ment faire ?
A cette heure peut-être, si le moindre
bruit avait franchi, la veille, les murs de
la prison, elle était prisonnière elle-même,
cadenassée dans sa chambre, par le plus
inflexible des geôliers qui ne la perdrait"
pas de vue d'une seconde.
Et puis, en supposant même qu'il en
pût être ainsi, qu'adviendraït-ii, au bout
de cette triste aventure, de deux jeunes
gens sans ressources, qui n'auraient pas
besoin d'aller jusqu'au bout du monde
pour se heurter au besoin d'abord, et
bientôt à la misère?
tion qui n'avait pas cessé jusqu'en 1848
d'être libérale. L'Assemblée nationale fut
dominée par la volonté d'empêcher le re-
tour d'un pareil système. Mais, en ce qui
concerne la loi sur les conseils généraux,
elle ne tarda pas à voir qu'elle était allée
trop loin.
La vérification des pouvoirs, qui est pos-
sible dans une grande assemblée, devient
très délicate, très difficile dans une petite
réunion, surtout en province. Elle soulève
mille difficultés que la pratique révéla en
très peu de temps. Les passions politiques,
l'esprit de coterie, ne tardèrent pas à se
faire jour dans toutes les vérifications de
pouvoirs. Elles donnèrent lieu à des dis-
cussions irritantes, dangereuses dans ces
petites assemblées où chacun se connaît,
est exposé à se voir, à se rencontrer. Elles
avaient, en outre, l'inconvénient très
grand, selon nous, de mêler les choses de
la politique aux. affaires qui constituent
l'attribution spéciale des conseils géné-
raux. Avec beaucoup d'autres esprits, nous
avons regretté l'ancien ordre de choses
qui n'avait plus, sous un régime de liberté,
les mêmes dangers. Mais, tout en consta-
tant lès inconvénients de laloi de 1871, nous
avouons que, nous n'aurions pas voté celle
du 31 juillet 1875 qui attribua directement
au conseil d'Etat le droit de statuer sur
les réclamations formées contre les élec-
tions des conseils généraux.
Cette.fois encore c'est, hélas la ten-
dance constante de nos assemblées délibé-
rantes on obéit à un sentiment de réac-
tion, de panique, si je puis m'exprimer
ainsi. Ce fut une de ces mesures d'expé- j
dient, destinées à être passagères, comme
nos codes administratifs en ont trop sou-
vent contenu.. En. premier lieu, cette subs-
titution violait le principe des deux degrés
de juridiction. Elle privait l'électeur ou
tout autre intéressé du droit d'appel.
Transportées tout d'un coup au conseil
d'Etat sans avoir été soumises à des
premiers juges, ces réclamations, qui soulè-
vent un grand nombre de questions de fait,
ne peuvent être élucidées avec le soin né-
cessaire. Compétent pour examiner les
points de droit, déterminer la jurispru-
dence, le tribunal suprême en matière ad-
ministrative est mal placé pour se rendre
compte d'incidents locaux qui nécessitent
la connaissance pes personnes, des mœurs,
des habitudes locales. Aussi a-t-il rendu,
dans ces dernières années, des décisions
qui ont surpris et qui justifieraient la
proposition de M. Lisbonne, si nous n'a-
vions la conviction que la Chambre doit
l'examiner à un autre point de vue.
En résumé, nous reconnaissons que
la" juridiction des conseils de préfec-
ture peut avoir pour tous, pour ce tri-
bunal lui-même, des inconvénients, mais
nous estimons que la vérification des pou-
voirs confiée aux conseils généraux en
offre de bien plus grands encore. La solu-
tion ne se trouverait-elle pas dans un sys-
tème mixte qui laisserait au bureau de re-
censement le droit d'examiner en pre-
mier ressort toutes les difficultés relati-
ves à des irrégularités, aux conséquences
de Tinâccomplissement des formalités
légales ? Composé de tous les maires du
canton, il est déjà chargé de procla-
mer le candidat et il prend des déci-
sions véritables. Ne serait-ce que sur la
légalité des bulletins et l'exactitude des
calculs opérés par les bureaux des commu-
nes. On introduirait désormais un recours
au conseil d'Etat contre ses décisions.
Quant aux faits de manœuvres, de pres-
sion, aux .tentatives de fraudes électorales,
aux agissements de nature à troubler les
citoyens dans l'exercice de leur droit, à
porter atteinte à la libre expression du
vote, ils constituent, selon nous, des délits
ou des actions qui devraient être soumises
aux tribunaux ordinaires.
On éviterait, en adoptant ce système, le
retour au système de la loi de 1833, le
maintien de la'loi de 1871 qui note les prin-
cipes juridiques, et la vérification par les
conseils généraux, qui ne peut que pro-
duire .la division, le désaccord dans nos
assemblées départementales. Si l'on entrait
FEU1LLETON DE LA PRESSE
-BU VENDREDI 7 MABS 1878
v •• (12)
~ad~I~ GI~
.̃: ̃ h ̃̃
Dans l'après-midi, ses amis vinrent lui
rendre compte de leur mission. Ils s'étaient
rencontrés avec les deux témoins de leur
camarade et tout était arrangé, pour 1
lendemain matin. La rencontre deva
avoir lieu à sept heures, dans un petit bois
planté de sapins situé à .deux kilomè-
tres de la ville, à peu près, sur la rive
droite de la rivière, et où l'on avait
toutes chances de n'être point suivis..
Seulement on rat obligé, au dernier
Reproduction autorisée pour tous les jour-
naux ayant un traité avec la Société des gens
de lettres.
dans cette voie il faudrait aller par voie de
conséquence jusqu'au bout, et conférer- les
mêmes priviléges aux conseils d'arrondis-
sement et aux conseils municipaux. Est-ce
bien là l'intention de M. Lisbonne ?
Dans ce cas, il y aurait lieu de confier à
une commission spéciale le soin de révi-
ser toute notre législation électorale.
CHRONIQUE PARLEMENTAIRE
M.. Limpérani, ancien député de la Corse,
actuellement procureur général de la cour de
Bastia, se trouvait hier dans les couloirs du
palais Bourbon où Tégnait d'ailleurs une très
grande animation. Un grand nombre de com-
missions avaient été réunies dans la journée.
Nous avons remarqué également la présence
de plusieurs Industriels
En ce qui concerne les travaux d'installa-
tion de la salle des séances, ils sont inter-
rompus depuis plusieurs jours.
La commission d'enquête sur les actes du
16 Mai a tenu hier une longue séance pour
discuter les conclusions qu'elle soumettrait à
la Chambre.
Au cours de sa délibération, M. Lepère, mi-
nistre de l'intérieur, a fait demander à la
commission de vouloir bien revenir sur sa
décision primitive et communiquer au gou-
vernement le rapport général de M. Brisson.
La commission, après un débat assez vif,
a décidé que cette communication serait
faite, et le président, M.Albert Grévy,aremis
hier soir le rapport de M. Brisson aux mi-
nistres.
L'autre partie de la délibération a été con-
sacrée à exposer les motifs qui militent pour
ou contre le procès des ministres du -16 Mai.
La réunion n'a pris aucune décision. elle a
remis à demain vendredi pour statuer.
M. Jules Ferry avait convoqué, hier matin,
au ministère de l'instructiou publique, la
commission de la Chambre qui est présidée
par M. Paul Bert et qui s'occupe de l'élabora-
tion d'un projet de réorganisation générale
de l'enseignement primaire.
Cette commission avait commencé sa tâche
en préparant un premier projet relatif à la
reconstitution du conseil supérieur de l'ins-
truction publique, mais, sur la demande du
ministre, la commission a retiré son projet
qui était déjà déposé sur le bureau de la
Chambre, afin de laisser l'initiative de cette
question au gouvernement.
Le ministre a, en effet, annoncé hier ma-
tin à la commission qu'il allait présenter
dans quelques jours son projet à la Cham-
bre afin de la mettre en état de statuer promp-
tement.
La commission d'initiative a examiné une
proposition de M. Talandier tendant à la no-
mination d'une commission qui serait char-
gée de faire l'inventaire de la fortune de la
France.
M. le ministre des finances, entendu par la
commission, a combattu la proposition, tout
en déclarant qu'il était prêt à fournir aux dé-
putés tous les éléments d'informations dont
il dispose.
La commission s'est prononcée pour la non
prise en considération de la proposition de
M. Talandier,- et a nommé M. Marion rappor-
teur.
La séance de la commission d'enquête
ayant été terminée à une heure avancée,
nous n'avons pu en faire connaître entière-
ment tous -les incidents. Nous croyons donc
devoir compléter les renseignements précé-
demment donnés
La commission d'enquête s'est réunie, à une
heure, au Palais-Bourbon, sous la présiden-
ce de M. Albert Grévy,- pour statuer sur les
conclusions du rapport de M. Henri -Brisson
qui tendent à la constitution d'une. nouvelle
commission chargée de compléter l'enquête.
Le nouveau ministre de l'intérieur, M.
Charles Lepère, assistait à une partie de la
séance.
La délibération s'est prolongée jusqu'à qua-
tre heures.
Plusieurs membres ont proposé à la com-
mission de voter une déclaration portant en
substance que
« La culpabilité des ministères de Broglie
et Rochebouët est suffisamment prouvée
pour qu'il y ait lieu de diriger des poursuites
contre les membres de ces deux cabinets
« Qu'en conséquence le. Sénat sera invité à
instituer une commission spéciale chargée de
compléter l'instruction du procès. ».
Le ministre de l'intérieur a alors réclamé
la communication du dossier recueilli au
cours de l'enquête et du rapport de M. Henri
Brisson.
La commission, après un débat très vif, a
décidé que cette communication serait faite
au gouvernement et elle s'est ajournée à ven-
moment, de renoncer au concours des
sous-officiers, les témoins de l'adversaire
n'ayant point voulu entendre parler de
cette combinaison.
Robert Dartois, ce jour-là, ne quitta
point la chambre, ne voulant point être vu
dans la ville.
Il écrivit à son père, puis à Constance,
pria ses deux amis de faire parvenir ces
lettres, s'il lui arrivait malheur, et attendit
le lendemain sinon avec calme, du moins
sans forfanterie, résolu qu'il était de ne
point faire une plaisanterie de cette affaire
et de ne point ménager celui qui l'avait
indignement outragé, la veille au soir, en
poursuivant Constance, et dans la matinée
en le frappant brutalement, en présence de
tous leurs camarades et des curieux amas-
sés.
• Pour lui, l'affaire ne pouvait être qu'ex-
trêmement sérieuse, et c'est même pour
cela qu'il ne regrettait pas trop l'absence
des militaires qui auraient pu prendre des
dispositions trop faciles et arrêter le com-
bat à la première égratignure.
Dans cette circonstance la première sé-
rieuse de sa vie, il se mit à songer aux ré-
sultats qui pourraient se produire et re-
connut que, qu'elle que fût l'issue du duel, v
c'en était fait de son amour que les évé-
nements allaient se précipiter que l'école
lui serait probablement fermée que son
père, averti par la faculté, viendrait faire
acte d'autorité' en lui signifiant un autre i
lieu d'études, et que, de toutes façons, le
glas allait sonner de cette passion mort-.
née qui n'avait duré que quelques heures,
car il comptait pour rien, maintenant, les
moments si impatiemment attendus et si
vivement recherchés où la présence seule
de Constance lui suffisait,. sans qu'il récla-
mât autre chose qu'un regard ou un sou-
rire.̃ ,t
La veille, lorsqu'elle avait quitté sa
chambre, sous le coup d'une émotion su-
prême, il était devenu un autre homme.
dredi pour prendre une résolution défini-
tive.
Ainsi que nous l'ayons dit, le gouverne-
ment' a l'intention de s'opposer* de' la ma-
nière la plus formelle à, la mise en. accusa-
tion, ;»;̃ ̃ ̃ ̃• "•
NOUVELLES
ta mouvement administratif vient d'avoir
lieu à la préfecture de la Seine
L'aimable et sympathique chef de cabinet
du préfet de la Seine, M. Henri Le Roux,
vient d'être promu chef de division.
Il est remplacé dans ses fonctions par M.
Lyon, auditeur au conseil d'Etat.
M. Roux, chef de division, a .été nommé
sous-directour, et le chef de bureau du secré-
tariat du conseil municipal, M. Souviron, est
devenu chef de division, en remplacement de
M.' Tesson, admis à faire valoir ses droits à la
retraite.
M. Tirard, dont la nomination comme mi-
nistre de l'agriculture et du commerce a paru
ce matin à l'Officiel, a présidé, hier, pour la
dernière fois la commission du tarif des
douanes, à laquelle il a fait ses adieux.
La commission a déclaré ses travaux défi-
nitivement clos.
M. Girerd, sous-secréta"ire d'Etat au miois-
tèra de l'agriculture et du commerce, conserve
ses fonctions.
Dans le programme qu'il a soumis à l'ac-
ceptation du cabinet, M. Tirard s'est, dit-on,
montré libre-échangiste, mais avec certaines
réserves compatibles avec les intérêts de
Dotreindustrie et consistant dans le maintien
du statu quo, ce qui est d'ailleurs la base des
demandes formulées par l§s protectionnistes
modérés et sages.
Tout le inonde a été surpris de la brusque
retraite de M. Develle, sous-secrétaire d'Etat
au ministère de l'intérieur M. le président
de la République et le conseil des ministres
avaient, paraît-il; insisté vivement auprès du
député de l'Eure pour qu'il conservât son
poste, mais il a résisté à toutes les instances.
Hier matin, à onze heures et demie, M. An-
drieux, le nouveau préfet de police, a pris
possession de son poste, et a eu une longue
conférence avec son prédécesseur, M. Albert
Gigot.
A deux heures, ce dernier a reçu en au-
dience de congé le personnel de l'adminis-
tration.
M.' Jacques Meyer, précédemment sous-
chef de cabinet chargé du secrétariat particu-
lier de M. de Marcère, vient d'assigner le gé-
rant de "la Lanterne à comparaître le 18 mars
devant le tribunal correctionnel de la Seine-
sous la prévention d'injures et de diffama-
tion.
M. Wallon, doyen de la faculté des let-
tres, a prononcé l'autre jour, sur la tombe
de M. Saint-René Taillandier un discours
dont nous citons les principaux passages
C'est une chose douloureuse que de rendre les
derniers devoirs à ceux qu'au titre de l'âge on
aurait dû précéder dans la tombe. Mais com-
bien la tâche n'est-elle pas plus pénible quand
hier encore vivait et conversait parmi nous,
prenant part à nos travaux, s'intéressant à ce
qui nous intéresse, celui dont nous venons
d'accompagner ici • le cercueil C'est, en effet,
dans toute la force et la maturité du talent que
ce coup soudain nous a ravi notre collègue.
Nous avons vu en un clin d'œil s'évanouir tout'
ce que nous avions encore le droit d'attendre de
son activité .̃.
M. Wallon a d'abord parlé de la jeunesse
de M. Saint-René. Taillandier puis il a
ajouté •̃̃
Depuis 1843, il avait- pris dans la rédaction
de la Revue des Deux Mondes une place où il a
su captiver jusqu'à la fin la faveur du public.
Plusieurs des livres qui lui ont valu les suffrages
de l'Académie française et qui maintiendront
honorablement son nom dans l'histoire de la
littérature se sont produits d'abord sous forme
d'articles dans cette revue célèbre. Un jour
même, il fut sur le point d'y sacrifier son titre
de professeur; et c'étaient encore les droits du
professeur qu'il défendait, en se refusant aux
instances d'un ministre qui le pressait de re-
noncer à une collaboration d'ailleurs toute lit-
téraire. Mais on eût été trop malavisé d'enle-
ver à l'enseignement cette parole élégante et
sympathique, et bientôt mêm»", au contraire, il
fut mis en mesure de cumuler plus aisément
les deux choses par l'arrêté qui, répondant au
vœu de notre faculté, l'appela a Paris (1863).
Il avait, pour, débuter, la mission la plus dif-
ficile. Il était chargé de suppléer M. Saint-
Marc Girardin. Avec des qualités d'esprit fort
Un lien réel l'attachait maintenant à celle
qu'il avait jusqu'alors aimée d'une passion
tout idéale, et la rupture lui paraissant
tout à fait inévitable, il éprouvait une sen-
sation pénible, non en raison du bonheur
disparu, mais desbonheurs qui ne devaient
plus venir.
Le lendemain matin, ses deux amis
étant venus le prendre, ils se dirigèrent
tous trois vers le lieu du rendez-vous, ga-
gnant, par les promenades extérieures, le
cours Caffarelli, qui longe l'Orne presque
jusqu'à l'endroit fixé pour la rencontre.
A cette heure matinale, de rares pas-
sants se montraient, et à l'exception des
chargeurs du port gagnant le bassin, en
costume de travail, et de quelques maraî-
chers des environs poussant leurs voitures à
bras chargées de légumes, vers la ville, on
ne rencontrait personne.
Dans le canal, le flot se faisaitr4éjà sen-
tir, et le bateau à vapeur du Havre, vomis-
sant des flots de fumée noire,- chauffait,
prêt à partir, et appelant les voyageurs,
aux tintements répétés de sa cloche de
cuivre.
La mer, poussée par un vent de nord-
est assez fort, montait avec une rapidité
très grande, entraînant avec elle depuis
l'embouchure les lourdes embarcations
des sablonniers, les picoteux, comme on
les appelle, chargées de sable jusqu'à la
lisse, àl'avant età l'arrière, ayant aumilieu
juste l'espace qu'il faut à un homme pour
les diriger au fil de l'eau et pour activer
la marche à l'aide des avirons.
Sur les prairies avoisinantes, un brouil-
lard assez épais roulait, poussé par le vent
qui venait, de la mer, laissant entrevoir
parfois, dans une déchirure, les dernières,
maisons du faubourg, du côté de la route
de Ouistreham,*et plus loin les deux tours
carrées de l'Abbaye-aux-Dames, dont le
sommet, au-dessus du brouillard, recevait
en plein les rayons du soleil levant.
A droite, à travers un fouillis de ver-
différentes, il sut pourtant retenir autour de
lui' le nombreux auditoire qui avait coutume
d'applaudir son éniinent titulaire et il réussit
tellement qu'en 1868, après la mort de notre
jeune et regretté collègue. Eugèaë Ganclar, lais-
sant la poésie pour la prose, ilfut élevé comme
titulaire lui-même à- la chaire où il retrouvait
les grands souvenirs de M. Niàard et de M. Yil-
lemain.
C'est dans cette chaire que, le 2 janvier -1870,
M. Segris, ministre de l'instruction publique,
vint le prendre pour l'attachera son départe-
ment en qualité de secrétaire général, titre au-
quel se joignit bientôt celui de conseiller d'Etat.
Secrétaire général du ministère de l'instruction
publique à' la fin de l'empire. il continua de
l'être sous la République le ministre de la
République était M. Jules Simon, qui refosa sa
démission et sut le retenir auprès de lui jus-
qu'en 1872. Notre collègue revint alors à son
enseignement et à ses travaux, et, en 1873, il
en recevait la récompense la plus enviée par
son élection à l'Académie française. Une voix
plus autorisée que la mienne vient d'indiquer
les œuvres littéraires 'qui lui avaient mérité
cette haute distinction et celles qui n'ont pas
cessé de la justifier jusqu'à son dernier jour.
Ne iit-on pas en ce moment, dans la Revue des
Deux Mondes, les pages vraiment émues qu'il
a consacrées à l'œuvre de son illustre confrère
M.VictordeLaprade? Poète à ses débuts, ilafini
parun hommage aupoète dontlesaccents étaient
le plus en harmonie aVec la corde secrète qui
vibrait toujours dans son âme la Béatrice est
sœur de la Psyché. ̃
Ce qui frappe au premier coup d'oeil dans
l'ensemble. des travaux de Saint-René Taillan-
dier, c'est la largeur du champ où son activité
s'exerce, et l'on y peut voir l'heureuse influence
de sa forte éducation. Elève de l'Université de
France, étudiant d'une université' allemande,
il étend ses études à l'Allemagne et à bien
d'autres pays que l'Allemagne, et il met au ser-
.viceda la France les résultats de ses' investi-
gations. Toutes les littératures étrangères, les
littératures germanique, anglaise, espagnole,
italienne et, au delà de ce premier cercle, les
littératures magyare, tchèque, russe sont mi-
ses à contribution par cet esprit curieux. Quelle
variété, quelle richesse d'aperçus ne devait pas
répandre dans ses leçons une érudition si vaste
Et nous lui devons aussi plusieurs pages bien
précieuses de cette histoire d'hier, plus incon-
nue que celle des temps anciens.
Quelque nombreuses qu'aient été ses publi-
cations, il lui restait bien plus encore. pu-
bliçr et c'est pour cela que depuis deux ans
il avait pris un congé dans notre faculté il
voulait mettre en œuvre les matériaux accu-
mulés par tant de recherches. Il sentait qu'il
fallait se hâter. Il a été surpris au milieu de ce
travail. Son œuvre reste inachevée. Mais, après
tout sa tâche est accomplie. Il connaissait et il
savait s'appliquer à lui-même ces paroles de
l'Evangile « Veillez soyez prêts vous ne sa-
vez ni le jour ni l'heure. Et vos estote parati. »
Il doit donc être de ceux dont la même voix a
dit .« Heureux les serviteurs que le Seigneur,
quand il sera venu, a'ura trouvés veillant Beçiti
servi illi quos quum venerit Deminus invenerit'
vigilantes.» Ce sera, dans cette profonde douleur,
la consolation suprême de sa famille, de ses
amis.'
M. de Viel-.Gastel a également prononcé
un discours dont voici la péroraison
Ce m'est pas ici qu'il convient d'expliquer,
avec tous les développements que comporterait
un tel sujet, la très grande valeur de ces pro-
ductions littéraires. En présence d'une tombe
ouverte, d'autres préoccupations s'imposent à
mon esprit. Ce.que je crois devoir louer dans
le confrère que nous avons perdu, c'est une
bienveillance dont la parfaite aménité de ses
manières était l'aimable expression; ce sont des
qualités morales d'un ordre plus élevé encore,
l'honnêteté, la droiture de ses principes et les
convictions religieuses dont il était animé; ces
convictions qui, de l'a\eu des sceptiques intel-
ligents et non prévenus, contribuent si effica-
cement, même sur cette terre, au bonheur de
l'existence. Un de ces sceptiques, un des plus
éminents, un très-grand esprit n'a-t-il pas dit
que l'homme ̃. est. meilleur lorsqu'il croit, parce
qu'il est plus heureux? fi iv. ;̃
DISCOURS DE M. DE BISMARCK
Le Parlement allemand, dans sa séance du
4 mars, a commencé la discussion en pre-
mière lecture du projet de loi sur les pouvoirs
disciplinaires de l'Assemblée. Il a entendu
plusieurs députés, entre autres le prince de
Hohènlohe-Laugenburg et M. Lasker, qui ont
parlé' contre le projet, et le prince de Bisr
marck, qui l'a, naturellement. défendu. Voici
la première ,p?.rtie du discours du chancelier*
Nous en publierons le complément aussitôt
qu'il nous sera transmis
Je n'Insisterai pas, comme l'orateur qui
m'a précédé (M. Lasker), sur les détails du
projet, attendu que je considère comme une
question essentiellement intérieure pour le
Reichstag de s'approprièr, dans les moyens
dure, des villas se montraient fenêtres
closes, à cause de l'heure matinale, et les
arbres, secoués par lèvent, laissaient tom-
ber en larges gouttes le brouillard humide
qu'ils avaient retenu pendant la nuit.
Les trois camarades allaient, sans mot
dire, le long du chemin de halage, les
deux témoins un peu en avant, Robert en
arrière et retournant parfois la tête pour
regarder la villélnollement assise jusqu'au
fond de l'horizon, grise à travers le brouil-
lard, tandis que les flèches de ses clochers
montaient dans la clarté du soleil, depuis
Saint-Pierre jusqu'à Saint-Etienne, rem-
plissant l'air de leurs sonneries matinales,
joyeuses, sonores, empressées, tantôt plei-
nes et vibrantes, dans une accalmie de
vent, puis fuyantes au point de devenir
presque imperceptibles, lorsque le vent de
la mer, s'engouiïrant dans le canal, pous-
sait le long du bord, le flot qui courbait
les herbes et se brisait, en écumant, sur les
pierres désagrégées des talus entre les-
quels, à l'entrée du port, la rivière navi-
gable était encaissée.
C'était- là-bas,' à cinquante mètres à
peine de la basilique de Saint-Etienne, que
Constance reposait, sans savoir qu'à cette
heure matinale, il allait, lui, d'un pas
ferme, mais le cœur plein de regrets, se
battre pour elle, et venger, s'il le pouvait,
l'affront qui lui avait été fait l'avant-veille.
Que de choses passées depuis lors, et
comme ces vingt-quatre heures lui parais-
saient longues Elles prenaient, dans sa
vie jusqu'alors insouciante et légère, toute
l'importance d'une année, pour se trouver
subitement interrompues, sans qu'il en-
trevît la possibilité de renouer honnête-
ment des relations intimes brusquement
nouées par le hasard et dont la dernière
phase se trouvait si singulièrement com-
pliquée que ce duel même, tout inévitable
qu'il fût, ne pouvait, quel qu'en fût le ré-
sultat, qu'aggraver la situation de la jeu-
ne fille, dont le père n'était pas homme à
que le gouvernement lui offre pour garantir (
sa propre; dignité et fortifier son pouvoir, ce
qu'if jugera le mieux lui convenir. Ce que
vous repousserez ne deviendra pas loi; vous
êtes entièrement libres d'en prendre ce que
vous voudrez je n'ai qu'une chose à dire
bénéficia non ohtruduntur. Un moment viendra
peut-être où vous examinerez ce projet d'un
sens plus rassis et demanderez au gouverne-
ment, de le présenter à nouveau. Le temps,
c'est ma confiance, bénéficiera au projet. Sans
aller au fond des choses, je dois cependant
répondre sur quelques points à Si. le préopi-
naBt, notamment à ce qu'il a: dit en qùittaat
la tribune, à savoir, quo, par l'adoption de
cette loi, adoption à laquelle je ne crois
point, l'équilibre serait rompu entre les
deux pouvoirs politiques.,
J'ai dit que je ne croyais pas à l'adoption
du projet: en le présentant,^ gouverne-
ment n'a voulu que dégager sa responsabilité
le reste vous regarda. Quant à l'équilibre
dont il a été' question, il n'existe pas et n'est
point à détruire; nous n'appartenons pas
aux classes privilégiées; nous sommes de
cette misera plebs placée sous le droit com-
mun. Tout le monde peut procédurer contre
nous nous ne sommes protégés par aucan
privilège, et je m'étonne qu'un homme qui
connaît aussi bien la Constitution que M. Las-
ker paraisse ignorer ce fait. L'imprimeur,
l'agent ùs la presse qui fait prendre ici nos
discours est protégé par l'article 22 de la
Constitution; mais nous, nous ne sommes
pas protégés par l'article 30. Ce dernier arti-
cle se rapporte expressément aux députés au
Reichstag. Au commencement, j'ai, moi aussi,
partage l'erreur populaire, mais depuis je
me suis aperçu que nous n'étions pas garan-
tis contre toute accusation par les principes
de droit commun, et je suis devenu très cir-
conspect dans mes expressions. (Grande hi-
larité). Nous ne sommes donc pas sur le pied
de l'égalité.
Le projet de loi a un triple but.: il est des-
tiné à sauvegarder la dignité du Parlement,
à protéger contre les injures et à. prévenir
l'agitation provenant du privilège accordé
par l'article 22, concernant le caractère inat-
taquable de la publication dès comptes ren-
dus. Pour le gouvernement, il s'agit surtout
de ce- dernier point. Le gouvernement pense
qu'il doit protéger les particuliers contre les
abus que l'on peut faire du privilège dont il
s'agit. Nous tenons aussi à empêcher la pro-
pagande qui résulte de l'impression et de la
distribution de discours que l'on prononce
seulement pour pouvoir les faire imprimer
et distribuer impunément.
A ce point de vue, les prescriptions actuel-
lesmeparalssent insuffisantes. JeciteralàTap- L
pui de mon assertion le discours de M.
Hasselmann, que le président a qualifié, par
euphémisme, de discours constituant presque
une provocation à l'insurrection. Je- pense,
quant à moi, que c'était une complète pro ̃
vocation à l'insurrection. (Cris Non Noh
M. Hasselmann a été rappelé à l'ordre mais
qu'est-ce que cela a pu lui faire ? Il a pris en-
core une fois la parole et a dit « Ce n'est
pas moi qui ai provoqué j'ai déclaré suffi-
samment que je préférais les moyens paci-
fiques. Je les préfère réellement mais je suis
prêt aussi à sacrifier ma vie, je le répète.
Que le prince de Bismarck se rappelle le 18
mars 1848! »
N'est-ce pas une continuation de cette mê-
me tendance que le président a qualifiée si..
bénignement en disant qu'elle frisait la pro-
vocation, à l'insurrection ? Il est vrai qu'au-
cune insurrection n'éclatera dans cette salle,
mais les socialistes sont assez habiles pour
trouver la mesure dans laquelle le compte
rendu peut-être considéré comme complet.
Ils ne jeculent pas nonr plus devant les
frais» quand il s'agit d'imprimer en gros ca-
ractères et de répandre dans les masses les
passages qui constituent la provocation à l'in-
surrection. C'est encore ce danger, messieurs,
c'est contre l'impunité de cette propagande,
que nous espérions trouver un remède dans
un projet de loi adopté par vous.
C'est là la danger que je redoute et que je
voudrais combattre. Il est vrai que la tempe--
rature que je trouve ici dans la question du
socialisme est, assez basse, comparée à celle
qui régnait lors des graves attentats que
vous savez mais elle n'est certainement
qu!.extérieure. Nous comptions fermement
sur l'appui du Parlement, dans la lutte con-
tre le socialisme, à laquelle une loi adoptée
pour deux ans ne saurait mettre fin mais
les votes récents nous ont déjà montré que
nous nous faisions illusion. Nous comptions
sur un appui plus énergique;
Nous né croyons pas que la lutte soit ter-
minée. Je me bornerai à rappeler l'élection
de Breslau et quelques autres. L'organisation
supporter une pareille avanie sans se
portera quelque extrémité violente.^
Le long de la rivière, quelques cabo-
teurs suivaient la marée montante, traînés
au pas de maigres haridelles côtoyant le
chemin de halage et qui, parfois, tout
d'un coup, s'arrêtaient, incapables d'avan-
cer d'un mètre, lorsque les voiles déployées,
ne recevant plus le vent, faséyaient le long
des mâts. Alors, ceux qui les conduisaient,
interrompant leur chanson, faisaient cla-
quer leur fouet avec force et fouaillaient, à
tour de bras, les pauvres bêtes qui n'en
pouvaient mais et repartaient cahin-caha,
aussitôt que le vent, leur portant secours,
ballonnait les voiles des goélettes et des
sloops qui montaient à Caen, chargés de
houille ou de barriques de vin rangées
jusque sur le pont.
Le pilote, à la roue du gouvernail, s'é-
tudiaità suivre le chenal étroit, et les ma-
telots, appuyés sur les bastingages, regar-'
daient le paysage, immobiles, sans avoir
l'air de penser à quelque chose, l'œil va-
guement fixé sur la rive, comme les vaches
des prairies environnantes, encore cou-
chées dans la rosée à cette heure matinale,
et poussant de temps en temps des mugis-
sements étouffés, gênées par le lait, et qui
se levaient l'une après l'autre traînant entre
leurs jambes de derrière écartées leurs
mamelles gonflées et pesantes.
Tous ces détails charmants, tous ces
bruits de la nature qui s'éveille, passaient
inaperçus aux yeux de Robert.
Le jeune étudiant marchait le long de la
berge, les yeux fixés, sans rien voir, sur
la rivière dont les remous s'accentuaient à
mesure que le flot montant prenait^ plus
de force. Il pensait, tout en marchant, à
cette -singulière aventure dont les consé-
quences encore inconnues l'intimidaient.
Cela ne pouvait manquer de faire un
bruit énorme, non-seulement dans la ville;
mais aussi à l'école. Vainqueur ou blessé,
sa situation ne pouvait que devenir mau-
du parti socialiste est restée la même. On a
appliqué si doucement l'article 28 de la loi,
que les communications n'ont été nulle part
coupées. Là suppression de l'agitation locale,
la suppression des communications entre les
chefs et les masses qu'ils dirigent, tel était le
but de la loi. On l'avait atteint à Berlin. Nous
ne pouvons continuer d'agir sans l'autorisa-
tion du Parlement; mais, après le vote du
Parlement, le rétablissement des communi-
cations est devenu une nécessité. La procla-
mation du petit état de siége a été restreinte
à Berlin.
Je savais bien que, dès que la loi serait pu-
bliée, un .danger existerait partout où les so-
cialistes sont en majorité, c'est-à-dire où l'on
ne peut pas dire que nous montrions une in-
quiétude prématurée et' exagérée. Il me sem-
ble que le gouvernement aurait dû avoir le
droit de couper les fils qui relient les chefs
du mouvement à ceux qu'ils dirigent. Le
premier pas que l'on a fait dans ce sens (avec
timidité, je dois le dire) a été désapprouvé `
par vous, et l'espoir que je fondais sur l'ap-
plication ultérieure de la loi concernant les
socialistes a été cruellement déçu. Aussi
n'ai-je presque plus le courage de continuer
une entreprise que je ne puis mener à bonne
fin sans' l'appui de la majorité du Parle-
ment.
test à vous de juger jusqu'à quel point
vous pouve^ repousser le projet mais je ne.
crois pas que la loi concernant les socialistes
puisse être efficace, si la majorité du Parle-
ment ne s'efforce pas de liror aussi les con-
clusions de cette loi dans nos autres institu-
tions. Parmi les conséquences de la loi con-
cernant les socialistes, figure, selon moi, le
projet de loi qui nous occupa aujourd'hui.
La loi proposée a pour Jbut de mettre un.
terme à la propagande qui peut être faite
impunément par l'impression des discours
parlementaires. Vous n'atteindrez pas ce but
sans le concours légal des gouvernements
confédérés et du conseil fédéral.
Nous' vous offrons les moyens d'arriver a ce
.résultat; nous vous tendons la main. En re-
poussant le projet, vous refuseriez de nous
donner la vôtre. Pouvez-vous créer par vous-
mêmes quelque chose de meilleur que ce
qui vous est offert actuellement, quelque
• chose qui réponde mieux au désir que la
majorité de la nation éprouve, comme je la
crois, d'être protégée contre l'agitation et con-
tre les injures adressées aux particuliers, en
vertu d'un privilége'parlementaire ? Si vous
le pouvez, j'applaudirai à vos efforts et je vous
aiderai autant que je le pourrai; mais je
doute fort que vous puissiez réussir.
EXTERIEUR
Allemagne
Berlin, 4 mars.
Le Reichstag a terminé, en première lec-
ture,- la discussion du projet disciplinaire du
Parlement. Il a repoussé, à une grande ma-
jorité, la proposition tendant à renvoyer le
projet à la commission. Les deux fractions
de droite ont seules voté pour le renvoi.
La discussion en deuxième lecture aura
lieu vendredi, en séance plénière.
Autriche
Pesth, 5 mars. -v;
La commission de la délégation autri-
chienne a adopté, à l'unanimité moins deux
voix, une motion de M. Sturm fixant à 30
millions, au lieu de 34,500,000 floriB s, le chif-
fre des dépenses extraordinaires de l'armée
•d'occupation pour l'année 1879. Elle a adopté,
également par 11 voix contre 8, une motion
du même' député tendant à inviter le gou-
vernement, à rendre l'effectif des troupes
d'occup'ation inférieur au chiffre fixé pour le
quatrième trimestre de 1879, afin de remettre
ces troupes sur le pied de paix.
Le ministre Hofmann a fait un exposé dé-
taillé de la situation des provinces occupées.
Vienne; 5 mars.
Le comte Andrassy répond à différentes
questions posées par la délégation autri-
chienne, en disant que la situation politique
des provinces occupées sera, quand le mo-
ment en sera venu, fixée par les deux légisr.
latùres, et qu'une discussion à ce sujet serait
inopportune aujourd'hui.
Quant à laquestion de Novi-Bazar, il ne
s'agit pas d'occupation, mais simplement du
droit pour l'Autriche-Hongrie de tenir garni-
son dans certaines localités; avec maintien de
la souveraineté de la Porte. ;• r
vaise il serait chassé, comme un jeune
homme de conduite indigne et d'exemple
dangereux, et contraint de s'éloigner pour
terminer ailleurs ses études juridiques.
Son père, lui-même, serait assurément
rappelé, après cette échauffourée, et quoi-
qu'il fût excellent et juste, Robert le sa-
vait' inflexible quand il s'agissait d'une af-
faire pouvant blesser, si peu que ce fût, la
moralje et les usages du monde.
De plus, cette rencontre, inévitable il est
vrai, n'en était pas moins fatale, et tout se
tournait contre lui.
Une seule chose, dans la circonstance,
était relativement heureuse, c'était la blés-
sure de Giraudel qui s'opposait encore à
ce que celui-ci sortît et; par conséquent il
n'avait pas à craindre de rencontrer ,1e
père outragé sur son chemin.
Mais Constance, qu'allait-elle devenir?
Quel serait son sort, dès que le bruit se
serait répandu, non-seulement de la ren-
contre, mais aussi de la cause qui l'avait
provoquée? 2 ̃•
Tout en marchant, son esprit travaillait.
Le dénouement si rapide de son amour
lui serrait le cœur, et la possession ayant
transformé son caprice en passion fou-
gueuse, il se demandait ce que serait dé-
sormais, pour lui, la vie sans l'affection, la
présence continuelle de ^Constance. •
L'enlever ? Et pour quoi faire? Et com-
ment faire ?
A cette heure peut-être, si le moindre
bruit avait franchi, la veille, les murs de
la prison, elle était prisonnière elle-même,
cadenassée dans sa chambre, par le plus
inflexible des geôliers qui ne la perdrait"
pas de vue d'une seconde.
Et puis, en supposant même qu'il en
pût être ainsi, qu'adviendraït-ii, au bout
de cette triste aventure, de deux jeunes
gens sans ressources, qui n'auraient pas
besoin d'aller jusqu'au bout du monde
pour se heurter au besoin d'abord, et
bientôt à la misère?
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