Titre : Journal des artistes
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1892-02-14
Contributeur : Esmont, Henry. Rédacteur
Contributeur : Duprey, Paul. Rédacteur
Contributeur : Hamel, Henry (18..-18..? ; illustrateur). Directeur de publication
Contributeur : Revers, Henry. Collaborateur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32799190z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 14 février 1892 14 février 1892
Description : 1892/02/14 (N6). 1892/02/14 (N6).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4577287q
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOA-504
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/12/2017
JOURNAL DES ARTISTES
45
Th. Barreau, secrétaire du Comité, 28, rue
Notre-Dame-des-Champs.
Musées. — Le modèle original en plâtre,
exécuté par François Rude pour le monu
ment de bronze élevé à Fixin (Côte-d’Or) à la
mémoire de Napoléon 1 er , a été acquis parle
Musée du Louvre, et sera placé dans les ga
leries de la sculpture moderne.
— La Direction des Musées nationaux
vient d’être avisée d'un legs qui lui a été fait
par M. Th. Giraudeau, décédé le 28 janvier
dernier, de soixante pièces de faïences à
choisir dans la collection qu’il a laissée. Au
cas où ce legs ne serait pas accepté par le
Musée du Louvre, il serait partagé entre Sè
vres et Cluny. La collection de M. Giraudeau
était représentée par quelques pièces cle
faïences de Rouen, de Marseille et de Mous-
fiers à l’exposition rétrospective de l’Art
français au Trocadéro en 1889.
Bronze et Marbre. — M. Gérôme vient
de terminer le buste du peintre Philippe
Rousseau qui sera inauguré à Evreux dans
le jardin du musée, au mois de mars pro
chain, par la Société des Amis des Arts de
l’Eure.
Nouvelles diverses. — ■ Le Comité de
l’exposition du monument Ratlêt prie les col
lectionneurs ou amateurs qui posséderaient
des aquarelles ou des dessins de Ratfet et
qui voudraient les exposer, d’en aviser
M. Gérôme, président du Comité, 65, boule
vard de Clichy.
— Le Ministre de l’Instruction publique et
des Beaux-Arts vient d’instituer une Com
mission chargée de dresser un catalogue
destiné à guider l’Administration dans le
choix des œuvres d'art à mettre en usage
dans les lycées et collèges.
Sont nommés membres de cette Commis
sion : MM. Bayet, recteur de l’Académie de
Lille ; Collignon, ch. de cours à la Fac. des
lettres de Pâtis ; Courajod, conservateur
adjoint au musée du Louvre ; Dupuy, ins
pecteur de l’Académie de Paris; Jallifier,
professeur au lycée Condorcet ; Lavisse, pro
fesseur à l’Académie des lettres de Paris ;
Lemonnier, cli. de cours à la Fac. des let
tres de Paris ; André Michel, critique d’art ;
Morel, inspecteur général de l’instruction
publique; Müntz, cons. adj. des collect. de
l’Ec. îles Beaux-Arts ; Ramer, directeur de
l’enseignement secondaire.
Nécrologie. — Le sculpteur Maggesi,
directeur honoraire de l’Ecole de sculpture
de Bordeaux, vient de mourir.
— Nous apprenons la mort de notre con
frère Maurice Du Seigneur, décédé à Paris à
l’àge de quarante-six ans.
— On annonce la mort de M. Alfred
Arago, né à Paris le 20 juin 1810, second
fils de François Arago, l’illustre savant,
frère de M. Emmanuel Arago. ambassadeur
de France en Suisse, et neveu de M. Etienne
Arago, conservateur du Musée du Luxem
bourg. Il avait débuté par faire de la pein
ture ; élève de Paul Delaroche, il exposa pour
la première fois au Salon de 1844. Son ta
bleau avait pour sujet : Charles-Quint au cou
vent de Saim-Jnst, qui est au musée de Per
pignan ; l’année suivante, il exposa une toile
dont le titre ôtait : Bramante profile de l’ab
sence momentanée de Michel-Ange pour intro
duire furtivement Raphaël dans la chapelle
Sixtine. En 1846, il obtint une médaille de
3 e classe avec la Récréation de Louis XI; il
avait aussi, la même année, des Moines atten
dant audience du pape ; plus tard il donna :
Pétrarque plantant un laurier sur 'les ruines
du tombeau de Virgile; Un moine assassiné ;
Le dolmen de Poulguen, souvenir de Breta
gne. Sous l’Empire, il fut attaché au minis
tère d’Etat et devint inspecteur des Beaux-
Arts. Il fut nommé chevalier de la Légion
d’honneur en 1854 et fut promu plus tard
officier. Il a fait aussi de la critique d’art.
Le musée de Perpignan possède de lui des
copies d’après Raphaël et Murillo.
Le Banquet annuel de la Société libre
des Artistes français aura lieu demain
lundi, 15 février, dans les salons du
restaurant Corazza, au Palais-Royal.
JPetite Correspondance
R... H... — Ne perdons pas de vue votre
demande d’un cours d’animaux vivants.
CAUSERIE
L. . G, PSS.O'CrSB
La mort de Pelouse, bien inattendue, a
causé dans le monde des arts une douloureuse
émotion et, parmi les paysagistes en particu
lier, la perte a été cruellement sentie. Jeune
encore, si l’on songe à ses tardifs débuts, Pe
louse a été enlevé dans toute la force de son
talent et en pleine possession de la renommée.
C’est qu’aussi il possédait à un haut degré le
caractère et le tempérament des artistes sin
cères. C’est qu’il avait ce charme extrême de la
couleur, et à une facture extraordinairement
habile, il ajoutait tous les scrupules d’une cons
cience délicate et sévère.
Ses commencements valent la peine d’être
contés. Pelouse débuta, en elfet, par être em
ployé de commerce dans la maison de son
oncle. Mais à 28 ans la suggestion opère, la
vocation l’appelle, et dès lors il n’est plus
qu’un commerçant médiocre. Naturellement
sa famille lui pardonna malaisément cette
désertion. Son oncle qui était tout prêt à l’in
téresser dans ses affaires lui donna en vain
l’assurance qu’il ferait de lui son successeur,
s’il consentait à devenir son associé.
Mais Pelouse ne voulut rien entendre, et
sa résolution fut inébranlable. L’idée d’in
dépendance était en lui depuis très long
temps et l’attrait de la peinture agissait irré
sistiblement sur son âme. 11 s’v donna donc
entièrement, c’est-à-dire avec l’ardeur la plus
passionnée. Il n'est pas jusqu’à ses tournées
de province — car il ne peut abandonner tout
de suite le métier qui le fait vivre — qu’il ne
tourne au profit de l’art, recueillant çà et là
au hasard de la route mille impressions, jetant
mille croquis où s’éveille déjà le talent du
maître futur.
Avec sa mère qu’il adorait, le malentendu
fut assez vif, mais non durable pourtant, la
réconciliation ne tarda point. Le succès lui
vint assez vite pour montrer ce que les crain
tes maternelles avaient eu d’excessif et com
bien avaient été injustes les préventions des
siens contre la carrière artistique.
La passion de bien faire ce qu’on fait, et
qui mène l’homme réfléchi à faire mieux ce
qu’il voit faire et finit par lui mettre aux doigts
la clef des aîuvres où l’esprit a la main pour
aide, fut bientôt trop absorbante. Il devint
alors hanté par une obsession de vie à la cam
pagne. Il alla habiter Cernay — ce petit coin
presque solitaire alors, l'avait séduit dans le
nombre des excursions qu’il multipliait — tou
jours à la recherche de la belle nature. Dans
la contemplation de celle-ci il fut bientôt un
familier de la vie et de la structure des belles
roches et des formes végétales, et le paysage
n'eut bientôt pour lui plus de secrets.
Pieuse et passionnée, cette intimité avec les
choses de la terre trahissait déjà l’âme de
l'artiste qu’il allait être très vite, sans que
l’obscurité décourageante des trop longs débuts
lui fût réservée.
En ce charmant pays, il sut dénicher une
auberge modeste où l’on s’accommoda de sa
bourse peu garnie. Vêtu en simple paysan
comme pour mieux entrer en communication
avec les êtres et les choses, il partait en blouse
et en sabots dès le lever du jour, et il se met
tait à la besogne, oubliant souvent les heures
de repas et ne rentrant que bien longtemps
après le coucher du soleil. Son travail acharné,
son courage et sa constante belle humeur lui
concilièrent l’amitié des aubergistes.
A l’automne, quand la nature revêt ces tein
tes chaudes si recherchées des coloristes, arri
vèrent successivement Deshayes et Victor Le
clerc , et dans l’auberge de la petite place de
Cernay-la-Ville on vit un trio laborieux, s’at
teler sans trêve à l’interprétation de la nature
sous tous ses aspects.
On travaillait ferme tout le jour, et quand
le soir venu la table rassemblait nos amis par
fois dispersés, une gaîté vive et sincère emplis
sait la maison. Ils éprouvaient comme un
besoin de détendre leur esprit et leurs pen
sées, comprimées pendant les longues heures
du travail, s’échappaient en fusées pétillantes.
A l’hiver, Pelouse vint passer quelques jours
à Paris, non que le froid l’eut contraint à quit
ter ses recherches de plein air, mais afin de
montrer quelques-unes de ses études à Vollon
pour lequel il avait une grande admiration.
Comme il gravissait les hauteurs de Montmar
tre, il se demandait ce que le maître allait lui
dire et son inquiétude égalait son impatience.
Vollon ne tarda pas à reconnaître dans ces
premiers essais une hardiesse et une volonté
dignes de la plus bienveillante attention: il
accorda au débutant des encouragements
chauds et sincères.
Mais il ne lui cacha pas que des désillusions
l’attendaient, qu’il aurait à lutter fortement
pour arriver à un résultat. De quelle école,
de quel maître, en effet, pouvait-il se recom
mander? Sorti de l’école de Lyon, mieux que
personne Vollon savait la peine qu’il faut pren
dre et il croyait charitable et sage d’en avertir
son jeune ami. Pourtant il lui conseilla de
persévérer dans sa voie nouvelle, de demeurer
lui-même, de n’obéir qu’à son tempérament
et de ne se laisser influencer par aucun.
Il n’y avait, à cette époque, pas encore très
longtemps que le paysage avait enfin gagné
son procès contre les partis pris convention
nels, que les majestueuses compositions du
Poussin n’avaient, pas peu contribué à propa
ger. La révolution n’était que d’hier, qui avait
eu pour chefs Théodore Rousseau, Jules Du-
pré, Corot, François, Diaz, etc.
La Nature que peignait Pelouse n’était pas
du goût de tout le monde. Les philosophes et
les amoureux ne trouvaient point à rêver dans
ses paysages sincères; en cette Nature rendue
ainsi que l’aime le laboureur, on y parlait
patois, même, et l’embellissement y faisait
défaut. L’âme, pourtant, d’un artiste person
nel, animait les pages qu’il écrivait d’un libre
pinceau en cette saveur de franchise qui n’ex
cluait pas le style, ne tarda point à triompher
de l’indifférence et du parti pris. Enfin, il avait
un foi de néophyte avec la passion et les yeux
d’un amant. C’en était assez pour qu’on ne lui
déniât point longtemps la maîtrise.
En quittant Vollon il se sentit plus de vail
lance. Afin de mettre plus vite à profit les
conseils qu’il venait de recevoir, il reprit aus-
45
Th. Barreau, secrétaire du Comité, 28, rue
Notre-Dame-des-Champs.
Musées. — Le modèle original en plâtre,
exécuté par François Rude pour le monu
ment de bronze élevé à Fixin (Côte-d’Or) à la
mémoire de Napoléon 1 er , a été acquis parle
Musée du Louvre, et sera placé dans les ga
leries de la sculpture moderne.
— La Direction des Musées nationaux
vient d’être avisée d'un legs qui lui a été fait
par M. Th. Giraudeau, décédé le 28 janvier
dernier, de soixante pièces de faïences à
choisir dans la collection qu’il a laissée. Au
cas où ce legs ne serait pas accepté par le
Musée du Louvre, il serait partagé entre Sè
vres et Cluny. La collection de M. Giraudeau
était représentée par quelques pièces cle
faïences de Rouen, de Marseille et de Mous-
fiers à l’exposition rétrospective de l’Art
français au Trocadéro en 1889.
Bronze et Marbre. — M. Gérôme vient
de terminer le buste du peintre Philippe
Rousseau qui sera inauguré à Evreux dans
le jardin du musée, au mois de mars pro
chain, par la Société des Amis des Arts de
l’Eure.
Nouvelles diverses. — ■ Le Comité de
l’exposition du monument Ratlêt prie les col
lectionneurs ou amateurs qui posséderaient
des aquarelles ou des dessins de Ratfet et
qui voudraient les exposer, d’en aviser
M. Gérôme, président du Comité, 65, boule
vard de Clichy.
— Le Ministre de l’Instruction publique et
des Beaux-Arts vient d’instituer une Com
mission chargée de dresser un catalogue
destiné à guider l’Administration dans le
choix des œuvres d'art à mettre en usage
dans les lycées et collèges.
Sont nommés membres de cette Commis
sion : MM. Bayet, recteur de l’Académie de
Lille ; Collignon, ch. de cours à la Fac. des
lettres de Pâtis ; Courajod, conservateur
adjoint au musée du Louvre ; Dupuy, ins
pecteur de l’Académie de Paris; Jallifier,
professeur au lycée Condorcet ; Lavisse, pro
fesseur à l’Académie des lettres de Paris ;
Lemonnier, cli. de cours à la Fac. des let
tres de Paris ; André Michel, critique d’art ;
Morel, inspecteur général de l’instruction
publique; Müntz, cons. adj. des collect. de
l’Ec. îles Beaux-Arts ; Ramer, directeur de
l’enseignement secondaire.
Nécrologie. — Le sculpteur Maggesi,
directeur honoraire de l’Ecole de sculpture
de Bordeaux, vient de mourir.
— Nous apprenons la mort de notre con
frère Maurice Du Seigneur, décédé à Paris à
l’àge de quarante-six ans.
— On annonce la mort de M. Alfred
Arago, né à Paris le 20 juin 1810, second
fils de François Arago, l’illustre savant,
frère de M. Emmanuel Arago. ambassadeur
de France en Suisse, et neveu de M. Etienne
Arago, conservateur du Musée du Luxem
bourg. Il avait débuté par faire de la pein
ture ; élève de Paul Delaroche, il exposa pour
la première fois au Salon de 1844. Son ta
bleau avait pour sujet : Charles-Quint au cou
vent de Saim-Jnst, qui est au musée de Per
pignan ; l’année suivante, il exposa une toile
dont le titre ôtait : Bramante profile de l’ab
sence momentanée de Michel-Ange pour intro
duire furtivement Raphaël dans la chapelle
Sixtine. En 1846, il obtint une médaille de
3 e classe avec la Récréation de Louis XI; il
avait aussi, la même année, des Moines atten
dant audience du pape ; plus tard il donna :
Pétrarque plantant un laurier sur 'les ruines
du tombeau de Virgile; Un moine assassiné ;
Le dolmen de Poulguen, souvenir de Breta
gne. Sous l’Empire, il fut attaché au minis
tère d’Etat et devint inspecteur des Beaux-
Arts. Il fut nommé chevalier de la Légion
d’honneur en 1854 et fut promu plus tard
officier. Il a fait aussi de la critique d’art.
Le musée de Perpignan possède de lui des
copies d’après Raphaël et Murillo.
Le Banquet annuel de la Société libre
des Artistes français aura lieu demain
lundi, 15 février, dans les salons du
restaurant Corazza, au Palais-Royal.
JPetite Correspondance
R... H... — Ne perdons pas de vue votre
demande d’un cours d’animaux vivants.
CAUSERIE
L. . G, PSS.O'CrSB
La mort de Pelouse, bien inattendue, a
causé dans le monde des arts une douloureuse
émotion et, parmi les paysagistes en particu
lier, la perte a été cruellement sentie. Jeune
encore, si l’on songe à ses tardifs débuts, Pe
louse a été enlevé dans toute la force de son
talent et en pleine possession de la renommée.
C’est qu’aussi il possédait à un haut degré le
caractère et le tempérament des artistes sin
cères. C’est qu’il avait ce charme extrême de la
couleur, et à une facture extraordinairement
habile, il ajoutait tous les scrupules d’une cons
cience délicate et sévère.
Ses commencements valent la peine d’être
contés. Pelouse débuta, en elfet, par être em
ployé de commerce dans la maison de son
oncle. Mais à 28 ans la suggestion opère, la
vocation l’appelle, et dès lors il n’est plus
qu’un commerçant médiocre. Naturellement
sa famille lui pardonna malaisément cette
désertion. Son oncle qui était tout prêt à l’in
téresser dans ses affaires lui donna en vain
l’assurance qu’il ferait de lui son successeur,
s’il consentait à devenir son associé.
Mais Pelouse ne voulut rien entendre, et
sa résolution fut inébranlable. L’idée d’in
dépendance était en lui depuis très long
temps et l’attrait de la peinture agissait irré
sistiblement sur son âme. 11 s’v donna donc
entièrement, c’est-à-dire avec l’ardeur la plus
passionnée. Il n'est pas jusqu’à ses tournées
de province — car il ne peut abandonner tout
de suite le métier qui le fait vivre — qu’il ne
tourne au profit de l’art, recueillant çà et là
au hasard de la route mille impressions, jetant
mille croquis où s’éveille déjà le talent du
maître futur.
Avec sa mère qu’il adorait, le malentendu
fut assez vif, mais non durable pourtant, la
réconciliation ne tarda point. Le succès lui
vint assez vite pour montrer ce que les crain
tes maternelles avaient eu d’excessif et com
bien avaient été injustes les préventions des
siens contre la carrière artistique.
La passion de bien faire ce qu’on fait, et
qui mène l’homme réfléchi à faire mieux ce
qu’il voit faire et finit par lui mettre aux doigts
la clef des aîuvres où l’esprit a la main pour
aide, fut bientôt trop absorbante. Il devint
alors hanté par une obsession de vie à la cam
pagne. Il alla habiter Cernay — ce petit coin
presque solitaire alors, l'avait séduit dans le
nombre des excursions qu’il multipliait — tou
jours à la recherche de la belle nature. Dans
la contemplation de celle-ci il fut bientôt un
familier de la vie et de la structure des belles
roches et des formes végétales, et le paysage
n'eut bientôt pour lui plus de secrets.
Pieuse et passionnée, cette intimité avec les
choses de la terre trahissait déjà l’âme de
l'artiste qu’il allait être très vite, sans que
l’obscurité décourageante des trop longs débuts
lui fût réservée.
En ce charmant pays, il sut dénicher une
auberge modeste où l’on s’accommoda de sa
bourse peu garnie. Vêtu en simple paysan
comme pour mieux entrer en communication
avec les êtres et les choses, il partait en blouse
et en sabots dès le lever du jour, et il se met
tait à la besogne, oubliant souvent les heures
de repas et ne rentrant que bien longtemps
après le coucher du soleil. Son travail acharné,
son courage et sa constante belle humeur lui
concilièrent l’amitié des aubergistes.
A l’automne, quand la nature revêt ces tein
tes chaudes si recherchées des coloristes, arri
vèrent successivement Deshayes et Victor Le
clerc , et dans l’auberge de la petite place de
Cernay-la-Ville on vit un trio laborieux, s’at
teler sans trêve à l’interprétation de la nature
sous tous ses aspects.
On travaillait ferme tout le jour, et quand
le soir venu la table rassemblait nos amis par
fois dispersés, une gaîté vive et sincère emplis
sait la maison. Ils éprouvaient comme un
besoin de détendre leur esprit et leurs pen
sées, comprimées pendant les longues heures
du travail, s’échappaient en fusées pétillantes.
A l’hiver, Pelouse vint passer quelques jours
à Paris, non que le froid l’eut contraint à quit
ter ses recherches de plein air, mais afin de
montrer quelques-unes de ses études à Vollon
pour lequel il avait une grande admiration.
Comme il gravissait les hauteurs de Montmar
tre, il se demandait ce que le maître allait lui
dire et son inquiétude égalait son impatience.
Vollon ne tarda pas à reconnaître dans ces
premiers essais une hardiesse et une volonté
dignes de la plus bienveillante attention: il
accorda au débutant des encouragements
chauds et sincères.
Mais il ne lui cacha pas que des désillusions
l’attendaient, qu’il aurait à lutter fortement
pour arriver à un résultat. De quelle école,
de quel maître, en effet, pouvait-il se recom
mander? Sorti de l’école de Lyon, mieux que
personne Vollon savait la peine qu’il faut pren
dre et il croyait charitable et sage d’en avertir
son jeune ami. Pourtant il lui conseilla de
persévérer dans sa voie nouvelle, de demeurer
lui-même, de n’obéir qu’à son tempérament
et de ne se laisser influencer par aucun.
Il n’y avait, à cette époque, pas encore très
longtemps que le paysage avait enfin gagné
son procès contre les partis pris convention
nels, que les majestueuses compositions du
Poussin n’avaient, pas peu contribué à propa
ger. La révolution n’était que d’hier, qui avait
eu pour chefs Théodore Rousseau, Jules Du-
pré, Corot, François, Diaz, etc.
La Nature que peignait Pelouse n’était pas
du goût de tout le monde. Les philosophes et
les amoureux ne trouvaient point à rêver dans
ses paysages sincères; en cette Nature rendue
ainsi que l’aime le laboureur, on y parlait
patois, même, et l’embellissement y faisait
défaut. L’âme, pourtant, d’un artiste person
nel, animait les pages qu’il écrivait d’un libre
pinceau en cette saveur de franchise qui n’ex
cluait pas le style, ne tarda point à triompher
de l’indifférence et du parti pris. Enfin, il avait
un foi de néophyte avec la passion et les yeux
d’un amant. C’en était assez pour qu’on ne lui
déniât point longtemps la maîtrise.
En quittant Vollon il se sentit plus de vail
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