Titre : Le Petit Troyen : journal démocratique régional ["puis" journal quotidien de la démocratie de l'Est "puis" grand quotidien de la Champagne]
Éditeur : [s.n.] (Troyes)
Date d'édition : 1889-01-08
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32837632m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 08 janvier 1889 08 janvier 1889
Description : 1889/01/08 (A9,N2615). 1889/01/08 (A9,N2615).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG10 Collection numérique : BIPFPIG10
Description : Collection numérique : Fonds régional :... Collection numérique : Fonds régional : Champagne-Ardenne
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4317826z
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-87978
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 11/03/2018
;
9® Année. — N° 2615
JOURNAL QUOTIDIEN RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE RÉGIONAL
Mardi 8 Janvier 1889
ABONNEMENTS
Aube et Départements limitrophes }
Un an, 1 8 francs. — Six mois, SI francs. — Trois mois, 5 francs.
Autres Départementt: Un an, fr.; Six mois, il fr.; Troie moi*, G fr.
I_»o Numéro s O Oontimes
Administration & Rédaction: Rue Thiers, 126, TROYES
Directeur politique : GASTON ARBOUIN
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Pari# : chez AUDBOURO et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
- Les royalistes et les bonapartistes
n’ont pas obtenu un succès relatif aux
élections d’octobre 1885 en se donnant
pour des adversaires irréconciliables de
la République. Non ; ils se présentaient
simplement comme des conservateurs,
ennemis du Tonkin et des dépenses
exagérées, partisans d’un régime de
protection qui ferait augmenter le prix
du blé. A la Chambre, ils parleraient
de paix, do travail et d’économie...
Une fois élus, ils ont montré plus de
franchise. Quelques-uns ont eu la gri
serie du succès ; ils ont crié : « Vive
l’empereur ! » ou: « Vive le roi ! > Tous
ont avoué que leur but était le renver
sement de la République.
Alors, il s’est passé ceci : c’est que
les électeurs qui veulent la Républi
que sç sont, en grande partie, détachés
d’eux, et que chaque élection partielle,
au lieu de ramener un réactionnaire à
la Chambre, y amenait un républicain.
Il nous était permis d’espérer des
élections complètement républicaines
pour 1889.
Dans tout parti, il y a une avant-
garde, des hommes qui croient qu’on
ne va jamais assez vite dans la voie
des réformes et du progrès. Le rôle de
ces hommes est utile. Soutenus par l’o
pinion, ils entraînent les modérés et
les hésitants ; ils obligent le gouverne
ment à ne pas rester dans l’immobilité.
Les Chambres qui ont précédé la Cham
bre actuelle avaient réalisé une partie
du programme de 1869. Rien qu’en or
ganisant l’enseignement primaire gra
tuit et obligatoire, elles avaient plus
fait pour le peuple que tous les gouver
nements qui les avaientprécédése.Cette
Chambre même, qu’on taxe d’impuis
sance, laissera dans l’histoire de notre
jeune République une trace durable par
ses lois sur le travail et par cette loi
militaire, attendue depuis si longtemps
qui réduit à trois ans la durée du ser
vice et qui réalise l’égalité des citoyens
en supprimant les dispenses.
Ceux qui disent que la République
n’a rien fait et ne fait rien sont des en
nemis de la République auxquels il n’y
a rien à répondre, car ils jouent leur
jeu en parlant ainsi, ou bien des répu
blicains impatients de justice auxquels
la République peut demander crédit,
car elle leur a donné la liberté qui per
met tous les progrès par la propagande
et le vote.
Le parti ouvrier, qui a l'esprit poli
tique, l’a bien compris, lui qui est tout
de suite venu à nous quand il a vu la
liberté menacée.
Quoi qu’il en soit, les royalistes et
les bonapartistes se rendaient compte
de leur impuissance et commençaient
à désespérer, quand l’aventure boulan-
giste leur a redonné l’espoir. Adversai
res du général, quand ils croyaient
que sa présence au ministère était une
menace de guerre, ils n’ont plus songé,
lorsque Boulanger de soldat est devenu
politicien, qu’à exploiter sa popularité
à leur profit. L’entente n’a pas été com
pliquée. Il s’agit de remplacer la majo
rité républicaine actuelle par une au
tre majorité. Eh bien ! ils apporte
raient au général les voix dont ils dis
posaient encore, en échange d’un ap
point de voix républicaines qu’une pro
pagande faite de mensonges et d’illu
sions donnait à ce dernier.
Ce n’était pas très propre pour les
royalistes de renier leur tradition pour
les bonapartistes d’accepter un Bona
parte nouveau. Mais quand il s’agit de
la conquête du pouvoir, on n’y regarde
pas de si près, et, du reste, les roya
listes se sont fait autoriser par le comte
de Paris et les bonapartistes par le
prince Jérôme et le prince Victor.Quel
ques vieux royalistes honnêtes ont pro
testé. Leur protestation s’est perdue, et
le parti des trois Gaspards, unis contre
la République, quitte à se disputer la
France après la victoire, s’est affirmé
sous le nom de parti boulangiste.
Dans les départements où il suffisait
d’un appoint relativement faible de ré
publicains pour faire élire le général,
il a été élu.
Aujourd’hui, il s’agit de la Seine,
où, sur quatre cent trente mille vo
tants, l’effort suprême des réactionnai-
n’a pu réunir en 1885, que cent dix
mille voix.
Ces cent dix mille voix affirme
raient-elles leur préférence sur un nom
royaliste comme celui de M. Hervé ou
de M. Cochin ? Ou bien iraient-elles au
général Boulanger?
C’était l’honneur du parti royaliste
en cause, et quelques personnes de
bonne foi ont cru qu’il y aurait hésita
tion.
En effet, on a hésité deux jours, ou
plutôt on a fait semblant d’hésiter. Après
quoi, les royalistes ont décidé qu’ils
s’abstiendraient do présenter un candi
dat, moins francs que les bonapartis
tes, qui ont déclaré qu’ils voteraient
pour Boulanger.
Au fond, c’est la même chose. Les
républicains qui donneront leurs voix
à Boulanger savent désormais à quoi
s’en tenir. Ils savent que leurs bulletins
se rencontreront dans l’urne avec les
bulletins des pires ennemis de la Ré
publique. Dupes, ils ont pu l’être ; ils
ne le peuvent plus maintenant qu’ils
savent ce que royalistes et bonapartis
tes ont décidé.
TONY RÉVILLON.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 6 janvier.
L’Affaire Bex — Un passif de onze
millions
M. Edmond Moreau, liquidateur, a établi la
situation au 17 décembre de la position de M.
Bex. L’actif serait, y compris le prix do la
charge, d’environ 4 millions et demi.
Le'passif serait de 11 millions environ.
La Roumanie à l'Exposition de 1889
M. Pierre Legrand vj.»^ d’être informé que
la Chambre roumaine vient de voter dans sa
séance du 31 décembre, une subvention de
200,000 francs pour lè Cotiaite national rou
main de l’Exposition de 1839.
Le Cabinet bulgare
Le Cabinet bulgare a remis hier sa démis
sion au Roi qui a réservé sa décision au sujet
do l’acceptation de cette démission. Aucun
personnage politique n’a encore été appelé au
Palais.
Le téléphone portatif
Le résultat des dernières expériences du té
léphone portatif étant excellent, l’administra
tion militaire a fait une commande considéra
ble d’appareils destinés aux avant-postes.
Le château de Chenonceaux
Une surenchère de 35,000 francs a été mise
sur l’adjudication du chateau de Chenonceaux.
L’élection de Paris
Le congrès républicain s’est réuni sous la
présidence de M. Anatole de La Forge, avec
MM. Clemenceau et Robinet comme asses
seurs, M. Brissac comme secrétaire.
De nombreux orateurs ont pris la parole
pour la candidature Hovelacque qui a été mise
aux voix et adoptée à l’unanimité.
Plusieurs autres candidatures avaient été
proposées : celles de MM. Vacquerie, Jacques
et Baudin.
LES ÉLECTIONS *D’Al)JOERD’HH
Paris, 6 janvier. — Deux élections législati
ves ont lieu aujourd’hui, enr remplacement du
général Boulanger dans la Somme et la Cha
rente-Inférieure. -, «*>*
Dans la Somme, deux candidats sont en
présence : M. Cauvain, Républicain, et M. le
général Montandon, boulaneiste ; dans la Cha
rente-Inférieure , les républicains ont pré
senté M. Lemercier, et les boulangistes M.
Duport.
LA LOI MILITAIRE
Opinion de M. Cluseret. — Considérations
exposées par le député du Var
Toulon, 6 janvier. — M. Cluseret répond
dans le Var républicain aux personnes qui
avait demandé pourquoi, malgré sa compé
tence, il n’avait pas pris la parolç^dans la dis
cussion de la loi militaire que le but de la
Droite étant d’empêcher par tous les moyens
la promulgation de la loi, le sien au contraire,
était d’éviter tout ce qui pouvait accumuler
les lenteurs apportées à cette promulgation.
M. Cluseret dit qu’il est bien loin d’approu
ver la loi qui laisse intacts deux vices princi-
E aux de l’organisation militaire française : !•
e recrutement politique substitué au recru
tement absolument local, base essentielle de
la mobilisation : 2" l’institution néfaste de
l’intendance qui refuse d’appliquer le principe
de la division du travail en maintenant le
ministre de la guerre omnipotent et ubiqui
taire.
« Mais ajoute M. Cluseret, si aux quatre-
vingt-seize amendements obstructionnistes de
La Droite j’avais ajouté des observations, que
l’on n’eût d’ailleurs pas prises en considéra
tion, je n’aurais lait le que jeu de la Droite, en
allongeant la courroie. »
AFFAIRES D’IRLANDE
Toujours les évictions. — Batailles de la
force avec les tenanciers
On télégraphie de Londres, 6 janvier :
Un correspondant télégraphie de Tagan-
ragh :
« Deux cents soldats et agents de police ont
repris les opérations contre la propriété 01-
phest.à Ardsmore.hier matin, ce qui n’a pu être
fait sans peine, à cause des obstacles que la
troupe a rencontrés.
« Il était onze heures et demie avant quo
l’on ait pu approcher de la premiùre maison.
« Cette maison était solidement barricadée.
Des pierres forent jetées sur les soldats et les
agents.
« Après une lutte énergique, le tenancier,son
fils et six autres individus qui avaient aidé à
la résistance se rendirent, et la maison fat oc
cupée militairement.
« Les prisonniers ayant été laissés sous bon
ne garde, la troupe se dirigea vers une autre
maison qui était également barricadée, et où
elle fut reçue aussi à coups de pierres.
« Quelques policcmen furent assez sérieuse
ment blessés.
« On ne tarda pas cependant à pénétrer
dans la maison, non toutefois sans avoir en
gagé avec le tenancier une lutte assez vive. »
GUILLAUME II ET BISMARCK
On télégraphie de Berlin, 5 janvier :
Le Moniteur de l’Empire publie un rescrit
de l’empereur Guillaume adressé au prince de
Birmarvk à la date du 31 décembre, dont voici
la teneur :
« Cher prince, l’année qui finit a amené pour
nous des pertes irréparables et des calamités
terribles. C’est une consolation et une joie
pour moi que de vous savoir prêt à me prêter
votre fidèle assistance, ainsi que de vous voir
entrer dans cette nouvelle année avec la pléni
tude de vos forces. C’est de tout mon cœur
3 uc je prie le ciel de vous bénir, de vous ren-
re heureux et de vous conserver bien por
tant.
« J’espère que Dieu m’accordera la faveur
de travailler longtemps encore avec vous
pour le bien et la grandeur de notre pa
trie.
« Guillaume. »
LES CANDIDATURES MULTIPLES
La rage que ressentent les ferrystes
de ne pouvoir jouer un rôle dans la pro
chaine élection de la Seine les poussent à
toutes les extravagances. Le Parti natio-
.'i-nal, qui représente l’opinion du groupe
ferryste, rudoie les feuilles radicales
parce qu’elles ne veulent pas entendre
parler de plusieurs candidats à opposer à
Boulanger. Il veut que les radicaux et les
opportunistes aient leur candidat spécial,
par conséquent diviser les votes républi
cains.
La conséquence fatale de la scission se
rait le triomphe de la candidature Boulan
ger. Cela importe peu aux ferrystes qui,
avant tout, veulent satisfaire leur haine
des républicains de progrès, lesquels, ce
pendant, ont seuls, ainsi que les socia
listes, les préférences des électeurs pari
siens.
L’opportunisme faisant le jeu du bou
langisme, personne ne peut être surpris
de ce spectacle, quand on se rend compte
de tout le mal qu’ont fait les Challemel-
Laconr, les Ferry, les Reinach et autres
prophètes de mauvais augure.
après une longue discussion, a procédé à uo
vote dont voici le résultat :
Inscrits, 521 ; votants, 370; majorité abso
lue, 186.
Ont obtenu : MM. Jacques, 234 élu ; Hove-
lacque, 69 ; Vacquerie, 59; voix perdues, 9.
M. Clémenceau a été escorté jusqu’aux bu
reaux de la Justice par les boulangistes
qui criaient. Des arrestations ont été opérées.
L’abolition de l’esclavage
M. Lavigerie a fait aujourd’hui une confé
rence à Milan sur l’abolition de l’esclavage. Il
a obtenu un succès énorme.«
Un emprunt italien
Le bruit court que le gouvernement italien
ferait prochainement un emprunt de 500 mil
lions.
Un congrès de voyageurs de
commerce
Une réunion préparatoire a eu lieu aujour
d'hui en vue d’organiser un congrès des voya
geurs de commerce français qui aura lien en
juillet.
Arrestation d’un assassin
On télégraphie du Mans que la police a ar
rêté la nuit dernière un individu fortement
soupçonné d’être l’auteur du double assassinat
de Noisay.
LES ALLEMANDS REPOPSSËS A SAMOA
On mande d’Auckland (Nouvelle Zélande), 5
janvier :
Suivant des avis reçus de Samoa, le capi
taine du navire de guerre allemand Olga a
fait débarquer 120 hommes pour secourir le
roi Tamasese, protégé de l’Allemagne, contre
le roi indépendant Mataafa.
Un combat s’est engagé, dans lequel les
Allemands ont eu vingt hommes tués et trente
blessés; ils ont dû regagner précipitammént
leurs canots.
Les navires de guerre anglais et américains,
prévenus des intentions des allemands, sont
demeurés inactifs.
Dernière Heure
Paris 6 janvier, 10 h. 45, soir.
Un général poursuivi
Ou mande de Rome que le général Mattéi
est poursuivi pour avoir déclaré à un rédac
teur de la Gazetla Venezia qu’il n’avait pas
confiance au ministre de la guerre dont il a
déclaré la conduite indélicate, incorrecte et
qu’il accuse de concussion. Il critique vive
ment les mesures prises pour défendre le pays.
L’affaire Mattéi provoque en Italie une émo
tion semblable à celle produite en France par
l'affaire Gilly.
Le Congrès républicain. — Les ré-
S ubiicains et les boulangistes. —
.rrestations.
Le Congrès républicain anti-boulangiste,
LETTRE DE PARIS
L’élection de la présidence de la Chain
bre. — Intrigues de couloirs. — Les can
didats en présence. — Pointages puérils.
— Le candidat de M. Carnot. — L’huître
et les Plaideurs.
Paris, lo 6 janvici\ 1889.
Nos représentant ont beau être on va
cances, les intrigues de couloirs n’en chô
ment pas pour cela.
Vous pensez bien qu’il sagit en ce mo
ment de décrocher la timbale présiden
tielle, et les paris sont ouverts pour co
steeple-chase dont le fauteuil occupé de
puis huit mois par M. Méline est le prix.
Lo salon de la paix présentait tout à
l’heure l’animation des jours do grande
séances, et députés et journalistes se li
vraient naturellement à das calculs de
pointages fantastiques. Inutile d’ajouter,
que personne n’était d’accord, et que
même ceux qui passent généralement
pour être les mieux informés, étaient for
cés de s'avouer que tous les calculs de
probabilité les plus soigneusement élabo
rés sont jeux enfantins.
11 ne faut jamais compter, en effet, sans
les surprises que nous réserve la mobilité
de sentiments à laquelle nous ont habi
tués messieurs les députés. D’ailleurs
personne ne se fait illusion sur la valeur
de ces « pointages » auxquels se livrent
les passionnés. Si l’on voulait ajouter foi
à tous les racontars qui circulent et à
toutes les affirmations que l’on entend,
chacun des candidats aujourd'hui connus
serait certain d’ètre élu.
En réalité, aucune candidature n’est
Feuilleton n° 16
LE SUPPLICE DE L’AMANT
— Tout cela, amplification de rhétori
que, interrompit Anatole, affectant un
bâillement.
Quant à Doucin, il fut pris d’une folle
envie de sauter à pieds joints sur la ta
ble, de pousser des cris d’animaux et
de s’enfuir par la fenêtre comme un mé
téore.
‘ Cependant le procureur continua im
perturbable, sans se soucier de l’effet so
porifique do son discours :
* _ Car, co n’est pas seulement la ten
dresse de votre femme et votre bonheur
dans te présent qui vous sont volés, c’est
l’avenir, c’est l’espérance, c’est la conso
lation de votre vieillesse, c’est la paterni
té de vos entants, acheva-t-il avec un tré
molo dans la voix.
— Je demande la parole, s’écria la Gà-
tînière.
— En ma qualité de présidente, je
tous l’octroie, dit avec empressement Ju-
lia.
— Je réclame un châtiment sévere con
tre l’orateur, soit une amende de cinquan
te centimes, pour nous troubler ainsi
4ans ^expansion de notre gaieté, d’autant
plus que son petit morcean d’éloquence
maaque peut-être d’originalité.
— J’ajoute, protesta énergiquement le
délinquant, que l’adultère, c’est la hon
te de l’amant bien plus que celle du
mari.
— Allons donc! l’amour, comme le feu,
purifie tout. Il n’y a do honte pour per
sonne.
— Vous me permettrez de ne pas être
de cet avis, articula M. de Maugeney en
regardant Norbert : rien n’excuse la tra
hison, rien ne lave une tache faite à l’hon
neur.
Les yeux d’André avaient rencontré le
regard sévère et accusateur de M. de
Maugeney. Eperdu, le malheureux fit un
mouvement, écarta sa chaise, comme
pour se lever et répondre au défi ; mais
il so tourna vers Paule : il y avait tant
de supplication et d’effroi dans l'expres
sion de son visage, qu’il se rassit, et froi
dement. affectant un air d’indifférence :
— Quand on a quelque peu voyagé,
dit-il, on est plus tolérant sur les ques
tions de morale, attendu qu’il y a pi'esque
autant de codes de morale que de na
tions. La moi'ale,dans les relations amou
reuses surtout, est le plus souvent une
question de climat. Ainsi, en Amérique,
d’où je viens, il existe sur l’amour vingt
morales dinérentes. A côté des Quakers,
on rencontre les Mormons. Au Pérou, la
licence n’a pas de bornes...
— Il y a néanmoins, interrompit M. de
Maugeney d’une voix sèche et vibrante,
une loi murale qui dominé toutes les au
tres et qui est immuable : chaque fois
qu'on fait souffrir autrui ou qu’on lui
cause un dommage dans ses affections
comme dans son honneur, on est coupa
ble; et chaque fois qu’il y a trahison, il y
a infamie; car la trahison est toujours
basse, toujours vile.
Paule, bouleversée du ton cassant, pres
que agressif de son mari, se sentit perdre
contenance. Pour couper court à la dis
cussion et dissimuler son trouble, elle se
leva vivement.
— Il est minuit, dit-elle, nous oublions
que M. La Gàtinière, après un si long
voyage, doit èti*e fatigué.
En ce moment, la tempête faisait rage.
A tout instant, les éclairs illuminaient
les vitres. Le vent soufflait avec furie.
— Eh bien! moi, s'écria Julia, je propo
se, par ce bel ouragan, de faire, à cheval
et ventre à terre, une promenade dans la
forêt.
— Est-ce que vous deviendriez poéti
que, ma chère? dit Daverne. Cette caval
cade nocturne ne manquei*aü;. pas dt> pit
toresque. Mais j’avoue qu’après notre
chasse de tantôt, j’ai assez de la belle, na
ture. Je gage que vous êtes do mon avis,
Madame, ajouta-t-il en offrant son bras à
Madeleine.
— Oh! moi, répondit-elle, ces outran
ces m’accablent!
— Hurrah! A cheval! fit La Gàtinière.
les yeux clignotant de sommeil. Je suis
prêt à vous suivre jusqu’au bout du
monde.
— Ça, c’est trop d’héi'olsme, dit la co
quette, je n’en abuserai pas. Puisque je
suis à peu près la seule valide, je vais
ajouter tout à l’heure à mon catéchisme,
— car je fais un catéchisme, ne vous dé
plaise, — de nouveaux chapitres que je
vous donnerai à méditer demain. A vous
aussi monsieur de Jobardy : c’est un nou
veau code do l’amour qui, je m’en flatte,
fera pâlir le vôtre.
— Alors, je me réserve d’y introduire
un chapitre des plus folichons sur le rôle
des bottes à l’écuyère en amour, dit len
tement Anatole en regardant le procu
reur. i
Le magistrat pâlit, rougit, le regard
troublé, éperdu, et hâtivement s’esquiva.
— C’est bien lai ! Très drôle, très drôle,
co Jobardy, avec ses bottes et ses haran
gues! fit Anatole.
— Quoi donc? questionna Doucin à de
mi-voix.
— Je vous conterai cela demain. Très
drôle!
Mais on arrivant au second étage, com
me leurs chambres étaient voisines,
Achille entraîna chez lui La Gàtinière.
Au bout de quelques instants, tous deux
riaient à sû.tordre.
— Xh! ellë est bien bonne, en effet!
disait Doucin. Quel servieewous me ren
dez, mon chéri A mon tour de le faire
trembler, cet homme qui depuis deùx
ans me torture, m’étouffe comme sous
une chape de plomb, avec sa solennité
niaise.
Et se sentant une élasticité de clown,
il battit un entrechat.
— Mon ami, permettez-moi de vous ap
peler : mon ami, reprit-il, le meilleur des
amis, si vous saviez à quel point je vous
gobe! Merci, merci ! à la vie, à la mort f
Chez moi, la reconnaissance n’a pas de
bornes. Et même, c’est cette bête de gra-
litudomanie qui m’a jeté dans le précipi
ce où je patauge depuis deux ans ; escla
ve des Jobardy, mâle et femelle! Ah! Jo«
bardy! Maintenant je l'aurai, mon avan
cement! Et je te la restituerai, ta suava
Lucie.
La Gàtinière, stupéfait, regardait des
pieds à la tète le jeune substitut, qu’il
croyait pris d’un accès de démence.
— Mais savez-vous que vous gagnez
énormément à être connu ? Tout à l’heu
re, en vous voyant raide comme un hom
me qui a avalé sa canne, aux côtés de
cette beauté mure, je me demandais :
quel est donc ce jeune godichard? Tandis
qu’à présent... très drôle l A demain?
bonsoir!
— Quels horizons vous venez de m’ou
vrir! reprit Doucin. C'est donc pour cela
que j’ai vu mon procureur en bottes mol
les, grimper au troisième étage, section
des bonnes.
(A suh^e)
M.-L. QàG.neç*,
9® Année. — N° 2615
JOURNAL QUOTIDIEN RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE RÉGIONAL
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Un an, 1 8 francs. — Six mois, SI francs. — Trois mois, 5 francs.
Autres Départementt: Un an, fr.; Six mois, il fr.; Troie moi*, G fr.
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Administration & Rédaction: Rue Thiers, 126, TROYES
Directeur politique : GASTON ARBOUIN
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Pari# : chez AUDBOURO et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
- Les royalistes et les bonapartistes
n’ont pas obtenu un succès relatif aux
élections d’octobre 1885 en se donnant
pour des adversaires irréconciliables de
la République. Non ; ils se présentaient
simplement comme des conservateurs,
ennemis du Tonkin et des dépenses
exagérées, partisans d’un régime de
protection qui ferait augmenter le prix
du blé. A la Chambre, ils parleraient
de paix, do travail et d’économie...
Une fois élus, ils ont montré plus de
franchise. Quelques-uns ont eu la gri
serie du succès ; ils ont crié : « Vive
l’empereur ! » ou: « Vive le roi ! > Tous
ont avoué que leur but était le renver
sement de la République.
Alors, il s’est passé ceci : c’est que
les électeurs qui veulent la Républi
que sç sont, en grande partie, détachés
d’eux, et que chaque élection partielle,
au lieu de ramener un réactionnaire à
la Chambre, y amenait un républicain.
Il nous était permis d’espérer des
élections complètement républicaines
pour 1889.
Dans tout parti, il y a une avant-
garde, des hommes qui croient qu’on
ne va jamais assez vite dans la voie
des réformes et du progrès. Le rôle de
ces hommes est utile. Soutenus par l’o
pinion, ils entraînent les modérés et
les hésitants ; ils obligent le gouverne
ment à ne pas rester dans l’immobilité.
Les Chambres qui ont précédé la Cham
bre actuelle avaient réalisé une partie
du programme de 1869. Rien qu’en or
ganisant l’enseignement primaire gra
tuit et obligatoire, elles avaient plus
fait pour le peuple que tous les gouver
nements qui les avaientprécédése.Cette
Chambre même, qu’on taxe d’impuis
sance, laissera dans l’histoire de notre
jeune République une trace durable par
ses lois sur le travail et par cette loi
militaire, attendue depuis si longtemps
qui réduit à trois ans la durée du ser
vice et qui réalise l’égalité des citoyens
en supprimant les dispenses.
Ceux qui disent que la République
n’a rien fait et ne fait rien sont des en
nemis de la République auxquels il n’y
a rien à répondre, car ils jouent leur
jeu en parlant ainsi, ou bien des répu
blicains impatients de justice auxquels
la République peut demander crédit,
car elle leur a donné la liberté qui per
met tous les progrès par la propagande
et le vote.
Le parti ouvrier, qui a l'esprit poli
tique, l’a bien compris, lui qui est tout
de suite venu à nous quand il a vu la
liberté menacée.
Quoi qu’il en soit, les royalistes et
les bonapartistes se rendaient compte
de leur impuissance et commençaient
à désespérer, quand l’aventure boulan-
giste leur a redonné l’espoir. Adversai
res du général, quand ils croyaient
que sa présence au ministère était une
menace de guerre, ils n’ont plus songé,
lorsque Boulanger de soldat est devenu
politicien, qu’à exploiter sa popularité
à leur profit. L’entente n’a pas été com
pliquée. Il s’agit de remplacer la majo
rité républicaine actuelle par une au
tre majorité. Eh bien ! ils apporte
raient au général les voix dont ils dis
posaient encore, en échange d’un ap
point de voix républicaines qu’une pro
pagande faite de mensonges et d’illu
sions donnait à ce dernier.
Ce n’était pas très propre pour les
royalistes de renier leur tradition pour
les bonapartistes d’accepter un Bona
parte nouveau. Mais quand il s’agit de
la conquête du pouvoir, on n’y regarde
pas de si près, et, du reste, les roya
listes se sont fait autoriser par le comte
de Paris et les bonapartistes par le
prince Jérôme et le prince Victor.Quel
ques vieux royalistes honnêtes ont pro
testé. Leur protestation s’est perdue, et
le parti des trois Gaspards, unis contre
la République, quitte à se disputer la
France après la victoire, s’est affirmé
sous le nom de parti boulangiste.
Dans les départements où il suffisait
d’un appoint relativement faible de ré
publicains pour faire élire le général,
il a été élu.
Aujourd’hui, il s’agit de la Seine,
où, sur quatre cent trente mille vo
tants, l’effort suprême des réactionnai-
n’a pu réunir en 1885, que cent dix
mille voix.
Ces cent dix mille voix affirme
raient-elles leur préférence sur un nom
royaliste comme celui de M. Hervé ou
de M. Cochin ? Ou bien iraient-elles au
général Boulanger?
C’était l’honneur du parti royaliste
en cause, et quelques personnes de
bonne foi ont cru qu’il y aurait hésita
tion.
En effet, on a hésité deux jours, ou
plutôt on a fait semblant d’hésiter. Après
quoi, les royalistes ont décidé qu’ils
s’abstiendraient do présenter un candi
dat, moins francs que les bonapartis
tes, qui ont déclaré qu’ils voteraient
pour Boulanger.
Au fond, c’est la même chose. Les
républicains qui donneront leurs voix
à Boulanger savent désormais à quoi
s’en tenir. Ils savent que leurs bulletins
se rencontreront dans l’urne avec les
bulletins des pires ennemis de la Ré
publique. Dupes, ils ont pu l’être ; ils
ne le peuvent plus maintenant qu’ils
savent ce que royalistes et bonapartis
tes ont décidé.
TONY RÉVILLON.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 6 janvier.
L’Affaire Bex — Un passif de onze
millions
M. Edmond Moreau, liquidateur, a établi la
situation au 17 décembre de la position de M.
Bex. L’actif serait, y compris le prix do la
charge, d’environ 4 millions et demi.
Le'passif serait de 11 millions environ.
La Roumanie à l'Exposition de 1889
M. Pierre Legrand vj.»^ d’être informé que
la Chambre roumaine vient de voter dans sa
séance du 31 décembre, une subvention de
200,000 francs pour lè Cotiaite national rou
main de l’Exposition de 1839.
Le Cabinet bulgare
Le Cabinet bulgare a remis hier sa démis
sion au Roi qui a réservé sa décision au sujet
do l’acceptation de cette démission. Aucun
personnage politique n’a encore été appelé au
Palais.
Le téléphone portatif
Le résultat des dernières expériences du té
léphone portatif étant excellent, l’administra
tion militaire a fait une commande considéra
ble d’appareils destinés aux avant-postes.
Le château de Chenonceaux
Une surenchère de 35,000 francs a été mise
sur l’adjudication du chateau de Chenonceaux.
L’élection de Paris
Le congrès républicain s’est réuni sous la
présidence de M. Anatole de La Forge, avec
MM. Clemenceau et Robinet comme asses
seurs, M. Brissac comme secrétaire.
De nombreux orateurs ont pris la parole
pour la candidature Hovelacque qui a été mise
aux voix et adoptée à l’unanimité.
Plusieurs autres candidatures avaient été
proposées : celles de MM. Vacquerie, Jacques
et Baudin.
LES ÉLECTIONS *D’Al)JOERD’HH
Paris, 6 janvier. — Deux élections législati
ves ont lieu aujourd’hui, enr remplacement du
général Boulanger dans la Somme et la Cha
rente-Inférieure. -, «*>*
Dans la Somme, deux candidats sont en
présence : M. Cauvain, Républicain, et M. le
général Montandon, boulaneiste ; dans la Cha
rente-Inférieure , les républicains ont pré
senté M. Lemercier, et les boulangistes M.
Duport.
LA LOI MILITAIRE
Opinion de M. Cluseret. — Considérations
exposées par le député du Var
Toulon, 6 janvier. — M. Cluseret répond
dans le Var républicain aux personnes qui
avait demandé pourquoi, malgré sa compé
tence, il n’avait pas pris la parolç^dans la dis
cussion de la loi militaire que le but de la
Droite étant d’empêcher par tous les moyens
la promulgation de la loi, le sien au contraire,
était d’éviter tout ce qui pouvait accumuler
les lenteurs apportées à cette promulgation.
M. Cluseret dit qu’il est bien loin d’approu
ver la loi qui laisse intacts deux vices princi-
E aux de l’organisation militaire française : !•
e recrutement politique substitué au recru
tement absolument local, base essentielle de
la mobilisation : 2" l’institution néfaste de
l’intendance qui refuse d’appliquer le principe
de la division du travail en maintenant le
ministre de la guerre omnipotent et ubiqui
taire.
« Mais ajoute M. Cluseret, si aux quatre-
vingt-seize amendements obstructionnistes de
La Droite j’avais ajouté des observations, que
l’on n’eût d’ailleurs pas prises en considéra
tion, je n’aurais lait le que jeu de la Droite, en
allongeant la courroie. »
AFFAIRES D’IRLANDE
Toujours les évictions. — Batailles de la
force avec les tenanciers
On télégraphie de Londres, 6 janvier :
Un correspondant télégraphie de Tagan-
ragh :
« Deux cents soldats et agents de police ont
repris les opérations contre la propriété 01-
phest.à Ardsmore.hier matin, ce qui n’a pu être
fait sans peine, à cause des obstacles que la
troupe a rencontrés.
« Il était onze heures et demie avant quo
l’on ait pu approcher de la premiùre maison.
« Cette maison était solidement barricadée.
Des pierres forent jetées sur les soldats et les
agents.
« Après une lutte énergique, le tenancier,son
fils et six autres individus qui avaient aidé à
la résistance se rendirent, et la maison fat oc
cupée militairement.
« Les prisonniers ayant été laissés sous bon
ne garde, la troupe se dirigea vers une autre
maison qui était également barricadée, et où
elle fut reçue aussi à coups de pierres.
« Quelques policcmen furent assez sérieuse
ment blessés.
« On ne tarda pas cependant à pénétrer
dans la maison, non toutefois sans avoir en
gagé avec le tenancier une lutte assez vive. »
GUILLAUME II ET BISMARCK
On télégraphie de Berlin, 5 janvier :
Le Moniteur de l’Empire publie un rescrit
de l’empereur Guillaume adressé au prince de
Birmarvk à la date du 31 décembre, dont voici
la teneur :
« Cher prince, l’année qui finit a amené pour
nous des pertes irréparables et des calamités
terribles. C’est une consolation et une joie
pour moi que de vous savoir prêt à me prêter
votre fidèle assistance, ainsi que de vous voir
entrer dans cette nouvelle année avec la pléni
tude de vos forces. C’est de tout mon cœur
3 uc je prie le ciel de vous bénir, de vous ren-
re heureux et de vous conserver bien por
tant.
« J’espère que Dieu m’accordera la faveur
de travailler longtemps encore avec vous
pour le bien et la grandeur de notre pa
trie.
« Guillaume. »
LES CANDIDATURES MULTIPLES
La rage que ressentent les ferrystes
de ne pouvoir jouer un rôle dans la pro
chaine élection de la Seine les poussent à
toutes les extravagances. Le Parti natio-
.'i-nal, qui représente l’opinion du groupe
ferryste, rudoie les feuilles radicales
parce qu’elles ne veulent pas entendre
parler de plusieurs candidats à opposer à
Boulanger. Il veut que les radicaux et les
opportunistes aient leur candidat spécial,
par conséquent diviser les votes républi
cains.
La conséquence fatale de la scission se
rait le triomphe de la candidature Boulan
ger. Cela importe peu aux ferrystes qui,
avant tout, veulent satisfaire leur haine
des républicains de progrès, lesquels, ce
pendant, ont seuls, ainsi que les socia
listes, les préférences des électeurs pari
siens.
L’opportunisme faisant le jeu du bou
langisme, personne ne peut être surpris
de ce spectacle, quand on se rend compte
de tout le mal qu’ont fait les Challemel-
Laconr, les Ferry, les Reinach et autres
prophètes de mauvais augure.
après une longue discussion, a procédé à uo
vote dont voici le résultat :
Inscrits, 521 ; votants, 370; majorité abso
lue, 186.
Ont obtenu : MM. Jacques, 234 élu ; Hove-
lacque, 69 ; Vacquerie, 59; voix perdues, 9.
M. Clémenceau a été escorté jusqu’aux bu
reaux de la Justice par les boulangistes
qui criaient. Des arrestations ont été opérées.
L’abolition de l’esclavage
M. Lavigerie a fait aujourd’hui une confé
rence à Milan sur l’abolition de l’esclavage. Il
a obtenu un succès énorme.«
Un emprunt italien
Le bruit court que le gouvernement italien
ferait prochainement un emprunt de 500 mil
lions.
Un congrès de voyageurs de
commerce
Une réunion préparatoire a eu lieu aujour
d'hui en vue d’organiser un congrès des voya
geurs de commerce français qui aura lien en
juillet.
Arrestation d’un assassin
On télégraphie du Mans que la police a ar
rêté la nuit dernière un individu fortement
soupçonné d’être l’auteur du double assassinat
de Noisay.
LES ALLEMANDS REPOPSSËS A SAMOA
On mande d’Auckland (Nouvelle Zélande), 5
janvier :
Suivant des avis reçus de Samoa, le capi
taine du navire de guerre allemand Olga a
fait débarquer 120 hommes pour secourir le
roi Tamasese, protégé de l’Allemagne, contre
le roi indépendant Mataafa.
Un combat s’est engagé, dans lequel les
Allemands ont eu vingt hommes tués et trente
blessés; ils ont dû regagner précipitammént
leurs canots.
Les navires de guerre anglais et américains,
prévenus des intentions des allemands, sont
demeurés inactifs.
Dernière Heure
Paris 6 janvier, 10 h. 45, soir.
Un général poursuivi
Ou mande de Rome que le général Mattéi
est poursuivi pour avoir déclaré à un rédac
teur de la Gazetla Venezia qu’il n’avait pas
confiance au ministre de la guerre dont il a
déclaré la conduite indélicate, incorrecte et
qu’il accuse de concussion. Il critique vive
ment les mesures prises pour défendre le pays.
L’affaire Mattéi provoque en Italie une émo
tion semblable à celle produite en France par
l'affaire Gilly.
Le Congrès républicain. — Les ré-
S ubiicains et les boulangistes. —
.rrestations.
Le Congrès républicain anti-boulangiste,
LETTRE DE PARIS
L’élection de la présidence de la Chain
bre. — Intrigues de couloirs. — Les can
didats en présence. — Pointages puérils.
— Le candidat de M. Carnot. — L’huître
et les Plaideurs.
Paris, lo 6 janvici\ 1889.
Nos représentant ont beau être on va
cances, les intrigues de couloirs n’en chô
ment pas pour cela.
Vous pensez bien qu’il sagit en ce mo
ment de décrocher la timbale présiden
tielle, et les paris sont ouverts pour co
steeple-chase dont le fauteuil occupé de
puis huit mois par M. Méline est le prix.
Lo salon de la paix présentait tout à
l’heure l’animation des jours do grande
séances, et députés et journalistes se li
vraient naturellement à das calculs de
pointages fantastiques. Inutile d’ajouter,
que personne n’était d’accord, et que
même ceux qui passent généralement
pour être les mieux informés, étaient for
cés de s'avouer que tous les calculs de
probabilité les plus soigneusement élabo
rés sont jeux enfantins.
11 ne faut jamais compter, en effet, sans
les surprises que nous réserve la mobilité
de sentiments à laquelle nous ont habi
tués messieurs les députés. D’ailleurs
personne ne se fait illusion sur la valeur
de ces « pointages » auxquels se livrent
les passionnés. Si l’on voulait ajouter foi
à tous les racontars qui circulent et à
toutes les affirmations que l’on entend,
chacun des candidats aujourd'hui connus
serait certain d’ètre élu.
En réalité, aucune candidature n’est
Feuilleton n° 16
LE SUPPLICE DE L’AMANT
— Tout cela, amplification de rhétori
que, interrompit Anatole, affectant un
bâillement.
Quant à Doucin, il fut pris d’une folle
envie de sauter à pieds joints sur la ta
ble, de pousser des cris d’animaux et
de s’enfuir par la fenêtre comme un mé
téore.
‘ Cependant le procureur continua im
perturbable, sans se soucier de l’effet so
porifique do son discours :
* _ Car, co n’est pas seulement la ten
dresse de votre femme et votre bonheur
dans te présent qui vous sont volés, c’est
l’avenir, c’est l’espérance, c’est la conso
lation de votre vieillesse, c’est la paterni
té de vos entants, acheva-t-il avec un tré
molo dans la voix.
— Je demande la parole, s’écria la Gà-
tînière.
— En ma qualité de présidente, je
tous l’octroie, dit avec empressement Ju-
lia.
— Je réclame un châtiment sévere con
tre l’orateur, soit une amende de cinquan
te centimes, pour nous troubler ainsi
4ans ^expansion de notre gaieté, d’autant
plus que son petit morcean d’éloquence
maaque peut-être d’originalité.
— J’ajoute, protesta énergiquement le
délinquant, que l’adultère, c’est la hon
te de l’amant bien plus que celle du
mari.
— Allons donc! l’amour, comme le feu,
purifie tout. Il n’y a do honte pour per
sonne.
— Vous me permettrez de ne pas être
de cet avis, articula M. de Maugeney en
regardant Norbert : rien n’excuse la tra
hison, rien ne lave une tache faite à l’hon
neur.
Les yeux d’André avaient rencontré le
regard sévère et accusateur de M. de
Maugeney. Eperdu, le malheureux fit un
mouvement, écarta sa chaise, comme
pour se lever et répondre au défi ; mais
il so tourna vers Paule : il y avait tant
de supplication et d’effroi dans l'expres
sion de son visage, qu’il se rassit, et froi
dement. affectant un air d’indifférence :
— Quand on a quelque peu voyagé,
dit-il, on est plus tolérant sur les ques
tions de morale, attendu qu’il y a pi'esque
autant de codes de morale que de na
tions. La moi'ale,dans les relations amou
reuses surtout, est le plus souvent une
question de climat. Ainsi, en Amérique,
d’où je viens, il existe sur l’amour vingt
morales dinérentes. A côté des Quakers,
on rencontre les Mormons. Au Pérou, la
licence n’a pas de bornes...
— Il y a néanmoins, interrompit M. de
Maugeney d’une voix sèche et vibrante,
une loi murale qui dominé toutes les au
tres et qui est immuable : chaque fois
qu'on fait souffrir autrui ou qu’on lui
cause un dommage dans ses affections
comme dans son honneur, on est coupa
ble; et chaque fois qu’il y a trahison, il y
a infamie; car la trahison est toujours
basse, toujours vile.
Paule, bouleversée du ton cassant, pres
que agressif de son mari, se sentit perdre
contenance. Pour couper court à la dis
cussion et dissimuler son trouble, elle se
leva vivement.
— Il est minuit, dit-elle, nous oublions
que M. La Gàtinière, après un si long
voyage, doit èti*e fatigué.
En ce moment, la tempête faisait rage.
A tout instant, les éclairs illuminaient
les vitres. Le vent soufflait avec furie.
— Eh bien! moi, s'écria Julia, je propo
se, par ce bel ouragan, de faire, à cheval
et ventre à terre, une promenade dans la
forêt.
— Est-ce que vous deviendriez poéti
que, ma chère? dit Daverne. Cette caval
cade nocturne ne manquei*aü;. pas dt> pit
toresque. Mais j’avoue qu’après notre
chasse de tantôt, j’ai assez de la belle, na
ture. Je gage que vous êtes do mon avis,
Madame, ajouta-t-il en offrant son bras à
Madeleine.
— Oh! moi, répondit-elle, ces outran
ces m’accablent!
— Hurrah! A cheval! fit La Gàtinière.
les yeux clignotant de sommeil. Je suis
prêt à vous suivre jusqu’au bout du
monde.
— Ça, c’est trop d’héi'olsme, dit la co
quette, je n’en abuserai pas. Puisque je
suis à peu près la seule valide, je vais
ajouter tout à l’heure à mon catéchisme,
— car je fais un catéchisme, ne vous dé
plaise, — de nouveaux chapitres que je
vous donnerai à méditer demain. A vous
aussi monsieur de Jobardy : c’est un nou
veau code do l’amour qui, je m’en flatte,
fera pâlir le vôtre.
— Alors, je me réserve d’y introduire
un chapitre des plus folichons sur le rôle
des bottes à l’écuyère en amour, dit len
tement Anatole en regardant le procu
reur. i
Le magistrat pâlit, rougit, le regard
troublé, éperdu, et hâtivement s’esquiva.
— C’est bien lai ! Très drôle, très drôle,
co Jobardy, avec ses bottes et ses haran
gues! fit Anatole.
— Quoi donc? questionna Doucin à de
mi-voix.
— Je vous conterai cela demain. Très
drôle!
Mais on arrivant au second étage, com
me leurs chambres étaient voisines,
Achille entraîna chez lui La Gàtinière.
Au bout de quelques instants, tous deux
riaient à sû.tordre.
— Xh! ellë est bien bonne, en effet!
disait Doucin. Quel servieewous me ren
dez, mon chéri A mon tour de le faire
trembler, cet homme qui depuis deùx
ans me torture, m’étouffe comme sous
une chape de plomb, avec sa solennité
niaise.
Et se sentant une élasticité de clown,
il battit un entrechat.
— Mon ami, permettez-moi de vous ap
peler : mon ami, reprit-il, le meilleur des
amis, si vous saviez à quel point je vous
gobe! Merci, merci ! à la vie, à la mort f
Chez moi, la reconnaissance n’a pas de
bornes. Et même, c’est cette bête de gra-
litudomanie qui m’a jeté dans le précipi
ce où je patauge depuis deux ans ; escla
ve des Jobardy, mâle et femelle! Ah! Jo«
bardy! Maintenant je l'aurai, mon avan
cement! Et je te la restituerai, ta suava
Lucie.
La Gàtinière, stupéfait, regardait des
pieds à la tète le jeune substitut, qu’il
croyait pris d’un accès de démence.
— Mais savez-vous que vous gagnez
énormément à être connu ? Tout à l’heu
re, en vous voyant raide comme un hom
me qui a avalé sa canne, aux côtés de
cette beauté mure, je me demandais :
quel est donc ce jeune godichard? Tandis
qu’à présent... très drôle l A demain?
bonsoir!
— Quels horizons vous venez de m’ou
vrir! reprit Doucin. C'est donc pour cela
que j’ai vu mon procureur en bottes mol
les, grimper au troisième étage, section
des bonnes.
(A suh^e)
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