Titre : Le Petit Troyen : journal démocratique régional ["puis" journal quotidien de la démocratie de l'Est "puis" grand quotidien de la Champagne]
Éditeur : [s.n.] (Troyes)
Date d'édition : 1888-12-31
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32837632m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 31 décembre 1888 31 décembre 1888
Description : 1888/12/31 (A8,N2607). 1888/12/31 (A8,N2607).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG10 Collection numérique : BIPFPIG10
Description : Collection numérique : Fonds régional :... Collection numérique : Fonds régional : Champagne-Ardenne
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4317818d
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-87978
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 11/03/2018
Administration & Rédaction : Ruo Thiers, 126, TROYES
Directeur politique : GASTON AHBOUIN
Lundi 31 Décembre 1888
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Paris : chez AUDBOURG et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
Dans un article que j’ai publié ici
môme il y a un mois, je regrettais les
incidents de toute nature qui viennent
journellement mettre des entraves à
tout travail parlementaire sérieux, et je
citais en particulier le retard apporté
de ce chef à la discussion de la loi de
l’armée.
Depuis lors, l’obstruction réaction
naire n’a tait que croître etembcllir.La
droite de la Chambre continue à mettre
à i épreuve la patience de la majorité
par des amendements qui ne riment
* absolument à non. C’est ainsi qu'après
| deux discussions dqjà longues sur l'em-
L ploi du produit de la taxe militaire et
^Lsur la composition des consejlç de révi-
P *1, la Chambre a dû suBiFun long
IPviscours tendant à un remaniement
complet dans la durée du service pour
chacune des catégories de l’armée na
tionale. Le rapporteur s’est vu contraint
de réfuter cette proposition, et l’on a
perdu ainsi un temps précieux, qui eût
pu d’autant mieux être économisé que
le projet en question a réuni tout juste
3 voix.
C’estM.de Martimprey qui avait por
té à la tribune de la Chambre cette
conception nouvelle, aux termes de la
quelle le temps de service dans l’armée
active eût été fixé à quatre ans.
La droite n’a pas présenté, au cours
de la discussion, moins do 75 à 80
amendements, tous destinés par avan
ce à être repoussés. Cette tactique n’a
pour but que de reculer indéfiniment le
vote do la loi, afin d’arriver au terme
de la législature sans que le travail
soit terminé. Do la sorte, le tour serait
joué et la question enterrée pour quel
que temps.
Dans cet ordre d’idées, je regrette
même que la Chambre se soit montrée
absolument intraitable à l’endroit des
modifications apportées par rassemblée
du Luxembourg au texte voté primiti
vement au Palais-Bourbon. Il eut peut-
être été habile en effet, afin do marcher
plus rapidement à une solution, d’ac
cepter,sans qu’il s’agisse ici,bien enten
du, des questions de principe, telles
que celles du service obligatoire pour
tous, sans exception, une partie des
amendements sénatoriaux.On eût peut-
être,ce faisant, un conflit qui viendra
■ très-probablement à se produire, et qui,
Ig sans affecter un caractère dangereux
J! d’acuité, pourra cependant retarder le
H vote et la promulgation des nouvelles
dispositions législatives militaires.
Je disais, dans l’article que je rappe
lais il n’y a qu’un instant : « Le pays
attend impatiemment cotte loi, non-
èculement à cause du principe démo
cratique dont elle édicte l’application,
mais aussi parce qu’actuellemont, c-
par le fait même de la période d’expoc)
tative et de transition qui s’mpose à
l’administration de la guerre, celle-ci
[est loin de pratiquer l’égalité dans le
; traitement de tous les citoyens appelés
sous les drapeaux. >
Or, je reçois à chaque instant des
lettres où l’on me demande quand sera
appliquée la nouvelle loi, et surtout
quel est le régime suivant lequel sera
traitée telle ou telle classe. Les uns
sont renvoyés dans leurs foyers par
mesure budgétaire dans un delai rela
tivement court; d’autres, qui se trou
vent dans des conditions identiques,
ne profitent pas des mêmes disposi
tions. Le ministre lui-même est gêné
par cet état de choses ambigu, qui ne
lui permet pas d’agir avec certitude.
Rien de tout cela ne touche les réac
tionnaires; une idée domine chez eux
toutes les autres : il s’agit de sauver
du service militaire les séminaristes,
et tout moyen leur est bon pour attein
dre ce but. Aujourd’hui, ils ont renon
cé, — on est bien forcé de s’incliner,
quand on ne peut pas faire autrement,
— à la lutte ouverte en faveur de cotte
absurdité, qui est définitivement con
damnée ; n’en pouvant mais, ils ont re
cours à des procédés dilatoires, afin de
reculer l’échéance. En quoi ou en qui
espèrent-ils ? Je l’ignore; mais, ce qui
est certain, c’est qu’ils font tout leur
possible pour faire perdre le temps de
la Chambre. Il n’est pas douteux du
reste qu’il est de leur intérêt do venir
dire au suffrage universel en 1889 que
nous n’avons même pas su faire voter
cette loi, pierre angulaire de nos pro
grammes.
Eh bien ! cela ne sera pas, et, mal
gré leur opposition aveugle, nous mè
nerons à bien cette œuvre qui marque
ra une grande étape dans les conquêtes
démocratiques.
F. STEENACKERS.
PAR FIL SPECIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 29 décembre.
Le ministère italien
M. Grimaldi est nommé ministre des finan
ça Italie et M. Miceli est nommé à l’agricul
ture. -
V agriculture au Portugai ,-L
Le roi de Portugal a accueilli ave
de faveur les représentants des so
nion agricole portugaise qui s’est ibntl
le but de développer l’agriculture dti P<
Article pacifique
Le Nord, journal de Bruxelles publie un
article pacifique.
Le groupe de la Commune
Un nouveau groupe a été formé par Félix
Pyat; il est intitulé : la Commune. Les prin-
paux membres sont MM. Cluscret, Pyat, Fer-
roul et Plantanx, députés ; Champoudy, Mar-
soulan, Daumas et Chemain, conseillers muni
cipaux; Ostyn, Protot et Urbain, anciens mem
bres de la Commune, etc. Ils ont publié une
proclamation très ardente.
Le groupe ouvrier a la Chambre. — Pro
position d'amnistie
Le groupe ouvrier de la Chambre a décidé
de se réunir aujourd’hui avant la séance pour
rédiger une proposition d’amnistie qu’il dépo
sera sur le bureau de la Chambre au cours de
la séance.
Cette proposition s’applique aux crimes et
délits politiques et aux faits connexes, aux dé
lits do coalition et aux condamnations se rat
tachant aux grèves de Decazeville et de Mont-
ceau-les-Mines.
Au Sénat. — M. Ghallemel-Lacour, can
didat à la vice-présidence
L’Union républicaine du Sénat et la Gauche
républicaine ont désigné M. Challemel-Lacour
comme vice-président du Sénat en remplace
ment de M. Peyrat.
L'élection de la Seine
On croit que le congrès républicain auquel
seront soumises les diverses candidatures mi
ses en avant pour l’élection législative de la
Seine sera convoqué pour samedi 5 ou diman
che 6 janvier. Les nouveaux candidats sont
MM. Albert, ancien membre du gouvernement
provisoire en 1818, et M. Darlot.
M. Bradlaugh à la Chambre
On a remarqué aujourd’hui la présence, dans
les couloirs de la Chambre, de M. Bradlaugh.
membre bien connu de la Chambre des com
munes d’Angleterre. Il s’est entretenu avec
divers députés avec lesquels il est en relations,
notamment avec MM. Clémenceau et Yves
Guyot.
Séance du 29 décembre 1888
Le budget
M. J. Roche dépose un rapport sur le pro
jet de loi portant ouverture île l’annulation
des crédits divers des exercices adoptés par la
Chambre et acceptés avec modifications par le
Sénat.
Ce rapport est adopté à l’unanimité de 343
voix.
Proposition d’amnistio
M. Camélinat dépose une proposition de
loi tendant à ce qu’il soit accordé amnistie
pleine et entière aux citoyens condamnés pour
faits de grèves, crimes et délits politiques ou
de presse et pour faits connexes.
L’o.’ateur demande la déclaration d’urgence.
M. Floquet regrette que le gouvernement
n’ait pas été prévenu de cette proposition. Vers
le 14 juillet, un certain nombre de grâces
avaient été projetées, mais il n’a pas été pos
sible de leur donner suite a .'autre des grèves
qui ont douloureusement r. mïii i été.
Le gouvernement est disposé à faire grâce
aux citoyens qui ont été entraînés. Il ne sau
rait étendre cette mesure aux agitateurs de
profession. ^ *
M. Basly dit qu’à l’avénement du président
de la République on avait compté suv sa clé
mence.
Le président du Conseil pr> l’orateur de
mettre en cause les ministres c.\ non le prési
dent de la République.
M. Basly ajoute que cette espérance ayant
été déçue, une proposition de loi déposée par
le gouvernement ayant alors fait entrevoir des
ttiesures gracieuses, la proposition d’amnistie
Ait retirée.
It-y a quelque temps, le garde des sceaux a
déclaré à l’orateur qu’il avait préparé des
ffâces, mais que le président de la Républi
que a refuse.
Le président du conseil proteste contre
cette allégation. C’est le conseil des ministres
qui a statué et la personnalité de M. le prési
dent de la République ne saurait être mise en
cause.
M. Basly reste convaincu que le président
de la république a été la cause du refus.
M. le président du conseil maintient que
c’est inexact.
M. Basly dit qu’en tout cas on ne peut ren
dre responsables des dernières ijpèves ceux
qui étaient en prison à cette époque.
L’urgence est mise aux voix. A la majorité
de 325 voix contre 113, sur 433 votants, l’ur
gence n’est pas déclarée. 1
L’ordre du jour appelle la suite de la dis
cussion sur le projet de loi relatif au recrute
ment de l’armée,
Tous les amendements sont repoussés.
La séance est suspendue à G heures.
M. Baihaut demande le rejet de l’article du
Sénat qui repousse l’article 30. Adopté.
L’ensemble du budget est adopté par 361
voix contre 98.
La séance est suspendue et reprise à 6
heures 25.
Le budget de 1889
Le Ministre des Finances dépose le pro^
jet du budget de 1889 qui est adopté avec mo
difications par le Sénat.
Le projet est renvoyé à la commission.
M. J. Roche, rapporteur, dépose un rap
port sur le projet de loi. (Lisez). Le rappor
teur expose les modifications apportées par le
le Sénat.
Les voies ferrées en 1889. — Travaux
Sur l’article 30, le Sénat a rétabli la dispo
sition additionnelle portant que les travaux à
exécuter sur les chemins de fer en 1889 seront
effectués exclusivement sur les lignes déjà
commencées.
Le gouvernement a insisté pour le maintien
de cette disposition. Toutefois elle parait de
nature à soulever une difficulté. La commis
sion cherche une formule nouvelle qui donne
rait satisfaction au vœu du Sénat, tout en ne
donnant place à aucune équivoque. La for
mule porte que les lignes nouvelles ou sec
tions de lignes ne pourront être entreprises
qu’en vertu d’une loi spéciale (aux voix).
M. Dreyfus dit qu’il y a là une innovation
sur laquelle le ministre des travaux publics
doit se prononcer.
Le ministre des travaux publics répond
qu’il est entendu qne le ministre doit se main
tenir dans les limites indiquées par la com
mission du budget. Cette indication n’a pas
paru suffisante au Sénat qui a exigé en outre
un acte législatif. C'est une question de forme.
M. Pelletan dit qu’il ne faut pas voter à la
légère un article qui peut avoir des consé
quences graves jusqu’au jour de la déclaration
d’utilité publique et le vote des crédits. Il fau
dra désormais une loi de plus. De sorte qu’il
sera possible de diminuer la charge des Com
pagnies et les dispenser de tenir leurs enga
gements.
M. Ducoudray ajoute qu’il y a des lignes
stratégiques décidées, qui vont se trouver ar
rêtées par la combinaison nouvelle.
Le ministre des travaux publics répond
que 142 millions doivent être appliqués aux
lignes dénommées.
M. Bresson dit qu’il y a des lignes straté
giques arrêtées en principe, mais qui n’ont
pas encore reçu un commencement d’exécu
tion; ces lignes se trouveraient ainsi ajour
nées à une autre année.
A la reprise décret de M. Carnot clôturant la session.
SB EIWATB?
Séances du 29 décembre
M. Peytral dépose le budget rectifié par la
Chambre.
Le projet est renvoyé à la commission des
finances qui se réunit immédiatement pour
délibérer.
Le Sénat après observations de M. Hervé de
Saisy vote par 208 voix contre 21 un crédit de
200,000 francs pour la construction d’une salle
des fêtes à l’Elysée.
Le budget extraordinaire de la guerre
L’ordre du jour appelle la discussion du
budget extraordinaire de la guerre.
L’article 1 est adopté.
M. Buffet combat le projet.
M. Tirard dit que la commission des finan
ces est en séance pour examiner le projet de
budget qui est revenu de la Chambre.
Elle demande donc qu’on suspende pour un
moment la discussion du budget extraordi
naire de la guerre (Assentiment).
L’emplacement des Tailleries
Est adopté par 155 voix contre 56, un crédit
de 280,000 fr. pour l’appropriation de l’empla
cement de l’ancien palais des Tailleries.
M. Halgan préfère que l’on conserve les
uines des Tuilleries. C’était une leçon utile.
Puisqu’elles ont disparu, il consent que l’on
trace sur leur emplacement un jardin. Mais il
demande qu’on ne laisse pas de place pour un
monument à la Révolution Française. Cela
coûtera 12 millions qui seraient mieux em
ployés à la construction d’un cuirassé.
M. Edouard Millaud, rapporteur, pense
qu’il vaut mieux faire disparaître les tristes
souvenirs des discordes ; il ne s’agit pas du
monument à la Révolution française, mais
d’un jardin. Le Sénat votera donc le projet.
M. de Larenty rappelle que M. Ferry, étant
ministre, avait permis d’élever sur cet empla
cement un musée, ce qui aurait évité la me
nace d’un monument à la Révolution.
Les deux articles du projet sont adoptés
par 155 voix contre 36.
M. Boulanger donne lecture, au nom de la
commission des finances, d’un rapport sur le
projet de budget qui est revenu modifié de la
Chambre.
La justice aux colonies
M. Isaac, sur le ministère de la marine
(service de la justice aux colonies), insiste sur
les dangers que présente l’unité de juge aux
colonies. Il demande donc le rétablissement
du crédit de 51,000 fr. supprimé par la Cham
bre.
Cette modification est acceptée par 156 voix
contre 76.
Le Sénat reprend ensuite la discussion du
budget extraordinaire delà guerre.
Le premier article est modifié et la séance
est suspendue à 7 h. 10. Elle sera reprise à
7 heures.
1 Inclut à la Claire
Paris, 29 décembre. — Un incident assez
vif s’est produit dans les couloirs de la Cham
bre, dans la soirée d’hier.
Hier, la République française communi
quait aux journaux et publiait ce matin une
note ainsi conçue :
« Je reçois de mon ami Antoine, député
protestataire de Metz au Reichstag, la dépê
che suivante datée de Nancy le 28 décembre,
à midi :
Je n’ai jamais sollicité ni accepté une can
didature à Paris. Comme un désistement for
mel paraît nécessaire, je vous autorise à dé
mentir tout ce qui pourrait m’engager ou éga
rer l’opinion publique.
Antoine.
J’ai répondu au député de Metz :
• Mon cher ami,
Tous les républicains, tous les ennemis du
césarisme, tous les patriotes comprendront le
sentiment élevé qui a dicté votre résolution.
Joseph Reinach.
M. Dreyfus qui, on le sait, avait été le pro
moteur de la candidature Antoine, parcourait
les groupes de journalistes et de députés en
montrant une lettre de M. Antoine, écrite sur
du papier bleu pâle avec l’entête du Grand
Hôtel de France à Nancy et datée de la même
ville. ' \
Cette lettre était ainsi conçue :
Nancy, vendredi, 28 décembre.
Mon cher collègue,
J’ai reçu hier soir la dépêche suivante ï
Tous nos amis, depuis Clémenceau jusqu’à
Ferry, désapprouvent votre candidature. Bou
langer se retirerait devant vous, croyez en ma
sincère amitié. Réponse immédiate.
Signé : Reinach.
J’ai répondu à M. Reinach par la copie du
télégramme que je vous ai expédié hier matio
ainsi conçu :
Ne prendrai aucune détermination sans avoir
consulté mes collègues, mes compatriotes,mes
amis.
Attendez, ne commencez rien. La dépêche
do M. Reinach me laisse supposer qu’on a
trouvé un candidat sûr de battre Boulanger et
qu’il serait, par conséquent fort regrettable
qu’il se dérobât devant moi sous prétexte de
patriotisme.
Bien cordialement à vous. Antoine.
•5'.
-
Feuilleton n° 8
LE SUPPLICE PE L’AMANT
L’infortuné Doucin avait rougi, et, dé
tournant la tête, il avait rencontré l’œil
enflammé de la procureuse et sa bouche
froncée, ornée de sa menaçante mousta
che.
— Ali ça! lui disait-elle à voix basse,
frémissante, croyez-vous que je ne voie
pas vos manèges avec cette espèce de co
cotte ? Que je ne voie pas vos œillades
plus qu’inconvenantes, blessantes pour
moi qui .. Tenez, no me poussez pas à
vous dire tout ce que j’ai sur le cœur.
Impatient, furieux, se sentant ridicule
aux yeux de Mme Daverne, dont il avait
compris l’ironique sourire, Achille fut sai
si d’un violent désir de révolte. Toute
fois il se domina et garda le silence.
— Eh bien 1 vous ne répondez pas, vous
ne niez même pas? Voyons ayez le coura
ge de votre infamie, de votre trahison ;
vous l’adorez, cette femme? Que lui trou
vez-vous donc ? Est-elle seulement jolie ?
— Mais, non, au contraire, répondit
d’un ton sérieux le substitut ; elle est lai
de, elle a une taille atroce, des cheveux
blonds qui ne frise pas du tout, des mains
Abominables ; car ces ongles, qui ressem
blent à des agathes roses et ces petites
fossettes sur tous les doigts, c’est tout
simplement affreux. Et ces yeux qui ont
toujours l’air de se moquer de vous, c’est
agaçant au possible! Enfin, ce laideron
n’a pas le moindre esprit. En bienl Ma
dame, êtes-vous satisfaite ?
— J’ai compris, Monsieur. Autrefois,
vous n’avioz d'admiration que pour les
femmes brunes et maigres Aujourd’hui,
ce sont les blondes grasses comme cette
perruche qui vous séduisent. Il ne me
reste qu’un parti à prendre. Je le pren
drai.
— Soit, Madame, je me résigne à tout.
Autant les galères que la vie que vous
me faîtes!
— Ah! c’en est trop ! c’est moi main
tenant, qui vous fait la vio dure. Mon
amour insensé vous excède, n’est-ce pas?
Après vous avoir tout sacrifié, voilà ma
récompense. Quel châtiment 1 Quels re
mords !
— Eh bien ! Madame, puisqu’il faut l’a
vouer, repartit Achille saisissant la balle
au bond, moi aussi, j’ai des remords. Je
me trouve odieux de trahir la confiance
et l’amitié de M. de Jobardy.
— Est-ce qu’il ne m’a pas trahie, lui ?
— Cela, Madame, ne me regarde pas.
— Ne vous regarde pas 1 Où est le temps
où vous disiez : Pauvre martyre, je ne
saurais vous dédommager par une vie
d’amour de tout ce que vous avez souffert!
Ah! quand je me souviens. Tenez, je vous
pardonne, j’oublie tout ; mais, de grâce 1
épargnez mon pauvre cœur qui n’en peut
plus, qui suffoque.
Pour toute réponse, l’infortuné substi
tut poussa un énorme soupir.
— Si je ne suis pas élégante et provo
cante comme cette frivole personne, j’ai
pour moi la passion. Vous ne saurez ja
mais quels trésors de tendresse vous fou
lez sous vos pieds !
Elle l’entraina dans une allée sombre.
Pendant ce temps, M. de Maugeney
était entré dans la chambre de sa femme.
Paule était toujours étendue sur le so-
pha, les yeux clos, son bras droit pendant
jusqu’à effleurer du bout des doigts le
tapis.
Elle éprouvait une sorte d’évanouisse
ment moral qui détendait tous ses nerfs,
toutes ses fibres. Il y avait comme un vi
de dans' son cerveau, dans son cœur. 11
lui semblait être tombée au fond d’un
gouffre, dont elle ne pourrait jamais sor
tir.
Elle avait commis une faute qui l’éloi
gnait à iamaisde son mari, et celui qu’elle
aimait était parti pour toujours. Mainte
nant, quelle serait sa vie ?
Ces idées avaient un instant tourbillon
né dans.'sa tète. Mais sa raison ébranlée
par une trop forte secousse, ne pouvait
prendre de résolution. Elle ne pensait
plus, elle ne sentait plus. Son esprit
éprouvait une sorte de coma, contre le
quel sa volonté ne pouvait réagir. Aussi,
lorsque son mari entra, ne bougea-t-elle
point. Cependant elle avait reconnu son
pas, sa voix. Elle ne répondit pas aux
paroles tendres qu’il lui adressa.
Epouvanté de cette immobilité, M. de
Maugeney se précipita vers elle, et tom
bant à genoux, l’entourant de ses bras.
— Paule, mon amie, ma chérie, regar
de-moi, réponds-moi, qu’as-tu ? Qu’as-
tu donc?
il lui secouait les mains, il lui secouait
la tête.
Elle ouvrit enfin les yeux.
— Je souffre beaucoup, murmura-t-elle,
beaucoup. J’ai dormi sans doute très long
temps. J’avais ma migraine, et je crois
que je me suis fait une piqûre de mor
phine.
— Vilaine ! malgré ma délense.Tu vois
comme c'est dangereux !
— Un peu d’engourdissement, voilà
tout.
— Alors embrasse-moi; car tu ne m’as
} il seulement embrassé, depuis si long
temps que nous ne nous sommes vus.
Mais Paule, au lieu de lui tendre ses
lèvres, posa son bras sur son front, com
me pour mettre un obstacle entre son vi
sage et celui de son mari.
— Je suis très fatiguée, Armand, dit-
elle, en détournant légèrement la tête.
M. de Maugeney comprima un soupir.
Comme il se relevait, il aperçut à terre.
devant le sopha, un petit carnet de cuir
persan qui ne lui était pas inconnu.
— A qui donc ce carnet ? fit-il, fronçant
le sourcil.
Paule so retourna brusquement, passa
la main sur ses yeux.
— Quel carnet ? demanda-t-elle.
M. de Maugeney le lui tendit.
Elle balbutia :
— C’est moi... tout à l’heure... Je me
rappelle.., j’ai voulu prendre quelques
notes... mais j’étais si lasse que j’ai lais
sé tomber mon carnet... Merci !
De très pâle, elle était devenue toute
rouge, et ses doigts tremblaient un peu.
M. de Maugeney, d’un même coup d’œil»
remarqua ce tremblement, cette rougeur,
le désordre de ses cheveux comme fripés
par des baisers ; et son regard perspica
ce chercha le regard fuyant de sa femme.
Sous l’insistance de ce regard, Paule
leva le sien ; leurs yeux se rencontrè
rent, se comprirent.
Il y eut entre eux un moment d éfrayant
silence. Déjà la coupable courbait la tête
sous cette accusation muette et terrible.
Cependant M. de Maugeney eût peur
de l’abime qu’il sentit tout à coup s’ou
vrir et le séparer de cette femme qu’il
adorait.
(A suivre)
M.-L. Gagneur
Directeur politique : GASTON AHBOUIN
Lundi 31 Décembre 1888
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Paris : chez AUDBOURG et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
Dans un article que j’ai publié ici
môme il y a un mois, je regrettais les
incidents de toute nature qui viennent
journellement mettre des entraves à
tout travail parlementaire sérieux, et je
citais en particulier le retard apporté
de ce chef à la discussion de la loi de
l’armée.
Depuis lors, l’obstruction réaction
naire n’a tait que croître etembcllir.La
droite de la Chambre continue à mettre
à i épreuve la patience de la majorité
par des amendements qui ne riment
* absolument à non. C’est ainsi qu'après
| deux discussions dqjà longues sur l'em-
L ploi du produit de la taxe militaire et
^Lsur la composition des consejlç de révi-
P *1, la Chambre a dû suBiFun long
IPviscours tendant à un remaniement
complet dans la durée du service pour
chacune des catégories de l’armée na
tionale. Le rapporteur s’est vu contraint
de réfuter cette proposition, et l’on a
perdu ainsi un temps précieux, qui eût
pu d’autant mieux être économisé que
le projet en question a réuni tout juste
3 voix.
C’estM.de Martimprey qui avait por
té à la tribune de la Chambre cette
conception nouvelle, aux termes de la
quelle le temps de service dans l’armée
active eût été fixé à quatre ans.
La droite n’a pas présenté, au cours
de la discussion, moins do 75 à 80
amendements, tous destinés par avan
ce à être repoussés. Cette tactique n’a
pour but que de reculer indéfiniment le
vote do la loi, afin d’arriver au terme
de la législature sans que le travail
soit terminé. Do la sorte, le tour serait
joué et la question enterrée pour quel
que temps.
Dans cet ordre d’idées, je regrette
même que la Chambre se soit montrée
absolument intraitable à l’endroit des
modifications apportées par rassemblée
du Luxembourg au texte voté primiti
vement au Palais-Bourbon. Il eut peut-
être été habile en effet, afin do marcher
plus rapidement à une solution, d’ac
cepter,sans qu’il s’agisse ici,bien enten
du, des questions de principe, telles
que celles du service obligatoire pour
tous, sans exception, une partie des
amendements sénatoriaux.On eût peut-
être,ce faisant, un conflit qui viendra
■ très-probablement à se produire, et qui,
Ig sans affecter un caractère dangereux
J! d’acuité, pourra cependant retarder le
H vote et la promulgation des nouvelles
dispositions législatives militaires.
Je disais, dans l’article que je rappe
lais il n’y a qu’un instant : « Le pays
attend impatiemment cotte loi, non-
èculement à cause du principe démo
cratique dont elle édicte l’application,
mais aussi parce qu’actuellemont, c-
par le fait même de la période d’expoc)
tative et de transition qui s’mpose à
l’administration de la guerre, celle-ci
[est loin de pratiquer l’égalité dans le
; traitement de tous les citoyens appelés
sous les drapeaux. >
Or, je reçois à chaque instant des
lettres où l’on me demande quand sera
appliquée la nouvelle loi, et surtout
quel est le régime suivant lequel sera
traitée telle ou telle classe. Les uns
sont renvoyés dans leurs foyers par
mesure budgétaire dans un delai rela
tivement court; d’autres, qui se trou
vent dans des conditions identiques,
ne profitent pas des mêmes disposi
tions. Le ministre lui-même est gêné
par cet état de choses ambigu, qui ne
lui permet pas d’agir avec certitude.
Rien de tout cela ne touche les réac
tionnaires; une idée domine chez eux
toutes les autres : il s’agit de sauver
du service militaire les séminaristes,
et tout moyen leur est bon pour attein
dre ce but. Aujourd’hui, ils ont renon
cé, — on est bien forcé de s’incliner,
quand on ne peut pas faire autrement,
— à la lutte ouverte en faveur de cotte
absurdité, qui est définitivement con
damnée ; n’en pouvant mais, ils ont re
cours à des procédés dilatoires, afin de
reculer l’échéance. En quoi ou en qui
espèrent-ils ? Je l’ignore; mais, ce qui
est certain, c’est qu’ils font tout leur
possible pour faire perdre le temps de
la Chambre. Il n’est pas douteux du
reste qu’il est de leur intérêt do venir
dire au suffrage universel en 1889 que
nous n’avons même pas su faire voter
cette loi, pierre angulaire de nos pro
grammes.
Eh bien ! cela ne sera pas, et, mal
gré leur opposition aveugle, nous mè
nerons à bien cette œuvre qui marque
ra une grande étape dans les conquêtes
démocratiques.
F. STEENACKERS.
PAR FIL SPECIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 29 décembre.
Le ministère italien
M. Grimaldi est nommé ministre des finan
ça Italie et M. Miceli est nommé à l’agricul
ture. -
V agriculture au Portugai ,-L
Le roi de Portugal a accueilli ave
de faveur les représentants des so
nion agricole portugaise qui s’est ibntl
le but de développer l’agriculture dti P<
Article pacifique
Le Nord, journal de Bruxelles publie un
article pacifique.
Le groupe de la Commune
Un nouveau groupe a été formé par Félix
Pyat; il est intitulé : la Commune. Les prin-
paux membres sont MM. Cluscret, Pyat, Fer-
roul et Plantanx, députés ; Champoudy, Mar-
soulan, Daumas et Chemain, conseillers muni
cipaux; Ostyn, Protot et Urbain, anciens mem
bres de la Commune, etc. Ils ont publié une
proclamation très ardente.
Le groupe ouvrier a la Chambre. — Pro
position d'amnistie
Le groupe ouvrier de la Chambre a décidé
de se réunir aujourd’hui avant la séance pour
rédiger une proposition d’amnistie qu’il dépo
sera sur le bureau de la Chambre au cours de
la séance.
Cette proposition s’applique aux crimes et
délits politiques et aux faits connexes, aux dé
lits do coalition et aux condamnations se rat
tachant aux grèves de Decazeville et de Mont-
ceau-les-Mines.
Au Sénat. — M. Ghallemel-Lacour, can
didat à la vice-présidence
L’Union républicaine du Sénat et la Gauche
républicaine ont désigné M. Challemel-Lacour
comme vice-président du Sénat en remplace
ment de M. Peyrat.
L'élection de la Seine
On croit que le congrès républicain auquel
seront soumises les diverses candidatures mi
ses en avant pour l’élection législative de la
Seine sera convoqué pour samedi 5 ou diman
che 6 janvier. Les nouveaux candidats sont
MM. Albert, ancien membre du gouvernement
provisoire en 1818, et M. Darlot.
M. Bradlaugh à la Chambre
On a remarqué aujourd’hui la présence, dans
les couloirs de la Chambre, de M. Bradlaugh.
membre bien connu de la Chambre des com
munes d’Angleterre. Il s’est entretenu avec
divers députés avec lesquels il est en relations,
notamment avec MM. Clémenceau et Yves
Guyot.
Séance du 29 décembre 1888
Le budget
M. J. Roche dépose un rapport sur le pro
jet de loi portant ouverture île l’annulation
des crédits divers des exercices adoptés par la
Chambre et acceptés avec modifications par le
Sénat.
Ce rapport est adopté à l’unanimité de 343
voix.
Proposition d’amnistio
M. Camélinat dépose une proposition de
loi tendant à ce qu’il soit accordé amnistie
pleine et entière aux citoyens condamnés pour
faits de grèves, crimes et délits politiques ou
de presse et pour faits connexes.
L’o.’ateur demande la déclaration d’urgence.
M. Floquet regrette que le gouvernement
n’ait pas été prévenu de cette proposition. Vers
le 14 juillet, un certain nombre de grâces
avaient été projetées, mais il n’a pas été pos
sible de leur donner suite a .'autre des grèves
qui ont douloureusement r. mïii i été.
Le gouvernement est disposé à faire grâce
aux citoyens qui ont été entraînés. Il ne sau
rait étendre cette mesure aux agitateurs de
profession. ^ *
M. Basly dit qu’à l’avénement du président
de la République on avait compté suv sa clé
mence.
Le président du Conseil pr> l’orateur de
mettre en cause les ministres c.\ non le prési
dent de la République.
M. Basly ajoute que cette espérance ayant
été déçue, une proposition de loi déposée par
le gouvernement ayant alors fait entrevoir des
ttiesures gracieuses, la proposition d’amnistie
Ait retirée.
It-y a quelque temps, le garde des sceaux a
déclaré à l’orateur qu’il avait préparé des
ffâces, mais que le président de la Républi
que a refuse.
Le président du conseil proteste contre
cette allégation. C’est le conseil des ministres
qui a statué et la personnalité de M. le prési
dent de la République ne saurait être mise en
cause.
M. Basly reste convaincu que le président
de la république a été la cause du refus.
M. le président du conseil maintient que
c’est inexact.
M. Basly dit qu’en tout cas on ne peut ren
dre responsables des dernières ijpèves ceux
qui étaient en prison à cette époque.
L’urgence est mise aux voix. A la majorité
de 325 voix contre 113, sur 433 votants, l’ur
gence n’est pas déclarée. 1
L’ordre du jour appelle la suite de la dis
cussion sur le projet de loi relatif au recrute
ment de l’armée,
Tous les amendements sont repoussés.
La séance est suspendue à G heures.
M. Baihaut demande le rejet de l’article du
Sénat qui repousse l’article 30. Adopté.
L’ensemble du budget est adopté par 361
voix contre 98.
La séance est suspendue et reprise à 6
heures 25.
Le budget de 1889
Le Ministre des Finances dépose le pro^
jet du budget de 1889 qui est adopté avec mo
difications par le Sénat.
Le projet est renvoyé à la commission.
M. J. Roche, rapporteur, dépose un rap
port sur le projet de loi. (Lisez). Le rappor
teur expose les modifications apportées par le
le Sénat.
Les voies ferrées en 1889. — Travaux
Sur l’article 30, le Sénat a rétabli la dispo
sition additionnelle portant que les travaux à
exécuter sur les chemins de fer en 1889 seront
effectués exclusivement sur les lignes déjà
commencées.
Le gouvernement a insisté pour le maintien
de cette disposition. Toutefois elle parait de
nature à soulever une difficulté. La commis
sion cherche une formule nouvelle qui donne
rait satisfaction au vœu du Sénat, tout en ne
donnant place à aucune équivoque. La for
mule porte que les lignes nouvelles ou sec
tions de lignes ne pourront être entreprises
qu’en vertu d’une loi spéciale (aux voix).
M. Dreyfus dit qu’il y a là une innovation
sur laquelle le ministre des travaux publics
doit se prononcer.
Le ministre des travaux publics répond
qu’il est entendu qne le ministre doit se main
tenir dans les limites indiquées par la com
mission du budget. Cette indication n’a pas
paru suffisante au Sénat qui a exigé en outre
un acte législatif. C'est une question de forme.
M. Pelletan dit qu’il ne faut pas voter à la
légère un article qui peut avoir des consé
quences graves jusqu’au jour de la déclaration
d’utilité publique et le vote des crédits. Il fau
dra désormais une loi de plus. De sorte qu’il
sera possible de diminuer la charge des Com
pagnies et les dispenser de tenir leurs enga
gements.
M. Ducoudray ajoute qu’il y a des lignes
stratégiques décidées, qui vont se trouver ar
rêtées par la combinaison nouvelle.
Le ministre des travaux publics répond
que 142 millions doivent être appliqués aux
lignes dénommées.
M. Bresson dit qu’il y a des lignes straté
giques arrêtées en principe, mais qui n’ont
pas encore reçu un commencement d’exécu
tion; ces lignes se trouveraient ainsi ajour
nées à une autre année.
A la reprise
SB EIWATB?
Séances du 29 décembre
M. Peytral dépose le budget rectifié par la
Chambre.
Le projet est renvoyé à la commission des
finances qui se réunit immédiatement pour
délibérer.
Le Sénat après observations de M. Hervé de
Saisy vote par 208 voix contre 21 un crédit de
200,000 francs pour la construction d’une salle
des fêtes à l’Elysée.
Le budget extraordinaire de la guerre
L’ordre du jour appelle la discussion du
budget extraordinaire de la guerre.
L’article 1 est adopté.
M. Buffet combat le projet.
M. Tirard dit que la commission des finan
ces est en séance pour examiner le projet de
budget qui est revenu de la Chambre.
Elle demande donc qu’on suspende pour un
moment la discussion du budget extraordi
naire de la guerre (Assentiment).
L’emplacement des Tailleries
Est adopté par 155 voix contre 56, un crédit
de 280,000 fr. pour l’appropriation de l’empla
cement de l’ancien palais des Tailleries.
M. Halgan préfère que l’on conserve les
uines des Tuilleries. C’était une leçon utile.
Puisqu’elles ont disparu, il consent que l’on
trace sur leur emplacement un jardin. Mais il
demande qu’on ne laisse pas de place pour un
monument à la Révolution Française. Cela
coûtera 12 millions qui seraient mieux em
ployés à la construction d’un cuirassé.
M. Edouard Millaud, rapporteur, pense
qu’il vaut mieux faire disparaître les tristes
souvenirs des discordes ; il ne s’agit pas du
monument à la Révolution française, mais
d’un jardin. Le Sénat votera donc le projet.
M. de Larenty rappelle que M. Ferry, étant
ministre, avait permis d’élever sur cet empla
cement un musée, ce qui aurait évité la me
nace d’un monument à la Révolution.
Les deux articles du projet sont adoptés
par 155 voix contre 36.
M. Boulanger donne lecture, au nom de la
commission des finances, d’un rapport sur le
projet de budget qui est revenu modifié de la
Chambre.
La justice aux colonies
M. Isaac, sur le ministère de la marine
(service de la justice aux colonies), insiste sur
les dangers que présente l’unité de juge aux
colonies. Il demande donc le rétablissement
du crédit de 51,000 fr. supprimé par la Cham
bre.
Cette modification est acceptée par 156 voix
contre 76.
Le Sénat reprend ensuite la discussion du
budget extraordinaire delà guerre.
Le premier article est modifié et la séance
est suspendue à 7 h. 10. Elle sera reprise à
7 heures.
1 Inclut à la Claire
Paris, 29 décembre. — Un incident assez
vif s’est produit dans les couloirs de la Cham
bre, dans la soirée d’hier.
Hier, la République française communi
quait aux journaux et publiait ce matin une
note ainsi conçue :
« Je reçois de mon ami Antoine, député
protestataire de Metz au Reichstag, la dépê
che suivante datée de Nancy le 28 décembre,
à midi :
Je n’ai jamais sollicité ni accepté une can
didature à Paris. Comme un désistement for
mel paraît nécessaire, je vous autorise à dé
mentir tout ce qui pourrait m’engager ou éga
rer l’opinion publique.
Antoine.
J’ai répondu au député de Metz :
• Mon cher ami,
Tous les républicains, tous les ennemis du
césarisme, tous les patriotes comprendront le
sentiment élevé qui a dicté votre résolution.
Joseph Reinach.
M. Dreyfus qui, on le sait, avait été le pro
moteur de la candidature Antoine, parcourait
les groupes de journalistes et de députés en
montrant une lettre de M. Antoine, écrite sur
du papier bleu pâle avec l’entête du Grand
Hôtel de France à Nancy et datée de la même
ville. ' \
Cette lettre était ainsi conçue :
Nancy, vendredi, 28 décembre.
Mon cher collègue,
J’ai reçu hier soir la dépêche suivante ï
Tous nos amis, depuis Clémenceau jusqu’à
Ferry, désapprouvent votre candidature. Bou
langer se retirerait devant vous, croyez en ma
sincère amitié. Réponse immédiate.
Signé : Reinach.
J’ai répondu à M. Reinach par la copie du
télégramme que je vous ai expédié hier matio
ainsi conçu :
Ne prendrai aucune détermination sans avoir
consulté mes collègues, mes compatriotes,mes
amis.
Attendez, ne commencez rien. La dépêche
do M. Reinach me laisse supposer qu’on a
trouvé un candidat sûr de battre Boulanger et
qu’il serait, par conséquent fort regrettable
qu’il se dérobât devant moi sous prétexte de
patriotisme.
Bien cordialement à vous. Antoine.
•5'.
-
Feuilleton n° 8
LE SUPPLICE PE L’AMANT
L’infortuné Doucin avait rougi, et, dé
tournant la tête, il avait rencontré l’œil
enflammé de la procureuse et sa bouche
froncée, ornée de sa menaçante mousta
che.
— Ali ça! lui disait-elle à voix basse,
frémissante, croyez-vous que je ne voie
pas vos manèges avec cette espèce de co
cotte ? Que je ne voie pas vos œillades
plus qu’inconvenantes, blessantes pour
moi qui .. Tenez, no me poussez pas à
vous dire tout ce que j’ai sur le cœur.
Impatient, furieux, se sentant ridicule
aux yeux de Mme Daverne, dont il avait
compris l’ironique sourire, Achille fut sai
si d’un violent désir de révolte. Toute
fois il se domina et garda le silence.
— Eh bien 1 vous ne répondez pas, vous
ne niez même pas? Voyons ayez le coura
ge de votre infamie, de votre trahison ;
vous l’adorez, cette femme? Que lui trou
vez-vous donc ? Est-elle seulement jolie ?
— Mais, non, au contraire, répondit
d’un ton sérieux le substitut ; elle est lai
de, elle a une taille atroce, des cheveux
blonds qui ne frise pas du tout, des mains
Abominables ; car ces ongles, qui ressem
blent à des agathes roses et ces petites
fossettes sur tous les doigts, c’est tout
simplement affreux. Et ces yeux qui ont
toujours l’air de se moquer de vous, c’est
agaçant au possible! Enfin, ce laideron
n’a pas le moindre esprit. En bienl Ma
dame, êtes-vous satisfaite ?
— J’ai compris, Monsieur. Autrefois,
vous n’avioz d'admiration que pour les
femmes brunes et maigres Aujourd’hui,
ce sont les blondes grasses comme cette
perruche qui vous séduisent. Il ne me
reste qu’un parti à prendre. Je le pren
drai.
— Soit, Madame, je me résigne à tout.
Autant les galères que la vie que vous
me faîtes!
— Ah! c’en est trop ! c’est moi main
tenant, qui vous fait la vio dure. Mon
amour insensé vous excède, n’est-ce pas?
Après vous avoir tout sacrifié, voilà ma
récompense. Quel châtiment 1 Quels re
mords !
— Eh bien ! Madame, puisqu’il faut l’a
vouer, repartit Achille saisissant la balle
au bond, moi aussi, j’ai des remords. Je
me trouve odieux de trahir la confiance
et l’amitié de M. de Jobardy.
— Est-ce qu’il ne m’a pas trahie, lui ?
— Cela, Madame, ne me regarde pas.
— Ne vous regarde pas 1 Où est le temps
où vous disiez : Pauvre martyre, je ne
saurais vous dédommager par une vie
d’amour de tout ce que vous avez souffert!
Ah! quand je me souviens. Tenez, je vous
pardonne, j’oublie tout ; mais, de grâce 1
épargnez mon pauvre cœur qui n’en peut
plus, qui suffoque.
Pour toute réponse, l’infortuné substi
tut poussa un énorme soupir.
— Si je ne suis pas élégante et provo
cante comme cette frivole personne, j’ai
pour moi la passion. Vous ne saurez ja
mais quels trésors de tendresse vous fou
lez sous vos pieds !
Elle l’entraina dans une allée sombre.
Pendant ce temps, M. de Maugeney
était entré dans la chambre de sa femme.
Paule était toujours étendue sur le so-
pha, les yeux clos, son bras droit pendant
jusqu’à effleurer du bout des doigts le
tapis.
Elle éprouvait une sorte d’évanouisse
ment moral qui détendait tous ses nerfs,
toutes ses fibres. Il y avait comme un vi
de dans' son cerveau, dans son cœur. 11
lui semblait être tombée au fond d’un
gouffre, dont elle ne pourrait jamais sor
tir.
Elle avait commis une faute qui l’éloi
gnait à iamaisde son mari, et celui qu’elle
aimait était parti pour toujours. Mainte
nant, quelle serait sa vie ?
Ces idées avaient un instant tourbillon
né dans.'sa tète. Mais sa raison ébranlée
par une trop forte secousse, ne pouvait
prendre de résolution. Elle ne pensait
plus, elle ne sentait plus. Son esprit
éprouvait une sorte de coma, contre le
quel sa volonté ne pouvait réagir. Aussi,
lorsque son mari entra, ne bougea-t-elle
point. Cependant elle avait reconnu son
pas, sa voix. Elle ne répondit pas aux
paroles tendres qu’il lui adressa.
Epouvanté de cette immobilité, M. de
Maugeney se précipita vers elle, et tom
bant à genoux, l’entourant de ses bras.
— Paule, mon amie, ma chérie, regar
de-moi, réponds-moi, qu’as-tu ? Qu’as-
tu donc?
il lui secouait les mains, il lui secouait
la tête.
Elle ouvrit enfin les yeux.
— Je souffre beaucoup, murmura-t-elle,
beaucoup. J’ai dormi sans doute très long
temps. J’avais ma migraine, et je crois
que je me suis fait une piqûre de mor
phine.
— Vilaine ! malgré ma délense.Tu vois
comme c'est dangereux !
— Un peu d’engourdissement, voilà
tout.
— Alors embrasse-moi; car tu ne m’as
} il seulement embrassé, depuis si long
temps que nous ne nous sommes vus.
Mais Paule, au lieu de lui tendre ses
lèvres, posa son bras sur son front, com
me pour mettre un obstacle entre son vi
sage et celui de son mari.
— Je suis très fatiguée, Armand, dit-
elle, en détournant légèrement la tête.
M. de Maugeney comprima un soupir.
Comme il se relevait, il aperçut à terre.
devant le sopha, un petit carnet de cuir
persan qui ne lui était pas inconnu.
— A qui donc ce carnet ? fit-il, fronçant
le sourcil.
Paule so retourna brusquement, passa
la main sur ses yeux.
— Quel carnet ? demanda-t-elle.
M. de Maugeney le lui tendit.
Elle balbutia :
— C’est moi... tout à l’heure... Je me
rappelle.., j’ai voulu prendre quelques
notes... mais j’étais si lasse que j’ai lais
sé tomber mon carnet... Merci !
De très pâle, elle était devenue toute
rouge, et ses doigts tremblaient un peu.
M. de Maugeney, d’un même coup d’œil»
remarqua ce tremblement, cette rougeur,
le désordre de ses cheveux comme fripés
par des baisers ; et son regard perspica
ce chercha le regard fuyant de sa femme.
Sous l’insistance de ce regard, Paule
leva le sien ; leurs yeux se rencontrè
rent, se comprirent.
Il y eut entre eux un moment d éfrayant
silence. Déjà la coupable courbait la tête
sous cette accusation muette et terrible.
Cependant M. de Maugeney eût peur
de l’abime qu’il sentit tout à coup s’ou
vrir et le séparer de cette femme qu’il
adorait.
(A suivre)
M.-L. Gagneur
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