Titre : Match : l'intran : le plus grand hebdomadaire sportif
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1937-11-30
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32812178x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 7598 Nombre total de vues : 7598
Description : 30 novembre 1937 30 novembre 1937
Description : 1937/11/30 (N602). 1937/11/30 (N602).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k41549883
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-41178
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 17/04/2019
6
match
Après d’autres i u tervi
En dînant avec Roger
Président de la Fédération Française de
{De notre envoyé spécial.)
Périgueux, 27 novembre ( par téléphone).
- Allô ! la préfecture de Périgueux ?
— C’est ici. Qui demandez-vous ?
Puis-je être mis en communication avec
M. Roger Dantou, président de la F.F.R. ?
— De la part ?
— De l’hebdomadaire sportif Match.
— Veuillez bien m pas quitter l'appareil.
Dix secondes d’attente, et :
— Allô ! Ici M. Dantou. Que me voulez-
vous ?
— Mon cher président, c’esl Charles Gon-
douin qui vous présente ses compliments et
vous demande si vous voulez bien le recevoir,
à Périgueux, afin qu’il puisse rapporter, aux
lecteurs de Match, ce que vous pensez des
questions principales qui intéressent en ce
moment votre Fédération ?
Mais avec le plus grand plaisir, mon cher
ami. Et pour vous le prouver, prenez note
que j’irai vous attendre, à votre descente du
train, demain, à 17 h. 30, pour ne plus vous
quitter de la soirée. Comme cela, nous aurons,
je pense, le temps de bavarder.
- Encore une fois merci, mon cher prési
dent ; tout confus de votre extrême amabilité,
je vous dis à demain.
Et voilà pourquoi je me trouvais, vendredi
soir, en compagnie du président de la F.F.R.,
tout disposé, si j'ose dire, à le cuisiner.
Mais puisque le mot cuisine intervient ici,
assez mal à propos, je tiens à dire tout de
suite que l’entrevue de M. Dantou et de l’en
voyé de Match ne fut pas seulement consacrée
au rugby fédéral, mais aussi à la gastronomie
périgourdine qui, honte à qui l’ignore, mérite
qu’on en traite avec une ferveur sacrée.
C’est donc entre une merveille de foie gras
cuite au madère et un plat de grives sur
canapé, dont je ne vous dis que ça, que l’es
prit singulièrement délié d’ailleurs par les
vertus mirifiques d’un honorable hospice de
Beaune, j’attaquais M. Dantou sur le terrain
que j’avais choisi.
— Mon cher président, parlons tout d’abord
des relations franco-britanniques. Que pensez-
vous de l’interview de M. W. Wackefield rap
portée dans Paris-soir par notre ami Gaston
Bénac ?
— J’ai déjà dit ce que j’en pensais : M.
Wackefield ne nous a rien appris que nous
ne sachions déjà. Seulement , c’est la première
fois qu’un haut dirigeant britannique a, de
vive voix, déclaré les raisons qui l’inspirent,
à notre égard, de même que ses collègues, et,
rien que pour cela, le reportage de « Paris-
soir » eût été fort intéressant.
— Très bien. Mais ne pensez-vous pas que
certaines démarches, faites d’ailleurs pour
ramener une reprise des relations, ont été plus
nuisibles qu’utiles ? L’intervention, par exem
ple, de M. Yvon Delbos ?
— Là, mon ami, je vous arrête. L’interven
tion dont vous parlez s’est bien produite ;
mais elle a été complètement dénaturée. Met
tons donc les choses au point.
» M. Yvon Delbos est l’un de mes vieux
camarades de classe et c’est, de plus, un an
cien joueur de rugby. Il fit ses preuves dans
l’équipe du lycée de Périgueux et au Stade
Toulousain. C’est à ce double titre que je lui
demandai, un jour, s’il ne voyait pas la pos
sibilité d’intéresser M. Eden à l’œuvre à la
quelle nous ne cessons de nous attacher. Et
c’est encore à ces deux titres qu’il accéda, de
grand cœur, à ma demande.
» Maintenant j’insiste très fortement sur ce
point, qu’il n’était pas du tout question de
faire pression sur les membres du Comité des
Unions britanniques. Je suis trop respectueux
et même trop admirateur de leur esprit d’in
dépendance pour cela. Seulement MM. Delbos
et Eden sont, je crois, tombés d’accord pour
admettre que la Grande-Bretagne et la
Fiance, en communauté d’intérêts sur tant de
points, se trouveraient fort bien de n’être ja
mais divisées, en quelque endroit où elles
pourraient être unies.
» C’est dans cet esprit — si je puis dire, au-
dessus du sport — que les dirigeants britan
niques furent pressentis. Pourtant nous avons
pu constater qu’ils avaient mal interprété
cette démarche.
» Cependant, ajouta M. Dantou, M. Delbos
ne s’est pas tenu pour battu ; et, en effet,
il n’a pas manqué l’occasion qui lui fut of
ferte récemment, à Bruxelles, de reprendre
avec M. Eden la conversation sur le même
sujet.
— Alors ?
— Alors nous attendons.
» Voyez-vous, je suis patient, et malgré tout
j’ai confiance que les relations franco-britaa*
niques seront reprises, un jour ou l’autre.
» Enfin, est-il une raison pour qu’il en soit
autrement ? L’amateurisme marron, le jeu
brutal, vieilles histoires que tout cela ! Et qui
d’ailleurs peut prétendre que nous n’avons pa3
fait tout ce qu’il était humainement possible
de faire pour épurer notre rugby de ces deux
tares ? L’amateurisme marron ? Tenez, j’en
appelle à mon ami M. Lacombe, qui nous a
écrit :
« Président du C. A. Périgourdin, il nous
donnera, sans hésiter, sa parole d’honneur que,
sous son administration, il ne peut plus être
question d’amateurs marrons. »
Et M. Lacombe intervient :
— Mon ami Dantou n’exprime que la vérité,
toute simple. Je fus, il y a quelques années,
président du C. A. P. J’ai dû alors m’élever
contre des pratiques que je réprouvais de tou
tes mes forces. Le courant était terriblement
dur à remonter. Le moment de la réaction
n’était peut-être pas encore venu. Bref : pré
sident gêneur, je fus un beau jour débarqué.
Des amis m’en firent leurs condoléances.
» Ne vous frappez pas pour moi, répondis-
je; l’âge d’or pour un amateurisme marron est
passé et il ne peut plus renaître. Débarqué
aujourd’hui, on me rappellera en temps voulu...
» Et, vous le voyez, on m’a rappelé. Et
comme, par-dessus tout, je veux servir le
rugby, j’ai répondu : « Présent ».
Et tandis que M. Andrieu, ancien capitaine
et, à l’heure actuelle, entraîneur bénévole du
C. A. P., approuvait les paroles de son prési
dent, M. Dantou reprit :
— Vous avez entendu les propos de M. La-
combe. Franchement, est-ce que vous ne
Roger Dantou
Vedette che\les “13 Roger Claudel
D eux choses étonnent tout d’abord ceux qui
approchent ce grand gaillard élancé, ner
veux, celui qu'on a tendance à surnom
mer « 1» vieux » Claudel : son accent et son
âge. Car avec un accent à rendre jaloux le
plus pur natif de Grenoble, Roger Claudel
vit le jour à Chartres et passa toute son en
fance en Alsace. C’est en 1928 qu’il vint se
fixer à Chartres et deux ans plus tard, mili
taire à Bron, il était pour la première fois
international. Calculez et vous verrez que no
tre gaillard est loin d’être... un vieux.
Quand il vint à Grenoble en compagnie de
ses quatre frères, Roger ignorait tout du
rugby. Il pratiquait un peu l’athlétisme et le
ballon rond, mais n’avait jamais figuré dans
un « quinze ». Au bout de quelques semaines,
les exploits de Lasserre et de ses camarades
lui étaient devenus familiers, et tout son en
thousiasme se porta alors sur le ballon ovale.
Mais il fallut lutter et jouer en cachette, car
la famille Claudel voyait d’un mauvais œil
son rejeton revenir le dimanche soir couvert
de plaies et bosses.
Malgré les remontrances paternelles, Ro
ger tint bon et en 1927 débutait dans une
équipe inférieure du F. C. de Grenoble. L’an
née suivante, à 17 ans, l’occasion lui fut of
ferte de jouer dans l’équipe réserve du F.C.G.
contre celle du Lyon Olympique Universitaire
à Lyon. C’est qu’il était déjà particulièrement
rapide et très utile dans une ligne d’avants.
Graule le remarqua et lui demanda de venir
à Lyon. Ce n’est toutefois qu’un an plus tard
que par l’entremise du capitaine lyonnais il
fut affecté au 35 e d’aviation de Bron.
Ce fut sous l’uniforme militaire qu’il obtint
ses premiers galons d’international. Sélec
tionné dans l’équipe de l’Armée Française, il
joua la dernière rencontre qui devait nous
opposer aux rugbymen militaires britanni
ques à Twickenham. La même année, jouant
pour le L.O.U. il devenait finaliste du Cham
pionnat de France rencontrant Toulon.
Sa gaieté et son entrain l’avaient fait sur
nommer Clo-Clo ; il était le boute-en-train de
l’équipe, mais l’année suivante son crédit
baissa quelque peu dans les milieux rugbys-
tiques. Un net déclin de forme et notre gail
lard se voyait particulièrement critiqué. Pour
comble de malchance, Cio-Cio, qui tenait ab
solument à jouer la finale contre Narbonne,
s’était remis courageusement au travail et
était en forme ia veille du match, mais, un
stupide accident — un lavabo qui lui tomba
sur le pied — l'empêcha de jouer cette finale.
C’est certainement le plus mauvais souvenir
de la carrière de Claudel.
Par la suite, on le vit disputer France-
Allemagne deux années consécutives ; il fit
partie de la tournée française au Maroc, puis
enfin ses obligations lui donnèrent l’occasion
de « monter » à Paris. Quelques courts sé
jours au Racing et Roger Claudel débutait
à Paris Treize.
Sous les auspices de Jean Galia il effec
tuait un stage de trois semaines en Angle
terre pour étudier la méthode britannique de
jeu et d’entraînement. Depuis, nouvelle ve
dette des Treize, l’ex-Grenoblois a joué pour
l’équipe de France contre Galles et l’Angle
terre en France et en Angleterre.
A Paris Treize, excellente équipe de cama
rades, il se distingue chaque semaine, mais
le recrutement est particulièrement difficile
dans la capitale. Toutefois, sa confiance est
certaine dans ce sport.
Pour lui, le jeu à treize est nettement supé
rieur à celui à quinze ; il oblige les joueurs
à être constamment en forme, il est plus vite,
moins « cafouillé » et donne aux joueurs
l’occasion d’avoir plus souvent le ballon.
— Le jeu,est très différent nous dit-il, par
ticulièrement en avants. La première année
où nous avons joué les Britanniques, ceux-ci
ne connaissaient pas nos défauts, et jouèrent
pour ainsi dire à la manière anglaise, c’est
ce qui nous permit d’ailleurs d’obtenir un
ews
Dantou
Rugby
croyez pas qu’ils pourraient être tenus, avec
autant de sincérité, par l’immense majorité
de nos présidents de clubs ?
» En vérité, l’amateurisme marron n’est
plus, chez nous, qu’à l’état de souvenir.
» Quant au jeu brutal ou déloyal, qui donc
peut soutenir qu’il n’est pas en pleine voie de
disparaître ?
» A ces propos j’ajoute que je me déclare
personnellement très satisfait de la lettre-cir
culaire adressée par M. Lanteires, président
de notre Commission de discipline, à nos pré
sidents de clubs. Qu’ils soient rendus respon
sables des incartades réitérées de certains de
leurs joueurs, c’est une mesure juste et salu
taire. Aussi ferai-je tout ce qui dépendra de
moi pour que la missive de M. Lanteires ne
soit pas lettre morte.
— Parfait, mon cher président. Maintenant,
si vous le voulez bien, parlons un peu de la
Ligue de rugby à treize. On a dit qu’il
est possible qu’elle soit admise au Comité na
tional des sports. Qu’en pensez-vous ?
— Ma foi, cela m’étonnerait beaucoup, car
ce serait une violation très nette des statuts
du C. N. S., qui ne prévoient qu’une Fédéra
tion par sport.
» De fait, il faudrait, pour que le rugby
professionnel prît place au C. N. S., qu’il fût
soumis à notre contrôle, tout comme le foot
ball professionnel est sous le contrôle de la
Fédération présidée par M. Rimet.
» Cet exemple n’est pas pour nous séduire.
Il nous montre, en effet, que dans une union
du sport amateur et du sport professionnel,
le premier est toujours plus ou moins noyé
par le second. Et l’amateur cent pour cent
que je suis ne saurait s’accommoder d’un tel
régime.
» A ce propos j’ajoute que je regrette vive
ment qu’on n’ait pas sténographié le discours
prononcé par M. Léo Lagrange, sous-secré
taire d’Etat aux Loisirs et aux Sports, lors
de la réception organisée par le Stade Toulou
sain, à l’occasion de la finale du dernier cham
pionnat de France. Discours au cours duquel
il s’éleva avec force contre le système si pro
fessionnel qui consiste à composer des équi
pes de rugby comme on monts une écurie
de courses : achat de joueurs comme achat de
chevaux. Est-ce que les grands clubs de rugby
à treize font autre chose ?
» Oui, vraiment, ce discours de M. Léo La
grange fut un exposé si parfait des doctrines
d'amateurisme que nous soutenons, à la
F. F. R., que personnellement j’en ai fait mon
bréviaire.
— Mais, repris-je, si malgré tout le C,NS.
admettait la Ligue de rugby à XIII en son
sein... Que feriez-vous ?
— Là, je réserve mon opinion personnelle.
Tout ce que je puis vous dire, c’est que, de
vant un fait aussi grave, le Conseil de la
F. F. R. serait appelé à délibérer.
» Encore une fois, je vous répète que je ne
vois pas d’un mauvais œil le rugby à treize
qui a pour nous au moins le mérite de nous
débarrasser des joueurs foncièrement profes
sionnels.
» Mais en cela, comme en toute autre chose,
je n’ai en vue que l’intérêt, le seul intérêt de
la Fédération française de rugby, dont je
m’honore d’être président, ainsi que je m’ho
nore, d’ailleurs, d’être président de l’Académie
gastronomique du Périgord. »
Sur ce, la conversation tournait tout net
vers la gastronomie. Il fut surtout question
d’une truffe de Sorges, petit village des en
virons, qui, toute menue qu’elle est, enbaume
à elle seule plus que cinquante autres, d’ori
gines différentes.
Mais cela est une autre histoire.
CHARLES GONDOUIN.
aussi bon résultat contre eux ; depuis, ils se
sont appliqués, connaissent notre façon de
jouer, et vous n’en ignorez pas les résultats.
Il faudrait que les Français soient un peu
plus disciplinés, aient une méthode d’entraî
nement s’inspirant du principe anglais, et
que nous apprenions surtout à « plaquer »
et à passer la balle. Peut-être en créant ainsi
une manière française de jouer arriverons-
nous à rivalise- avec les Britanniques qui sont
incontestablement nos maîtres.
On aime le rugby dans la famille Claudel
et M. Claudel père est lui-même converti au
jourd’hui au ballon ovale. Deux des frères de
Roger chaussent également les crampons, au
F. C. Grenoble, Emile en équipe première et
Robert en seconde. Quant aux deux autres,
ils s’adonnent l’été à la natation, et l’hiver
au ski.
Employé comme comptable dans les bu
reaux de la Shell, à Paris, Roger Claudel est
certainement le plus amateur des profession
nels. Son plus vif désir serait de conquérir
un titre avec Paris Treize. Champion de
France et international chez les Quinze, in
ternational chez les Treize, il manque à no
tre gaillard un titre par équipe dans le néo
rugby, Mais le « vieux » Claudel n’a que 27
ans et tous les espoirs lui sont encore permis.
Pour le moment, bien qu’il y ait des candi
dats sérieux au poste d’avant troisième ligne,
les chances de Clo-Clo sont grandes de jouer-
le mois prochain contre l’Australie.
match
Après d’autres i u tervi
En dînant avec Roger
Président de la Fédération Française de
{De notre envoyé spécial.)
Périgueux, 27 novembre ( par téléphone).
- Allô ! la préfecture de Périgueux ?
— C’est ici. Qui demandez-vous ?
Puis-je être mis en communication avec
M. Roger Dantou, président de la F.F.R. ?
— De la part ?
— De l’hebdomadaire sportif Match.
— Veuillez bien m pas quitter l'appareil.
Dix secondes d’attente, et :
— Allô ! Ici M. Dantou. Que me voulez-
vous ?
— Mon cher président, c’esl Charles Gon-
douin qui vous présente ses compliments et
vous demande si vous voulez bien le recevoir,
à Périgueux, afin qu’il puisse rapporter, aux
lecteurs de Match, ce que vous pensez des
questions principales qui intéressent en ce
moment votre Fédération ?
Mais avec le plus grand plaisir, mon cher
ami. Et pour vous le prouver, prenez note
que j’irai vous attendre, à votre descente du
train, demain, à 17 h. 30, pour ne plus vous
quitter de la soirée. Comme cela, nous aurons,
je pense, le temps de bavarder.
- Encore une fois merci, mon cher prési
dent ; tout confus de votre extrême amabilité,
je vous dis à demain.
Et voilà pourquoi je me trouvais, vendredi
soir, en compagnie du président de la F.F.R.,
tout disposé, si j'ose dire, à le cuisiner.
Mais puisque le mot cuisine intervient ici,
assez mal à propos, je tiens à dire tout de
suite que l’entrevue de M. Dantou et de l’en
voyé de Match ne fut pas seulement consacrée
au rugby fédéral, mais aussi à la gastronomie
périgourdine qui, honte à qui l’ignore, mérite
qu’on en traite avec une ferveur sacrée.
C’est donc entre une merveille de foie gras
cuite au madère et un plat de grives sur
canapé, dont je ne vous dis que ça, que l’es
prit singulièrement délié d’ailleurs par les
vertus mirifiques d’un honorable hospice de
Beaune, j’attaquais M. Dantou sur le terrain
que j’avais choisi.
— Mon cher président, parlons tout d’abord
des relations franco-britanniques. Que pensez-
vous de l’interview de M. W. Wackefield rap
portée dans Paris-soir par notre ami Gaston
Bénac ?
— J’ai déjà dit ce que j’en pensais : M.
Wackefield ne nous a rien appris que nous
ne sachions déjà. Seulement , c’est la première
fois qu’un haut dirigeant britannique a, de
vive voix, déclaré les raisons qui l’inspirent,
à notre égard, de même que ses collègues, et,
rien que pour cela, le reportage de « Paris-
soir » eût été fort intéressant.
— Très bien. Mais ne pensez-vous pas que
certaines démarches, faites d’ailleurs pour
ramener une reprise des relations, ont été plus
nuisibles qu’utiles ? L’intervention, par exem
ple, de M. Yvon Delbos ?
— Là, mon ami, je vous arrête. L’interven
tion dont vous parlez s’est bien produite ;
mais elle a été complètement dénaturée. Met
tons donc les choses au point.
» M. Yvon Delbos est l’un de mes vieux
camarades de classe et c’est, de plus, un an
cien joueur de rugby. Il fit ses preuves dans
l’équipe du lycée de Périgueux et au Stade
Toulousain. C’est à ce double titre que je lui
demandai, un jour, s’il ne voyait pas la pos
sibilité d’intéresser M. Eden à l’œuvre à la
quelle nous ne cessons de nous attacher. Et
c’est encore à ces deux titres qu’il accéda, de
grand cœur, à ma demande.
» Maintenant j’insiste très fortement sur ce
point, qu’il n’était pas du tout question de
faire pression sur les membres du Comité des
Unions britanniques. Je suis trop respectueux
et même trop admirateur de leur esprit d’in
dépendance pour cela. Seulement MM. Delbos
et Eden sont, je crois, tombés d’accord pour
admettre que la Grande-Bretagne et la
Fiance, en communauté d’intérêts sur tant de
points, se trouveraient fort bien de n’être ja
mais divisées, en quelque endroit où elles
pourraient être unies.
» C’est dans cet esprit — si je puis dire, au-
dessus du sport — que les dirigeants britan
niques furent pressentis. Pourtant nous avons
pu constater qu’ils avaient mal interprété
cette démarche.
» Cependant, ajouta M. Dantou, M. Delbos
ne s’est pas tenu pour battu ; et, en effet,
il n’a pas manqué l’occasion qui lui fut of
ferte récemment, à Bruxelles, de reprendre
avec M. Eden la conversation sur le même
sujet.
— Alors ?
— Alors nous attendons.
» Voyez-vous, je suis patient, et malgré tout
j’ai confiance que les relations franco-britaa*
niques seront reprises, un jour ou l’autre.
» Enfin, est-il une raison pour qu’il en soit
autrement ? L’amateurisme marron, le jeu
brutal, vieilles histoires que tout cela ! Et qui
d’ailleurs peut prétendre que nous n’avons pa3
fait tout ce qu’il était humainement possible
de faire pour épurer notre rugby de ces deux
tares ? L’amateurisme marron ? Tenez, j’en
appelle à mon ami M. Lacombe, qui nous a
écrit :
« Président du C. A. Périgourdin, il nous
donnera, sans hésiter, sa parole d’honneur que,
sous son administration, il ne peut plus être
question d’amateurs marrons. »
Et M. Lacombe intervient :
— Mon ami Dantou n’exprime que la vérité,
toute simple. Je fus, il y a quelques années,
président du C. A. P. J’ai dû alors m’élever
contre des pratiques que je réprouvais de tou
tes mes forces. Le courant était terriblement
dur à remonter. Le moment de la réaction
n’était peut-être pas encore venu. Bref : pré
sident gêneur, je fus un beau jour débarqué.
Des amis m’en firent leurs condoléances.
» Ne vous frappez pas pour moi, répondis-
je; l’âge d’or pour un amateurisme marron est
passé et il ne peut plus renaître. Débarqué
aujourd’hui, on me rappellera en temps voulu...
» Et, vous le voyez, on m’a rappelé. Et
comme, par-dessus tout, je veux servir le
rugby, j’ai répondu : « Présent ».
Et tandis que M. Andrieu, ancien capitaine
et, à l’heure actuelle, entraîneur bénévole du
C. A. P., approuvait les paroles de son prési
dent, M. Dantou reprit :
— Vous avez entendu les propos de M. La-
combe. Franchement, est-ce que vous ne
Roger Dantou
Vedette che\les “13 Roger Claudel
D eux choses étonnent tout d’abord ceux qui
approchent ce grand gaillard élancé, ner
veux, celui qu'on a tendance à surnom
mer « 1» vieux » Claudel : son accent et son
âge. Car avec un accent à rendre jaloux le
plus pur natif de Grenoble, Roger Claudel
vit le jour à Chartres et passa toute son en
fance en Alsace. C’est en 1928 qu’il vint se
fixer à Chartres et deux ans plus tard, mili
taire à Bron, il était pour la première fois
international. Calculez et vous verrez que no
tre gaillard est loin d’être... un vieux.
Quand il vint à Grenoble en compagnie de
ses quatre frères, Roger ignorait tout du
rugby. Il pratiquait un peu l’athlétisme et le
ballon rond, mais n’avait jamais figuré dans
un « quinze ». Au bout de quelques semaines,
les exploits de Lasserre et de ses camarades
lui étaient devenus familiers, et tout son en
thousiasme se porta alors sur le ballon ovale.
Mais il fallut lutter et jouer en cachette, car
la famille Claudel voyait d’un mauvais œil
son rejeton revenir le dimanche soir couvert
de plaies et bosses.
Malgré les remontrances paternelles, Ro
ger tint bon et en 1927 débutait dans une
équipe inférieure du F. C. de Grenoble. L’an
née suivante, à 17 ans, l’occasion lui fut of
ferte de jouer dans l’équipe réserve du F.C.G.
contre celle du Lyon Olympique Universitaire
à Lyon. C’est qu’il était déjà particulièrement
rapide et très utile dans une ligne d’avants.
Graule le remarqua et lui demanda de venir
à Lyon. Ce n’est toutefois qu’un an plus tard
que par l’entremise du capitaine lyonnais il
fut affecté au 35 e d’aviation de Bron.
Ce fut sous l’uniforme militaire qu’il obtint
ses premiers galons d’international. Sélec
tionné dans l’équipe de l’Armée Française, il
joua la dernière rencontre qui devait nous
opposer aux rugbymen militaires britanni
ques à Twickenham. La même année, jouant
pour le L.O.U. il devenait finaliste du Cham
pionnat de France rencontrant Toulon.
Sa gaieté et son entrain l’avaient fait sur
nommer Clo-Clo ; il était le boute-en-train de
l’équipe, mais l’année suivante son crédit
baissa quelque peu dans les milieux rugbys-
tiques. Un net déclin de forme et notre gail
lard se voyait particulièrement critiqué. Pour
comble de malchance, Cio-Cio, qui tenait ab
solument à jouer la finale contre Narbonne,
s’était remis courageusement au travail et
était en forme ia veille du match, mais, un
stupide accident — un lavabo qui lui tomba
sur le pied — l'empêcha de jouer cette finale.
C’est certainement le plus mauvais souvenir
de la carrière de Claudel.
Par la suite, on le vit disputer France-
Allemagne deux années consécutives ; il fit
partie de la tournée française au Maroc, puis
enfin ses obligations lui donnèrent l’occasion
de « monter » à Paris. Quelques courts sé
jours au Racing et Roger Claudel débutait
à Paris Treize.
Sous les auspices de Jean Galia il effec
tuait un stage de trois semaines en Angle
terre pour étudier la méthode britannique de
jeu et d’entraînement. Depuis, nouvelle ve
dette des Treize, l’ex-Grenoblois a joué pour
l’équipe de France contre Galles et l’Angle
terre en France et en Angleterre.
A Paris Treize, excellente équipe de cama
rades, il se distingue chaque semaine, mais
le recrutement est particulièrement difficile
dans la capitale. Toutefois, sa confiance est
certaine dans ce sport.
Pour lui, le jeu à treize est nettement supé
rieur à celui à quinze ; il oblige les joueurs
à être constamment en forme, il est plus vite,
moins « cafouillé » et donne aux joueurs
l’occasion d’avoir plus souvent le ballon.
— Le jeu,est très différent nous dit-il, par
ticulièrement en avants. La première année
où nous avons joué les Britanniques, ceux-ci
ne connaissaient pas nos défauts, et jouèrent
pour ainsi dire à la manière anglaise, c’est
ce qui nous permit d’ailleurs d’obtenir un
ews
Dantou
Rugby
croyez pas qu’ils pourraient être tenus, avec
autant de sincérité, par l’immense majorité
de nos présidents de clubs ?
» En vérité, l’amateurisme marron n’est
plus, chez nous, qu’à l’état de souvenir.
» Quant au jeu brutal ou déloyal, qui donc
peut soutenir qu’il n’est pas en pleine voie de
disparaître ?
» A ces propos j’ajoute que je me déclare
personnellement très satisfait de la lettre-cir
culaire adressée par M. Lanteires, président
de notre Commission de discipline, à nos pré
sidents de clubs. Qu’ils soient rendus respon
sables des incartades réitérées de certains de
leurs joueurs, c’est une mesure juste et salu
taire. Aussi ferai-je tout ce qui dépendra de
moi pour que la missive de M. Lanteires ne
soit pas lettre morte.
— Parfait, mon cher président. Maintenant,
si vous le voulez bien, parlons un peu de la
Ligue de rugby à treize. On a dit qu’il
est possible qu’elle soit admise au Comité na
tional des sports. Qu’en pensez-vous ?
— Ma foi, cela m’étonnerait beaucoup, car
ce serait une violation très nette des statuts
du C. N. S., qui ne prévoient qu’une Fédéra
tion par sport.
» De fait, il faudrait, pour que le rugby
professionnel prît place au C. N. S., qu’il fût
soumis à notre contrôle, tout comme le foot
ball professionnel est sous le contrôle de la
Fédération présidée par M. Rimet.
» Cet exemple n’est pas pour nous séduire.
Il nous montre, en effet, que dans une union
du sport amateur et du sport professionnel,
le premier est toujours plus ou moins noyé
par le second. Et l’amateur cent pour cent
que je suis ne saurait s’accommoder d’un tel
régime.
» A ce propos j’ajoute que je regrette vive
ment qu’on n’ait pas sténographié le discours
prononcé par M. Léo Lagrange, sous-secré
taire d’Etat aux Loisirs et aux Sports, lors
de la réception organisée par le Stade Toulou
sain, à l’occasion de la finale du dernier cham
pionnat de France. Discours au cours duquel
il s’éleva avec force contre le système si pro
fessionnel qui consiste à composer des équi
pes de rugby comme on monts une écurie
de courses : achat de joueurs comme achat de
chevaux. Est-ce que les grands clubs de rugby
à treize font autre chose ?
» Oui, vraiment, ce discours de M. Léo La
grange fut un exposé si parfait des doctrines
d'amateurisme que nous soutenons, à la
F. F. R., que personnellement j’en ai fait mon
bréviaire.
— Mais, repris-je, si malgré tout le C,NS.
admettait la Ligue de rugby à XIII en son
sein... Que feriez-vous ?
— Là, je réserve mon opinion personnelle.
Tout ce que je puis vous dire, c’est que, de
vant un fait aussi grave, le Conseil de la
F. F. R. serait appelé à délibérer.
» Encore une fois, je vous répète que je ne
vois pas d’un mauvais œil le rugby à treize
qui a pour nous au moins le mérite de nous
débarrasser des joueurs foncièrement profes
sionnels.
» Mais en cela, comme en toute autre chose,
je n’ai en vue que l’intérêt, le seul intérêt de
la Fédération française de rugby, dont je
m’honore d’être président, ainsi que je m’ho
nore, d’ailleurs, d’être président de l’Académie
gastronomique du Périgord. »
Sur ce, la conversation tournait tout net
vers la gastronomie. Il fut surtout question
d’une truffe de Sorges, petit village des en
virons, qui, toute menue qu’elle est, enbaume
à elle seule plus que cinquante autres, d’ori
gines différentes.
Mais cela est une autre histoire.
CHARLES GONDOUIN.
aussi bon résultat contre eux ; depuis, ils se
sont appliqués, connaissent notre façon de
jouer, et vous n’en ignorez pas les résultats.
Il faudrait que les Français soient un peu
plus disciplinés, aient une méthode d’entraî
nement s’inspirant du principe anglais, et
que nous apprenions surtout à « plaquer »
et à passer la balle. Peut-être en créant ainsi
une manière française de jouer arriverons-
nous à rivalise- avec les Britanniques qui sont
incontestablement nos maîtres.
On aime le rugby dans la famille Claudel
et M. Claudel père est lui-même converti au
jourd’hui au ballon ovale. Deux des frères de
Roger chaussent également les crampons, au
F. C. Grenoble, Emile en équipe première et
Robert en seconde. Quant aux deux autres,
ils s’adonnent l’été à la natation, et l’hiver
au ski.
Employé comme comptable dans les bu
reaux de la Shell, à Paris, Roger Claudel est
certainement le plus amateur des profession
nels. Son plus vif désir serait de conquérir
un titre avec Paris Treize. Champion de
France et international chez les Quinze, in
ternational chez les Treize, il manque à no
tre gaillard un titre par équipe dans le néo
rugby, Mais le « vieux » Claudel n’a que 27
ans et tous les espoirs lui sont encore permis.
Pour le moment, bien qu’il y ait des candi
dats sérieux au poste d’avant troisième ligne,
les chances de Clo-Clo sont grandes de jouer-
le mois prochain contre l’Australie.
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