Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1881-02-02
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 février 1881 02 février 1881
Description : 1881/02/02 (Numéro 33). 1881/02/02 (Numéro 33).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Description : Collection numérique : France-Brésil Collection numérique : France-Brésil
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k2777306
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
Le Numéro double 20 cent. & Paris, 2& cent. dans les Départements.
27* Année, a" série. Numéro 33.
Mercredi 2 Février. 1881. r
FRANCIS MAGNARD
Rédacteur en chef
A. PÉRI VI ER
Secrétaire de la Rédaction
f
EÉDÀCTION y^]
De midi A minuit, rue Drouot, 26 6 /^P'^
̃Les manuscrits ne sont pas rendu* j c=
-LIS manU$cn s01l1 pas rif/du' ~f" "it')
BUREAUX
80, rue Drouot, 26 V^z/j
:< H. DE V1LLEMESSANT
'-•'•• • Fondateur
;̃ ̃̃ r FERNAND DE RODAYS
"• .• .Administrateur ̃-
'̃ "̃ "jÈBÔIBSfBMÉNTs'v ̃•"̃'•
Départements TroU moii | 9 f r. 50
.Paria: Irci» mois | 6 t r.
ù V ANNONCES ET RÉCLAMES
"̃ DOLMJJQEN PUB, SEGUY ET ç\ PAS8AOB UEB PflINCW
BT A I/ADMINISTKAÏIOÏ*
SOMMAIRE
GOCKOD Igtwtti»
Echob os Pakis Le Masque dt F«f.
LES Boitks Vides Aimé Giron.
Carnet d'un MONDAIN Etincelle*
LE LENDEMAIN d'bnb Bataille Jehan Vaîler.
Gazette dbla Chambre Albert MUlaud.
Coulisses PARLEMENTAIRES Baron Grimm.
ILLUSIONS Présidentielles Jeati-Paùl. ̃*
Léonard DE Vinci MUSULMAN Véha.
Petites PAGES d'Histoire Prince de Valori.
Lettres DE BRUXELLES Perhéo.
CORRESPONDANCE ANGLAISE T. Johnson.
LETTRE DE ROME Raoul.
LES Quarante JOURS Georges Grisou.
LA VIE EN PLEIN Air Florian Pharaon.
Lu Guide DE l'Assuré Franklin.
PARIS AU JOUR LE JOUR Adolphe Racot*
Nouvelles DIVERSES Jean de Paris.
Gazette DES TRIBUNAUX Albert Bataille.
TÉLÉGRAMMES ET CORRESPONDANCES ArgUS.
LA Bourse La Banque Parisienne.
Théâtre DE Monaco Bènêdict.
CoimRiER DES Théâtres Jules Prével.
La Soirée Théâtrale: Un Monsieur de l'Orchestre.
FEUILLETON LES CRIMES D'UN ANGE René de
Pont-Jest.
GOUNOD
M. Gounod me dit, il y a trois mois
« Je vais demain commencer les répéti-
tions de mon nouvel opéra le Tribut de
Zamora. Quel métier terrible 1 Le public
ne se doute pas de cette crise dans là vie
du compositeur de musique. C'est le mo-
ment où l'accessoire de l'œuvre l'emporte
de beaucoup sur le principal.Vous de-
vriez faire le portrait de cette énorme ma-
chine un opéra. » Je lui répondis
« Oui, maître mais, en revanche, quel
bonheurpourvous,quandl'œuvre superbe
est sortie enfin de votre cervèau 1 C'est
la béatitude mystérieuse de la femme
qui vient d'accoucher. Béatitude,
reprit en souriant M. Gounod, quia na-
tus est homo in mundum. En effet,
l'opéra est un homme que nous créons.
Ecce homo. »
Une bonne part de Gounod est dans
cette réplique. Nul ne s'est plus nourri
que lui de la moelle de l'Ancien et du
Nouveau Testament. Il a écrit beaucoup
de ses œuvres dans les interlignes du
Livre!
*•»
M. Gounod est redevenu une actualité
comme tout à l'heure l'ont été MM.
Verdi et Ambroise Thomas que j'ai des-
sinés ici. L'auteur du Tribut de Zamora
est un enfant de Paris. Il est né en 1818.
En 1839, il obtient ie Grand Prix de
Rome. Ingres était alors directeur, à la
Villa Médici. On sait qu'Ingres aimait la
musique et estimait fort son talent de
violoniste. Mozart était son maître, en
musique comme Raphaël l'était, en
peinture. Cela ne m'étonne pas. Si le sys-
tème de la transmigration des âmes n'est
pas une chimère vaine à coup sûr
l'âme de Raphaël a transmigré chez Mo-
zart. On dirait que Mozart le pressentait 1
N'a-t il pas écrit « en voyant Rome pour
la première. fois de ma vie, il m'a semblé
que je la revoyais! »
Dans quel nouveau corps humain re-
paraîtracette grande âme? L'orgueil de
l'artiste est parfois si naïvement formi-
dablequ'Ingres a peut-être cru avoir cette
âme Raphaël-Mozart Ce soupçon m'est
venu en voyant chez M. Gounod un beau
petit médaillon de Mozart que notre
grand peintre lui avait donné en quittant
Rome. On y voit cette suscription
déjà célèbre, souvenir affectueux de In-
gres. » v vous semble-t-il pas qu'In-
gres donne ici en souvenir son propre
Dortrait ?
#*#
M. Gounod avait pour camarade de
prix, à la villa Médicis, le peintre Hé-
berf avec qui il est resté étroitement li<5.
Un jour, il m'a fait, en un mot, le por-
trait de l'auteur gracieux et fiévreux de
la mal'aria et de tant de portraits de
femme à la morbidezza si pénétrante.
« Hébert c'est le Chopin de la peinture. »
Le séjour de Rome ne complète pas
l'éducation du jeune musicien, dans la
partie purement spéciale de la musique.
Mais les visions de tant de tableaux d'un
particularisme si saisissant, à travers la
buée d'or du ciel romain le contraste
puissant de ce vieux monde léthargique,
mi-enseveli dans la poussière des siècles
avec' grandiose de la nouvelle cité
catholique. donnent à l'âme du peintre,
du musicien et du statuaire des impres-
sions identiques quo chacun écrira plus
tard avec son outil particulier. Gounod
était déjà un esprit essentiellement sub-
jectif et vibrant, une âme succube. Il
revint à Paris avec une seconde nature,
que son séjour en Allemagne ne put dé-
iruire.
*t
En effet, quelle fut.la première œuvre
de Gounod après sa dernière année
d'école, passée à Vienne et à Munich?
Ce fut une messe Alla Palestrina.
Il faut entendre aujourd'hui le célèbre
musicien raconter l'émotion qu'il res-
sentit en écoutant pour la première fois,
dans la chapelle Sixtine, les chants de
Palestrina. « Voyez-vous, me disait-il un
jour, Palestrina, c'est la musique impas-
sionnelle; c'est l'Infini puissant et pour-
tant tranquille, comme la ligne sans fin
de la mer à l'Horizon. »
Cette définition est absolument vraie.
Je me souviens d'avoir ressenti devant
les chants de Palestrina, l'émotion indé-
finissable et poignante qu'on ressent en
voyant tout à coup devant soi la mer im-
mense. Souvent des femmes pleurent
dans la chapelle Sixtine, comme elles
pleurent,. elles aussi, êtres subjectifs
en voyant la mer pour la première fois 1
Gounod revint à Paris, amenant avec
lui ses deux grands dieux pénates Mo-
zart et Beethoven, dont ilm'afait ainsi le
portrait. « Beethoven est le plus grand
Mozart est le plus haut 1 Beethoven
.1 plus de puissance et Mozart plus de
sérénité Mozart est dans le ciel et
Beethoven y monte 1 Et pourtant ils sont
égaux I »
.̃̃ **V • ̃
Il obtient la place de maître de cha-
pelle aux Missions étrangères de la rue
du Bac.
Il joue de l'orgue et dirige quatre pe-
tits choristes et un gros chantre. Un
jour ses amis apprennent qu'il est entré
au séminaire et qu'il a pris la soutane.
Je vous avais bien dit que c'était une
nature puissante, mais subjective. Dans
la petite chapelle des Missions étrangè-
res, au milieu des effluves mélodiques
de l'orgue et des spirales parfumées de
l'encens, Gounod avait fait un rêve
chrétien. Ce rêve dura un an. Alors
Gounod se réveille dans les bras de
Saphû, la païenne 1
Ponsardlui demande, pour son Ulysse,
la musique des chœurs. Voici la Nonne
sanglante. Le libretto qu'on lui présente
ensuite est tiré de Goethe. Gela se nomme
Faust. Il s'imprègne du génie allemand,
en même temps que son esprit reste dé-
vot au génie français. Si Gounod avait
fait son Faust à Vienne ou à Munich,
son œuvre n'eût pas été la grande œu-
vre qu'on sait. Elle est restée à double
face allemande et française. Cette
double face est le secret de la séduction
du chef-d'œuvre -aujourd'hui un succès
cosmopolite.
• ̃ .• ̃'
Voici Philénion et Baucis; une idylle.
Voici l&Reine de Saba. C'est la première
chute. Mon éminent collaborateur M.
Jouvin, m'a raconté jadis qu'à cette épo-
que 41 rencontra Gounod à Bade: « Com-
ment vous ici? Oui, je. voyage pour
un deuil de famille. –Vous avez perdu
l'un des vôtres ? Oui une femme en
qui j'avais beaucoup cru et que j'ai beau-
coup aimée la Reine de Saba. »
Gounod, pour se consoler, se mit à la
suite du soleil. Il alla jusqu'en Italie. Il
revint eri France et s'arrêta près d'Arles,
àSaint-Remi, dans une campagne pleine
des clartés du midi. Là, il vécut trois
mois à côté de Mistral, l'Homère pro-
vençal. Son âme s'imprégna de la
grande lumière continue du pays et
du poète. Les éblouissements de ses
yeux se traduisirent en vibrations mu-
sicales. Gounod, dans Mire-Ille, a tra-
duit, chanté, exprimé la lumière Cette
partition, plutôt descriptive que drama-
tique, n'éut point le succès du Faust.
Mais Rossini l'a préférée aux autres œu-
vres de notre compositeur. Vous sou-
vient-il de cette musique délicieusement
ébranlante ? On eût dit d'un -rêve enso-
leillé qu'on traverse à deux, en valsant.
La partition semble écrite sur une portée
de rayons d'or 1
Alors Gounod quitta le soleil pour al-
ler à la nuit mais quelle nuit, pleine
d'éclairs terribles ou d'éclairs doux qui
semblent des paraphes d'argent à l'hori-
zon J La nuit où Roméo aima Juliette
avant le premier chant de l'alouette 1
Avez-vous remarqué que l'inspiration du
célèbre compositeur va toujours de som-
mets en sommets, comme un aigle ?
Du sommet Palestrina, son inspiration
va au sommet de l'art grec, l'ancêtre divin.
De Goethe elle va à Mistral, le poète so-
leil. De Mistral, elle vole sur le front du
Titan Shakespeare. Nous l'avons déjà
vue aller au suprême sommet de France
à Molière. (On sait que le Médecin
malgré lui, de Gounod, est un petit chef-
d'œuvre.)
Je dis davantage. La facilité impres-
sionnable est telle chez M. Gounod qu e
tour à tour, il est devenu lui-même un de
ces grands sommets. Ajoutez à cela une
érudition profonde et un goût recherché.
Cela est cause qu'on lui a reproché de
faire de la musique littéraire et de tom-
ber parfois dans le maniéré.
L'année 1870 sonne comme un glas.
Gounod va dans le pays de Shakespeare.
Il assiste, avec un regard lointain qui
embrasse d'autant plus l'ensemble, à
l'immense drame français. Le brouillard
anglais glace son cerveau. Les pensées
tristes l'accablent comme de la neige per-
sistante. Il a le spleen la nostalgie cte
la lumière. Son inspiration remonte d'un
grand vol vers le ciel, comme un cygne.
mais comme un cygne noir. Il compose
un Gallia où lugubrement résonne le
verset tout à fait d'occasion « Viœ Sion
lugent. » Il écrit une messe. « C'est ma
meilleure messe, me disait-il tristement.
je ne l'ai plus, je l'ai perdue là-bas. »
Après trois ans d'exil volontaire, l'il-
lustre compositeur vient à Paris.
De Shakespeare, son inspiration vole
à ,Corneille, sommet égal. Là, elle se
froisse les ailes. On eût dit qu'elle avait
les plumes gelées sur ces hauteurs fa-
rouches et sublimes du Polyeucte. Alors
Gounod et sa muse chantante reparti-
rent pour les pays du soleil. Dans le
Tribut de Zam.ora, la scène est éclairée
par le soleil d'Espagne. Après être monté
avec Shakespeare, jusqu'au summum de
l'amour de l'amant et de l'amante, Gou-
nod est monté encore plus haut dans le
Tribut de Zamora. II atteint à l'amour
maternel.
:j'IJ.
M. Gounod demeure sur la place Ma-
lesherbes, pleine d'air et de clartés.
L'hôtel a l'opulence artistique du palais
d'un célèbre peintre du moyen âge
plutôt que l'aspect austère des grands
musiciens d'autrefois sorte de grands
moines 1
Après une riche galerie de tableaux,
on arrive aune sorte de hauteet large cha-
pelle. C'estlecabinct de travail dumaître!
Au fond, est un orgue à tuyaux où l'on
aperçoit un large médaillon qui représente
une tête de Christ mort. La large biblio-
thèque est d'aspect sévère. Au-dessus,
deux reproductions sur assez grande
échelle des deuxMédicis de Michel-Ange.
Une vieille et énorme bible est sur un
long piano. M. Gounod, petit de taille,
disparait tout d'abord dans ce cadre
grandiose. Il est habillé d'un surtout de
velours et' coiffé d'une toque florentine.
Mais il s'est levé. Il parle. Alors il em-
plit cette immense salle. Elle semble
s'animer, comme dans la scène des sor-
cières, du Faust.
M. Gounod n'a pas vieilli. Avec sa to-
que sur la tête. qui cache la calvitie par-
semée d'une sorte de grand duvet blanc
l'illustre compositeur paraît un hom-
me de quarante ans. La barbe que, chacun
lésait, il porte tout entière, est à peine
grise. L'œil d'un gris roux est très jeune
et très vif; le point lumineux y est très
prononcé mais le feu de la prunelle a
brûlé les cilt des paupières.
Quand M. Gounod été sa calotte, il
vieillit tout 'n coup. Et, comme il l'ôte as-
sez fréquemment^ dans l'emballement
de la conversation, on croit assister aux
trànsformàtioûs du docteur Faust tour à,
tour jeune ou vieux i ̃
Je n'ai jamais vu un, homme plus vi-
brant. Il vibre par les chocs extérieurs.
Il vibre par les chocs intérieurs, comme
une cloche qui a un battant trop fort. Na-
ture en dehors, fiévreuse, captivante,
complète, mais mal équilibrée. Sa parole
facile ades expressions chaudes, imagées,
inattendues. Peu à peu, on se fait à lui.
On lui donne la réplique comme le pe-
tit orgue aux grandes orgues.
Alors, on est étonné de la hauteur fan-
tastique où, sans être trop essoufflé, cet
homme a mené son esprit.
Il a hanté tous les grands hommes,
maintenant les grandes ombres de l'Art.
De cette approche, il a gardé comme
Dante après son voyage aux enfers une
sorte de tremblement. Parfois, quand il
joue de l'orgue, ou quand il parle, je re-
garde Gounod avec le regard étonné que
devait avoir un Florentin du quatorzième
siècle, voyant passer le Dante 1-
« Tenez je vais vous jouer sur l'orgue
une chose merveilleuse. C'est du très
vieux. vous vous en doutez 1 C'est- du
Sébastien Bach. Saluez 1 Bach, c'est le:
Moïse de la musique » E£ il continue,
sans jouer « Ah 1 ces grands 1 Beetho-
ven que voici Beethoven ce Michel
Ange Et Michel Ange, ce Beethoven I
Avez-vouslu sa vie! Inouï 1 voilà le livre.
une vraie bible. » Et il ouvre le livre sa-
cré. Des fleurs desséchées y servent de
signets. Toute la vie de Gounod est dans
ce livre ainsi marqué. des aspirations
surhumaines et des fleurs terrestres que
la Femme a cueillies -Il cherche le Su-
blime et il trouve l'Humain.
Si on l'en croit, il a souffert beaucoup.
C'est vrai qu'on peut dire d'un homme
« Dites-moi combien il est grand artiste,
je vous dirai combien il asouffert!»Tout
artiste souffre triplement mais ses
jouissances ne sont-elles pas aussi tri-
plées ?
M. Gounod a certes vécu à outrance la
vie cérébrale. Esprit tendu à l'extrême,
même au repos de l'œuvre, il a parfois
eu le sort des cordes d'instrument que
dans un orchestre on a oublié de détendre
le soir. Dans la nuit, elles se brisent
tout à coup 1 ~~#
Mais le mal est bientôt réparé, lïâme
du violon n'a pas été atteinte. Aujour-
d'hui, l'artiste qui est M. Gounod, n'est
ni rassasié, ni lassé, Il est devenu de plus
en plus habile. Il met à profit ses ancien- •
nes souffrances diverses. Il tes note. lien
fait et en fera des partitions où ces mu-
siques sans verbe, et partant moins in-
discrètes, qu'on appelle des sympho-
nies.
Son âme est d'ailleurs restée avec tou-
tes ses cordes, comme si elle était en-
core une harpe neuve.
En définitive, c'est un Tantale, mais
c'est aussi un éclectique. Artiste, il a
bu dans tous les verres et même dans les
calices. des grands moines dont je par-
lais. Il tient aux musiciens de jadis par
sa foi ardente. Lui, il ne dit pas que Dieu
n'est plus qu'un soleil refroidi. Ce n'est
point un des grands génies musicaux (de-
puisque Rossini est mort, le siècle n'en
a plus !) mais à coup sûr, Gounod est de
leur race immortelle I
M.
# ..•̃•̃
M. Gounod va diriger l'orchestre de
son opéra. Il m'en donnait, l'autre mois,
une bizarre mais saisissante explication.
« Le mouvement, c'est le caractère même
de l'œuvre. Si le mouvement est changé,
l'oeuvre qui arrive au. public .n'est plus
celle que Je compositeur lui destinait.
L'instrumentiste l'a changée en route! 1
C'est comme si un commissionnaire chan-
geait la lettre que vous envoyez à une
femme. »
La dernière œuvre de M. Gounod n'est
point le Tribut de Zamora. C'est une
trilogie sacrée qui doit être jouée au
grand festival de Londres, en 1882. Cela
est intitulé Rédemption. Le dernier chant
c'est le Calvaire. M. Gounod nous en a
chanté quelques versets avec sa belle
voix brisée, et si pénétrante. Cetteœuvre
m'a semblé être idée grandiose 1
une sorte de Marche pour le Chemin de
la Croix 1
En parlant des idées surhumaines,
pour ainsi dire célestes de ce diable
d'homme, j'ai attrapé comme la conta-
gion de l'outrance 1 Je veux en terminant
rentrer dans la médiocrité de notre épo-
que. Nous ne sommes plus, ô mon pays 1
aux jours d'adoration ardente pour lé
Beau. D'autre part, personne ne croit à
son voisin pas plus à soi-même 1 Ce
n'est plus l'heure affolée d'espoir et d'or-
gueil où le poète s'écriait: «Qui de nous 1
qui de nous va devenir un Dieu?»
Je ne crois donc pas qu'un divin mu-
sicien se lève et reprenant l'oeuvre de
Beethoven continuateur de Mozart.
donneime sœur à la neuvième Sympho-
nie. Notre époque ne sera jamais capa-
ble d'écrire la dixième Symphonie 1
Mais notre temps a un caractère spé-
cial. Aussi j'espère qu'un puissant ar-
tiste pourrait enfin créer une œuvre ori-
ginale qui ait la date de nos jours, Il fera
la musique de Notre Grande Névrose 1.
Ce musicien -semble impatiemment
attendu par les instruments les
voix. les âmes 1 Maître, ce sera peut-être
vous 1
« Ignotus.
Nous publions aujourd'hui à notre
page musicale, le « Divertissement mili-
taire », de Joseph Gung'l. C'est une Mar-
che du célèbre cappelmeister depuis
longtemps populaire en Allemagne, et
même connue en France, où l'entrain de
ses motifs l'a fait adopter par de nom-
breux corps de musique.
Le «DivertissQmentmJlitaire », qui sera
exécuté au prochain bal de l'Opéra, fait
partie du répertoire choisi de Joseph
Gung'l, que viennent de publier, en trois
élégants volumes, les éditeurs du Mé-
nestrel, MM. Heugel et fils, ;qui nous ont
autorisés à le reproduire,
Émmsimèmmêmi-
|!çbios de Paris
LA POLITIQUE 'H
La discussion de la loi sur la presse
intéresse les journalistes plus que le pu-
blic et encore I Ce que, pour notre
compte, nous trouvons absurde dans
toutes les lois qui s'appliquent à la ma-
tière, ce n'est pas la répression elle-
même qui est un moyen de défense sur.
la valeur duquel on s'abuse d'ailleurs un
peu, mais le mode de répression qui
nous a toujours paru enfantin. En effet,
on poursuit un article or, ce n'est ja-
mais par des articles isolés, mais par
l'ensemble de sa doctrine et de ses polé-
miques qu'un journal exerce une in-
fluence et une action. Les plus violents,
et par conséquent les plus poursuivis ne
sont pas toujours ceux qui portent le
plus, tant s'en faut. Les plaisanteries de
M. Rochefoft ont été plus meurtrières
pour l'Empire que les attaques acres et
désespérées des derniers temps.
J'ajouterai que le journalisme n'a pas
en soi de vertu convertissante. Sa force
consiste non à creuser un courant pour
les idées, les regrets ou les préjugés des
lecteurs, ce qui serait une tâche surhu-
maine et superflue, mais à en guetter, à
en étudier, et finalement à en suivre les
caprices et les évolutions.
Punir un article comme dangereux, est
doac un enfantillage cela produit l'effet
d'un monsieur qui croirait qu'on fait un
tonneau de cidre avec une pomme. Il
n'y a, si l'on veut réprimer la presse, que
des lois draconiennes et des pénalités
purement tyranniques, la suspension
puis la suppression, comme l'avait ima-
giné l'Empire. Ne supposez pas, au sur-
plus, que je regrette un système qui n'a
rien empêché. Je vois même une dé-
monstration nouvelle de l'inanité des
entraves législatives en matière de presse
dans ce fait qu'au milieu d'un silence
inouï, il peut se former une opinion qui
s'injiposeau souverain triomphant, accla-
mé, indiscuté de Sébastopol et de Ma-
genta.
Quant aux petites mesures, aux petites
pénalités, a toutes les petites précautions s
en 70 articles, elles ne doivent être con-
sid<5rées que comme des moyens d'inti-
midation et de tyrannie sournoise elles
ne protègent que des institutions et non
des principes. Nous nous trouvons d'ac-
cord. avec les radicaux pour les combat-
tre et pour approuver la Chambre qui
démolit le joli travail de M. Lisbonne.
P. M. â
A TRAVERS PARIS
Ï^A TfîMPBRAïtmE. Le baromètre continue
à monter sur presque toute l'Europe. La route
des bourrasques océaniennes tend à se relever
vers'le nord, le vent est faible sur les côtes.
En France, une faible perturbation s'est ma-
nifestée sur le plateau central; elle a occasionné
une tempête au Puy-de-Dôme, des pluies à Pa-
ris et dans les régions du sud. Par suite des in-
dications diLbaromètre, il faut s'attendre à voir
bientôt le ciel s'éclaircir. Le vent est faible et
variable; de nouvelles gelées sant à craindre la
nuit. A Paris, le thermomètre, qui marquait
5" hier, à sept heures du matin, s'est élevé à
9* dans la journée.
Monaco. ^Ciel clair, très belle journée.
Tfyer.. miium. •j" s max 13*8.
On a livré, hier, à l'Imprimerie natio-
nale, le texte d'un nouveau volume, fai-
sant suite aux publications du bureau
des travaux historiques, au ministère de
l'Instruction publique.
Ce volume contiendra nn grand nom-
bre de lettres inédites, du cardinal de
Richelieu, qui sont très attendues par les
historiens.
Nous avons raconté il y a quelques
jours, qu'un magistrat d'Amiens, M. An-
qu'etil ayant envoyé républicainement
une invitation à M. de Chauville, en l'ap-
pelant Chauville- tout court, ce dernier
avait répondu usant du même procédé
de suppression d'une syllabe qu'il re-
grettait de ne pouvoir se rendre à l'invi-
tation de M. Quetil.
Dans une lettre qu'il nous adresse au-
jourd'hui, M. Anquetil proteste contre
l'exactitude de cette anecdote, et ajoute
qu'il ignore l'existence de M. de Chau-
ville à qui il n'a adressé aucune invita-
tion et qui n'a pas eu par suite a regret-
ter de ne pouvoir s'y rendre.
Nous n'ajouterons qu'un mot, c'est
qu'en racontant l'anecdote ci-dessus, que
nous tenons d'un de nos amis, nous
avons naturellement changé le nom de
l'invité de M. Anquetil, nom qui ne nous
revient pas à la mémoire en ce moment,
et que nous serions très obligé à notre
ami de nous rappeler.
On continue à parler beaucoup de la
démission plus ou moins prochaine de
M. Barthélémy Saint-Hilaire.
Or, lundi soir, le ministre des affaires
étrangères, étant en visite chez Mlle
Dosne, lui déclarait que, quoi qu'on fit,
il ne se retirerait pas de lui-même des
affaires.
-A mon âge, lui disait-il presque
textuellement, on ne quitte pas le poste
que l'on a accepté. Je savais, en le pre-
nant, à quoi je m'exposais Je suis tout
prêt à abandonner le quai d'Orsay, mais
je me ferai honneur d'obéir à un ordre du
jour et non de démissionner. Mes forces
me permettent encore la dignité.
L'épouvantable catastrophe qui vient
d'arriver aux Sables-d'Olonne provoque
naturellement de nombreuses sympathies
dans la population parisienne.
Nous sommes heureux d'apprendre
qu'un comité s'occupe en ce moment
d'organiser un grand concert à l'Hôtel
Continental et une représentation ex-
traordinaire sur un de nos principaux
théâtres. -Concert et représentation au-
ront lieu sous le patronage des sénateurs
et des députés de la Vendée, au profit
dés malheureuses victimes.
C'est aujourd'hui qu'a lieu à l'hôtel
Drouot, salle n° 8, la vente des tableaux
et études de feu Schopm, le peintre
d'histoire»-
Dans le catalogue figurent des toiles
célèbres telles que la Danse'de l'A-
beille, Boissy d'Angias à la tribune, le
Harem,' le 18 Bry/maire (qui a fait par-
tie de la collection du duc de Morny),
Antoine et Clèopâtre, la Bataille de Ho-
henlinden, dont l'original èstauMusée de
Versailles, la Mort de Richelieu, etc., etc.
Hier, à onze heures, ont eu lieu, à
l'église Saint-Séverin, les obsèques de
Mme Voisin, femme de M. Félix Voisin,
ancien préfet de police.
Le deuil était conduit par M. Félix
Voisin et par M. Etienne Voisin, son fils,
MM. Rivière et Margaritis, sesgendres;
Mlles Thérèse et Germaine Voisin sui-
vaient le convoi dans une voiture de deuil.
Dans l'assistance nous avons remar-
qué MM. le maréchal de Mac Mahonr
accompagné de M. le général BrQye,
Ferdinand Duval, ancien préfet de la
Seine, Buffet, de Marcère, Victor Le-
franc, anciens ministres; Albert Gigot,
ancien préfet de police; Andrieux, pré-
fet de police; Chopin- d'Arnouville, Ro-
binet de Cléry, Léon Riant, le baron
Reille, Antonin LefèvrePontalis, Despa-
tys, conseiller municipal du quartier de
la place Vendôme; Leroux, chef du ca-
binet du préfet de police Léon Naudin,
chef de la première division de la pré-
fecture de police, etc., etc.
L'inhumation a eu lieu au cimetière du
Père-Lachaise.
Hier, mardi, mise en vente chez Dentu,
des Souvenirs, de Versailles pendant la
Commune, par M. Léonce Dupont.
Une première édition a été à peu près
enlevée.
Il y a une préface à sensation.
Ce conseil n'ést pas une plaisanterie
par le temps qui court. Les chroniqueurs
judiciaires d'hier en font foi.
Quand on a des affaires de cœur, il
faut porter sur soi dans un flacon, comme
on aurait un flacon d'odeurs, la lotion
suivante Ammoniaque (alcali volatil) et
eau pure, deux parties égales.
Quand on a reçu sur soi le contenu
d'une fiole de vitriol (acide sulfurique),
on baigne longuement de cette mixture
la partie atteinte.
L'effet est neutralisé. Il se forme une
croûte qu'on garde jusqu'à ce qu'elle
tombe d'elle-même.
Il ne reste aucune trace de la blessure.
»
Banquet annuel des anciens élèves du
collège Rollin, hier soir à r.r|ôtel Conti
nental, sous la présidence dè M. Four-
nier, ancien ambassadeur de France à
Constàntinople.
Les convives <5taion6 au nombre de
quatre-vingts.
NOUVELLES A LA MAIN
Troppmann avait des mots. En voici
un que nous garantissons inédit.
Il disait une fois à une -personne ap-
partenant à l'administration de sa pri-
son
Au fait, pourquoi ne me mettrait-on
pas en liberté? On pourrait-être bien sûr
que je ne commettrais plus de crimes à
présent!
A quoi on lui répondit, non sans rai-
son
Mais y songez-vous? Et puis quelle
place tiendriez-vous dans la société ?Qui
vous occuperait, ou voudrait même vous
voir ? 7
Troppmann reprit avec la philosophie
d'un esprit supérieur
Oh 1 en France, avec le temps, tout
s'arrange 1
C'était vrai, et Troppmann. eût été un
profond politique.
Fin de scène avec un de ces philistins
qu'on appelle créanciers
Monsieur, je ne vous paierai jamais,
je vous le jure! Et un honnête homme
n'a qu'une parole I
Le Masque de Fer.
LES BOITES VIDES
L'œuvre des Boîtes vides a provoqué
un tel élan de charité que nous croyons
en devoir à nos lecteurs un bulletin final.
Sont arrivés et arrivent toujours
à foison,boîtes pleines, coffrets, paniers,
bonbons, images, mandats et timbres-
poste, objets utiles ou autres si bien
qu'il a été possible d'étendre la distribu-
tion des étrennes à tous les, asiles de la
ville du Puy-en-Velay.
Aux Préservées du bon Pasteur, dont
la surprise a été touchante et folle. Aux
petites fille s de la Miséricorde, dans le
ravissement de ces jouets et de ces dou-
ceurs inconnus
Aux Muettes. Pour traduire leur re-
connaissance, il faudrait reproduire les
mains jointes allant des lèvres au cœur
avec des sourires mouillés de larmes.
Aux abandonnés de l'Hôpital filles
et garçons. Ce petit monde a déclaré qu'il
ne croyait pas qu'il y eût de tels jours
dans la vie. Pauvres enfants Ils chan-
taient des prières et criaient des vivat.
Aux Orphelines de Saint-Vincent-de-
Paul qui ont, toutes, reçu une boite gar-
nie de cadeaux variés et savent encore
en réserve à l'ouvroir une montagne de
récompenses. Un énorme poupon, arti-
culé et pleurard, a été adopté par la di-
vision des petites qui le traitent avec
mille sollicitudes maternelles d'une at-
tendrissante naïveté et l'appellent leur
fanfan (sic).
Enfin cent objets de luxe ont été gar-
dés qui au moyen d'une prochaine
combinaison produiront une forte
somme d'argent destinée à un achat de
linge. Car ces orphelines sans gâteries,
sans père ni mère, sont encore à peu
près- sans chemises.
L'entrain des générosités a été ma-
gnifique le bonheur des enfants un vrai
feu d'artifice de joies et de prières. C'est
pourquoi, un chaleureux et dernier merci
à toutes et tous.
1 Aimé Giron.
CARNET D'UN •. MONDAI»
M. ZjqOPOIdD iDOTJBXJE!
Jîai parié de la coHection de M. Poubfe.
Trois mois se sont à peine écoulés et cehii qui
avait réuni ces merveilles, celui qui à force de
science, de goût, d'or et de temps avait fait de
sa maison, un musée unique au monde, yient
d'être, dépossédé pour toujours de ses chers
trésors.
M. Léopold Double est mort ce matin, à di»
heures, daus son hôtel de la rue Louis-le-
Grand.
Quelle cruauté que la mort! 1 surtout quand elle
arrache un homme, heureux, respectable, aimé
et riche, aux tendresses, aux joies et aux élé-
gances de sa vie.
On se rappelle ce mot de' Henri IV à Bassom-
pierre qui, le voyant triste lui disait Sire, n'êtes-
vous pas satisfait de la fortuit ?. Des amis, des
enfants, de belles maisons, de beaux meubles,
de belles femmes.
Hélas! répliqua Henri ÏV, il me les faut
quitter!
M. Léopold Double chérissait tant sa collée-,
tion qu'il ne se décidait jamais à partir pour le
Midi, malgré les désirs de sa famille « Je ne
pourrais pas quitter mes bibelots. Je m'en-
nuierais beaucoup sans eux, » disait-il en sou-
riant.
Heureuse et noble passion qui a rempli sa vie
et consolé ses derniers jours Pendant sa ma-
ladie, il achetait encore, 11 achetait toujours.
Le mois dernier, il avait été en marché pour
acquérir une table de cent mille francs. -1
Jamais M. Double n'allait aux ventes. On lui
apportait chez lui tous les objets de grande.
curiosité qui faisaient leur apparition à Paris.
Il était, avec M. de Rothschild, l'amateur qui
payait le plus cher.
Comme experts, le marquis d'Armaillé, le
baron Davilliers, M. Spitzer pouvaient à peine
rivaliser avec lui.
A lui seul, dans les quatorze salons de son
hôtel, M. Double avait reconstitué entière-
ment l'histoire du mobilier au dix-huitième
siècle. Pas un objet qui ne soit un joyau par sa
perfection et son authenticité.
Si la collection est vendue, ce sera. un titre de
noblesse pour un bibelot d'être sorti de chez lui
et d'avoir été admis à l'honneur de son choix.
M. Léopold Double était né en 1812, d'une
vieille fami Ile parlementaire du Languedoc,
anoblie au quatorzième siècle.
Les Double portent: vairé d'or et de gueules,
fascé d'hermines (d'Hozier).
Le grand-père de M. Double, ruiné en partie
par la Révolution, eut quatre fils qui, tous se
distinguèrent. L'aîné devint évêque de Tarbes,
le second fut le célèbre docteur Double, père
du grand collectionneur.
Le docteur Double refusa la'pairie sous Louis-
Philippe.
M. Léopold Double, élève de l'Ecole poly-
technique, officier d'artillerie fut aide de camp
du maréchal Soult.et servit en Afrique.
Marié à une belle et riche héritière, Mlle Co-
lin de Bardy, M. Double quitta l'état militaire
pour se consacrer à sa jeune femme et aux
études littéraires et artistiques, objets de sa pré-
dilection.
Très aimé du duc d'Orléans, il ouvrit sa
maison à toute cette élite aimable et spirituelle
qui embellissait l'existence mondaine sous Louis-
Philippe. ̃.
Plusieurs aquarelles, d'Eugène Lami, repro-
duisent dans tout leur éclat charmant des fêtes
données à l'hôtel Double, au milieu des splen-
deurs d'un autre siècle.
Des hommes de mérite et d'esprit apportaient
à ces réceptions un attrait sérieux.
M. Double était l'ami du maréchal Exelmans,
de Jules Janin, de M. Le Verrier, de M. Dau-
brée, le savant directeur de l'Ecole des Mines,
du général Vinoy, de M. Camille Doucet.
Le dernier ami auquel il a serré la main, c'est
ce vieillard toujours jeune, plein de grâce et de
talent qu'on appelle le bibliophile Jacob.
M. Thiers, surtout depuis la guerre, s'était
senti attiré vers M. Double. Il venait souvent
causer avec lui dans l'intimité et lui donner le
plaisir de rdire ses bibelots, car il les relisait
comme des auteurs chéris, les touchant avec
joie et les admirant, de nouveau. N:
Presque tous les princes de passage à Paris,
ont visité cette rare collection. et presque tous,
séduits par le ton et les façons de M. Double,
sont restés en relations avec lui.
Je nommerai le roi et la reine de Hanovre, la
grande-duchesse Marie, le grand-duc Nicolas,
le grand-duc et la grande-duchesse VVladimir,
le prince et la princesse de Danemark.
M. Double a succombé à une attaque d'asthme.
Bien qu'il fût souffrant depuis le commencement
de l'hiver, rien ne faisait présager une fin si
prompte.
a L'amoureux de Marie-Antoinette » c'était
son surnom, avait été très séduisant. Il lui en
restait quelque chose de beaux yeux noirs,
pleins de feu, un sourire charmant, des façons
de gentilhomme du temps passé.
On ne pouvait voir cet aimable vieillard sans
éprouver pour lui la plus vive sympathie mai-
son, esprit, conversation, courtoisie, tout chez
lui portait l'empreinte du dix-huitième siècle.
M. Léopold Double laisse une veuve et un
fils unique, M. Lucien Double, qui s'est déjà
distingué dans de sérieux travaux historiques, et
qui vient de publier une remarquable étude sur
Charlemagne. On ignore si la famille conservera
le musée du regretté collectionneur..
La mort de M. Double met en deuil, la fa-
mille du baron Double de Saint-Lambert, celle
du baron de Sernet, du comte de Montons, du
comte de Chamberet, des comtes des Isnards.
Etincelle.
LE LENDEMAIN D'UNE BATAILLE
Je me suis laissé raconter qu'au cours
de la première représentation si tumul-
tueuse de la Princesse de Bagdad, quel-
ques femmes du monde profondé-
ment indignées de l'audace de certaines
théories mises par l'auteur dans la bou-
che de Mlle Croizette, s'étaient retour-
nées du côté de leur mari qui se conten-
tait d'écouter tranquillement la pièce, en
disant
Comment, vous ne sifflez pas, mon-
sieur, mais sifflez donc.
Et les maris obéissants s'étaient mis
siffler.
Je suis de ceux qui professent que tou-
tes les îftdignations sont respectables,
quand elles sont vraies. Je dois avouer1
cependant que cette révolte de l'honnê-
teté outragée me paraît un peu tapa-
geuse. La vertu est d'ordinaire plus mo-
deste, plus calme, et jusqu'à preuve du
27* Année, a" série. Numéro 33.
Mercredi 2 Février. 1881. r
FRANCIS MAGNARD
Rédacteur en chef
A. PÉRI VI ER
Secrétaire de la Rédaction
f
EÉDÀCTION y^]
De midi A minuit, rue Drouot, 26 6 /^P'^
̃Les manuscrits ne sont pas rendu* j c=
-LIS manU$cn s01l1 pas rif/du' ~f" "it')
BUREAUX
80, rue Drouot, 26 V^z/j
:< H. DE V1LLEMESSANT
'-•'•• • Fondateur
;̃ ̃̃ r FERNAND DE RODAYS
"• .• .Administrateur ̃-
'̃ "̃ "jÈBÔIBSfBMÉNTs'v ̃•"̃'•
Départements TroU moii | 9 f r. 50
.Paria: Irci» mois | 6 t r.
ù V ANNONCES ET RÉCLAMES
"̃ DOLMJJQEN PUB, SEGUY ET ç\ PAS8AOB UEB PflINCW
BT A I/ADMINISTKAÏIOÏ*
SOMMAIRE
GOCKOD Igtwtti»
Echob os Pakis Le Masque dt F«f.
LES Boitks Vides Aimé Giron.
Carnet d'un MONDAIN Etincelle*
LE LENDEMAIN d'bnb Bataille Jehan Vaîler.
Gazette dbla Chambre Albert MUlaud.
Coulisses PARLEMENTAIRES Baron Grimm.
ILLUSIONS Présidentielles Jeati-Paùl. ̃*
Léonard DE Vinci MUSULMAN Véha.
Petites PAGES d'Histoire Prince de Valori.
Lettres DE BRUXELLES Perhéo.
CORRESPONDANCE ANGLAISE T. Johnson.
LETTRE DE ROME Raoul.
LES Quarante JOURS Georges Grisou.
LA VIE EN PLEIN Air Florian Pharaon.
Lu Guide DE l'Assuré Franklin.
PARIS AU JOUR LE JOUR Adolphe Racot*
Nouvelles DIVERSES Jean de Paris.
Gazette DES TRIBUNAUX Albert Bataille.
TÉLÉGRAMMES ET CORRESPONDANCES ArgUS.
LA Bourse La Banque Parisienne.
Théâtre DE Monaco Bènêdict.
CoimRiER DES Théâtres Jules Prével.
La Soirée Théâtrale: Un Monsieur de l'Orchestre.
FEUILLETON LES CRIMES D'UN ANGE René de
Pont-Jest.
GOUNOD
M. Gounod me dit, il y a trois mois
« Je vais demain commencer les répéti-
tions de mon nouvel opéra le Tribut de
Zamora. Quel métier terrible 1 Le public
ne se doute pas de cette crise dans là vie
du compositeur de musique. C'est le mo-
ment où l'accessoire de l'œuvre l'emporte
de beaucoup sur le principal.Vous de-
vriez faire le portrait de cette énorme ma-
chine un opéra. » Je lui répondis
« Oui, maître mais, en revanche, quel
bonheurpourvous,quandl'œuvre superbe
est sortie enfin de votre cervèau 1 C'est
la béatitude mystérieuse de la femme
qui vient d'accoucher. Béatitude,
reprit en souriant M. Gounod, quia na-
tus est homo in mundum. En effet,
l'opéra est un homme que nous créons.
Ecce homo. »
Une bonne part de Gounod est dans
cette réplique. Nul ne s'est plus nourri
que lui de la moelle de l'Ancien et du
Nouveau Testament. Il a écrit beaucoup
de ses œuvres dans les interlignes du
Livre!
*•»
M. Gounod est redevenu une actualité
comme tout à l'heure l'ont été MM.
Verdi et Ambroise Thomas que j'ai des-
sinés ici. L'auteur du Tribut de Zamora
est un enfant de Paris. Il est né en 1818.
En 1839, il obtient ie Grand Prix de
Rome. Ingres était alors directeur, à la
Villa Médici. On sait qu'Ingres aimait la
musique et estimait fort son talent de
violoniste. Mozart était son maître, en
musique comme Raphaël l'était, en
peinture. Cela ne m'étonne pas. Si le sys-
tème de la transmigration des âmes n'est
pas une chimère vaine à coup sûr
l'âme de Raphaël a transmigré chez Mo-
zart. On dirait que Mozart le pressentait 1
N'a-t il pas écrit « en voyant Rome pour
la première. fois de ma vie, il m'a semblé
que je la revoyais! »
Dans quel nouveau corps humain re-
paraîtracette grande âme? L'orgueil de
l'artiste est parfois si naïvement formi-
dablequ'Ingres a peut-être cru avoir cette
âme Raphaël-Mozart Ce soupçon m'est
venu en voyant chez M. Gounod un beau
petit médaillon de Mozart que notre
grand peintre lui avait donné en quittant
Rome. On y voit cette suscription
gres. » v vous semble-t-il pas qu'In-
gres donne ici en souvenir son propre
Dortrait ?
#*#
M. Gounod avait pour camarade de
prix, à la villa Médicis, le peintre Hé-
berf avec qui il est resté étroitement li<5.
Un jour, il m'a fait, en un mot, le por-
trait de l'auteur gracieux et fiévreux de
la mal'aria et de tant de portraits de
femme à la morbidezza si pénétrante.
« Hébert c'est le Chopin de la peinture. »
Le séjour de Rome ne complète pas
l'éducation du jeune musicien, dans la
partie purement spéciale de la musique.
Mais les visions de tant de tableaux d'un
particularisme si saisissant, à travers la
buée d'or du ciel romain le contraste
puissant de ce vieux monde léthargique,
mi-enseveli dans la poussière des siècles
avec' grandiose de la nouvelle cité
catholique. donnent à l'âme du peintre,
du musicien et du statuaire des impres-
sions identiques quo chacun écrira plus
tard avec son outil particulier. Gounod
était déjà un esprit essentiellement sub-
jectif et vibrant, une âme succube. Il
revint à Paris avec une seconde nature,
que son séjour en Allemagne ne put dé-
iruire.
*t
En effet, quelle fut.la première œuvre
de Gounod après sa dernière année
d'école, passée à Vienne et à Munich?
Ce fut une messe Alla Palestrina.
Il faut entendre aujourd'hui le célèbre
musicien raconter l'émotion qu'il res-
sentit en écoutant pour la première fois,
dans la chapelle Sixtine, les chants de
Palestrina. « Voyez-vous, me disait-il un
jour, Palestrina, c'est la musique impas-
sionnelle; c'est l'Infini puissant et pour-
tant tranquille, comme la ligne sans fin
de la mer à l'Horizon. »
Cette définition est absolument vraie.
Je me souviens d'avoir ressenti devant
les chants de Palestrina, l'émotion indé-
finissable et poignante qu'on ressent en
voyant tout à coup devant soi la mer im-
mense. Souvent des femmes pleurent
dans la chapelle Sixtine, comme elles
pleurent,. elles aussi, êtres subjectifs
en voyant la mer pour la première fois 1
Gounod revint à Paris, amenant avec
lui ses deux grands dieux pénates Mo-
zart et Beethoven, dont ilm'afait ainsi le
portrait. « Beethoven est le plus grand
Mozart est le plus haut 1 Beethoven
.1 plus de puissance et Mozart plus de
sérénité Mozart est dans le ciel et
Beethoven y monte 1 Et pourtant ils sont
égaux I »
.̃̃ **V • ̃
Il obtient la place de maître de cha-
pelle aux Missions étrangères de la rue
du Bac.
Il joue de l'orgue et dirige quatre pe-
tits choristes et un gros chantre. Un
jour ses amis apprennent qu'il est entré
au séminaire et qu'il a pris la soutane.
Je vous avais bien dit que c'était une
nature puissante, mais subjective. Dans
la petite chapelle des Missions étrangè-
res, au milieu des effluves mélodiques
de l'orgue et des spirales parfumées de
l'encens, Gounod avait fait un rêve
chrétien. Ce rêve dura un an. Alors
Gounod se réveille dans les bras de
Saphû, la païenne 1
Ponsardlui demande, pour son Ulysse,
la musique des chœurs. Voici la Nonne
sanglante. Le libretto qu'on lui présente
ensuite est tiré de Goethe. Gela se nomme
Faust. Il s'imprègne du génie allemand,
en même temps que son esprit reste dé-
vot au génie français. Si Gounod avait
fait son Faust à Vienne ou à Munich,
son œuvre n'eût pas été la grande œu-
vre qu'on sait. Elle est restée à double
face allemande et française. Cette
double face est le secret de la séduction
du chef-d'œuvre -aujourd'hui un succès
cosmopolite.
• ̃ .• ̃'
Voici Philénion et Baucis; une idylle.
Voici l&Reine de Saba. C'est la première
chute. Mon éminent collaborateur M.
Jouvin, m'a raconté jadis qu'à cette épo-
que 41 rencontra Gounod à Bade: « Com-
ment vous ici? Oui, je. voyage pour
un deuil de famille. –Vous avez perdu
l'un des vôtres ? Oui une femme en
qui j'avais beaucoup cru et que j'ai beau-
coup aimée la Reine de Saba. »
Gounod, pour se consoler, se mit à la
suite du soleil. Il alla jusqu'en Italie. Il
revint eri France et s'arrêta près d'Arles,
àSaint-Remi, dans une campagne pleine
des clartés du midi. Là, il vécut trois
mois à côté de Mistral, l'Homère pro-
vençal. Son âme s'imprégna de la
grande lumière continue du pays et
du poète. Les éblouissements de ses
yeux se traduisirent en vibrations mu-
sicales. Gounod, dans Mire-Ille, a tra-
duit, chanté, exprimé la lumière Cette
partition, plutôt descriptive que drama-
tique, n'éut point le succès du Faust.
Mais Rossini l'a préférée aux autres œu-
vres de notre compositeur. Vous sou-
vient-il de cette musique délicieusement
ébranlante ? On eût dit d'un -rêve enso-
leillé qu'on traverse à deux, en valsant.
La partition semble écrite sur une portée
de rayons d'or 1
Alors Gounod quitta le soleil pour al-
ler à la nuit mais quelle nuit, pleine
d'éclairs terribles ou d'éclairs doux qui
semblent des paraphes d'argent à l'hori-
zon J La nuit où Roméo aima Juliette
avant le premier chant de l'alouette 1
Avez-vous remarqué que l'inspiration du
célèbre compositeur va toujours de som-
mets en sommets, comme un aigle ?
Du sommet Palestrina, son inspiration
va au sommet de l'art grec, l'ancêtre divin.
De Goethe elle va à Mistral, le poète so-
leil. De Mistral, elle vole sur le front du
Titan Shakespeare. Nous l'avons déjà
vue aller au suprême sommet de France
à Molière. (On sait que le Médecin
malgré lui, de Gounod, est un petit chef-
d'œuvre.)
Je dis davantage. La facilité impres-
sionnable est telle chez M. Gounod qu e
tour à tour, il est devenu lui-même un de
ces grands sommets. Ajoutez à cela une
érudition profonde et un goût recherché.
Cela est cause qu'on lui a reproché de
faire de la musique littéraire et de tom-
ber parfois dans le maniéré.
L'année 1870 sonne comme un glas.
Gounod va dans le pays de Shakespeare.
Il assiste, avec un regard lointain qui
embrasse d'autant plus l'ensemble, à
l'immense drame français. Le brouillard
anglais glace son cerveau. Les pensées
tristes l'accablent comme de la neige per-
sistante. Il a le spleen la nostalgie cte
la lumière. Son inspiration remonte d'un
grand vol vers le ciel, comme un cygne.
mais comme un cygne noir. Il compose
un Gallia où lugubrement résonne le
verset tout à fait d'occasion « Viœ Sion
lugent. » Il écrit une messe. « C'est ma
meilleure messe, me disait-il tristement.
je ne l'ai plus, je l'ai perdue là-bas. »
Après trois ans d'exil volontaire, l'il-
lustre compositeur vient à Paris.
De Shakespeare, son inspiration vole
à ,Corneille, sommet égal. Là, elle se
froisse les ailes. On eût dit qu'elle avait
les plumes gelées sur ces hauteurs fa-
rouches et sublimes du Polyeucte. Alors
Gounod et sa muse chantante reparti-
rent pour les pays du soleil. Dans le
Tribut de Zam.ora, la scène est éclairée
par le soleil d'Espagne. Après être monté
avec Shakespeare, jusqu'au summum de
l'amour de l'amant et de l'amante, Gou-
nod est monté encore plus haut dans le
Tribut de Zamora. II atteint à l'amour
maternel.
:j'IJ.
M. Gounod demeure sur la place Ma-
lesherbes, pleine d'air et de clartés.
L'hôtel a l'opulence artistique du palais
d'un célèbre peintre du moyen âge
plutôt que l'aspect austère des grands
musiciens d'autrefois sorte de grands
moines 1
Après une riche galerie de tableaux,
on arrive aune sorte de hauteet large cha-
pelle. C'estlecabinct de travail dumaître!
Au fond, est un orgue à tuyaux où l'on
aperçoit un large médaillon qui représente
une tête de Christ mort. La large biblio-
thèque est d'aspect sévère. Au-dessus,
deux reproductions sur assez grande
échelle des deuxMédicis de Michel-Ange.
Une vieille et énorme bible est sur un
long piano. M. Gounod, petit de taille,
disparait tout d'abord dans ce cadre
grandiose. Il est habillé d'un surtout de
velours et' coiffé d'une toque florentine.
Mais il s'est levé. Il parle. Alors il em-
plit cette immense salle. Elle semble
s'animer, comme dans la scène des sor-
cières, du Faust.
M. Gounod n'a pas vieilli. Avec sa to-
que sur la tête. qui cache la calvitie par-
semée d'une sorte de grand duvet blanc
l'illustre compositeur paraît un hom-
me de quarante ans. La barbe que, chacun
lésait, il porte tout entière, est à peine
grise. L'œil d'un gris roux est très jeune
et très vif; le point lumineux y est très
prononcé mais le feu de la prunelle a
brûlé les cilt des paupières.
Quand M. Gounod été sa calotte, il
vieillit tout 'n coup. Et, comme il l'ôte as-
sez fréquemment^ dans l'emballement
de la conversation, on croit assister aux
trànsformàtioûs du docteur Faust tour à,
tour jeune ou vieux i ̃
Je n'ai jamais vu un, homme plus vi-
brant. Il vibre par les chocs extérieurs.
Il vibre par les chocs intérieurs, comme
une cloche qui a un battant trop fort. Na-
ture en dehors, fiévreuse, captivante,
complète, mais mal équilibrée. Sa parole
facile ades expressions chaudes, imagées,
inattendues. Peu à peu, on se fait à lui.
On lui donne la réplique comme le pe-
tit orgue aux grandes orgues.
Alors, on est étonné de la hauteur fan-
tastique où, sans être trop essoufflé, cet
homme a mené son esprit.
Il a hanté tous les grands hommes,
maintenant les grandes ombres de l'Art.
De cette approche, il a gardé comme
Dante après son voyage aux enfers une
sorte de tremblement. Parfois, quand il
joue de l'orgue, ou quand il parle, je re-
garde Gounod avec le regard étonné que
devait avoir un Florentin du quatorzième
siècle, voyant passer le Dante 1-
« Tenez je vais vous jouer sur l'orgue
une chose merveilleuse. C'est du très
vieux. vous vous en doutez 1 C'est- du
Sébastien Bach. Saluez 1 Bach, c'est le:
Moïse de la musique » E£ il continue,
sans jouer « Ah 1 ces grands 1 Beetho-
ven que voici Beethoven ce Michel
Ange Et Michel Ange, ce Beethoven I
Avez-vouslu sa vie! Inouï 1 voilà le livre.
une vraie bible. » Et il ouvre le livre sa-
cré. Des fleurs desséchées y servent de
signets. Toute la vie de Gounod est dans
ce livre ainsi marqué. des aspirations
surhumaines et des fleurs terrestres que
la Femme a cueillies -Il cherche le Su-
blime et il trouve l'Humain.
Si on l'en croit, il a souffert beaucoup.
C'est vrai qu'on peut dire d'un homme
« Dites-moi combien il est grand artiste,
je vous dirai combien il asouffert!»Tout
artiste souffre triplement mais ses
jouissances ne sont-elles pas aussi tri-
plées ?
M. Gounod a certes vécu à outrance la
vie cérébrale. Esprit tendu à l'extrême,
même au repos de l'œuvre, il a parfois
eu le sort des cordes d'instrument que
dans un orchestre on a oublié de détendre
le soir. Dans la nuit, elles se brisent
tout à coup 1 ~~#
Mais le mal est bientôt réparé, lïâme
du violon n'a pas été atteinte. Aujour-
d'hui, l'artiste qui est M. Gounod, n'est
ni rassasié, ni lassé, Il est devenu de plus
en plus habile. Il met à profit ses ancien- •
nes souffrances diverses. Il tes note. lien
fait et en fera des partitions où ces mu-
siques sans verbe, et partant moins in-
discrètes, qu'on appelle des sympho-
nies.
Son âme est d'ailleurs restée avec tou-
tes ses cordes, comme si elle était en-
core une harpe neuve.
En définitive, c'est un Tantale, mais
c'est aussi un éclectique. Artiste, il a
bu dans tous les verres et même dans les
calices. des grands moines dont je par-
lais. Il tient aux musiciens de jadis par
sa foi ardente. Lui, il ne dit pas que Dieu
n'est plus qu'un soleil refroidi. Ce n'est
point un des grands génies musicaux (de-
puisque Rossini est mort, le siècle n'en
a plus !) mais à coup sûr, Gounod est de
leur race immortelle I
M.
# ..•̃•̃
M. Gounod va diriger l'orchestre de
son opéra. Il m'en donnait, l'autre mois,
une bizarre mais saisissante explication.
« Le mouvement, c'est le caractère même
de l'œuvre. Si le mouvement est changé,
l'oeuvre qui arrive au. public .n'est plus
celle que Je compositeur lui destinait.
L'instrumentiste l'a changée en route! 1
C'est comme si un commissionnaire chan-
geait la lettre que vous envoyez à une
femme. »
La dernière œuvre de M. Gounod n'est
point le Tribut de Zamora. C'est une
trilogie sacrée qui doit être jouée au
grand festival de Londres, en 1882. Cela
est intitulé Rédemption. Le dernier chant
c'est le Calvaire. M. Gounod nous en a
chanté quelques versets avec sa belle
voix brisée, et si pénétrante. Cetteœuvre
m'a semblé être idée grandiose 1
une sorte de Marche pour le Chemin de
la Croix 1
En parlant des idées surhumaines,
pour ainsi dire célestes de ce diable
d'homme, j'ai attrapé comme la conta-
gion de l'outrance 1 Je veux en terminant
rentrer dans la médiocrité de notre épo-
que. Nous ne sommes plus, ô mon pays 1
aux jours d'adoration ardente pour lé
Beau. D'autre part, personne ne croit à
son voisin pas plus à soi-même 1 Ce
n'est plus l'heure affolée d'espoir et d'or-
gueil où le poète s'écriait: «Qui de nous 1
qui de nous va devenir un Dieu?»
Je ne crois donc pas qu'un divin mu-
sicien se lève et reprenant l'oeuvre de
Beethoven continuateur de Mozart.
donneime sœur à la neuvième Sympho-
nie. Notre époque ne sera jamais capa-
ble d'écrire la dixième Symphonie 1
Mais notre temps a un caractère spé-
cial. Aussi j'espère qu'un puissant ar-
tiste pourrait enfin créer une œuvre ori-
ginale qui ait la date de nos jours, Il fera
la musique de Notre Grande Névrose 1.
Ce musicien -semble impatiemment
attendu par les instruments les
voix. les âmes 1 Maître, ce sera peut-être
vous 1
« Ignotus.
Nous publions aujourd'hui à notre
page musicale, le « Divertissement mili-
taire », de Joseph Gung'l. C'est une Mar-
che du célèbre cappelmeister depuis
longtemps populaire en Allemagne, et
même connue en France, où l'entrain de
ses motifs l'a fait adopter par de nom-
breux corps de musique.
Le «DivertissQmentmJlitaire », qui sera
exécuté au prochain bal de l'Opéra, fait
partie du répertoire choisi de Joseph
Gung'l, que viennent de publier, en trois
élégants volumes, les éditeurs du Mé-
nestrel, MM. Heugel et fils, ;qui nous ont
autorisés à le reproduire,
Émmsimèmmêmi-
|!çbios de Paris
LA POLITIQUE 'H
La discussion de la loi sur la presse
intéresse les journalistes plus que le pu-
blic et encore I Ce que, pour notre
compte, nous trouvons absurde dans
toutes les lois qui s'appliquent à la ma-
tière, ce n'est pas la répression elle-
même qui est un moyen de défense sur.
la valeur duquel on s'abuse d'ailleurs un
peu, mais le mode de répression qui
nous a toujours paru enfantin. En effet,
on poursuit un article or, ce n'est ja-
mais par des articles isolés, mais par
l'ensemble de sa doctrine et de ses polé-
miques qu'un journal exerce une in-
fluence et une action. Les plus violents,
et par conséquent les plus poursuivis ne
sont pas toujours ceux qui portent le
plus, tant s'en faut. Les plaisanteries de
M. Rochefoft ont été plus meurtrières
pour l'Empire que les attaques acres et
désespérées des derniers temps.
J'ajouterai que le journalisme n'a pas
en soi de vertu convertissante. Sa force
consiste non à creuser un courant pour
les idées, les regrets ou les préjugés des
lecteurs, ce qui serait une tâche surhu-
maine et superflue, mais à en guetter, à
en étudier, et finalement à en suivre les
caprices et les évolutions.
Punir un article comme dangereux, est
doac un enfantillage cela produit l'effet
d'un monsieur qui croirait qu'on fait un
tonneau de cidre avec une pomme. Il
n'y a, si l'on veut réprimer la presse, que
des lois draconiennes et des pénalités
purement tyranniques, la suspension
puis la suppression, comme l'avait ima-
giné l'Empire. Ne supposez pas, au sur-
plus, que je regrette un système qui n'a
rien empêché. Je vois même une dé-
monstration nouvelle de l'inanité des
entraves législatives en matière de presse
dans ce fait qu'au milieu d'un silence
inouï, il peut se former une opinion qui
s'injiposeau souverain triomphant, accla-
mé, indiscuté de Sébastopol et de Ma-
genta.
Quant aux petites mesures, aux petites
pénalités, a toutes les petites précautions s
en 70 articles, elles ne doivent être con-
sid<5rées que comme des moyens d'inti-
midation et de tyrannie sournoise elles
ne protègent que des institutions et non
des principes. Nous nous trouvons d'ac-
cord. avec les radicaux pour les combat-
tre et pour approuver la Chambre qui
démolit le joli travail de M. Lisbonne.
P. M. â
A TRAVERS PARIS
Ï^A TfîMPBRAïtmE. Le baromètre continue
à monter sur presque toute l'Europe. La route
des bourrasques océaniennes tend à se relever
vers'le nord, le vent est faible sur les côtes.
En France, une faible perturbation s'est ma-
nifestée sur le plateau central; elle a occasionné
une tempête au Puy-de-Dôme, des pluies à Pa-
ris et dans les régions du sud. Par suite des in-
dications diLbaromètre, il faut s'attendre à voir
bientôt le ciel s'éclaircir. Le vent est faible et
variable; de nouvelles gelées sant à craindre la
nuit. A Paris, le thermomètre, qui marquait
5" hier, à sept heures du matin, s'est élevé à
9* dans la journée.
Monaco. ^Ciel clair, très belle journée.
Tfyer.. miium. •j" s max 13*8.
On a livré, hier, à l'Imprimerie natio-
nale, le texte d'un nouveau volume, fai-
sant suite aux publications du bureau
des travaux historiques, au ministère de
l'Instruction publique.
Ce volume contiendra nn grand nom-
bre de lettres inédites, du cardinal de
Richelieu, qui sont très attendues par les
historiens.
Nous avons raconté il y a quelques
jours, qu'un magistrat d'Amiens, M. An-
qu'etil ayant envoyé républicainement
une invitation à M. de Chauville, en l'ap-
pelant Chauville- tout court, ce dernier
avait répondu usant du même procédé
de suppression d'une syllabe qu'il re-
grettait de ne pouvoir se rendre à l'invi-
tation de M. Quetil.
Dans une lettre qu'il nous adresse au-
jourd'hui, M. Anquetil proteste contre
l'exactitude de cette anecdote, et ajoute
qu'il ignore l'existence de M. de Chau-
ville à qui il n'a adressé aucune invita-
tion et qui n'a pas eu par suite a regret-
ter de ne pouvoir s'y rendre.
Nous n'ajouterons qu'un mot, c'est
qu'en racontant l'anecdote ci-dessus, que
nous tenons d'un de nos amis, nous
avons naturellement changé le nom de
l'invité de M. Anquetil, nom qui ne nous
revient pas à la mémoire en ce moment,
et que nous serions très obligé à notre
ami de nous rappeler.
On continue à parler beaucoup de la
démission plus ou moins prochaine de
M. Barthélémy Saint-Hilaire.
Or, lundi soir, le ministre des affaires
étrangères, étant en visite chez Mlle
Dosne, lui déclarait que, quoi qu'on fit,
il ne se retirerait pas de lui-même des
affaires.
-A mon âge, lui disait-il presque
textuellement, on ne quitte pas le poste
que l'on a accepté. Je savais, en le pre-
nant, à quoi je m'exposais Je suis tout
prêt à abandonner le quai d'Orsay, mais
je me ferai honneur d'obéir à un ordre du
jour et non de démissionner. Mes forces
me permettent encore la dignité.
L'épouvantable catastrophe qui vient
d'arriver aux Sables-d'Olonne provoque
naturellement de nombreuses sympathies
dans la population parisienne.
Nous sommes heureux d'apprendre
qu'un comité s'occupe en ce moment
d'organiser un grand concert à l'Hôtel
Continental et une représentation ex-
traordinaire sur un de nos principaux
théâtres. -Concert et représentation au-
ront lieu sous le patronage des sénateurs
et des députés de la Vendée, au profit
dés malheureuses victimes.
C'est aujourd'hui qu'a lieu à l'hôtel
Drouot, salle n° 8, la vente des tableaux
et études de feu Schopm, le peintre
d'histoire»-
Dans le catalogue figurent des toiles
célèbres telles que la Danse'de l'A-
beille, Boissy d'Angias à la tribune, le
Harem,' le 18 Bry/maire (qui a fait par-
tie de la collection du duc de Morny),
Antoine et Clèopâtre, la Bataille de Ho-
henlinden, dont l'original èstauMusée de
Versailles, la Mort de Richelieu, etc., etc.
Hier, à onze heures, ont eu lieu, à
l'église Saint-Séverin, les obsèques de
Mme Voisin, femme de M. Félix Voisin,
ancien préfet de police.
Le deuil était conduit par M. Félix
Voisin et par M. Etienne Voisin, son fils,
MM. Rivière et Margaritis, sesgendres;
Mlles Thérèse et Germaine Voisin sui-
vaient le convoi dans une voiture de deuil.
Dans l'assistance nous avons remar-
qué MM. le maréchal de Mac Mahonr
accompagné de M. le général BrQye,
Ferdinand Duval, ancien préfet de la
Seine, Buffet, de Marcère, Victor Le-
franc, anciens ministres; Albert Gigot,
ancien préfet de police; Andrieux, pré-
fet de police; Chopin- d'Arnouville, Ro-
binet de Cléry, Léon Riant, le baron
Reille, Antonin LefèvrePontalis, Despa-
tys, conseiller municipal du quartier de
la place Vendôme; Leroux, chef du ca-
binet du préfet de police Léon Naudin,
chef de la première division de la pré-
fecture de police, etc., etc.
L'inhumation a eu lieu au cimetière du
Père-Lachaise.
Hier, mardi, mise en vente chez Dentu,
des Souvenirs, de Versailles pendant la
Commune, par M. Léonce Dupont.
Une première édition a été à peu près
enlevée.
Il y a une préface à sensation.
Ce conseil n'ést pas une plaisanterie
par le temps qui court. Les chroniqueurs
judiciaires d'hier en font foi.
Quand on a des affaires de cœur, il
faut porter sur soi dans un flacon, comme
on aurait un flacon d'odeurs, la lotion
suivante Ammoniaque (alcali volatil) et
eau pure, deux parties égales.
Quand on a reçu sur soi le contenu
d'une fiole de vitriol (acide sulfurique),
on baigne longuement de cette mixture
la partie atteinte.
L'effet est neutralisé. Il se forme une
croûte qu'on garde jusqu'à ce qu'elle
tombe d'elle-même.
Il ne reste aucune trace de la blessure.
»
Banquet annuel des anciens élèves du
collège Rollin, hier soir à r.r|ôtel Conti
nental, sous la présidence dè M. Four-
nier, ancien ambassadeur de France à
Constàntinople.
Les convives <5taion6 au nombre de
quatre-vingts.
NOUVELLES A LA MAIN
Troppmann avait des mots. En voici
un que nous garantissons inédit.
Il disait une fois à une -personne ap-
partenant à l'administration de sa pri-
son
Au fait, pourquoi ne me mettrait-on
pas en liberté? On pourrait-être bien sûr
que je ne commettrais plus de crimes à
présent!
A quoi on lui répondit, non sans rai-
son
Mais y songez-vous? Et puis quelle
place tiendriez-vous dans la société ?Qui
vous occuperait, ou voudrait même vous
voir ? 7
Troppmann reprit avec la philosophie
d'un esprit supérieur
Oh 1 en France, avec le temps, tout
s'arrange 1
C'était vrai, et Troppmann. eût été un
profond politique.
Fin de scène avec un de ces philistins
qu'on appelle créanciers
Monsieur, je ne vous paierai jamais,
je vous le jure! Et un honnête homme
n'a qu'une parole I
Le Masque de Fer.
LES BOITES VIDES
L'œuvre des Boîtes vides a provoqué
un tel élan de charité que nous croyons
en devoir à nos lecteurs un bulletin final.
Sont arrivés et arrivent toujours
à foison,boîtes pleines, coffrets, paniers,
bonbons, images, mandats et timbres-
poste, objets utiles ou autres si bien
qu'il a été possible d'étendre la distribu-
tion des étrennes à tous les, asiles de la
ville du Puy-en-Velay.
Aux Préservées du bon Pasteur, dont
la surprise a été touchante et folle. Aux
petites fille s de la Miséricorde, dans le
ravissement de ces jouets et de ces dou-
ceurs inconnus
Aux Muettes. Pour traduire leur re-
connaissance, il faudrait reproduire les
mains jointes allant des lèvres au cœur
avec des sourires mouillés de larmes.
Aux abandonnés de l'Hôpital filles
et garçons. Ce petit monde a déclaré qu'il
ne croyait pas qu'il y eût de tels jours
dans la vie. Pauvres enfants Ils chan-
taient des prières et criaient des vivat.
Aux Orphelines de Saint-Vincent-de-
Paul qui ont, toutes, reçu une boite gar-
nie de cadeaux variés et savent encore
en réserve à l'ouvroir une montagne de
récompenses. Un énorme poupon, arti-
culé et pleurard, a été adopté par la di-
vision des petites qui le traitent avec
mille sollicitudes maternelles d'une at-
tendrissante naïveté et l'appellent leur
fanfan (sic).
Enfin cent objets de luxe ont été gar-
dés qui au moyen d'une prochaine
combinaison produiront une forte
somme d'argent destinée à un achat de
linge. Car ces orphelines sans gâteries,
sans père ni mère, sont encore à peu
près- sans chemises.
L'entrain des générosités a été ma-
gnifique le bonheur des enfants un vrai
feu d'artifice de joies et de prières. C'est
pourquoi, un chaleureux et dernier merci
à toutes et tous.
1 Aimé Giron.
CARNET D'UN •. MONDAI»
M. ZjqOPOIdD iDOTJBXJE!
Jîai parié de la coHection de M. Poubfe.
Trois mois se sont à peine écoulés et cehii qui
avait réuni ces merveilles, celui qui à force de
science, de goût, d'or et de temps avait fait de
sa maison, un musée unique au monde, yient
d'être, dépossédé pour toujours de ses chers
trésors.
M. Léopold Double est mort ce matin, à di»
heures, daus son hôtel de la rue Louis-le-
Grand.
Quelle cruauté que la mort! 1 surtout quand elle
arrache un homme, heureux, respectable, aimé
et riche, aux tendresses, aux joies et aux élé-
gances de sa vie.
On se rappelle ce mot de' Henri IV à Bassom-
pierre qui, le voyant triste lui disait Sire, n'êtes-
vous pas satisfait de la fortuit ?. Des amis, des
enfants, de belles maisons, de beaux meubles,
de belles femmes.
Hélas! répliqua Henri ÏV, il me les faut
quitter!
M. Léopold Double chérissait tant sa collée-,
tion qu'il ne se décidait jamais à partir pour le
Midi, malgré les désirs de sa famille « Je ne
pourrais pas quitter mes bibelots. Je m'en-
nuierais beaucoup sans eux, » disait-il en sou-
riant.
Heureuse et noble passion qui a rempli sa vie
et consolé ses derniers jours Pendant sa ma-
ladie, il achetait encore, 11 achetait toujours.
Le mois dernier, il avait été en marché pour
acquérir une table de cent mille francs. -1
Jamais M. Double n'allait aux ventes. On lui
apportait chez lui tous les objets de grande.
curiosité qui faisaient leur apparition à Paris.
Il était, avec M. de Rothschild, l'amateur qui
payait le plus cher.
Comme experts, le marquis d'Armaillé, le
baron Davilliers, M. Spitzer pouvaient à peine
rivaliser avec lui.
A lui seul, dans les quatorze salons de son
hôtel, M. Double avait reconstitué entière-
ment l'histoire du mobilier au dix-huitième
siècle. Pas un objet qui ne soit un joyau par sa
perfection et son authenticité.
Si la collection est vendue, ce sera. un titre de
noblesse pour un bibelot d'être sorti de chez lui
et d'avoir été admis à l'honneur de son choix.
M. Léopold Double était né en 1812, d'une
vieille fami Ile parlementaire du Languedoc,
anoblie au quatorzième siècle.
Les Double portent: vairé d'or et de gueules,
fascé d'hermines (d'Hozier).
Le grand-père de M. Double, ruiné en partie
par la Révolution, eut quatre fils qui, tous se
distinguèrent. L'aîné devint évêque de Tarbes,
le second fut le célèbre docteur Double, père
du grand collectionneur.
Le docteur Double refusa la'pairie sous Louis-
Philippe.
M. Léopold Double, élève de l'Ecole poly-
technique, officier d'artillerie fut aide de camp
du maréchal Soult.et servit en Afrique.
Marié à une belle et riche héritière, Mlle Co-
lin de Bardy, M. Double quitta l'état militaire
pour se consacrer à sa jeune femme et aux
études littéraires et artistiques, objets de sa pré-
dilection.
Très aimé du duc d'Orléans, il ouvrit sa
maison à toute cette élite aimable et spirituelle
qui embellissait l'existence mondaine sous Louis-
Philippe. ̃.
Plusieurs aquarelles, d'Eugène Lami, repro-
duisent dans tout leur éclat charmant des fêtes
données à l'hôtel Double, au milieu des splen-
deurs d'un autre siècle.
Des hommes de mérite et d'esprit apportaient
à ces réceptions un attrait sérieux.
M. Double était l'ami du maréchal Exelmans,
de Jules Janin, de M. Le Verrier, de M. Dau-
brée, le savant directeur de l'Ecole des Mines,
du général Vinoy, de M. Camille Doucet.
Le dernier ami auquel il a serré la main, c'est
ce vieillard toujours jeune, plein de grâce et de
talent qu'on appelle le bibliophile Jacob.
M. Thiers, surtout depuis la guerre, s'était
senti attiré vers M. Double. Il venait souvent
causer avec lui dans l'intimité et lui donner le
plaisir de rdire ses bibelots, car il les relisait
comme des auteurs chéris, les touchant avec
joie et les admirant, de nouveau. N:
Presque tous les princes de passage à Paris,
ont visité cette rare collection. et presque tous,
séduits par le ton et les façons de M. Double,
sont restés en relations avec lui.
Je nommerai le roi et la reine de Hanovre, la
grande-duchesse Marie, le grand-duc Nicolas,
le grand-duc et la grande-duchesse VVladimir,
le prince et la princesse de Danemark.
M. Double a succombé à une attaque d'asthme.
Bien qu'il fût souffrant depuis le commencement
de l'hiver, rien ne faisait présager une fin si
prompte.
a L'amoureux de Marie-Antoinette » c'était
son surnom, avait été très séduisant. Il lui en
restait quelque chose de beaux yeux noirs,
pleins de feu, un sourire charmant, des façons
de gentilhomme du temps passé.
On ne pouvait voir cet aimable vieillard sans
éprouver pour lui la plus vive sympathie mai-
son, esprit, conversation, courtoisie, tout chez
lui portait l'empreinte du dix-huitième siècle.
M. Léopold Double laisse une veuve et un
fils unique, M. Lucien Double, qui s'est déjà
distingué dans de sérieux travaux historiques, et
qui vient de publier une remarquable étude sur
Charlemagne. On ignore si la famille conservera
le musée du regretté collectionneur..
La mort de M. Double met en deuil, la fa-
mille du baron Double de Saint-Lambert, celle
du baron de Sernet, du comte de Montons, du
comte de Chamberet, des comtes des Isnards.
Etincelle.
LE LENDEMAIN D'UNE BATAILLE
Je me suis laissé raconter qu'au cours
de la première représentation si tumul-
tueuse de la Princesse de Bagdad, quel-
ques femmes du monde profondé-
ment indignées de l'audace de certaines
théories mises par l'auteur dans la bou-
che de Mlle Croizette, s'étaient retour-
nées du côté de leur mari qui se conten-
tait d'écouter tranquillement la pièce, en
disant
Comment, vous ne sifflez pas, mon-
sieur, mais sifflez donc.
Et les maris obéissants s'étaient mis
siffler.
Je suis de ceux qui professent que tou-
tes les îftdignations sont respectables,
quand elles sont vraies. Je dois avouer1
cependant que cette révolte de l'honnê-
teté outragée me paraît un peu tapa-
geuse. La vertu est d'ordinaire plus mo-
deste, plus calme, et jusqu'à preuve du
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