Titre : Le Figaro : journal littéraire : théâtre, critique, sciences, arts, moeurs, nouvelles, scandale, économie domestique, biographie, bibliographie, modes, etc., etc.
Éditeur : Jourdan fils (Paris)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1832-01-23
Contributeur : Alhoy, Maurice (1802-1856). Directeur de publication
Contributeur : Arago, Étienne (1802-1892). Directeur de publication
Contributeur : Lepoitevin de L'Égreville, Auguste (1791-1854). Directeur de publication
Contributeur : Bohain, Victor (1805-1856). Directeur de publication
Contributeur : Latouche, Henri de (1785-1851). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344484501
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 13022 Nombre total de vues : 13022
Description : 23 janvier 1832 23 janvier 1832
Description : 1832/01/23 (Numéro 23). 1832/01/23 (Numéro 23).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k267230d
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
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^ualre-vingt-treize fois par minute. Cela passe l'ordonnance.
II y a échauffement et léger accès de fièvre. Allez vous coucher.
A quoi M. Girod répondit II est impossible que mon pouls
batte quatre-vingt-treize fois par minute car le pouls de M.
Dupont de l'Eure n'en bat que soixante et quelques, suivant
l'ordonnance. Je n'irai pas me coucher.
Comme il vous plaira, dit le médecin.
Le lendemain M. Girod eut une présidence tellement ora-
geuse, qu'à force de s'échauffer le froid lui courut dans les
membres. M. Mahulet toute la chambre en eut les os gelés.
Mais mon cher président, lui dit M. Périer, est-ce que vous
avez. le frisson? Comme vous êtes pâle! Pâle! point du
tout. Regardez-donc M. Dupont de l'Eure il est rouge com-
me un coq.
La fièvre lui donne le transport pensa le ministre.
De retour chez lui, M. Girod trouva son médecin qui vou-
lut le saigner.
-Est-ce que vous avez saigné M. Dupont de l'Eure ? lui
> demanda-t-il.
-Mais, Monsieur, je vous en prie, laissez-vous faire; je
vous jure que vous êtes malade.
Bah! M.Dupont se porte à merveille.
Vous gagnerez une inflammation de poitrine.
Impossible! M. Dupont a une poitrine excellente.
Cependant l'intrépide président de la chambre, l'oeil cave,
les ongles bleus, la joue plombée, se cramponait à son fauteuil
d'où il observait la pose calme, l'oeil vif et le teint coloré de
M. Dupont. Je ne saurais consentir à me mettre au lit sou-
pirait-il, ce Dupont se tient encore trop ferme sur ses jambes.
On le supplia de demander seulement un cougé de dix
jours.– Plaisantez-vous? Est-ce que M. Dupont a quitté son
poste ?
O Codru? ô o Curtius ô Dupin que sont vos sacrifices pour
votre patrie en comparaison de M. Girod, qui, la sonnette en
main, s'offre en holocauste au fauteuil de la présidence!
Il ne voulut rien écouter M. Girod ni les conseils de ses
amis, ni les ordonnances de son médecin, ni les avertissemens
de la fiévre qui lui tintait aux oreilles. Quelquefois pourtant
il se disait avec humeur: Quelle maudite bopne santé a là ce
M Dupont que je voudrais de bon cœur lui faire partager
ma poitrine! ̃
Mais la médecine n'exauça point ses vœux. Dupout de C
l'Eure continuait ù faire ses deux repas par jour avec un ap-
pétit désespérant il ne manquait pas une séance son œ i
était toujours aussi vif, son front aussi calme son éloquence
aussi jeune. Il ne baissait point. Ah! mon Dieu, s'êcriait M.
Girod, avec son imperturbable santé, ce M. Dupont me fera
mourir.
Et en effet M. Gir6d n'était plus reconnaissable. Chaque
séance abrégeait sa vie d'un jour. Sur la consultation de son
médecin il ne lui restait plus qua trois présidences à vivre.
Il se résigna.
Par hasard il est an Dieu pour les présidens. Dupont se
leva et dit Messieurs je vous demande un congé de quinze
jours.
Je vous l'accorde pour un mois cria bien vite M. Girod.
Je puis donc enfin me médicamenter me soigner, me pur-
ger et m'aliter, ajouta-t-il tout bas ce Dupont vient de quit-
ter son poste
Vous avez tarjlé beaucoup Monsieur, lui dit son médecin.
C'est ee M. Dupont qui en est cause. Mais maintenant
j'ai du teins de malade à vous donner. M. Bérenger me rem-
-place; et Dupont, qui est parti ne saurait plus être vice-pré-
sident de la chambre. Je m'abandonne à la médecine.
Le gouvernement a envoyé complimenter M. Girud de l'Ain
sur son courage.
VERS
PAR EMMANUEL ARAGO.
J'aime assez, je l'avoue, que chaque flacon ait son éti-
quette, chaque magasin son enseigne. J'aime surtout que
l'enseigne soit simple et l'étiquette claire. Il me faut un pa-.
quet de chandelles à la porte de mon épicier une botte à la
croisée de mon bottier. Je ne saurais plus ou prendre mon
gingembre, je marcherais nus-pieds. Si l'un s'établissait à
la belle Eloa le second aux Elévations poétiques je conce-
vrais mieux peut-être mon apothicaire avec M. Lobau pour
frontispice et dans les productions à la mode moins de lé-
sinerie poétique sous la couverture, et plus d'économie de va-
nité sur le premier feuillet.
Aussi quand je vois venir un livre qui ne craint pas de se
nommer, et qui dit son nom sans détours je l'accueille com-
me ces visages dont l'air vous plait et vous captive avant
qu'ils ne vous aient parlé.
C'est sous cette prévention frivole peut-être mais irrésis-
tible, qu'on lit le recueil de M. Emmanuel Arago ce ne
sont ni des Rêveries ni des Soirées ni. des Tristes ni des
Elévations ni des Feuilles ni des pulmonies ce sont des
vers des vers qui ne commencent pas par une préface et
ne finissent pas par des notes apologétiques à l'endroit de
lr
Bien que les tems soient durs, et que le vent ne soit pas à
la poésie, vous lirez ce recueil vous le lirez, parce qu'il, ren-
ferme des chants qui répondent à vos sympathies parce que
vous y sentirez un cœur qui bat souvent avec le vôtre. Si vous
y trouvez tous les écarts d'une jeune tête, de la négligence
dans les vers trop de laisser-aller dans leur désinvolture,
quelques sacrifices au mauvais goût dont le foyer est au Céna-
cle, vous y rencontrerez aussi toute la verdeur, tout l'entraîne-
ment de la jeunesse. Vous aimerez la verve et la passion de
toutes ces pages, la grâce et l'énergie de plusieurs vous ai-
merez surtout les vers adressés à Isabey et vous ne saurez
pas quelle est la plus riche de la palette du peintre ou de
la plume du poète. Vous blâmerez quelques morceaux; vous
voudrez, de ce recueil trop court, retrancher pourtant quel-
ques feuillets Bonaparte, que nous voyons partout Crom-
well devant le cercueil de Charles Ier, et qui ne tint pas là de
longues phrases. Lisez Delaroche.
Peut-être aussi remarquerez-vous avec tristesse que parfois
le poète se moque de sa passion et se rit de ses douleurs
tant d'amertume dans le doute, tant d'ironie dans le scepti-
cisme ne va pas bien aux jeunes cœurs. J'aime deux mots les
Consolations moins hiéroglyphique devant sa porte que sur
la couverture d'un livre. Que voulez-vous ? j'ai l'intelligence
dure les rébus me désespèrent les charades du Mercure
tournent la crême de mon déjeûner. Les bigarrures de Figaro
mettent trop de sel sur mon beurre j'ai uue indigestion de
poire j'ai de Quelqu'un par-dessus la tête. Partout je hais
les hiéroglyphes, les énigmes et les périphrases. En politi-
que, si quelqu'un me vole, j'appelle quelqu'un un voleur
en littérature je veux que l'épigraphe résume le chapitre et
^ualre-vingt-treize fois par minute. Cela passe l'ordonnance.
II y a échauffement et léger accès de fièvre. Allez vous coucher.
A quoi M. Girod répondit II est impossible que mon pouls
batte quatre-vingt-treize fois par minute car le pouls de M.
Dupont de l'Eure n'en bat que soixante et quelques, suivant
l'ordonnance. Je n'irai pas me coucher.
Comme il vous plaira, dit le médecin.
Le lendemain M. Girod eut une présidence tellement ora-
geuse, qu'à force de s'échauffer le froid lui courut dans les
membres. M. Mahulet toute la chambre en eut les os gelés.
Mais mon cher président, lui dit M. Périer, est-ce que vous
avez. le frisson? Comme vous êtes pâle! Pâle! point du
tout. Regardez-donc M. Dupont de l'Eure il est rouge com-
me un coq.
La fièvre lui donne le transport pensa le ministre.
De retour chez lui, M. Girod trouva son médecin qui vou-
lut le saigner.
-Est-ce que vous avez saigné M. Dupont de l'Eure ? lui
> demanda-t-il.
-Mais, Monsieur, je vous en prie, laissez-vous faire; je
vous jure que vous êtes malade.
Bah! M.Dupont se porte à merveille.
Vous gagnerez une inflammation de poitrine.
Impossible! M. Dupont a une poitrine excellente.
Cependant l'intrépide président de la chambre, l'oeil cave,
les ongles bleus, la joue plombée, se cramponait à son fauteuil
d'où il observait la pose calme, l'oeil vif et le teint coloré de
M. Dupont. Je ne saurais consentir à me mettre au lit sou-
pirait-il, ce Dupont se tient encore trop ferme sur ses jambes.
On le supplia de demander seulement un cougé de dix
jours.– Plaisantez-vous? Est-ce que M. Dupont a quitté son
poste ?
O Codru? ô o Curtius ô Dupin que sont vos sacrifices pour
votre patrie en comparaison de M. Girod, qui, la sonnette en
main, s'offre en holocauste au fauteuil de la présidence!
Il ne voulut rien écouter M. Girod ni les conseils de ses
amis, ni les ordonnances de son médecin, ni les avertissemens
de la fiévre qui lui tintait aux oreilles. Quelquefois pourtant
il se disait avec humeur: Quelle maudite bopne santé a là ce
M Dupont que je voudrais de bon cœur lui faire partager
ma poitrine! ̃
Mais la médecine n'exauça point ses vœux. Dupout de C
l'Eure continuait ù faire ses deux repas par jour avec un ap-
pétit désespérant il ne manquait pas une séance son œ i
était toujours aussi vif, son front aussi calme son éloquence
aussi jeune. Il ne baissait point. Ah! mon Dieu, s'êcriait M.
Girod, avec son imperturbable santé, ce M. Dupont me fera
mourir.
Et en effet M. Gir6d n'était plus reconnaissable. Chaque
séance abrégeait sa vie d'un jour. Sur la consultation de son
médecin il ne lui restait plus qua trois présidences à vivre.
Il se résigna.
Par hasard il est an Dieu pour les présidens. Dupont se
leva et dit Messieurs je vous demande un congé de quinze
jours.
Je vous l'accorde pour un mois cria bien vite M. Girod.
Je puis donc enfin me médicamenter me soigner, me pur-
ger et m'aliter, ajouta-t-il tout bas ce Dupont vient de quit-
ter son poste
Vous avez tarjlé beaucoup Monsieur, lui dit son médecin.
C'est ee M. Dupont qui en est cause. Mais maintenant
j'ai du teins de malade à vous donner. M. Bérenger me rem-
-place; et Dupont, qui est parti ne saurait plus être vice-pré-
sident de la chambre. Je m'abandonne à la médecine.
Le gouvernement a envoyé complimenter M. Girud de l'Ain
sur son courage.
VERS
PAR EMMANUEL ARAGO.
J'aime assez, je l'avoue, que chaque flacon ait son éti-
quette, chaque magasin son enseigne. J'aime surtout que
l'enseigne soit simple et l'étiquette claire. Il me faut un pa-.
quet de chandelles à la porte de mon épicier une botte à la
croisée de mon bottier. Je ne saurais plus ou prendre mon
gingembre, je marcherais nus-pieds. Si l'un s'établissait à
la belle Eloa le second aux Elévations poétiques je conce-
vrais mieux peut-être mon apothicaire avec M. Lobau pour
frontispice et dans les productions à la mode moins de lé-
sinerie poétique sous la couverture, et plus d'économie de va-
nité sur le premier feuillet.
Aussi quand je vois venir un livre qui ne craint pas de se
nommer, et qui dit son nom sans détours je l'accueille com-
me ces visages dont l'air vous plait et vous captive avant
qu'ils ne vous aient parlé.
C'est sous cette prévention frivole peut-être mais irrésis-
tible, qu'on lit le recueil de M. Emmanuel Arago ce ne
sont ni des Rêveries ni des Soirées ni. des Tristes ni des
Elévations ni des Feuilles ni des pulmonies ce sont des
vers des vers qui ne commencent pas par une préface et
ne finissent pas par des notes apologétiques à l'endroit de
lr
Bien que les tems soient durs, et que le vent ne soit pas à
la poésie, vous lirez ce recueil vous le lirez, parce qu'il, ren-
ferme des chants qui répondent à vos sympathies parce que
vous y sentirez un cœur qui bat souvent avec le vôtre. Si vous
y trouvez tous les écarts d'une jeune tête, de la négligence
dans les vers trop de laisser-aller dans leur désinvolture,
quelques sacrifices au mauvais goût dont le foyer est au Céna-
cle, vous y rencontrerez aussi toute la verdeur, tout l'entraîne-
ment de la jeunesse. Vous aimerez la verve et la passion de
toutes ces pages, la grâce et l'énergie de plusieurs vous ai-
merez surtout les vers adressés à Isabey et vous ne saurez
pas quelle est la plus riche de la palette du peintre ou de
la plume du poète. Vous blâmerez quelques morceaux; vous
voudrez, de ce recueil trop court, retrancher pourtant quel-
ques feuillets Bonaparte, que nous voyons partout Crom-
well devant le cercueil de Charles Ier, et qui ne tint pas là de
longues phrases. Lisez Delaroche.
Peut-être aussi remarquerez-vous avec tristesse que parfois
le poète se moque de sa passion et se rit de ses douleurs
tant d'amertume dans le doute, tant d'ironie dans le scepti-
cisme ne va pas bien aux jeunes cœurs. J'aime deux mots les
Consolations moins hiéroglyphique devant sa porte que sur
la couverture d'un livre. Que voulez-vous ? j'ai l'intelligence
dure les rébus me désespèrent les charades du Mercure
tournent la crême de mon déjeûner. Les bigarrures de Figaro
mettent trop de sel sur mon beurre j'ai uue indigestion de
poire j'ai de Quelqu'un par-dessus la tête. Partout je hais
les hiéroglyphes, les énigmes et les périphrases. En politi-
que, si quelqu'un me vole, j'appelle quelqu'un un voleur
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