Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1906-09-16
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34431794k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 137484 Nombre total de vues : 137484
Description : 16 septembre 1906 16 septembre 1906
Description : 1906/09/16 (Numéro 16522). 1906/09/16 (Numéro 16522).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : France-Japon Collection numérique : France-Japon
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k2387417
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
.TETÏMPS. -strig êepUmre'W&
kier à Londres en automobile avec le duc etla duchesse
de Scanie (sa fille et son gendre) et la princesse Fabri-
.jBiSf^Près de Hounslow, un enfant qui jouait se jeta en
»** ̃ jtravers «de la foute. Malgré la vitesse modérée de la
Voiture et les efforts du mécanicien, l'enfant fut ren-
versé. La duchesse de Connaught le conduisit à l'hô-
pital. Il y est mort.
Espagne: Le duel entre M. Soriano, fléputé répu-
ilicain,, directeur de la Espana Nueva, et le général
Linarès, capitaine général de Catalogne, motivé par
ïes attaques du journal cité contre le général, propos
de ses actes lorsqu'il commandait à Cuba, a eu lieu
lier aux environs d'Alcala de Henarès.
Six balles ont été échangées sans résultat.
La commission chargée de discuter, le traité de
commerce franco-espagnol a nommé président le mi-
nistre d'Etat M. Gullon; membres, MM. Sitges «t San-
tiago pour le ministère des finances, Ayuso pour l'a-
griculture, «t Rica pour le ministère d'Etat, plus un
sénateur et un député.
Le marquis Emilio Ojeda est nommé ambassadeur
d'Espagne près du Vatican et est remplacé au sous-
secrétariat des affaires étrangères par M. Arellano.
La nomination d'un diplomate de carrière au lieu
d'un homme politique auprès du Saint-Siège indique-
rait une certaine détente dans les rapports avec le
Vatican, malgré les relations tendues avec une partie
du haut clergé espagnol.
3Li^ SIÉF^IR^TIOISr
A propos de l'article 8
Un de nos lecteurs nous écrit pour manifester son
êtonnement que nous no réclamions pas la ferme-
ture des églises au 11 décembre prochain. Cette
mesure lui apparaît comme une conséquence inéluc-
table de la loi. « La loi dit expressément, écrit notre
correspondant, que le 11 décembre les églises seront
mises sous séquestre. »
L'article 8 stipule, en effet, qu'à l'expiration dudit
délai les biens qui n'auront pas été attribués par les
établissements du culte à des associations formées
suivant les prescriptions de la loi, seront placés sous
séquestre. Cela n'implique nullement la fermeture
des églises, et nous ne voyons pas comment des ci-
toyens ayant quelque souci de l'ordre public en
France blâmeraient le gouvernement de ne pas for-
cer en l'espèce le sens de la loi. D'ailleurs, le neu-
vième paragraphe de l'article 13 ne permet la dé-
saffectation des églises, par décret, que deux ans
après la promulgation de la loi de 1905. Jusqu'à cette
époque, il décembre 1907, les églises doivent donc
garder leur affectation primitive, c'est-à-dire servir
a la célébration du culte.
M. Flourens, qui n'est pas suspect, ad'ai1leurs
conclu sur ce point dans le même sens que nous-
mêmes.
Déclarations du cardinal Vannutelli
Le cardinal Vincent Vannutelli a déclaré à un de
nos confi ères italiens
En France et en Italie on a voulu donner à ma pré-
sence à Essen une signification hostile à la France. Je
dois repousser cette interprétation absolument fausse,
Je me trouvais à Tournai à la fin de mon séjour de
Belgique, quand je fus prié par le cardinal Fischer,
archevêque de Cologne, de me rendre au congrès
d'Essen. Avec la permission du pape, je suis allô à
Ëssen. J'ai assisté seulement à deux séances, et c'est
dans la dernière que j'aiprononcé le discours publié
dans la presse. Dans ce discours, j'ai appelé le centre
la « tour indestructible ». Mais ce mot est de Bismarck.
Mon voyage en Allemagne n'a pas le caractère d'une
démonstration contre quiconque. Naturellement, c'est
le devoir du Saint-Siège de soutenir les partis catho-
liques dans tous les pays. et l'Eglise ne peut pas ne
pas apprécier la liberté dont jouissent actuellement les
catholiques en Allemagne.
On mande de Rome
Un prélat, membre de la congrégation dos affaires
ecclésiastiques extraordinaires, a déclaré à un ré-
dacteur du Giornale d'Italia à propos de la loi de sé-
paration que ni le Vatican ni le gouvernement fran-
çais ne paraissent disposés à faire des concessions
en vue d'un modus vivendi.
L'Eglise n'exercera pas de représailles et le gou-
vernement français agira comme il t'entendra. Un
moment fut où l'accord parut possible, mais cet
espoir s'évanouit par la publication de prétendues
déclarations d'hommes politiques et de prélats.
L'Eglise catholique, beaucoup-plus ancienne que la
République française, a subi bien d'autres épreuves.
Au surplus on a préparé tout pour rendre moins
désastreux le sort du clergé français résultant des
conséquences de la loi.
L'Italie a recueilli du P. Maertens, procureur
.général des jésuites,une déclaration d'après laquelle
jsi le gouvernement français ne fait aucune conces-
sion, on ne saurait raisonnablement attendre de
nouvelles concessions du Vatican, qui depuis vingt
"ans fut la dupe de sa trop grande faiblesse envers
la France.
Déclarations d'évèques
Parlant à ses prêtres en retraite pastorale, M. Da-
dolle, le nouvel évêque de Dijon, a dit:
Messieurs, le 11 décembre prochain vous resterez
dans vos églises et vous y continuerez vos offices.
Vous attendrez que les agents du pouvoir qui vien-
dront les mettre sous séquestre vous prennent à l'é
.paule pour vous en faire sortir. Si les scellés y sont
apposés, je ne vous dis pas de les briser vous-mêmes,
ce qui serait réputé de la résistance active, violente,
.par conséquent contraire à la volonté du pape; mais
si vous les trouvez brisés, rentrez hardiment dans vos
.églises. Je vous donne l'assurance que si, dans la nuit
.du 11 au 12 décembre les scellés de Saint-Bénigne
viennent à tomber, le 12 au matin je ne .dirai pas la
messe dans la chapelle de l'évêché, mais dans ma ca-
thédrale.
La Semaine religieuse du diocèse de Chartres pu-
blie cette analyse d'une allocution de l'évêque de
Chartres aux prêtres de son diocèse
Sans manquer au secret ordonné par le Saint-Siège,
il était permis de dire qu'on avait délibéré avec le plus
grand salme et l'entente la plus parfaite sur les graves
questions de l'heure présente; qu'on avait envisagé les
diverses situations que le refus d'accepter les associa-
tions cultuelles formellement prononcé par Sa Sainteté
allait créer pour l'exercice public du culte catholique
qu'on s'était préoccupé des besoins. matériels du cler-
gé pour assurer d'une façon régulière sa subsistance
et le mettre en garde contre les sollicitations schisma,-
tiques dont il pourrait être l'objet; qu'on avait pris des
mesures communes pour sauvegarder autant que pos-
sible nos séminaires et obvier aux nouvelles exigences
de la loi militaire. Les rapports des diverses commis-
Bions sur toutes ces questions ont été discutés avec
soin, et lorsque les conclusions votées par l'assemblée
seront présentées à Rome et affranchies de la loi du
secret, on les fera connaître par une lettre collective
de l'épiscopat.
Une adresse du clergé de Paris
Les prêtres du clergé de Paris, réunis en retraite,
ont adressé au pape la dépêche suivante
Les prêtres du clergé de Paris, rassemblés au sémi-
naire de Saint-Sulpice pour leurs exercices spirituels,
intimement unis à leur éminentissime archevêque et
à son coadjuteur, déposant aux pieds de Votre Sainteté
l'hommage de leur filiale vénération, se sentent pres-
aés de vous assurer qu'ils adhèrent pleinement et de
cœur aux enseignements contenus dans vos encycli-
ques Véhémente)' nos et Gravissimo olficii, et qu'Us se
croient prêts à tous les sacrifices qu'exigera d'eux le
Balut de l'Eglise de France.
Que Votre Sainteté daigne les bénir, afin que reluise
en eux, comme en leurs frères de l'avant-dernier
siècle, avec la foi et le courage sacerdotal, leur inlas-
sable attachement au Saint-Siège et à leur patrie.
Le cardinal Merry del Val a répondu
Sentiments exprimés par prêtres du clergé de Paris,
rassemblés au séminaire de Saint-Sulpice, sont allés
au cœur du Saint-Père, qui les a beaucoup agréés. Sa
Sainteté les bénit tous de cœur et leur souhaite d'être
touiours la couronne et la joie de leur digne arche-
vêque; Cardlnitl MERRY DEL Yer,.
Cardinal MERRY del Vai«
Déclaration, de M. Fulbert Petit
La Semaine religieuse de Besançon contient cette
note
Considérant que dans les circonstances très graves
que traverse l'Eglise de France, il est souverainement
important de ne point laisser librement se répandre
parmi les catholiques des affirmations calomnieuses
de nature à mettre en suspicion l'orthodoxie doctri-
nale des é\êques;
Attendu que le journal la Libre Parole, à la première
page de son numéro du 5 septembre 1905, dans un ar-
ticle intitulé « l'Assemblée plénière de l'épiscopat »,
commençant par ces mots « Pour la seconde fois.
etc., finissant par ces mots: « La séance est levée à
cinq heures et demie » et signé H. de Rauville, con-
tient cette affirmation « Mgr Fulbert Petit propose
d'en revenir au projet d'associations cultuelles etoano-
niques dressé par lui et Mgr Mignot »
Attendu que cette proposition constituerait une dé-
sobéissance aux solennelles décisions de Sa Sainteté
que nous avons acceptées sans réserve et qu'elle est
en formelle opposition avec nos sentiments intimes et
avec nos déclarations publiques;
Attendu que dans lés deux articles publiés le lende-
main 6 septembre, l'un sous ce titre « Rectification »
et l'autre sous celui-ci « Explications », ledit journal,
malgré les dénégations apportées à son directeur, et
nous prétexte de justifier son informateur, maintient
sa calomnie en l'aggravant, puisqu'il l'appuie sur les
prétendues confidences d'un évèquo, lequel n'aurait
pu donner des renseignements analogues qu'en vio-
lant les obligations sacrées de sa conscience;
Considérant qu'il ne s'agit pas ici d'une question
purement personnelle et privée, mais que l'attitude re-
ligieuse, le respect de la hiérarchie et l'honneur épis-
̃oopal sont en jeu;
Considérant que le refus de rectification opposé par
le directeur ne laisse au calomnié aucun recours et
qu'il ne peut utilement faire appel à la loyauté et à la
boune foi du journal;
Considérant qu'il importe néanmoins que notre con-
duite en pareille matière ne soit pas dénaturée par
des affirmations absolument contraires à la vérité,
II nous a paru convenable d'adresser à nos bien-
aimés diocésains les communications suivantes
1» Nous opposons le démenti le plus formel et le plus
.absolu aux affirmations qui nous concernent dans les
numéros des 5, 6 et 8 septembre courant du journal
la Libre Parole.
2° Nous déclarons n'avoir à aucun moment, ni à la
commission de permanence ni à la réunion plénière,
émis la pensée que le journal nous prête et n'avoir pas
prononcé un seul mot de la phrase qu'il nous attribue
3° Nous laissons -à la conscience du clergé et des
catholiques de notre diocèse le souci de juger de l'at
titude qu'ils doivent garder vis-à-vis de la Libre Parole
et de la confiance qu'ils peuvent accorder à ses récits.
t FULBERT, arch. de Besançon.
A la Grette, le 8 septembre 1906.
LA VIE LITTÉRAIRE
ROMAIN ROLLAND, Vies des hommes illustres la Vie de
Mickel-Anqe, 1 vol. in-12, Paris, Cahiers de la Quin-
zaine, 1906.
Cf. Michel-Ange, par Emile Ollivier,, 1 vol. in-18 Paris,
Garnier; MicJiel-Angelo, par Louis de Scneffler,
1 vol. in-8», Altenbourg, Geibel; la Jeunesse de Mi-
chel-Ange, par A. Radô, 1 vol. in-8», Budapest, A.
Lampel Deux lettres inédites de Benvenuto Cellini
à Michel-Ange, 1 br., in-S", Florence, S. L&ndi
L'Art de la Renaissance en Italie, Michel-Ange et Ra-
phaël, par A. Philippi, 1 vol. in-8°, Leipzig, Seemann;
Michel-Ange à Rome, par Pierre de Bouchaud, 1 voL
br. in-16,- Paris, Lemerre les Maîtres de la Renais-
sance, par G.-B. Rose, 1 vol. ln-8°, New-York, Put-
man Essai sur Laurent de Médicis dit le Magnifique,
par André Lebey, 1 vol. in-8°, Paris, Perrln Michel-
Ange, par C. Justi, 1 vol. 4n-8«, Leipzig, Breitkopf et
Haertel; Trois lettres inedites de Michel-Ange,
1 br. in-8°, Conegliano, Nardi; Michel-Ange, par G.
Ricci, traduit de l'italien par J. de Crozals, 1 vol.
in-80, Florence, Alinnri Michel-Ange et la fin de la
Renaissance, par Henry Thode, tomes T et IKln-B»,
Berlin, Grote; Michel-Ange Buonarroti, par C. Hol-
royd, 1 vol. in-8», Londres, Duckworth Michel-
Ange Buonarroti, par A. Pons, 1 br, in-8°, Sassari,
Satta, etc., etc.
Je voudrais définir l'art et le talent de M. Ro-
main Rolland, historien des' Hommes illustres
et spécialement de Michel-Ange. On définit les
gens en disant ce qu'ils font, et aussi en disant
ce qu'ils ne font pas. Or, il y a plusieurs façons
d'écrire l'histoire en général et l'histoire dé la
littérature ou de l'art en particulier.
L'une de ces façons la mauvaise est
d'une simplicité enfantine, bien qu'on la dé-
core pompeusement du nom de « méthode ».
Cette méthode consiste d'abord à prendre une
rame de papier que l'on découpe en une multi-
tude de petits morceaux, communémentappelés
fiches. Sur ces fiches, on griffonne tant bien
que mal une longue suite de noms, de prénoms,
de dates, de textes pillés çà etlà dans les réper-
toires, dans les dictionnaires ou dans les recueils
d'ana. Ensuite, on colle ces fiches bout à bout,
avec des pains à cacheter ou avec ae la colle a
bouche, à moins qu'on ne préfère les coudre de
fil blanc comme un vulgaire sac à malices.
Cette « méthode » n'aurait pas de trop graves
inconvénients, si elle n'était que la satisfaction
de cette douce « manie de paperasser » dont
Renan s'est moqué indulgemment, et qui par-
fois exerce, sous l'orme du Mail, l'ironie bien-
veillante de M. Bergeret. Malheureusement,
nous voyons que ce goût de la compilation
n'est pas toujours l'effet d'une humeur inno-
cente et d'une complexion bénigne. Quoi
qu'il en soit, rien n'est plus aisé que de fa-
briquer, avec la « méthode dont je viens
d'énoncer les principales règles, un de ces in-
octavos inutiles que personne ne lit, et qui, par
le mystère dont ils s'entourent, peuvent en im-
poser à la bonne foi des gens naïfs.
Il est très difficile, au contraire, d'interpréter
en des pages sobres, claires, élégantes, ce que
l'humanité intelligente saitactuellement sur un
sujet déterminé. Ah I certes, M. Romain Rol-
land, voulant dans ses Vies des hommes illus-
tres, faire une place à Michel-Ange, aurait pu
accabler le grand architecte du dome de Saint-
Pierre, le grand peintre de la chapelle Sixtine,
le grand sculpteur de Bacchus ivre, d'Adonis
mourant et de David, le grand ingénieur des
fortifications de Florence, et enfin le grand
poète du sonnef de la Nuit, sous un amoncelle-
ment de fiches. Toute une bibliothèque de mo-
nographies intéressantes et de panégyriques
enthousiastes a été consacrée, dans ces derniers
temps, à la gloire de Michel-Ange BuonarrotL
Notre nouvel historien, s'il eût été tenté de
répéter purement et simplement ce qu'on a dit
avant lui sur cette ample matière, n'avait que
l'embarras du choix. L'esquisse de bibliographie
« michelangesque » dont j'ai réuni les traits
pour l'édification du lecteur en tête de cet ar-
ticle, suffit à. montrer combien, en cette affaire,
un travail de compilation machinale eût été
facile. J'ai compté plus de vingt historiens de
l'art qui depuis quelques années ont parlé
très savamment ou très agréablement de
Michel-Ange. Depuis les éloquentes mé-
ditations de M. Emile Ollivier jusqu'aux
commentaires minutieux et aux chronologies
précises de M. Henri Thode et de M. Charles
Frey, la louange de ce grand homme prend
tous les tons, toutes les allures, tous les as-
pects. Tantôt la piété du spectateur en extase
devant le Déluge oules Deux Esclaves s'exprime
par l'instinctif lyrisme des éloges passionnés,
tantôt la dévotion du lecteur penché sur les
L ettres et sur les -Poésies de Michel-Ange sJaf-
fine en des gloses dont l'ingéniosité, parfois ex-
cessive, est touchante à force de ferveur. Il
semble que pour un tel homme et pour une
telle œuvre, le vocabulaire de l'admiration soit
épuisé, et que les plus doctes biographes soient
au bout de leur science. Une sorte de lassitude
respectueuse s'empare quelquefois du pèlerin
qui a trop longuement contemplé, au plafond
de la chapelle Sixtine, la vaste cosmogonie de
ce prodigieux visionnaire la Création de, l'hom-
me, le Péché originel, l'Expiation, le Sacrifice
de Caïn, la Mort de Goliath, les Précurseurs, les
Prophètes et le groupe inquiétant des Sibylles.
Michel-Ange n'a pas la douceur qui attire et
qui dompte. Il a l'énergie qui terrasse, qui sub-
jugue, et qui réduit l'admiration elle-même au
silence et à l'immobilité. C'est ce qu'a noté ré-
cemment, en de suggestives Notes d'histoire et
d'art sur Rome, un voyageur très lettré, M.
Maurice Paléologue
.Michel-Ange ne nous demande pas notre ad-
miration il la "force, il la prend. Devant cea grou-
pes superbes, inspirés de l'Apocalypse et de l'Enfer
dantesque, un instant vient où le spectateur ne rai-
sonne plus il est subjugué. Comment n'être pas
saisi par l'essor prodigieux des anges qui emnortent
au ciel la croix du Calvaire et la colonne de la Fla-
gellation par la stupeur des morts que la trom-
pette réveille et qui secouent leurs linceuls par
l'épouvante des damnés qu'un démon chasse, à
-coupa de rames, de la barque infernale?.
Sur les murs latéraux de la chapelle, les maîtres
toscans et ombriens du quinzième siècle, Ghirlan-
dajo, Botticelli, Pinturicchio, Cosimo Rosselli, le
Pérugin, Luca Signorelli^ ont représenté les scènes
classiques de la Bible.
Lorsqu'on vient de s'arracher à l'étreinte de Mi-
chel-Ange, c'est un repos délicieux de contempler
ces fresques.
M. Romain Rolland ne veut pas quitter ainsi
pour une diversion reposante l'objet sublime de
sa contemplation. Il se livre tout entier à son
héros. II ne fait point d'effort pour se dérober à
la rude étreinte du Titan. Il seraitplutôt disposé
à dire de Michel-Ange ce que saint Paul disait
de Dieu lui-même in eo movemtir et sumus. Ce
qu'il y a d'austère et presque de terrifiant dans
un pareil tête-à-tête ne l'effraye point. H va au-
devant de sa tâche comme s'il voulait braver
une de ces épreuves d'où l'on sort fatigué, cour-
baturé, meurtri, mais purifié, meilleur, plus
fort, tout prêt pour des luttes nouvelles.
La lutte contre les choses et contre les gens
fut pendant quatre-vingts ans de travail l'oc-
cupation, unique et, si l'on peut dire, le seul
plaisir de cet héroïque et malheureux Michel-
Ange. Il naquit d'un sang généreux et volon-
tiers turbulent, pour être, au cours d'un siècle
agité par les plus sombres orages, un héros.
Oui vraiment, un héros tout à fait digne d'être
salué par ces titres que les anciens accordaient
à leurs demi-dieux, c'est-à-dire à des hommes
surhumains. N'y a-t-il pas quelque chose d'her-
culéen dans la façon dont cet infatigable lut-
teur bousculait les blocs de marbre, remuait la
terre et les pierres, et forçait la matière brute à
se plier au caprice impérieux de son rêve sou-
verain ?
Un jour de l'année 15Q5, au mois de mars,
dans le temps où les jardins de l'Italie fleuris-
sent merveilleusement sous l'azur lumineux
d'un ciel nouveau, Michel-Ange fut appelé à
Rome par Jules II, le pape orgueiUeux et .con-
quérant qui fut, lui aussi, malgré son titre de
chef de la chrétienté, un des plus mémorables
héros de la Renaissance païenne.
Michel-Ange fut appelé à Rome. AJom «ommen-
fia la période héroïque de sa vie.
Tous deux violente et grandioses, le pape et l'ar-
tiste étaient faits pour s'entendre quand ils ne se
heurtaient pas l'un l'autre avec fureur. Leur cerveau
bouillonnait de projets gigantesques. Jules II vou-
lait se faire bâtir un tombeau digne de la Rome an-
tique. Michel-Ange s'enflamma pour cette idée
d'orgueil impérial. Il conçut un dessein babylonien,
une montagne d'architecture, avec plus de quarante
statues de dimensions colossales. Le pape, enthou-
siasmé, l'envoya à Carrare, pour faire tailler dans
les carrières tout le marbre nécessaire. Michel-Ange e
resta plus de huit mois dans les montagnes., Il était
en proie à une exaltation surhumaine. Un jour
qu'if parcourait le pays a cheval (dit son biographe
Ascagne Condivi), il vit un mont qui dominait la
côte le désir le saisit de sculpter cette montagne
tout entière, de la transformer en un colosse visible
de loin aux navigateurs. Il l'eût fait, s'il en avait
eu le temps et si on le lui avait permis.
En lisant le livre de M. Romain Rolland et en
le complétant par d'autres lectures, on voit
comment l'âme tragique de Michel-Ange fut
sans cesse tirée en sens divers, et eh quelque
sorte divisée contre elle-même par la contra-
riété des deux doctrines qui, au nom d'un dou-
ble idéal, se partageaient alors ou plutôt se dis-
putaient la direction des âmes fortes. Les grands
hommes sont représentatifs de toute l'huma-
nité intelligente. Dans les luttes soutenues par
Michel-Ange contre les autres hommes et con-
tre lui-même, dans la douloureuse antithèse de
son christianisme hérité et de son paganisme
instinctif, dans les incroyables batailles de sa
vie sans cesse en proie à des forces contraires, à
des influences inconciliables, à des espérances
vaines ou à de cruelles nostalgies, c'est tout un
drame humain qui se résume et se concentre.
C'est le drame de cette Renaissance italienne,
qui fut pour l'humanité moderne un radieux
réveil, mais plein, comme tous les réveils, de
regrets et de désillusions; un avènement àla
liberté, mais aussi le commencement des res-
ponsabilités effroyables qui pèsent sur les hom-
mes libres; un joyeux départ, dans l'aurore,
vers des aventures tentantes, vers des horizons
attirants, mais aussi la fin des sérénités et des
quiétudes où le rythme des cantiques de Noël
et la cadence des cloches de Pâques avaient
bercé, endormi, apaisé maternellement la souf-
france humaine.
Le paganisme n'avait pas éteint la foi chrétienne
de Michel-Ange. Les deux mondes ennemis se dis-
putaient son âme.
En 1490, le moine Savonarole commença ses pré-
dications enflammées sur l'Apocalypse. Il avait
trente-sept ans. Michel-Ange en avait quinze. Il vit
le petit et frôle prédicateur, que dévorait l'esprit da
Dieu. Il fut glacé d'effroi par la terrible voix qui, do
la chaire du Duomo, lançait la foudre sur le pape, et
suspendait sur l'Italie le glaive sanglant do Dieu.
-Florence tremblait. Les gens couraient dans les
rues, pleurant et criant comme des fous. Les plus
riches citoyens, Ruccellai, Salviati, Albizzi, Strozzi,
demandaient à entrer dans les ordres. Les savants,
lns philosophes. Pic delà Mirandole.' P.ojitierv eux-
mêmes abdiquaient leur raison. Lo frère aîné de
Michel-Ange, Lionardo, se fit dominicain,
Oui, l'Italie mystique est tout entière présente,
frémissante dans l'âme orageuse qui bientôt va
s'enivrer de beauté païenne et scandaliser les
derniers disciples de Savonarole par son atta-
chement à la divine eurythmie des temples et
des stades où rayonnaient l'impassibilité des
idoles heureuses et le geste impérieux des
athlètes vainqueurs. Un morceau de marbre,
sculpté par le ciseau des statuaires anciens et
brisé par la hache d'un iconoclaste barbare,
évoquera bientôt devant ses yeux éblouis la
saison incomparable où Athènes, Rome, capi-
tales d'un monde aboli, étaient peuplées de sta-
tues vivantes. Cependant, une vision de blancs
monastères, qui sourient au soleil près des
cimetières, et qui gardent un air de joie inté-
rieure malgré la présence funèbre des cyprès,
hante encore la mémoire-fidèle de ce Florentin,
qui, tout jeune, en ses années d'apprentissage,
copiait à l'église du Carmel les fresques de Ma-
saccio, tandis que sur les collines de Toscane,
dans ce décor merveilleux qui se prête aussi
bien l'apothéose de la vie qu'au triomphe de
la mort, alternait l'écho des carillons et des
glas de Éiesole. Non loin de Caprese, où il na-
quit et où son père était podestat, on monte en
pèlerinage, par des sentiers de chèvres, à tra-
vers les rochers et les bois, jusqu'à une clairière
où saint François d'Assise a vu paraître le
Christ en croix. Michel-Ange a entendu chan-
ter des antiennes en l'honneur de ce prophète
Joachim de Flore, qui prêchant un jour de
pluie, dans une église de Calabre, et voyant les
rayons du soleil illuminer enfin les images
multicolores des vitraux, entonna joyeusemont
le Veni Creator et sortit avec tout son auditoire
pour admirer la campagne. Il a connu les succes-
seurs de ces premiers franciscains dont la joie
parfaite .éclata en transports d'allégresse parce
qu'ils croyaient voir renaître dans le bienheu-
reux Jean Borelli de Parme l'âme même de
saint François. L'exquise spiritualité de l'Evan-
gile éternel a pu atteindre son âme, indirecte-
ment, par des touches secrètes. Les noëls du
bon et candide Jacopone de Todi étaient encore
populaires dans toute l'Italie, malgré le purisme
académique du Sacré-Collège. On lisait cette
Légende dorée où le vieil é.vêque de Gênes, Jac-
ques de Voragine, avait confessé en des histo-
riettes charmantes toute la naïveté de sa foi, Le
pinceau deGiotto et la plume de Fra Salimbene
avaient invité les hommes à l'obéissance, à la
patience, à la résignation, à la pratique des ver-
tus douces. Est-ce que Dante lui-même, Dante
que Michel-Ange lisait sans cesse et dont les
poèmes étaient son plus cher entretien, est-ce
que Dante, exilé de sa patrie, déchu de ses rê-
ves, privé de la présence, de ses bien-âimés, ne
s'était pas comparé lui-mêtae à « un navire
sans voiles, et sans gouvernail, poussé par la
tempête de port en port et de rive en rive » ? 2
Est-ce que le poète de la. Divine Comédie, lors-
qu'il mourut, un soir, à l'ombre des basiliques
byzantines de Ravenne, en songeant au baptis-
tère de sa cité natale, ne s'était pas réfugié dans
la foi comme dans le suprême refuge qui lui fût
ouvert au milieu de tant de ruines? Pareille-
ment, Botticelli, après avoir célébré le Prin-
temps amoureusement, terminait sa vie, selon
l'expression de M. Romain Rolland, « dans le
mysticisme halluciné d'un puritain d'Ecosse ».
Pic de la Mirandole, qui passait pour savoir
toutes choses, revêtit, quand il fut à l'article de
la mort, un froc de moine. Ange Politien, hu-
maniste accompli, voulut être enseveli dans
l'église Saint-Marc, en habit de dominicain,
voulant signifier, par cet acte de suprême abdi-
cation, qu'il entendait rejoindre, dans le repos
éternel, l'Italie des Mystiques et des Primitifs.
Mais voici l'Italie nouvelle, l'Italie renais-
sante, celle de Laurent le Magnifique, de Vitto-
ria Colonna, de Bernard Bembo, de Marsile
Ficin, de François Philelphe, de Nicolas V, de
Sixte IV, de Jules II. Michel- Ange est un des
fils les plus authentiques de cette patrie nou-
velle. Il fut apprenti dans l'atelier de Domini-
que Ghirlandajo que M. Romain Rolland consi-
dère comme « le plus grand, le plus aain des
peintres florentins». Lorsqu'il prit le «dégoût
de la peinture», et qu'il aspira instinctivement
« à un art plus héroïque », Laurent de Médicis,
ayant remarqué une de ses premières oeuvres
en pierre, le Masque du faune riant, l'admit à
l'école de sculpture que dirigeait, dans les jar-
dins de Saint-Marc, le statuaire Bertpldo, élève
de Donatello.
Le prince s'intéressa à lui il le logea au palais, il
l'admit à la table de ses fils l'enfant se retrouva au
cœur de la Renaissance italienne, au milieu des col-
lections antiques, dans l'atmosphère poétique et
érudite dés grands platoniciens Marsile Ficin, Be-
nivieni, Ange Politien. 11 s'enivra do leur esprit; à
vivre dans le monde antique, il se lit une âme anti-
que il fut un «eulpteur grec.
Michel-Ange, après une crise de mysticisme
épouvanté, redevient le poète païen delà « force
orgueilleuse ».
La beauté du monde le reprend. Il lit Pétrarque,
Boccace. Il repasse à Florence au printemps de
1495, pendant les fêtes religieuses du Carnavalet
les luttes enragées des partis. Il sculpte son fa-
meux ÇupUlon endormi, ,que ses contemporains pri-
rent pour un antique. Il ne reste d'ailleurs quequel-
ques mois à Florence il va à Rome, et jusqu'à la
mort de Savonaiole, il est le plus païen des artistes.
Il sculpté Bacckus ivre, Adonis mourant et le grand
Cwpidon, l'année même où. Savonarolo fait brûler
« les Vanités et les Anathèmes « livres, parures,
ipeuvres dart.
Michel-Ange ne pouvait rien faire à demi. Son
âme passionnée se portait d'emblée aux extré-
mités. Il aimait l'effort. Sitôt qu'il fut épris de
l'humanisme antique, il en négligea volontaire-
ment les douceurs, les élégances, l'aisance agile
et alerte. Il n'y voulut voir que la tradition des
vertus fortes, un exemple permanent de résis-
tance humaine contre la poussée matérielle de
la nature et contre la force aveugle du destin.
Le dur combat de la vie lui apparut sous les
formes gigantesques dont la mythologie antique
en a revêtu te dtamatioue symbole. Des tra-
vaux de Cyclopes, des escalades de'Titans, des
navigations d'Argonaùtes,.telles sont les images
surhumaines qui obsèdent le sculpteur du
Combat des Centaures et des Lapithes.
Ce bas-relief orgueilleux, où règnent seules la
force et la beauté impassibles, reflète l'âme athlé-
tique de Padolescent et ses jeux sauvages avec ses
rudes compagnons. 1
Dès son adolescence, Michel-Ange lutta,
serra les poings, donna des coups et en reçut.
Un de ses camarades d'atelier, le vaniteux Tor-
rigiano, raillé, houspillé à contre-temps, lui
donna un coup de poing dont il garda le sou-
venir toute sa vie. On peut voir la marque de
cette vigoureuse riposte sur le nez même de
Michel-Ange, au musée du Capitole, à Rome,
dans ce portrait peint par Marcel Venusti, et
où le pauvre grand homme est si ridé, si in-
quiet, si triste.
Cet incident de jeunesse ne fut que le moin-
dre de ses déboires. Cet admirable artiste, vio-
lemment païen, moins attentif aux grâces d'A-
pollon Citharède qu'au noble supplice de Pro-
méthée enchaîné, a constamment souffert de
son besoin de lutte.
« Sa dévorante énergie, dit Condivi, le sépara
presque entièrement de toute société humaine. Il
fnt seul. Il haït il fut haï. Il aima il ne fut pas
aimé. On l'admirait et on le craignait. A la fin, il
inspira un respect religieux. Jl domine son siècle.
Hélas! qu'est-ce que «dominer son siècle » ï
Ne serait-ce point le triste et glorieux privilège
de ceux qui, nés plus intelligents, plus sensi-
bles, plus sincères, et par conséquent plus mal-
heureux que les autres hommes, sont exposés
à l'attention générale, parce qu'ils souffrent,
mieux que personne, des misères et des dou-
leurs éparses autour du haut piédestal qui les
sépare de la multitude? C'est précisément oette
souffrance collective qui donne à leurs paroles,
à leurs faits et gestes un si poignant caractère
d'individualité. Ils résument leur époque. Ils
accumulent, pour ainsi dire, à leurs risques et
périls, toute l'électricité ambiante. Ils sont les
témoins de leur génération. Et l'on sait que
témoin, si l'on se reporte au sens original de ce
mot, est synonyme de martyr.
Le siècle dont Michel-Ange, aux yeux .de son
nouveau biographe, est le plus illustre martyr,
fut l'un des plus tragiques dont l'histoire.
humaine fasse mention. Non seulement l'huma-
nité y subit quelques-unes de ces catastrophes
horribles dont elle guérit au bout d'une conva-
lescence plus ou moins longue, mais encore elle
fut déchirée jusqu'au fond de l'âme par une de
ces contradictions profondes qui rendent l'es-
prit et le cœur incapables de tout repos. Rete-
nue d'un côté par une religion qui lui promet-
tait une éternité de récompense en échange
.d'une vie d'épreuves, attirée d'autre part vers les
dieux ressuscités qui lui accordaient le bonheur
sur la terre en lui fermant le royaume des
ciouv, ainsi parf.afféa nar l'ambiguïté nouvelle
et angoissante que prenait l'énigme «Je la Dou-
leur et de la Joie, l'Italie de la Renaisance
hésita, fut tour à tour enivrée d'espoir et acca-
blée de mélancolie, et finalement souhaita de
se rendormir après son prodigieux réveil. «Le
sommeil m'est cher, disait Michel-Ange, le
sculpteur de la Nuit. Ne pas voir, ne pas enten-
dre est mon grand bonheur. »
Il a vaincu. Il est vaincu. Il ne voulait pas de la
victoire. Contradiction poignante entre un génie
héroïque et une volonté qui ne l'était pas. Il était
indécis en art, en politique, dans toutes ses actions
.et dans toutes ses pensées.
Il abdiqua. L'orgueil de la Renaissance, le ma-
gnifique orgueil de l'âme libre et souveraine de
l'univers, se renia en lui dans cet amour divin qui
pour nous prendre ouvre ses bras sur la croix. q
t Volta a quell' amor divino
C' aperse a prender noi 'n croce le braccia.
Le cri fécond de l'Ode à -la Joie ne fut pas poussé.
.Ce fut, jusqu'au dernier souffle, l'ode à la Douleur
et à la Mort qui délivre. Il fut vaincu tout entier.
Tel fut un des vainqueurs du monde.
Je suis persuadé qu'en écrivant -la Vie des
hommes illustres, M. Romain Rolland songe
aux préceptes historiques .conseils littéraires
Dans un tel effort pour faire revivre les hautes
àmes du passé, une part de divination et de conjec-
ture doit être permise. Une grande vie est un tout
organique qu'on ne peut rendre par la simple ag-
glomération des petits faits. La condition essentielle
des créations de l'art est de former un système vi-
vant dont toutes les parties s'appellent et se com-
mandent. Ce qu'il s agit de retrouver, ce n'est pas
la circonstance matôrielJoj impossible à vérifier,
c'est l'âme même de l'histoire. Ce qu'il faut recher-
cher, ce n'est pas la petite /Certitude dos minuties,
c'est la justesse du sentiment général, la vérité de
la couleur..
Donc ri n'y a point de vaine compilation dans
cette Vie de Michel- Ange, mais on y trouve de
l'émotion, de l'enthousiasme, de l'art, de l'hu-
manité. Je 'connais peu de livres qui renfer-
ment plus d'idées, de sentiments, de «sugges-
tions » en moins de pages.
Gaston Deschâmps,
NOUVELLES DU JOUR
Le président de la Républiquo a quitté Paris hier
soir, a sept heures et demie, se rendant à Marseille.
Avec M. Fallières sont partis MM. Etienne.. Thom-
son et Briand, ministres; Dujardin-Beaumetz, sous-
secrétaire d'Etat Brisson, président de la Chambre,
député des Bouclies-du-Rhone Dervillé, président
du conseil d'administration; Noblemaire, directeur
de la Compagnie JP.-L.-M. Jean Lanes, secrétaire
'général de la présidence; Varenne, chef du secréta-
riat Mollard, directeur du protocole; le général
Chapel, chef du cabinet du ministre de la guerre; le
colonel Ebener, les commandants Lasson, Schlum-
berger et Kéraudren, de la maison militaire du pré-
sident de la République. M. Leygues, ministre des
colonies, a rejoint le train présidentiel, ce matin, à
Arles.
M. Chanot, maire de Marseille, a adressé à la po-
pulation et a fait afficher un appel où U exhorte
celle-ci à s'unir dans un sentiment de respect et de
joie pour faire au président et aux ^ministres qui
l'accompagnent un accueil^haleureùxi'
Le chef de l'Etat et les membres .du gouvernement,
.ait-il, viennent célébrer avec nous l'œuvre de l'expo-
sition coloniale, et consacrer officiellement le succès
de cette manifestation du génie colonial de la France.
Le premier magistrat vient rendre hommage à l'in-
telligence, au courage, à la fécondité de tous ceux qui
assurèrent la réussite de cette entreprise grandiose
vous n'oublierez pas, mes chers concitoyens, dans vos
acclamations, les vaillants marins qui, pour accomplir
un acte de haute courtoisie internationale, sont venus
mêler leurs couleurs aux nôtres et apporter le salut
des nations au premier citoyen de la République.
Vive Marseille Vive la République I
Hier après-midi, MM. Chanot maire de Marseille;
Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône; le général
Mathis, commandant en chef le 15e corps; Estier,
président du conseil général; Desbief, président de
la chambre de commerce, et Pénissat, administra-
teur de la marine à Marseille, ont rendu visite aux
officiers supérieurs des marines italienne, anglaise
et espagnole.
LES GRÈVES
En réponse à une dépêche de l'agence Havas que
nous avons. reproduite hier, la chambre syndicale
des batistes et toiles fines nous adresse la lettre sui-
vante
Monsieur le directeur,
Dans votre numéro de ce jour, à propos de la grève
des tisseurs du Cambrésis, je lis qu'au cours d'une
réunion tenue chez le juge de paix de Cambrai les fa-
bricants ont accordé les augmentations demandéies par
les ouvriers.
Il n'erupst rien, jeitsn tant que président de la com-
mission chargée d'élaborer le nouveau tarif, je tiens à
préciser, les faits. «
La réù&ion de conciliation ,a eu lieu à Cambrai de-
vant M. le juge de paix de Carnières. Quant à la ques-
tion des tarifs, nous n'avons pas accordé et nous ne
pouvions pas accorder l'augmentation de 15 0/0 de-
mandée par les syndicats ouvriers (la concurrence
étrangère ne nous le permettait pas); nous nous som-
mes mis d'accord avec leurs délégués pour accorder
une augmentation variant de 5 à 10 0/0 suivant les ar-
ticles.
En présence de ces résolutions qui prouvent com-
bien les fabricants sont désireux d'améliorer le sort de
la classe ouvrière dans toute la mesure du possible, la
grève a heureusement pris fin.
Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l'assuraoee
de ma considération distinguée,
JOSEPH SIMONNOT-GODAHB.
-On nous télégraphie de Béziers: {
La grève des charretiers est générale. Elle a été
calme dans la matinée. Mais quelques incidents se
sont produits dans l'après-midi. Des grévistes ont
arrêté un charretier conduisant un camion et tandis
que certains le frappaient, d'autres conduisaient le
camion chez le propriétaire, qui a porté plainte. Dos
grévistes étant en discussion avec un camionneur
conduisant une charrette, une* cinquantaine d'ou-
vriers intervinrent, les grévistes s'enfuirent le ca-
mionneur rentra chez, lui prit un revolver -et se mit
à la poursuite des grévistes des amis le désarmè-
rent.
Dans la soirée d'hier. le iuae de naix a reçu tes
délégués grévistes et a convoqué pour aujourd'hui
les patrons.
AU JOUR LE JOUR
Le repos hebdomadaire
LES COMMERÇANTS DÉTAILLANTS
On nous communique l'ordre du jour suivant
adopté à l'unanimité moins sept voix
Les membres adhérents de la fédération des commer-
çants détaillants de Paris et du département de la
Seine, réunis en assemblée générale le 14 septembre
1906, au siège social, 10, rue de Lancry,
Après avoir entendu les observations présentées par
de nombreux orateurs, en ce qui concerne les transac-
tions qui ont été proposées par M. le préfet de police,
« Regrettent de ne pouvoir accepter les propositions
» de M. le préfet de police, insuffisantes pour la sau-
» vegarde de leurs intérêts;
» Sollicitent de sa haute bienveillance et de sa justice
» l'obtention du repos par roulement, tel que l'a prévu
o la loi, en leur faveur. »
LA FERMETURE DOMINICALE AUX HALLES
L'union générale des syndicats des mandataires
aux Halles centrales de Paris avait convoqué hier
après-midi, à son siège social, les représentants de
dix organisations ou syndicats de fruits frais, légu-
mes et primeurs, afin d'examiner en commun si l'on
devait demander au préfet de police la fermeture
collective des pavillons et du carreau forain le di-
manche ou le lundi.
Au début de la réunion, M. Buisson, président du
syndicat des mandataires, a, dans une courte allocu-
tion, fait l'exposé de la situation; puis il a interrogé
tour à tour les délégués afin de connaître leurs pré-
férences pour le jour de repos.
A l'un des assistants qui propose de réclamer le
bénéfice du repos par roulement, M. Buisson dé-
clare que sur ce point au moins, la réponse du pré-
fet de police ne laisse subsister aucun doute: aux
Halles, le repos ne saurait être que collectif.
Six groupes contre quatre se sont prononcés pour
la fermeture dominicale. Le syndicat des commis-
sionnaires et celui des négociants en fruits et pri-
meurs étaient avant la réunion entièrement acquis
au principe de la fermeture dominicale. Il en était de
même pour les crémiers des Halles, beurres, œufs et
fromages, dont le pavillon a toujours fermé le di-
manche et qui insistent pour la continuation de la
tradition.
Les approvisionneurs du Midi pencheraient pour
le lundi ils estiment toutefois que la fermeture des
pavillons un jour quelconque de la semaine est pré-
judiciable non seulement à l'alimentation parisienne,
mais encore aux producteurs de la France entière.
Pourtant le délégué s'est déclaré prêt à se ranger à
l'avis de la majorité si ses collègues, qu'il consul-
tera le plus tôt possible, l'y autorisent.
Les délégués de la chambre syndicale des mar-
chands de volaille et de gibier ont rappelé que cette
organisation venait de choisir, en assemblée géné-
rale, le lundi; mais ils ont ajouté que ce vote, qui
n'a rien de définitif, avait été émis sous la réserve
que les syndicats similaires ratifieraient cette déci-
sion.
M. Leray, président du syndicat des marchés dé-
couverts, a exposé pour quelles raisons ses collè-
gpaaa oh lui J7rt5f\5rcraicrri» la, formtxtviiro. »ân \j\T\Aî
La réunion a pris fin par l'adoption, à la majorité,
de l'ordre du jour suivant
Devant la décision des syndicats des commerçants
en fruits et primeurs qui demandent le dimanche
comme jour de repos à accorder aux ouvriers et em-
ployés, la chambre syndicale des mandataires aux
fruits et primeurs décide de se conformer à la loi en
adoptant le dimanche; toutefois, elle se réserve de de-
mander une dérogation à la loi, si après un essai loyal
elle s'aperçoit que cette mesure.est par trop préjudi-
ciable à ses intérêts.
Elle décide donc de demander à M. le préfet de po-
lice la fermeture du'pavillon le dimanche, en se réser-
vant toutefois de demander à rester ouvert les quinze
jours prévus par la loi (art. 6).
Une délégation a été chargée de demander au-
dience lundi -à M. Lépine, afin d'obtenir que les ter-
mes de son arrêté soient conforme? aux désirs de la
majorité.
FAITS DIVERS
Samedi, 15 septembre. La situation reste trou-
blée dans le nord-ouest de l'Europe où les dépressions
continuent à passer l'une d'elles a son centre ce ma-
tin au large de l'Ecosse (742 mm.), et les vents pren-
nent de la force de l'ouest sur la Manche et la Breta-
gne où la mer devient très houleuse.
Les fortes pressions persistent sur le nord-est du
continent (Arkangel 775 mir.).
Des pluies sont tombées sur la Norvège et les îles'
Britanniques; en France, on a recueilli 15 mm. d'eau
àCherbourg, 13mm. à-Boulogne, 5 mm. à Brest, 2 mm.
à Limoges.
'La température s'est relevée sur nos régions.
Ce matin, le thermomètre marquait 4° à Moscou,
15° à Paris, 17° à Toulouse, 24° à Alger.
On notait 9° au puy de Dôme et au mont Aigoual,
5°. au pic du Midi.
En France, des averses sont probables avec tempé-
rature voisine de la normale.
A Paris, hier, la température moyenne, 15»8, a été
supérieure de 1° à la normale (14"8).
A la tour Eiffel, maximum 17°4, le 14, 3 h. du
soir minimum 12°9, le 15, à 6 h. du matin.
Observatoire municipal (RÉGION PARISIENNE)
Le .ciel, qui présentait de larges éclaircies dans
l'après-midi d'hier, est ce matin couvert ou très nua-
geux, et de faibles ondées s'observent à plusieurs
reprises de 6h. 45 à 9 h. 15. La pluie reprend assez
forte à 10 h. 20, et dure encore actuellement.
Les vents ont tourné au sud-sud-ouest, en prenant
de la force.
La température oscille au voisinage de la normale
lesminini» d'aujourd'hui sont compris entre 9 et 11°.
La baisse barométrique s'accentue; à midi la pression
est de ?56 mm. 2.
TIRAGE FINANCIER. Aujourd'hui a eu lieu le tirage
des lots des" obligations de la ville de Paris émises
en 1865.
Le numéro 247192 est remboursé par 150,000 fr.
Le numéro 495414 est remboursé par 50,000 fr.
Les quatre numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 10,000 fr. 169634 202943 210777
878749.
Les cinq numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 5,000 fr. 273115 506186 285789
527260 336484.
Les dix numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 2,000 fr. 272800–548676 547725 420918
269342 267317 520752 -102805 195963
557475.
D'ORAN A LA TOUR EtFFEL. Un ordre a été donné,
invitant la préfecture maritime de Toulon à prendre
des dispositions pour qu'il soit procédé, la semaine
prochaine, à de très intéressantes expériences de té-
légraphie sans fil entre la France et l'Algérie.
Le grand croiseur Jeanne-d'Arc, qui doit aller
prendre M. Etienne en Algérie et en Tunisie, em-
portera des appareils permettant de mettre en com-
munication, par la télégraphie sans fil, Oran d'a-
bord, Bizerte ensuite avec le poste ad hoc de la tour
Eiffel.
LE DRAME DMNTERLAKEW. L'identité de Tatiana Leon-
tief, la jeune Russe qui tua M. Muller, étant défini-
tivement établie, la lumière commence à se faire sur
sur ce drame resté jusqu'ici mystérieux. Beaucoup
de personnes qui ont connu l'étudiante considèrent
sa responsabilité comme limitée.
Son père, le général Leontief, qui est arrivé avant-
hier à la villa des Vieux-Prés, à Genève, où se trou-
vait sa" femme, rappelle les antécédents de sa fille:
Sa santé était fort délicate, dit-il. Elle s'exaspérait
pour des riens et était en proie à une neurasthénie
aiguë. De bonne heure, elle avait lu avec passion les
oeuvres de Tolstoï et celles des ,doctrinaires de la
révolution. et ces lectures n'avaient pas peu contribué
à troubler son esprit.
Déjà elle avait eu maille à partir avec la police de
mon pays. La première fois, ce fut à propos d un com-
plot ayant pour but d'empoisonner l'impératrice douai-
rière. H est, comme les journaux l'ont dit, exact qu'au
cours de la perquisition opérée dans la chambre de ma
fille, une certaine quantité de matières explosibles fut
trouvée, mais j'ai peine à croire qu'elle voulût en faire
usage je serais plutôt porté à supposer qu'elle en
avait accepté le dépôt pour rendre service à une amie.
Quoi qu'il en soit, ma fille a été enfermée dans la cita-
delle Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg, pendant
deux mois, au bout desquels elle devint complètement
folle. Sans me prévenir.ies médecins qui la soignaient
la conduisirent à l'hôpital Saint-Nicolas, où elle resta
huit mois. Dans l'intervalle, elle passa en jugement et
fut déclarée non seulement irresponsable, mais encore
complètement inoffensive. Un médecin de la cour qui
avait examiné ma fille me recommanda de l'emmener
à l'étranger, les événements qui se passent actuelle-
ment en Russie ne pouvant que lui être néfastes c'est
alors qu'elle vint en Suisse avec sa mère.
A quatre reprises, Tatiana avait tenté .de mettre fin à
ses jours.
En Suisse, elle était entièrement libre de ses actes.
D'ailleurs, son caractère ne se serait pas plié àune con-
trainte quelconque. Généralement elle habitait auprès
de sa mère; mais il lui arrivait de s'absenter pendant
deux, trois, cinq, huit et même dix jours, et de revenir
ensuite sans donner le moindre détail sur son voyage.
Quelques jours avant le drame d'Interlaken, elle était
venue voir sa mère et s'était montrée très gaie, disant
qu'elle séjournait dans la montagne et qu'elle espérait
être bientôt tout à fait heureuse.
Sur son compagnon, qui a disparu, je ne sais rien.
C'est peut-être un des révolutionnaires russes avec
qui eue s'était affiliée et dont elle tut sans doute
l'instrument.
Le général Leontief, qui, comme nous l'avons dit,
a fait la campagne de Mandchourie, mais dans la
Croix-Rouge, et qui est actuellement vice-gouvér-
neur de la province méridionale de Tourgaï, a laissé
sa femme alitée à la villa des Vieux-Prés, pour sa
rendre auprès du juge d'instruction xl'Interlakén.
lA JOURNEE DE THÉRÈSE HIMBERT. Dès onze heures,
hier matin, Thérèse Humbert quittait l'hôtel de Ri-
voli, rue Jean-Goujon, où elle avait passe la nuit et
où l'on était loin de soupçonner sa véritable iden-
tité, car elle s'était fait inscrire sous le nom de Mm&
Henry. Elle prenait un fiacre et allait faire des visi-
tes, notamment rue de Gondé, chez sa belle-mère,
chez Romain Daurignac, chez M0 Labori, son défen-
seur devant la cour d'assises, dans les bureaux d'un
journal de la rue d'Enghien.
Chez Mme Gustave Humbert, chez son frère et
chez M° Labori, elle trouva porte close.Tous ses pa-
sents étaient absents. Elle s'en plaignit vivement
Pas de nouvelles do mon mari, disait-elle, ni de.
ma fille, ni de Romaini Qu'est-ce que je leur ai donc
fait? Voilà Romain, par exemple; j aurais voulu l'em-
brasser, tout simplement. Mais il est absent. Je M'
ai laissé une lettre pour l'informer que je désire lé
voir. Quant à Frédéric, je voudrais bien savoir où »
est.
Et dans un accès de découragement
Est-ce que tout le monde m'abandonnerait ? Ce
n'est pourtant pas le moment, car c'est à présfini'
que je vais enfin régler nos comptes avec les Craw-
ford et toucher les millions. Si je voulais de Taa>*
gent, je n'aurais qu'à tendre la main. Tout à l'heure
un reporter d'un journal du matin n'a-t-il pas arrêté,
ma voiture pour me dire qu'il était chargé de met-
tre 150,000 francs à ma disposition si je voulais
l'emmener auprès des Crawford à Londres? 9
Dans l'après-midi, Thérèse "Humbert retournait &
l'hôtel de la rue Jean-Goujon et s'enfermait dans sa
chambre. Le soir, à sept heures, elle soldait sa note
et quittait définitivement la maison.
UN DRAME A L'HOSPICE DE BICÊTRE. L'asile de
Bicôtre a été, hier, dans la soirée, le théâtre dhmé1
scène dramatique.
Un aveugle, qui avait déjà fait un long séjour à
l'hospice des Quinze- Vingts, à Paris, Edouard Thi-
nel, croyait avoir à se plaindre d'un infirmier nom-
mé Auguste Denant, Hier soir, vers six heures, à la
fin du diner, il lui demanda un supplément à la ra-
tion réglementaire de pain. L'infirmier refusa. La
malade se fâcha et se mit à l'invectiver violemment;
puis, emporté par la colère, il se jeta sur l'infirmier
qui, malheureusement, tenait à la main, à ce mo-
ment-là, le couteau avec lequel il était on train de
couper du pain. L'aveugle s'enferra sur l'arme et eut
le cœur traversé.
M. Bectard, commissaire de police do Gentilly, a
interrogé Auguste Denant, qui a d'excellents anté-
cédents et qui, sobre et doux, est généralement aimé
des malades.
Il a été laissé en liberté provisoire, bien qu'inculpé
d'homicide par imprudence.
VOLEUSES HABILLEES EN HOMMES. Hier dans l'après-
midi, et à la suite de nombreuses plaintes de pro-
priétaires du 16e arrondissement, M. Hamard, chef
de la Sûreté, avait chargé le brigadier Hagron, et
deux inspecteurs d'exercer une étroite surveillance
aux environs de l'avenue de la Grande-Armée. Elle
a abouti à l'arrestation de deux individus, vêtus da
longues blouses blanches et coiffés de casquettes en
'soie. leur entrant jusqu'aux oreilles, qui sortaient
d'un immeuble de la rue Picot en dissimulant, des
paquets. L'un d'eux laissa choir un vilebrequin per-
fectionné, qui no laissait aucun doute sur sa vérita-
ble profession, et prit la fuite.
Lorsque les deux malfaiteurs purent être arrêtés
et conduits au poste, les agents, en voulant les
fouiller, constatèrent avec stupeur qu'ils avaient af-
faire à deux femmes habillées en hommes. Les pré-
venues répondent aux noms d'Amélio Rouyère,
dite « Mélie la Poison », âgée de vingt-six ans, et de
Louise Coudard, vingt-deux ans, demeurant ensem-
ble dans une roulotte des fortifications. La pre-
mière, qui est tatouée sur tout le corps do cœurs
symboliques transpercés de flèches, était porteur
d un poignard marocain, enfermé dans sa gaine, et
d'un revolver chargé de six balles mâchées. Douée
d'une force .peu commune, elle a sauté à la gor ga
du brigadier Hagron, au moment où il l'appréhen-
dait, et l'a mordu si cruellement au cou an'elle resta
suspendue, un instant, la bouche sur la plaie. Pen-
dant ce temps, sa compagne s'efforçait d'ameuter
des rôdeurs en appelant au secours.
Conduites quai des Orfèvres, au service do la Sû-
reté, ces amazones ont déclaré qu'elles avaient volé
pour envoyer do l'argent a deux de leurs amis, qui
purgent en ce moment une condamnation de dix ans
.de travaux forcés chacun à la Guyane.
Une perquisition opérée dans leur roulotte ia
amené la découverte de plusieurs objets volés, et
notamment d'une somme de 650 francs en jot, qui
allait être, aemble-t-il, expédiée aux deux forçats.
ATTAQUÉE PAR DES « GARS DE BATTERIE ». Dimanche
dernier, M. Huard, cultivateur au Pré-Saint-Martin
(Eure-et-Loir), avait congédié deux ouvriers de bat-
terie qui ne lui donnaient pas satisfaction.
Or,jeudi, à cinq heures du matin, ces ouvriers se
présentaient à la ferme, où Mme Huard était seule
et à qui ils déclaraient qu'ils venaient chercher ti&
objet oublié. q -i
Mme Huard, sans défiance, les laissa entrer; mais
ils refermèrent la porte derrière eux et l'un se jeta
sur Mme Huard, cherchant à l'étrangler, tandis que
l'autre visitait les tiroirs et s'emparait de 150 francs.
Mme Huard s'évanouit; les malfaiteurs la crurent
morte et s'enfuirent à travers champs vers la garo
du Gault-Saint-Denis, où ils ont pris un billet à des-
tination d'Orléans.
Mme Huard fut retrouvée à neuf heures sans
connaissance par des voisins qui lui prodiguère»*
des soins.
ACCIDENT DE CHEMIN DE FER. En gare do Clairac
(Gironde), une voiture détachée du train 910 est ve-
nue heurter deux voitures déraillées du train 2347.
Trois voyageurs ont été blessés et un certain nom-
bre contusionnés.
ACCIDENTS DE MONTAGNE. On télégraphie de Grin-
delwald, le 14 septembre
M. Louis Théry, avocat à IJlle, était parti mercredi
avec les guides Jean Aimer et Jean Rossi pour faire
l'ascension du Wetterhorn (3,703 m.). Jeudi matin, l'ex-
cursionniste et les guides quittèrent l'hôtel où ils
avaient passé la première nuit. Ils devaient rentrer
dans la soirée. Depuis on n'avait pas eu de leurs nou-
velles.
Une colonne de sauvetage est partie à leur rechercha
elle s'est mise en communication avec les baina de
Rosenlaui et le village d'Innerkirchen pour savoir si
éventuellement les touristes n'auraient pas choisi une
autre descente, mais la réponse a été négative.
Il avait bien été entendu que M. Théry descendrait
sur Gleckstein d'où il voulait traverser aujourd'hui le
Petit-Schreckhorn avec les mêmes guides; il avait
laissé une partie de ses bagages au Gleckstein.
Il est presque certain qu'il a eu un accident dans 1s
couloir où les chutes de pierres sont fréquentes.
La victime de l'accident du Dôme-du-Goûter est
M. Max Preissecker, lieutenant autrichien, qui nabi*
tait momentanément Zurich.
PARRICIDE. Un représentant en quincaillerie,
nomme Georges Gautard, habitant Limoges, allait
hier soir chez sa mère, à Quarré-les-Tombes (Yonne),
pour lui demander 4,000 francs. Sur le refus de sa
mère, Gautard la tua d'un coup de revolver; puis il
se tira un autre coup dans la tête, mais il ne réussit
qu'à se crever l'oeil gauche.
UNE BOURRASQUE. Pondant une bourrasque, lea
canots de pêche n« 1403, 4496 et 4424 de Douarne-
nez se sont échoués sur le banc d'Audierne. Les équi-
pages ont été sauvés. Les bateaux sont considérés
comme perdus.
Le canot de sauvetage d'Audierne a chaviré -en,
leur portant dos secours. Son équipage et le canot
lui-même ont pu être sauvés.
INFORMATIONS DIVERSES
-L'Association des étudiants hellènes de Paris a
organisé, en la mémoire de ses compatriotes massa-
crés lors des derniers troubles en Bulgarie, un service
qui sera célébré demain dimanche, yers onze heures,
à l'église grecque, 7, rue Georges Bizet.
Elle y convie tous ses membres et prie tous seï
•amis qui participent à son deuil de bien vouloir y as-
sister.
Hier, est parti pour la Roumanie M. Léo Claretie,
président de la section française à l'exposition inter-
nationale de Bucarest, pour aller inaugurer le pavillon
de notre section. Il emporte avec lui, dans un magni-
fique écrin aux armes du roi Charles Ier, une plaquette
de bronze d'art, oeuvre de Bottée, qu'il doit offrir au
souverain. Le pavillon français sera inauguré le 20 sep-
tembre.
L'examen d'entrée à l'école des hautes études
commerciales commencera le 15 octobre, à huit heures
et demie du matin, au siège de l'école, 108, boulevard
Malesherbes.
Une très curieuse brochure traitant de la neuras-
thénie, anémie et dépression cérébrale et donnant les
moyens de se guérir en huit jours est envoyée gratis
sur demande. Pharmacie Vidal, 8, rue Molière, Paris.
NÉCROLOGIE
M. Lemoine-Le Chesnais, président de l'Associa-
tion amicale des employés du ministère do l'inté-
rieur, a succombé à une affection cardiaque dont il
souffrait depuis longtemps. C'est au cours d'un con-
gé dont il avait sollicité la prolongation qu'il est
mort à son domicile, à Paris. p g
On annonce la mort de M. René Racot, membre»
de l'Association des journalistes républicains et da
l'Association des journalistes parisiens, ancien ré-
dacteur au Gaulois, décédé -a 1 asile de Villejuif, à
l'âge de quarante-trois ans.
Nous apprenons la mort de M. Georges de Ricci,
décédé hier des suites d'une appendicite. Les obsè-
ques auront lieu demain dimanche 16 du courant,
-à, -deux heures. On ee réunira a la maison mortuaire,
36, avenue Henri-Martin.
kier à Londres en automobile avec le duc etla duchesse
de Scanie (sa fille et son gendre) et la princesse Fabri-
.jBiSf^Près de Hounslow, un enfant qui jouait se jeta en
»** ̃ jtravers «de la foute. Malgré la vitesse modérée de la
Voiture et les efforts du mécanicien, l'enfant fut ren-
versé. La duchesse de Connaught le conduisit à l'hô-
pital. Il y est mort.
Espagne: Le duel entre M. Soriano, fléputé répu-
ilicain,, directeur de la Espana Nueva, et le général
Linarès, capitaine général de Catalogne, motivé par
ïes attaques du journal cité contre le général, propos
de ses actes lorsqu'il commandait à Cuba, a eu lieu
lier aux environs d'Alcala de Henarès.
Six balles ont été échangées sans résultat.
La commission chargée de discuter, le traité de
commerce franco-espagnol a nommé président le mi-
nistre d'Etat M. Gullon; membres, MM. Sitges «t San-
tiago pour le ministère des finances, Ayuso pour l'a-
griculture, «t Rica pour le ministère d'Etat, plus un
sénateur et un député.
Le marquis Emilio Ojeda est nommé ambassadeur
d'Espagne près du Vatican et est remplacé au sous-
secrétariat des affaires étrangères par M. Arellano.
La nomination d'un diplomate de carrière au lieu
d'un homme politique auprès du Saint-Siège indique-
rait une certaine détente dans les rapports avec le
Vatican, malgré les relations tendues avec une partie
du haut clergé espagnol.
3Li^ SIÉF^IR^TIOISr
A propos de l'article 8
Un de nos lecteurs nous écrit pour manifester son
êtonnement que nous no réclamions pas la ferme-
ture des églises au 11 décembre prochain. Cette
mesure lui apparaît comme une conséquence inéluc-
table de la loi. « La loi dit expressément, écrit notre
correspondant, que le 11 décembre les églises seront
mises sous séquestre. »
L'article 8 stipule, en effet, qu'à l'expiration dudit
délai les biens qui n'auront pas été attribués par les
établissements du culte à des associations formées
suivant les prescriptions de la loi, seront placés sous
séquestre. Cela n'implique nullement la fermeture
des églises, et nous ne voyons pas comment des ci-
toyens ayant quelque souci de l'ordre public en
France blâmeraient le gouvernement de ne pas for-
cer en l'espèce le sens de la loi. D'ailleurs, le neu-
vième paragraphe de l'article 13 ne permet la dé-
saffectation des églises, par décret, que deux ans
après la promulgation de la loi de 1905. Jusqu'à cette
époque, il décembre 1907, les églises doivent donc
garder leur affectation primitive, c'est-à-dire servir
a la célébration du culte.
M. Flourens, qui n'est pas suspect, ad'ai1leurs
conclu sur ce point dans le même sens que nous-
mêmes.
Déclarations du cardinal Vannutelli
Le cardinal Vincent Vannutelli a déclaré à un de
nos confi ères italiens
En France et en Italie on a voulu donner à ma pré-
sence à Essen une signification hostile à la France. Je
dois repousser cette interprétation absolument fausse,
Je me trouvais à Tournai à la fin de mon séjour de
Belgique, quand je fus prié par le cardinal Fischer,
archevêque de Cologne, de me rendre au congrès
d'Essen. Avec la permission du pape, je suis allô à
Ëssen. J'ai assisté seulement à deux séances, et c'est
dans la dernière que j'aiprononcé le discours publié
dans la presse. Dans ce discours, j'ai appelé le centre
la « tour indestructible ». Mais ce mot est de Bismarck.
Mon voyage en Allemagne n'a pas le caractère d'une
démonstration contre quiconque. Naturellement, c'est
le devoir du Saint-Siège de soutenir les partis catho-
liques dans tous les pays. et l'Eglise ne peut pas ne
pas apprécier la liberté dont jouissent actuellement les
catholiques en Allemagne.
On mande de Rome
Un prélat, membre de la congrégation dos affaires
ecclésiastiques extraordinaires, a déclaré à un ré-
dacteur du Giornale d'Italia à propos de la loi de sé-
paration que ni le Vatican ni le gouvernement fran-
çais ne paraissent disposés à faire des concessions
en vue d'un modus vivendi.
L'Eglise n'exercera pas de représailles et le gou-
vernement français agira comme il t'entendra. Un
moment fut où l'accord parut possible, mais cet
espoir s'évanouit par la publication de prétendues
déclarations d'hommes politiques et de prélats.
L'Eglise catholique, beaucoup-plus ancienne que la
République française, a subi bien d'autres épreuves.
Au surplus on a préparé tout pour rendre moins
désastreux le sort du clergé français résultant des
conséquences de la loi.
L'Italie a recueilli du P. Maertens, procureur
.général des jésuites,une déclaration d'après laquelle
jsi le gouvernement français ne fait aucune conces-
sion, on ne saurait raisonnablement attendre de
nouvelles concessions du Vatican, qui depuis vingt
"ans fut la dupe de sa trop grande faiblesse envers
la France.
Déclarations d'évèques
Parlant à ses prêtres en retraite pastorale, M. Da-
dolle, le nouvel évêque de Dijon, a dit:
Messieurs, le 11 décembre prochain vous resterez
dans vos églises et vous y continuerez vos offices.
Vous attendrez que les agents du pouvoir qui vien-
dront les mettre sous séquestre vous prennent à l'é
.paule pour vous en faire sortir. Si les scellés y sont
apposés, je ne vous dis pas de les briser vous-mêmes,
ce qui serait réputé de la résistance active, violente,
.par conséquent contraire à la volonté du pape; mais
si vous les trouvez brisés, rentrez hardiment dans vos
.églises. Je vous donne l'assurance que si, dans la nuit
.du 11 au 12 décembre les scellés de Saint-Bénigne
viennent à tomber, le 12 au matin je ne .dirai pas la
messe dans la chapelle de l'évêché, mais dans ma ca-
thédrale.
La Semaine religieuse du diocèse de Chartres pu-
blie cette analyse d'une allocution de l'évêque de
Chartres aux prêtres de son diocèse
Sans manquer au secret ordonné par le Saint-Siège,
il était permis de dire qu'on avait délibéré avec le plus
grand salme et l'entente la plus parfaite sur les graves
questions de l'heure présente; qu'on avait envisagé les
diverses situations que le refus d'accepter les associa-
tions cultuelles formellement prononcé par Sa Sainteté
allait créer pour l'exercice public du culte catholique
qu'on s'était préoccupé des besoins. matériels du cler-
gé pour assurer d'une façon régulière sa subsistance
et le mettre en garde contre les sollicitations schisma,-
tiques dont il pourrait être l'objet; qu'on avait pris des
mesures communes pour sauvegarder autant que pos-
sible nos séminaires et obvier aux nouvelles exigences
de la loi militaire. Les rapports des diverses commis-
Bions sur toutes ces questions ont été discutés avec
soin, et lorsque les conclusions votées par l'assemblée
seront présentées à Rome et affranchies de la loi du
secret, on les fera connaître par une lettre collective
de l'épiscopat.
Une adresse du clergé de Paris
Les prêtres du clergé de Paris, réunis en retraite,
ont adressé au pape la dépêche suivante
Les prêtres du clergé de Paris, rassemblés au sémi-
naire de Saint-Sulpice pour leurs exercices spirituels,
intimement unis à leur éminentissime archevêque et
à son coadjuteur, déposant aux pieds de Votre Sainteté
l'hommage de leur filiale vénération, se sentent pres-
aés de vous assurer qu'ils adhèrent pleinement et de
cœur aux enseignements contenus dans vos encycli-
ques Véhémente)' nos et Gravissimo olficii, et qu'Us se
croient prêts à tous les sacrifices qu'exigera d'eux le
Balut de l'Eglise de France.
Que Votre Sainteté daigne les bénir, afin que reluise
en eux, comme en leurs frères de l'avant-dernier
siècle, avec la foi et le courage sacerdotal, leur inlas-
sable attachement au Saint-Siège et à leur patrie.
Le cardinal Merry del Val a répondu
Sentiments exprimés par prêtres du clergé de Paris,
rassemblés au séminaire de Saint-Sulpice, sont allés
au cœur du Saint-Père, qui les a beaucoup agréés. Sa
Sainteté les bénit tous de cœur et leur souhaite d'être
touiours la couronne et la joie de leur digne arche-
vêque; Cardlnitl MERRY DEL Yer,.
Cardinal MERRY del Vai«
Déclaration, de M. Fulbert Petit
La Semaine religieuse de Besançon contient cette
note
Considérant que dans les circonstances très graves
que traverse l'Eglise de France, il est souverainement
important de ne point laisser librement se répandre
parmi les catholiques des affirmations calomnieuses
de nature à mettre en suspicion l'orthodoxie doctri-
nale des é\êques;
Attendu que le journal la Libre Parole, à la première
page de son numéro du 5 septembre 1905, dans un ar-
ticle intitulé « l'Assemblée plénière de l'épiscopat »,
commençant par ces mots « Pour la seconde fois.
etc., finissant par ces mots: « La séance est levée à
cinq heures et demie » et signé H. de Rauville, con-
tient cette affirmation « Mgr Fulbert Petit propose
d'en revenir au projet d'associations cultuelles etoano-
niques dressé par lui et Mgr Mignot »
Attendu que cette proposition constituerait une dé-
sobéissance aux solennelles décisions de Sa Sainteté
que nous avons acceptées sans réserve et qu'elle est
en formelle opposition avec nos sentiments intimes et
avec nos déclarations publiques;
Attendu que dans lés deux articles publiés le lende-
main 6 septembre, l'un sous ce titre « Rectification »
et l'autre sous celui-ci « Explications », ledit journal,
malgré les dénégations apportées à son directeur, et
nous prétexte de justifier son informateur, maintient
sa calomnie en l'aggravant, puisqu'il l'appuie sur les
prétendues confidences d'un évèquo, lequel n'aurait
pu donner des renseignements analogues qu'en vio-
lant les obligations sacrées de sa conscience;
Considérant qu'il ne s'agit pas ici d'une question
purement personnelle et privée, mais que l'attitude re-
ligieuse, le respect de la hiérarchie et l'honneur épis-
̃oopal sont en jeu;
Considérant que le refus de rectification opposé par
le directeur ne laisse au calomnié aucun recours et
qu'il ne peut utilement faire appel à la loyauté et à la
boune foi du journal;
Considérant qu'il importe néanmoins que notre con-
duite en pareille matière ne soit pas dénaturée par
des affirmations absolument contraires à la vérité,
II nous a paru convenable d'adresser à nos bien-
aimés diocésains les communications suivantes
1» Nous opposons le démenti le plus formel et le plus
.absolu aux affirmations qui nous concernent dans les
numéros des 5, 6 et 8 septembre courant du journal
la Libre Parole.
2° Nous déclarons n'avoir à aucun moment, ni à la
commission de permanence ni à la réunion plénière,
émis la pensée que le journal nous prête et n'avoir pas
prononcé un seul mot de la phrase qu'il nous attribue
3° Nous laissons -à la conscience du clergé et des
catholiques de notre diocèse le souci de juger de l'at
titude qu'ils doivent garder vis-à-vis de la Libre Parole
et de la confiance qu'ils peuvent accorder à ses récits.
t FULBERT, arch. de Besançon.
A la Grette, le 8 septembre 1906.
LA VIE LITTÉRAIRE
ROMAIN ROLLAND, Vies des hommes illustres la Vie de
Mickel-Anqe, 1 vol. in-12, Paris, Cahiers de la Quin-
zaine, 1906.
Cf. Michel-Ange, par Emile Ollivier,, 1 vol. in-18 Paris,
Garnier; MicJiel-Angelo, par Louis de Scneffler,
1 vol. in-8», Altenbourg, Geibel; la Jeunesse de Mi-
chel-Ange, par A. Radô, 1 vol. in-8», Budapest, A.
Lampel Deux lettres inédites de Benvenuto Cellini
à Michel-Ange, 1 br., in-S", Florence, S. L&ndi
L'Art de la Renaissance en Italie, Michel-Ange et Ra-
phaël, par A. Philippi, 1 vol. in-8°, Leipzig, Seemann;
Michel-Ange à Rome, par Pierre de Bouchaud, 1 voL
br. in-16,- Paris, Lemerre les Maîtres de la Renais-
sance, par G.-B. Rose, 1 vol. ln-8°, New-York, Put-
man Essai sur Laurent de Médicis dit le Magnifique,
par André Lebey, 1 vol. in-8°, Paris, Perrln Michel-
Ange, par C. Justi, 1 vol. 4n-8«, Leipzig, Breitkopf et
Haertel; Trois lettres inedites de Michel-Ange,
1 br. in-8°, Conegliano, Nardi; Michel-Ange, par G.
Ricci, traduit de l'italien par J. de Crozals, 1 vol.
in-80, Florence, Alinnri Michel-Ange et la fin de la
Renaissance, par Henry Thode, tomes T et IKln-B»,
Berlin, Grote; Michel-Ange Buonarroti, par C. Hol-
royd, 1 vol. in-8», Londres, Duckworth Michel-
Ange Buonarroti, par A. Pons, 1 br, in-8°, Sassari,
Satta, etc., etc.
Je voudrais définir l'art et le talent de M. Ro-
main Rolland, historien des' Hommes illustres
et spécialement de Michel-Ange. On définit les
gens en disant ce qu'ils font, et aussi en disant
ce qu'ils ne font pas. Or, il y a plusieurs façons
d'écrire l'histoire en général et l'histoire dé la
littérature ou de l'art en particulier.
L'une de ces façons la mauvaise est
d'une simplicité enfantine, bien qu'on la dé-
core pompeusement du nom de « méthode ».
Cette méthode consiste d'abord à prendre une
rame de papier que l'on découpe en une multi-
tude de petits morceaux, communémentappelés
fiches. Sur ces fiches, on griffonne tant bien
que mal une longue suite de noms, de prénoms,
de dates, de textes pillés çà etlà dans les réper-
toires, dans les dictionnaires ou dans les recueils
d'ana. Ensuite, on colle ces fiches bout à bout,
avec des pains à cacheter ou avec ae la colle a
bouche, à moins qu'on ne préfère les coudre de
fil blanc comme un vulgaire sac à malices.
Cette « méthode » n'aurait pas de trop graves
inconvénients, si elle n'était que la satisfaction
de cette douce « manie de paperasser » dont
Renan s'est moqué indulgemment, et qui par-
fois exerce, sous l'orme du Mail, l'ironie bien-
veillante de M. Bergeret. Malheureusement,
nous voyons que ce goût de la compilation
n'est pas toujours l'effet d'une humeur inno-
cente et d'une complexion bénigne. Quoi
qu'il en soit, rien n'est plus aisé que de fa-
briquer, avec la « méthode dont je viens
d'énoncer les principales règles, un de ces in-
octavos inutiles que personne ne lit, et qui, par
le mystère dont ils s'entourent, peuvent en im-
poser à la bonne foi des gens naïfs.
Il est très difficile, au contraire, d'interpréter
en des pages sobres, claires, élégantes, ce que
l'humanité intelligente saitactuellement sur un
sujet déterminé. Ah I certes, M. Romain Rol-
land, voulant dans ses Vies des hommes illus-
tres, faire une place à Michel-Ange, aurait pu
accabler le grand architecte du dome de Saint-
Pierre, le grand peintre de la chapelle Sixtine,
le grand sculpteur de Bacchus ivre, d'Adonis
mourant et de David, le grand ingénieur des
fortifications de Florence, et enfin le grand
poète du sonnef de la Nuit, sous un amoncelle-
ment de fiches. Toute une bibliothèque de mo-
nographies intéressantes et de panégyriques
enthousiastes a été consacrée, dans ces derniers
temps, à la gloire de Michel-Ange BuonarrotL
Notre nouvel historien, s'il eût été tenté de
répéter purement et simplement ce qu'on a dit
avant lui sur cette ample matière, n'avait que
l'embarras du choix. L'esquisse de bibliographie
« michelangesque » dont j'ai réuni les traits
pour l'édification du lecteur en tête de cet ar-
ticle, suffit à. montrer combien, en cette affaire,
un travail de compilation machinale eût été
facile. J'ai compté plus de vingt historiens de
l'art qui depuis quelques années ont parlé
très savamment ou très agréablement de
Michel-Ange. Depuis les éloquentes mé-
ditations de M. Emile Ollivier jusqu'aux
commentaires minutieux et aux chronologies
précises de M. Henri Thode et de M. Charles
Frey, la louange de ce grand homme prend
tous les tons, toutes les allures, tous les as-
pects. Tantôt la piété du spectateur en extase
devant le Déluge oules Deux Esclaves s'exprime
par l'instinctif lyrisme des éloges passionnés,
tantôt la dévotion du lecteur penché sur les
L ettres et sur les -Poésies de Michel-Ange sJaf-
fine en des gloses dont l'ingéniosité, parfois ex-
cessive, est touchante à force de ferveur. Il
semble que pour un tel homme et pour une
telle œuvre, le vocabulaire de l'admiration soit
épuisé, et que les plus doctes biographes soient
au bout de leur science. Une sorte de lassitude
respectueuse s'empare quelquefois du pèlerin
qui a trop longuement contemplé, au plafond
de la chapelle Sixtine, la vaste cosmogonie de
ce prodigieux visionnaire la Création de, l'hom-
me, le Péché originel, l'Expiation, le Sacrifice
de Caïn, la Mort de Goliath, les Précurseurs, les
Prophètes et le groupe inquiétant des Sibylles.
Michel-Ange n'a pas la douceur qui attire et
qui dompte. Il a l'énergie qui terrasse, qui sub-
jugue, et qui réduit l'admiration elle-même au
silence et à l'immobilité. C'est ce qu'a noté ré-
cemment, en de suggestives Notes d'histoire et
d'art sur Rome, un voyageur très lettré, M.
Maurice Paléologue
.Michel-Ange ne nous demande pas notre ad-
miration il la "force, il la prend. Devant cea grou-
pes superbes, inspirés de l'Apocalypse et de l'Enfer
dantesque, un instant vient où le spectateur ne rai-
sonne plus il est subjugué. Comment n'être pas
saisi par l'essor prodigieux des anges qui emnortent
au ciel la croix du Calvaire et la colonne de la Fla-
gellation par la stupeur des morts que la trom-
pette réveille et qui secouent leurs linceuls par
l'épouvante des damnés qu'un démon chasse, à
-coupa de rames, de la barque infernale?.
Sur les murs latéraux de la chapelle, les maîtres
toscans et ombriens du quinzième siècle, Ghirlan-
dajo, Botticelli, Pinturicchio, Cosimo Rosselli, le
Pérugin, Luca Signorelli^ ont représenté les scènes
classiques de la Bible.
Lorsqu'on vient de s'arracher à l'étreinte de Mi-
chel-Ange, c'est un repos délicieux de contempler
ces fresques.
M. Romain Rolland ne veut pas quitter ainsi
pour une diversion reposante l'objet sublime de
sa contemplation. Il se livre tout entier à son
héros. II ne fait point d'effort pour se dérober à
la rude étreinte du Titan. Il seraitplutôt disposé
à dire de Michel-Ange ce que saint Paul disait
de Dieu lui-même in eo movemtir et sumus. Ce
qu'il y a d'austère et presque de terrifiant dans
un pareil tête-à-tête ne l'effraye point. H va au-
devant de sa tâche comme s'il voulait braver
une de ces épreuves d'où l'on sort fatigué, cour-
baturé, meurtri, mais purifié, meilleur, plus
fort, tout prêt pour des luttes nouvelles.
La lutte contre les choses et contre les gens
fut pendant quatre-vingts ans de travail l'oc-
cupation, unique et, si l'on peut dire, le seul
plaisir de cet héroïque et malheureux Michel-
Ange. Il naquit d'un sang généreux et volon-
tiers turbulent, pour être, au cours d'un siècle
agité par les plus sombres orages, un héros.
Oui vraiment, un héros tout à fait digne d'être
salué par ces titres que les anciens accordaient
à leurs demi-dieux, c'est-à-dire à des hommes
surhumains. N'y a-t-il pas quelque chose d'her-
culéen dans la façon dont cet infatigable lut-
teur bousculait les blocs de marbre, remuait la
terre et les pierres, et forçait la matière brute à
se plier au caprice impérieux de son rêve sou-
verain ?
Un jour de l'année 15Q5, au mois de mars,
dans le temps où les jardins de l'Italie fleuris-
sent merveilleusement sous l'azur lumineux
d'un ciel nouveau, Michel-Ange fut appelé à
Rome par Jules II, le pape orgueiUeux et .con-
quérant qui fut, lui aussi, malgré son titre de
chef de la chrétienté, un des plus mémorables
héros de la Renaissance païenne.
Michel-Ange fut appelé à Rome. AJom «ommen-
fia la période héroïque de sa vie.
Tous deux violente et grandioses, le pape et l'ar-
tiste étaient faits pour s'entendre quand ils ne se
heurtaient pas l'un l'autre avec fureur. Leur cerveau
bouillonnait de projets gigantesques. Jules II vou-
lait se faire bâtir un tombeau digne de la Rome an-
tique. Michel-Ange s'enflamma pour cette idée
d'orgueil impérial. Il conçut un dessein babylonien,
une montagne d'architecture, avec plus de quarante
statues de dimensions colossales. Le pape, enthou-
siasmé, l'envoya à Carrare, pour faire tailler dans
les carrières tout le marbre nécessaire. Michel-Ange e
resta plus de huit mois dans les montagnes., Il était
en proie à une exaltation surhumaine. Un jour
qu'if parcourait le pays a cheval (dit son biographe
Ascagne Condivi), il vit un mont qui dominait la
côte le désir le saisit de sculpter cette montagne
tout entière, de la transformer en un colosse visible
de loin aux navigateurs. Il l'eût fait, s'il en avait
eu le temps et si on le lui avait permis.
En lisant le livre de M. Romain Rolland et en
le complétant par d'autres lectures, on voit
comment l'âme tragique de Michel-Ange fut
sans cesse tirée en sens divers, et eh quelque
sorte divisée contre elle-même par la contra-
riété des deux doctrines qui, au nom d'un dou-
ble idéal, se partageaient alors ou plutôt se dis-
putaient la direction des âmes fortes. Les grands
hommes sont représentatifs de toute l'huma-
nité intelligente. Dans les luttes soutenues par
Michel-Ange contre les autres hommes et con-
tre lui-même, dans la douloureuse antithèse de
son christianisme hérité et de son paganisme
instinctif, dans les incroyables batailles de sa
vie sans cesse en proie à des forces contraires, à
des influences inconciliables, à des espérances
vaines ou à de cruelles nostalgies, c'est tout un
drame humain qui se résume et se concentre.
C'est le drame de cette Renaissance italienne,
qui fut pour l'humanité moderne un radieux
réveil, mais plein, comme tous les réveils, de
regrets et de désillusions; un avènement àla
liberté, mais aussi le commencement des res-
ponsabilités effroyables qui pèsent sur les hom-
mes libres; un joyeux départ, dans l'aurore,
vers des aventures tentantes, vers des horizons
attirants, mais aussi la fin des sérénités et des
quiétudes où le rythme des cantiques de Noël
et la cadence des cloches de Pâques avaient
bercé, endormi, apaisé maternellement la souf-
france humaine.
Le paganisme n'avait pas éteint la foi chrétienne
de Michel-Ange. Les deux mondes ennemis se dis-
putaient son âme.
En 1490, le moine Savonarole commença ses pré-
dications enflammées sur l'Apocalypse. Il avait
trente-sept ans. Michel-Ange en avait quinze. Il vit
le petit et frôle prédicateur, que dévorait l'esprit da
Dieu. Il fut glacé d'effroi par la terrible voix qui, do
la chaire du Duomo, lançait la foudre sur le pape, et
suspendait sur l'Italie le glaive sanglant do Dieu.
-Florence tremblait. Les gens couraient dans les
rues, pleurant et criant comme des fous. Les plus
riches citoyens, Ruccellai, Salviati, Albizzi, Strozzi,
demandaient à entrer dans les ordres. Les savants,
lns philosophes. Pic delà Mirandole.' P.ojitierv eux-
mêmes abdiquaient leur raison. Lo frère aîné de
Michel-Ange, Lionardo, se fit dominicain,
Oui, l'Italie mystique est tout entière présente,
frémissante dans l'âme orageuse qui bientôt va
s'enivrer de beauté païenne et scandaliser les
derniers disciples de Savonarole par son atta-
chement à la divine eurythmie des temples et
des stades où rayonnaient l'impassibilité des
idoles heureuses et le geste impérieux des
athlètes vainqueurs. Un morceau de marbre,
sculpté par le ciseau des statuaires anciens et
brisé par la hache d'un iconoclaste barbare,
évoquera bientôt devant ses yeux éblouis la
saison incomparable où Athènes, Rome, capi-
tales d'un monde aboli, étaient peuplées de sta-
tues vivantes. Cependant, une vision de blancs
monastères, qui sourient au soleil près des
cimetières, et qui gardent un air de joie inté-
rieure malgré la présence funèbre des cyprès,
hante encore la mémoire-fidèle de ce Florentin,
qui, tout jeune, en ses années d'apprentissage,
copiait à l'église du Carmel les fresques de Ma-
saccio, tandis que sur les collines de Toscane,
dans ce décor merveilleux qui se prête aussi
bien l'apothéose de la vie qu'au triomphe de
la mort, alternait l'écho des carillons et des
glas de Éiesole. Non loin de Caprese, où il na-
quit et où son père était podestat, on monte en
pèlerinage, par des sentiers de chèvres, à tra-
vers les rochers et les bois, jusqu'à une clairière
où saint François d'Assise a vu paraître le
Christ en croix. Michel-Ange a entendu chan-
ter des antiennes en l'honneur de ce prophète
Joachim de Flore, qui prêchant un jour de
pluie, dans une église de Calabre, et voyant les
rayons du soleil illuminer enfin les images
multicolores des vitraux, entonna joyeusemont
le Veni Creator et sortit avec tout son auditoire
pour admirer la campagne. Il a connu les succes-
seurs de ces premiers franciscains dont la joie
parfaite .éclata en transports d'allégresse parce
qu'ils croyaient voir renaître dans le bienheu-
reux Jean Borelli de Parme l'âme même de
saint François. L'exquise spiritualité de l'Evan-
gile éternel a pu atteindre son âme, indirecte-
ment, par des touches secrètes. Les noëls du
bon et candide Jacopone de Todi étaient encore
populaires dans toute l'Italie, malgré le purisme
académique du Sacré-Collège. On lisait cette
Légende dorée où le vieil é.vêque de Gênes, Jac-
ques de Voragine, avait confessé en des histo-
riettes charmantes toute la naïveté de sa foi, Le
pinceau deGiotto et la plume de Fra Salimbene
avaient invité les hommes à l'obéissance, à la
patience, à la résignation, à la pratique des ver-
tus douces. Est-ce que Dante lui-même, Dante
que Michel-Ange lisait sans cesse et dont les
poèmes étaient son plus cher entretien, est-ce
que Dante, exilé de sa patrie, déchu de ses rê-
ves, privé de la présence, de ses bien-âimés, ne
s'était pas comparé lui-mêtae à « un navire
sans voiles, et sans gouvernail, poussé par la
tempête de port en port et de rive en rive » ? 2
Est-ce que le poète de la. Divine Comédie, lors-
qu'il mourut, un soir, à l'ombre des basiliques
byzantines de Ravenne, en songeant au baptis-
tère de sa cité natale, ne s'était pas réfugié dans
la foi comme dans le suprême refuge qui lui fût
ouvert au milieu de tant de ruines? Pareille-
ment, Botticelli, après avoir célébré le Prin-
temps amoureusement, terminait sa vie, selon
l'expression de M. Romain Rolland, « dans le
mysticisme halluciné d'un puritain d'Ecosse ».
Pic de la Mirandole, qui passait pour savoir
toutes choses, revêtit, quand il fut à l'article de
la mort, un froc de moine. Ange Politien, hu-
maniste accompli, voulut être enseveli dans
l'église Saint-Marc, en habit de dominicain,
voulant signifier, par cet acte de suprême abdi-
cation, qu'il entendait rejoindre, dans le repos
éternel, l'Italie des Mystiques et des Primitifs.
Mais voici l'Italie nouvelle, l'Italie renais-
sante, celle de Laurent le Magnifique, de Vitto-
ria Colonna, de Bernard Bembo, de Marsile
Ficin, de François Philelphe, de Nicolas V, de
Sixte IV, de Jules II. Michel- Ange est un des
fils les plus authentiques de cette patrie nou-
velle. Il fut apprenti dans l'atelier de Domini-
que Ghirlandajo que M. Romain Rolland consi-
dère comme « le plus grand, le plus aain des
peintres florentins». Lorsqu'il prit le «dégoût
de la peinture», et qu'il aspira instinctivement
« à un art plus héroïque », Laurent de Médicis,
ayant remarqué une de ses premières oeuvres
en pierre, le Masque du faune riant, l'admit à
l'école de sculpture que dirigeait, dans les jar-
dins de Saint-Marc, le statuaire Bertpldo, élève
de Donatello.
Le prince s'intéressa à lui il le logea au palais, il
l'admit à la table de ses fils l'enfant se retrouva au
cœur de la Renaissance italienne, au milieu des col-
lections antiques, dans l'atmosphère poétique et
érudite dés grands platoniciens Marsile Ficin, Be-
nivieni, Ange Politien. 11 s'enivra do leur esprit; à
vivre dans le monde antique, il se lit une âme anti-
que il fut un «eulpteur grec.
Michel-Ange, après une crise de mysticisme
épouvanté, redevient le poète païen delà « force
orgueilleuse ».
La beauté du monde le reprend. Il lit Pétrarque,
Boccace. Il repasse à Florence au printemps de
1495, pendant les fêtes religieuses du Carnavalet
les luttes enragées des partis. Il sculpte son fa-
meux ÇupUlon endormi, ,que ses contemporains pri-
rent pour un antique. Il ne reste d'ailleurs quequel-
ques mois à Florence il va à Rome, et jusqu'à la
mort de Savonaiole, il est le plus païen des artistes.
Il sculpté Bacckus ivre, Adonis mourant et le grand
Cwpidon, l'année même où. Savonarolo fait brûler
« les Vanités et les Anathèmes « livres, parures,
ipeuvres dart.
Michel-Ange ne pouvait rien faire à demi. Son
âme passionnée se portait d'emblée aux extré-
mités. Il aimait l'effort. Sitôt qu'il fut épris de
l'humanisme antique, il en négligea volontaire-
ment les douceurs, les élégances, l'aisance agile
et alerte. Il n'y voulut voir que la tradition des
vertus fortes, un exemple permanent de résis-
tance humaine contre la poussée matérielle de
la nature et contre la force aveugle du destin.
Le dur combat de la vie lui apparut sous les
formes gigantesques dont la mythologie antique
en a revêtu te dtamatioue symbole. Des tra-
vaux de Cyclopes, des escalades de'Titans, des
navigations d'Argonaùtes,.telles sont les images
surhumaines qui obsèdent le sculpteur du
Combat des Centaures et des Lapithes.
Ce bas-relief orgueilleux, où règnent seules la
force et la beauté impassibles, reflète l'âme athlé-
tique de Padolescent et ses jeux sauvages avec ses
rudes compagnons. 1
Dès son adolescence, Michel-Ange lutta,
serra les poings, donna des coups et en reçut.
Un de ses camarades d'atelier, le vaniteux Tor-
rigiano, raillé, houspillé à contre-temps, lui
donna un coup de poing dont il garda le sou-
venir toute sa vie. On peut voir la marque de
cette vigoureuse riposte sur le nez même de
Michel-Ange, au musée du Capitole, à Rome,
dans ce portrait peint par Marcel Venusti, et
où le pauvre grand homme est si ridé, si in-
quiet, si triste.
Cet incident de jeunesse ne fut que le moin-
dre de ses déboires. Cet admirable artiste, vio-
lemment païen, moins attentif aux grâces d'A-
pollon Citharède qu'au noble supplice de Pro-
méthée enchaîné, a constamment souffert de
son besoin de lutte.
« Sa dévorante énergie, dit Condivi, le sépara
presque entièrement de toute société humaine. Il
fnt seul. Il haït il fut haï. Il aima il ne fut pas
aimé. On l'admirait et on le craignait. A la fin, il
inspira un respect religieux. Jl domine son siècle.
Hélas! qu'est-ce que «dominer son siècle » ï
Ne serait-ce point le triste et glorieux privilège
de ceux qui, nés plus intelligents, plus sensi-
bles, plus sincères, et par conséquent plus mal-
heureux que les autres hommes, sont exposés
à l'attention générale, parce qu'ils souffrent,
mieux que personne, des misères et des dou-
leurs éparses autour du haut piédestal qui les
sépare de la multitude? C'est précisément oette
souffrance collective qui donne à leurs paroles,
à leurs faits et gestes un si poignant caractère
d'individualité. Ils résument leur époque. Ils
accumulent, pour ainsi dire, à leurs risques et
périls, toute l'électricité ambiante. Ils sont les
témoins de leur génération. Et l'on sait que
témoin, si l'on se reporte au sens original de ce
mot, est synonyme de martyr.
Le siècle dont Michel-Ange, aux yeux .de son
nouveau biographe, est le plus illustre martyr,
fut l'un des plus tragiques dont l'histoire.
humaine fasse mention. Non seulement l'huma-
nité y subit quelques-unes de ces catastrophes
horribles dont elle guérit au bout d'une conva-
lescence plus ou moins longue, mais encore elle
fut déchirée jusqu'au fond de l'âme par une de
ces contradictions profondes qui rendent l'es-
prit et le cœur incapables de tout repos. Rete-
nue d'un côté par une religion qui lui promet-
tait une éternité de récompense en échange
.d'une vie d'épreuves, attirée d'autre part vers les
dieux ressuscités qui lui accordaient le bonheur
sur la terre en lui fermant le royaume des
ciouv, ainsi parf.afféa nar l'ambiguïté nouvelle
et angoissante que prenait l'énigme «Je la Dou-
leur et de la Joie, l'Italie de la Renaisance
hésita, fut tour à tour enivrée d'espoir et acca-
blée de mélancolie, et finalement souhaita de
se rendormir après son prodigieux réveil. «Le
sommeil m'est cher, disait Michel-Ange, le
sculpteur de la Nuit. Ne pas voir, ne pas enten-
dre est mon grand bonheur. »
Il a vaincu. Il est vaincu. Il ne voulait pas de la
victoire. Contradiction poignante entre un génie
héroïque et une volonté qui ne l'était pas. Il était
indécis en art, en politique, dans toutes ses actions
.et dans toutes ses pensées.
Il abdiqua. L'orgueil de la Renaissance, le ma-
gnifique orgueil de l'âme libre et souveraine de
l'univers, se renia en lui dans cet amour divin qui
pour nous prendre ouvre ses bras sur la croix. q
t Volta a quell' amor divino
C' aperse a prender noi 'n croce le braccia.
Le cri fécond de l'Ode à -la Joie ne fut pas poussé.
.Ce fut, jusqu'au dernier souffle, l'ode à la Douleur
et à la Mort qui délivre. Il fut vaincu tout entier.
Tel fut un des vainqueurs du monde.
Je suis persuadé qu'en écrivant -la Vie des
hommes illustres, M. Romain Rolland songe
aux préceptes historiques
Dans un tel effort pour faire revivre les hautes
àmes du passé, une part de divination et de conjec-
ture doit être permise. Une grande vie est un tout
organique qu'on ne peut rendre par la simple ag-
glomération des petits faits. La condition essentielle
des créations de l'art est de former un système vi-
vant dont toutes les parties s'appellent et se com-
mandent. Ce qu'il s agit de retrouver, ce n'est pas
la circonstance matôrielJoj impossible à vérifier,
c'est l'âme même de l'histoire. Ce qu'il faut recher-
cher, ce n'est pas la petite /Certitude dos minuties,
c'est la justesse du sentiment général, la vérité de
la couleur..
Donc ri n'y a point de vaine compilation dans
cette Vie de Michel- Ange, mais on y trouve de
l'émotion, de l'enthousiasme, de l'art, de l'hu-
manité. Je 'connais peu de livres qui renfer-
ment plus d'idées, de sentiments, de «sugges-
tions » en moins de pages.
Gaston Deschâmps,
NOUVELLES DU JOUR
Le président de la Républiquo a quitté Paris hier
soir, a sept heures et demie, se rendant à Marseille.
Avec M. Fallières sont partis MM. Etienne.. Thom-
son et Briand, ministres; Dujardin-Beaumetz, sous-
secrétaire d'Etat Brisson, président de la Chambre,
député des Bouclies-du-Rhone Dervillé, président
du conseil d'administration; Noblemaire, directeur
de la Compagnie JP.-L.-M. Jean Lanes, secrétaire
'général de la présidence; Varenne, chef du secréta-
riat Mollard, directeur du protocole; le général
Chapel, chef du cabinet du ministre de la guerre; le
colonel Ebener, les commandants Lasson, Schlum-
berger et Kéraudren, de la maison militaire du pré-
sident de la République. M. Leygues, ministre des
colonies, a rejoint le train présidentiel, ce matin, à
Arles.
M. Chanot, maire de Marseille, a adressé à la po-
pulation et a fait afficher un appel où U exhorte
celle-ci à s'unir dans un sentiment de respect et de
joie pour faire au président et aux ^ministres qui
l'accompagnent un accueil^haleureùxi'
Le chef de l'Etat et les membres .du gouvernement,
.ait-il, viennent célébrer avec nous l'œuvre de l'expo-
sition coloniale, et consacrer officiellement le succès
de cette manifestation du génie colonial de la France.
Le premier magistrat vient rendre hommage à l'in-
telligence, au courage, à la fécondité de tous ceux qui
assurèrent la réussite de cette entreprise grandiose
vous n'oublierez pas, mes chers concitoyens, dans vos
acclamations, les vaillants marins qui, pour accomplir
un acte de haute courtoisie internationale, sont venus
mêler leurs couleurs aux nôtres et apporter le salut
des nations au premier citoyen de la République.
Vive Marseille Vive la République I
Hier après-midi, MM. Chanot maire de Marseille;
Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône; le général
Mathis, commandant en chef le 15e corps; Estier,
président du conseil général; Desbief, président de
la chambre de commerce, et Pénissat, administra-
teur de la marine à Marseille, ont rendu visite aux
officiers supérieurs des marines italienne, anglaise
et espagnole.
LES GRÈVES
En réponse à une dépêche de l'agence Havas que
nous avons. reproduite hier, la chambre syndicale
des batistes et toiles fines nous adresse la lettre sui-
vante
Monsieur le directeur,
Dans votre numéro de ce jour, à propos de la grève
des tisseurs du Cambrésis, je lis qu'au cours d'une
réunion tenue chez le juge de paix de Cambrai les fa-
bricants ont accordé les augmentations demandéies par
les ouvriers.
Il n'erupst rien, jeitsn tant que président de la com-
mission chargée d'élaborer le nouveau tarif, je tiens à
préciser, les faits. «
La réù&ion de conciliation ,a eu lieu à Cambrai de-
vant M. le juge de paix de Carnières. Quant à la ques-
tion des tarifs, nous n'avons pas accordé et nous ne
pouvions pas accorder l'augmentation de 15 0/0 de-
mandée par les syndicats ouvriers (la concurrence
étrangère ne nous le permettait pas); nous nous som-
mes mis d'accord avec leurs délégués pour accorder
une augmentation variant de 5 à 10 0/0 suivant les ar-
ticles.
En présence de ces résolutions qui prouvent com-
bien les fabricants sont désireux d'améliorer le sort de
la classe ouvrière dans toute la mesure du possible, la
grève a heureusement pris fin.
Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l'assuraoee
de ma considération distinguée,
JOSEPH SIMONNOT-GODAHB.
-On nous télégraphie de Béziers: {
La grève des charretiers est générale. Elle a été
calme dans la matinée. Mais quelques incidents se
sont produits dans l'après-midi. Des grévistes ont
arrêté un charretier conduisant un camion et tandis
que certains le frappaient, d'autres conduisaient le
camion chez le propriétaire, qui a porté plainte. Dos
grévistes étant en discussion avec un camionneur
conduisant une charrette, une* cinquantaine d'ou-
vriers intervinrent, les grévistes s'enfuirent le ca-
mionneur rentra chez, lui prit un revolver -et se mit
à la poursuite des grévistes des amis le désarmè-
rent.
Dans la soirée d'hier. le iuae de naix a reçu tes
délégués grévistes et a convoqué pour aujourd'hui
les patrons.
AU JOUR LE JOUR
Le repos hebdomadaire
LES COMMERÇANTS DÉTAILLANTS
On nous communique l'ordre du jour suivant
adopté à l'unanimité moins sept voix
Les membres adhérents de la fédération des commer-
çants détaillants de Paris et du département de la
Seine, réunis en assemblée générale le 14 septembre
1906, au siège social, 10, rue de Lancry,
Après avoir entendu les observations présentées par
de nombreux orateurs, en ce qui concerne les transac-
tions qui ont été proposées par M. le préfet de police,
« Regrettent de ne pouvoir accepter les propositions
» de M. le préfet de police, insuffisantes pour la sau-
» vegarde de leurs intérêts;
» Sollicitent de sa haute bienveillance et de sa justice
» l'obtention du repos par roulement, tel que l'a prévu
o la loi, en leur faveur. »
LA FERMETURE DOMINICALE AUX HALLES
L'union générale des syndicats des mandataires
aux Halles centrales de Paris avait convoqué hier
après-midi, à son siège social, les représentants de
dix organisations ou syndicats de fruits frais, légu-
mes et primeurs, afin d'examiner en commun si l'on
devait demander au préfet de police la fermeture
collective des pavillons et du carreau forain le di-
manche ou le lundi.
Au début de la réunion, M. Buisson, président du
syndicat des mandataires, a, dans une courte allocu-
tion, fait l'exposé de la situation; puis il a interrogé
tour à tour les délégués afin de connaître leurs pré-
férences pour le jour de repos.
A l'un des assistants qui propose de réclamer le
bénéfice du repos par roulement, M. Buisson dé-
clare que sur ce point au moins, la réponse du pré-
fet de police ne laisse subsister aucun doute: aux
Halles, le repos ne saurait être que collectif.
Six groupes contre quatre se sont prononcés pour
la fermeture dominicale. Le syndicat des commis-
sionnaires et celui des négociants en fruits et pri-
meurs étaient avant la réunion entièrement acquis
au principe de la fermeture dominicale. Il en était de
même pour les crémiers des Halles, beurres, œufs et
fromages, dont le pavillon a toujours fermé le di-
manche et qui insistent pour la continuation de la
tradition.
Les approvisionneurs du Midi pencheraient pour
le lundi ils estiment toutefois que la fermeture des
pavillons un jour quelconque de la semaine est pré-
judiciable non seulement à l'alimentation parisienne,
mais encore aux producteurs de la France entière.
Pourtant le délégué s'est déclaré prêt à se ranger à
l'avis de la majorité si ses collègues, qu'il consul-
tera le plus tôt possible, l'y autorisent.
Les délégués de la chambre syndicale des mar-
chands de volaille et de gibier ont rappelé que cette
organisation venait de choisir, en assemblée géné-
rale, le lundi; mais ils ont ajouté que ce vote, qui
n'a rien de définitif, avait été émis sous la réserve
que les syndicats similaires ratifieraient cette déci-
sion.
M. Leray, président du syndicat des marchés dé-
couverts, a exposé pour quelles raisons ses collè-
gpaaa oh lui J7rt5f\5rcraicrri» la, formtxtviiro. »ân \j\T\Aî
La réunion a pris fin par l'adoption, à la majorité,
de l'ordre du jour suivant
Devant la décision des syndicats des commerçants
en fruits et primeurs qui demandent le dimanche
comme jour de repos à accorder aux ouvriers et em-
ployés, la chambre syndicale des mandataires aux
fruits et primeurs décide de se conformer à la loi en
adoptant le dimanche; toutefois, elle se réserve de de-
mander une dérogation à la loi, si après un essai loyal
elle s'aperçoit que cette mesure.est par trop préjudi-
ciable à ses intérêts.
Elle décide donc de demander à M. le préfet de po-
lice la fermeture du'pavillon le dimanche, en se réser-
vant toutefois de demander à rester ouvert les quinze
jours prévus par la loi (art. 6).
Une délégation a été chargée de demander au-
dience lundi -à M. Lépine, afin d'obtenir que les ter-
mes de son arrêté soient conforme? aux désirs de la
majorité.
FAITS DIVERS
Samedi, 15 septembre. La situation reste trou-
blée dans le nord-ouest de l'Europe où les dépressions
continuent à passer l'une d'elles a son centre ce ma-
tin au large de l'Ecosse (742 mm.), et les vents pren-
nent de la force de l'ouest sur la Manche et la Breta-
gne où la mer devient très houleuse.
Les fortes pressions persistent sur le nord-est du
continent (Arkangel 775 mir.).
Des pluies sont tombées sur la Norvège et les îles'
Britanniques; en France, on a recueilli 15 mm. d'eau
àCherbourg, 13mm. à-Boulogne, 5 mm. à Brest, 2 mm.
à Limoges.
'La température s'est relevée sur nos régions.
Ce matin, le thermomètre marquait 4° à Moscou,
15° à Paris, 17° à Toulouse, 24° à Alger.
On notait 9° au puy de Dôme et au mont Aigoual,
5°. au pic du Midi.
En France, des averses sont probables avec tempé-
rature voisine de la normale.
A Paris, hier, la température moyenne, 15»8, a été
supérieure de 1° à la normale (14"8).
A la tour Eiffel, maximum 17°4, le 14, 3 h. du
soir minimum 12°9, le 15, à 6 h. du matin.
Observatoire municipal (RÉGION PARISIENNE)
Le .ciel, qui présentait de larges éclaircies dans
l'après-midi d'hier, est ce matin couvert ou très nua-
geux, et de faibles ondées s'observent à plusieurs
reprises de 6h. 45 à 9 h. 15. La pluie reprend assez
forte à 10 h. 20, et dure encore actuellement.
Les vents ont tourné au sud-sud-ouest, en prenant
de la force.
La température oscille au voisinage de la normale
lesminini» d'aujourd'hui sont compris entre 9 et 11°.
La baisse barométrique s'accentue; à midi la pression
est de ?56 mm. 2.
TIRAGE FINANCIER. Aujourd'hui a eu lieu le tirage
des lots des" obligations de la ville de Paris émises
en 1865.
Le numéro 247192 est remboursé par 150,000 fr.
Le numéro 495414 est remboursé par 50,000 fr.
Les quatre numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 10,000 fr. 169634 202943 210777
878749.
Les cinq numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 5,000 fr. 273115 506186 285789
527260 336484.
Les dix numéros suivants sont remboursés cha-
cun par 2,000 fr. 272800–548676 547725 420918
269342 267317 520752 -102805 195963
557475.
D'ORAN A LA TOUR EtFFEL. Un ordre a été donné,
invitant la préfecture maritime de Toulon à prendre
des dispositions pour qu'il soit procédé, la semaine
prochaine, à de très intéressantes expériences de té-
légraphie sans fil entre la France et l'Algérie.
Le grand croiseur Jeanne-d'Arc, qui doit aller
prendre M. Etienne en Algérie et en Tunisie, em-
portera des appareils permettant de mettre en com-
munication, par la télégraphie sans fil, Oran d'a-
bord, Bizerte ensuite avec le poste ad hoc de la tour
Eiffel.
LE DRAME DMNTERLAKEW. L'identité de Tatiana Leon-
tief, la jeune Russe qui tua M. Muller, étant défini-
tivement établie, la lumière commence à se faire sur
sur ce drame resté jusqu'ici mystérieux. Beaucoup
de personnes qui ont connu l'étudiante considèrent
sa responsabilité comme limitée.
Son père, le général Leontief, qui est arrivé avant-
hier à la villa des Vieux-Prés, à Genève, où se trou-
vait sa" femme, rappelle les antécédents de sa fille:
Sa santé était fort délicate, dit-il. Elle s'exaspérait
pour des riens et était en proie à une neurasthénie
aiguë. De bonne heure, elle avait lu avec passion les
oeuvres de Tolstoï et celles des ,doctrinaires de la
révolution. et ces lectures n'avaient pas peu contribué
à troubler son esprit.
Déjà elle avait eu maille à partir avec la police de
mon pays. La première fois, ce fut à propos d un com-
plot ayant pour but d'empoisonner l'impératrice douai-
rière. H est, comme les journaux l'ont dit, exact qu'au
cours de la perquisition opérée dans la chambre de ma
fille, une certaine quantité de matières explosibles fut
trouvée, mais j'ai peine à croire qu'elle voulût en faire
usage je serais plutôt porté à supposer qu'elle en
avait accepté le dépôt pour rendre service à une amie.
Quoi qu'il en soit, ma fille a été enfermée dans la cita-
delle Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg, pendant
deux mois, au bout desquels elle devint complètement
folle. Sans me prévenir.ies médecins qui la soignaient
la conduisirent à l'hôpital Saint-Nicolas, où elle resta
huit mois. Dans l'intervalle, elle passa en jugement et
fut déclarée non seulement irresponsable, mais encore
complètement inoffensive. Un médecin de la cour qui
avait examiné ma fille me recommanda de l'emmener
à l'étranger, les événements qui se passent actuelle-
ment en Russie ne pouvant que lui être néfastes c'est
alors qu'elle vint en Suisse avec sa mère.
A quatre reprises, Tatiana avait tenté .de mettre fin à
ses jours.
En Suisse, elle était entièrement libre de ses actes.
D'ailleurs, son caractère ne se serait pas plié àune con-
trainte quelconque. Généralement elle habitait auprès
de sa mère; mais il lui arrivait de s'absenter pendant
deux, trois, cinq, huit et même dix jours, et de revenir
ensuite sans donner le moindre détail sur son voyage.
Quelques jours avant le drame d'Interlaken, elle était
venue voir sa mère et s'était montrée très gaie, disant
qu'elle séjournait dans la montagne et qu'elle espérait
être bientôt tout à fait heureuse.
Sur son compagnon, qui a disparu, je ne sais rien.
C'est peut-être un des révolutionnaires russes avec
qui eue s'était affiliée et dont elle tut sans doute
l'instrument.
Le général Leontief, qui, comme nous l'avons dit,
a fait la campagne de Mandchourie, mais dans la
Croix-Rouge, et qui est actuellement vice-gouvér-
neur de la province méridionale de Tourgaï, a laissé
sa femme alitée à la villa des Vieux-Prés, pour sa
rendre auprès du juge d'instruction xl'Interlakén.
lA JOURNEE DE THÉRÈSE HIMBERT. Dès onze heures,
hier matin, Thérèse Humbert quittait l'hôtel de Ri-
voli, rue Jean-Goujon, où elle avait passe la nuit et
où l'on était loin de soupçonner sa véritable iden-
tité, car elle s'était fait inscrire sous le nom de Mm&
Henry. Elle prenait un fiacre et allait faire des visi-
tes, notamment rue de Gondé, chez sa belle-mère,
chez Romain Daurignac, chez M0 Labori, son défen-
seur devant la cour d'assises, dans les bureaux d'un
journal de la rue d'Enghien.
Chez Mme Gustave Humbert, chez son frère et
chez M° Labori, elle trouva porte close.Tous ses pa-
sents étaient absents. Elle s'en plaignit vivement
Pas de nouvelles do mon mari, disait-elle, ni de.
ma fille, ni de Romaini Qu'est-ce que je leur ai donc
fait? Voilà Romain, par exemple; j aurais voulu l'em-
brasser, tout simplement. Mais il est absent. Je M'
ai laissé une lettre pour l'informer que je désire lé
voir. Quant à Frédéric, je voudrais bien savoir où »
est.
Et dans un accès de découragement
Est-ce que tout le monde m'abandonnerait ? Ce
n'est pourtant pas le moment, car c'est à présfini'
que je vais enfin régler nos comptes avec les Craw-
ford et toucher les millions. Si je voulais de Taa>*
gent, je n'aurais qu'à tendre la main. Tout à l'heure
un reporter d'un journal du matin n'a-t-il pas arrêté,
ma voiture pour me dire qu'il était chargé de met-
tre 150,000 francs à ma disposition si je voulais
l'emmener auprès des Crawford à Londres? 9
Dans l'après-midi, Thérèse "Humbert retournait &
l'hôtel de la rue Jean-Goujon et s'enfermait dans sa
chambre. Le soir, à sept heures, elle soldait sa note
et quittait définitivement la maison.
UN DRAME A L'HOSPICE DE BICÊTRE. L'asile de
Bicôtre a été, hier, dans la soirée, le théâtre dhmé1
scène dramatique.
Un aveugle, qui avait déjà fait un long séjour à
l'hospice des Quinze- Vingts, à Paris, Edouard Thi-
nel, croyait avoir à se plaindre d'un infirmier nom-
mé Auguste Denant, Hier soir, vers six heures, à la
fin du diner, il lui demanda un supplément à la ra-
tion réglementaire de pain. L'infirmier refusa. La
malade se fâcha et se mit à l'invectiver violemment;
puis, emporté par la colère, il se jeta sur l'infirmier
qui, malheureusement, tenait à la main, à ce mo-
ment-là, le couteau avec lequel il était on train de
couper du pain. L'aveugle s'enferra sur l'arme et eut
le cœur traversé.
M. Bectard, commissaire de police do Gentilly, a
interrogé Auguste Denant, qui a d'excellents anté-
cédents et qui, sobre et doux, est généralement aimé
des malades.
Il a été laissé en liberté provisoire, bien qu'inculpé
d'homicide par imprudence.
VOLEUSES HABILLEES EN HOMMES. Hier dans l'après-
midi, et à la suite de nombreuses plaintes de pro-
priétaires du 16e arrondissement, M. Hamard, chef
de la Sûreté, avait chargé le brigadier Hagron, et
deux inspecteurs d'exercer une étroite surveillance
aux environs de l'avenue de la Grande-Armée. Elle
a abouti à l'arrestation de deux individus, vêtus da
longues blouses blanches et coiffés de casquettes en
'soie. leur entrant jusqu'aux oreilles, qui sortaient
d'un immeuble de la rue Picot en dissimulant, des
paquets. L'un d'eux laissa choir un vilebrequin per-
fectionné, qui no laissait aucun doute sur sa vérita-
ble profession, et prit la fuite.
Lorsque les deux malfaiteurs purent être arrêtés
et conduits au poste, les agents, en voulant les
fouiller, constatèrent avec stupeur qu'ils avaient af-
faire à deux femmes habillées en hommes. Les pré-
venues répondent aux noms d'Amélio Rouyère,
dite « Mélie la Poison », âgée de vingt-six ans, et de
Louise Coudard, vingt-deux ans, demeurant ensem-
ble dans une roulotte des fortifications. La pre-
mière, qui est tatouée sur tout le corps do cœurs
symboliques transpercés de flèches, était porteur
d un poignard marocain, enfermé dans sa gaine, et
d'un revolver chargé de six balles mâchées. Douée
d'une force .peu commune, elle a sauté à la gor ga
du brigadier Hagron, au moment où il l'appréhen-
dait, et l'a mordu si cruellement au cou an'elle resta
suspendue, un instant, la bouche sur la plaie. Pen-
dant ce temps, sa compagne s'efforçait d'ameuter
des rôdeurs en appelant au secours.
Conduites quai des Orfèvres, au service do la Sû-
reté, ces amazones ont déclaré qu'elles avaient volé
pour envoyer do l'argent a deux de leurs amis, qui
purgent en ce moment une condamnation de dix ans
.de travaux forcés chacun à la Guyane.
Une perquisition opérée dans leur roulotte ia
amené la découverte de plusieurs objets volés, et
notamment d'une somme de 650 francs en jot, qui
allait être, aemble-t-il, expédiée aux deux forçats.
ATTAQUÉE PAR DES « GARS DE BATTERIE ». Dimanche
dernier, M. Huard, cultivateur au Pré-Saint-Martin
(Eure-et-Loir), avait congédié deux ouvriers de bat-
terie qui ne lui donnaient pas satisfaction.
Or,jeudi, à cinq heures du matin, ces ouvriers se
présentaient à la ferme, où Mme Huard était seule
et à qui ils déclaraient qu'ils venaient chercher ti&
objet oublié. q -i
Mme Huard, sans défiance, les laissa entrer; mais
ils refermèrent la porte derrière eux et l'un se jeta
sur Mme Huard, cherchant à l'étrangler, tandis que
l'autre visitait les tiroirs et s'emparait de 150 francs.
Mme Huard s'évanouit; les malfaiteurs la crurent
morte et s'enfuirent à travers champs vers la garo
du Gault-Saint-Denis, où ils ont pris un billet à des-
tination d'Orléans.
Mme Huard fut retrouvée à neuf heures sans
connaissance par des voisins qui lui prodiguère»*
des soins.
ACCIDENT DE CHEMIN DE FER. En gare do Clairac
(Gironde), une voiture détachée du train 910 est ve-
nue heurter deux voitures déraillées du train 2347.
Trois voyageurs ont été blessés et un certain nom-
bre contusionnés.
ACCIDENTS DE MONTAGNE. On télégraphie de Grin-
delwald, le 14 septembre
M. Louis Théry, avocat à IJlle, était parti mercredi
avec les guides Jean Aimer et Jean Rossi pour faire
l'ascension du Wetterhorn (3,703 m.). Jeudi matin, l'ex-
cursionniste et les guides quittèrent l'hôtel où ils
avaient passé la première nuit. Ils devaient rentrer
dans la soirée. Depuis on n'avait pas eu de leurs nou-
velles.
Une colonne de sauvetage est partie à leur rechercha
elle s'est mise en communication avec les baina de
Rosenlaui et le village d'Innerkirchen pour savoir si
éventuellement les touristes n'auraient pas choisi une
autre descente, mais la réponse a été négative.
Il avait bien été entendu que M. Théry descendrait
sur Gleckstein d'où il voulait traverser aujourd'hui le
Petit-Schreckhorn avec les mêmes guides; il avait
laissé une partie de ses bagages au Gleckstein.
Il est presque certain qu'il a eu un accident dans 1s
couloir où les chutes de pierres sont fréquentes.
La victime de l'accident du Dôme-du-Goûter est
M. Max Preissecker, lieutenant autrichien, qui nabi*
tait momentanément Zurich.
PARRICIDE. Un représentant en quincaillerie,
nomme Georges Gautard, habitant Limoges, allait
hier soir chez sa mère, à Quarré-les-Tombes (Yonne),
pour lui demander 4,000 francs. Sur le refus de sa
mère, Gautard la tua d'un coup de revolver; puis il
se tira un autre coup dans la tête, mais il ne réussit
qu'à se crever l'oeil gauche.
UNE BOURRASQUE. Pondant une bourrasque, lea
canots de pêche n« 1403, 4496 et 4424 de Douarne-
nez se sont échoués sur le banc d'Audierne. Les équi-
pages ont été sauvés. Les bateaux sont considérés
comme perdus.
Le canot de sauvetage d'Audierne a chaviré -en,
leur portant dos secours. Son équipage et le canot
lui-même ont pu être sauvés.
INFORMATIONS DIVERSES
-L'Association des étudiants hellènes de Paris a
organisé, en la mémoire de ses compatriotes massa-
crés lors des derniers troubles en Bulgarie, un service
qui sera célébré demain dimanche, yers onze heures,
à l'église grecque, 7, rue Georges Bizet.
Elle y convie tous ses membres et prie tous seï
•amis qui participent à son deuil de bien vouloir y as-
sister.
Hier, est parti pour la Roumanie M. Léo Claretie,
président de la section française à l'exposition inter-
nationale de Bucarest, pour aller inaugurer le pavillon
de notre section. Il emporte avec lui, dans un magni-
fique écrin aux armes du roi Charles Ier, une plaquette
de bronze d'art, oeuvre de Bottée, qu'il doit offrir au
souverain. Le pavillon français sera inauguré le 20 sep-
tembre.
L'examen d'entrée à l'école des hautes études
commerciales commencera le 15 octobre, à huit heures
et demie du matin, au siège de l'école, 108, boulevard
Malesherbes.
Une très curieuse brochure traitant de la neuras-
thénie, anémie et dépression cérébrale et donnant les
moyens de se guérir en huit jours est envoyée gratis
sur demande. Pharmacie Vidal, 8, rue Molière, Paris.
NÉCROLOGIE
M. Lemoine-Le Chesnais, président de l'Associa-
tion amicale des employés du ministère do l'inté-
rieur, a succombé à une affection cardiaque dont il
souffrait depuis longtemps. C'est au cours d'un con-
gé dont il avait sollicité la prolongation qu'il est
mort à son domicile, à Paris. p g
On annonce la mort de M. René Racot, membre»
de l'Association des journalistes républicains et da
l'Association des journalistes parisiens, ancien ré-
dacteur au Gaulois, décédé -a 1 asile de Villejuif, à
l'âge de quarante-trois ans.
Nous apprenons la mort de M. Georges de Ricci,
décédé hier des suites d'une appendicite. Les obsè-
ques auront lieu demain dimanche 16 du courant,
-à, -deux heures. On ee réunira a la maison mortuaire,
36, avenue Henri-Martin.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 64.02%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 64.02%.
- Collections numériques similaires Monnaies grecques Monnaies grecques /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "MonnGre"
- Auteurs similaires Monnaies grecques Monnaies grecques /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "MonnGre"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 2/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k2387417/f2.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k2387417/f2.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k2387417/f2.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k2387417/f2.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k2387417
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k2387417
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k2387417/f2.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest