Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1905-08-28
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34431794k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 137484 Nombre total de vues : 137484
Description : 28 août 1905 28 août 1905
Description : 1905/08/28 (Numéro 16140). 1905/08/28 (Numéro 16140).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : France-Japon Collection numérique : France-Japon
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k238351b
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
On sval)onne aux Bureaux an «Tournai, 5, BOULEVARD DES ITALIENS, A PARIS (2'l, et (to tons les Bureaux fle Poste
LUNDI 28 AOUT fOOÏ
QUARANTE-CINQUIEME ANNEE. N» ÏWOT.N
PRIX DE L'ABONNEMENT rÊ^
PAÎ1S, SEME et SEIHK-ET-OISE. Trois mois, 14 tt. Sia mer, 28 fr.1, On M, B^fr. tfoiËffi
SÈPAST» et ALSAGE-LOSSAIKE. 17 fr.; 34 fr.; «-. esffr. C^
bkioh postale ̃ ̃»- 18 fr.; 3e fr.; vaX.^ 19q,
LES ABONNEMENTS BATENT DES 1" ET 16 DE CHAQUE MOI»
Un numéro (départements) %O centimes
f1 -III,.
ANNONCES MM. LAGRANGE, CERF ET C">, 8, place de la Bourse
Le Journal et les Régisseurs déclinent toute responsabilité quant à leur teneur
TÉLÉPHONE, 5 LIGNES: ?
S»" 1O3.OT 1O3.OB 1O3.O9 –• 119.37 •«• 110.40
PRIX DF L'ABONNEMENT
PÀÏIS, SEINE et SEfflE-ET-OISE. Trois aoi», 14 fr.; Six mois, 28 te. Db ai, 56 fr,
DÉPART" et ALSACE-LORKAIHE. ±7 te. 34 fr.J 68 fr.
DHIOH POSTALE 18 fr. 36 fr.; 72 fr.
V ;̃ LES ABONNEMENTS DATMT DES i" ET 16 BB CHAQUE MOI»
Un numéro (à Parie) 1£S' centime»
Directeur politique Adrien Hébrard
Toutes les lettres destinées à la Rédaction doivent être adressées au Directeur
Le Journal ne pouvant répondre des manuscrits communiqués ̃
prie Les auteurs d'en garder copie
ADRESSE télégraphique TEMPS PARIS
Paris, 27 août
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
LES NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX
La conférence des plénipotentiaires russes et
japonais, qui devait avoir lieu dans l'après-midi
d'hier, et dont on attendait un résultat décisif,
a été ajournée à lundi prochain". Ce nouveau re-
tard, qui déçoit tant de curiosités, ne compro-
met pas les chances de paix; il montre, au
contraire, le vif désir d'entente des hommes
d'Etat- auxquels incombe la lourde tâche de
trouver un compromis entre la dignité d'un
Vaincu et les exigences d'un vainqueur.
On sait que le 23 août les plénipotentiaires
avaient décidé de se réunir à nouveau samedi.
Devant l'impossibilité pour les négociateurs de
s'entendre la semaine dernière sur la cession de
Sakhaline et le remboursement des frais de
guerre, le président Roosevelt avait suggéré
une. transaction possible. Il s'agissait, ainsi que
̃Bous l'avons exposé en détail, de considérer
isakhaline comme acquise aux Japonais et d'en
faire racheter une partie par l'empire russe.
iCette proposition, qui nous paraissait acceptable
en principe, ne fut portée à la connaissance du
,tsar par M. Meyer, ambassadeur des Etats-Unis
à Saint-Pétersbourg, que dans lajournée du23.Il
convenait donc d'attendre la réponse de Nico-
las II avant de continuer les pourparlers.
Or, cette réponse ne paraît pas avoir été pré-
cisément favorable. Les journaux russes qui,
s'ils ne reflètent pas l'opinion publique du pays,
indiquent au moins les tendances de la poli-
tique bureaucratique, après avoir admis assez
facilement le subterfuge du président Roose-
velt, déclarent à présent qu'il constitue une
puérilité ridicule. On suppose, car on ne peut
l'affirmer, que l'empereur de Russie ne se ré-
signe pas à payer au Japon une indemnité sous'
quelque forme qu'on la présente. On pouvait
craindre que cette détermination n'amenât une
rupture des négociations. Au contraire, le ba-
ron Komura se disposé à faire lundi de nou-
,yelles propositions. Quelles seront-elles? Nul
ici ne saurait le dire avec certitude. On parle
de nouveau de soumettre à un arbitrage cette
partie du différend. Cette solution, a laquelle on
a maintes fois fait allusion, n'a pas eu, jus-
qu'à présent, beaucoup de succès. En aura-t-
elle davantage ïundi prochain?
On escompte au surplus la mise en œuvre de
nouvelles influences. On croit, en effet, qu'un
nouveau traité vient d'être conclu entre l'Angle-
terre et le Japon. On paraît y attacher aux Etats-
Unis une très grande importance. M. Witte lui-
même, dans une interview que nous reprodui-
sons plus loin, semble en attendre de grosses
conséquences. L'élaboration de ce traité était
connue depuis longtemps. La signature du pro-
tocole n'était retardée, croyait-on, que par la
continuation des hostilités en Extrême-Orient.
Si donc le traité était réellement signé à l'heure
actuelle, on en pourrait déduire que le -pro-
ilème de la paix est résolu déjà par les chan-
celleries de Londres et de Tokio.'Il serait possi-
ble en outre que cette paix implicite eût réagi à
son tour sur le traité; car l'un et l'autre font
partie intégrante du même système de politi-
que que l'Angleterre et le Japon poursuivront
dans l'avenir en Extrême-Orient.
Les clauses de ce traité resteront probable-
ment secrètes mais quelques-unes d'entre elles
seront forcément traduites par les conventions
patentes- qu'il conviendra de signer avec la
Chine, en raison du nouvel ordre de choses
institué par l'exode des Russes hors de la Mand-
chourie. C'est ainsi que selon le texte de la con-
vention anglo-chinoise de 1898, Weï-Haï-Weï
n'était concédé aux Anglais que pour la durée
A& Inoccupation de Port-Arthur par les Russes;
Jl en résulte que Weï-Haï-Weï devrait à l'heure
ictuelle être restitué à la Chine. Il va sans
dire que les Anglais se disposent à n'en rien
?aire et que les Japonais, en s'attribuant le bail
de Port-Arthur, ont admis par avance la prolon-
gation du bail de Weï-Haï-Weï au profit de
leurs alliés.
En opposition à l'influence pacifiante du
traité anglo-japonais, on signale auxEtats-Unis,
non sans quelque véhémence, l'influence des
conseils que l'on croit avoir été donnés par
Guillaume II au tsar lors de l'entrevue de
Bjœrko. L'empereur allemand aurait, affirme-
t-on, recommandé à Nicolas d'octroyer la Douma
d'empire, mais de ne pas conclure la paix. Qui
peut dire si ces suppositions sont fondées? Il est
certain qu'elles sont vraisemblables. Guil-
laume II s'accommode trop bien du Reichstag
pour ne pas être favorable à l'institution d'une
Assemblée consultative. De plus, sa crainte
FEUILLETOM OU Utottp-S
DU 28 AOUT 1905
CHRONIQUE THÉÂTRALE
L'ANNÉE THÉÂTRALE A LONDRES
Londres, août 1905.
Mon distingué confrère M. Adolphe Brisson
me demandait, lors de son dernier séjour à
Londres, si la saison théâtrale, qui touchait alors
à son déclin, était aussi' maigre que celle dont
Tavais fait, l'an passé, dans les colonnes du
Temps, un tableau aux couleurs aussi sombres
que possible. Ces questions à brûle-pourpoint
sont toujours embarrassantes, et elles le sont
encore bien plus quand elles sont posées par
un aimable étranger qui, évidemment, est en
droit d'attendre une réponse pesée avec plus de
«oin que ne le serait celle que nous serions
tentés de faire à un compatriote qui nous inter-
rogerait..
Aussi ne fut-ce pas sans quelque difficulté
tme je répondis à la question de mon ami fran-
çais. Je ne suis même pas certain d'être à même
de lui donner maintenant une réponse décisive.
Que vaut la saison qui vient de se terminer, par
Rapport, à celle de l'année dernière? Dans les
deux cas leur valeur respective est si minime
que j'ai envie de citer la réponse'de notre Sa-
muel Johnson à qui l'on demandait de se pro-
noncer sur les mérites comparés de deux
poétaillons, ses contemporains «Monsieur, il
n'est pas possible de décider qui a le pas sur
Tautre, du pou ou de la puce. » Les saisons
.suivent les saisons, comme « Amurat v Amu-
rat succède ». Toutes sont affreusement mau-
vaises. Ce qu'il y a peut-être de mieux à en
Oire, c'est que certaines saisons ne sont pas
aussi affreusement mauvaises que certaines
^autres. Cet état de choses'est, à coup sûr, dé-
plorable. Mais quelle que soit ma douleur,
j'espère, pour ma part, pouvoir l'endurer avec
courage. La « décadence du théâtre », le « dé-'
clin du drame » et autres complaintes lugubres
;âu même genre, ne doivent nullement nous
terrifiez*. Il ne nous faut pas exagérer l'impbr-
tance du théâtre.
? Remettons-nous-en là-dessus à nos amis les
directeurs, les auteurs et les acteurs,pour ne pas
mentionner î«s préposés au bureau de location,
les agences de billets de théâtre, les vendeurs
$ e CI les vendeurs
de programmes et les hommes-sandwiches.
;0û'u nous soit même permis, au plus profond
de notre être, dans le cœur de notre cœur »,
.somme dit Shakespeare, de nous faire ces ré-
flexions non dépourvues d'une certaine vérité
-Jotre planète la Terre ne cesserait pas de tour-
ner confortablement sur son axe; les humains,
|ar milliers, continueraient de se- couper mu-
iïimemmtld,Morse à seule fin de démontrer
du péril- jaune est assez connue pour qu'on
ne doute pas qu'il désire l'écrasement des
Japonais. Malgré cela, on ne peut attri-
buer à ces, suppositions d'autre valeur que
celle d'une hypothèse. Si elle était exacte, Guil-
laume II aurait domré'à'souTmpérialcousifi"trév
fort mauvais conseils. La Russie n'a pas seule-
ment besoin de la paix intérieure, que le fonc-
tionnement de la Douma ne lui accordera d'ail-
leurs peut-être pas. Elle a aussi besoin de la
paix extérieure, car la première ne saurait exis-
ter sans la seconde. C'est la guerre qui a en-
gendré l'agitation intérieure; ce serait une er-
reur de croire que le calme se rétablira en deçà
des frontières tant qu'on se battra au delà.
Quoi qu'il en soit, justifiées ou non, les suppo-
sitions faites aux Etats-Unis sur le rôle de l'em-
pereur allemand dans une affaire que le prési-
dent Roosevelt a faite sienne, contribuent à
augmenter l'animosité que les Américains nour-
rissaient déjà à l'égard des Allemands. Ce n'est
pas une des conséquences les moins curieuses
des négociations de Portsmouth.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
<̃ Berlin,27août.
Le prince Arthur de Connaught assistera aux
grandes manoeuvres allemandes. Le bruit avait
couru que le prince de Galles y assisterait égale-
ment il est démenti et présenté comme une méprise
sur le nom du prince de la famille royale anglaise.
Vienne, 27 août.
La brochure du professeur Zessig parue à Berlin
là Crise hongroise et les Hohenzollern, vient d'être in-
terdite dans la monarchie autrichienne elle conti-
nuera à circuler cependant en Hongrie.
Vienne, 27 août.
l'p.s 232 soldats allemands pris dan» lJor.
et deuxième bataillons maritimes à Kiel pour aller
renforcer le corps expéditionnaire de l'est africain
sont arrivés hier soir à Vienne, où ils ne se sont
arrêtés d'ailleurs qu'une heure, le temps nécessaire
pour changer de train. Le commandant de la place
de Vienne, l'attaché militaire allemand de Bülov et
le chargé d'affaires à l'ambassade d'Allemagne,
comte Schwerin, ont reçu les officiers sur le perron
de la gare. Les soldats s'embarqueront aujourd'hui
à Trieste sur le vapeur du Lloyd Kœrber à destina-
tion de Zanzibar où les attendra le croiseur allemand
Bussard. Comme on s'est étonné qu'ils aient tra-
vèrsél'Autriche, les journaux allemands font remar-
quer que c'était uniquement pour gagner un temps
précieux, comme le fit, il y a quelques années, le
corps expéditionnaire se rendant en Chine.
Viennne,27août.
La Neue Freie Presse annonce le prochain retour
en Russie de l'amiral Rojestvensky il aurait déjà
reçu l'autorisation de quitter le Japon.
Rome, 27 août.
Les gouvernements italien et espagnol sont en
pourparlers pour Ja prolongation de l'arrangement
commercial provisoire actuellement en vigueur en-
tre les deux Etats.
Contrairement au bruit d'après lequel l'ambassa-
deur de Russie près le Quirinal, comte Mouravief,
aurait demandé à être relevé de ses fonctions, on
assure dans les cercles de l'ambassade de Russie
que ce diplomate rejoindra son poste à bref délai.
Constantinople, 27 août.
Un notable et riche Arménien nommé Apik effen-
di Oundjian, fournisseur des ministères de la ma-
rine et de la guerre, a été tué, hier, de quatre coups
de revolver dans une rue de Galata, à proximité du
pont, par l'Arménien Vartan, protégé étranger, qui,
arrêté, déclara que le mobile du crime était le refus
d'Apik eflendi Oundjian de lui payer une dette de
cinquante livres turques; mais la conviction générale
Bst que l'assassin a agi sur l'ordre du comité hint-
chakiste, car l'Arménien Vartan avait deux acolytes
qui s'enfuirent après le meurtre. Cet assassinat, en
dehors des regrets inspirés par la disparition d'un
homme utile a la communauté arménienne, cause
une grande émotion parce que, survenu après l'at-
tentat contre le sultan et l'affaire de Smyrne, il
prouve l'existence des comités révolutionnaires à
Constantinople. On craint que leurs prochains actes
ne suscitent des troubles et ne soient de nature à
exciter les musulmans contre les chrétiens.
Les autorités de Smyrne, voulant donner l'exem-
ple, ont fait pendre l'Arménien Bedros qui, en 1902,
assassina le notable Baliussian et fut condamné à
mort.
Les ambassades doivent remettre aujourd'hui à la
Porte la note annonçant la désignation des contrô-
leurs financiers en Macédoine. Le conseil des mi-
nistres délibérera demain sur la question.
La Haye, 26 août.
Officiel. -Le gouverneur de Surinam, M. Lely,
vient de démissionner
que la civilisation va toujours progressant une
partie de la société humaine continuerait à pas-
ser en automobile, insouciante et gaie, sur le
corps du reste des mortels quand bien
même le théâtre disparaîtrait Soyons donc
prudents et n'exagérons pas l'importance du
théâtre. Si quelqu'un vient me demander « La
dernière saison théâtrale de Londres a-t-elle
été meilleure ou pire que celle qui l'a précé-
dée ? » cet ami zélé de l'art dramatique ma-
nifeste une curiosité fort vive sur ce qui n'est,
après tout, qu'une chose de très petite impor-
tance. Mais puisqu'en fait la question a été po-
sée et que c'est moi qui suis censé y répondre
sur-le-champ, il faut que je m'exécute. Je ré-
ponds donc carrément que la dernière saison
est certainement en progrès sur sa devancière.
Si elle ne nous pas donné de grandes œuvres,
elle nous en a donné cependant quelques-unes
qui sont bonnes. De jeunes auteurs se placent
au premier rang et nous dédommagent ample-
ment de la stérilité relative de la « vieille cli-
que » old gang.
Quiconque est un peu au courant de l'argot
traditionnel de la vie parlementaire anglaise,
sait ce que signifie l'expression de « old gang ».
Cette phrase vole sur les lèvres et plus par-
ticulièrement sur Celles des députés jeunes et
ambitieux toutes-les fois qu'un nouveau mi-
nistère est en formation. La « old gang » se com-
pose des vétérans qui, à force de services ren-
dus dans le passé, ont acquis pour ainsi dire le
droit imprescriptible d'appartenir à chaque mi-
nistère ils sont devenus des ministres de pro-
fession. Naturellement, les jeunes déclarent
que la « vieille clique » vit sur sa réputation,
qu'elle n'est plus à la hauteur de sa tâche, qu'il
est grand tempsde lui infuser un sang nouveau.
Tout de même la « vieille clique » se refuse
à voir les choses sous ce jour fâcheux et
véritable rempart de la Constitution-britan-
nique elle se considère, sans effort, comme
indispensable. Dans le monde théâtral, il y a
également une « vieille clique ». II y a des au-
teurs qui, durant de nombreuses années, se
sont partagé la souveraineté de la scène, au-
teurs qui, pour le. premier venu, représentent en
fait le théâtre et qui répondent presque régle-
mentairement au toast de « l'art dramatique »
dans tous les banquets officiels. Ce sont les au-
teurs dont le public attend, chaque saison, au
moins une pièce par tête.
L'importance de la saison se mesure d'après
leur présence ou leur absence surl'affiche, leur
succès ou leur insuccès. On dit couramment:
«Une saisonvide pas"de pièce deM. X. », ou
encore :«Cettesaison,M.Y, n'estpasaussi bon
qued'habitude ». Serait-ce impertinent, dé lapart
d'un étranger, que d'oser dire que « the old
gang » de Paris était faite, il y a une trentaine
d'années, d'Augier, de Dumas fils et de Sar-
dou ? Il y a quelques anrîées à peine, notre
a vieille clique » formait aussi une trinité
Pinero, Grundy et Henry Arthur Jones. M.
Grundy n'en fait plus partie je veux dire par
là qu'il a renoncé à écrire des pièces, bien qu'il
datene, de temps à autre, rendre aux directeurs
iie Ûiéatreie.seryjce àe Jeux adapter disceuïres^
[Service Bavas)
Constantinople, 27 août. l
Sur la réclamation de l'ambassade de. France, un ci-
toyen français, nommé Desmaisons, qui avait été ay-
rê.té illégalement, a été remis en liberté.
'"̃" Rome, 27 août.
Dans les cercles du Vatican, on dément formelle-
ment le bruit répandu par les journaux étrangers, d'a-
près lequel le pape aurait l'intention d'appeler les non-
ces et les délégués apostoliques pour les consulter sur
les questions politiques internationales.
Le nonce de Vienne se trouve depuis trois semaines
en Italie en congé; le nonce de Madrid demande ins-
tamment un congé qui lui a été jusqu'ici refusé; le
nonce de Lisbonne est malade et ne pourra pas quit-
ter le Portugal de longtemps. Il n'existe pas d'autres
nonces de première classe.
Cependant le pape, contrairement à ce que faisait
Léon XIII, qui ne donnait jamais de congé aux nonces
que pendant leurs déplacements ou au terme de leur
carrière, leur permettra périodiquement quelques mois
de repos, afin de voir leur famille.
Tours, 27 août.
Un orage a éclaté sur Vouvray et les environs.
Les grêlons, qui atteignaient la grosseur des œufs
de pigeon, ont causé des ravages importants dans les
vignes sur une longueur de plusieurs kilomètres.
«O-
r ÉLECTION SENATORIALE DU 27 AGUT
LOIRE
;̃̃;̃; Inscrits 966. Votants 963 •
-V Majorité absolue 482
MM. Le docteur E. Reymond, président du
cons. d'arr. de Montbnson, rép. 484 Elu
G. Levet, dép. de l'arr. de Montbnson;
cons. gén. rép. (Union démocratiq.). 457
Tullio Gavalazzi, candidat du parti so-
cialiste unifié 18
Il s'agisf ait de remplacer M. Francisque Reymond,
décédé, qui avait été réélu en 1897 par 764 voix, le se-
cond sur la liste, après M. Waldeck-Rousseau, qui
avait été nommé par 768 voix.
La dernière élection sénatoriale dans la Loire re-
monte au 23 octobre dernier. M. Audiffred, député,
avait été élu ~~?~~0~ -Mnneës'M-'Rëal,
-t" n-t_;< vl..IUli1 kW aonnées a M. -.t\cal, 1
ancien député républicain, conseiller général.
-^>
LA QUESTION DES POSTES
Un employé de l'administration des postes a
trouvé un moyen de remédier à tous les abus, .j
de réaliser tous les progrès, de pousser ce ser-
vice.d'Etat au point de perfection désirable dont
il est actuellement si éloigné. Cet employé a
décidé de poser sa candidature à la députa-
tion. Et il ne doute pas que s'il est élu, sa pré-
sence sur les bancs du Palais-Bourbon ne suf-
fise à combler tous les vœux de ses collègues
et du public.
Ce candide postier a certes, comme tous les
citoyens français, le droit d'essayer de se faire
élire député. Mais on ne voit pas comment il
pourrait être, ainsi qu'il se l'imagine, le député
des postes. Faut-il lui apprendre que les élec-
teurs français votent non par classes ou par
corporations, mais par circonscriptions territo-s
riales? Un membre de la Chambre représente
Tonnay-Charente ou Fouilly-les-Oies, et non les
zingueurs, les marchands de billets ou les or-
donnateurs des pompes funèbres. Il -n'existe pas
de circonscription où la majorité des électeurs
appartienne a l'administration que dirige M. Bé-
rard donc il ne peut y avoir de député spécia-
lement élu comme postier par les postiers. La
représentation corporative a des partisans;
mais elle n'a pas encore été instituée. Et peut-
être ne serait-il nullement souhaitable qu'on
l'instituât. Elle aurait un grave inconvénient.
Elle enverrait au Parlement des représentants
d'intérêts particuliers, alors que le devoir des
assemblées législatives est de ne servir que l"in-
térêt général.
Les naïves ambitions du candidat postal
soulignent une particularité remarquable et^
inquiétante de la présente crise des postes. Ce
brave homme se figure que nul n'est plus dési-
gné qu'un bureaucrate pour résoudre les ques-
tions administratives. Il se le figure, parce qu'il
nourrit cette illusion que les seules réformes à
opérer sont celles dont rêvent les employés et
qui leur profiteraient. Nul ne connaît évidem-
ment mieux qu'un postier les desiderata de la
gent postière. Seulement, est-ce précisément
afin d'être agréable aux postiers qu'il est néces-
saire de réformer le service des postes? L'opi-
nion croyait qu'il s'agissait avant tout de satis-
faire le public.
Phénomène curieux et bien caractéristique
des mœurs régnantes Tant que le public fut
seul à se plaindre, tant qu'on ne parla que de*
lettres et de dépêches qui arrivaient avec de fan-
tastiques retards ou même qui n'arrivaient pas
du tout, les hauts dignitaires de l'administra-
tion opposèrent à ces réclamations une indiffé-
rénce sereine. Ils ne commencèrent à s'émou-
voir que lorsque l'association des employés
françaises, telle cette version à& Les Affaires sont
les affaires, qu'il nous a donnée cette saison.
Voici donc la première question que l'on ne
manque jamais de se poser lorsqu'on passe en
revue la saison « Qu'y a-t-il à1 dire de M. Pi-
nero et de M. Jones? »
M. Pinero n'a « produit » qu'une seule pièce
A wite without a smile, qui a échoué comme
elle le méritait non sans avoir provoqué
quelque chose qui ressemblait fort à un scan-
dale. Imaginez la Revue des Deux Mondés pu-
bliant un conte grivois, ou Paul Hervieu écri-
vant une farce comme les Dragées d'Hercule
pour le Théâtre-Français. Vous voyez d'ici la
stupeur causée par un certain incident qui or-
nait la comédie donnée par M. Pinero sur l'une
des scènes les plus orthodoxes de la « pudique
Albion ».
Il est une mauvaise plaisanterie qui fait en-
core, m'assure-t-on, le bonheur des gars mal éle-
vés des villages perdus dans la pleine campagne,
plaisanterie qui a fourni le sujet de mainte his-
toire piquante dans mainte langue. On atta-
che une ficelle au pied d'un lit situé à l'étage
supérieur; on la fait passer par un trou du plan-
cher et la voici qui pend dans la chambre du
rez-de-chaussée. Quand un couple amoureux
occupe le lit, la corde vibre pour la plus grande
joie de la compagnie qui tient ses assises dans
la chambre _du bas. Cette invention délicate
tout incroyable que cela puisse paraître joue
le rôle principal dans la comédie de M. Pinero.
Un couple de nouveaux mariés étaient censés
s'asseoir sur un divan auquel une poupée était
attachée par une ficelle. Quand la poupée dan-
sait, les spectateurs en concluaient ce que bon
leur semblait. II est vrai que l'auteur avait pris
soin de nous prévenir que le geste le plus inno-
cent ébauché sur ledit canapé suffisait à mettre
en branle la poupée. Mais quelle que fût l'his-
toire que nous contait l'auteur, les bonds dé-
sordonnés de la poupée nous contèrent une
histoire à leur façon. Bref le joujou devint un
instrument enregistreur en l'honneur duquel
je me suis permis de fabriquer le nom d' « éro-
tomètre ». On comprend facilement qu'aussi-
tôt que la poupée commençait à se mettre en
mouvement, la comédie passait inaperçue. Quel
en était le sujet? Cela n'avait aucune impor-
tance. La seule chose importante, c'était la
poupée. Toutes les fois qu'un couple quittait le
salon du rez-de-chaussée pour aller au premier,
tout le monde se posait la même question la
poupée va-t-elle vibrer.? Et naturellement tous
les personnages de la pièce montaient dans la
chambre du premier, par couples, de même que
les animaux entrèrent dans l'arche de Noé
et naturellement la poupée était toujours en
mouvement. En parodiant le titre d'une vieille
comédie française, on aurait pu forger pour la
nouvelle comédie de M. Pinero un nom digne
d'elle « L'Erotométromanie ». Où était donc le
censeur, d'habitude gardien si vigilant de notre
morale scénique? Evidemment notre bon cen-
seur, tel le bon Homère, aliquando dormitat. Mais
Iepublic était fort éveillé et il protesta vigoureu-
sement. L'auteur, de son côté, protesta, et sur-
£ris, slttdigQa jni£ l'ûn^dt. ainsi méconnu ses.
formula à son tour des doléances. Le publie, ce
n'est rien. Mais lorsque les syndicats de fonc-
tionnaires s'agitent, la question devient grave.
Ministres et sous-secrétaires d'Etat s'empres--
'sent de recevoir leurs subordonnés d'une façon
charmante et de leur promettre tout ce qu'ils
veulent.
C'est à leurs associations que l'on confie le
soin d'élaborer un programme d'améliorations,
qui amélioreront certainement le sort des em-
ployés, mais pourront très bien ne pas changer
celui du public ou même l'aggraver. Certains
de ces employés paraissent déjà penser que tous
les bénéfices de l'exploitation devraient être
affectés à des augmentations de salaires ou à
des réductions de travail. Etrange manière de
voir les choses, et qui n'annonce rien de bon
pour le contribuable Si les Chambres votent
les crédits que M. Dubief et M. Bérard se décla-
rent résolus à solliciter, on espère bien qu'il se
trouvera quelques députés, qui ne seront pas
les députés des postes, mais les représentants
du peuple, pour exiger que ce surcroît de dé-
penses profite d'abord aux expéditeurs et des-
tinataires de lettres et de télégrammes, c'est-
à-dire à ceux qui payent et qui sont, fondés à
demander qu'on leur en donne pour leur ar-
gent.
LA BOURSE ET LA VIE
Il y a une question de la Bourse du travail. La
lutte est engagée entre le gouvernement du pays et
le gouvernement des syndicats car ceux-ci, on ne
l'ignore pas, sont régentés par deux ou trois « orga-
nismes » comparables à la Chambre, au Sénat et au
Conseil municipal. Les sièges, dans ces diverses as-
semblées, sont ardemment convoités et âprement
disputés. Non seulement le cumul est permis, mais
~LS~r~W~"Ju~moSveB&M
Sol» les rnrrgealIU) l!tt 11 ouVeIHeIl~
ouvrier arrivent, suivant leur expression, à s'assu-
rer l'indépendance.
On est aujourd'hui secrétaire de syndicat comme
on est tailleur ou comptable. C'est même un assez
ijon métier. Le secrétaire d'une fédération d'indus-
trie reçoit ordinairement une indemnité mensuelle
de 250 francs. Pour peu qu'il soit délégué à la Con-
fédération du travail, à l'union des syndicats de la
Seine, à la commission administrative de la Bourse,
il peut avec aisance doubler son traitement. La si-
tuation est enviable. Aussi ne l'abandonne-t-on pas
quand on la tient. Si, par aventure, le suffrage des
compagnons vous échappe, on sollicite la confiance
d'un autre syndicat, nous allions dire d'une autre
circonscription, mais nous sommes en pays d'anar-
chisme, ne l'oublions pas. Il existe à la Bourse du
travail des secrétaires chevronnés qui, tour à tour,
ont représenté les coiffeurs et les chorégraphes, les
confiseurs et les travailleurs non qualifiés.
Au reste, n'allez pas croire que les douceurs des'
« secrétariats » amollisse l'ardeur révolutionnaire des
chefs syndicalistes. Oh non. Ils exercent une active
propagande à travers le pays, aux frais de leurs
contribuables. Le prolétariat organisé est même
assez généreux envers ses représentants. Il paye
quatre-vingt-quatorze francs une conférence à Hen-
nebont, deux cent quatre-vingt-sept francs un court
séjour à Dublin, etc.
Dans toutes les grèves, la Confédération du tra-
vail envoie l'un des siens. Il vient avant ou après,
jamais pendant. Cela. lui permet de se consacrer
sans interruption fâcheuse à l'éducation du proléta-
riat, car lorsqu'il y a des coups à recevoir, il est ab-
sent. A lui l'indemnité, aux naïfs travailleurs affo-
lés par ses discours la prison. Chacun son rôle ici-
bas.
7On document va nous permettre d'apprécier le
double jeu des dignitaires syndicalistes, en nous ra-
menant à la question précise de la Bourse du tra-
vail.
Nous avions annoncé récemment que des syndi-
cats avaient demandé au préfet de'la Seine d'ordon-
nancer la subvention municipale qui leur était pré-
cédemment allouée. Cette information, d'apparence
anodine, avait eu le don d'émouvoir l'ancienne com-
mission administrative. « Il n'y a pas de syndicats
qui s'abaisseraient ainsi devant le pouvoir préfectoral
pour une mesquine question d'argent », avait pro-
testé son secrétaire. Et dans un article de la Voix
du Peuple, intitulé « Argent et dignité », il écrivait
ces fières paroles « Nous ne sommes pas à ven-
dre 1 »
Eh bien, ce même secrétaire, si farouchement
jaloux de l'honneur des syndicats, ne professait pas
les mêmes scrupules en ce qui concerne la commis-
sion administrative. Tandis qu'il prêchait le renon-
cement aux syndicats, il écrivait à M. de Selves la
lettre suivante
Le secrétaire de la commission administrative de la Bourse
du travail à monsieur le préfet de la Seine
Monsieur le préfet,
Aux termes du décret du 17 juillet 1900 régissant la
intentions absolument innocentes. La presse
descendit dans l'arène, et bientôt dans chaque
café-concert, chaque chansonnier décochait sa
plaisanterie et son œillade en célébrant les
dancing dolls. Ce fut un fâcheux contretemps.
Hâtons-nous de l'oublier.
Une seule pièce flgure au crédit si tant est
que crédit soit le mot juste deM.H.-A.Jones.
C'est The Chevaleer, comédie écrite autour du
personnage fantastique, dessiné presque à la
Dickens, d'un saltimbanque bon enfant, flam-
boyant et à l'irrésistible bagout. Tel don César
à&ns Rny Blas, notre saltimbanquetombeaubeau
milieu d'une intrigue à laquelle il ne comprend
rien, mais dont il sait tirer néanmoins un excel-
lent parti. Un gentilhomme campagnard et sa
femme ont chacun dans leur vie un certain in-
cident qui n'est guère à leur honneur, et cha-
cun s'imagine que le saltimbanque en question
connaît ce secret. Notre gaillard ne sait rien,
mais il est assez malin pour faire croire à ses
victimes qu'il sait tout, et grâce à un chantage
au fond inoffensif, il les décide à l'embaucher
pour organiser une fête coûteuse donnée en
commémoration du centenaire du grand-père
du « squirè ». L'intrigue, on le voit, est nulle-
simples balivernes délayées dans beaucoup de
bruit. Tout dépendait du « rôle de caractère » »
du saltimbanque, qui, quoique joué avec une
vitalité exubérante par M. Arthur Bourchier,
n'était pas assez nouveau, ou assez frappant,
pour donner de la vie à la pièce. Encore un
« four » pour « the old gang » l
C'est une consolation que de pouvoir nous
occuper maintenant de deux hommes d'une
intelligence pénétrante, d'une individualité bien
marquée, qui ont sur la vie un point de vue nou-
veau et personnel, et qui sont tous deux dans
la plénitude de leur talent. Je veux parler de
l'Ecossais J.-M. Barrie et de l'Irlandais Bernard
Shaw, que j'ai eu le plaisir de présenter l'an-
née dernière aux lecteurs de ce journal. M.
Shaw a bénéficié cette saison, suivant l'expres-
sion américaine, d'un véritable « boom ». Un
théâtre de Londres, le Court, a monté presque
uniquement de ses œuvres, anciennes et nou-
velles. Après avoir été un « toqué » dont se mo-
quaient les « Philistins », un simple « outsider »
excentrique, il est devenu l'auteur à la mode,
l'oracle des salons, l'idole des femmes du
monde, savantes et même frivoles, le cher
maître » de la jeunesse académique. A une ma-
tinée où l'on jouait une de ses dernières pièces,
on pouvait voir, dans un même rang de fau-
teuils, cinq ministres du cabinet et deux mem-
bres éminents de l'opposition. On a écrit sur lui
des articles qui ont paru dans l'austère Ëdin-
burgh Revieiv, ce qui équivaut presque à la
canonisation. La jeune Amérique l'a adopté
avec une vigueur tout américaine, et des tra-
ductions de ses œuvres ont été acceptées par un
auditoire allemand avec un sérieux vraiment
teutonique. Rien de lui n'a été encore traduit en
français, du moins à ma connaissance. C'est là
ce qui serait, en vérité, un miracle 1
Expliquer Bernard Shaw, même de la façon
la plus superficielle, à des lecteurs français, me
jjaraît une tâche jiexaullamiellfi-ifi iaifcuis..Car..
Bourse du travail, et suivant les termes de l'art. 10,
§ 2, la commission administrative composée de quinze
membres est élue pour une année par les délégués
des syndicats admis à la Bourse. La commission en
fonctions _A-étô élue^le 14-août 1904, ses pouvoirs expi-
rent le 13-août 1905 au soir.
d'ai l'honneur de vous informer qu'à cette date, la
commission, qui n'a depuis le 1" janvier pu fonction-
ner que grâce à des emprunts contractés vis-à-vis des
syndicats, cessera d'assurer les services qui lui sont
indiqués par le décret.
La commission me charge d'attirer particulièrement
votre attention sur ce fait que les indemnités des deux
secrétaires n'ayant pas été payées, il reste dû aux
deux fonctionnaires de la commission la somme de
3,750 francs. En outre, les jetons de présence des mem-
bres de la commission s'élèvent à la somme de
1,249 fr. 95.
D'autre part, le conseil judiciaire, pour le fonctionne-
ment duquel le Conseil municipal a fixé une subven-
tion de 5,000 francs, n'ayant égalementrien touche, il
lui est dû, à cette date, la somme de 3,124 francs. En-
semble, ces sommes dués à des personnes se montent
au total de 8,124 francs, indépendamment des sommes
dues conformément aux affectations prévues par le
budget de la commission administrative, et dont par-
tie des justifications régulières a déjà été fournie à
l'administration.
Veuillez agréer, monsieur le préfet, l'assurance de
ma haute considération.
Le secrétaire DESPLANQUES.
La forme déférente de cette lettre contraste singu-
lièrement avec l'allure cassante affectée publique-
ment par la commission administrative envers le
préfet de la Seine. Sa teneur ne concorde guère non
plus avec les conseils donnés aux syndicats dans la
Voix du Peuple. Mais voilà, cette lettre devait res-
ter secrète, et ce n'est pas sur le môme ton qu'on
affirme les principes et qu'on sollicite une subven-
tion.
C'est mercredi que les syndicats de la Bourse du
travail sont invités, par la commission préfectorale,
à nommer les membres de leur commission de con-
mseYaÈsîênïïori. Elle veut exercer le pouvoir abso-
lu, comme naguère. Il est probable que son conseil
ne sera pas suivi et que nombre de syndicats profi-
teront de l'occasion pour s'affranchir de la tutelle
anarchiste.
Leur religion est maintenant éclairée. Ils connais-
sent les gens qui crient « La Bourse ou la mort! »
et qui, en catimini, réclament humblement la Bourse
et. la vie.
^>
LES AFFAIRES DU MAROC
(Dépêches de nos correspondants particuliers)
Tanger, 26 août.
Auv dernières nouvelles de Fez, datées du 22, le
sujet algérien Bou Mzian était toujours en prison
et le makhzen aurait répondu par écrit aux repré-
sentations de M. Saint-René Taillandier qu'il decli-
nait les réclamations de la France.
Mais cette réponse est antérieure à la mise en de-
meure que le ministre de France a été chargé de no-
tifier au sultan. On croit que le makhzen cédera au
dernier moment.
La France insistera, dit-on, pour qu'un haut per-
sonnage marocain aille présenter des excuses, même
si les demandes actuelles, si modérées, de la France,
sont acceptées..
Berlin, 27 août.
Le conflit franco-marocain n'est pas considéré ici
comme grave et on approuve le procédé employé
par la France. Le sultan aurait agi contrairement
aux accords de la convention madrilène et l'Allema-
gne ne prendra pas sa défense. On croit à Berlin que
l'incident sera bientôt aplani, le sultan devant céder
à la satisfaction de la France.
On mande de Madrid, 26 août, à l'agence Havas
•Des télégrammes particuliers, publiés sous toute
réserve, disent qu'à Melilla les troupes du sultan ont
attaqué les tribus fidèles du roghi et leur ont mas-
sacre vingt-cinq cavaliers. Des combats acharnés
ont eu lieu entre les tribus ennemies et il y a de
nombreux morts.
Le roghi est attendu incessamment. près de
Melilla, dont les sentinelles ont été renforcées.
Un télégramme de Tanger porte que le prétendant
a réuni au camp de Gidi-Mollac de nombreux parti-
sans il paraît qu'une colonne des troupes impéria-
les est campée non loin de là et demeure inactive
en face des rebelles.
Le délégué du prétendant organise des forces dans
le Riff. L'armée du sultan a eu neuf cents déser-
tions dans l'espace d'un mois.
VERS LA PAIX
A Portsmouth
La séance tenue dans l'après-midi du 26 n'a duré
qu'une heure et demie. A trois heures moins vingt,
MM. Witte et de Rosen, accompagnés de M. Nabo-
kof, sortaient de leur hôtel, montaient en automo-
bile et se dirigeaient vers l'arsenal en passant par
le village de Newcastle. Quelques minutes plus tard,
il n'est pas latin pour un sou. Mais le métier
d'un critique est d'expliquer l'inexplicable; je
ne dois donc pas songer à refuser d'en venir au
fait et à éviter le sujet de M. Shaw.
D'abord son œuvre soulève une question qui
n'intéresse pas uniquement le théâtre anglais.
Lequel des deux types d'auteur dramatique
devons-nous préférer l'homme à idées qui
choisit par hasard le théâtre comme le meilleur
moyen de les exprimer-nullement, peut-être,
en raison d'une prédisposition innée à faire du
théâtre, mais simplement parce que la scène lui
offre le moyen le plus direct, le plus populaire,
le plus efficace de communiquer ses idées aux
hommes ses frères; ou bien l'homme de théâtre,
l'homme qui possède le don d'écrire des pièces,
l'homme qui a su acquérir l'art spécial de s'ex-
primer suivant les règles du métier dramatique,
mais qui n'a peut-être rien de très spécial, rien
de très important à exprimer? Il est bien évi-
dent que notre choix doit s'exercer suivant cer-
taines limites. Un auteur peut avoir si peu de
métier qu'il n'arrivera jamais à persuader son
public d'écouter les idées qu'il lui présente,
quelle que soit leur valeur. D'autre part, la
maîtrise technique, si parfaite qu'elle soit, de-
vient un jeu sans intérêt, un vain tour de pres-
tidigitation, quand aucune idée ne l'accompa-
gne ce qui s'est vu parfois dans l'histoire du
théâtre. Chimssra comoinans in vacuo Et pour-
tant on ne saurait nier que la foule et les criti-
ques école florissante dans tous les âges
qui se sont faits, ou sont, par tempérament les
porte-parole de la foule, ont toujours préféré
l'habileté dramatique, même quand elle est mise
au service de lieux communs misérables, à
l'abondance et à la richesse des idées, présen-
tées sans habileté dramatique. De là vient que
le refrain de la critique traditionnelle a tou-
jours été un refrain où l'on célébrait la for-
me du drame plutôt que son contenu, la
façon de s'exprimer plutôt que les pensées et
les sentiments exprimés. Sous le régime classi-
que, le mot d'ordre était « les règles ». Plus
tardf le mot d'ordre devint « la pièce bien
faite ». N'avons-nous pas vu tel ou tel chèf-d'œu-
vre d'Ibsen attaqué violemment sans que l'on
tint compte de la profonde ou subtile psycholo-
gie qu'il renfermait? On montait à l'assaut en
hurlant « Ce n'est pas du théâtre. » N'avons-
nous pas entendu tel ou tel critique, en pré-
sence d'une oeuvre qui substituait le souffle
même de la vie et son rythme étrange et irré-
gulier, aux conventions extérieures du théâtre,
s'écrier dans son effarement sincère « Mais où
est la pièce ? » Non que ces mots d'ordre n'aient
eu leur raison d'être et leur justification. Ils
n'ont fait qu'affirmer à l'extrême la loi fonda-
mentale qui veut que tout art se conforme aux
conditions qui lui sont propres, et que par
exemple, traiter une pièce de théâtre d'après
la méthode du roman, ou le roman et le théâtre
suivant la méthode de l'analyse scientifique,
soit un mauvais emploi des règles de l'art.
Après tout, il faut se rappeler cette vérité
la fonction primordiale de l'artiste quel que
soit son moyen d'expression artistique est
dlêke un marchand de xtïaïsi&^i-V'bâmme.avi
MM. le baron Komura, Takahira et Sato apparu,
rent leur tour en automobile et saluèrent la foulu
en silence; M. Komura fumait une cigarette de l'aiï
le plus insouciant du monde.
Selon le Daity Telegraph, la discussion des pléni-
potentiàires aurait porté sur le thème suivant la
Russie consentirait à céder la moitié de Sakhaline
et rembourserait au taux de cent millions de dollars
les frais causés par l'entretien des prisonniers
russes au Japon.
A quatre heures cinquante, les plénipotentiaires
s'ajournaient à lundi, sans avoir posé de part ni
d'autre de conclusions définitives.
L'ajournement était décidé sur la demande du
baron Komura, en vue de laisser aux plénipoten-
tiaires japonais le temps de communiquer avec
Tokio sur le sujet de la contre-proposition russe.
Les négociations et le traité anglo-japonais
A l'issue de la séance du 26, M. Witte a exprimé
dans une interview l'opinion que l'Angleterre pou-
vait être intervenue dans la marche des négocia-
tions, en traitant de son côté avec le Japon pour le
renouvellement de l'alliance anglo-japonaise
Il est bien possible que l'Angleterre, qui jusqu'ic!
n'a pas donné signe de vie, ait voulu conclure un
traité au moment actuel, pour pouvoir dire aux Japo-
nais « Nous concluons le traité maintenant, mais
nous voulons que vous finissiez la guerre.-» Je répète
que c'est une simple hypothèse; mais je répète aussi
que la demande d'ajournement de la part des Japonais
m'a surpris.
La question de l'indemnité
L'intervention supposée de la diplomatie anglaise,
dans les négociations de Portsmouth pourra faire
abaisser le taux ou changer la forme de l'indemnité
réclamée; mais l'intérêt extrême que présente pour
le Japon le règlement favorable de cette clause fait
croire qu'il ne saurait porter bien loin la limite de
ses concessions.
Le journal Jidaï Siko soulignait, dès le mois de
janvier dernier, la nature onereuse des emprunts
faits à l'étranger depuis le début de la guerre cest
cnrDrunta--rajayurt^»t. S«,.OiQ, acruànfti ja-
ponaises. Concluant de là que l'amitié anglo-
saxonne n'était pas gratuite et qu'elle ne s'étendait
pas au delà de certaines limites, la feuille japonaise
prévoyait que la fin des hostilités ne serait que les
commencement d'une lutte économique ayant la
Mandchourie pour théâtre et mettant en jeu les
puissants capitaux anglais et américains. Le Japon,
n'aurait fait, disait-elle, qu' « ouvrir la porte », et
resterait lui-même au seuil de la maison.
Il est certain, d'autre part, qu'en raison de.l'ac-
oroissement de sa dette, dû à la guerre, l'intérêt an-
nuel à payer par le Japon atteint 1 milliard 400 mil-
lions, somme supérieure à ses facultés. Ses impor-
tations dépassent ses exportations et elles vont en
croissant suivant une progression continue; enfin H
y a raréfaction d'argent à l'intérieur du pays et lei' `
derniers emprunts intérieurs n'ont pas été entière-,
ment couverts.
A Pétersbourg
Le pessimisme continue à régner d'une manière
absolue dans les cercles pétersbourgeois. Notre cor-
respondant particulier l'enregistre une fois de plus,
dans la dépêche qu'il nous adresse aujourd'hui
Nicolas Il a répondu au président Roosevelt de la
manière la plus ferme sur l'article de l'indemnité
mais il laisse entendre la possibilité de reconnaître la
conquête de Sakhaline. Sur le point important de la
cession d'un morceau de territoire, les efforts du pré-r
sident et de M. Witte auraient donc été couronnés de,
succès.
Je sais qu'on nie encore à Portsmouth, dans les in-
terviews, les dispositions conciliantes de Nicolas Il en
ce qui concerne Sakhaline mais ici on ne les conteste
plus. L'opinion qui prévaut est que cette concession,
faite par égard pour le président Roosevelt, est sansi
valeur, en raison de l'intransigeance des Japonais sur1
l'article de l'indemnité et du caractère illusoire des
combinaisons qui tendraient à leur procurer de l'ar-
gent aux frais de concessionnaires américains.
Rockefeller et la paix
Nous signalons, à titre de curiosité, la proposition
télégraphiée par notre confrère le Matin à M. Rocke-
feller de prendre à sa charge le payement de l'in-
demnité de guerre réclamée par le Japon, « pour
donner une leçon mémorable à ces deux empires,
qui semblent attacher plus de prix à l'argent qu'à la
vie humaine et pour épargner à l'humanité la honte
d'un conflit qui désormais ressemble au procès de
Shylbck, puisque c'est la rançon du sang d'un mil-
lion d'hommes qui est en jeu».
Cet appel au plus riche citoyen du monde -car il
possède en effet une fortune évaluée par notre con-
frère M. Jules Huret, dans ses notes de voyage en.
Amérique, publiées récemment, à environ quatre
milliards et demi --est une solution pour le moins
originale des négociations engagées à Portsmouth^
bien qu'il paraisse difficile pour la dignité des deux
empires on présence de l'accepter sous cette forme,
au cas naturellement où M. Rockefeller en ferait la
proposition.
L -intervention du puissant capitaliste américain
pourrait se produire d'une autre façon et avant
mémo qu'on lui en ait suggéré l'idée. Il semble, sui-
vant les télégrammes de Saint-Pétersbourg à une
agence, que des négociations soient depuis plusieurs
semaines en train entre M. Rockefeller et le gouver-
nement russe.
Un dos représentants les plus autorisés de la mai-
son Rockefeller a fait à Saint-Pétersbourg un assez
peut nous procurer un plaisir intellectuel raffine
ou un plaisir d'ordre moral ou de sympathie
sociale, ou bien encore un plaisir qui con-
siste à nous donner un aperçu imprévu ou plus
vaste sur la vie, cet homme met à notre dispo-
sition une série de sensations délicates et pre-
nantes que ne nous apportera jamais le spec-
tacle d'une simple adresse technique, d'un
simple don du théâtre. Voilà l'homme qu'est
M. Bernard Shaw.
Assurément, il n'est pas un dramaturge né.
Il est un iconoclaste né. Il prétend que les hom-
mes ne peuvent pas voir, et en sa qualité de
seul être qui, parmi nous, ait une vision claire
et précise, il essaye d'arracher les:voiles dont
nous persistons à emmaillotter les réalités et
de substituer les véritables noms des choses
aux faux noms qui ne servent qu'à nous duper
nous-mêmes perpétuellement. Il pourrait tenter
cette entreprise -c'est du reste ce qu'il a fait
en se servant du roman, du pamphlet, de la
parole, de l'article de journal. Il croit mainte'
nant que le drame le sert mieux dans sa croi-
sade, le drame étant l'instrument le plus
efficace de propagande intellectuelle. L'élé-
ment dramatique en soi n'est rien ou presque
rien pour lui. Ce qui le passionne, c'est la des-
truction des faux idéals, et, comme disent les
disciples de Nietzsche, la « surévalualion » de
l'idéal moral. Il saisit les vessies vides de la vie,
les lieux communs, les formules, les rodo-
montades semblables à des outres pleines de
vent, les vaines conventions et les faux senti-
ments tranquillement il insère son épingle, et
la chose se désenfle avec un crac. Le tour est
joué avec une verve extraordinaire et avec cet
esprit dont n'ont jamais manqué les Irlandais.
Il s'y mêle aussi un sentiment rare de ce qui est
« juste ». Ses pièces nous ont toujours ravi par
l'honnêteté de leur dialectique. Ses interlocu-
teurs "n'évitent jamais un point délicat et les
deux parties en présence ont chacune leur tour,
en toute justice et égalité.
C'est ainsi que dans John Bulles other Island,
pièce sur l'éternelle question irlandaise, il rend
justice aux qualités aussi bien qu'aux défauts
des Anglais et des Irlandais. Irlandais lui-mê-
me, M. Shaw peut se permettre de nous en dire
beaucoup plus long sur les faiblesses de ses
compatriotes que ne s'y risquerait un écrivain
anglais. Sur ce chapitre il parle avec autorité
Par la même occasion, il nous met sous les
yeux une peinture ironique de l'Anglais type,
tel que le voit l'Irlandais.
Doué par la nature d'un fond de bon sens
terre à terre, d'une énergie infatigable, d'un
optimisme incurable, d'une incapacité totale
pour sympathiser avec un autre point de vue
que le sien, cet Anglais vit principalement de
formules politiques, .véritables shibbolelhs
Free trade, Home 1'ule, défense des nationali-
tés opprimées, réforme, et mémoire sacrée de
notre « Grand old man». En sa qualité de parti-
san du Home rule, il visite l'Irlande pour étu-
dier les Irlandais chez eux. Il porte dans sa
valise toutes les conceptions idéales et sen-
timentales que- l'Anglais sympathique s'est
jttegéej du caractère irlandais- il croit à
LUNDI 28 AOUT fOOÏ
QUARANTE-CINQUIEME ANNEE. N» ÏWOT.N
PRIX DE L'ABONNEMENT rÊ^
PAÎ1S, SEME et SEIHK-ET-OISE. Trois mois, 14 tt. Sia mer, 28 fr.1, On M, B^fr. tfoiËffi
SÈPAST» et ALSAGE-LOSSAIKE. 17 fr.; 34 fr.; «-. esffr. C^
bkioh postale ̃ ̃»- 18 fr.; 3e fr.; vaX.^ 19q,
LES ABONNEMENTS BATENT DES 1" ET 16 DE CHAQUE MOI»
Un numéro (départements) %O centimes
f1 -III,.
ANNONCES MM. LAGRANGE, CERF ET C">, 8, place de la Bourse
Le Journal et les Régisseurs déclinent toute responsabilité quant à leur teneur
TÉLÉPHONE, 5 LIGNES: ?
S»" 1O3.OT 1O3.OB 1O3.O9 –• 119.37 •«• 110.40
PRIX DF L'ABONNEMENT
PÀÏIS, SEINE et SEfflE-ET-OISE. Trois aoi», 14 fr.; Six mois, 28 te. Db ai, 56 fr,
DÉPART" et ALSACE-LORKAIHE. ±7 te. 34 fr.J 68 fr.
DHIOH POSTALE 18 fr. 36 fr.; 72 fr.
V ;̃ LES ABONNEMENTS DATMT DES i" ET 16 BB CHAQUE MOI»
Un numéro (à Parie) 1£S' centime»
Directeur politique Adrien Hébrard
Toutes les lettres destinées à la Rédaction doivent être adressées au Directeur
Le Journal ne pouvant répondre des manuscrits communiqués ̃
prie Les auteurs d'en garder copie
ADRESSE télégraphique TEMPS PARIS
Paris, 27 août
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
LES NÉGOCIATIONS POUR LA PAIX
La conférence des plénipotentiaires russes et
japonais, qui devait avoir lieu dans l'après-midi
d'hier, et dont on attendait un résultat décisif,
a été ajournée à lundi prochain". Ce nouveau re-
tard, qui déçoit tant de curiosités, ne compro-
met pas les chances de paix; il montre, au
contraire, le vif désir d'entente des hommes
d'Etat- auxquels incombe la lourde tâche de
trouver un compromis entre la dignité d'un
Vaincu et les exigences d'un vainqueur.
On sait que le 23 août les plénipotentiaires
avaient décidé de se réunir à nouveau samedi.
Devant l'impossibilité pour les négociateurs de
s'entendre la semaine dernière sur la cession de
Sakhaline et le remboursement des frais de
guerre, le président Roosevelt avait suggéré
une. transaction possible. Il s'agissait, ainsi que
̃Bous l'avons exposé en détail, de considérer
isakhaline comme acquise aux Japonais et d'en
faire racheter une partie par l'empire russe.
iCette proposition, qui nous paraissait acceptable
en principe, ne fut portée à la connaissance du
,tsar par M. Meyer, ambassadeur des Etats-Unis
à Saint-Pétersbourg, que dans lajournée du23.Il
convenait donc d'attendre la réponse de Nico-
las II avant de continuer les pourparlers.
Or, cette réponse ne paraît pas avoir été pré-
cisément favorable. Les journaux russes qui,
s'ils ne reflètent pas l'opinion publique du pays,
indiquent au moins les tendances de la poli-
tique bureaucratique, après avoir admis assez
facilement le subterfuge du président Roose-
velt, déclarent à présent qu'il constitue une
puérilité ridicule. On suppose, car on ne peut
l'affirmer, que l'empereur de Russie ne se ré-
signe pas à payer au Japon une indemnité sous'
quelque forme qu'on la présente. On pouvait
craindre que cette détermination n'amenât une
rupture des négociations. Au contraire, le ba-
ron Komura se disposé à faire lundi de nou-
,yelles propositions. Quelles seront-elles? Nul
ici ne saurait le dire avec certitude. On parle
de nouveau de soumettre à un arbitrage cette
partie du différend. Cette solution, a laquelle on
a maintes fois fait allusion, n'a pas eu, jus-
qu'à présent, beaucoup de succès. En aura-t-
elle davantage ïundi prochain?
On escompte au surplus la mise en œuvre de
nouvelles influences. On croit, en effet, qu'un
nouveau traité vient d'être conclu entre l'Angle-
terre et le Japon. On paraît y attacher aux Etats-
Unis une très grande importance. M. Witte lui-
même, dans une interview que nous reprodui-
sons plus loin, semble en attendre de grosses
conséquences. L'élaboration de ce traité était
connue depuis longtemps. La signature du pro-
tocole n'était retardée, croyait-on, que par la
continuation des hostilités en Extrême-Orient.
Si donc le traité était réellement signé à l'heure
actuelle, on en pourrait déduire que le -pro-
ilème de la paix est résolu déjà par les chan-
celleries de Londres et de Tokio.'Il serait possi-
ble en outre que cette paix implicite eût réagi à
son tour sur le traité; car l'un et l'autre font
partie intégrante du même système de politi-
que que l'Angleterre et le Japon poursuivront
dans l'avenir en Extrême-Orient.
Les clauses de ce traité resteront probable-
ment secrètes mais quelques-unes d'entre elles
seront forcément traduites par les conventions
patentes- qu'il conviendra de signer avec la
Chine, en raison du nouvel ordre de choses
institué par l'exode des Russes hors de la Mand-
chourie. C'est ainsi que selon le texte de la con-
vention anglo-chinoise de 1898, Weï-Haï-Weï
n'était concédé aux Anglais que pour la durée
A& Inoccupation de Port-Arthur par les Russes;
Jl en résulte que Weï-Haï-Weï devrait à l'heure
ictuelle être restitué à la Chine. Il va sans
dire que les Anglais se disposent à n'en rien
?aire et que les Japonais, en s'attribuant le bail
de Port-Arthur, ont admis par avance la prolon-
gation du bail de Weï-Haï-Weï au profit de
leurs alliés.
En opposition à l'influence pacifiante du
traité anglo-japonais, on signale auxEtats-Unis,
non sans quelque véhémence, l'influence des
conseils que l'on croit avoir été donnés par
Guillaume II au tsar lors de l'entrevue de
Bjœrko. L'empereur allemand aurait, affirme-
t-on, recommandé à Nicolas d'octroyer la Douma
d'empire, mais de ne pas conclure la paix. Qui
peut dire si ces suppositions sont fondées? Il est
certain qu'elles sont vraisemblables. Guil-
laume II s'accommode trop bien du Reichstag
pour ne pas être favorable à l'institution d'une
Assemblée consultative. De plus, sa crainte
FEUILLETOM OU Utottp-S
DU 28 AOUT 1905
CHRONIQUE THÉÂTRALE
L'ANNÉE THÉÂTRALE A LONDRES
Londres, août 1905.
Mon distingué confrère M. Adolphe Brisson
me demandait, lors de son dernier séjour à
Londres, si la saison théâtrale, qui touchait alors
à son déclin, était aussi' maigre que celle dont
Tavais fait, l'an passé, dans les colonnes du
Temps, un tableau aux couleurs aussi sombres
que possible. Ces questions à brûle-pourpoint
sont toujours embarrassantes, et elles le sont
encore bien plus quand elles sont posées par
un aimable étranger qui, évidemment, est en
droit d'attendre une réponse pesée avec plus de
«oin que ne le serait celle que nous serions
tentés de faire à un compatriote qui nous inter-
rogerait..
Aussi ne fut-ce pas sans quelque difficulté
tme je répondis à la question de mon ami fran-
çais. Je ne suis même pas certain d'être à même
de lui donner maintenant une réponse décisive.
Que vaut la saison qui vient de se terminer, par
Rapport, à celle de l'année dernière? Dans les
deux cas leur valeur respective est si minime
que j'ai envie de citer la réponse'de notre Sa-
muel Johnson à qui l'on demandait de se pro-
noncer sur les mérites comparés de deux
poétaillons, ses contemporains «Monsieur, il
n'est pas possible de décider qui a le pas sur
Tautre, du pou ou de la puce. » Les saisons
.suivent les saisons, comme « Amurat v Amu-
rat succède ». Toutes sont affreusement mau-
vaises. Ce qu'il y a peut-être de mieux à en
Oire, c'est que certaines saisons ne sont pas
aussi affreusement mauvaises que certaines
^autres. Cet état de choses'est, à coup sûr, dé-
plorable. Mais quelle que soit ma douleur,
j'espère, pour ma part, pouvoir l'endurer avec
courage. La « décadence du théâtre », le « dé-'
clin du drame » et autres complaintes lugubres
;âu même genre, ne doivent nullement nous
terrifiez*. Il ne nous faut pas exagérer l'impbr-
tance du théâtre.
? Remettons-nous-en là-dessus à nos amis les
directeurs, les auteurs et les acteurs,pour ne pas
mentionner î«s préposés au bureau de location,
les agences de billets de théâtre, les vendeurs
$ e CI les vendeurs
de programmes et les hommes-sandwiches.
;0û'u nous soit même permis, au plus profond
de notre être, dans le cœur de notre cœur »,
.somme dit Shakespeare, de nous faire ces ré-
flexions non dépourvues d'une certaine vérité
-Jotre planète la Terre ne cesserait pas de tour-
ner confortablement sur son axe; les humains,
|ar milliers, continueraient de se- couper mu-
iïimemmtld,Morse à seule fin de démontrer
du péril- jaune est assez connue pour qu'on
ne doute pas qu'il désire l'écrasement des
Japonais. Malgré cela, on ne peut attri-
buer à ces, suppositions d'autre valeur que
celle d'une hypothèse. Si elle était exacte, Guil-
laume II aurait domré'à'souTmpérialcousifi"trév
fort mauvais conseils. La Russie n'a pas seule-
ment besoin de la paix intérieure, que le fonc-
tionnement de la Douma ne lui accordera d'ail-
leurs peut-être pas. Elle a aussi besoin de la
paix extérieure, car la première ne saurait exis-
ter sans la seconde. C'est la guerre qui a en-
gendré l'agitation intérieure; ce serait une er-
reur de croire que le calme se rétablira en deçà
des frontières tant qu'on se battra au delà.
Quoi qu'il en soit, justifiées ou non, les suppo-
sitions faites aux Etats-Unis sur le rôle de l'em-
pereur allemand dans une affaire que le prési-
dent Roosevelt a faite sienne, contribuent à
augmenter l'animosité que les Américains nour-
rissaient déjà à l'égard des Allemands. Ce n'est
pas une des conséquences les moins curieuses
des négociations de Portsmouth.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
<̃ Berlin,27août.
Le prince Arthur de Connaught assistera aux
grandes manoeuvres allemandes. Le bruit avait
couru que le prince de Galles y assisterait égale-
ment il est démenti et présenté comme une méprise
sur le nom du prince de la famille royale anglaise.
Vienne, 27 août.
La brochure du professeur Zessig parue à Berlin
là Crise hongroise et les Hohenzollern, vient d'être in-
terdite dans la monarchie autrichienne elle conti-
nuera à circuler cependant en Hongrie.
Vienne, 27 août.
l'p.s 232 soldats allemands pris dan» l
et deuxième bataillons maritimes à Kiel pour aller
renforcer le corps expéditionnaire de l'est africain
sont arrivés hier soir à Vienne, où ils ne se sont
arrêtés d'ailleurs qu'une heure, le temps nécessaire
pour changer de train. Le commandant de la place
de Vienne, l'attaché militaire allemand de Bülov et
le chargé d'affaires à l'ambassade d'Allemagne,
comte Schwerin, ont reçu les officiers sur le perron
de la gare. Les soldats s'embarqueront aujourd'hui
à Trieste sur le vapeur du Lloyd Kœrber à destina-
tion de Zanzibar où les attendra le croiseur allemand
Bussard. Comme on s'est étonné qu'ils aient tra-
vèrsél'Autriche, les journaux allemands font remar-
quer que c'était uniquement pour gagner un temps
précieux, comme le fit, il y a quelques années, le
corps expéditionnaire se rendant en Chine.
Viennne,27août.
La Neue Freie Presse annonce le prochain retour
en Russie de l'amiral Rojestvensky il aurait déjà
reçu l'autorisation de quitter le Japon.
Rome, 27 août.
Les gouvernements italien et espagnol sont en
pourparlers pour Ja prolongation de l'arrangement
commercial provisoire actuellement en vigueur en-
tre les deux Etats.
Contrairement au bruit d'après lequel l'ambassa-
deur de Russie près le Quirinal, comte Mouravief,
aurait demandé à être relevé de ses fonctions, on
assure dans les cercles de l'ambassade de Russie
que ce diplomate rejoindra son poste à bref délai.
Constantinople, 27 août.
Un notable et riche Arménien nommé Apik effen-
di Oundjian, fournisseur des ministères de la ma-
rine et de la guerre, a été tué, hier, de quatre coups
de revolver dans une rue de Galata, à proximité du
pont, par l'Arménien Vartan, protégé étranger, qui,
arrêté, déclara que le mobile du crime était le refus
d'Apik eflendi Oundjian de lui payer une dette de
cinquante livres turques; mais la conviction générale
Bst que l'assassin a agi sur l'ordre du comité hint-
chakiste, car l'Arménien Vartan avait deux acolytes
qui s'enfuirent après le meurtre. Cet assassinat, en
dehors des regrets inspirés par la disparition d'un
homme utile a la communauté arménienne, cause
une grande émotion parce que, survenu après l'at-
tentat contre le sultan et l'affaire de Smyrne, il
prouve l'existence des comités révolutionnaires à
Constantinople. On craint que leurs prochains actes
ne suscitent des troubles et ne soient de nature à
exciter les musulmans contre les chrétiens.
Les autorités de Smyrne, voulant donner l'exem-
ple, ont fait pendre l'Arménien Bedros qui, en 1902,
assassina le notable Baliussian et fut condamné à
mort.
Les ambassades doivent remettre aujourd'hui à la
Porte la note annonçant la désignation des contrô-
leurs financiers en Macédoine. Le conseil des mi-
nistres délibérera demain sur la question.
La Haye, 26 août.
Officiel. -Le gouverneur de Surinam, M. Lely,
vient de démissionner
que la civilisation va toujours progressant une
partie de la société humaine continuerait à pas-
ser en automobile, insouciante et gaie, sur le
corps du reste des mortels quand bien
même le théâtre disparaîtrait Soyons donc
prudents et n'exagérons pas l'importance du
théâtre. Si quelqu'un vient me demander « La
dernière saison théâtrale de Londres a-t-elle
été meilleure ou pire que celle qui l'a précé-
dée ? » cet ami zélé de l'art dramatique ma-
nifeste une curiosité fort vive sur ce qui n'est,
après tout, qu'une chose de très petite impor-
tance. Mais puisqu'en fait la question a été po-
sée et que c'est moi qui suis censé y répondre
sur-le-champ, il faut que je m'exécute. Je ré-
ponds donc carrément que la dernière saison
est certainement en progrès sur sa devancière.
Si elle ne nous pas donné de grandes œuvres,
elle nous en a donné cependant quelques-unes
qui sont bonnes. De jeunes auteurs se placent
au premier rang et nous dédommagent ample-
ment de la stérilité relative de la « vieille cli-
que » old gang.
Quiconque est un peu au courant de l'argot
traditionnel de la vie parlementaire anglaise,
sait ce que signifie l'expression de « old gang ».
Cette phrase vole sur les lèvres et plus par-
ticulièrement sur Celles des députés jeunes et
ambitieux toutes-les fois qu'un nouveau mi-
nistère est en formation. La « old gang » se com-
pose des vétérans qui, à force de services ren-
dus dans le passé, ont acquis pour ainsi dire le
droit imprescriptible d'appartenir à chaque mi-
nistère ils sont devenus des ministres de pro-
fession. Naturellement, les jeunes déclarent
que la « vieille clique » vit sur sa réputation,
qu'elle n'est plus à la hauteur de sa tâche, qu'il
est grand tempsde lui infuser un sang nouveau.
Tout de même la « vieille clique » se refuse
à voir les choses sous ce jour fâcheux et
véritable rempart de la Constitution-britan-
nique elle se considère, sans effort, comme
indispensable. Dans le monde théâtral, il y a
également une « vieille clique ». II y a des au-
teurs qui, durant de nombreuses années, se
sont partagé la souveraineté de la scène, au-
teurs qui, pour le. premier venu, représentent en
fait le théâtre et qui répondent presque régle-
mentairement au toast de « l'art dramatique »
dans tous les banquets officiels. Ce sont les au-
teurs dont le public attend, chaque saison, au
moins une pièce par tête.
L'importance de la saison se mesure d'après
leur présence ou leur absence surl'affiche, leur
succès ou leur insuccès. On dit couramment:
«Une saisonvide pas"de pièce deM. X. », ou
encore :«Cettesaison,M.Y, n'estpasaussi bon
qued'habitude ». Serait-ce impertinent, dé lapart
d'un étranger, que d'oser dire que « the old
gang » de Paris était faite, il y a une trentaine
d'années, d'Augier, de Dumas fils et de Sar-
dou ? Il y a quelques anrîées à peine, notre
a vieille clique » formait aussi une trinité
Pinero, Grundy et Henry Arthur Jones. M.
Grundy n'en fait plus partie je veux dire par
là qu'il a renoncé à écrire des pièces, bien qu'il
datene, de temps à autre, rendre aux directeurs
iie Ûiéatreie.seryjce àe Jeux adapter disceuïres^
[Service Bavas)
Constantinople, 27 août. l
Sur la réclamation de l'ambassade de. France, un ci-
toyen français, nommé Desmaisons, qui avait été ay-
rê.té illégalement, a été remis en liberté.
'"̃" Rome, 27 août.
Dans les cercles du Vatican, on dément formelle-
ment le bruit répandu par les journaux étrangers, d'a-
près lequel le pape aurait l'intention d'appeler les non-
ces et les délégués apostoliques pour les consulter sur
les questions politiques internationales.
Le nonce de Vienne se trouve depuis trois semaines
en Italie en congé; le nonce de Madrid demande ins-
tamment un congé qui lui a été jusqu'ici refusé; le
nonce de Lisbonne est malade et ne pourra pas quit-
ter le Portugal de longtemps. Il n'existe pas d'autres
nonces de première classe.
Cependant le pape, contrairement à ce que faisait
Léon XIII, qui ne donnait jamais de congé aux nonces
que pendant leurs déplacements ou au terme de leur
carrière, leur permettra périodiquement quelques mois
de repos, afin de voir leur famille.
Tours, 27 août.
Un orage a éclaté sur Vouvray et les environs.
Les grêlons, qui atteignaient la grosseur des œufs
de pigeon, ont causé des ravages importants dans les
vignes sur une longueur de plusieurs kilomètres.
«O-
r ÉLECTION SENATORIALE DU 27 AGUT
LOIRE
;̃̃;̃; Inscrits 966. Votants 963 •
-V Majorité absolue 482
MM. Le docteur E. Reymond, président du
cons. d'arr. de Montbnson, rép. 484 Elu
G. Levet, dép. de l'arr. de Montbnson;
cons. gén. rép. (Union démocratiq.). 457
Tullio Gavalazzi, candidat du parti so-
cialiste unifié 18
Il s'agisf ait de remplacer M. Francisque Reymond,
décédé, qui avait été réélu en 1897 par 764 voix, le se-
cond sur la liste, après M. Waldeck-Rousseau, qui
avait été nommé par 768 voix.
La dernière élection sénatoriale dans la Loire re-
monte au 23 octobre dernier. M. Audiffred, député,
avait été élu ~~?~~0~ -Mnneës'M-'Rëal,
-t" n-t_;< vl..IUli1 kW aonnées a M. -.t\cal, 1
ancien député républicain, conseiller général.
-^>
LA QUESTION DES POSTES
Un employé de l'administration des postes a
trouvé un moyen de remédier à tous les abus, .j
de réaliser tous les progrès, de pousser ce ser-
vice.d'Etat au point de perfection désirable dont
il est actuellement si éloigné. Cet employé a
décidé de poser sa candidature à la députa-
tion. Et il ne doute pas que s'il est élu, sa pré-
sence sur les bancs du Palais-Bourbon ne suf-
fise à combler tous les vœux de ses collègues
et du public.
Ce candide postier a certes, comme tous les
citoyens français, le droit d'essayer de se faire
élire député. Mais on ne voit pas comment il
pourrait être, ainsi qu'il se l'imagine, le député
des postes. Faut-il lui apprendre que les élec-
teurs français votent non par classes ou par
corporations, mais par circonscriptions territo-s
riales? Un membre de la Chambre représente
Tonnay-Charente ou Fouilly-les-Oies, et non les
zingueurs, les marchands de billets ou les or-
donnateurs des pompes funèbres. Il -n'existe pas
de circonscription où la majorité des électeurs
appartienne a l'administration que dirige M. Bé-
rard donc il ne peut y avoir de député spécia-
lement élu comme postier par les postiers. La
représentation corporative a des partisans;
mais elle n'a pas encore été instituée. Et peut-
être ne serait-il nullement souhaitable qu'on
l'instituât. Elle aurait un grave inconvénient.
Elle enverrait au Parlement des représentants
d'intérêts particuliers, alors que le devoir des
assemblées législatives est de ne servir que l"in-
térêt général.
Les naïves ambitions du candidat postal
soulignent une particularité remarquable et^
inquiétante de la présente crise des postes. Ce
brave homme se figure que nul n'est plus dési-
gné qu'un bureaucrate pour résoudre les ques-
tions administratives. Il se le figure, parce qu'il
nourrit cette illusion que les seules réformes à
opérer sont celles dont rêvent les employés et
qui leur profiteraient. Nul ne connaît évidem-
ment mieux qu'un postier les desiderata de la
gent postière. Seulement, est-ce précisément
afin d'être agréable aux postiers qu'il est néces-
saire de réformer le service des postes? L'opi-
nion croyait qu'il s'agissait avant tout de satis-
faire le public.
Phénomène curieux et bien caractéristique
des mœurs régnantes Tant que le public fut
seul à se plaindre, tant qu'on ne parla que de*
lettres et de dépêches qui arrivaient avec de fan-
tastiques retards ou même qui n'arrivaient pas
du tout, les hauts dignitaires de l'administra-
tion opposèrent à ces réclamations une indiffé-
rénce sereine. Ils ne commencèrent à s'émou-
voir que lorsque l'association des employés
françaises, telle cette version à& Les Affaires sont
les affaires, qu'il nous a donnée cette saison.
Voici donc la première question que l'on ne
manque jamais de se poser lorsqu'on passe en
revue la saison « Qu'y a-t-il à1 dire de M. Pi-
nero et de M. Jones? »
M. Pinero n'a « produit » qu'une seule pièce
A wite without a smile, qui a échoué comme
elle le méritait non sans avoir provoqué
quelque chose qui ressemblait fort à un scan-
dale. Imaginez la Revue des Deux Mondés pu-
bliant un conte grivois, ou Paul Hervieu écri-
vant une farce comme les Dragées d'Hercule
pour le Théâtre-Français. Vous voyez d'ici la
stupeur causée par un certain incident qui or-
nait la comédie donnée par M. Pinero sur l'une
des scènes les plus orthodoxes de la « pudique
Albion ».
Il est une mauvaise plaisanterie qui fait en-
core, m'assure-t-on, le bonheur des gars mal éle-
vés des villages perdus dans la pleine campagne,
plaisanterie qui a fourni le sujet de mainte his-
toire piquante dans mainte langue. On atta-
che une ficelle au pied d'un lit situé à l'étage
supérieur; on la fait passer par un trou du plan-
cher et la voici qui pend dans la chambre du
rez-de-chaussée. Quand un couple amoureux
occupe le lit, la corde vibre pour la plus grande
joie de la compagnie qui tient ses assises dans
la chambre _du bas. Cette invention délicate
tout incroyable que cela puisse paraître joue
le rôle principal dans la comédie de M. Pinero.
Un couple de nouveaux mariés étaient censés
s'asseoir sur un divan auquel une poupée était
attachée par une ficelle. Quand la poupée dan-
sait, les spectateurs en concluaient ce que bon
leur semblait. II est vrai que l'auteur avait pris
soin de nous prévenir que le geste le plus inno-
cent ébauché sur ledit canapé suffisait à mettre
en branle la poupée. Mais quelle que fût l'his-
toire que nous contait l'auteur, les bonds dé-
sordonnés de la poupée nous contèrent une
histoire à leur façon. Bref le joujou devint un
instrument enregistreur en l'honneur duquel
je me suis permis de fabriquer le nom d' « éro-
tomètre ». On comprend facilement qu'aussi-
tôt que la poupée commençait à se mettre en
mouvement, la comédie passait inaperçue. Quel
en était le sujet? Cela n'avait aucune impor-
tance. La seule chose importante, c'était la
poupée. Toutes les fois qu'un couple quittait le
salon du rez-de-chaussée pour aller au premier,
tout le monde se posait la même question la
poupée va-t-elle vibrer.? Et naturellement tous
les personnages de la pièce montaient dans la
chambre du premier, par couples, de même que
les animaux entrèrent dans l'arche de Noé
et naturellement la poupée était toujours en
mouvement. En parodiant le titre d'une vieille
comédie française, on aurait pu forger pour la
nouvelle comédie de M. Pinero un nom digne
d'elle « L'Erotométromanie ». Où était donc le
censeur, d'habitude gardien si vigilant de notre
morale scénique? Evidemment notre bon cen-
seur, tel le bon Homère, aliquando dormitat. Mais
Iepublic était fort éveillé et il protesta vigoureu-
sement. L'auteur, de son côté, protesta, et sur-
£ris, slttdigQa jni£ l'ûn^dt. ainsi méconnu ses.
formula à son tour des doléances. Le publie, ce
n'est rien. Mais lorsque les syndicats de fonc-
tionnaires s'agitent, la question devient grave.
Ministres et sous-secrétaires d'Etat s'empres--
'sent de recevoir leurs subordonnés d'une façon
charmante et de leur promettre tout ce qu'ils
veulent.
C'est à leurs associations que l'on confie le
soin d'élaborer un programme d'améliorations,
qui amélioreront certainement le sort des em-
ployés, mais pourront très bien ne pas changer
celui du public ou même l'aggraver. Certains
de ces employés paraissent déjà penser que tous
les bénéfices de l'exploitation devraient être
affectés à des augmentations de salaires ou à
des réductions de travail. Etrange manière de
voir les choses, et qui n'annonce rien de bon
pour le contribuable Si les Chambres votent
les crédits que M. Dubief et M. Bérard se décla-
rent résolus à solliciter, on espère bien qu'il se
trouvera quelques députés, qui ne seront pas
les députés des postes, mais les représentants
du peuple, pour exiger que ce surcroît de dé-
penses profite d'abord aux expéditeurs et des-
tinataires de lettres et de télégrammes, c'est-
à-dire à ceux qui payent et qui sont, fondés à
demander qu'on leur en donne pour leur ar-
gent.
LA BOURSE ET LA VIE
Il y a une question de la Bourse du travail. La
lutte est engagée entre le gouvernement du pays et
le gouvernement des syndicats car ceux-ci, on ne
l'ignore pas, sont régentés par deux ou trois « orga-
nismes » comparables à la Chambre, au Sénat et au
Conseil municipal. Les sièges, dans ces diverses as-
semblées, sont ardemment convoités et âprement
disputés. Non seulement le cumul est permis, mais
~LS~r~W~"Ju~moSveB&M
Sol» les rnrrgealIU) l!tt 11 ouVeIHeIl~
ouvrier arrivent, suivant leur expression, à s'assu-
rer l'indépendance.
On est aujourd'hui secrétaire de syndicat comme
on est tailleur ou comptable. C'est même un assez
ijon métier. Le secrétaire d'une fédération d'indus-
trie reçoit ordinairement une indemnité mensuelle
de 250 francs. Pour peu qu'il soit délégué à la Con-
fédération du travail, à l'union des syndicats de la
Seine, à la commission administrative de la Bourse,
il peut avec aisance doubler son traitement. La si-
tuation est enviable. Aussi ne l'abandonne-t-on pas
quand on la tient. Si, par aventure, le suffrage des
compagnons vous échappe, on sollicite la confiance
d'un autre syndicat, nous allions dire d'une autre
circonscription, mais nous sommes en pays d'anar-
chisme, ne l'oublions pas. Il existe à la Bourse du
travail des secrétaires chevronnés qui, tour à tour,
ont représenté les coiffeurs et les chorégraphes, les
confiseurs et les travailleurs non qualifiés.
Au reste, n'allez pas croire que les douceurs des'
« secrétariats » amollisse l'ardeur révolutionnaire des
chefs syndicalistes. Oh non. Ils exercent une active
propagande à travers le pays, aux frais de leurs
contribuables. Le prolétariat organisé est même
assez généreux envers ses représentants. Il paye
quatre-vingt-quatorze francs une conférence à Hen-
nebont, deux cent quatre-vingt-sept francs un court
séjour à Dublin, etc.
Dans toutes les grèves, la Confédération du tra-
vail envoie l'un des siens. Il vient avant ou après,
jamais pendant. Cela. lui permet de se consacrer
sans interruption fâcheuse à l'éducation du proléta-
riat, car lorsqu'il y a des coups à recevoir, il est ab-
sent. A lui l'indemnité, aux naïfs travailleurs affo-
lés par ses discours la prison. Chacun son rôle ici-
bas.
7On document va nous permettre d'apprécier le
double jeu des dignitaires syndicalistes, en nous ra-
menant à la question précise de la Bourse du tra-
vail.
Nous avions annoncé récemment que des syndi-
cats avaient demandé au préfet de'la Seine d'ordon-
nancer la subvention municipale qui leur était pré-
cédemment allouée. Cette information, d'apparence
anodine, avait eu le don d'émouvoir l'ancienne com-
mission administrative. « Il n'y a pas de syndicats
qui s'abaisseraient ainsi devant le pouvoir préfectoral
pour une mesquine question d'argent », avait pro-
testé son secrétaire. Et dans un article de la Voix
du Peuple, intitulé « Argent et dignité », il écrivait
ces fières paroles « Nous ne sommes pas à ven-
dre 1 »
Eh bien, ce même secrétaire, si farouchement
jaloux de l'honneur des syndicats, ne professait pas
les mêmes scrupules en ce qui concerne la commis-
sion administrative. Tandis qu'il prêchait le renon-
cement aux syndicats, il écrivait à M. de Selves la
lettre suivante
Le secrétaire de la commission administrative de la Bourse
du travail à monsieur le préfet de la Seine
Monsieur le préfet,
Aux termes du décret du 17 juillet 1900 régissant la
intentions absolument innocentes. La presse
descendit dans l'arène, et bientôt dans chaque
café-concert, chaque chansonnier décochait sa
plaisanterie et son œillade en célébrant les
dancing dolls. Ce fut un fâcheux contretemps.
Hâtons-nous de l'oublier.
Une seule pièce flgure au crédit si tant est
que crédit soit le mot juste deM.H.-A.Jones.
C'est The Chevaleer, comédie écrite autour du
personnage fantastique, dessiné presque à la
Dickens, d'un saltimbanque bon enfant, flam-
boyant et à l'irrésistible bagout. Tel don César
à&ns Rny Blas, notre saltimbanquetombeaubeau
milieu d'une intrigue à laquelle il ne comprend
rien, mais dont il sait tirer néanmoins un excel-
lent parti. Un gentilhomme campagnard et sa
femme ont chacun dans leur vie un certain in-
cident qui n'est guère à leur honneur, et cha-
cun s'imagine que le saltimbanque en question
connaît ce secret. Notre gaillard ne sait rien,
mais il est assez malin pour faire croire à ses
victimes qu'il sait tout, et grâce à un chantage
au fond inoffensif, il les décide à l'embaucher
pour organiser une fête coûteuse donnée en
commémoration du centenaire du grand-père
du « squirè ». L'intrigue, on le voit, est nulle-
simples balivernes délayées dans beaucoup de
bruit. Tout dépendait du « rôle de caractère » »
du saltimbanque, qui, quoique joué avec une
vitalité exubérante par M. Arthur Bourchier,
n'était pas assez nouveau, ou assez frappant,
pour donner de la vie à la pièce. Encore un
« four » pour « the old gang » l
C'est une consolation que de pouvoir nous
occuper maintenant de deux hommes d'une
intelligence pénétrante, d'une individualité bien
marquée, qui ont sur la vie un point de vue nou-
veau et personnel, et qui sont tous deux dans
la plénitude de leur talent. Je veux parler de
l'Ecossais J.-M. Barrie et de l'Irlandais Bernard
Shaw, que j'ai eu le plaisir de présenter l'an-
née dernière aux lecteurs de ce journal. M.
Shaw a bénéficié cette saison, suivant l'expres-
sion américaine, d'un véritable « boom ». Un
théâtre de Londres, le Court, a monté presque
uniquement de ses œuvres, anciennes et nou-
velles. Après avoir été un « toqué » dont se mo-
quaient les « Philistins », un simple « outsider »
excentrique, il est devenu l'auteur à la mode,
l'oracle des salons, l'idole des femmes du
monde, savantes et même frivoles, le cher
maître » de la jeunesse académique. A une ma-
tinée où l'on jouait une de ses dernières pièces,
on pouvait voir, dans un même rang de fau-
teuils, cinq ministres du cabinet et deux mem-
bres éminents de l'opposition. On a écrit sur lui
des articles qui ont paru dans l'austère Ëdin-
burgh Revieiv, ce qui équivaut presque à la
canonisation. La jeune Amérique l'a adopté
avec une vigueur tout américaine, et des tra-
ductions de ses œuvres ont été acceptées par un
auditoire allemand avec un sérieux vraiment
teutonique. Rien de lui n'a été encore traduit en
français, du moins à ma connaissance. C'est là
ce qui serait, en vérité, un miracle 1
Expliquer Bernard Shaw, même de la façon
la plus superficielle, à des lecteurs français, me
jjaraît une tâche jiexaullamiellfi-ifi iaifcuis..Car..
Bourse du travail, et suivant les termes de l'art. 10,
§ 2, la commission administrative composée de quinze
membres est élue pour une année par les délégués
des syndicats admis à la Bourse. La commission en
fonctions _A-étô élue^le 14-août 1904, ses pouvoirs expi-
rent le 13-août 1905 au soir.
d'ai l'honneur de vous informer qu'à cette date, la
commission, qui n'a depuis le 1" janvier pu fonction-
ner que grâce à des emprunts contractés vis-à-vis des
syndicats, cessera d'assurer les services qui lui sont
indiqués par le décret.
La commission me charge d'attirer particulièrement
votre attention sur ce fait que les indemnités des deux
secrétaires n'ayant pas été payées, il reste dû aux
deux fonctionnaires de la commission la somme de
3,750 francs. En outre, les jetons de présence des mem-
bres de la commission s'élèvent à la somme de
1,249 fr. 95.
D'autre part, le conseil judiciaire, pour le fonctionne-
ment duquel le Conseil municipal a fixé une subven-
tion de 5,000 francs, n'ayant égalementrien touche, il
lui est dû, à cette date, la somme de 3,124 francs. En-
semble, ces sommes dués à des personnes se montent
au total de 8,124 francs, indépendamment des sommes
dues conformément aux affectations prévues par le
budget de la commission administrative, et dont par-
tie des justifications régulières a déjà été fournie à
l'administration.
Veuillez agréer, monsieur le préfet, l'assurance de
ma haute considération.
Le secrétaire DESPLANQUES.
La forme déférente de cette lettre contraste singu-
lièrement avec l'allure cassante affectée publique-
ment par la commission administrative envers le
préfet de la Seine. Sa teneur ne concorde guère non
plus avec les conseils donnés aux syndicats dans la
Voix du Peuple. Mais voilà, cette lettre devait res-
ter secrète, et ce n'est pas sur le môme ton qu'on
affirme les principes et qu'on sollicite une subven-
tion.
C'est mercredi que les syndicats de la Bourse du
travail sont invités, par la commission préfectorale,
à nommer les membres de leur commission de con-
mseYaÈsîênïïori. Elle veut exercer le pouvoir abso-
lu, comme naguère. Il est probable que son conseil
ne sera pas suivi et que nombre de syndicats profi-
teront de l'occasion pour s'affranchir de la tutelle
anarchiste.
Leur religion est maintenant éclairée. Ils connais-
sent les gens qui crient « La Bourse ou la mort! »
et qui, en catimini, réclament humblement la Bourse
et. la vie.
^>
LES AFFAIRES DU MAROC
(Dépêches de nos correspondants particuliers)
Tanger, 26 août.
Auv dernières nouvelles de Fez, datées du 22, le
sujet algérien Bou Mzian était toujours en prison
et le makhzen aurait répondu par écrit aux repré-
sentations de M. Saint-René Taillandier qu'il decli-
nait les réclamations de la France.
Mais cette réponse est antérieure à la mise en de-
meure que le ministre de France a été chargé de no-
tifier au sultan. On croit que le makhzen cédera au
dernier moment.
La France insistera, dit-on, pour qu'un haut per-
sonnage marocain aille présenter des excuses, même
si les demandes actuelles, si modérées, de la France,
sont acceptées..
Berlin, 27 août.
Le conflit franco-marocain n'est pas considéré ici
comme grave et on approuve le procédé employé
par la France. Le sultan aurait agi contrairement
aux accords de la convention madrilène et l'Allema-
gne ne prendra pas sa défense. On croit à Berlin que
l'incident sera bientôt aplani, le sultan devant céder
à la satisfaction de la France.
On mande de Madrid, 26 août, à l'agence Havas
•Des télégrammes particuliers, publiés sous toute
réserve, disent qu'à Melilla les troupes du sultan ont
attaqué les tribus fidèles du roghi et leur ont mas-
sacre vingt-cinq cavaliers. Des combats acharnés
ont eu lieu entre les tribus ennemies et il y a de
nombreux morts.
Le roghi est attendu incessamment. près de
Melilla, dont les sentinelles ont été renforcées.
Un télégramme de Tanger porte que le prétendant
a réuni au camp de Gidi-Mollac de nombreux parti-
sans il paraît qu'une colonne des troupes impéria-
les est campée non loin de là et demeure inactive
en face des rebelles.
Le délégué du prétendant organise des forces dans
le Riff. L'armée du sultan a eu neuf cents déser-
tions dans l'espace d'un mois.
VERS LA PAIX
A Portsmouth
La séance tenue dans l'après-midi du 26 n'a duré
qu'une heure et demie. A trois heures moins vingt,
MM. Witte et de Rosen, accompagnés de M. Nabo-
kof, sortaient de leur hôtel, montaient en automo-
bile et se dirigeaient vers l'arsenal en passant par
le village de Newcastle. Quelques minutes plus tard,
il n'est pas latin pour un sou. Mais le métier
d'un critique est d'expliquer l'inexplicable; je
ne dois donc pas songer à refuser d'en venir au
fait et à éviter le sujet de M. Shaw.
D'abord son œuvre soulève une question qui
n'intéresse pas uniquement le théâtre anglais.
Lequel des deux types d'auteur dramatique
devons-nous préférer l'homme à idées qui
choisit par hasard le théâtre comme le meilleur
moyen de les exprimer-nullement, peut-être,
en raison d'une prédisposition innée à faire du
théâtre, mais simplement parce que la scène lui
offre le moyen le plus direct, le plus populaire,
le plus efficace de communiquer ses idées aux
hommes ses frères; ou bien l'homme de théâtre,
l'homme qui possède le don d'écrire des pièces,
l'homme qui a su acquérir l'art spécial de s'ex-
primer suivant les règles du métier dramatique,
mais qui n'a peut-être rien de très spécial, rien
de très important à exprimer? Il est bien évi-
dent que notre choix doit s'exercer suivant cer-
taines limites. Un auteur peut avoir si peu de
métier qu'il n'arrivera jamais à persuader son
public d'écouter les idées qu'il lui présente,
quelle que soit leur valeur. D'autre part, la
maîtrise technique, si parfaite qu'elle soit, de-
vient un jeu sans intérêt, un vain tour de pres-
tidigitation, quand aucune idée ne l'accompa-
gne ce qui s'est vu parfois dans l'histoire du
théâtre. Chimssra comoinans in vacuo Et pour-
tant on ne saurait nier que la foule et les criti-
ques école florissante dans tous les âges
qui se sont faits, ou sont, par tempérament les
porte-parole de la foule, ont toujours préféré
l'habileté dramatique, même quand elle est mise
au service de lieux communs misérables, à
l'abondance et à la richesse des idées, présen-
tées sans habileté dramatique. De là vient que
le refrain de la critique traditionnelle a tou-
jours été un refrain où l'on célébrait la for-
me du drame plutôt que son contenu, la
façon de s'exprimer plutôt que les pensées et
les sentiments exprimés. Sous le régime classi-
que, le mot d'ordre était « les règles ». Plus
tardf le mot d'ordre devint « la pièce bien
faite ». N'avons-nous pas vu tel ou tel chèf-d'œu-
vre d'Ibsen attaqué violemment sans que l'on
tint compte de la profonde ou subtile psycholo-
gie qu'il renfermait? On montait à l'assaut en
hurlant « Ce n'est pas du théâtre. » N'avons-
nous pas entendu tel ou tel critique, en pré-
sence d'une oeuvre qui substituait le souffle
même de la vie et son rythme étrange et irré-
gulier, aux conventions extérieures du théâtre,
s'écrier dans son effarement sincère « Mais où
est la pièce ? » Non que ces mots d'ordre n'aient
eu leur raison d'être et leur justification. Ils
n'ont fait qu'affirmer à l'extrême la loi fonda-
mentale qui veut que tout art se conforme aux
conditions qui lui sont propres, et que par
exemple, traiter une pièce de théâtre d'après
la méthode du roman, ou le roman et le théâtre
suivant la méthode de l'analyse scientifique,
soit un mauvais emploi des règles de l'art.
Après tout, il faut se rappeler cette vérité
la fonction primordiale de l'artiste quel que
soit son moyen d'expression artistique est
dlêke un marchand de xtïaïsi&^i-V'bâmme.avi
MM. le baron Komura, Takahira et Sato apparu,
rent leur tour en automobile et saluèrent la foulu
en silence; M. Komura fumait une cigarette de l'aiï
le plus insouciant du monde.
Selon le Daity Telegraph, la discussion des pléni-
potentiàires aurait porté sur le thème suivant la
Russie consentirait à céder la moitié de Sakhaline
et rembourserait au taux de cent millions de dollars
les frais causés par l'entretien des prisonniers
russes au Japon.
A quatre heures cinquante, les plénipotentiaires
s'ajournaient à lundi, sans avoir posé de part ni
d'autre de conclusions définitives.
L'ajournement était décidé sur la demande du
baron Komura, en vue de laisser aux plénipoten-
tiaires japonais le temps de communiquer avec
Tokio sur le sujet de la contre-proposition russe.
Les négociations et le traité anglo-japonais
A l'issue de la séance du 26, M. Witte a exprimé
dans une interview l'opinion que l'Angleterre pou-
vait être intervenue dans la marche des négocia-
tions, en traitant de son côté avec le Japon pour le
renouvellement de l'alliance anglo-japonaise
Il est bien possible que l'Angleterre, qui jusqu'ic!
n'a pas donné signe de vie, ait voulu conclure un
traité au moment actuel, pour pouvoir dire aux Japo-
nais « Nous concluons le traité maintenant, mais
nous voulons que vous finissiez la guerre.-» Je répète
que c'est une simple hypothèse; mais je répète aussi
que la demande d'ajournement de la part des Japonais
m'a surpris.
La question de l'indemnité
L'intervention supposée de la diplomatie anglaise,
dans les négociations de Portsmouth pourra faire
abaisser le taux ou changer la forme de l'indemnité
réclamée; mais l'intérêt extrême que présente pour
le Japon le règlement favorable de cette clause fait
croire qu'il ne saurait porter bien loin la limite de
ses concessions.
Le journal Jidaï Siko soulignait, dès le mois de
janvier dernier, la nature onereuse des emprunts
faits à l'étranger depuis le début de la guerre cest
cnrDrunta--rajayurt^»t. S«,.OiQ,
ponaises. Concluant de là que l'amitié anglo-
saxonne n'était pas gratuite et qu'elle ne s'étendait
pas au delà de certaines limites, la feuille japonaise
prévoyait que la fin des hostilités ne serait que les
commencement d'une lutte économique ayant la
Mandchourie pour théâtre et mettant en jeu les
puissants capitaux anglais et américains. Le Japon,
n'aurait fait, disait-elle, qu' « ouvrir la porte », et
resterait lui-même au seuil de la maison.
Il est certain, d'autre part, qu'en raison de.l'ac-
oroissement de sa dette, dû à la guerre, l'intérêt an-
nuel à payer par le Japon atteint 1 milliard 400 mil-
lions, somme supérieure à ses facultés. Ses impor-
tations dépassent ses exportations et elles vont en
croissant suivant une progression continue; enfin H
y a raréfaction d'argent à l'intérieur du pays et lei' `
derniers emprunts intérieurs n'ont pas été entière-,
ment couverts.
A Pétersbourg
Le pessimisme continue à régner d'une manière
absolue dans les cercles pétersbourgeois. Notre cor-
respondant particulier l'enregistre une fois de plus,
dans la dépêche qu'il nous adresse aujourd'hui
Nicolas Il a répondu au président Roosevelt de la
manière la plus ferme sur l'article de l'indemnité
mais il laisse entendre la possibilité de reconnaître la
conquête de Sakhaline. Sur le point important de la
cession d'un morceau de territoire, les efforts du pré-r
sident et de M. Witte auraient donc été couronnés de,
succès.
Je sais qu'on nie encore à Portsmouth, dans les in-
terviews, les dispositions conciliantes de Nicolas Il en
ce qui concerne Sakhaline mais ici on ne les conteste
plus. L'opinion qui prévaut est que cette concession,
faite par égard pour le président Roosevelt, est sansi
valeur, en raison de l'intransigeance des Japonais sur1
l'article de l'indemnité et du caractère illusoire des
combinaisons qui tendraient à leur procurer de l'ar-
gent aux frais de concessionnaires américains.
Rockefeller et la paix
Nous signalons, à titre de curiosité, la proposition
télégraphiée par notre confrère le Matin à M. Rocke-
feller de prendre à sa charge le payement de l'in-
demnité de guerre réclamée par le Japon, « pour
donner une leçon mémorable à ces deux empires,
qui semblent attacher plus de prix à l'argent qu'à la
vie humaine et pour épargner à l'humanité la honte
d'un conflit qui désormais ressemble au procès de
Shylbck, puisque c'est la rançon du sang d'un mil-
lion d'hommes qui est en jeu».
Cet appel au plus riche citoyen du monde -car il
possède en effet une fortune évaluée par notre con-
frère M. Jules Huret, dans ses notes de voyage en.
Amérique, publiées récemment, à environ quatre
milliards et demi --est une solution pour le moins
originale des négociations engagées à Portsmouth^
bien qu'il paraisse difficile pour la dignité des deux
empires on présence de l'accepter sous cette forme,
au cas naturellement où M. Rockefeller en ferait la
proposition.
L -intervention du puissant capitaliste américain
pourrait se produire d'une autre façon et avant
mémo qu'on lui en ait suggéré l'idée. Il semble, sui-
vant les télégrammes de Saint-Pétersbourg à une
agence, que des négociations soient depuis plusieurs
semaines en train entre M. Rockefeller et le gouver-
nement russe.
Un dos représentants les plus autorisés de la mai-
son Rockefeller a fait à Saint-Pétersbourg un assez
peut nous procurer un plaisir intellectuel raffine
ou un plaisir d'ordre moral ou de sympathie
sociale, ou bien encore un plaisir qui con-
siste à nous donner un aperçu imprévu ou plus
vaste sur la vie, cet homme met à notre dispo-
sition une série de sensations délicates et pre-
nantes que ne nous apportera jamais le spec-
tacle d'une simple adresse technique, d'un
simple don du théâtre. Voilà l'homme qu'est
M. Bernard Shaw.
Assurément, il n'est pas un dramaturge né.
Il est un iconoclaste né. Il prétend que les hom-
mes ne peuvent pas voir, et en sa qualité de
seul être qui, parmi nous, ait une vision claire
et précise, il essaye d'arracher les:voiles dont
nous persistons à emmaillotter les réalités et
de substituer les véritables noms des choses
aux faux noms qui ne servent qu'à nous duper
nous-mêmes perpétuellement. Il pourrait tenter
cette entreprise -c'est du reste ce qu'il a fait
en se servant du roman, du pamphlet, de la
parole, de l'article de journal. Il croit mainte'
nant que le drame le sert mieux dans sa croi-
sade, le drame étant l'instrument le plus
efficace de propagande intellectuelle. L'élé-
ment dramatique en soi n'est rien ou presque
rien pour lui. Ce qui le passionne, c'est la des-
truction des faux idéals, et, comme disent les
disciples de Nietzsche, la « surévalualion » de
l'idéal moral. Il saisit les vessies vides de la vie,
les lieux communs, les formules, les rodo-
montades semblables à des outres pleines de
vent, les vaines conventions et les faux senti-
ments tranquillement il insère son épingle, et
la chose se désenfle avec un crac. Le tour est
joué avec une verve extraordinaire et avec cet
esprit dont n'ont jamais manqué les Irlandais.
Il s'y mêle aussi un sentiment rare de ce qui est
« juste ». Ses pièces nous ont toujours ravi par
l'honnêteté de leur dialectique. Ses interlocu-
teurs "n'évitent jamais un point délicat et les
deux parties en présence ont chacune leur tour,
en toute justice et égalité.
C'est ainsi que dans John Bulles other Island,
pièce sur l'éternelle question irlandaise, il rend
justice aux qualités aussi bien qu'aux défauts
des Anglais et des Irlandais. Irlandais lui-mê-
me, M. Shaw peut se permettre de nous en dire
beaucoup plus long sur les faiblesses de ses
compatriotes que ne s'y risquerait un écrivain
anglais. Sur ce chapitre il parle avec autorité
Par la même occasion, il nous met sous les
yeux une peinture ironique de l'Anglais type,
tel que le voit l'Irlandais.
Doué par la nature d'un fond de bon sens
terre à terre, d'une énergie infatigable, d'un
optimisme incurable, d'une incapacité totale
pour sympathiser avec un autre point de vue
que le sien, cet Anglais vit principalement de
formules politiques, .véritables shibbolelhs
Free trade, Home 1'ule, défense des nationali-
tés opprimées, réforme, et mémoire sacrée de
notre « Grand old man». En sa qualité de parti-
san du Home rule, il visite l'Irlande pour étu-
dier les Irlandais chez eux. Il porte dans sa
valise toutes les conceptions idéales et sen-
timentales que- l'Anglais sympathique s'est
jttegéej du caractère irlandais- il croit à
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 78.19%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 78.19%.
- Collections numériques similaires France France /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "France" or dc.contributor adj "France")Les Monuments historiques de la France : bulletin des diverses sections de la Commission des monuments historiques et de la Commission supérieure des monuments naturels et des sites /ark:/12148/bd6t5377978f.highres Annales de la Société des architectes de l'Est et Annuaire du bâtiment : Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges /ark:/12148/bd6t543240573.highres
- Auteurs similaires France France /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "France" or dc.contributor adj "France")Les Monuments historiques de la France : bulletin des diverses sections de la Commission des monuments historiques et de la Commission supérieure des monuments naturels et des sites /ark:/12148/bd6t5377978f.highres Annales de la Société des architectes de l'Est et Annuaire du bâtiment : Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges /ark:/12148/bd6t543240573.highres
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k238351b/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k238351b/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k238351b/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k238351b/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k238351b
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k238351b
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k238351b/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest