Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1889-07-28
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 28 juillet 1889 28 juillet 1889
Description : 1889/07/28 (Numéro 10309). 1889/07/28 (Numéro 10309).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
LE TEMPS. 28 Juillet 1889.
avoir tué sa maîtresse, Elvira Madigan, écuyère
de cirque
Le comte de Sparre était âgé de trente-cinq ans; il
avait épousé la comtesse Adlerkreutz et était père de
deux petits enfants.
D'une nature très romanesque, il était très connu
par ses excentricités qui persistèrent même après son
mariage. Il avait publié récemment un volume de
poésies.
Ses relations avec la belle Elvira Madigan dataient
de ces derniers temps. La jeune femme, aussi célèbre
par sa beauté que par ses aventures, était fille d'une
aventurière autrefois expulsée da Berlin, à la suite
d'intrigues amoureuses avec un haut personnage.
Les amoureux habitaient dans une modeste au-
berge, à Swendborg, dans l'île de Fionie, sous le nom
de comte et comtesse de Sparre. Ils vivaient très re-
tirés et faisaient de longues excursions dans la cam-
pagne. Ils furent peu remarqués, jusqu'au moment où
les journaux annoncèrent qu'un officier suédois, de
grande famille, avait abandonné sa femme et ses en-
fants et avait disparu sans laisser de traces avec une
écuyère de cirque.
L'attention des nombreux étrangers habitant
Swendborg se porta sur le couple, et plusieurs Danois
reconnurent dans la prétendue comtesse une ecuyère
qui avait fait fureur, quelques années auparavant, au
Tivoli de Copenhague. Lorsque la curiosité générale
devint gênante pour les amoureux, ceux-ci partirent
pour un petit village de pêcheurs, Trœnse.
Ils entreprirent de faire une excursion à la vieille
église de 1 reningue et montèrent sur le clocher. Sur
le livre des étrangers, Elvira s'inscrivit sous le nom
de « baronne de Vetsera ». Le lendemain, tous deux
quittèrent l'hôtel, prétextant une longue excursion..
Après leur départ, l'hôtelier trouva une montre de
femme, ornée d'une couronne de comte, et qui avait
été laissée sur la table.
Quatre jours après le départ des amoureux, l'hôte-
lier, craignant un malheur, prévint les autorités.
Après de longues recherches, on découvrit, dans un
endroit écarté de la forêt, les cadavres des deux in-
fortunes Elvira, horriblement défigurée, avait été
tuée par son amant d'un coup de revolver dans l'œil,
Le comte s'était ensuite tiré une balle dans la bouche.
Le corsage entr'ouvert de la jeune femme laissait
voir une précieuse croix en brillants portant la date
de 18Ê6 et le nom de l'écuyère. Le roi Christian de
Danemark lui avait donné ce bijou après une repré-
sentation à laquelle il avait assisté avec la famille
impériale de Russie.
Turquie
Le Times prétend qu'au dernier Divan l'idée d'en-
voyer une escadre turque en Crète a été émise,
mais que le grand-vizir l'a combattue.
Il aurait été décidé qu'il convenait de ne prendre
encore aucune mesure de répression et qu'il fallait
tâcher de ramener les mécontents par la persua-
sion. Ce n'est que plus tard, et s'il est absolument
contraint, que le gouvernement aura recours à de
plus énergiques moyens.
Un événement extraordinaire, miraculeux, pré-
occupe toute la population musulmane de Constan-
tinople.
Le gardien d'un cimetière turc prétend avoir eu
trois fois de suite une vision dans la même nuit.
Un vieillard se présenta à lui et le somma d'aller
le déterrer, car « il était las de rester si longtemps
dans le tombeau ». Effrayé, le gardien alla racon-
ter sa vision à la police.
Immédiatement, on se rendit au cimetière et on
ouvrit le tombeau que le vieillard avait indiqué au
gardien. On a, en effet, exhumé le corps d'un vieil-
lard très bien conservé et portant une longue barbe
blanche. De quelques lettres à demi effacées qui se
trouvaient sur la pierre, il résulte que ce vieillard
était un derviche du nom de Souleyman et avait
été enterré il y a trois cent vingt-six ans Les
musulmans crient au miracle; les ministres, les
hauts dignitaires du palais ont visité le tombeau
et, sur l'ordre du sultan, on y érigera un magnifi-
que mausolée.
Montenegro
Une dépêche adressée de Vienne au Times porte
qu'un différend vient de surgir entre la Turquie et
le Montenegro au sujet d'un soldat ottoman qui, il
y a trois mois, a déserté et s'est réfugié à Podgo-
ritza.
Les autorités de cette ville ayant refusé de le li-
vrer au vice-consul turc, celui-ci le fit saisir, la
nuit, et transporter de l'autre côté de la frontière.
Le gouvernement monténégrin somme à présent la
Porte de lui rendre son réfugié et de punir le vice-
consul. L'affaire en est là.
Chine
Le Standard a reçu de Shanghaï la dépêche sui-
vante
Le fleuve Jaune a de nouveau débordé, et cette fois
à Shantung, à 50 milles de son embouchure.
Les quais ont été emportés sur une longueur d'un
demi-mille. Toute la région, c'est-à-dire une dizaine
de districts, est noyée sous douze pieds d'eau.
Le nombre des victimes serait considérable. Les
pertes matérielles sont énormes.
Le désastre a produit à Pékin une véritable con-
sternation.
On pense qu'il faudra recourir aux ingénieurs euro-
péens pour réparer les dignes du fleuve, et que ce
soin ne sera plus laissé aux ingénieurs chinois, dont
X incapacité vient d'être pour la seconde fois si ef-
froyablement démontrée.
Zanzibar
C'est la station de la compagnie allemande de
l'Afrique orientale de Mpwapwa, dans l'Issagara
que le chef indigène Bouchiri a attaqué. L'agent
Nielsen a été tué; le lieutenant Giese a pu gagner
Zanzibar sain et sauf.
Haïti
Le New-York Herald rapporte que, d'après des
avis de Haïti en date du 19 juillet, les troupes du
général Hippolyte avaient occupé la Coupe, un fau-
bourg de Port-au-Prince, mais elles en ont été dé-
logées par le général Légitime.
CHRONIQUE DE L'EXPOSITION
L'exposition du ministère de l'agriculture. Les éta-
blissements scientifiques et les écoles d'agriculture.
Ce que le gouvernement de la République a fait
pour l'enseignement agricole (1789-1848-1870) Le
présent et l'avenir des institutions agricoles en
rance.
En comparant, d'après les documents réunis
à l'Exposition du ministère de l'agriculture, la
situation générale de la France agricole à cent
ans de distance, en 1789 et en 1889 (1), il nous
a été facile de montrer les notables progrès cul-
turaux qui ont marqué ce siècle. La diminu-
tion très sensible de la jachère, l'introduction
des plantes fourragères, l'accroissement des
rendements du sol, celui du bétail .comestible,
le développement du bien-être dans nos cam-
pagnes, tels sont les grands traits de cette
• marche en ayant.
Qu'a-t-il été fait, dans le siècle écoulé, pour
l'enseignement agricole ? Quelle part le gou-
vernement républicain peut-il, à bon droit, re-
vendiquer dans le mouvement scientifique qui
est appelé à changer la face de l'agriculture
moderne ? Tels sont les points que permet d'é-
lucider une promenade à travers la galerie du
quai d'Orsay où s'étalent les expositions de nos
grandes écoles, les travaux de leurs profes-
seurs, ceux des Stations agronomiques, les
plans des champs d'expériences, etc. réunis
et groupés par les soins du ministère de l'agri-
culture et des fonctionnaires attachés aux éta-
blissements que je viens de nommer (2).
L'art de cultiver le sol est demeuré pendant
des siècles à l'état purement empirique la vé-
ritable aurore de l'agriculture scientifique, le
mouvement qui va lui imprimer un caractère
expérimental dans le vrai sens du mot datent
de la fin du siècle dernier. Lavoisier donna le
signal le premier, il indiqua l'utilité d'un en-
seignement scientifique pour l'agriculture. Le
fondateur de la chimie, appliquant la balance
à la constatation de tous les phénomènes de la
production, arrivait, dès 1788, à doubler le re-
venu de ses fermes du Perche et posait les ba-
ses de la statique agricole qui devait, un
demi-siècle plus tard, devenir une science po-
sitive dans les mains de Boussingault et de ses
successeurs. Nul ne saurait dire combien a été
fatale pour l'humanité la mort prématurée de
Lavoisier, dont le génie avait tracé le pro-
gramme des recherches à entreprendre sur la
nutrition des plantes et des animaux avec une
justesse de vues qu'envierait aujourd'hui plus
d'un agronome.
Les hommes de 1789 avaient des idées trop
larges pour ne pas comprendre, comme le re-
marque M. Tisserand (3), tout ce que l'agricul-
ture pouvait gagner à un enseignement profes-
sionnel bian distribué: l'Assemblée nationale,
la Constituante et la Convention s'en occupè-
rent tour à tour, avec une égale ardeur. Ainsi,
le duc de Béthune-Charost présentait, en 1795,
à la Convention, un projet d'organisation de
l'instruction rurale en France; Thibaudeau
proposait à la même assemblée, la création,
aux portes de Paris, d'une ferme expérimen-
tale. L'abbé Grégoire publiait un projet de dé-
cret pour l'établissement d'une école d'agricul-
ture par département. Gilbert, Huzard et plu-
sieurs autres membres de la Société centrale
d'agriculture réclamaient la création d'écoles
spéciales. Enfin, en 1800, François de Neufchâ-
teau présentait une organisation complète d'é-
coles, de chaires et de fermes expérimentales.
Malheureusement, aucun de ces projets n'ar-
riva à réalisation. La guerre déchaînée sur
l'Europe enraya tout l'agriculture, le premier
(1) Voir le Temps du 9 juillet 1889.
(2) Les personnes que les questions d'enseignement
agricole intéressent particulièrement consulteront avec
intérêt les rapports présentés à la troisième section
du congrès international agricole par MM. E. Tisse- j
rand, PrilleuK. Phi!ippar, Déhérain, etc., auxquels je
ferai quelques emprunts.
(3) Loc. cit 1
des arts de la paix, ne pouvait marcher de
pair avec les fléaux qu'entraîne l'esprit de
conquête. L'agriculture, de nouveau abandon-
née à elle-même, se trouva sans aide, sans se-
cours, sans phare pour l'éclairer et la guider
dans le chemin du progrès. Jusqu'en 1848, sous
les gouvernements qui succédèrent à la pre-
mière République, les industriels, les grands
propriétaires fonciers qui formaient la ma-
jorité des Chambres ne se préoccupèrent
que des moyens de faire hausser le prix des
terres et, partant, des fermages; ils ne virent
pas d'autres procédés pour favoriser l'agricul-
ture que les lois de protection douanière leur
tort fut de considérer ce moyen comme l'uni-
que à employer pour faire progresser l'agricul-
ture. Des hommes d'initiative tentèrent cepen-
dant d'organiser l'enseignement agricole: Ma-
thieu de Dombasle créa, en 1819, à Roville,
près de Nancy, une école à l'aide de fonds
réunis à grand'peine, par souscription. Cette
école acquit rapidement une grande célébrité;
de toutes parts, accoururent, près du maître,
les fils de grands propriétaires fonciers et de
nombreux étrangers.
En 1829, l'initiative privée fondait l'école de
Grignon, près de Versailles, et, en 1833, celle de
Grand-Jouan, en Bretagne. Enfin, quelques fer-
mes, sous le nom de fermes-écoles ou fermes-
modèles, s'organisèrent pour recevoir de jeu-
nes ouvriers et leur enseigner, par un appren-
tissage raisonné, le métier de cultivateur. Mais
ces efforts étaient absolument insuffisants pour
modifier sensiblement l'état d'ignorance dans
lequel vivaient les agriculteurs. CI
La République de 1848, reprenant les tradi-
tions libérales de son aînée, s'occupa, dès la
première heure des besoins de la grande famille
rurale. La loi du 3 octobre 1848 dont le rappor-
teur fut M. Richard (du Cantal) créa et posa
les bases véritables de l'organisation de l'ensei-
gnement agricole en France. Une école scienti-
fique, sous le nom d'Institut agronomique, fut
fondée à Versailles, dans les dépendances du
palais de LouisXIV.Quatre écoles représentant
le deuxième degré de l'enseignement(théorique
et pratique), tel qu'il avait été établi à Roville,
à Grignon et à Grand-Jouan, furent réorgani-
sées sous le nom d'Ecoles régionales d'agricul-
ture. Les écoles existantes de Grignon, de Grand-
Jouan et de la Saulsaie (Ain) devinrent avec
celle de Saint-Angeau (Cantal) ces foyers d'en-
seignement cessant d'être des établissements
privés, elles passèrent aux mains de l'Etat. Les
écoles régionales avaient pour objet l'enseigne-
ment théorique et pratique, approprié à la ré-
gion agricole dans laquelle elles étaient situées.
Limitées à quatre aux débuts, leur nombre
devait s'élever progressivement à vingt. Enfin,
la loi de 1848 institua les fermes-écoles d'après
le programme des formes modèles. L'enseigne-
ment y était essentiellement pratique. Il devait
y avoir une ferme-école par département.
Malheureusement ce vaste programme, qui
répondait si bien à l'état de la culture et ébau-
chait l'organisation de l'outillage scientifique
de 1 agriculture française ne put être mis à exé-
cution. Le second empire détruisit ou enrava
l'œuvre de la République; l'Institut agrono-
mique fut supprimé par décret, en 1852, après
deux années seulement de fonctionnement qui
ont donné à la France presque autant d'agro-
nomes et de cultivateurs distingués que l'Ins-
titut a compté d'élèves dans sa courte période
d'existence. Les écoles régionales devinrent des
écoles impériales sans que rien fût changé à
leur programme d'enseignement, mais on leur
imprima une direction plus pratique que scien-
tifique et leur nombre fut réduit à trois. Enfin,
les fermes-écoles, dont la création constituait
un progrès, étant donnée la situation de l'agri-
culture à cette époque, furent successivement
réduites, de soixante-cinq à cinquante, de 1852
à 1870. La dotation de l'enseignement agricole,
que la République de 1848 avait porté à 2 mil-
lions 1/2 était ramenée, par l'empire, à 1 mil-
lion 130,000 fr. en 1870.
Tel était l'état de l'enseignement profession-
nel de l'agriculture à l'avènement de la troi-
sième République il n'y avait plus d'ensei-
gnement supérieur de l'agriculture; il restait
trois écoles nationales d'agriculture. L'une,
celle de Grignon, était prospère et se recrutait
facilement; mais les deux autres manquaient
d'élèves, à ce point que l'une d'elles, celle qui
de la Saulsaie avait été transférée à Montpel-
lier, était menacée dans son existence; sa sup-
pression était même décidée en principe. Il exis-
tait enfin encore cinquante fermes-écoles, mais
un grand nombre d'entre elles étaient en déca-
dence.
Le gouvernement de la République avait fort
à faire pour répondre aux besoins et aux vœux
du pays, en ce qui regarde nos institutions
d'enseignement agricole. A l'heure qu'il est, on
peut encore formuler bien des desiderata, sou-
haiter bien des améliorations et demander no-
tamment qu'une dotation, en rapport avec l'im-
portance et le nombre des intérêts en jeu, met-
te le ministère de l'agriculture, en situation
d'accomplir sa vaste tâche d'enseignement et de
renseignement aux cultivateurs; mais il serait pro-
fondément injuste de méconnaître l'énorme
pas en avant qui a été fait depuis dix-huit
ans, grâce au concours du Parlement. L'ex-
position du quai d'Orsay témoigne hautement
des résultats acquis, en mettant sous les yeux
du public la démonstration matérielle du dé-
veloppement de l'enseignement agricole à tous
ses degrés depuis 1876.
A partir de 1870 et surtout de 1873, les efforts
se sont multipliés pour organiser, sur de plus
larges bases, les services agricoles et leur don-
ner une direction plus scientifique que par le
passé.
La loi du 29 décembre 1873 a organisé l'Ecole
d'horticulture de Versailles dans l'ancien pota-
ger du roi. Cette école donne chaque année à
cinquante jeunes gens un enseignement très
complet sur toutes les branches de l'agriculture
et de l'arboriculture, tant au point de vue théo-
rique qu'au point de vue pratique.
La loi du 30 juillet 1875 a créé les écoles pra-
tiques d'agriculture destinées à donner aux en-
fants de nos paysans, dès leur sortie de l'école
primaire, une bonne instruction profession-
nelle, de manière à en faire des cultivateurs
éclairés et en état de mettre en application sur
le bien paternel les enseignements de la science
et de la pratique raisonnée. Ces écoles sont
toutes organisées pour distribuer un enseigne-
ment théorique et une solide instruction pra-
tique le directeur est propriétaire, fermier ou
régisseur du domaine rural annexé à l'école et
le cultive pour son compte ou pour celui du
propriétaire. Ce domaine est d'étendue varia-
ble, mais toujours assez grand pour les be-
soins de l'enseignement pratique une ving-
taine d'hectares est presque toujours une éten-
due largement suffisante.
Le nombre de ces écoles atteint aujourd'hui
vingt-sept; il va chaque année en augmentant.
Les avantages qu'elles offrent sont si grands
que de toutes parts on en réclame la fondation,
et chaque année des legs importants sont faits
par de simples particuliers pour en créer de
nouvelles.
La loi du 9 août 1876 a rétabli l'Institut agro-
nomique sur de larges bases pour donner l'en-
seignement scientifique de l'agriculture et
créer un personnel en état d'inspirer une nou-
velle et puissante impulsion à l'agriculture
française. L'institut compte cent vingt élèves
si les propriétaires fonciers comprenaient leurs
véritables intérêts, c'est vers l'institut qu'ils
dirigeraient leurs fils, après les avoir préparés,
par de fortes études, dans nos établissements
d'enseignement secondaire, à acquérir les con-
naissances, aussi variées que solides, indispen-
sables pour obtenir de l'exploitation du sol
tout ce qu'elle peut donner. Avocats sans cau-
ses, médecins sans clientèle, quand ils ne sont
pas simplement des adeptes fervents du far
niente, que de jeunes gens devraient se presser
sur les bancs de l'Institut agronomique pour
s'y préparer à gérer leur fortune territoriale et
à concourir personnellement à la prospérité de
notre agriculture!
Les écoles nationales d'agriculture ont été con-
sidérablement améliorées. L'école de Montpel-
lier est consacrée à la viticulture. On sait les
services qu'elle a rendus dans la grande œuvre
de la reconstitution de notre vignoble.
La loi du 16 juin 1879 a rendu obligatoire,
dans les écoles normales d'instituteurs et dans
les écoles primaires, l'enseignement de l'agri-
culture. La même loi a institué des profes-
seurs départementaux, à raison d'un par dépar-
tement. Ces fonctionnaires sont chargés de
faire un cours d'après un programme appro-
prié à la région, aux élèves-instituteurs des
écoles normales; ils ont, en outre, adonner
des conférences aux cultivateurs dans la cam-
pagne, pour faire connaître à ceux-ci les amé-
liorations dont la culture locale est susceptible
et s'entretenir avec eux de leurs intérêts. I
Des chaires d'agricultui'5 ont été, de plus, in-
stituées dans un certain nombre de lycées, collè-
ges et écoles primaires, situés dans les régions
agricoles, pour permettreaux élèves derecevoir,
en même temps que l'instruction générale uni-
versitaire, des notions justes sur les choses
agricoles, leur faire aimer la vie rurale et pré-
parer les fils de cultivateurs à l'exercice de leur
profession. C'est une institution qui débute et
qui doit être considérablement développée à
raison des avantages que l'agriculture ne sau-
rait manquer d'en retirer. Combien de collèges
communaux pourraient utilement être trans-
formés en. collèges agricoles 1
Des champs d'expériences et de démon-
stration ont été organisés méthodiquement
avec les subsides de l'Etat et des départements
ils sont, en général, sous la direction des direc-
teurs des Stations agronomiques et des profes-
seurs départementaux; ils permettront aux
cultivateurs de juger de visu, dans les coins les
plus reculés du territoire, des améliorations
qu'ils peuvent introduire dans leurs exploita-
tions.
Enfin, les Stations agronomiques dont, au sens
propre du mot, une seule existait en 1868, ont
pris un grand développement, ainsi que les la-
boratoires agicoles. Les Stations sont des éta-
blissements dans. lesquels on fait des recher.
ches sur les questions qui intéressent l'agri-
culture sélection des plantes, physiologie vé-
gétale, alimentation du bétail, engrais, etc.
Les laboratoires agricoles sont destinés à
éclairer les cultivateurs sur la composition des
sols, sur leurs exigences en fumures, et à pro-
téger les agriculteurs contre les fraudes en ma-
tière d'engrais, de semences, etc. Il existe actuel-
lement en France quarante-quatre Stations ou
laboratoires, s'occupant plus particulièrement,
suivant la région, de recherches sur le lait,
sur la viticulture, la sériciculture, les fermen-
tations, etc.
La dotation annuelle inscrite au budget de
l'Etat, pour l'enseignement agricole, s'élève
actuellement à 4,034,100 francs, dont 160,000
francs pour les champs de démonstration,
145,000 fr. pour les Stations et les laboratoires
agricoles, 998,000 fr. pour les écoles vétérinai-
res, 300,000 fr. pour l'Institut agronomique,
662,000 fr. pour les écoles nationales d'agricul-
ture et 863,400 fr. pour les écoles pratiques et
les fermes-écoles, etc.
On voit par ce qui précède que, s'il reste en-
core beaucoup à faire pour donner à notre
population agricole toutes les écoles qui lui
sont nécessaires, le gouvernement de la Répu-
blique a laissé loin derrière lui les régimes qui
l'ont précédé. En dix-huit ans, il a été consa-
cré à l'organisation de l'enseignement agricole
à tous les degrés plus de soins et d'argent que
n'en ont dépensé ensemble les gouvernements
qui se sont succédé depuis 1789. Si l'on en juge
par l'Exposition universelle de 1889, comme
j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer,
les sacrifices que le Parlement a imposés aux
contribuables pour amener ce grand progrès
dans l'éducation de la classe la plus nombreuse
du pays, portent déjà des fruits excellents.
Comme le dit très justement M. E. Tisserand,
dans son rapport au congrès international,
« l'esprit scientifique pénètre davantage dans
les fermes; la jeunesse intelligente commence
à s'attacher à la vie rurale la confiance dans
l'avenir renaît, la production animale et végé-
tale s'est déjà accrue de plusieurs centaines de
millions; nos importations, en machines, en
denrées agricoles, en bétail, ont beaucoup di-
minué, tandis que nos exportations ont sensi-
blement augmenté ». Puisse le progrès révélé
par l'Exposition universelle inspirer à la future
Chambre des députés la conviction qu'aucune
dépense ne saurait être plus productive que
celle qui favorisera l'instruction technique et
la propagation des bonnes méthodes dans nos
campagnes. Ce résultat seul mériterait à l'Ex-
position la gratitude des agriculteurs français.
L. GRANDEAU.
M. Carnot à l'Exposition
Nous avons dit hier, en Dernière heure, que M.
Carnot visitait l'Exposition, au palais norvégien,
où, on le sait, les délégués des sociétés chorales
ont chanté devant le président de la République.
La réception a été très cordiale. M. Bœtzmann,
commissaire général, a présenté à M. Carnot les
deux chefs de la délégation, MM. Andersen et
Grœndal. Quand les chanteurs ont exécuté le chant
national norvégien, M. Carnot en a demandé à M.
Bœtzmann la partition pour la faire jouer par la
garde républicaine, et il a répondu par un sonore
cri de cc Vive la Norvège » aux hourras des Nor-
végiens.
Au moment où le président de la République re-
prenait le cours de sa promenade dans le Champ
de Mars un incident s'est produit. Deux dames ont
violemment poussé le cri de « Vive Boulanger 1 »
Arrêtées aussitôt et emmenées au bureau des com-
missaires spéciaux de l'Exposition, ces aimables
personnes ont gravement injurié les agents. Inter-
rogées sur leurs noms et qualités, l'une d'elles a dit
être Mlle Buffet, du théâtre des Variétés (?), et l'autre
la mère de cette dernière. La mère de Mlle Buffet,
qui est la veuve d'un officier supérieur de gendar-
merie, touche une pension du gouvernement. Elles
ont toutes deux été dirigées sur le Dépôt.
Après sa visite à l'isba russe et aux manufactures
nationales, dont nous avons dès hier donné les dé-
tails, M. Carnot s'est rendu au palais des machines.
Il a longuement parcouru toute la partie située à
l'angle de l'avenue de la Bourdonnais et de l'Ecole-
Militaire. Il s'est arrêté notamment devant les cu-
rieux appareils de distillation du système Egrot et
a félicité M. Egrot pour ses nouvelles marmites à
vapeur.
Dans sa visite, le président de la République s'est
arrêté assez longuement devant la belle machine
Corliss de 400 chevaux exécutée par les usines du
Creusot pour la force motrice du palais des machi-
nes.
Etablie d'après les derniers perfectionnements
de l'inventeur, travaillée et ajustée avec la préci-
sion exigée pour les travaux d'artillerie, cette ma-
chine permet d'utiliser la vapeur dans les condi-
tions les plus économiques.
Reçu par M. Laferté, secrétaire général à Paris
de la Société Schneider et C°, le président Carnot a
pris grand intérêt aux explications qui lui ont été
données. Nouvelles diverses
Nouvelles diverses
Les entrées payantes de la journée de vendredi, à
l'Exposition, se sont élevées au chiffre de 8i,889.
Hier, M. Russel B. Harrison, fils du président de
la république des Etats-Unis, a fait l'ascension de
la tour Eiffel. Il était accompagné du consul géné-
ral des Etats-Unis, M. J.-L. Rathbone et de quelques
personnes amies. C'est M. Thomas, administrateur
délégué de la Société de la tour, qui les a guidés
jusqu'à la troisième plate-forme, d'où ils sont re-
descendus émerveillés, bien que la pluie et le vent
y eussent été très violents.
M. Spooner, sénateur des Etats-Unis pour le
Wisconsin, revenu ces jours-ci d'une excursion en
Europe, a rapporté de l'Exposition française des
impressions dont la Tribune de New-York se fait
l'écho
C'est simplement grandiose, dit le sénateur. Un ma-
gnifique succès, sous tous les rapports, et qui mérite
le temps et l'argent qu'il en coûte pour le voir. Je
dois dire, par parenthèse, que ce que l'on dit des prix
exorbitants demandés par les hôtels de Paris est
singulièrement exagéré. D'après ma propre expérience,
je puis dire que les prix ne sont pas de beaucoup
plus élevés que d'ordinaire. Il n'y a pas de doute que
l'Exposition rapportera aux Français une grosse som-
me d'argent, assez probablement pour les indemniser
de ce qu'ils ont perdu à Panama.
Beaucoup d'Américains sont, je pense, un peu dé-
sappointés de la section des Etats-Unis. La partie mé-
canique est bonne, mais notre quote-part, en somme,
est bien maigre.
Nous avons annoncé que trois touristes venant
de Vienne et se rendant à Paris, en se faisant véhi-
culer alternativement dans une brouette, passe-
raient par Strasbourg. Les trois Viennois sont ar-
rivés hier matin, à onze heures, à Strasbourg: ce
sont les sieurs Edouard Feichtinger, âgé de vingt-
sept ans, cocher; Alfred Hübner, âgé de vingt-six
ans et Joseph Braschl, âgé de vingt-neuf ans, tous
deux garçons bouchers. Les trois Viennois ont
quitté Strasbourg à cinq heures du soir pour se
rendre à Wasselonne, et de là à Saverne. La brouette
qu'ils emmènent avec eux ressemble à celles dont
on sert pour le déchargement des bateaux chargés
de moellons. Sur le devant du véhicule se trouve
une pancarte avec l'inscription « En trente jours
de Vienne à Paris. » Une petite malle en bois,
peinte en noir, contenant quelques effets des voya-
geurs, sert de siège à celui qui se fait brouetter.
Le trio a mis dix-huit jours pour venir de Vienne à
Strasbourg; les brouetteurs, pour gagner leur pari,
devront être arrivés le 6 août.
AFFAIRES MILITAIRES
Cavalerie. Est promulguée la loi modifiant
ainsi qu'il suit le paragraphe 2 de l'article 2 de la
loi du 25 juillet 1887, relative à la création de nou-
veaux régiments de cavalerie
Les officiers supérieurs et les capitaines seront pré-
levés sur l'ensemble des cadres de l'arme, tels qu'ils
ont été constitués par la loi du 13 mars 1875, et ne
seront pas remplacés dans leurâ anciennes positions.
Mutations. Le général de division de Poilloûe
de Saint-Mars, commandant la 7° division d'infan-
terie, passé du comité technique de l'intendance au
comité technique de l'artillerie.
Le général dé brigade Madelor, commandant la'
13e brigade d'infanterie, est nommé membrtï du co-
mité techniaue de l'intendance. embrd du co-
Le général de brigade Moulin, commandant la 17°
brigade d'infanterie, est nommé membre du comité
technique d'état-major.
Le général de brigade Motas d'Hestreux, com-
mandant l'Ecole spéciale militaire, est nommé mem-
bre du comité technique de l'infanterie.
Le général de division Peaucellier, commandant
la place de Lyon, est nommé membre du comité
technique du génie.
Tous ces officiers généraux conservent leurs fonc-
tions actuelles.
Changement de garnison. Comme conséquence
de l'installation à Lyon de la 1" brigade de cuiras-
siers, et à Senlis et Cambrai de la 4° brigade de
même subdivision d'armes, à l'issue des manœu-
vres de cavalerie du camp de Chàlons, l'état-major
de la première de ces brigades sera transféré à Lyon
et celui de l'autre brigade à Senlis, le 12 septembre e
prochain.
A la même date, la 1" brigade passera à la 6° di-
vision de cavalerie et la 4e à la 5° division.
LA VIE LITTERAIRE
Contes chinois
Contes chinois, par le général Tcheng-ki-Tong. 1 vol
in-18. La Dame a l'éventail blanc, conte tiré de
1 histoire de la Dame du pays de Soung.
J'avoue que je suis peu versé dans la littéra-
ture chinoise. Durant qu'il était vivant et que
j'étais fort jeune, j'ai un peu connu M. Guil-
laume Pauthier, qui savait le chinois mieux
que .le français. Il y avait gagné, je ne sais
comment, de petits yeux obliques et des mous-
taches de Tartare. Je lui ai entendu dire que
Confucius était un bien plus grand philosophe
que Platon; mais je ne l'ai pas cru. Confucius
ne contait point de fables morales et ne compo-
sait point de romans métaphysiques.
Ce vieil homme jaune n'avait point d'imagi-
nation, partant point de philosophie. En re-
vanche, il était raisonnable. Son disciple Ki-
Lou lui demandant un jour comment il fallait
servir les Esprits et les Génies, le maître ré-
pondit
Quand l'homme n'est pas encore en état
de servir l'humanité, comment pourrait-il ser-
vir les Esprits et les Génies ? P
Permettez-moi, ajouta le disciple, de vous
demander ce que c'est que la mort.
Et Confucius répondit
Lorsqu'on ne sait pas ce que c'est que la
vie, comment pourrait-on connaître la mort?
Voilà tout ce que j'ai retenu, touchant Con-
fucius, des entretiens de M. Guillaume Pau-
thier, qui, lorsque j'eus l'honneur de le connaî-
tre, étudiait spécialement les agronomes chi-
nois, lesquels, comme on sait, sont les pre-
miers agronomes du monde. D'après leurs pré-
ceptes, M. Guillaume Pauthier sema des ana-
nas dans le département de Seine-et-Oise. Ils
ne vinrent pas. Voilà pour la philosophie.
Quant au roman, j'avais lu, comme tout le
monde, les nouvelles traduites à diverses épo-
ques, par Abel Rémusat, Guillard d'Arcy, Sta-
nislas Julien et d'autres savants encore dont
j'oublie le nom. Qu'ils me le pardonnent, si un
savant peut pardonner quelque chose. Il me
restait de ces nouvelles, mêlées de prose et de
vers, l'idée d'un peuple abominablement fé-
roce et plein de politesse.
Les contes chinois, publiés récemment par
le général Tcheng-ki-Tong sont beaucoup plus
naïfs, ce me semble, que tout ce qu'on avait
encore traduit dans ce genre; ce sont de petits
récits analogues à nos contes de ma mère l'Oie,
pleins de dragons, de vampires, de petits re-
nards, de femmes qui sont des fleurs et de
dieux en porcelaine. Cette fois, c'est la veine
populaire qui coule, et nous savons ce que con-
tent, le soir sous la lampe, les nourrices du
Céleste-Empire aux petits enfants jaunes. Ces
récits, sans doute de provinces et d'âges très
divers, sont tantôt gracieux, comme nos lé-
gendes pieuses, tantôt satiriques comme nos
fabliaux, tantôt merveilleux comme nos contes
fifi fAcs. narfnis tnnt h fait hn^m'hloi.
t. ,.ma..
Parmi ces derniers, je signalerai l'aventure
l du lettré Pang, qui recueillit chez lui une pe-
i tite demoiselle qu'il avait rencontrée dans la
rue. Elle avait tout l'air d'une bonne fille, et le
lendemain matin Pang se félicitait de la ren-
contre. Il laissa la petite personne chez lui et
i sortit comme il avait coutume. Il eut la curio-
site, en rentrant, de regarder dans la chambre
1 par une fente de la cloison. Alors il vit un sque-
lette à la face verte, aux dents aiguës, occupé
à peindre de blanc et de rose, une peau de
femme dont il se revêtit. Ainsi recouvert
le squelette était charmant. Mais le lettré
Pang tremblait d'épouvante. Ce n'était pas
sans raison; le vampire, car c'en était un,
se jeta sur lui et lui arracha le cœur. Par l'art
d'un prêtre, habile à conjurer les maléfices,
Pang recouvra son cœur et ressuscita. C'est un
| dénouement qu'on retrouve plusieurs fois. Les
Chinois, qui ne croient pas à l'immortalité de
l'âme, n'en sont que plus enclins à ressusciter
les morts. Je note ce conte de Pang et du vam-
pire parce qu'il me semble très populaire et
très vieux. Je signale notamment aux ama-
teurs du folk-lore un plumeau suspendu à la
porte de la maison pour la préserver des fan-
tômes. Je serais bien trompé si ce plumeau ne
se retrouvait point ailleurs et n'attestait la pro-
fonde antiquité du conte.
Certains récits du même recueil font avec
celui du vampire un agréable contraste. Il y en
a de fort gracieux qui nous montrent des fem-
mes-fleurs, dont la destinée est attachée à la
plante dont elles sont l'émanation, qui dispa-
raissent mystérieusement si la plante est trans-
j plantée et qui s'évanouissent quand elle meurt.
On conçoit que de tels rêves aient germé dans
ce peuple de fleuristes qui font de la Chine en-
tière depuis la plaine jusqu'aux pics de leurs
montagnes taillées et cultivées en terrasse, un
jardin merveilleux et qui colorent de chrysan-
thèmes et de pivoines tout le Céleste-Empire
comme une immense aquarelle. Lisez, par
exemple, le conte des deux pivoines du temple
de Lo-Chan, l'une rouge et l'autre blanche, et
qui semblaient deux tertres de fleurs. Chaque
plante avait pour âme et pour génie une
femme d'une exquise beauté. Le lettré qui
les aima toutes deux l'une après l'autre, eut
pour destinée d'être changé lui-même en
plante et de goûter la vie végétale auprès
de ses deux bien-aimées. Ne devaient-ils pas
confondre ainsi la femme et la fleur, ces Chi-
nois, jardiniers exquis, coloristes charmants,
dont les femmes, vêtues de vert, de rose et de
bleu, comme des plantes fleuries, vivent sans
bouger, à l'ombre et dans le parfum des fleurs 1
On pourrait rapprocher de ces pivoines enchan-
tées l'acacia des contes égyptiens dans lequel
un jeune homme met son cœur.
Les vingt-cinq contes recueillis et traduits
par le général Tcheng-ki-Tong suffiraient à
montrer que les Chinois n'ont guère formé d'es-
pérances au delà de ce monde, ni conçu aucun
idéal divin. Leur pensée morale est, comme
leur art de peintre, sans perspective et sans ho-
rizon. Dans certains récits, qui semblent assez
modernes, tels que celui du licencié Lien, que le
traducteur fait remonter, si j'ai bien compris,
au quinzième siècle de l'ère chrétienne, on
voit sans doute un enfer et des tourments. Les
supplices y sont même effroyables: on peut se
fier sur ce sujet à la richesse de l'imagination
jaune. Au sortir du corps, les âmes, les mains
liées derrière le dos, sont conduites par deux
revenants (le mot est dans le texte) à une ville
lointaine et introduites au palais, devant un
magistrat d'une laideur épouvantable. C'est le
juge des enfers. Le Grand-Livre des morts est
ouvert devant lui. Les employés des enfers qui
exécutent les arrêts du juge saisissent l'âme
coupable, la plongent dans une marmite haute
de sept pieds et tout entourée de flammes; puis
ils la conduisent sur la montagne des couteaux,
où elle est déchirée, dit le texte, « par des la-
mes dressées drues comme de jeunes pousses
de bambous ». Enfin, si l'âme est celle d'un
ministre concussionnaire, on lui verse dans
la bouche de grandes cuillerées d'or fondu.
Mais cet enfer n'est point éternel. Un ne fait
qu'y passer et, dès qu'elle a subi sa peine,
l'âme, mise dans la roue des métempsycoses,
y prend la forme sous laquelle elle doit renaî-
tre sous la terre. C'est là visiblement une fable
hindoue, à laquelle l'esprit chinois a seulement
ajouté d'ingénieuses cruautés. Pour les vrais
Chinois, l'âme des morts est légère, hélas lé-
gère comme le nuage. « Il lui est impossible de
venir causer avec ceux qu'elle aime. » Quant
aux dieux, ce ne sont que des magots.
Ceux des Tahoïstes, qui datent du sixième
siècle avant Jésus-Christ-, sont effroyables, ¡
et faits pour effrayer les âmes simples, Un de ̃
ces monstres infernaux, ayant pour mousta-
ches deux queues de cheval, est le héros du
meilleur des contes réunis par M. Tcheng-ki-
Tong. Ce dieu était renfermé depuis longtemps
dans un temple tahoïste, quand un jeune étu-
diant, nommé Tchou, l'invita à souper. Tchou
était plus audacieux encore que don Juan;
mais le dieu, qui se nommait Louk, était d'un
naturel plus humain que le Commandeur de
pierre. Il vint à l'heure dite et se montra gai
convive, buvant sec et contant des histoires. II
ne manquait pas d'instruction. 11 possédait
toutes les antiquités de l'empire, et même,
ce qui est plus singulier de la part d'un dieu,
il connaissait assez bien les nouveautés litté-
raires. Une nuit, après boire, Tchou lui lut une
composition qu'il venait de faire et lui de-
manda son avis. Louk la jugea médiocre; il ne
se dissimulait pas que son ami avait l'esprit
un peu épais. Comme c'était un excellent dieu,
il y remédia dès qu'il le put. Un jour, ayant
trouvé dans l'enfer le cerveau d'un mort qui
avait, de son vivant, montré beaucoup d'intelli-
gence, il le prit, l'emporta, fit boire cette fois
son hôte un peu plus que de coutume, et pro-
fita de ce qu'il dormait pour lui ouvrir le crâne
et lui remplacer le cerveau par celui qu'il s'é-
tait procuré. A la suite de cette opération,
Tchou devint un lettré de grand mérite et passa
tous ses examens avec éclat. En vérité, ce dieu
était un très brave homme. Malheureusement,
ses occupations le retiennent désormais dans
la montagne Taï-Hoa; il ne peut plus aller sou-
per en ville.
Nous parlions tout à l'heure, au commence-
ment de cette causerie, des contes chinois tra-
duits par Abel Rémusat, vers 1827. Un de ceux-
là est justement célèbre, c'est celui qui a pour
titre la Dame du pays de Soung et dont le sujet
présente des analogies frappantes avec une fa-
ble milésienne que Pétrone nous a conservée
et qui a été mise en vers par La Fontaine.
Mme Tian (c'est le nom de la dame du pays
de Soung) est, comme la matrone d'Ephèse, une
veuve inconsolable que l'amour console. La
version chinoise, autant qu'il m'en souvient,
est moins heureuse que la version rapportée
dans le Sacyricon. Elle est gâtée par des lour-
deurs et des invraisemblances, poussée au tra-
gique et défigurée par cet air grimaçant qui nous
rend, en somme, toute la littérature chinoise à
peu près insupportable. Mais il me reste un sou-
venir charmant, d'un épisode qui y est intercalé,
celui de l'éventail. Si Mme Tian nous divertirait
médiocrement, la dame à l'éventail est tout à
fait amusante. Je voudrais pouvoir transcrire
ici cette jolie historiette qui tient à peine vingt
lignes dans le recueil d'Abel Rémusat. Mais je
n'ai pas le texte sous la main.
Je suis obligé de conter de mémoire. Je le
ferai en toute liberté, comblant, du moins mal
que je pourrai, les lacunes de mes souvenirs.
Ce ne sera peut-être pas tout à fait chinois.
Mais je demande grâce d'avance pour quelques
détails apocryphes. Le fonds du moins est au-
thentique et se trouve dans le troisième volume
des contes chinois traduits par Davis, Thoms,
le P. d'Entrecolles, etc., et publiés par Abel
Rémusat, chez un libraire du nom de Moutar-
dier qui fleurissait dans la rue Gît-le-Cœur,
sous.le règne de Charles X. C'est tout ce que
j'en puis dire, ayant prêté le volume à un ami
qui ne me l'a point rendu.
Voici donc, sans tarder davantage, l'histoire
de la dame à l'éventail blanc.
Tchouang-Tsen, du pays de Soung, était un
lettré qui poussait la sagesse jusqu'au détache-
ment de toutes les choses périssables, et com-
me, en bon Chinois qu'il était, il ne croyait
point, d'ailleurs, aux choses éternelles, il ne
lui restait pour contenter son âme que la cons-
cience d'échapper aux communes erreurs des
hommes qui s'agitent pour acquérir d'inutiles
richesses ou de vains honneurs. Mais il faut que
cette satisfaction soit profonde, car il fut, après
sa mort, proclamé heureux et digne d'envie. Or,
pendant les jours que les génies inconnus du
monde lui accordèrent de passer sous un ciel
vert, parmi des arbustes en fleur, des sau-
les et des bambous, Tchouanfl-Tsen avait
coutume de se promener en rêvant dans ces
contrées où il vivait sans savoir ni comment
ni pourquoi. Un jour qu'il errait à l'aven-
ture sur les pentes fleuries de la montagne
Nam-Hoa, il se trouva insensiblement au milieu
d'un cimetière où les morts reposaient, selon
l'usage du pays, sous des monticules de terre
battue. A la vue des tombes innombrables qui
s'étendaient par delà l'horizon, le lettré médita
sur la destinée des hommes
Hélas se dit-il, voici le carrefour où abou-
tissent tous les chemins de la vie. Quand une
fois on a pris place dans le séjour des morts,
on ne revient plus au jour.
Cette idée n'est point singulière, mais elle
résume assez bien la philosophie de Tchouang-
Tsen et celle des Chinois. Les Chinois ne con-
naissent qu'une seule vie, celle où l'on voit au
soleil fleurir les pivoines. L'égalité des humains
dans la tombe les console ou les désespère, se-
lon qu'ils sont enclins à la sérénité ou à la mé-
lancolie. D'ailleurs, ils ont, pour les distraire,
une multitude de dieux verts ou rouges qui, par-
fois, ressuscitent les morts et exercent la magie
amusante. Mais Tchouang-Tsen, qui appartenait
à la secte orgueilleuse des philosophes, ne de-
mandait pas de consolation à des dragons de por-
celaine. Comme il promenait ainsi sa pensée à
travers les tombes, il rencontra soudain une
jeune dame qui portait des vêtements de deuil,
c'est-à-dire une longue robe blanche d'une étoffe
grossière et sans coutures. Assise près d'une
tombe, elle agitait un éventail blanc sur la
terre encore fraîche du tertre funéraire.
Curieux de connaître les motifs d'une action
si étrange, Tchouang-Tsen, salua la jeune dame
avec politesse et lui dit
Oserai-je, madame, vous demander quelle
personne est couchée dans ce tombeau et pour-
quoi vous vous donnez tant de peine pour
éventer la terre qui la recouvre? Je suis philo-
sophe je recherche les causes, et voilà une
cause qui m'échappe.
La jeune dame continuait à remuer son
éventail. Elle rougit, baissa la tête et murmura
quelques paroles que le sage n'entendit point.
Il renouvela plusieurs fois sa question, mais
en vain. La jeune femme ne prenait plus garde
à lui et il semblait que son âme eût passé tout
entière dans la main qui agitait l'éventail.
Tchouang-Tsen s'éloigna à regret. Bien qu'il
connût que tout n'est que vanité, il était, de
son naturel, enclin à rechercher les mobiles
des actions humaines, et particulièrement de
celles des femmes; cette petite espèce de créa-
ture lui inspirait une curiosité malveillante,
mais très vive. Il poursuivait lentement sa
promenade en détournant la tête pour voir en-
core l'éventail qui battait l'air comme l'aile
d'un grand papillon, quand, tout à coup, une
vieille femme qu'il n'avait point aperçue d'a-
bord lui fit signe de la suivre. Elle l'entraîna
dans l'ombre d'un tertre plus élevé que les au-
tres et lui dit
Je vous ai entendu faire à ma maîtresse
une question à laquelle elle n'a pas répondu.
Mais moi je satisferai votre curiosité par un
sentiment naturel d'obligeance et dans l'espoir
que vous voudrez bien me donner en retour de
quoi acheter aux prêtres un papier magique qui
prolongera ma vie.
Tchouang-Tsen tira de sa bourse une pièce de
monnaie et la vieille parla en ces termes
« Cette dame que vous avez vue sur un tom-
beau est Mme Lu, veuve d'un lettré nommé
Tao, qui mourut, voilà quinze jours, après une
longue maladie, et ce tombeau est celui de son
mari. Ils s'aimaient tous deux d'un amour ten-
dre. Même en expirant, M. Tao ne pouvait se
résoudre à la quitter et l'idée de la laisser au
monde dans la fleur de son âge et de sa beauté
lui était tout à fait insupportable. Il s'y rési-
gnait pourtant, car il était d'un caractère très
doux et son âme se soumettait volontiers à la
nécessité. Pleurant au chevet du lit de M. Tao,
qu'elle n'avait point quitté durant sa maladie,
Mme Lu attestait les dieux qu'elle ne lui survi-
vrait point et qu'elle partagerait son cercueil
comme elle avait partagé sa couche.
» Mais M. Tao lui dit:
» Madame, ne jurez point cela.
» Du moins, reprit-elle, si je dois vous sur-
vivre, si je suis condamnée par les génies à
voir encore la lumière du jour quand vous ne
la verrez plus, sachez que je ne consentirai ja-
mais à devenir la femme d'un autre et que je
n'aurai qu'un époux comme je n'ai qu'une
âme.
» Mais M. Tao lui dit
» Madame, ne jurez point cela.
» Oh! monsieurTao,monsieurTao! laissez-
moi jurer du moins que de cinq ans au moins
je ne me remarierai.
» Mais M. Tao lui dit:' •<
» Madame, ne jurez point jurez seu- <
lemeftt de garder fidèlement ma mémoire tant 1 J
que la terre n'aura pas séché sur mon tombeau.
» Mme Lu en fit un grand serment. Et le bon
monsieur Tao ferma les yeux pour ne les plug
rouvrir. Le désespoir de Mme Lu passa tout ce
qu'on imaginer. Ses yeux étaient dévorés de
larmes ardentes. Elle déchirait, avec les petits
couteaux de ses ongles, ses joues de porcelaine.
Mais tout passe, et le torrent de cette douleur
s'écoula. Trois jours après la mort de M. Tao,
la tristesse de Mme Lu était devenue plus hu-
maine. Elle apprit qu'un jeune disciple de M.
Tao désirait lui témoigner la part qu'il prenait
a son deuil. Elle jugea avec raison qu'elle ne
pouvait se dispenser de le recevoir. Elle le
reçut en soupirant. Ce jeune homme était
très élégant et d'une belle figure; il lui parla
un peu de M. Tao et beaucoup d'elle; il lui dit
qu'elle était charmante et qu'il sentait bien
qu il l'aimait; elle le lui laissa dire. Il promit
de revenir. En l'attendant, Mme Lu, assise au-
près du tertre de son mari, où vous l'avez vue,
passe tout le jour à sécher la terre de la tombe
au souffle de son éventail. »
Quand la vieille eut terminé son récit, le sage
Tchouang-Tsen songea
La jeunesse est courte; l'aiguillon du
désir donne des ailes aux jeunes femmes et
aux jeunes hommes. Après tout, Mme Lu est
une honnête personne qui ne veut pas trahir
son serment.
C'est un exemple à proposer aux femmes
blanches de l'Europe.
ANATOLE FRANGE.
ACTES OFFICIELS
Par arrêté, le ministre du commerce a retiré à M,
Caillabet, agent d'émigration à Oloron (Basses-Pyré-
nées), l'autorisation d'entreprendre le recrutement et
le transport des émigrants, qui lui avait été accordée
par arrêté du 29 mars 1888. Le retrait a été prononcé
sur la demande de M. Caillabet.
Par décision du ministre du commerce a été au-
torisée la création de bureaux télégraphiques dans les
communes de Marcilly-lès-Buxy (Saône-et-Loire),
Berteaucourt (Somme), Lavausseau (Vienne).
"r
CHRONIQUE ÉLECTORALE
Le Mémorial des Deux-Sèvres publie la note sui-
vante
Divers journaux ont publié hier la note suivante,
relative aux motifs qui ont déterminé M. de La Porte
à renoncer à la candidature au conseil général dans
le 2° canton de Niort
« Des engagements auraient été pris entre M. de
La Porte et les boulangistes, c'est-à-dire les bonapar-
tistes de Niort. En vertu de cet engagement, M. de
La Porte cédera son siège de conseiller général à M.
Boulanger à condition que les amis de M. Boulanger
votent aux élections législatives pour M. de La
Porte.
Les soussignés, ayant pris part aux pourparlers qui
ont précédé le désistement de M. de La Porte, affir-
ment de la façon la plus formelle l'inexactitude de
ces allégations.
M. de La Porte ne s'est décidé à retirer sa candida-
ture que parce qu'ils lui ont déclaré avec insistance,
à la presque unanimité, qu'ils considéraient le mandat
de conseiller général comme incompatible avec celui
de député.
C'est seulement en présence de cette déclaration que
M. de La Porte, dans l'intérêt du parti républicain, a
renoncé à poser sa candidature au conseil général.
Lhomme, président de la Société d'agriculture,
candidat républicain au conseil général; Cous-
sot, conseiller d'arrondissement; Martin-Bas
tard, maire de Niort; Vivien,-adjoint au maire
de Niort; Duvigneaux, Pellevoisin, Rimbault,
Lamoureux, Perrin, Rifl'ault-Benon, David-
Caillon, Boureau, conseillers municipaux de
Niort.
Ajoutons que M. de La Porte adresse à ses an-
ciens électeurs une circulaire où il proteste contre
l'accusation d'avoir voulu favoriser par son désis-
tement l'élection du général Boulanger et appuie la
candidature de « l'ancien proscrit qui n'a jamais
servi qu'une seule cause, celle de la République»,
M. Lhomme.
ÉLECTIONS AUX CONSEILS GÉNÉRAUX
M. Spuller, ministre des affaires étrangères, con-
seiller général sortant du canton de Sombernon, où
il a pour adversaire M. Boulanger, adresse à ses
électeurs la circulaire suivante
AU DRAPEAU!
Aux électeurs républicains du canton de Sombemon
Chers concitoyens,
La candidature Boulanger dans notre canton est une
attaque directe au gouvernement de la République
dont je suis membre.
Cette candidature est illégale au premier chef; elle
ne peut aboutir à aucun résultat utile après le vote
du 28 juillet.
Si cette candidature pouvait triompher, il faudrait
recommencer l'élection.
Ce que l'on veut, c'est une manifestation hostile à
la République, sur le nom d'un homme en ce moment
sous le coup d'un mandat de justice. Qui fera cette ma-
nifestation ? N'en doutez pas, citoyens, ce sont les
ennemis de la République.
Boulanger ne peut compter sur d'autres voix que
les voix de la réaction.
Il pose sa candidature dans quatre-vingts cantons
contre quatre-vingts républicains il ose demander le
suffrage des républicains t
Il a enfin jeté le masque.
C'est un traître, c'est un instrument aux mains de
nos ennemis.
Ma personne n'est rien dans cette lutte la Répu-
blique est tout. C'est la République qu'il faut défen-
dre vous voterez dimanche comme un seul homme
pour le conseiller général sortant, qui porte son dra-
peau.
J'ai confiance en vous. Soyez unis et nous serons
invincibles.
j • E. SPULLER,
Ministre des affaires étrangères, député
̃ ̃'̃' '̃̃ de la Côte-d'Or, vice-président du con-
seil général, conseiller sortant.
La Presse annonce la conversion au boulangisme
de M. Delboy, conseiller général du 6e canton de
Bordeaux, qui se représente. Dans une réunion pu-
blique tenue jeudi dernier, il aurait reconnu que
« le programme du général Boulanger est digne de
servir de terrain commun à tous les républicains
honnêtes ». Il aurait ajouté que son appui ne serait
acquis dans l'élection législative prochaine qu'au
candidat revisionniste boulangiste qui se présente-
rait contre M. Fernand Faure.
Parmi les réunions publiques qui se tiennent à
l'occasion du renouvellement des conseils généraux,
celle qui a eu lieu avant-hier soir à Montferrand
(Puy-de-Dôme) mérite d'être signalée. Dans le
choix, parfois judicieux, des circonscriptions can-
tonales où ils ont posé la candidature de leur chef,
les boulangistes n'avaient eu garde d'oublier le can-
ton de Clermont-est, qui paraissait offrir un terrain
particulièrement favorable à leur propagande.
Ce canton, en effet, n'a élu, en 1883, M. le doc-
teur Pommerol le conseiller général républicain
sortant qu'à 213 voix de majorité (1,621 voix
contre 1,408 au candidat monarchiste); un déplace-
ment de 107 voix suffirait donc pour assurer la
victoire à M. Boulanger. Des circonstances parti-
culières favorisaient les chances des boulangistes
Montferrand, qui est une sorte d'annexe à Cler-
mont-Ferrand et fait administrativement partie in-
tégrante de cette ville, réclame avec opiniâtreté,
depuis de longues années, que l'autonomie lui soit
rendue. Sans doute, M. le docteur Pommerol est en
communion d'idées avec ses électeurs; mais que
sont ses efforts dans l'assemblée départementale
pour obtenir la séparation à côté de la toute-puis-
sance que les destins ont promise à M. Boulanger? P
Or, il est aisé de conquérir la gratitude de cette fu-
ture omnipotence en lui confiant le mandat de con-
seiller général qu'il veut bien solliciter. Le comité
boulangiste de Clermont avait fait, d'ailleurs, ap- ·
poser l'affiche suivante > >p
Le général Boulanger vient de déclarer qu'il ne se
présenterait que dans quatre-vingts cantons de la
France, c'est-à-dire à peu près une moyenne d'un
par département.
Le canton de Clermont-est a été choisi par le géné-
ral, qui veut par là donner aux habitants de Mont-
ferrand un gage de sa profonde affection pour eux.
Les habitants de Montferrand comprendront facile-
ment l'intérêt que le général portera, dès son arrivée
au pouvoir, à la question de la séparation, s'ils l'éli-
sent leur conseiller général.
Montferrand n'est pas seul à receler des motifs
de mécontentement qui sont, comme on sait, pré-
textes à boulangisme une commune du canton
est, Blanzat, qui avait donné, en 1883, 198 suffrages
républicains contre 115 voix conservatrices, a subi
récemment deux catastrophes qui réduisent les
chances républicaines c'est la fermeture, par suite
d'un désastre commercial, de la manufacture da
papier et de la manufacture de caoutchouc. La po-
pulation ouvrière, qui était républicaine, quitte en
partie le pays: la population agricole, qui appar-
tient à la Limagne, est conservatrice; on pouvait
donc s'attendre à voir les voix diminuer dimanche
prochain.
La situation parait donc bonne pour les boulan-
gistes dans le canton est; nous verrons lundi si les
électeurs auront pris au sérieux la candidature plé-
biscitaire. Voyons en attendant comment ses sou-
tiens ont été reçus à la réunion qui se tenait mer-
credi soir à Montferrand
Cette réunion a commencé à neuf heures au mo-
ment où prenaient place sur une estrade MM. Saint-
Yves, rédacteur enchefdu Peuple Souverain et Paul Z
Chassaigne-Goyon fils, bonapartistes qui venaient
défendre la candidature de M. Boulanger. Dès le
discours de M. Saint-Yves, qui parlait le premier,
l'assemblée a manifesté ses sentiments républicains
en soulignant d'exclamations ironiques chaque
phrase de l'orateur qui avait dès les premiers mots
révélé toute la tactique boulangiste, en annonçant
qu'il traiterait la question de la séparation
Môatferraad-
avoir tué sa maîtresse, Elvira Madigan, écuyère
de cirque
Le comte de Sparre était âgé de trente-cinq ans; il
avait épousé la comtesse Adlerkreutz et était père de
deux petits enfants.
D'une nature très romanesque, il était très connu
par ses excentricités qui persistèrent même après son
mariage. Il avait publié récemment un volume de
poésies.
Ses relations avec la belle Elvira Madigan dataient
de ces derniers temps. La jeune femme, aussi célèbre
par sa beauté que par ses aventures, était fille d'une
aventurière autrefois expulsée da Berlin, à la suite
d'intrigues amoureuses avec un haut personnage.
Les amoureux habitaient dans une modeste au-
berge, à Swendborg, dans l'île de Fionie, sous le nom
de comte et comtesse de Sparre. Ils vivaient très re-
tirés et faisaient de longues excursions dans la cam-
pagne. Ils furent peu remarqués, jusqu'au moment où
les journaux annoncèrent qu'un officier suédois, de
grande famille, avait abandonné sa femme et ses en-
fants et avait disparu sans laisser de traces avec une
écuyère de cirque.
L'attention des nombreux étrangers habitant
Swendborg se porta sur le couple, et plusieurs Danois
reconnurent dans la prétendue comtesse une ecuyère
qui avait fait fureur, quelques années auparavant, au
Tivoli de Copenhague. Lorsque la curiosité générale
devint gênante pour les amoureux, ceux-ci partirent
pour un petit village de pêcheurs, Trœnse.
Ils entreprirent de faire une excursion à la vieille
église de 1 reningue et montèrent sur le clocher. Sur
le livre des étrangers, Elvira s'inscrivit sous le nom
de « baronne de Vetsera ». Le lendemain, tous deux
quittèrent l'hôtel, prétextant une longue excursion..
Après leur départ, l'hôtelier trouva une montre de
femme, ornée d'une couronne de comte, et qui avait
été laissée sur la table.
Quatre jours après le départ des amoureux, l'hôte-
lier, craignant un malheur, prévint les autorités.
Après de longues recherches, on découvrit, dans un
endroit écarté de la forêt, les cadavres des deux in-
fortunes Elvira, horriblement défigurée, avait été
tuée par son amant d'un coup de revolver dans l'œil,
Le comte s'était ensuite tiré une balle dans la bouche.
Le corsage entr'ouvert de la jeune femme laissait
voir une précieuse croix en brillants portant la date
de 18Ê6 et le nom de l'écuyère. Le roi Christian de
Danemark lui avait donné ce bijou après une repré-
sentation à laquelle il avait assisté avec la famille
impériale de Russie.
Turquie
Le Times prétend qu'au dernier Divan l'idée d'en-
voyer une escadre turque en Crète a été émise,
mais que le grand-vizir l'a combattue.
Il aurait été décidé qu'il convenait de ne prendre
encore aucune mesure de répression et qu'il fallait
tâcher de ramener les mécontents par la persua-
sion. Ce n'est que plus tard, et s'il est absolument
contraint, que le gouvernement aura recours à de
plus énergiques moyens.
Un événement extraordinaire, miraculeux, pré-
occupe toute la population musulmane de Constan-
tinople.
Le gardien d'un cimetière turc prétend avoir eu
trois fois de suite une vision dans la même nuit.
Un vieillard se présenta à lui et le somma d'aller
le déterrer, car « il était las de rester si longtemps
dans le tombeau ». Effrayé, le gardien alla racon-
ter sa vision à la police.
Immédiatement, on se rendit au cimetière et on
ouvrit le tombeau que le vieillard avait indiqué au
gardien. On a, en effet, exhumé le corps d'un vieil-
lard très bien conservé et portant une longue barbe
blanche. De quelques lettres à demi effacées qui se
trouvaient sur la pierre, il résulte que ce vieillard
était un derviche du nom de Souleyman et avait
été enterré il y a trois cent vingt-six ans Les
musulmans crient au miracle; les ministres, les
hauts dignitaires du palais ont visité le tombeau
et, sur l'ordre du sultan, on y érigera un magnifi-
que mausolée.
Montenegro
Une dépêche adressée de Vienne au Times porte
qu'un différend vient de surgir entre la Turquie et
le Montenegro au sujet d'un soldat ottoman qui, il
y a trois mois, a déserté et s'est réfugié à Podgo-
ritza.
Les autorités de cette ville ayant refusé de le li-
vrer au vice-consul turc, celui-ci le fit saisir, la
nuit, et transporter de l'autre côté de la frontière.
Le gouvernement monténégrin somme à présent la
Porte de lui rendre son réfugié et de punir le vice-
consul. L'affaire en est là.
Chine
Le Standard a reçu de Shanghaï la dépêche sui-
vante
Le fleuve Jaune a de nouveau débordé, et cette fois
à Shantung, à 50 milles de son embouchure.
Les quais ont été emportés sur une longueur d'un
demi-mille. Toute la région, c'est-à-dire une dizaine
de districts, est noyée sous douze pieds d'eau.
Le nombre des victimes serait considérable. Les
pertes matérielles sont énormes.
Le désastre a produit à Pékin une véritable con-
sternation.
On pense qu'il faudra recourir aux ingénieurs euro-
péens pour réparer les dignes du fleuve, et que ce
soin ne sera plus laissé aux ingénieurs chinois, dont
X incapacité vient d'être pour la seconde fois si ef-
froyablement démontrée.
Zanzibar
C'est la station de la compagnie allemande de
l'Afrique orientale de Mpwapwa, dans l'Issagara
que le chef indigène Bouchiri a attaqué. L'agent
Nielsen a été tué; le lieutenant Giese a pu gagner
Zanzibar sain et sauf.
Haïti
Le New-York Herald rapporte que, d'après des
avis de Haïti en date du 19 juillet, les troupes du
général Hippolyte avaient occupé la Coupe, un fau-
bourg de Port-au-Prince, mais elles en ont été dé-
logées par le général Légitime.
CHRONIQUE DE L'EXPOSITION
L'exposition du ministère de l'agriculture. Les éta-
blissements scientifiques et les écoles d'agriculture.
Ce que le gouvernement de la République a fait
pour l'enseignement agricole (1789-1848-1870) Le
présent et l'avenir des institutions agricoles en
rance.
En comparant, d'après les documents réunis
à l'Exposition du ministère de l'agriculture, la
situation générale de la France agricole à cent
ans de distance, en 1789 et en 1889 (1), il nous
a été facile de montrer les notables progrès cul-
turaux qui ont marqué ce siècle. La diminu-
tion très sensible de la jachère, l'introduction
des plantes fourragères, l'accroissement des
rendements du sol, celui du bétail .comestible,
le développement du bien-être dans nos cam-
pagnes, tels sont les grands traits de cette
• marche en ayant.
Qu'a-t-il été fait, dans le siècle écoulé, pour
l'enseignement agricole ? Quelle part le gou-
vernement républicain peut-il, à bon droit, re-
vendiquer dans le mouvement scientifique qui
est appelé à changer la face de l'agriculture
moderne ? Tels sont les points que permet d'é-
lucider une promenade à travers la galerie du
quai d'Orsay où s'étalent les expositions de nos
grandes écoles, les travaux de leurs profes-
seurs, ceux des Stations agronomiques, les
plans des champs d'expériences, etc. réunis
et groupés par les soins du ministère de l'agri-
culture et des fonctionnaires attachés aux éta-
blissements que je viens de nommer (2).
L'art de cultiver le sol est demeuré pendant
des siècles à l'état purement empirique la vé-
ritable aurore de l'agriculture scientifique, le
mouvement qui va lui imprimer un caractère
expérimental dans le vrai sens du mot datent
de la fin du siècle dernier. Lavoisier donna le
signal le premier, il indiqua l'utilité d'un en-
seignement scientifique pour l'agriculture. Le
fondateur de la chimie, appliquant la balance
à la constatation de tous les phénomènes de la
production, arrivait, dès 1788, à doubler le re-
venu de ses fermes du Perche et posait les ba-
ses de la statique agricole qui devait, un
demi-siècle plus tard, devenir une science po-
sitive dans les mains de Boussingault et de ses
successeurs. Nul ne saurait dire combien a été
fatale pour l'humanité la mort prématurée de
Lavoisier, dont le génie avait tracé le pro-
gramme des recherches à entreprendre sur la
nutrition des plantes et des animaux avec une
justesse de vues qu'envierait aujourd'hui plus
d'un agronome.
Les hommes de 1789 avaient des idées trop
larges pour ne pas comprendre, comme le re-
marque M. Tisserand (3), tout ce que l'agricul-
ture pouvait gagner à un enseignement profes-
sionnel bian distribué: l'Assemblée nationale,
la Constituante et la Convention s'en occupè-
rent tour à tour, avec une égale ardeur. Ainsi,
le duc de Béthune-Charost présentait, en 1795,
à la Convention, un projet d'organisation de
l'instruction rurale en France; Thibaudeau
proposait à la même assemblée, la création,
aux portes de Paris, d'une ferme expérimen-
tale. L'abbé Grégoire publiait un projet de dé-
cret pour l'établissement d'une école d'agricul-
ture par département. Gilbert, Huzard et plu-
sieurs autres membres de la Société centrale
d'agriculture réclamaient la création d'écoles
spéciales. Enfin, en 1800, François de Neufchâ-
teau présentait une organisation complète d'é-
coles, de chaires et de fermes expérimentales.
Malheureusement, aucun de ces projets n'ar-
riva à réalisation. La guerre déchaînée sur
l'Europe enraya tout l'agriculture, le premier
(1) Voir le Temps du 9 juillet 1889.
(2) Les personnes que les questions d'enseignement
agricole intéressent particulièrement consulteront avec
intérêt les rapports présentés à la troisième section
du congrès international agricole par MM. E. Tisse- j
rand, PrilleuK. Phi!ippar, Déhérain, etc., auxquels je
ferai quelques emprunts.
(3) Loc. cit 1
des arts de la paix, ne pouvait marcher de
pair avec les fléaux qu'entraîne l'esprit de
conquête. L'agriculture, de nouveau abandon-
née à elle-même, se trouva sans aide, sans se-
cours, sans phare pour l'éclairer et la guider
dans le chemin du progrès. Jusqu'en 1848, sous
les gouvernements qui succédèrent à la pre-
mière République, les industriels, les grands
propriétaires fonciers qui formaient la ma-
jorité des Chambres ne se préoccupèrent
que des moyens de faire hausser le prix des
terres et, partant, des fermages; ils ne virent
pas d'autres procédés pour favoriser l'agricul-
ture que les lois de protection douanière leur
tort fut de considérer ce moyen comme l'uni-
que à employer pour faire progresser l'agricul-
ture. Des hommes d'initiative tentèrent cepen-
dant d'organiser l'enseignement agricole: Ma-
thieu de Dombasle créa, en 1819, à Roville,
près de Nancy, une école à l'aide de fonds
réunis à grand'peine, par souscription. Cette
école acquit rapidement une grande célébrité;
de toutes parts, accoururent, près du maître,
les fils de grands propriétaires fonciers et de
nombreux étrangers.
En 1829, l'initiative privée fondait l'école de
Grignon, près de Versailles, et, en 1833, celle de
Grand-Jouan, en Bretagne. Enfin, quelques fer-
mes, sous le nom de fermes-écoles ou fermes-
modèles, s'organisèrent pour recevoir de jeu-
nes ouvriers et leur enseigner, par un appren-
tissage raisonné, le métier de cultivateur. Mais
ces efforts étaient absolument insuffisants pour
modifier sensiblement l'état d'ignorance dans
lequel vivaient les agriculteurs. CI
La République de 1848, reprenant les tradi-
tions libérales de son aînée, s'occupa, dès la
première heure des besoins de la grande famille
rurale. La loi du 3 octobre 1848 dont le rappor-
teur fut M. Richard (du Cantal) créa et posa
les bases véritables de l'organisation de l'ensei-
gnement agricole en France. Une école scienti-
fique, sous le nom d'Institut agronomique, fut
fondée à Versailles, dans les dépendances du
palais de LouisXIV.Quatre écoles représentant
le deuxième degré de l'enseignement(théorique
et pratique), tel qu'il avait été établi à Roville,
à Grignon et à Grand-Jouan, furent réorgani-
sées sous le nom d'Ecoles régionales d'agricul-
ture. Les écoles existantes de Grignon, de Grand-
Jouan et de la Saulsaie (Ain) devinrent avec
celle de Saint-Angeau (Cantal) ces foyers d'en-
seignement cessant d'être des établissements
privés, elles passèrent aux mains de l'Etat. Les
écoles régionales avaient pour objet l'enseigne-
ment théorique et pratique, approprié à la ré-
gion agricole dans laquelle elles étaient situées.
Limitées à quatre aux débuts, leur nombre
devait s'élever progressivement à vingt. Enfin,
la loi de 1848 institua les fermes-écoles d'après
le programme des formes modèles. L'enseigne-
ment y était essentiellement pratique. Il devait
y avoir une ferme-école par département.
Malheureusement ce vaste programme, qui
répondait si bien à l'état de la culture et ébau-
chait l'organisation de l'outillage scientifique
de 1 agriculture française ne put être mis à exé-
cution. Le second empire détruisit ou enrava
l'œuvre de la République; l'Institut agrono-
mique fut supprimé par décret, en 1852, après
deux années seulement de fonctionnement qui
ont donné à la France presque autant d'agro-
nomes et de cultivateurs distingués que l'Ins-
titut a compté d'élèves dans sa courte période
d'existence. Les écoles régionales devinrent des
écoles impériales sans que rien fût changé à
leur programme d'enseignement, mais on leur
imprima une direction plus pratique que scien-
tifique et leur nombre fut réduit à trois. Enfin,
les fermes-écoles, dont la création constituait
un progrès, étant donnée la situation de l'agri-
culture à cette époque, furent successivement
réduites, de soixante-cinq à cinquante, de 1852
à 1870. La dotation de l'enseignement agricole,
que la République de 1848 avait porté à 2 mil-
lions 1/2 était ramenée, par l'empire, à 1 mil-
lion 130,000 fr. en 1870.
Tel était l'état de l'enseignement profession-
nel de l'agriculture à l'avènement de la troi-
sième République il n'y avait plus d'ensei-
gnement supérieur de l'agriculture; il restait
trois écoles nationales d'agriculture. L'une,
celle de Grignon, était prospère et se recrutait
facilement; mais les deux autres manquaient
d'élèves, à ce point que l'une d'elles, celle qui
de la Saulsaie avait été transférée à Montpel-
lier, était menacée dans son existence; sa sup-
pression était même décidée en principe. Il exis-
tait enfin encore cinquante fermes-écoles, mais
un grand nombre d'entre elles étaient en déca-
dence.
Le gouvernement de la République avait fort
à faire pour répondre aux besoins et aux vœux
du pays, en ce qui regarde nos institutions
d'enseignement agricole. A l'heure qu'il est, on
peut encore formuler bien des desiderata, sou-
haiter bien des améliorations et demander no-
tamment qu'une dotation, en rapport avec l'im-
portance et le nombre des intérêts en jeu, met-
te le ministère de l'agriculture, en situation
d'accomplir sa vaste tâche d'enseignement et de
renseignement aux cultivateurs; mais il serait pro-
fondément injuste de méconnaître l'énorme
pas en avant qui a été fait depuis dix-huit
ans, grâce au concours du Parlement. L'ex-
position du quai d'Orsay témoigne hautement
des résultats acquis, en mettant sous les yeux
du public la démonstration matérielle du dé-
veloppement de l'enseignement agricole à tous
ses degrés depuis 1876.
A partir de 1870 et surtout de 1873, les efforts
se sont multipliés pour organiser, sur de plus
larges bases, les services agricoles et leur don-
ner une direction plus scientifique que par le
passé.
La loi du 29 décembre 1873 a organisé l'Ecole
d'horticulture de Versailles dans l'ancien pota-
ger du roi. Cette école donne chaque année à
cinquante jeunes gens un enseignement très
complet sur toutes les branches de l'agriculture
et de l'arboriculture, tant au point de vue théo-
rique qu'au point de vue pratique.
La loi du 30 juillet 1875 a créé les écoles pra-
tiques d'agriculture destinées à donner aux en-
fants de nos paysans, dès leur sortie de l'école
primaire, une bonne instruction profession-
nelle, de manière à en faire des cultivateurs
éclairés et en état de mettre en application sur
le bien paternel les enseignements de la science
et de la pratique raisonnée. Ces écoles sont
toutes organisées pour distribuer un enseigne-
ment théorique et une solide instruction pra-
tique le directeur est propriétaire, fermier ou
régisseur du domaine rural annexé à l'école et
le cultive pour son compte ou pour celui du
propriétaire. Ce domaine est d'étendue varia-
ble, mais toujours assez grand pour les be-
soins de l'enseignement pratique une ving-
taine d'hectares est presque toujours une éten-
due largement suffisante.
Le nombre de ces écoles atteint aujourd'hui
vingt-sept; il va chaque année en augmentant.
Les avantages qu'elles offrent sont si grands
que de toutes parts on en réclame la fondation,
et chaque année des legs importants sont faits
par de simples particuliers pour en créer de
nouvelles.
La loi du 9 août 1876 a rétabli l'Institut agro-
nomique sur de larges bases pour donner l'en-
seignement scientifique de l'agriculture et
créer un personnel en état d'inspirer une nou-
velle et puissante impulsion à l'agriculture
française. L'institut compte cent vingt élèves
si les propriétaires fonciers comprenaient leurs
véritables intérêts, c'est vers l'institut qu'ils
dirigeraient leurs fils, après les avoir préparés,
par de fortes études, dans nos établissements
d'enseignement secondaire, à acquérir les con-
naissances, aussi variées que solides, indispen-
sables pour obtenir de l'exploitation du sol
tout ce qu'elle peut donner. Avocats sans cau-
ses, médecins sans clientèle, quand ils ne sont
pas simplement des adeptes fervents du far
niente, que de jeunes gens devraient se presser
sur les bancs de l'Institut agronomique pour
s'y préparer à gérer leur fortune territoriale et
à concourir personnellement à la prospérité de
notre agriculture!
Les écoles nationales d'agriculture ont été con-
sidérablement améliorées. L'école de Montpel-
lier est consacrée à la viticulture. On sait les
services qu'elle a rendus dans la grande œuvre
de la reconstitution de notre vignoble.
La loi du 16 juin 1879 a rendu obligatoire,
dans les écoles normales d'instituteurs et dans
les écoles primaires, l'enseignement de l'agri-
culture. La même loi a institué des profes-
seurs départementaux, à raison d'un par dépar-
tement. Ces fonctionnaires sont chargés de
faire un cours d'après un programme appro-
prié à la région, aux élèves-instituteurs des
écoles normales; ils ont, en outre, adonner
des conférences aux cultivateurs dans la cam-
pagne, pour faire connaître à ceux-ci les amé-
liorations dont la culture locale est susceptible
et s'entretenir avec eux de leurs intérêts. I
Des chaires d'agricultui'5 ont été, de plus, in-
stituées dans un certain nombre de lycées, collè-
ges et écoles primaires, situés dans les régions
agricoles, pour permettreaux élèves derecevoir,
en même temps que l'instruction générale uni-
versitaire, des notions justes sur les choses
agricoles, leur faire aimer la vie rurale et pré-
parer les fils de cultivateurs à l'exercice de leur
profession. C'est une institution qui débute et
qui doit être considérablement développée à
raison des avantages que l'agriculture ne sau-
rait manquer d'en retirer. Combien de collèges
communaux pourraient utilement être trans-
formés en. collèges agricoles 1
Des champs d'expériences et de démon-
stration ont été organisés méthodiquement
avec les subsides de l'Etat et des départements
ils sont, en général, sous la direction des direc-
teurs des Stations agronomiques et des profes-
seurs départementaux; ils permettront aux
cultivateurs de juger de visu, dans les coins les
plus reculés du territoire, des améliorations
qu'ils peuvent introduire dans leurs exploita-
tions.
Enfin, les Stations agronomiques dont, au sens
propre du mot, une seule existait en 1868, ont
pris un grand développement, ainsi que les la-
boratoires agicoles. Les Stations sont des éta-
blissements dans. lesquels on fait des recher.
ches sur les questions qui intéressent l'agri-
culture sélection des plantes, physiologie vé-
gétale, alimentation du bétail, engrais, etc.
Les laboratoires agricoles sont destinés à
éclairer les cultivateurs sur la composition des
sols, sur leurs exigences en fumures, et à pro-
téger les agriculteurs contre les fraudes en ma-
tière d'engrais, de semences, etc. Il existe actuel-
lement en France quarante-quatre Stations ou
laboratoires, s'occupant plus particulièrement,
suivant la région, de recherches sur le lait,
sur la viticulture, la sériciculture, les fermen-
tations, etc.
La dotation annuelle inscrite au budget de
l'Etat, pour l'enseignement agricole, s'élève
actuellement à 4,034,100 francs, dont 160,000
francs pour les champs de démonstration,
145,000 fr. pour les Stations et les laboratoires
agricoles, 998,000 fr. pour les écoles vétérinai-
res, 300,000 fr. pour l'Institut agronomique,
662,000 fr. pour les écoles nationales d'agricul-
ture et 863,400 fr. pour les écoles pratiques et
les fermes-écoles, etc.
On voit par ce qui précède que, s'il reste en-
core beaucoup à faire pour donner à notre
population agricole toutes les écoles qui lui
sont nécessaires, le gouvernement de la Répu-
blique a laissé loin derrière lui les régimes qui
l'ont précédé. En dix-huit ans, il a été consa-
cré à l'organisation de l'enseignement agricole
à tous les degrés plus de soins et d'argent que
n'en ont dépensé ensemble les gouvernements
qui se sont succédé depuis 1789. Si l'on en juge
par l'Exposition universelle de 1889, comme
j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer,
les sacrifices que le Parlement a imposés aux
contribuables pour amener ce grand progrès
dans l'éducation de la classe la plus nombreuse
du pays, portent déjà des fruits excellents.
Comme le dit très justement M. E. Tisserand,
dans son rapport au congrès international,
« l'esprit scientifique pénètre davantage dans
les fermes; la jeunesse intelligente commence
à s'attacher à la vie rurale la confiance dans
l'avenir renaît, la production animale et végé-
tale s'est déjà accrue de plusieurs centaines de
millions; nos importations, en machines, en
denrées agricoles, en bétail, ont beaucoup di-
minué, tandis que nos exportations ont sensi-
blement augmenté ». Puisse le progrès révélé
par l'Exposition universelle inspirer à la future
Chambre des députés la conviction qu'aucune
dépense ne saurait être plus productive que
celle qui favorisera l'instruction technique et
la propagation des bonnes méthodes dans nos
campagnes. Ce résultat seul mériterait à l'Ex-
position la gratitude des agriculteurs français.
L. GRANDEAU.
M. Carnot à l'Exposition
Nous avons dit hier, en Dernière heure, que M.
Carnot visitait l'Exposition, au palais norvégien,
où, on le sait, les délégués des sociétés chorales
ont chanté devant le président de la République.
La réception a été très cordiale. M. Bœtzmann,
commissaire général, a présenté à M. Carnot les
deux chefs de la délégation, MM. Andersen et
Grœndal. Quand les chanteurs ont exécuté le chant
national norvégien, M. Carnot en a demandé à M.
Bœtzmann la partition pour la faire jouer par la
garde républicaine, et il a répondu par un sonore
cri de cc Vive la Norvège » aux hourras des Nor-
végiens.
Au moment où le président de la République re-
prenait le cours de sa promenade dans le Champ
de Mars un incident s'est produit. Deux dames ont
violemment poussé le cri de « Vive Boulanger 1 »
Arrêtées aussitôt et emmenées au bureau des com-
missaires spéciaux de l'Exposition, ces aimables
personnes ont gravement injurié les agents. Inter-
rogées sur leurs noms et qualités, l'une d'elles a dit
être Mlle Buffet, du théâtre des Variétés (?), et l'autre
la mère de cette dernière. La mère de Mlle Buffet,
qui est la veuve d'un officier supérieur de gendar-
merie, touche une pension du gouvernement. Elles
ont toutes deux été dirigées sur le Dépôt.
Après sa visite à l'isba russe et aux manufactures
nationales, dont nous avons dès hier donné les dé-
tails, M. Carnot s'est rendu au palais des machines.
Il a longuement parcouru toute la partie située à
l'angle de l'avenue de la Bourdonnais et de l'Ecole-
Militaire. Il s'est arrêté notamment devant les cu-
rieux appareils de distillation du système Egrot et
a félicité M. Egrot pour ses nouvelles marmites à
vapeur.
Dans sa visite, le président de la République s'est
arrêté assez longuement devant la belle machine
Corliss de 400 chevaux exécutée par les usines du
Creusot pour la force motrice du palais des machi-
nes.
Etablie d'après les derniers perfectionnements
de l'inventeur, travaillée et ajustée avec la préci-
sion exigée pour les travaux d'artillerie, cette ma-
chine permet d'utiliser la vapeur dans les condi-
tions les plus économiques.
Reçu par M. Laferté, secrétaire général à Paris
de la Société Schneider et C°, le président Carnot a
pris grand intérêt aux explications qui lui ont été
données. Nouvelles diverses
Nouvelles diverses
Les entrées payantes de la journée de vendredi, à
l'Exposition, se sont élevées au chiffre de 8i,889.
Hier, M. Russel B. Harrison, fils du président de
la république des Etats-Unis, a fait l'ascension de
la tour Eiffel. Il était accompagné du consul géné-
ral des Etats-Unis, M. J.-L. Rathbone et de quelques
personnes amies. C'est M. Thomas, administrateur
délégué de la Société de la tour, qui les a guidés
jusqu'à la troisième plate-forme, d'où ils sont re-
descendus émerveillés, bien que la pluie et le vent
y eussent été très violents.
M. Spooner, sénateur des Etats-Unis pour le
Wisconsin, revenu ces jours-ci d'une excursion en
Europe, a rapporté de l'Exposition française des
impressions dont la Tribune de New-York se fait
l'écho
C'est simplement grandiose, dit le sénateur. Un ma-
gnifique succès, sous tous les rapports, et qui mérite
le temps et l'argent qu'il en coûte pour le voir. Je
dois dire, par parenthèse, que ce que l'on dit des prix
exorbitants demandés par les hôtels de Paris est
singulièrement exagéré. D'après ma propre expérience,
je puis dire que les prix ne sont pas de beaucoup
plus élevés que d'ordinaire. Il n'y a pas de doute que
l'Exposition rapportera aux Français une grosse som-
me d'argent, assez probablement pour les indemniser
de ce qu'ils ont perdu à Panama.
Beaucoup d'Américains sont, je pense, un peu dé-
sappointés de la section des Etats-Unis. La partie mé-
canique est bonne, mais notre quote-part, en somme,
est bien maigre.
Nous avons annoncé que trois touristes venant
de Vienne et se rendant à Paris, en se faisant véhi-
culer alternativement dans une brouette, passe-
raient par Strasbourg. Les trois Viennois sont ar-
rivés hier matin, à onze heures, à Strasbourg: ce
sont les sieurs Edouard Feichtinger, âgé de vingt-
sept ans, cocher; Alfred Hübner, âgé de vingt-six
ans et Joseph Braschl, âgé de vingt-neuf ans, tous
deux garçons bouchers. Les trois Viennois ont
quitté Strasbourg à cinq heures du soir pour se
rendre à Wasselonne, et de là à Saverne. La brouette
qu'ils emmènent avec eux ressemble à celles dont
on sert pour le déchargement des bateaux chargés
de moellons. Sur le devant du véhicule se trouve
une pancarte avec l'inscription « En trente jours
de Vienne à Paris. » Une petite malle en bois,
peinte en noir, contenant quelques effets des voya-
geurs, sert de siège à celui qui se fait brouetter.
Le trio a mis dix-huit jours pour venir de Vienne à
Strasbourg; les brouetteurs, pour gagner leur pari,
devront être arrivés le 6 août.
AFFAIRES MILITAIRES
Cavalerie. Est promulguée la loi modifiant
ainsi qu'il suit le paragraphe 2 de l'article 2 de la
loi du 25 juillet 1887, relative à la création de nou-
veaux régiments de cavalerie
Les officiers supérieurs et les capitaines seront pré-
levés sur l'ensemble des cadres de l'arme, tels qu'ils
ont été constitués par la loi du 13 mars 1875, et ne
seront pas remplacés dans leurâ anciennes positions.
Mutations. Le général de division de Poilloûe
de Saint-Mars, commandant la 7° division d'infan-
terie, passé du comité technique de l'intendance au
comité technique de l'artillerie.
Le général dé brigade Madelor, commandant la'
13e brigade d'infanterie, est nommé membrtï du co-
mité techniaue de l'intendance. embrd du co-
Le général de brigade Moulin, commandant la 17°
brigade d'infanterie, est nommé membre du comité
technique d'état-major.
Le général de brigade Motas d'Hestreux, com-
mandant l'Ecole spéciale militaire, est nommé mem-
bre du comité technique de l'infanterie.
Le général de division Peaucellier, commandant
la place de Lyon, est nommé membre du comité
technique du génie.
Tous ces officiers généraux conservent leurs fonc-
tions actuelles.
Changement de garnison. Comme conséquence
de l'installation à Lyon de la 1" brigade de cuiras-
siers, et à Senlis et Cambrai de la 4° brigade de
même subdivision d'armes, à l'issue des manœu-
vres de cavalerie du camp de Chàlons, l'état-major
de la première de ces brigades sera transféré à Lyon
et celui de l'autre brigade à Senlis, le 12 septembre e
prochain.
A la même date, la 1" brigade passera à la 6° di-
vision de cavalerie et la 4e à la 5° division.
LA VIE LITTERAIRE
Contes chinois
Contes chinois, par le général Tcheng-ki-Tong. 1 vol
in-18. La Dame a l'éventail blanc, conte tiré de
1 histoire de la Dame du pays de Soung.
J'avoue que je suis peu versé dans la littéra-
ture chinoise. Durant qu'il était vivant et que
j'étais fort jeune, j'ai un peu connu M. Guil-
laume Pauthier, qui savait le chinois mieux
que .le français. Il y avait gagné, je ne sais
comment, de petits yeux obliques et des mous-
taches de Tartare. Je lui ai entendu dire que
Confucius était un bien plus grand philosophe
que Platon; mais je ne l'ai pas cru. Confucius
ne contait point de fables morales et ne compo-
sait point de romans métaphysiques.
Ce vieil homme jaune n'avait point d'imagi-
nation, partant point de philosophie. En re-
vanche, il était raisonnable. Son disciple Ki-
Lou lui demandant un jour comment il fallait
servir les Esprits et les Génies, le maître ré-
pondit
Quand l'homme n'est pas encore en état
de servir l'humanité, comment pourrait-il ser-
vir les Esprits et les Génies ? P
Permettez-moi, ajouta le disciple, de vous
demander ce que c'est que la mort.
Et Confucius répondit
Lorsqu'on ne sait pas ce que c'est que la
vie, comment pourrait-on connaître la mort?
Voilà tout ce que j'ai retenu, touchant Con-
fucius, des entretiens de M. Guillaume Pau-
thier, qui, lorsque j'eus l'honneur de le connaî-
tre, étudiait spécialement les agronomes chi-
nois, lesquels, comme on sait, sont les pre-
miers agronomes du monde. D'après leurs pré-
ceptes, M. Guillaume Pauthier sema des ana-
nas dans le département de Seine-et-Oise. Ils
ne vinrent pas. Voilà pour la philosophie.
Quant au roman, j'avais lu, comme tout le
monde, les nouvelles traduites à diverses épo-
ques, par Abel Rémusat, Guillard d'Arcy, Sta-
nislas Julien et d'autres savants encore dont
j'oublie le nom. Qu'ils me le pardonnent, si un
savant peut pardonner quelque chose. Il me
restait de ces nouvelles, mêlées de prose et de
vers, l'idée d'un peuple abominablement fé-
roce et plein de politesse.
Les contes chinois, publiés récemment par
le général Tcheng-ki-Tong sont beaucoup plus
naïfs, ce me semble, que tout ce qu'on avait
encore traduit dans ce genre; ce sont de petits
récits analogues à nos contes de ma mère l'Oie,
pleins de dragons, de vampires, de petits re-
nards, de femmes qui sont des fleurs et de
dieux en porcelaine. Cette fois, c'est la veine
populaire qui coule, et nous savons ce que con-
tent, le soir sous la lampe, les nourrices du
Céleste-Empire aux petits enfants jaunes. Ces
récits, sans doute de provinces et d'âges très
divers, sont tantôt gracieux, comme nos lé-
gendes pieuses, tantôt satiriques comme nos
fabliaux, tantôt merveilleux comme nos contes
fifi fAcs. narfnis tnnt h fait hn^m'hloi.
t. ,.ma..
Parmi ces derniers, je signalerai l'aventure
l du lettré Pang, qui recueillit chez lui une pe-
i tite demoiselle qu'il avait rencontrée dans la
rue. Elle avait tout l'air d'une bonne fille, et le
lendemain matin Pang se félicitait de la ren-
contre. Il laissa la petite personne chez lui et
i sortit comme il avait coutume. Il eut la curio-
site, en rentrant, de regarder dans la chambre
1 par une fente de la cloison. Alors il vit un sque-
lette à la face verte, aux dents aiguës, occupé
à peindre de blanc et de rose, une peau de
femme dont il se revêtit. Ainsi recouvert
le squelette était charmant. Mais le lettré
Pang tremblait d'épouvante. Ce n'était pas
sans raison; le vampire, car c'en était un,
se jeta sur lui et lui arracha le cœur. Par l'art
d'un prêtre, habile à conjurer les maléfices,
Pang recouvra son cœur et ressuscita. C'est un
| dénouement qu'on retrouve plusieurs fois. Les
Chinois, qui ne croient pas à l'immortalité de
l'âme, n'en sont que plus enclins à ressusciter
les morts. Je note ce conte de Pang et du vam-
pire parce qu'il me semble très populaire et
très vieux. Je signale notamment aux ama-
teurs du folk-lore un plumeau suspendu à la
porte de la maison pour la préserver des fan-
tômes. Je serais bien trompé si ce plumeau ne
se retrouvait point ailleurs et n'attestait la pro-
fonde antiquité du conte.
Certains récits du même recueil font avec
celui du vampire un agréable contraste. Il y en
a de fort gracieux qui nous montrent des fem-
mes-fleurs, dont la destinée est attachée à la
plante dont elles sont l'émanation, qui dispa-
raissent mystérieusement si la plante est trans-
j plantée et qui s'évanouissent quand elle meurt.
On conçoit que de tels rêves aient germé dans
ce peuple de fleuristes qui font de la Chine en-
tière depuis la plaine jusqu'aux pics de leurs
montagnes taillées et cultivées en terrasse, un
jardin merveilleux et qui colorent de chrysan-
thèmes et de pivoines tout le Céleste-Empire
comme une immense aquarelle. Lisez, par
exemple, le conte des deux pivoines du temple
de Lo-Chan, l'une rouge et l'autre blanche, et
qui semblaient deux tertres de fleurs. Chaque
plante avait pour âme et pour génie une
femme d'une exquise beauté. Le lettré qui
les aima toutes deux l'une après l'autre, eut
pour destinée d'être changé lui-même en
plante et de goûter la vie végétale auprès
de ses deux bien-aimées. Ne devaient-ils pas
confondre ainsi la femme et la fleur, ces Chi-
nois, jardiniers exquis, coloristes charmants,
dont les femmes, vêtues de vert, de rose et de
bleu, comme des plantes fleuries, vivent sans
bouger, à l'ombre et dans le parfum des fleurs 1
On pourrait rapprocher de ces pivoines enchan-
tées l'acacia des contes égyptiens dans lequel
un jeune homme met son cœur.
Les vingt-cinq contes recueillis et traduits
par le général Tcheng-ki-Tong suffiraient à
montrer que les Chinois n'ont guère formé d'es-
pérances au delà de ce monde, ni conçu aucun
idéal divin. Leur pensée morale est, comme
leur art de peintre, sans perspective et sans ho-
rizon. Dans certains récits, qui semblent assez
modernes, tels que celui du licencié Lien, que le
traducteur fait remonter, si j'ai bien compris,
au quinzième siècle de l'ère chrétienne, on
voit sans doute un enfer et des tourments. Les
supplices y sont même effroyables: on peut se
fier sur ce sujet à la richesse de l'imagination
jaune. Au sortir du corps, les âmes, les mains
liées derrière le dos, sont conduites par deux
revenants (le mot est dans le texte) à une ville
lointaine et introduites au palais, devant un
magistrat d'une laideur épouvantable. C'est le
juge des enfers. Le Grand-Livre des morts est
ouvert devant lui. Les employés des enfers qui
exécutent les arrêts du juge saisissent l'âme
coupable, la plongent dans une marmite haute
de sept pieds et tout entourée de flammes; puis
ils la conduisent sur la montagne des couteaux,
où elle est déchirée, dit le texte, « par des la-
mes dressées drues comme de jeunes pousses
de bambous ». Enfin, si l'âme est celle d'un
ministre concussionnaire, on lui verse dans
la bouche de grandes cuillerées d'or fondu.
Mais cet enfer n'est point éternel. Un ne fait
qu'y passer et, dès qu'elle a subi sa peine,
l'âme, mise dans la roue des métempsycoses,
y prend la forme sous laquelle elle doit renaî-
tre sous la terre. C'est là visiblement une fable
hindoue, à laquelle l'esprit chinois a seulement
ajouté d'ingénieuses cruautés. Pour les vrais
Chinois, l'âme des morts est légère, hélas lé-
gère comme le nuage. « Il lui est impossible de
venir causer avec ceux qu'elle aime. » Quant
aux dieux, ce ne sont que des magots.
Ceux des Tahoïstes, qui datent du sixième
siècle avant Jésus-Christ-, sont effroyables, ¡
et faits pour effrayer les âmes simples, Un de ̃
ces monstres infernaux, ayant pour mousta-
ches deux queues de cheval, est le héros du
meilleur des contes réunis par M. Tcheng-ki-
Tong. Ce dieu était renfermé depuis longtemps
dans un temple tahoïste, quand un jeune étu-
diant, nommé Tchou, l'invita à souper. Tchou
était plus audacieux encore que don Juan;
mais le dieu, qui se nommait Louk, était d'un
naturel plus humain que le Commandeur de
pierre. Il vint à l'heure dite et se montra gai
convive, buvant sec et contant des histoires. II
ne manquait pas d'instruction. 11 possédait
toutes les antiquités de l'empire, et même,
ce qui est plus singulier de la part d'un dieu,
il connaissait assez bien les nouveautés litté-
raires. Une nuit, après boire, Tchou lui lut une
composition qu'il venait de faire et lui de-
manda son avis. Louk la jugea médiocre; il ne
se dissimulait pas que son ami avait l'esprit
un peu épais. Comme c'était un excellent dieu,
il y remédia dès qu'il le put. Un jour, ayant
trouvé dans l'enfer le cerveau d'un mort qui
avait, de son vivant, montré beaucoup d'intelli-
gence, il le prit, l'emporta, fit boire cette fois
son hôte un peu plus que de coutume, et pro-
fita de ce qu'il dormait pour lui ouvrir le crâne
et lui remplacer le cerveau par celui qu'il s'é-
tait procuré. A la suite de cette opération,
Tchou devint un lettré de grand mérite et passa
tous ses examens avec éclat. En vérité, ce dieu
était un très brave homme. Malheureusement,
ses occupations le retiennent désormais dans
la montagne Taï-Hoa; il ne peut plus aller sou-
per en ville.
Nous parlions tout à l'heure, au commence-
ment de cette causerie, des contes chinois tra-
duits par Abel Rémusat, vers 1827. Un de ceux-
là est justement célèbre, c'est celui qui a pour
titre la Dame du pays de Soung et dont le sujet
présente des analogies frappantes avec une fa-
ble milésienne que Pétrone nous a conservée
et qui a été mise en vers par La Fontaine.
Mme Tian (c'est le nom de la dame du pays
de Soung) est, comme la matrone d'Ephèse, une
veuve inconsolable que l'amour console. La
version chinoise, autant qu'il m'en souvient,
est moins heureuse que la version rapportée
dans le Sacyricon. Elle est gâtée par des lour-
deurs et des invraisemblances, poussée au tra-
gique et défigurée par cet air grimaçant qui nous
rend, en somme, toute la littérature chinoise à
peu près insupportable. Mais il me reste un sou-
venir charmant, d'un épisode qui y est intercalé,
celui de l'éventail. Si Mme Tian nous divertirait
médiocrement, la dame à l'éventail est tout à
fait amusante. Je voudrais pouvoir transcrire
ici cette jolie historiette qui tient à peine vingt
lignes dans le recueil d'Abel Rémusat. Mais je
n'ai pas le texte sous la main.
Je suis obligé de conter de mémoire. Je le
ferai en toute liberté, comblant, du moins mal
que je pourrai, les lacunes de mes souvenirs.
Ce ne sera peut-être pas tout à fait chinois.
Mais je demande grâce d'avance pour quelques
détails apocryphes. Le fonds du moins est au-
thentique et se trouve dans le troisième volume
des contes chinois traduits par Davis, Thoms,
le P. d'Entrecolles, etc., et publiés par Abel
Rémusat, chez un libraire du nom de Moutar-
dier qui fleurissait dans la rue Gît-le-Cœur,
sous.le règne de Charles X. C'est tout ce que
j'en puis dire, ayant prêté le volume à un ami
qui ne me l'a point rendu.
Voici donc, sans tarder davantage, l'histoire
de la dame à l'éventail blanc.
Tchouang-Tsen, du pays de Soung, était un
lettré qui poussait la sagesse jusqu'au détache-
ment de toutes les choses périssables, et com-
me, en bon Chinois qu'il était, il ne croyait
point, d'ailleurs, aux choses éternelles, il ne
lui restait pour contenter son âme que la cons-
cience d'échapper aux communes erreurs des
hommes qui s'agitent pour acquérir d'inutiles
richesses ou de vains honneurs. Mais il faut que
cette satisfaction soit profonde, car il fut, après
sa mort, proclamé heureux et digne d'envie. Or,
pendant les jours que les génies inconnus du
monde lui accordèrent de passer sous un ciel
vert, parmi des arbustes en fleur, des sau-
les et des bambous, Tchouanfl-Tsen avait
coutume de se promener en rêvant dans ces
contrées où il vivait sans savoir ni comment
ni pourquoi. Un jour qu'il errait à l'aven-
ture sur les pentes fleuries de la montagne
Nam-Hoa, il se trouva insensiblement au milieu
d'un cimetière où les morts reposaient, selon
l'usage du pays, sous des monticules de terre
battue. A la vue des tombes innombrables qui
s'étendaient par delà l'horizon, le lettré médita
sur la destinée des hommes
Hélas se dit-il, voici le carrefour où abou-
tissent tous les chemins de la vie. Quand une
fois on a pris place dans le séjour des morts,
on ne revient plus au jour.
Cette idée n'est point singulière, mais elle
résume assez bien la philosophie de Tchouang-
Tsen et celle des Chinois. Les Chinois ne con-
naissent qu'une seule vie, celle où l'on voit au
soleil fleurir les pivoines. L'égalité des humains
dans la tombe les console ou les désespère, se-
lon qu'ils sont enclins à la sérénité ou à la mé-
lancolie. D'ailleurs, ils ont, pour les distraire,
une multitude de dieux verts ou rouges qui, par-
fois, ressuscitent les morts et exercent la magie
amusante. Mais Tchouang-Tsen, qui appartenait
à la secte orgueilleuse des philosophes, ne de-
mandait pas de consolation à des dragons de por-
celaine. Comme il promenait ainsi sa pensée à
travers les tombes, il rencontra soudain une
jeune dame qui portait des vêtements de deuil,
c'est-à-dire une longue robe blanche d'une étoffe
grossière et sans coutures. Assise près d'une
tombe, elle agitait un éventail blanc sur la
terre encore fraîche du tertre funéraire.
Curieux de connaître les motifs d'une action
si étrange, Tchouang-Tsen, salua la jeune dame
avec politesse et lui dit
Oserai-je, madame, vous demander quelle
personne est couchée dans ce tombeau et pour-
quoi vous vous donnez tant de peine pour
éventer la terre qui la recouvre? Je suis philo-
sophe je recherche les causes, et voilà une
cause qui m'échappe.
La jeune dame continuait à remuer son
éventail. Elle rougit, baissa la tête et murmura
quelques paroles que le sage n'entendit point.
Il renouvela plusieurs fois sa question, mais
en vain. La jeune femme ne prenait plus garde
à lui et il semblait que son âme eût passé tout
entière dans la main qui agitait l'éventail.
Tchouang-Tsen s'éloigna à regret. Bien qu'il
connût que tout n'est que vanité, il était, de
son naturel, enclin à rechercher les mobiles
des actions humaines, et particulièrement de
celles des femmes; cette petite espèce de créa-
ture lui inspirait une curiosité malveillante,
mais très vive. Il poursuivait lentement sa
promenade en détournant la tête pour voir en-
core l'éventail qui battait l'air comme l'aile
d'un grand papillon, quand, tout à coup, une
vieille femme qu'il n'avait point aperçue d'a-
bord lui fit signe de la suivre. Elle l'entraîna
dans l'ombre d'un tertre plus élevé que les au-
tres et lui dit
Je vous ai entendu faire à ma maîtresse
une question à laquelle elle n'a pas répondu.
Mais moi je satisferai votre curiosité par un
sentiment naturel d'obligeance et dans l'espoir
que vous voudrez bien me donner en retour de
quoi acheter aux prêtres un papier magique qui
prolongera ma vie.
Tchouang-Tsen tira de sa bourse une pièce de
monnaie et la vieille parla en ces termes
« Cette dame que vous avez vue sur un tom-
beau est Mme Lu, veuve d'un lettré nommé
Tao, qui mourut, voilà quinze jours, après une
longue maladie, et ce tombeau est celui de son
mari. Ils s'aimaient tous deux d'un amour ten-
dre. Même en expirant, M. Tao ne pouvait se
résoudre à la quitter et l'idée de la laisser au
monde dans la fleur de son âge et de sa beauté
lui était tout à fait insupportable. Il s'y rési-
gnait pourtant, car il était d'un caractère très
doux et son âme se soumettait volontiers à la
nécessité. Pleurant au chevet du lit de M. Tao,
qu'elle n'avait point quitté durant sa maladie,
Mme Lu attestait les dieux qu'elle ne lui survi-
vrait point et qu'elle partagerait son cercueil
comme elle avait partagé sa couche.
» Mais M. Tao lui dit:
» Madame, ne jurez point cela.
» Du moins, reprit-elle, si je dois vous sur-
vivre, si je suis condamnée par les génies à
voir encore la lumière du jour quand vous ne
la verrez plus, sachez que je ne consentirai ja-
mais à devenir la femme d'un autre et que je
n'aurai qu'un époux comme je n'ai qu'une
âme.
» Mais M. Tao lui dit
» Madame, ne jurez point cela.
» Oh! monsieurTao,monsieurTao! laissez-
moi jurer du moins que de cinq ans au moins
je ne me remarierai.
» Mais M. Tao lui dit:' •<
» Madame, ne jurez point jurez seu- <
lemeftt de garder fidèlement ma mémoire tant 1 J
que la terre n'aura pas séché sur mon tombeau.
» Mme Lu en fit un grand serment. Et le bon
monsieur Tao ferma les yeux pour ne les plug
rouvrir. Le désespoir de Mme Lu passa tout ce
qu'on imaginer. Ses yeux étaient dévorés de
larmes ardentes. Elle déchirait, avec les petits
couteaux de ses ongles, ses joues de porcelaine.
Mais tout passe, et le torrent de cette douleur
s'écoula. Trois jours après la mort de M. Tao,
la tristesse de Mme Lu était devenue plus hu-
maine. Elle apprit qu'un jeune disciple de M.
Tao désirait lui témoigner la part qu'il prenait
a son deuil. Elle jugea avec raison qu'elle ne
pouvait se dispenser de le recevoir. Elle le
reçut en soupirant. Ce jeune homme était
très élégant et d'une belle figure; il lui parla
un peu de M. Tao et beaucoup d'elle; il lui dit
qu'elle était charmante et qu'il sentait bien
qu il l'aimait; elle le lui laissa dire. Il promit
de revenir. En l'attendant, Mme Lu, assise au-
près du tertre de son mari, où vous l'avez vue,
passe tout le jour à sécher la terre de la tombe
au souffle de son éventail. »
Quand la vieille eut terminé son récit, le sage
Tchouang-Tsen songea
La jeunesse est courte; l'aiguillon du
désir donne des ailes aux jeunes femmes et
aux jeunes hommes. Après tout, Mme Lu est
une honnête personne qui ne veut pas trahir
son serment.
C'est un exemple à proposer aux femmes
blanches de l'Europe.
ANATOLE FRANGE.
ACTES OFFICIELS
Par arrêté, le ministre du commerce a retiré à M,
Caillabet, agent d'émigration à Oloron (Basses-Pyré-
nées), l'autorisation d'entreprendre le recrutement et
le transport des émigrants, qui lui avait été accordée
par arrêté du 29 mars 1888. Le retrait a été prononcé
sur la demande de M. Caillabet.
Par décision du ministre du commerce a été au-
torisée la création de bureaux télégraphiques dans les
communes de Marcilly-lès-Buxy (Saône-et-Loire),
Berteaucourt (Somme), Lavausseau (Vienne).
"r
CHRONIQUE ÉLECTORALE
Le Mémorial des Deux-Sèvres publie la note sui-
vante
Divers journaux ont publié hier la note suivante,
relative aux motifs qui ont déterminé M. de La Porte
à renoncer à la candidature au conseil général dans
le 2° canton de Niort
« Des engagements auraient été pris entre M. de
La Porte et les boulangistes, c'est-à-dire les bonapar-
tistes de Niort. En vertu de cet engagement, M. de
La Porte cédera son siège de conseiller général à M.
Boulanger à condition que les amis de M. Boulanger
votent aux élections législatives pour M. de La
Porte.
Les soussignés, ayant pris part aux pourparlers qui
ont précédé le désistement de M. de La Porte, affir-
ment de la façon la plus formelle l'inexactitude de
ces allégations.
M. de La Porte ne s'est décidé à retirer sa candida-
ture que parce qu'ils lui ont déclaré avec insistance,
à la presque unanimité, qu'ils considéraient le mandat
de conseiller général comme incompatible avec celui
de député.
C'est seulement en présence de cette déclaration que
M. de La Porte, dans l'intérêt du parti républicain, a
renoncé à poser sa candidature au conseil général.
Lhomme, président de la Société d'agriculture,
candidat républicain au conseil général; Cous-
sot, conseiller d'arrondissement; Martin-Bas
tard, maire de Niort; Vivien,-adjoint au maire
de Niort; Duvigneaux, Pellevoisin, Rimbault,
Lamoureux, Perrin, Rifl'ault-Benon, David-
Caillon, Boureau, conseillers municipaux de
Niort.
Ajoutons que M. de La Porte adresse à ses an-
ciens électeurs une circulaire où il proteste contre
l'accusation d'avoir voulu favoriser par son désis-
tement l'élection du général Boulanger et appuie la
candidature de « l'ancien proscrit qui n'a jamais
servi qu'une seule cause, celle de la République»,
M. Lhomme.
ÉLECTIONS AUX CONSEILS GÉNÉRAUX
M. Spuller, ministre des affaires étrangères, con-
seiller général sortant du canton de Sombernon, où
il a pour adversaire M. Boulanger, adresse à ses
électeurs la circulaire suivante
AU DRAPEAU!
Aux électeurs républicains du canton de Sombemon
Chers concitoyens,
La candidature Boulanger dans notre canton est une
attaque directe au gouvernement de la République
dont je suis membre.
Cette candidature est illégale au premier chef; elle
ne peut aboutir à aucun résultat utile après le vote
du 28 juillet.
Si cette candidature pouvait triompher, il faudrait
recommencer l'élection.
Ce que l'on veut, c'est une manifestation hostile à
la République, sur le nom d'un homme en ce moment
sous le coup d'un mandat de justice. Qui fera cette ma-
nifestation ? N'en doutez pas, citoyens, ce sont les
ennemis de la République.
Boulanger ne peut compter sur d'autres voix que
les voix de la réaction.
Il pose sa candidature dans quatre-vingts cantons
contre quatre-vingts républicains il ose demander le
suffrage des républicains t
Il a enfin jeté le masque.
C'est un traître, c'est un instrument aux mains de
nos ennemis.
Ma personne n'est rien dans cette lutte la Répu-
blique est tout. C'est la République qu'il faut défen-
dre vous voterez dimanche comme un seul homme
pour le conseiller général sortant, qui porte son dra-
peau.
J'ai confiance en vous. Soyez unis et nous serons
invincibles.
j • E. SPULLER,
Ministre des affaires étrangères, député
̃ ̃'̃' '̃̃ de la Côte-d'Or, vice-président du con-
seil général, conseiller sortant.
La Presse annonce la conversion au boulangisme
de M. Delboy, conseiller général du 6e canton de
Bordeaux, qui se représente. Dans une réunion pu-
blique tenue jeudi dernier, il aurait reconnu que
« le programme du général Boulanger est digne de
servir de terrain commun à tous les républicains
honnêtes ». Il aurait ajouté que son appui ne serait
acquis dans l'élection législative prochaine qu'au
candidat revisionniste boulangiste qui se présente-
rait contre M. Fernand Faure.
Parmi les réunions publiques qui se tiennent à
l'occasion du renouvellement des conseils généraux,
celle qui a eu lieu avant-hier soir à Montferrand
(Puy-de-Dôme) mérite d'être signalée. Dans le
choix, parfois judicieux, des circonscriptions can-
tonales où ils ont posé la candidature de leur chef,
les boulangistes n'avaient eu garde d'oublier le can-
ton de Clermont-est, qui paraissait offrir un terrain
particulièrement favorable à leur propagande.
Ce canton, en effet, n'a élu, en 1883, M. le doc-
teur Pommerol le conseiller général républicain
sortant qu'à 213 voix de majorité (1,621 voix
contre 1,408 au candidat monarchiste); un déplace-
ment de 107 voix suffirait donc pour assurer la
victoire à M. Boulanger. Des circonstances parti-
culières favorisaient les chances des boulangistes
Montferrand, qui est une sorte d'annexe à Cler-
mont-Ferrand et fait administrativement partie in-
tégrante de cette ville, réclame avec opiniâtreté,
depuis de longues années, que l'autonomie lui soit
rendue. Sans doute, M. le docteur Pommerol est en
communion d'idées avec ses électeurs; mais que
sont ses efforts dans l'assemblée départementale
pour obtenir la séparation à côté de la toute-puis-
sance que les destins ont promise à M. Boulanger? P
Or, il est aisé de conquérir la gratitude de cette fu-
ture omnipotence en lui confiant le mandat de con-
seiller général qu'il veut bien solliciter. Le comité
boulangiste de Clermont avait fait, d'ailleurs, ap- ·
poser l'affiche suivante > >p
Le général Boulanger vient de déclarer qu'il ne se
présenterait que dans quatre-vingts cantons de la
France, c'est-à-dire à peu près une moyenne d'un
par département.
Le canton de Clermont-est a été choisi par le géné-
ral, qui veut par là donner aux habitants de Mont-
ferrand un gage de sa profonde affection pour eux.
Les habitants de Montferrand comprendront facile-
ment l'intérêt que le général portera, dès son arrivée
au pouvoir, à la question de la séparation, s'ils l'éli-
sent leur conseiller général.
Montferrand n'est pas seul à receler des motifs
de mécontentement qui sont, comme on sait, pré-
textes à boulangisme une commune du canton
est, Blanzat, qui avait donné, en 1883, 198 suffrages
républicains contre 115 voix conservatrices, a subi
récemment deux catastrophes qui réduisent les
chances républicaines c'est la fermeture, par suite
d'un désastre commercial, de la manufacture da
papier et de la manufacture de caoutchouc. La po-
pulation ouvrière, qui était républicaine, quitte en
partie le pays: la population agricole, qui appar-
tient à la Limagne, est conservatrice; on pouvait
donc s'attendre à voir les voix diminuer dimanche
prochain.
La situation parait donc bonne pour les boulan-
gistes dans le canton est; nous verrons lundi si les
électeurs auront pris au sérieux la candidature plé-
biscitaire. Voyons en attendant comment ses sou-
tiens ont été reçus à la réunion qui se tenait mer-
credi soir à Montferrand
Cette réunion a commencé à neuf heures au mo-
ment où prenaient place sur une estrade MM. Saint-
Yves, rédacteur enchefdu Peuple Souverain et Paul Z
Chassaigne-Goyon fils, bonapartistes qui venaient
défendre la candidature de M. Boulanger. Dès le
discours de M. Saint-Yves, qui parlait le premier,
l'assemblée a manifesté ses sentiments républicains
en soulignant d'exclamations ironiques chaque
phrase de l'orateur qui avait dès les premiers mots
révélé toute la tactique boulangiste, en annonçant
qu'il traiterait la question de la séparation
Môatferraad-
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