Titre : Paris-théâtre / rédacteur en chef E. Paz ; administrateur A. Godement
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1874-02-12
Contributeur : Paz, Eugène (1835-1901). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32833001q
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 12 février 1874 12 février 1874
Description : 1874/02/12 (A2,N39)-1874/02/18. 1874/02/12 (A2,N39)-1874/02/18.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k1064352t
Source : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, FOL-YF-33 (PARIS-THEATRE)
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 22/12/2014
PARIS-THEATRE
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La T ho tographie est la propriété du journal; toute reproduction est interdite.
(043 5(/ L n’y a pas un plus grand
(30.0 exemple de la puissance de
oolose la volonté que celui offert
Wo k par Louis-Gilbert DUPREZ,
A0e, I le plus célèbre de nos té-
Golry nors français.
A(W%, Doué, au plus haut degré,
(0) de cette qualité primordiale, il
ya a su vaincre la nature dont il
"49 n'avait pas été un des privilégiés,
et surmonter tous les obstacles qu’il a
rencontrés devant lui durant sa longue
carrière.
Né à Paris, le 6 décembre 1896, il était
le douzième enfant d’un petit commer
çant qui le mit de bonne heure à l’école.
Ses aptitudes musicales se dévoilèrent
si promptement que, sur l'avis d’un ami
de la famille, le père Duprez fît entrer le
petit Gilbert au Conservatoire, dès l’âge
de dix ans. Tout en faisant là ses études
musicales, il reçut de Choron d'excel
lentes leçons , le grand maître chanteur
ayant manifesté le désir de le prendre
dans sa classe, tant il lui reconnaissait
d’heureuses dispositions.
Comme beaucoup de chanteurs formés
par le Conservatoire, Duprez. avant d’ê
tre engagé défini tivement au théâtre, appa
rut pour la première fois, sur la scène,
dans les chœurs AAthalie, à la Comédie-
Française. C’était eu 1820; il n’avait pas
encore quatorze ans.
Sa voix, belle alors, fut bientôt alté
rée parla mue et cette circonstance, loin
de lui être préjudiciable, servit à faire de
lui un chanteur véritablement musicien,
ce qui ne se voit, hélas! que bien rare
ment. Il se mit, en effet, à étudier sérieuse-
men l'harmonie, elparlà s’expliquent les
goûts de compositeur dont il fut plus
tard obsédé et qui lui permirent de don
ner le jour à plusieurs productions sinon
dignes de la scène, au moins dévelop
pées avec un certain savoir-faire.
Ses premiers débuts comme ténor eu
rent lieu en Italie, à Milan, et ne furent
pas heureux. En 1825, engagé à Paris, à
l'Odéon, il parut pour la première fois
sous les traits d’Almaviva, dans le Ber
lier de Séville. Durant deux années il
chanta sans laisser prévoir ce qu’il de
vait être plus tard,
Marié, en 1827, à une cantatrice, Mlle
Duperron, il s’engagea avec elle dans
une troupe partant en Italie pour donner
des représentations dans toutes les villes
un peu importantes. De 1827 à 1837,
c’est-à-dire durant dix années, il alla de
Venise à Milan, de Florence à Naples,
de Lucques à Bologne et ne revint à Pa
ris que pendant un court espace de
temps, en 1850, pour y jouer la Darne
blanche. Ce fut à Lucques qu’il joua pour
la première fois Guillaume-Tell. Ses
principaux succès furent avec ce chef-
d'œuvre, ceux qu’il remporta dans Otello,
le Barbier de Séville, le Pirate, de Bel-
lini, Parisina, les Capulets. et le Bravo,
de Mercadante, le dernier ouvrage qu'il
joua avant de rentrer à Paris.
Ce fut, pendant cette période décen
nale, que son talent se forma à force
d’études de toutes sortes. Sa voix long
temps rebelle, avait acquis un timbre
sonore et plein; et, s’appliquant à don
ner au récitatif une couleur que nul avant
lui n’avait cherchée, il avail trouvé des
formes nouvelles dans l'art de phraser
le cantabile.
Aussi sa rentrée à Paris, à l’Opéra, en
1837, par le rôle de Guillaume-Tell, fut-
elle un événement. Nourrit, le ténor en
vogue, fut renversé cruellement du pié
destal qu’un public idolâtre lui avait
élevé et s’en alla en Italie pour y mourir
de la façon tragique que l’on sait.
La Muette de Portici, Bobert le Diable,
Stradella, La Juive, Guido et Ginevra,
Don Sebastien, Les Huguenots, Lucie de
Lamermoor, Les Martyrs, Le lac des Fées,
ne connurent pas de plus billant inter
prète que lui. Pendant douze années, de
1837 à 1849, il fut le roi de la scène. Sa
réputation devint européenne et on peut
dire qu’il n’a jamais été remplacé.
Duprez, en effet, n’était pas seulement
un chanteur admirable, c’était un artiste
inspiré. Il avait, contre la nature, de ces
sublimes révoltes, dont Mme Viardot
nous a donné depuis, quelques exemples.
Dans ces moments-là, il fascinait son
public. Certains soirs, dans ses dernièies
années de théâtre, ses camarades se
demandaient s’il pourrait atteindre la fin
de la représentation, et c’était justement
dans ces moments-là, que, à force de
volonté, il déployait le plus grand style
et lançait avec éclat ses notes les plus
admirables. Radieux alors, on l’entendait
dire dans les coulisses en regagnant sa
loge, ces mots significatifs : « Petit
bonhomme vit encore. »
Mieux inspiré que la plupart de ses
successeurs, il sut se retirer à temps.
En 1849, il quitta l’Opéra, se fît impres-
sario et partit, à la tête d’une troupe,
donner des représentations en province.
Nommé professeur au Conservatoire
en 4842, il conserva sa classe jus
qu’en 1850, époque à laquelle il donna sa
démission pour fonder, rue Turgot, non
point seulement une école de chant,
mais une véritable succursale du Conser
vatoire dont il dirigeait lui-même toutes
les classes de solfège, de chant, d’opéra-
comique et d’opéra. La charmante petite
salle de spectacle sur laquelle ont lieu
les exercices des élèves les plus avancés
dans leurs études est accessible à un
public dilettante, tous les vendredis.
Ces exercices ont l'immense avantage
de préparer les jeunes artistes aux im
pressions des spectateurs. Aussi pour
la plupart, les élèves sortis de cette
pépinière, possèdent-ils dès les premiers
soirs, une habitude delà scène, qui pré
pare à leurs débuts un succès plus facile.
Parmi les élèves les plus remarquables
formés par Duprez, tant au Conservatoire
que dans son école de la rue Turgot, on
peut citer: MmesCarvalho,Vandenheuvel
Duprez, Marie Battu, Marimon, Monrose,
Jeanne Devriès, Fidès Devriès, Isaac.
MM.Balanquié,Lefranc, Sylva, Duwast.
Depuis trois années, Duprez a laissé
la direction de cette école spéciale de
chant à son fils, M. Léon Duprez, qui
plus que tout autreétait àmême de suivre
les excellentes traditions du célèbre fon
dateur.
En 1865, Duprez fut décoré de la Légion
d’honneur.
Chanteur inimitable, illustre professeur
Duprez voulut être compositeur. Mais il
avait la tête trop remplie des sublimes
inspirations des grands maîtres avec les
quels il avait si bien su s’identifier,
pour pouvoir produire une œuvre’ ori
ginale
Les quatre opéras qu’il fit représenter
en public n’obtinrent aucun succès. Le
premier: La cabane du Pêcheur, vit le
feu de la rampe à Versailles et n’arriva
pas jusqu’à Paris. Le second, Joanita, ne
réussit point au Théâtre-Lyrique en 1852,
malgré le concours de son admirable
interprète, Mlle Caroline Duprez qui dé
ploya pour servir les intérêts de son
père, les ressources de sa vocalisation
si pure et de son grand style. Le troi
sième , la Lettre au bon Dieu, deux actes
à l'Opéra-Comique, ne fit qu’apparaître
sur l’affiche. Quant au quatrième, c’est
tout une épopée.
Voici comment j’en rendis compte le
soir de la tentative de première repré
sentation qui eut lieu en présence de
3,000 spectateurs.
En l’an de grâce 1865, le mardi 10 du mois d’oc
tobre, entre 7 heures 45 minutes et 11 heures 10 du
soir, au Grand Théâtre Parisien, sis en la bonne vil le
de Paris, rue de Lyon, n° 12, eut lieu la première
représentation, de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle
J Orléans, grand opéra fantaisiste en un prologue
et trois moitiés d’actes, paroles de Tout-le-Monde
musique de M. G. Duprez.
Vu leur importance, les rôles de Jeanne d’Arc et
du régisseur ont été remplis : le premier par deux
cantatrices dont l’une seulement était tenue de sa-
voir son rôle, et le second, par trois messieurs en
cravate blanche dont le dernier put seul se faire
entendre. Quant au ténor chargé du rôle de Charles
VII, il puisa dans ses poumons la force de tripler
l’ut dièze, ce qui permit aux douze cents spectateurs
du fond d’entendre une note de la partition.
Ce fut en effet un brouhaha sans exem
ple que cette première représentation,
dans laquelle on ne put arriver à ter
miner l’ouvrage.
Le prologue fut écouté avec religion
par une salle toute disposée en faveur
du grand artiste qui fut le plus grand
acteur dramatique dont l’Opéra eût à
s’énorgueillir, et qui, depuis sa retraite,
honorait, par le zèle et l’intelligence
qu’il déployait dans son école, la pro
fession de chanteur et de comédien.
Mais à partir du 1 er acte, il ne fut plus
possible de garder le sérieux en présence
des artistes. La prima-donna, Mlle Bru-
netti se'trouva indisposée, et une demoi
selle Antoinette, «qui a suivi le rôle aux
répétitions,» nous dit le régisseur, con
tinua le rôle; alors Dunois etXaintrailles
se mettant aussi de la partie pour diver
tir le public, etM. Matton, le chef d’or
chestre, ayant abandonné son poste, en
présence de V exécution insuffisante, la
pièce fut interrompue, et des coupons
blancs furent remis aux spectateurs
pour le lendemain.
Tous sombrèrent dans cette funeste
bataille, chanteurs et compositeurs, à
l’exception du second ténor, Ulysse Du
wast, dont la voix et le style furent re
marqués et lui valurent un engagement.
Duprez ne travailla plus alors pour le
théâtre, mais il fît jouer en 1868, au
Cirque d’hiver (Cirque de l’Impératrice),
un grand oratorio en trois parties : Le
Jugement dernier, dont il avait lui même
écrit les paroles.
Duprez peut se consoler de ses échecs
comme compositeur. Ses tentatives sé
rieuses prouvent son amour pour l’art.
Sa valeur tout exceptionnelle comme
professeur, la réputation hors ligne, res
pectée de tous qu’il s’est acquise, lui
assurent l’immortalité du nom, la seule
à laquelle puissent prétendre les artistes
de théâtre.
FÉLIX JAHYER.
gnaucauzanmessnm mu aus mamn==== —" ■
La T ho tographie est la propriété du journal; toute reproduction est interdite.
(043 5(/ L n’y a pas un plus grand
(30.0 exemple de la puissance de
oolose la volonté que celui offert
Wo k par Louis-Gilbert DUPREZ,
A0e, I le plus célèbre de nos té-
Golry nors français.
A(W%, Doué, au plus haut degré,
(0) de cette qualité primordiale, il
ya a su vaincre la nature dont il
"49 n'avait pas été un des privilégiés,
et surmonter tous les obstacles qu’il a
rencontrés devant lui durant sa longue
carrière.
Né à Paris, le 6 décembre 1896, il était
le douzième enfant d’un petit commer
çant qui le mit de bonne heure à l’école.
Ses aptitudes musicales se dévoilèrent
si promptement que, sur l'avis d’un ami
de la famille, le père Duprez fît entrer le
petit Gilbert au Conservatoire, dès l’âge
de dix ans. Tout en faisant là ses études
musicales, il reçut de Choron d'excel
lentes leçons , le grand maître chanteur
ayant manifesté le désir de le prendre
dans sa classe, tant il lui reconnaissait
d’heureuses dispositions.
Comme beaucoup de chanteurs formés
par le Conservatoire, Duprez. avant d’ê
tre engagé défini tivement au théâtre, appa
rut pour la première fois, sur la scène,
dans les chœurs AAthalie, à la Comédie-
Française. C’était eu 1820; il n’avait pas
encore quatorze ans.
Sa voix, belle alors, fut bientôt alté
rée parla mue et cette circonstance, loin
de lui être préjudiciable, servit à faire de
lui un chanteur véritablement musicien,
ce qui ne se voit, hélas! que bien rare
ment. Il se mit, en effet, à étudier sérieuse-
men l'harmonie, elparlà s’expliquent les
goûts de compositeur dont il fut plus
tard obsédé et qui lui permirent de don
ner le jour à plusieurs productions sinon
dignes de la scène, au moins dévelop
pées avec un certain savoir-faire.
Ses premiers débuts comme ténor eu
rent lieu en Italie, à Milan, et ne furent
pas heureux. En 1825, engagé à Paris, à
l'Odéon, il parut pour la première fois
sous les traits d’Almaviva, dans le Ber
lier de Séville. Durant deux années il
chanta sans laisser prévoir ce qu’il de
vait être plus tard,
Marié, en 1827, à une cantatrice, Mlle
Duperron, il s’engagea avec elle dans
une troupe partant en Italie pour donner
des représentations dans toutes les villes
un peu importantes. De 1827 à 1837,
c’est-à-dire durant dix années, il alla de
Venise à Milan, de Florence à Naples,
de Lucques à Bologne et ne revint à Pa
ris que pendant un court espace de
temps, en 1850, pour y jouer la Darne
blanche. Ce fut à Lucques qu’il joua pour
la première fois Guillaume-Tell. Ses
principaux succès furent avec ce chef-
d'œuvre, ceux qu’il remporta dans Otello,
le Barbier de Séville, le Pirate, de Bel-
lini, Parisina, les Capulets. et le Bravo,
de Mercadante, le dernier ouvrage qu'il
joua avant de rentrer à Paris.
Ce fut, pendant cette période décen
nale, que son talent se forma à force
d’études de toutes sortes. Sa voix long
temps rebelle, avait acquis un timbre
sonore et plein; et, s’appliquant à don
ner au récitatif une couleur que nul avant
lui n’avait cherchée, il avail trouvé des
formes nouvelles dans l'art de phraser
le cantabile.
Aussi sa rentrée à Paris, à l’Opéra, en
1837, par le rôle de Guillaume-Tell, fut-
elle un événement. Nourrit, le ténor en
vogue, fut renversé cruellement du pié
destal qu’un public idolâtre lui avait
élevé et s’en alla en Italie pour y mourir
de la façon tragique que l’on sait.
La Muette de Portici, Bobert le Diable,
Stradella, La Juive, Guido et Ginevra,
Don Sebastien, Les Huguenots, Lucie de
Lamermoor, Les Martyrs, Le lac des Fées,
ne connurent pas de plus billant inter
prète que lui. Pendant douze années, de
1837 à 1849, il fut le roi de la scène. Sa
réputation devint européenne et on peut
dire qu’il n’a jamais été remplacé.
Duprez, en effet, n’était pas seulement
un chanteur admirable, c’était un artiste
inspiré. Il avait, contre la nature, de ces
sublimes révoltes, dont Mme Viardot
nous a donné depuis, quelques exemples.
Dans ces moments-là, il fascinait son
public. Certains soirs, dans ses dernièies
années de théâtre, ses camarades se
demandaient s’il pourrait atteindre la fin
de la représentation, et c’était justement
dans ces moments-là, que, à force de
volonté, il déployait le plus grand style
et lançait avec éclat ses notes les plus
admirables. Radieux alors, on l’entendait
dire dans les coulisses en regagnant sa
loge, ces mots significatifs : « Petit
bonhomme vit encore. »
Mieux inspiré que la plupart de ses
successeurs, il sut se retirer à temps.
En 1849, il quitta l’Opéra, se fît impres-
sario et partit, à la tête d’une troupe,
donner des représentations en province.
Nommé professeur au Conservatoire
en 4842, il conserva sa classe jus
qu’en 1850, époque à laquelle il donna sa
démission pour fonder, rue Turgot, non
point seulement une école de chant,
mais une véritable succursale du Conser
vatoire dont il dirigeait lui-même toutes
les classes de solfège, de chant, d’opéra-
comique et d’opéra. La charmante petite
salle de spectacle sur laquelle ont lieu
les exercices des élèves les plus avancés
dans leurs études est accessible à un
public dilettante, tous les vendredis.
Ces exercices ont l'immense avantage
de préparer les jeunes artistes aux im
pressions des spectateurs. Aussi pour
la plupart, les élèves sortis de cette
pépinière, possèdent-ils dès les premiers
soirs, une habitude delà scène, qui pré
pare à leurs débuts un succès plus facile.
Parmi les élèves les plus remarquables
formés par Duprez, tant au Conservatoire
que dans son école de la rue Turgot, on
peut citer: MmesCarvalho,Vandenheuvel
Duprez, Marie Battu, Marimon, Monrose,
Jeanne Devriès, Fidès Devriès, Isaac.
MM.Balanquié,Lefranc, Sylva, Duwast.
Depuis trois années, Duprez a laissé
la direction de cette école spéciale de
chant à son fils, M. Léon Duprez, qui
plus que tout autreétait àmême de suivre
les excellentes traditions du célèbre fon
dateur.
En 1865, Duprez fut décoré de la Légion
d’honneur.
Chanteur inimitable, illustre professeur
Duprez voulut être compositeur. Mais il
avait la tête trop remplie des sublimes
inspirations des grands maîtres avec les
quels il avait si bien su s’identifier,
pour pouvoir produire une œuvre’ ori
ginale
Les quatre opéras qu’il fit représenter
en public n’obtinrent aucun succès. Le
premier: La cabane du Pêcheur, vit le
feu de la rampe à Versailles et n’arriva
pas jusqu’à Paris. Le second, Joanita, ne
réussit point au Théâtre-Lyrique en 1852,
malgré le concours de son admirable
interprète, Mlle Caroline Duprez qui dé
ploya pour servir les intérêts de son
père, les ressources de sa vocalisation
si pure et de son grand style. Le troi
sième , la Lettre au bon Dieu, deux actes
à l'Opéra-Comique, ne fit qu’apparaître
sur l’affiche. Quant au quatrième, c’est
tout une épopée.
Voici comment j’en rendis compte le
soir de la tentative de première repré
sentation qui eut lieu en présence de
3,000 spectateurs.
En l’an de grâce 1865, le mardi 10 du mois d’oc
tobre, entre 7 heures 45 minutes et 11 heures 10 du
soir, au Grand Théâtre Parisien, sis en la bonne vil le
de Paris, rue de Lyon, n° 12, eut lieu la première
représentation, de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle
J Orléans, grand opéra fantaisiste en un prologue
et trois moitiés d’actes, paroles de Tout-le-Monde
musique de M. G. Duprez.
Vu leur importance, les rôles de Jeanne d’Arc et
du régisseur ont été remplis : le premier par deux
cantatrices dont l’une seulement était tenue de sa-
voir son rôle, et le second, par trois messieurs en
cravate blanche dont le dernier put seul se faire
entendre. Quant au ténor chargé du rôle de Charles
VII, il puisa dans ses poumons la force de tripler
l’ut dièze, ce qui permit aux douze cents spectateurs
du fond d’entendre une note de la partition.
Ce fut en effet un brouhaha sans exem
ple que cette première représentation,
dans laquelle on ne put arriver à ter
miner l’ouvrage.
Le prologue fut écouté avec religion
par une salle toute disposée en faveur
du grand artiste qui fut le plus grand
acteur dramatique dont l’Opéra eût à
s’énorgueillir, et qui, depuis sa retraite,
honorait, par le zèle et l’intelligence
qu’il déployait dans son école, la pro
fession de chanteur et de comédien.
Mais à partir du 1 er acte, il ne fut plus
possible de garder le sérieux en présence
des artistes. La prima-donna, Mlle Bru-
netti se'trouva indisposée, et une demoi
selle Antoinette, «qui a suivi le rôle aux
répétitions,» nous dit le régisseur, con
tinua le rôle; alors Dunois etXaintrailles
se mettant aussi de la partie pour diver
tir le public, etM. Matton, le chef d’or
chestre, ayant abandonné son poste, en
présence de V exécution insuffisante, la
pièce fut interrompue, et des coupons
blancs furent remis aux spectateurs
pour le lendemain.
Tous sombrèrent dans cette funeste
bataille, chanteurs et compositeurs, à
l’exception du second ténor, Ulysse Du
wast, dont la voix et le style furent re
marqués et lui valurent un engagement.
Duprez ne travailla plus alors pour le
théâtre, mais il fît jouer en 1868, au
Cirque d’hiver (Cirque de l’Impératrice),
un grand oratorio en trois parties : Le
Jugement dernier, dont il avait lui même
écrit les paroles.
Duprez peut se consoler de ses échecs
comme compositeur. Ses tentatives sé
rieuses prouvent son amour pour l’art.
Sa valeur tout exceptionnelle comme
professeur, la réputation hors ligne, res
pectée de tous qu’il s’est acquise, lui
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