AU MUSEE DU LOUVRE
L y a peu de temps je signalais ici même 1 l’entrée au Louvre
de deux importantes statues en bois peint et laqué que
M. le ministre de l’Instruction publique venait d’acquérir de
M. Bing, l’un de ceux qui ont le plus efficacement concouru
à faire connaître chez nous l’art de l’Extrême-Orient. Nous
sommes heureux de mettre sous les yeux des lecteurs de
l’Art la fidèle image de ces belles oeuvres qui font au
tant d’honneur aux sculpteurs japonais qu’à l’initiative du
ministre qui les a fixées à jamais dans notre grand Musée
national. Je laisserai aux savants spéciaux le soin d’appré
cier à leur juste valeur ces spécimens de haut style d’un art
trop longtemps dédaigné, même par ceux qui ont eu la
bonne fortune, encore rare à l’heure actuelle, d’avoir visité
le Japon. Beaucoup d’entre eux, et de ceux qui passent
pour des esprits fins et délicats, n’ont guère plus appris à
ce voyage que le plus humble des collectionneurs parisiens
dont les recherches se sont bornées aux pacotilles que nos
grands magasins mettent périodiquement en vente ; et
encore au milieu d'objets de second ou de troisième ordre, fabriqués pour la plupart en vue de
l’exportation, déniche-t-on parfois de véritables perles d’élégance, de goût, de vrais chefs-d’œuvre
dignes des plus grands artistes. Mais la littérature a, paraît-il, de ces exigences et un roman
justement célèbre, publié ces dernières années, n’a pas peu contribué à faire de rechef considérer
l’art japonais comme un art créé par des enfants ingénieux, tout de détail et foncièrement petit,
incapable des envolées sublimes de l’art occidental. Je parle ici, bien entendu, de la foule, car
dès longtemps quelques privilégiés ont su retrouver en contemplant les œuvres de l’Extrême-
Orient des sensations tout à fait analogues à celles que nous font éprouver une belle figure
grecque ou une belle peinture de la Renaissance. Ceux qui ont vu les bronzes de la collection
Cernuschi sont pleinement édifiés sur ce point et savent bien qu'il ne peut être question d’iden
tifier l’art japonais avec les cendriers à quinze sous, qui sont au grand art ce que les pendules
en zinc sont aux sculptures de Michel-Ange.
Il faut bien avouer, du reste, que ce sentiment de défiance, puis de curiosité déréglée,
ressenti par l’Européen en face de l’art chinois et de l’art japonais, remonte déjà à une date
ancienne. Sans parler des porcelaines conservées à titre de curiosité par les amateurs du Moyen-
Age et de la Renaissance, au xvn e et au XVIIIe siècle, ce ne sont guère que de menus objets, de
fabrication médiocre, qui ont été importés chez nous. Leur étrangeté a séduit, étonne, mais n a
pu suffire à faire classer définitivement ces produits, fabriqués presque toujours pour l’exporta
tion, parmi les vraies œuvres d’art.
Cette première impression, juste en tant qu’elle s’appliquait à des objets de second ordre, a
subsisté et subsiste encore un peu chez nous. Pour le Japon, il a fallu qu’une révolution poli
tique et sociale vînt l’ouvrir aux Européens et faire passer en leurs mains une partie de son
patrimoine artistique pour que se produisît un mouvement d’opinion favorable : les estampes, les
étoffes, les bronzes destinés à la décoration des demeures des riches seigneurs féodaux du Japon,
1. Voir l’Art, 18° année, tome I 01 ', page 83.
L y a peu de temps je signalais ici même 1 l’entrée au Louvre
de deux importantes statues en bois peint et laqué que
M. le ministre de l’Instruction publique venait d’acquérir de
M. Bing, l’un de ceux qui ont le plus efficacement concouru
à faire connaître chez nous l’art de l’Extrême-Orient. Nous
sommes heureux de mettre sous les yeux des lecteurs de
l’Art la fidèle image de ces belles oeuvres qui font au
tant d’honneur aux sculpteurs japonais qu’à l’initiative du
ministre qui les a fixées à jamais dans notre grand Musée
national. Je laisserai aux savants spéciaux le soin d’appré
cier à leur juste valeur ces spécimens de haut style d’un art
trop longtemps dédaigné, même par ceux qui ont eu la
bonne fortune, encore rare à l’heure actuelle, d’avoir visité
le Japon. Beaucoup d’entre eux, et de ceux qui passent
pour des esprits fins et délicats, n’ont guère plus appris à
ce voyage que le plus humble des collectionneurs parisiens
dont les recherches se sont bornées aux pacotilles que nos
grands magasins mettent périodiquement en vente ; et
encore au milieu d'objets de second ou de troisième ordre, fabriqués pour la plupart en vue de
l’exportation, déniche-t-on parfois de véritables perles d’élégance, de goût, de vrais chefs-d’œuvre
dignes des plus grands artistes. Mais la littérature a, paraît-il, de ces exigences et un roman
justement célèbre, publié ces dernières années, n’a pas peu contribué à faire de rechef considérer
l’art japonais comme un art créé par des enfants ingénieux, tout de détail et foncièrement petit,
incapable des envolées sublimes de l’art occidental. Je parle ici, bien entendu, de la foule, car
dès longtemps quelques privilégiés ont su retrouver en contemplant les œuvres de l’Extrême-
Orient des sensations tout à fait analogues à celles que nous font éprouver une belle figure
grecque ou une belle peinture de la Renaissance. Ceux qui ont vu les bronzes de la collection
Cernuschi sont pleinement édifiés sur ce point et savent bien qu'il ne peut être question d’iden
tifier l’art japonais avec les cendriers à quinze sous, qui sont au grand art ce que les pendules
en zinc sont aux sculptures de Michel-Ange.
Il faut bien avouer, du reste, que ce sentiment de défiance, puis de curiosité déréglée,
ressenti par l’Européen en face de l’art chinois et de l’art japonais, remonte déjà à une date
ancienne. Sans parler des porcelaines conservées à titre de curiosité par les amateurs du Moyen-
Age et de la Renaissance, au xvn e et au XVIIIe siècle, ce ne sont guère que de menus objets, de
fabrication médiocre, qui ont été importés chez nous. Leur étrangeté a séduit, étonne, mais n a
pu suffire à faire classer définitivement ces produits, fabriqués presque toujours pour l’exporta
tion, parmi les vraies œuvres d’art.
Cette première impression, juste en tant qu’elle s’appliquait à des objets de second ordre, a
subsisté et subsiste encore un peu chez nous. Pour le Japon, il a fallu qu’une révolution poli
tique et sociale vînt l’ouvrir aux Européens et faire passer en leurs mains une partie de son
patrimoine artistique pour que se produisît un mouvement d’opinion favorable : les estampes, les
étoffes, les bronzes destinés à la décoration des demeures des riches seigneurs féodaux du Japon,
1. Voir l’Art, 18° année, tome I 01 ', page 83.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 87.74%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 87.74%.
- Collections numériques similaires Monnaies grecques Monnaies grecques /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "MonnGre"
- Auteurs similaires Monnaies grecques Monnaies grecques /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "MonnGre"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 187/485
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k1055866m/f187.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k1055866m/f187.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k1055866m/f187.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k1055866m/f187.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k1055866m
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k1055866m
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k1055866m/f187.image × Aide