Titre : La Caricature morale, politique et littéraire / A. Audibert, rédacteur en chef ; [directeur : Ch. Philipon]
Éditeur : Aubert (Paris)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1832-09-20
Contributeur : Philipon, Charles (1800-1862). Directeur de publication
Contributeur : Audibert, Auguste (18..?-1832). Rédacteur
Contributeur : Desnoyers, Louis (1802-1868). Rédacteur
Contributeur : Gonzalès, Emmanuel (1815-1887). Directeur de publication
Contributeur : Huart, Louis (1813-1865). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344523348
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4371 Nombre total de vues : 4371
Description : 20 septembre 1832 20 septembre 1832
Description : 1832/09/20 (T4,N98). 1832/09/20 (T4,N98).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k1048634m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES FOL-LC2-2828, Z-1643-1646
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 02/09/2013
- LA CARICATURE.
781 —
e vous prie d’insérer dans votre numéro de demain. — Mais Monsieur,
les termes m’en semblent un peu forts... — C’est possible, Monsieur ;
mais vous sentez que nous autres voleurs, nous avons le style moins
fleuri que les honnêtes gens de la rue des Prêtres-Saint-Germain-
l’Auxerrois. Nous avons des tournures de phrase tant soit peu farou
ches. — A la bonne heure ; mais ne pourrait-on pas leur donner un
peu de ce joli style qui leur manque?... M. J. J. , donnez donc un
peu de style à cette.... — Du tout, Monsieur. Je ne suis point venu
ici pour discuter. Les voleurs ne discutent pas. La Rétractation pa
raîtra dans votre numéro de demain, telle qu’elle est, telle que je
l’ai rédigée dans ma caverne. —» Mais enfin, quel est votre nom,
Monsieur? —Mon nom ne vous importe point... peut-être Mandrin ,
peut-être Cartouche.... vous le saurez demain, si la Rétractation n’a
point paru. Car, faites-y bien attention, Monsieur, en ma qualité de
voleur, je vous demande la Rétractation ou la .... — Suffit, Mon
sieur,.... suffit!.... Mais comment donc!.... enchanté de vous être
agréable... Votre serviteur, Monsieur... Prenez garde, Monsieur...,
il y a encore une petite marche, Monsieur.... Bien, bien!... adieu
donc, Monsieur,... j’ai bien l’honneur de vous saluer, Monsieur. »
Et en effet, dès le lendemain, il est écrit dans les Débats, que sur
la réclamation d’un des patriotes lyonnais, on se fait un plaisir de
déclarer qu’en les traitant de voleurs de cuillers, il n’a jamais été
dans la pensée de l’honorable M. Bertin qu’ils pussent donner à cette
phrase une telle interprétation.
M. Bertin n’a oublié qu’une chose, c’est d’indiquer aux curieux le
vrai sens qu’il attachait à cette phrase.
Puis, c’est M. Sarrans, l’auteur de Lafajette et la Révolution de
1830, qui, à propos des engagemens contractés par Louis-Philippe,
et de l'ingratitude dont il assure qu’on a payé les services de Lafayette,
voit traiter son histoire de tissu de mensonges et de calomnies, par
un journal ministériel. Sur quoi, réclamation immédiate de M. Sar
rans, à qui, dès le lendemain, il est répondu sérieusement, qu’en
traitant son histoire de tissu de mensonges et de calomnies, il n’a ja
mais été dans la pensée du rédacteur de lui appliquer ces qualifica
tions; car elles ne s’adressent pas à lui, mais seulement à l’histoire
dont il est l’auteür !
Charmant ! il n’y a que les journaux ministériels pour être ingé
nieux à ce point. On ne trouverait pas de ces choses-là gratis.
Or, ce n’est point la Rétractation qui nous émerveille en elle-même.
Quand on a fait une sottise et qu’on ne veut point y persister, le
mieux, sans doute, c’est de la réparer. C’est la forme de cette répara
tion, c’est l’adresse avec laquelle elle est faite, qui nous frappe d’aise,
qui nous perclut d’admiration. Il serait trop bête, en effet, de recon
naître tout simplement qu’on a eu tort. Il est bien plus spirituel de
nier qu’on ait eu l’intention d’avoir tort. Car, je vous donne un coup
de poing dans le dos : c’est une supposition. « — Pourquoi, me dites-
vous alors, me donnez-vous un coup de poing dans le dos? — Qui
ça?... moi? Vous vous trompez, Monsieur. Il est possible que je vous
aie donné un coup de poing dans le dos, mais je vous prie de croire
que cela n’a jamais été dans mon intention. Au contraire. »
Que si, en vous donnant un coup de poing dans le dos, je n’avais
point l’intention de vous donner un coup de poing dans le dos, pour
quoi vous ai-je donné un coup de poing dans le dos?
Ah! voilà!... voilà l'embarrassant!... A moins, ah! oui, à moins
que je ne vous aie donné ce coup de poing dans le dos, au lieu de
vous offrir une prise de tabac, politesse qui était dans mon intention.
Quoiqu’il en soit, la Rétractation, telle que la pratique maintenant
le Journal des Débats, prouve beaucoup en faveur des mœurs douces
et champêtres de MM. Berlin frères; elle prouve que le tamerla-
nisme s humanise chaque jour, et que le Juste-Milieu est sincère dans
ses vœux, quand il demande la paix à tout prix.
— —=00086= —
782
ASSOCIATION POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE (4).
LAnalyse de la Pensée a obtenu le succès que nous espérions, et
nous avons redoublé d’efforts pour que le second numéro fût digne
du premier. Nous espérons avoir atteint ce but. La Liberté en Cour
d’Assises paraîtra à la fin de septembre. Nos souscripteurs reconnaî
tront, dans cette grande page exécutée à la plume, le talent de deux
artistes qui ont puissamment contribué à la fortune de la Caricature.
LES FAUX DIEUX DE L’OLYMPE.
Vingt-trois procès dans un an, trois condamnations, 7,000 fr.
d’amendes et de frais, l’obligation de fournir un cautionnement de
24,000 fr., que jamais Charles X n’avait demandé à la Silhouette
treize mois de prison pour notre gérant, tout cela avait fait de la
Caricature un journal passablement méchant , et méchant à bon
droit. Mais ce n’était pas assez, nous aurions pu nous refroidir ; notre
haine, en vieillissant, aurait pu perdre de sa force; il a fallu prudem
ment raviver notre colère, et pour eela, rien n’était meilleur qu’une
criante injustice. Or, notre gérant, que menace une paralysie du
nerf optique, et que de fréquentes congestions cérébrales mettent
souvent en danger, Philipon , fugitif pendant la terreur de Juin , et
qui ne s’était livré , avant la levée de l’état de siège, qu’à la condition
qu’on le laisserait prisonnier, sur parole, chez le docteur Pinel, a
été brutalement enlevé de cette maison de santé, et rejeté à Sainte-
Pélagie N’aurions-nous pas été en cas de légitime dé ¬
fense, si, prenant, corps à corps , des ennemis tellement acharnés ,
nous eussions vengé par la risée publique, le mal fait de sang-froid
à notre collaborateur ?
Nous ne l’avons point fait ; car nous sommes insensibles aux coups
qu’on nous porte, et c’est avec sagesse qu’on attend sans doute de
nous de la douceur pour de la violence, de l’aménité pour de la
brutalité.
Nous avons quitté momentanément le domaine de la politique, et
nous sommes retombés dans les dieux pour rire, dans l’Olympe de
convention. Si notre début dans le genre rococo classique, n’est pas
brillant, si nos têtes ne sont pas nobles, si nos costumes ne sont pas
d’une exactitude mythologique, c’est la faute de nos modèles et de
nos habitudes ; nous serions bien heureux de pouvoir en changer,
mais nous ne l’espérons pas.
Nous reviendrons sur ce tableau d’histoire.
On nous assure qu’un saisisseur fameux, furieux d’une charge
qu’il a prise pour lui, prépare une vengeance déguisée. Ce serait
joli.
Eugène Morisseau.
DE LA SALUBRITE PUBLIQUE, A PROPOS DE POIRES.
RÉCLAMATION A M. GISQUET.
Monsieur le Préfet,
Permettez à des hommes dévoués, mais harassés de fatigue, d’éle
ver une voix suppliante pour implorer un adoucissement à leur
misérable sort. Le métier que nous fesons est un vrai métier de galé
riens.
(1) Voyez les conditions de la souscription au bas de la dernière page du journal.
781 —
e vous prie d’insérer dans votre numéro de demain. — Mais Monsieur,
les termes m’en semblent un peu forts... — C’est possible, Monsieur ;
mais vous sentez que nous autres voleurs, nous avons le style moins
fleuri que les honnêtes gens de la rue des Prêtres-Saint-Germain-
l’Auxerrois. Nous avons des tournures de phrase tant soit peu farou
ches. — A la bonne heure ; mais ne pourrait-on pas leur donner un
peu de ce joli style qui leur manque?... M. J. J. , donnez donc un
peu de style à cette.... — Du tout, Monsieur. Je ne suis point venu
ici pour discuter. Les voleurs ne discutent pas. La Rétractation pa
raîtra dans votre numéro de demain, telle qu’elle est, telle que je
l’ai rédigée dans ma caverne. —» Mais enfin, quel est votre nom,
Monsieur? —Mon nom ne vous importe point... peut-être Mandrin ,
peut-être Cartouche.... vous le saurez demain, si la Rétractation n’a
point paru. Car, faites-y bien attention, Monsieur, en ma qualité de
voleur, je vous demande la Rétractation ou la .... — Suffit, Mon
sieur,.... suffit!.... Mais comment donc!.... enchanté de vous être
agréable... Votre serviteur, Monsieur... Prenez garde, Monsieur...,
il y a encore une petite marche, Monsieur.... Bien, bien!... adieu
donc, Monsieur,... j’ai bien l’honneur de vous saluer, Monsieur. »
Et en effet, dès le lendemain, il est écrit dans les Débats, que sur
la réclamation d’un des patriotes lyonnais, on se fait un plaisir de
déclarer qu’en les traitant de voleurs de cuillers, il n’a jamais été
dans la pensée de l’honorable M. Bertin qu’ils pussent donner à cette
phrase une telle interprétation.
M. Bertin n’a oublié qu’une chose, c’est d’indiquer aux curieux le
vrai sens qu’il attachait à cette phrase.
Puis, c’est M. Sarrans, l’auteur de Lafajette et la Révolution de
1830, qui, à propos des engagemens contractés par Louis-Philippe,
et de l'ingratitude dont il assure qu’on a payé les services de Lafayette,
voit traiter son histoire de tissu de mensonges et de calomnies, par
un journal ministériel. Sur quoi, réclamation immédiate de M. Sar
rans, à qui, dès le lendemain, il est répondu sérieusement, qu’en
traitant son histoire de tissu de mensonges et de calomnies, il n’a ja
mais été dans la pensée du rédacteur de lui appliquer ces qualifica
tions; car elles ne s’adressent pas à lui, mais seulement à l’histoire
dont il est l’auteür !
Charmant ! il n’y a que les journaux ministériels pour être ingé
nieux à ce point. On ne trouverait pas de ces choses-là gratis.
Or, ce n’est point la Rétractation qui nous émerveille en elle-même.
Quand on a fait une sottise et qu’on ne veut point y persister, le
mieux, sans doute, c’est de la réparer. C’est la forme de cette répara
tion, c’est l’adresse avec laquelle elle est faite, qui nous frappe d’aise,
qui nous perclut d’admiration. Il serait trop bête, en effet, de recon
naître tout simplement qu’on a eu tort. Il est bien plus spirituel de
nier qu’on ait eu l’intention d’avoir tort. Car, je vous donne un coup
de poing dans le dos : c’est une supposition. « — Pourquoi, me dites-
vous alors, me donnez-vous un coup de poing dans le dos? — Qui
ça?... moi? Vous vous trompez, Monsieur. Il est possible que je vous
aie donné un coup de poing dans le dos, mais je vous prie de croire
que cela n’a jamais été dans mon intention. Au contraire. »
Que si, en vous donnant un coup de poing dans le dos, je n’avais
point l’intention de vous donner un coup de poing dans le dos, pour
quoi vous ai-je donné un coup de poing dans le dos?
Ah! voilà!... voilà l'embarrassant!... A moins, ah! oui, à moins
que je ne vous aie donné ce coup de poing dans le dos, au lieu de
vous offrir une prise de tabac, politesse qui était dans mon intention.
Quoiqu’il en soit, la Rétractation, telle que la pratique maintenant
le Journal des Débats, prouve beaucoup en faveur des mœurs douces
et champêtres de MM. Berlin frères; elle prouve que le tamerla-
nisme s humanise chaque jour, et que le Juste-Milieu est sincère dans
ses vœux, quand il demande la paix à tout prix.
— —=00086= —
782
ASSOCIATION POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE (4).
LAnalyse de la Pensée a obtenu le succès que nous espérions, et
nous avons redoublé d’efforts pour que le second numéro fût digne
du premier. Nous espérons avoir atteint ce but. La Liberté en Cour
d’Assises paraîtra à la fin de septembre. Nos souscripteurs reconnaî
tront, dans cette grande page exécutée à la plume, le talent de deux
artistes qui ont puissamment contribué à la fortune de la Caricature.
LES FAUX DIEUX DE L’OLYMPE.
Vingt-trois procès dans un an, trois condamnations, 7,000 fr.
d’amendes et de frais, l’obligation de fournir un cautionnement de
24,000 fr., que jamais Charles X n’avait demandé à la Silhouette
treize mois de prison pour notre gérant, tout cela avait fait de la
Caricature un journal passablement méchant , et méchant à bon
droit. Mais ce n’était pas assez, nous aurions pu nous refroidir ; notre
haine, en vieillissant, aurait pu perdre de sa force; il a fallu prudem
ment raviver notre colère, et pour eela, rien n’était meilleur qu’une
criante injustice. Or, notre gérant, que menace une paralysie du
nerf optique, et que de fréquentes congestions cérébrales mettent
souvent en danger, Philipon , fugitif pendant la terreur de Juin , et
qui ne s’était livré , avant la levée de l’état de siège, qu’à la condition
qu’on le laisserait prisonnier, sur parole, chez le docteur Pinel, a
été brutalement enlevé de cette maison de santé, et rejeté à Sainte-
Pélagie N’aurions-nous pas été en cas de légitime dé ¬
fense, si, prenant, corps à corps , des ennemis tellement acharnés ,
nous eussions vengé par la risée publique, le mal fait de sang-froid
à notre collaborateur ?
Nous ne l’avons point fait ; car nous sommes insensibles aux coups
qu’on nous porte, et c’est avec sagesse qu’on attend sans doute de
nous de la douceur pour de la violence, de l’aménité pour de la
brutalité.
Nous avons quitté momentanément le domaine de la politique, et
nous sommes retombés dans les dieux pour rire, dans l’Olympe de
convention. Si notre début dans le genre rococo classique, n’est pas
brillant, si nos têtes ne sont pas nobles, si nos costumes ne sont pas
d’une exactitude mythologique, c’est la faute de nos modèles et de
nos habitudes ; nous serions bien heureux de pouvoir en changer,
mais nous ne l’espérons pas.
Nous reviendrons sur ce tableau d’histoire.
On nous assure qu’un saisisseur fameux, furieux d’une charge
qu’il a prise pour lui, prépare une vengeance déguisée. Ce serait
joli.
Eugène Morisseau.
DE LA SALUBRITE PUBLIQUE, A PROPOS DE POIRES.
RÉCLAMATION A M. GISQUET.
Monsieur le Préfet,
Permettez à des hommes dévoués, mais harassés de fatigue, d’éle
ver une voix suppliante pour implorer un adoucissement à leur
misérable sort. Le métier que nous fesons est un vrai métier de galé
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