Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-09-14
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 14 septembre 1885 14 septembre 1885
Description : 1885/09/14 (A1,N60). 1885/09/14 (A1,N60).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t544842w
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
PRÉFECTURE C'A LUE R
DEPOT LEGAL
Première année. — N° 60.
Le numéro 5 centimes.
lo
Lundi. 14 septembre 1885J
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
Algérie 4.50 O 18
France .... 6 1S 24
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Toutes les communication* relatives anx annnonces et rôelames doiveat, m
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, boulevard de la République, Al*éi
En France, les communications sont reçues savoir :
A Marsbilub, chex M. Güetavk ALLARD, rue du Bansset, 4 :
A Paris, chex MM. AUDBOURG et C‘«, place de la Bourse, 10,
Et par leurs correspondants.
La DEPECHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion des annonaes légales judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats
Alger, le 13 Septembre 1885.
Élections Législatives
DE 1885
DÉPARTEMENT D’ALGER
(Comité Central Républicain
ÉLECTEURS,
Nous proposons à vos suffrages les ci
toyens LETELLIERet BOURLIER.
M. Letellier, député sortant, a su s’attirer,
pendant la durée de son mandat, l’estime de
ses collègues de la Chambre. La place qu’il
y occupe est des plus honorables. Rappor
teur de lois importantes, entre autres de
celle sur le Divorce, il a fait partie de tou
tes les Commissions algériennes et a été élu,
trois ans de suite, membre de la Commis
sion du budget ; il a été chargé du budget
de la justice et deux fois du budget de l’Al
gérie.
Il a rempli son mandat avec dignité, exé
cutant scrupuleusement le programme qu’il
avait accepté, en sacrifiant ses intéiôts per
sonnels et en consacrant à ses fonctions
toute sou intelligence, tout son travail et
et tout son dévouement.
Nous vous demandons de voter pour lui,
afin de ne pas perdre les avantages d’une
Situation politique et d’une expérience des
affaires laborieusement conquises dans l’in
térêt du département et de l’Algérie tout
entière.
Ne pas le réélire serait une faute et un
acte d’ingratitude.
Nous vous demandons donc de lui conti
nuer votre confiance.
Nous vous proposons, en outre, un Algé
rien universellement estimé pour ses vastes
-connaissances, son intelligence d’élite et son
amour de l’Algérie.
Ancien professeur à l’Ecole de médecine
d’Alger, M, Bourlier est membre depuis 14
ans du Conseil général et du Conseil supé
rieur ; il a consacré son existence à l’étude
de l’Algérie, de ses besoins et de toutes les
graves questions dont dépend sou avenir.
Grand agriculteur, il a ici tous ses Intérêts.
Sa place est marquée au Parlement.
'Nous vous proposons cette liste afin
d’assurer, dans la mesure de vos forces,
la stabilité et le perfectionnement de
nos institutions républicaines. Votez pour ]
des hommes de progrès, qui contri
bueront à la formation d’une majorité
gouvernementale sincèrement républicaine
et, se plaçant au-dessus des questions de
personne, animés seulement d’un profond
amour de leur pays, travailleront à conjurer
les périls qui pourraient menacer la Patrie
et la République, et leur assureront, par la
pratique d’institutions largement libérales,
une ère nouvelle de prospérité et de gran
deur.
VIVE L’ALGÉRIE !
VIVE LA RÉPUBLIQUE !
Pour le Comité central républicain :
Màugüin, sénateur, président du Conseil
général ;
Mongellas, conseiller général, ancien
président ;
Garny, vice- président du Conseil géné
ral ;
Obitz. vice-président du Conseil géné
ral ;
Fourrier, secrétaire du Conseil général,
maire d'Orleansvitle ;
Koziell, secrétaire du Conseil général ;
Aumerat, président de la Commission
départementale ;
Borély la Sapie, conseiller général, vi
ce-président du Conseil supérieur ;
Dumain, 1 er adjoint au Maire de la ville
d’Alger ;
Mercier, adjoint au Maire de la ville
d’Alger ;
Pugliesi maire de Saint-Eugène ;
Barnaud, maire de Chereheil ;
Les Directeurs des journaux :
La Vigie Algérienne ;
"LÏAkhbar ;
Le Moniieur de l'Algérie ;
La Dépêche Algérienne ;
Le Petit Algérien .
Nous acceptons la candidature qui
nous est offerte par le Comité Si nous
sommes élus, nous nous efforcerons de
justifier la confiance dont nos conci
toyens nous auront honorés, en remplis
sant notre mandat avec un dévouement
profond à la République, à la France et
à l’Algérie.
Letellier Bourlier.
Nous recevons de X... la lettre suivante :
« Monsieur le journaliste et ami,
» Vous excuserez.la liberté grande que
je prends de vous écrire, mais vous m’y
avez engagé dans le temps, et je crois qu’il
vous fera plutôt plaisir d’avoir des nouvelles
de chez nous. Donc, je n’ai pas voulu passer
l’occasion du voyage à Alger du père Ri
chard sans vous envoyer ces quelques mots,
si vous voulez bien les accepter avec un
lièvre que j’ai tué dans ma vigne ce matin
même, et que la ménagère a pris soin de
vider :\ün qu’il vous arrive frais comme
l'œil.
» Je ne sais pas si vous vous rappelez le
père Richard; vous vous ê’estrouvés ensem
ble un matin au café de l’Europe, à Alger,
il y a neuf ans, lors des premières élections
sénatoriales. Il était alors le délégué de no
tre Conseil municipal.
» Depuis, le père Richard a toujours été
réélu ; et il est conseiller à l’heure actuelle,
mais si on lui donne cette fois encore le titre
de délégué, c’est, suivant moi, bien à tort, et
je m’en suis expliqué avec lui.—Voyons père
Richard, lui ai-je dit, est-ce que vous
croyez bonnement que les messieurs d’Al
ger qui vous ont écrit pour que vous trouviez,
le 10 septembre,à Malakoff,peuvent disposer
du titre de délégué et que vous aurez qua
lité pour voter, quoique ce soit en mon
nom ?
» — Vraiment pas, m’a-t-il répondu, mais
puisque je devais aller à Alger pour rem
bourser le solde de mon emprunt au Crédit
foncier, autant faire coïncider mon voyage
avec la réunion du Comité radical puisque
ça fait plaisir aux amis ; quant à voter,
n’ayez peur.
» Le père Richard n’est pas, du reste,
plus radical que moi, si, par ce mot, on en
tend qu’il faille donner sa voix aux gens qui
vous sont désignés et pas à d’autres. Or,
c’est toujours ce que ces messieurs qui se
disent les radicaux d’Alger nous deman
dent. Ils bâtissent des programmes auxquels
la plupart du temps nous ne comprenons
rien, nous mettent un bulletin dans la main
en nous disant que seuls leurs candidats
peuvent sauver la République, et si vous de
mandez quelques explications, ils vous les
refusent au nom de la discipline.
» La discipline, je n’en connais qu’une moi,
la discipline militaire à laquelle j’ai obéi
sept ans ; quant à celle qui voudrait m’em
pêcher d’examiner les divers candidats
avant de voter, je la repousse, je ne crois
pas que l’on ait donné le droit de voter
pour nous transformer en simples machi
nes.
» Il y a quelque chose qui me dit que
vous êtes de cette opinion et que, comme
moi, vous avez de la défiance pour les can
didats que cinq ou six douzaines de far
ceurs, toujours les mêmes, nous présentent
comme devant faire notre bonheur.
» Nous sommes pourtant, je vous l’as
sure, de bons et francs républicains, mais
nous voyons bien qu'il y a toujours des
gens qui ne sont jamais contents, qui récla
ment des choses impossibles, et tentent de
vous forcer la main, sous prétexte que, seuls,,
leurs candidats peuvent vous procurer sa
tisfaction. Mais une fois nommés, plus per
sonne, adieu paniers, vendanges sont faites,
les belles promesses vont, comme on dit
chez moi, retrouver les vieilles lunes.
» Aussi, par chez nous, est-on bien décidé
à ne pas se payer de grands mots. Ce que
nous demandons seulement à nos députés,
c’est l’engagement de défendre la Républi
que si, par hasard, elle était menacée et de
bien s’occuper des intérêts de l’Algérie.
Quant à toutes les autres balivernes, nous
n’en faisons pas de cas. Nous avons autre
chose à faire que perdre notre temps à po-.
litiquer ; et le père Richard qui, autrefois*,
bavardait volontiers plus qu’il n’aurait fallu,
vous dira lui-même que, s’il est parvenu £
rembourser son emprunt en 10 ans, au lieu
de 12, c’est parce qu’il a renoncé â s’occu-»
per de ce sur quoi il ne pouvait rien, pour
se donner tout entier au travail.
» Mais voilà ma feuille remplie, je cesse
mon bavardage en vous saluant d’une bon-
Feuilleton de LA DÉPÊCHE ALGÉRIENNE
N° 60 .
LA
GRÂHBE IAR1ÈRE
PAR
Georges OHNET
— Eh bien, je vous conduirai ch?z ma
femme, et, pendant ce temps-là, j’irai re
connaître les aboads de la maison, et prépa
rer votre entrée.
Après une absence de vingt-quatre heu
res qui avait beaucoap intrigué son père,
Pascal était, en effet, revenu le matin mê
me. Interrogé sur le résultat de son voya
ge. il avait répondu laconiquement qu’il
était allé au Havre pour voir un de ses cor
respondants. Il n’avait pu, en disant cela,
s’empêcher de rougir. II n’était pas habitué
au mensonge.,Or, son voyage au Havre s’é
tait borné à un séjour à Rouen, où il savait
devoir trouver un de ses camarades d’école,
nommé récemment substitut du procureur
général. Le magistrat l’avait reçu avec cette
amabilité emphatique et gourmée qui est la
marque professionnelle ; il avait parlé d’a
bondance pendant une demi-heure, s’éten
dant sur ses écrasants travaux, sur les sou
cis de sa responsabilités délayant des phra
ses tièdes et longues. Mais, quand Pascal
atait voulu mettre sur le tapis l’affaire de
Clairefont, le substitut était devenu froid ej
soupçonneux. Ii n’avait plus parlé que par
monosyllabes.
— Grosse affaire... très-gross8 affaire...
Instruction difficile... Prévenu adroit et
très fernn.
Et comme le jeune homme le pressait de
questions :
— Mais au fait, mon cher, vous êtes de
La Neuviiie : voua devez en savoir plus
long que moi.
Et, au lie.u de répondre, il avait interrogé.
Au bout d’une heure de visite, Pascal s’était
retiré très inquiet, avec la conviction que le
parquet pousserait l affa’re à outrance. Il
avait passé une triste soirée à l’hôtel, ne
voilant pas revenir avant le lendemain, de
peur de donner des soupçons à son père.
Maintenant, enfermé dans le cabinet du
banquier, il s’efforçait de travailler pour
user le temps, mais sa pensée rebelle lui
échappait et l’emportait bien loin de ses
rapports et de ses mémoires. Incapable de
rester en place, il allait de la table à la fe
nêtre, pour regarder au dehors. Le temps
s’était rais à l’orage, et des nuées lourdes
couraient dans le ciel. Un éclair brilla, sui
vi d’ua coup de tonnerre lointain, et le jour
devint jaune, comme si l’air eût été chargé
de cendres.
Au même moment, le marteau de la porte
retomba avec bruit, poussé par une main
impatiente, un chuchotement se fit entendre
dans le vestibule, et maître Malézeau entra
dans le cabinet avec une mine extraordi
naire. Jamais ses yeux n’avaieut tant papil
loté derrière ses lunettes d’or. Ii dit mysté
rieusement :
— Votre père est bien parti en cabriolet
sur la route de Lisors ? Vous êtes vraiment
seul ? Bien ! j’ai là une dame qui désirerait
vous parler...
A ces mots, tout le sang de Pascal se
porta à son cœur, ses jambes fléchirent, il
vit la salle tourner autour de lui. Il demanda
d’une voix altérée : Qui est-ce ? avec la
certitude d’entendre réposdre : Mlle de
Clairefont.
Malézeau ne perdit môme pas son temps
à remplir cette formalité ; il ouvrit la porte
et, s'effaçant pour laisser le passage libre, il
oit i
— Entrez, Mademoiselle.
Et, sur le seuil du triste cabinet de son
père, Pascal se trouva en face d’Antoinette.
El e était vêtue de noir. Un voile couvrait
sou visage : elle l’ôta d’un brusque mouve
ment ; et il la vit pâle, l’air souffrant, les
yeux rougis par l’insomnie et le chagrin. Il
était bien plus ému qu’elle. Sans savoir ce
qu’il faisait, il lui avança un siège. Elle
s’assit, et adressa un geste suppliant à Ma
lézeau. Le notaire s'inclina et sortit. Us res
tèrent en présence. Ce moment, que Pascal,
la veille, eût payé de sa vie, lui causa un
embarras insupportable. Une chaleur dévo
rante lui monta au visage, il sentit des
pointes de feu à la racine de chaque che
veu Il se dit : si je ne parle pas, je deviens
grotesque ; si je parle, je risque de dire
quelque sottise qui me rendra odieux. Il
leva sur la jeune fille des yeux si pleins
d’augoisse qu’elle comprit que c’était à elle
d’ordonner,et à lui de sa soumettre. Elle sou
rit tristement, et, d’uoe voix qui pénétra
Pascal jusqu’au fond de l’âme :
— Je viens à vous, Monsieur, en sup-.
pliante... Et comment oserais-je tenter nue
telle démarche, si je n’avais pas pour m’en
courager le souvenir de notre pr m ère ren
contre ?... Le hasard, vous le voyez, savait
ce qu’il faisait en vous plaçant en travers de
ma route...
Elle eut le courage de le regarder avec
coquetterie. Elle voulait vaincre. Et lui,
sous le charme, quand elle eut fini de par
ler, l’écoutait encore Ainsi c’était elle qui
avait évoqué le souvenir de ce chemin creux
où, pour la première fois, ils s’étaient trou
vés l’un près de l’autre. Tout ce qui avait
suivi n’existait pas ! elle l’avait volontaire
ment effacé. 11 ne restait, pour lui et pour
elle, que cette courte promenade par une
b9lle matinée d’été, dans la lumière, la ver
dure et les fleurs. S’il eût prononcé les mots
qui lui montaient aux lèvres, il lui eût dit
Je vous aime. Mais il ne le voulut pas. Ella
était venue à lui loyalement, elle restait là,
seule, sous la sauvegarde de son honneur,
et elle était malheureuse. Il pensa : Je ne
lui révélerai jamais combien je l’adore, mais
je le lui prouverai eu lui dévouant ma vie.
Il s’approcha, et, avec un respect religieux ^
(A suivre)c
DEPOT LEGAL
Première année. — N° 60.
Le numéro 5 centimes.
lo
Lundi. 14 septembre 1885J
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
Algérie 4.50 O 18
France .... 6 1S 24
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Toutes les communication* relatives anx annnonces et rôelames doiveat, m
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, boulevard de la République, Al*éi
En France, les communications sont reçues savoir :
A Marsbilub, chex M. Güetavk ALLARD, rue du Bansset, 4 :
A Paris, chex MM. AUDBOURG et C‘«, place de la Bourse, 10,
Et par leurs correspondants.
La DEPECHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion des annonaes légales judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats
Alger, le 13 Septembre 1885.
Élections Législatives
DE 1885
DÉPARTEMENT D’ALGER
(Comité Central Républicain
ÉLECTEURS,
Nous proposons à vos suffrages les ci
toyens LETELLIERet BOURLIER.
M. Letellier, député sortant, a su s’attirer,
pendant la durée de son mandat, l’estime de
ses collègues de la Chambre. La place qu’il
y occupe est des plus honorables. Rappor
teur de lois importantes, entre autres de
celle sur le Divorce, il a fait partie de tou
tes les Commissions algériennes et a été élu,
trois ans de suite, membre de la Commis
sion du budget ; il a été chargé du budget
de la justice et deux fois du budget de l’Al
gérie.
Il a rempli son mandat avec dignité, exé
cutant scrupuleusement le programme qu’il
avait accepté, en sacrifiant ses intéiôts per
sonnels et en consacrant à ses fonctions
toute sou intelligence, tout son travail et
et tout son dévouement.
Nous vous demandons de voter pour lui,
afin de ne pas perdre les avantages d’une
Situation politique et d’une expérience des
affaires laborieusement conquises dans l’in
térêt du département et de l’Algérie tout
entière.
Ne pas le réélire serait une faute et un
acte d’ingratitude.
Nous vous demandons donc de lui conti
nuer votre confiance.
Nous vous proposons, en outre, un Algé
rien universellement estimé pour ses vastes
-connaissances, son intelligence d’élite et son
amour de l’Algérie.
Ancien professeur à l’Ecole de médecine
d’Alger, M, Bourlier est membre depuis 14
ans du Conseil général et du Conseil supé
rieur ; il a consacré son existence à l’étude
de l’Algérie, de ses besoins et de toutes les
graves questions dont dépend sou avenir.
Grand agriculteur, il a ici tous ses Intérêts.
Sa place est marquée au Parlement.
'Nous vous proposons cette liste afin
d’assurer, dans la mesure de vos forces,
la stabilité et le perfectionnement de
nos institutions républicaines. Votez pour ]
des hommes de progrès, qui contri
bueront à la formation d’une majorité
gouvernementale sincèrement républicaine
et, se plaçant au-dessus des questions de
personne, animés seulement d’un profond
amour de leur pays, travailleront à conjurer
les périls qui pourraient menacer la Patrie
et la République, et leur assureront, par la
pratique d’institutions largement libérales,
une ère nouvelle de prospérité et de gran
deur.
VIVE L’ALGÉRIE !
VIVE LA RÉPUBLIQUE !
Pour le Comité central républicain :
Màugüin, sénateur, président du Conseil
général ;
Mongellas, conseiller général, ancien
président ;
Garny, vice- président du Conseil géné
ral ;
Obitz. vice-président du Conseil géné
ral ;
Fourrier, secrétaire du Conseil général,
maire d'Orleansvitle ;
Koziell, secrétaire du Conseil général ;
Aumerat, président de la Commission
départementale ;
Borély la Sapie, conseiller général, vi
ce-président du Conseil supérieur ;
Dumain, 1 er adjoint au Maire de la ville
d’Alger ;
Mercier, adjoint au Maire de la ville
d’Alger ;
Pugliesi maire de Saint-Eugène ;
Barnaud, maire de Chereheil ;
Les Directeurs des journaux :
La Vigie Algérienne ;
"LÏAkhbar ;
Le Moniieur de l'Algérie ;
La Dépêche Algérienne ;
Le Petit Algérien .
Nous acceptons la candidature qui
nous est offerte par le Comité Si nous
sommes élus, nous nous efforcerons de
justifier la confiance dont nos conci
toyens nous auront honorés, en remplis
sant notre mandat avec un dévouement
profond à la République, à la France et
à l’Algérie.
Letellier Bourlier.
Nous recevons de X... la lettre suivante :
« Monsieur le journaliste et ami,
» Vous excuserez.la liberté grande que
je prends de vous écrire, mais vous m’y
avez engagé dans le temps, et je crois qu’il
vous fera plutôt plaisir d’avoir des nouvelles
de chez nous. Donc, je n’ai pas voulu passer
l’occasion du voyage à Alger du père Ri
chard sans vous envoyer ces quelques mots,
si vous voulez bien les accepter avec un
lièvre que j’ai tué dans ma vigne ce matin
même, et que la ménagère a pris soin de
vider :\ün qu’il vous arrive frais comme
l'œil.
» Je ne sais pas si vous vous rappelez le
père Richard; vous vous ê’estrouvés ensem
ble un matin au café de l’Europe, à Alger,
il y a neuf ans, lors des premières élections
sénatoriales. Il était alors le délégué de no
tre Conseil municipal.
» Depuis, le père Richard a toujours été
réélu ; et il est conseiller à l’heure actuelle,
mais si on lui donne cette fois encore le titre
de délégué, c’est, suivant moi, bien à tort, et
je m’en suis expliqué avec lui.—Voyons père
Richard, lui ai-je dit, est-ce que vous
croyez bonnement que les messieurs d’Al
ger qui vous ont écrit pour que vous trouviez,
le 10 septembre,à Malakoff,peuvent disposer
du titre de délégué et que vous aurez qua
lité pour voter, quoique ce soit en mon
nom ?
» — Vraiment pas, m’a-t-il répondu, mais
puisque je devais aller à Alger pour rem
bourser le solde de mon emprunt au Crédit
foncier, autant faire coïncider mon voyage
avec la réunion du Comité radical puisque
ça fait plaisir aux amis ; quant à voter,
n’ayez peur.
» Le père Richard n’est pas, du reste,
plus radical que moi, si, par ce mot, on en
tend qu’il faille donner sa voix aux gens qui
vous sont désignés et pas à d’autres. Or,
c’est toujours ce que ces messieurs qui se
disent les radicaux d’Alger nous deman
dent. Ils bâtissent des programmes auxquels
la plupart du temps nous ne comprenons
rien, nous mettent un bulletin dans la main
en nous disant que seuls leurs candidats
peuvent sauver la République, et si vous de
mandez quelques explications, ils vous les
refusent au nom de la discipline.
» La discipline, je n’en connais qu’une moi,
la discipline militaire à laquelle j’ai obéi
sept ans ; quant à celle qui voudrait m’em
pêcher d’examiner les divers candidats
avant de voter, je la repousse, je ne crois
pas que l’on ait donné le droit de voter
pour nous transformer en simples machi
nes.
» Il y a quelque chose qui me dit que
vous êtes de cette opinion et que, comme
moi, vous avez de la défiance pour les can
didats que cinq ou six douzaines de far
ceurs, toujours les mêmes, nous présentent
comme devant faire notre bonheur.
» Nous sommes pourtant, je vous l’as
sure, de bons et francs républicains, mais
nous voyons bien qu'il y a toujours des
gens qui ne sont jamais contents, qui récla
ment des choses impossibles, et tentent de
vous forcer la main, sous prétexte que, seuls,,
leurs candidats peuvent vous procurer sa
tisfaction. Mais une fois nommés, plus per
sonne, adieu paniers, vendanges sont faites,
les belles promesses vont, comme on dit
chez moi, retrouver les vieilles lunes.
» Aussi, par chez nous, est-on bien décidé
à ne pas se payer de grands mots. Ce que
nous demandons seulement à nos députés,
c’est l’engagement de défendre la Républi
que si, par hasard, elle était menacée et de
bien s’occuper des intérêts de l’Algérie.
Quant à toutes les autres balivernes, nous
n’en faisons pas de cas. Nous avons autre
chose à faire que perdre notre temps à po-.
litiquer ; et le père Richard qui, autrefois*,
bavardait volontiers plus qu’il n’aurait fallu,
vous dira lui-même que, s’il est parvenu £
rembourser son emprunt en 10 ans, au lieu
de 12, c’est parce qu’il a renoncé â s’occu-»
per de ce sur quoi il ne pouvait rien, pour
se donner tout entier au travail.
» Mais voilà ma feuille remplie, je cesse
mon bavardage en vous saluant d’une bon-
Feuilleton de LA DÉPÊCHE ALGÉRIENNE
N° 60 .
LA
GRÂHBE IAR1ÈRE
PAR
Georges OHNET
— Eh bien, je vous conduirai ch?z ma
femme, et, pendant ce temps-là, j’irai re
connaître les aboads de la maison, et prépa
rer votre entrée.
Après une absence de vingt-quatre heu
res qui avait beaucoap intrigué son père,
Pascal était, en effet, revenu le matin mê
me. Interrogé sur le résultat de son voya
ge. il avait répondu laconiquement qu’il
était allé au Havre pour voir un de ses cor
respondants. Il n’avait pu, en disant cela,
s’empêcher de rougir. II n’était pas habitué
au mensonge.,Or, son voyage au Havre s’é
tait borné à un séjour à Rouen, où il savait
devoir trouver un de ses camarades d’école,
nommé récemment substitut du procureur
général. Le magistrat l’avait reçu avec cette
amabilité emphatique et gourmée qui est la
marque professionnelle ; il avait parlé d’a
bondance pendant une demi-heure, s’éten
dant sur ses écrasants travaux, sur les sou
cis de sa responsabilités délayant des phra
ses tièdes et longues. Mais, quand Pascal
atait voulu mettre sur le tapis l’affaire de
Clairefont, le substitut était devenu froid ej
soupçonneux. Ii n’avait plus parlé que par
monosyllabes.
— Grosse affaire... très-gross8 affaire...
Instruction difficile... Prévenu adroit et
très fernn.
Et comme le jeune homme le pressait de
questions :
— Mais au fait, mon cher, vous êtes de
La Neuviiie : voua devez en savoir plus
long que moi.
Et, au lie.u de répondre, il avait interrogé.
Au bout d’une heure de visite, Pascal s’était
retiré très inquiet, avec la conviction que le
parquet pousserait l affa’re à outrance. Il
avait passé une triste soirée à l’hôtel, ne
voilant pas revenir avant le lendemain, de
peur de donner des soupçons à son père.
Maintenant, enfermé dans le cabinet du
banquier, il s’efforçait de travailler pour
user le temps, mais sa pensée rebelle lui
échappait et l’emportait bien loin de ses
rapports et de ses mémoires. Incapable de
rester en place, il allait de la table à la fe
nêtre, pour regarder au dehors. Le temps
s’était rais à l’orage, et des nuées lourdes
couraient dans le ciel. Un éclair brilla, sui
vi d’ua coup de tonnerre lointain, et le jour
devint jaune, comme si l’air eût été chargé
de cendres.
Au même moment, le marteau de la porte
retomba avec bruit, poussé par une main
impatiente, un chuchotement se fit entendre
dans le vestibule, et maître Malézeau entra
dans le cabinet avec une mine extraordi
naire. Jamais ses yeux n’avaieut tant papil
loté derrière ses lunettes d’or. Ii dit mysté
rieusement :
— Votre père est bien parti en cabriolet
sur la route de Lisors ? Vous êtes vraiment
seul ? Bien ! j’ai là une dame qui désirerait
vous parler...
A ces mots, tout le sang de Pascal se
porta à son cœur, ses jambes fléchirent, il
vit la salle tourner autour de lui. Il demanda
d’une voix altérée : Qui est-ce ? avec la
certitude d’entendre réposdre : Mlle de
Clairefont.
Malézeau ne perdit môme pas son temps
à remplir cette formalité ; il ouvrit la porte
et, s'effaçant pour laisser le passage libre, il
oit i
— Entrez, Mademoiselle.
Et, sur le seuil du triste cabinet de son
père, Pascal se trouva en face d’Antoinette.
El e était vêtue de noir. Un voile couvrait
sou visage : elle l’ôta d’un brusque mouve
ment ; et il la vit pâle, l’air souffrant, les
yeux rougis par l’insomnie et le chagrin. Il
était bien plus ému qu’elle. Sans savoir ce
qu’il faisait, il lui avança un siège. Elle
s’assit, et adressa un geste suppliant à Ma
lézeau. Le notaire s'inclina et sortit. Us res
tèrent en présence. Ce moment, que Pascal,
la veille, eût payé de sa vie, lui causa un
embarras insupportable. Une chaleur dévo
rante lui monta au visage, il sentit des
pointes de feu à la racine de chaque che
veu Il se dit : si je ne parle pas, je deviens
grotesque ; si je parle, je risque de dire
quelque sottise qui me rendra odieux. Il
leva sur la jeune fille des yeux si pleins
d’augoisse qu’elle comprit que c’était à elle
d’ordonner,et à lui de sa soumettre. Elle sou
rit tristement, et, d’uoe voix qui pénétra
Pascal jusqu’au fond de l’âme :
— Je viens à vous, Monsieur, en sup-.
pliante... Et comment oserais-je tenter nue
telle démarche, si je n’avais pas pour m’en
courager le souvenir de notre pr m ère ren
contre ?... Le hasard, vous le voyez, savait
ce qu’il faisait en vous plaçant en travers de
ma route...
Elle eut le courage de le regarder avec
coquetterie. Elle voulait vaincre. Et lui,
sous le charme, quand elle eut fini de par
ler, l’écoutait encore Ainsi c’était elle qui
avait évoqué le souvenir de ce chemin creux
où, pour la première fois, ils s’étaient trou
vés l’un près de l’autre. Tout ce qui avait
suivi n’existait pas ! elle l’avait volontaire
ment effacé. 11 ne restait, pour lui et pour
elle, que cette courte promenade par une
b9lle matinée d’été, dans la lumière, la ver
dure et les fleurs. S’il eût prononcé les mots
qui lui montaient aux lèvres, il lui eût dit
Je vous aime. Mais il ne le voulut pas. Ella
était venue à lui loyalement, elle restait là,
seule, sous la sauvegarde de son honneur,
et elle était malheureuse. Il pensa : Je ne
lui révélerai jamais combien je l’adore, mais
je le lui prouverai eu lui dévouant ma vie.
Il s’approcha, et, avec un respect religieux ^
(A suivre)c
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