Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-11-04
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 04 novembre 1885 04 novembre 1885
Description : 1885/11/04 (A1,N111). 1885/11/04 (A1,N111).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t543246c
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
PREFECTURE
D'ALU K H
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Première année. — N* 111.
numéro
DK POT
SS oentimeis. /
EGAL
Mercredi, 4
novembre 1885.
ABONNEMENTS :
Trois Eaois Six mois
Algérie 4.50 O
Franck 6 *3
ADMINISTRATION ET RÉDUCTION :
18
34
Rne de la Marice, n* 9 , ancien hôtel Bazin.
Tontes les sommnnic&tions relatives &ox aau» 0 E«« et rtî/a».#? 4S#îv#*ï, «v
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, bonlevê#?! de la ,
Su France, les communications sont reçue* savoir :
A Marseille, cher M. Gustave* ALLARD, rae du BsÊnssèt, 4 ;
A Paris, ehex MM. ÀUDBOURG et C‘«, place de la Bonne, 10,
Et par lenrs correspondants.
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion dos annonces légales, judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrat»
■■ - VU ’ lîi-i !, CM--\Î1 W||
Alger, le 3 Novembre 1885.
Le RADICAL
Hivernage et 1. Guillemin
Bnûn nous connaissons le véritable mo
bile auquel le maire d’Alger a obéi, en
inventant le choléra d’Alger,et en le dénon
çant urbi et orbi.
M. 1 Guillemin ne veut pas voir augmenter
les beefteacks et entend acheter, tout l’hi
ver, petits pois et asperges dans les prix
doux.
C’est du moins ce que nous dévoile le
Radical algérien, daus un article intitulé
lés 128 signatures, et consacré à la défense
du chef de notre municipalité. Les argu
ments qu’il développe sont aussi étonnants
que la cause dont il s’est chargé.
Tout d’abord notre confrère nie que la
proclamation du choléra à Alger puisse
avoir une action sur l’hivernage et la venue
des étrangers.
c Est-ce que déjà, dit-il, l’au passé, les
étrangers n’ont pas fait défaut ? »
O Radical, vous avez la mémoire courte,
far vous oubliez que si, en effet, la dernière
Saison d’hiver a été manquée pour l’Algé
rie, le motif était précisément le même que
celui auquel on devra, cette année,un résul
tat identique: îe bruit fait autour de l'épidé
mie d'Oran.
Cepeudant, surtout dans les pays qui
fournissent les plus gros appoints à l’immi
gration hivernale,on n’ignorait pasqu’Aiger
est à 400 kilomètres d’Oran et l’on savait de
plus que l’épidémie avait été, dés le début,
localisée dans sou berceau.
N’importe, cela a suffi pour mettre Alger
à l’index, et il ne faudrait pas se livrer à
une enquête bien longue pour constater que
de nombreuses villas déjà retenues, ont été
décommandées aussitôt que les premiers
bruits du fléau sont parvenus en Europe.
Da ces faits patents, le Radical, suivant
l’habitude de la maison, ne tient aucun
Compte ; il préfère, c’est plus commode, re
jeter la responsabilité de l’abstention des
bivernours sur une partie de la population.
« Tout le monde, continue notre confrère,
sait ici que les étrangers qui venaient cher
cher notre beau soleil d’Afrique, ont ex
primé souvent leur mécontentement de se voir
exploités sans scrupule et d’être obligés
de lutter continuellement contre l’avidité de
propriétaires et de fournisseurs. »
C'est donc bien fait, tant pis pour eux, ils
n’ont que ce qu’ils méritent ces vils et mé
prisables bourgeois. Toutefois, ajoute ie
Radical :
« On comprend que les spéculateurs, par
ticulièrement intéressés à la présence des
étrangers, soient déçus dans leur espoir de
les exploiter encore. »
Que dis-tu, ami lecteur, de cette singu
lière argumentation ? Et, pourtant, ce n’est
rien à côté de la thèse qui va être soutenue,
à savoir que l’absence d’étrangers etd plutôt
un bien qu’un mal. Si la chose n’était pas
écrite tout au long, si nous n’avions pas le
Radical sous les yeux, nous ne croirions
pas à cette énormité.
« Mais, à côté d’eux (les spéculateurs in
téressés), la masse de la population n’a-t-
elle pas alors à supporter le prix surélevé
des denrées et des objets de consomma
tion ?
» Pour quelques -uns qui gagnent beaucoup,
combien de travailleurs, de familles pauvres
ont à souffrir- »
Conséquemment, comme les intérêts de
ces masses doivent passer avant ceux de
quelques particuliers peu intéressants, si
M. Guillemin a tué, cette année, la saison
d’hiver, il a rendu service à la population
d’Alger et a droit à une récompense civique.
De là à conclure que ce fait a été prémé
dité, il n’y a qu’un pas. Une foule d’établis
sements seront ruinés et conduits à la fail
lite. Qu’importe ! Les morceaux de viande
de choix, le poisson de luxe, les petits pois
et ies asperges n’augmenteront pas. Hosan-
nah ! Gloire à M. Guillemin ! qui, n’ayant
aucun intérêt dans la ville, n’a pas à se
préoccuper d’autre chose que de ce qui le
touche personnellement et, entre autres, de
bien manger à peu de frais.
Nous voudrions voir ce que diraient et ce
que feraient les Niçois, si oa leur tenait un
semblable raisonnement,
Maintenant, faut-il répondre aux théories
économiques du Radical, démontrer que
l’argent importé dans le pays et qui n’eu
sort plus, n’améliore pas seulement le sort
de ceux qui le reçoivent directement, mais
qu’il contribue au bien-être, à ia prospérité
de tou3 en se répandant partout ?
Le propriétaire qui a biea loué sa villa
pendant l’hiver, n’hésite pas à faire des ré
parations ou à bâtir encore.
Les chefs d’établissements, les commer
çants qui ont fait de bonnes affaires, font
des dépenses, le travail et le commerce
marchent au lieu de demeurer dans le ma
rasme. Indirectement, et plus ou moins,
chacun profita de ce supplément de ri
chesse.
La belle affaire que les denrées demeurent
bon marché, si les bourses sont trop à sec
pour pouvoir les acheter !
En se plaçant au point de vue du Radi
cal, il faudrait, pour empêcher renchérisse
ment des dentées, interdire l’exportation.
N’ayant plus qu’Alger pour débouché, les
maraîchers seraient bientôt réduits à la
misère, mais les primeurs se donneraient
presque pour rien.
Oa ne discute pas de semblables erreurs
économiques.
A la suite d’un article injurieux paru dans
le Sud Oranais contre M. Viviani père,
agent d’affaires à Bel-Abbès, M. Viviani
fils a demandé réparation à M. Boulet, au
teur de l’article-.Une remontre a été décidée,
et M. Boulet a reçu un coup d’épée dans le
bas-ventre.
X
La Compagnie de l’Ouest-Algérien a
l’honneur d’informer le public que le ser
vice de marchandises de grande et de petite
vitesse, pour au-delà de Si-Slissen, a été
repris le lundi, 2 novembre 1885.
X
Le premier numéro de la Petite revue
Algérienne vient de paraître à Bône et déjà
cette publication a reçu le meilleur accueil
de la part des personues qui s’intéressent
non-seulement aux questions algériennes,
mais encore au mouvement littéraire
X
Vendredi dernier, un déraillement s’est
produit sur la ligne Bônc-Guelma et de
Millésimo.
Aucun accident de personnes.
Seuls plusieurs wagons de marchandises
ont été renversés.
Aujourd'hui, grâce à l’activité du person
nel de la ligne, la circulation est complète
ment rétablie.
X
On annonce comme probable le retour du
général Boulanger à Tunis, où cet officiel
générai séjournera jusqu’au moment pro«
chain où il sera appelé au commandement
d'un corps d’armée, à Amiens.
X
Le Gouverneur générai vient d’adresser
des instructions aux préfets des trois dépar
tements, au sujet de la révocation des ad
joints et des membres français des commis
sions municipales.
X
L’adjudication des travaux du port de*
Bône évalués à 9,100,000 francs est fixée au
19 décembre prochain.
X
On vient d’afficher l’arrêté prononçant
l’expropriation pour cause d’utilité publique
avec prise de possession d’urgence des ter
rains nécessaires à la construction du che
min de fer dans la traversée des communes
de Bougie et de Fenaïa.
X
Le seize novembre prochain il sera procé
dé, à ia mairie de la communs, mixte d’Ak-
bou, à la vente de la récolte des oliviers da
tous les lots disponibles du village de Sed-
douk.
X
M. Clermont, maire d’Akbou, sera pour
suivi prochainement en police correction
nelle, pour s’être opposé au vote de M. Ben
Ali qui se présentait au scrutin avec un ju
gement du juge suppléant de cette localités
X
Nous apprenons que la Compagnie de
l’Est Algérien va incessamment commencer
ies travaux de la station de Sidi-Aïch. Ces
bâtiments, en attendant l’achèvement de 1%
mise en exploitation de la ligne, serviront à
installer l’ingénieur et le personnel chargés:
de la construction.
X
Le bruit court qu’à la suite de l’enquête
faite par l’avocat général Dandonneau, le
procureur de la République de Batna, M.
G uilhon, serait relevé de ses fonctions.
RONIOUE AGR
Il y a quelques jours, constatant l’état
atmosphérique qui régnait, à Alger, nous
disions que les labours se feraient dans
d’excellentes conditions. Nous augurions
bien.
En effet, les nouvelles qui nous parvien
nent de plusieurs villes de l’intérieur pré
sentent la situation agricole sous un jour
excellent.
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 35.
LES
PAR
L ÜACOTet G. PIUBIL (I)
PREMIÈRE PARTIE
LES DEUX TESTAMENTS
Or, Pierre Yarades portait un nom très
Simple ; on ne lui connaissait point de fa
mille en vue, d’alliances élevéès, et s’il était
toujours élégant dans sa mise, sa vie était
des plus simples.
Pierie, aux yeux des mères, belles-mères,
tuteurs et pères, ne pouvait donc être classé
dans les bons partis. Il demeurait un jeune
homme sans conséquence et c’est comme tel
qu’ii était classé par Mme de Nantrey.
Restait donc Mlle Berthe de Nantrey, et le
magistrat avait été obligé de reconnaître que
les deux jeunes gens dansaient aussi sou
vent ensemble que les convenances le per
mettaient, et que, de plus, si Pierre Y^ara-
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
VU traité avec la Société de* Geni de Lettre*.
( M
des recherchait souvent dans le monde sa
conversation, à lut, homme d’un certain
âge, ce devait être moins pour le charme
qu’il y pouvait, trouver que tout simplement
parce qu’il était l’heureux père d’une belle
et pure jeune, fille.
Et ceta ne lui avait point déplu, et il n’a
vait point fait mauvais accueil à Pierre, une
fois ces déductions obtenues.
— Vous allez donc partir, mou jeune ami,
lui dit-il, et pour combien de temp ; . ?
— Pour trois mois sans doute, je suis at
taché en qualité d’officier d’ordonnance à la
personne, du général de Brétlgriy, qui com
mande le dixième corps, et je dois aller
le trouver demain à Tours; de là je ne sais
où je vais, car j’ignore encore où auront lieu
les grandes manœuvres.
— De sorte que vous ne savez point quand
vous serez de retour à Paris?
— Je l’ignore absolument, monsieur.
— Et nous regrettons Paris, jeune homme?
ajouta M. de Nantrey avec une pointe de
raillerie, la ville, aux plaisirs montés, aux
amours faciles, la ville de la jeunesse.
— Pierre secoua tristement la tête.
— Je ne regrette point Paris pour cela,
dit-il avec émotion; ma vie n’est guère sem
blable à celle des jeunes gens de mon âge.
Je n’aime pas ce que les autres aiment, je
n’aime pas ce que l’on est convenu d’appe
ler le plaisir. Je n’ai pas la sotte prétention
de blâmer ceux qui s’amusent, mais ma vie
est ailleurs, et je dois avant tout me préoc
cuper dé mon avenir. J’âime mon métier,
d’ailleurs, j’aime le travail ; aussi vous com-
rw n ti ’ i i inm t '
prendrez, monsieur, que ce n’est pas ce que
vous avez dk tout à l’heure qui m'attache
à Paris
— Bien, bien, jeune homme. Ne vous dé
fendez pas d’aimer le travail. C est une ra
reté, mais une rareté permise. Ce n’est pas
défendu et je ne vous en veux pas de cette
gravité un pèu sévère et d’un autre âge....
Mme de Nantrey et ma fille seront aux re
grets, continua-t-il après une, pause, de ne
point s’être trouvées ici pour recevoir vos
adieux. Mais j’y songe, vous pouvez aller
leur présenter vos devoirs. Je vais vous
charger d’une mission spéciale auprès d’el
les.
Pierre devint très rouge. Mais M.de Nan
trey détourna les yeux et ne parut point
s’apercevoir de son embarras.
— Ma femme et ma fille, continua-t-il,
sont à l’Opèra. Au moment de les accompa
gner, j’ai été retenu ici par une importante
affaire. Je veux continuer à la travailler, à
pousser plus avant encore mes recherches,
et il m’est impossible d’aller les reprendre.
Voulez-vous ou pouvez-vous ?
Pierre ne put retenir une exclamation de
joie.
— Avec plaisir, s’écria-t-il, je suis tout à
vos ordres.
M. de Nantrey sourit.
— Vous allez donc aller à l’Opéra, et vous
m’excuserez auprès de ces dames Vous di
rez mes regrets, que vous m’avez vu tout au
travail, et en même temps vous ferez vos
adieux et vous prendrez congé de Mme de
Nantrey, après avoir reconduit ma femme et
ma fille à leur voiture.
Le jeune officier se confondit en remercie-,
menis.
— Allez ! lui dit le magistrat, je ne veux
pas vous priver de la Bénédiction des Poi
gnards-, allez, et bonne chance! Et n’ou
bliez pas, mon jeune ami, de venir nous
voir à votre retour
Pierre ne se ie fit pas dire deux fois. II
prit précipitamment congé de M. de Nan
trey, se jeta dans une voiture qui passait
juste à point devant la porte et se dirigea
vers la rue Le Peietier, après avoir crié
d’une voix joyeuse au cocher :
— Vivement, à l’Opéra !
Ç’avait été pour lui un véritable crève-
cœur de ne point trouver, rue du Faubourg-
Saint-Honoré, Mme de Nantrey et sa telle--
fille.
Depuis plus d’un an, Pierre Varades avait
été obligé de s’avouer à lui-même qu’il ado
rait Mlle de Nantrey. Deux regards échan
gés avaient décidé de ces deux existences»
Il n’en faut pas plus.
Mlle Berthe de Nantîty avait reconnu, de*
son côte, qu’elle ne s’amusait plus au bal
lorsque M. Varades ne s’y trouvait point*
Elle le cherchait des yeux, le suivait dan»
la foule et songeait à lui plus qu’elle n$
l’eût voulu elle-même. Mais on n’est point
toujours maître de sa pensée, et lorsque la
jeune fille avait voulu réagir, le mal était
fait et elle se trouva sans force, pour chasset
-un amour qui s’était infiltré dans son cçbîUI
sans qu’elle s’en doutât.
D'ALU K H
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Première année. — N* 111.
numéro
DK POT
SS oentimeis. /
EGAL
Mercredi, 4
novembre 1885.
ABONNEMENTS :
Trois Eaois Six mois
Algérie 4.50 O
Franck 6 *3
ADMINISTRATION ET RÉDUCTION :
18
34
Rne de la Marice, n* 9 , ancien hôtel Bazin.
Tontes les sommnnic&tions relatives &ox aau» 0 E«« et rtî/a».#? 4S#îv#*ï, «v
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, bonlevê#?! de la ,
Su France, les communications sont reçue* savoir :
A Marseille, cher M. Gustave* ALLARD, rae du BsÊnssèt, 4 ;
A Paris, ehex MM. ÀUDBOURG et C‘«, place de la Bonne, 10,
Et par lenrs correspondants.
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion dos annonces légales, judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrat»
■■ - VU ’ lîi-i !, CM--\Î1 W||
Alger, le 3 Novembre 1885.
Le RADICAL
Hivernage et 1. Guillemin
Bnûn nous connaissons le véritable mo
bile auquel le maire d’Alger a obéi, en
inventant le choléra d’Alger,et en le dénon
çant urbi et orbi.
M. 1 Guillemin ne veut pas voir augmenter
les beefteacks et entend acheter, tout l’hi
ver, petits pois et asperges dans les prix
doux.
C’est du moins ce que nous dévoile le
Radical algérien, daus un article intitulé
lés 128 signatures, et consacré à la défense
du chef de notre municipalité. Les argu
ments qu’il développe sont aussi étonnants
que la cause dont il s’est chargé.
Tout d’abord notre confrère nie que la
proclamation du choléra à Alger puisse
avoir une action sur l’hivernage et la venue
des étrangers.
c Est-ce que déjà, dit-il, l’au passé, les
étrangers n’ont pas fait défaut ? »
O Radical, vous avez la mémoire courte,
far vous oubliez que si, en effet, la dernière
Saison d’hiver a été manquée pour l’Algé
rie, le motif était précisément le même que
celui auquel on devra, cette année,un résul
tat identique: îe bruit fait autour de l'épidé
mie d'Oran.
Cepeudant, surtout dans les pays qui
fournissent les plus gros appoints à l’immi
gration hivernale,on n’ignorait pasqu’Aiger
est à 400 kilomètres d’Oran et l’on savait de
plus que l’épidémie avait été, dés le début,
localisée dans sou berceau.
N’importe, cela a suffi pour mettre Alger
à l’index, et il ne faudrait pas se livrer à
une enquête bien longue pour constater que
de nombreuses villas déjà retenues, ont été
décommandées aussitôt que les premiers
bruits du fléau sont parvenus en Europe.
Da ces faits patents, le Radical, suivant
l’habitude de la maison, ne tient aucun
Compte ; il préfère, c’est plus commode, re
jeter la responsabilité de l’abstention des
bivernours sur une partie de la population.
« Tout le monde, continue notre confrère,
sait ici que les étrangers qui venaient cher
cher notre beau soleil d’Afrique, ont ex
primé souvent leur mécontentement de se voir
exploités sans scrupule et d’être obligés
de lutter continuellement contre l’avidité de
propriétaires et de fournisseurs. »
C'est donc bien fait, tant pis pour eux, ils
n’ont que ce qu’ils méritent ces vils et mé
prisables bourgeois. Toutefois, ajoute ie
Radical :
« On comprend que les spéculateurs, par
ticulièrement intéressés à la présence des
étrangers, soient déçus dans leur espoir de
les exploiter encore. »
Que dis-tu, ami lecteur, de cette singu
lière argumentation ? Et, pourtant, ce n’est
rien à côté de la thèse qui va être soutenue,
à savoir que l’absence d’étrangers etd plutôt
un bien qu’un mal. Si la chose n’était pas
écrite tout au long, si nous n’avions pas le
Radical sous les yeux, nous ne croirions
pas à cette énormité.
« Mais, à côté d’eux (les spéculateurs in
téressés), la masse de la population n’a-t-
elle pas alors à supporter le prix surélevé
des denrées et des objets de consomma
tion ?
» Pour quelques -uns qui gagnent beaucoup,
combien de travailleurs, de familles pauvres
ont à souffrir- »
Conséquemment, comme les intérêts de
ces masses doivent passer avant ceux de
quelques particuliers peu intéressants, si
M. Guillemin a tué, cette année, la saison
d’hiver, il a rendu service à la population
d’Alger et a droit à une récompense civique.
De là à conclure que ce fait a été prémé
dité, il n’y a qu’un pas. Une foule d’établis
sements seront ruinés et conduits à la fail
lite. Qu’importe ! Les morceaux de viande
de choix, le poisson de luxe, les petits pois
et ies asperges n’augmenteront pas. Hosan-
nah ! Gloire à M. Guillemin ! qui, n’ayant
aucun intérêt dans la ville, n’a pas à se
préoccuper d’autre chose que de ce qui le
touche personnellement et, entre autres, de
bien manger à peu de frais.
Nous voudrions voir ce que diraient et ce
que feraient les Niçois, si oa leur tenait un
semblable raisonnement,
Maintenant, faut-il répondre aux théories
économiques du Radical, démontrer que
l’argent importé dans le pays et qui n’eu
sort plus, n’améliore pas seulement le sort
de ceux qui le reçoivent directement, mais
qu’il contribue au bien-être, à ia prospérité
de tou3 en se répandant partout ?
Le propriétaire qui a biea loué sa villa
pendant l’hiver, n’hésite pas à faire des ré
parations ou à bâtir encore.
Les chefs d’établissements, les commer
çants qui ont fait de bonnes affaires, font
des dépenses, le travail et le commerce
marchent au lieu de demeurer dans le ma
rasme. Indirectement, et plus ou moins,
chacun profita de ce supplément de ri
chesse.
La belle affaire que les denrées demeurent
bon marché, si les bourses sont trop à sec
pour pouvoir les acheter !
En se plaçant au point de vue du Radi
cal, il faudrait, pour empêcher renchérisse
ment des dentées, interdire l’exportation.
N’ayant plus qu’Alger pour débouché, les
maraîchers seraient bientôt réduits à la
misère, mais les primeurs se donneraient
presque pour rien.
Oa ne discute pas de semblables erreurs
économiques.
A la suite d’un article injurieux paru dans
le Sud Oranais contre M. Viviani père,
agent d’affaires à Bel-Abbès, M. Viviani
fils a demandé réparation à M. Boulet, au
teur de l’article-.Une remontre a été décidée,
et M. Boulet a reçu un coup d’épée dans le
bas-ventre.
X
La Compagnie de l’Ouest-Algérien a
l’honneur d’informer le public que le ser
vice de marchandises de grande et de petite
vitesse, pour au-delà de Si-Slissen, a été
repris le lundi, 2 novembre 1885.
X
Le premier numéro de la Petite revue
Algérienne vient de paraître à Bône et déjà
cette publication a reçu le meilleur accueil
de la part des personues qui s’intéressent
non-seulement aux questions algériennes,
mais encore au mouvement littéraire
X
Vendredi dernier, un déraillement s’est
produit sur la ligne Bônc-Guelma et de
Millésimo.
Aucun accident de personnes.
Seuls plusieurs wagons de marchandises
ont été renversés.
Aujourd'hui, grâce à l’activité du person
nel de la ligne, la circulation est complète
ment rétablie.
X
On annonce comme probable le retour du
général Boulanger à Tunis, où cet officiel
générai séjournera jusqu’au moment pro«
chain où il sera appelé au commandement
d'un corps d’armée, à Amiens.
X
Le Gouverneur générai vient d’adresser
des instructions aux préfets des trois dépar
tements, au sujet de la révocation des ad
joints et des membres français des commis
sions municipales.
X
L’adjudication des travaux du port de*
Bône évalués à 9,100,000 francs est fixée au
19 décembre prochain.
X
On vient d’afficher l’arrêté prononçant
l’expropriation pour cause d’utilité publique
avec prise de possession d’urgence des ter
rains nécessaires à la construction du che
min de fer dans la traversée des communes
de Bougie et de Fenaïa.
X
Le seize novembre prochain il sera procé
dé, à ia mairie de la communs, mixte d’Ak-
bou, à la vente de la récolte des oliviers da
tous les lots disponibles du village de Sed-
douk.
X
M. Clermont, maire d’Akbou, sera pour
suivi prochainement en police correction
nelle, pour s’être opposé au vote de M. Ben
Ali qui se présentait au scrutin avec un ju
gement du juge suppléant de cette localités
X
Nous apprenons que la Compagnie de
l’Est Algérien va incessamment commencer
ies travaux de la station de Sidi-Aïch. Ces
bâtiments, en attendant l’achèvement de 1%
mise en exploitation de la ligne, serviront à
installer l’ingénieur et le personnel chargés:
de la construction.
X
Le bruit court qu’à la suite de l’enquête
faite par l’avocat général Dandonneau, le
procureur de la République de Batna, M.
G uilhon, serait relevé de ses fonctions.
RONIOUE AGR
Il y a quelques jours, constatant l’état
atmosphérique qui régnait, à Alger, nous
disions que les labours se feraient dans
d’excellentes conditions. Nous augurions
bien.
En effet, les nouvelles qui nous parvien
nent de plusieurs villes de l’intérieur pré
sentent la situation agricole sous un jour
excellent.
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 35.
LES
PAR
L ÜACOTet G. PIUBIL (I)
PREMIÈRE PARTIE
LES DEUX TESTAMENTS
Or, Pierre Yarades portait un nom très
Simple ; on ne lui connaissait point de fa
mille en vue, d’alliances élevéès, et s’il était
toujours élégant dans sa mise, sa vie était
des plus simples.
Pierie, aux yeux des mères, belles-mères,
tuteurs et pères, ne pouvait donc être classé
dans les bons partis. Il demeurait un jeune
homme sans conséquence et c’est comme tel
qu’ii était classé par Mme de Nantrey.
Restait donc Mlle Berthe de Nantrey, et le
magistrat avait été obligé de reconnaître que
les deux jeunes gens dansaient aussi sou
vent ensemble que les convenances le per
mettaient, et que, de plus, si Pierre Y^ara-
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
VU traité avec la Société de* Geni de Lettre*.
( M
des recherchait souvent dans le monde sa
conversation, à lut, homme d’un certain
âge, ce devait être moins pour le charme
qu’il y pouvait, trouver que tout simplement
parce qu’il était l’heureux père d’une belle
et pure jeune, fille.
Et ceta ne lui avait point déplu, et il n’a
vait point fait mauvais accueil à Pierre, une
fois ces déductions obtenues.
— Vous allez donc partir, mou jeune ami,
lui dit-il, et pour combien de temp ; . ?
— Pour trois mois sans doute, je suis at
taché en qualité d’officier d’ordonnance à la
personne, du général de Brétlgriy, qui com
mande le dixième corps, et je dois aller
le trouver demain à Tours; de là je ne sais
où je vais, car j’ignore encore où auront lieu
les grandes manœuvres.
— De sorte que vous ne savez point quand
vous serez de retour à Paris?
— Je l’ignore absolument, monsieur.
— Et nous regrettons Paris, jeune homme?
ajouta M. de Nantrey avec une pointe de
raillerie, la ville, aux plaisirs montés, aux
amours faciles, la ville de la jeunesse.
— Pierre secoua tristement la tête.
— Je ne regrette point Paris pour cela,
dit-il avec émotion; ma vie n’est guère sem
blable à celle des jeunes gens de mon âge.
Je n’aime pas ce que les autres aiment, je
n’aime pas ce que l’on est convenu d’appe
ler le plaisir. Je n’ai pas la sotte prétention
de blâmer ceux qui s’amusent, mais ma vie
est ailleurs, et je dois avant tout me préoc
cuper dé mon avenir. J’âime mon métier,
d’ailleurs, j’aime le travail ; aussi vous com-
rw n ti ’ i i inm t '
prendrez, monsieur, que ce n’est pas ce que
vous avez dk tout à l’heure qui m'attache
à Paris
— Bien, bien, jeune homme. Ne vous dé
fendez pas d’aimer le travail. C est une ra
reté, mais une rareté permise. Ce n’est pas
défendu et je ne vous en veux pas de cette
gravité un pèu sévère et d’un autre âge....
Mme de Nantrey et ma fille seront aux re
grets, continua-t-il après une, pause, de ne
point s’être trouvées ici pour recevoir vos
adieux. Mais j’y songe, vous pouvez aller
leur présenter vos devoirs. Je vais vous
charger d’une mission spéciale auprès d’el
les.
Pierre devint très rouge. Mais M.de Nan
trey détourna les yeux et ne parut point
s’apercevoir de son embarras.
— Ma femme et ma fille, continua-t-il,
sont à l’Opèra. Au moment de les accompa
gner, j’ai été retenu ici par une importante
affaire. Je veux continuer à la travailler, à
pousser plus avant encore mes recherches,
et il m’est impossible d’aller les reprendre.
Voulez-vous ou pouvez-vous ?
Pierre ne put retenir une exclamation de
joie.
— Avec plaisir, s’écria-t-il, je suis tout à
vos ordres.
M. de Nantrey sourit.
— Vous allez donc aller à l’Opéra, et vous
m’excuserez auprès de ces dames Vous di
rez mes regrets, que vous m’avez vu tout au
travail, et en même temps vous ferez vos
adieux et vous prendrez congé de Mme de
Nantrey, après avoir reconduit ma femme et
ma fille à leur voiture.
Le jeune officier se confondit en remercie-,
menis.
— Allez ! lui dit le magistrat, je ne veux
pas vous priver de la Bénédiction des Poi
gnards-, allez, et bonne chance! Et n’ou
bliez pas, mon jeune ami, de venir nous
voir à votre retour
Pierre ne se ie fit pas dire deux fois. II
prit précipitamment congé de M. de Nan
trey, se jeta dans une voiture qui passait
juste à point devant la porte et se dirigea
vers la rue Le Peietier, après avoir crié
d’une voix joyeuse au cocher :
— Vivement, à l’Opéra !
Ç’avait été pour lui un véritable crève-
cœur de ne point trouver, rue du Faubourg-
Saint-Honoré, Mme de Nantrey et sa telle--
fille.
Depuis plus d’un an, Pierre Varades avait
été obligé de s’avouer à lui-même qu’il ado
rait Mlle de Nantrey. Deux regards échan
gés avaient décidé de ces deux existences»
Il n’en faut pas plus.
Mlle Berthe de Nantîty avait reconnu, de*
son côte, qu’elle ne s’amusait plus au bal
lorsque M. Varades ne s’y trouvait point*
Elle le cherchait des yeux, le suivait dan»
la foule et songeait à lui plus qu’elle n$
l’eût voulu elle-même. Mais on n’est point
toujours maître de sa pensée, et lorsque la
jeune fille avait voulu réagir, le mal était
fait et elle se trouva sans force, pour chasset
-un amour qui s’était infiltré dans son cçbîUI
sans qu’elle s’en doutât.
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