Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-10-28
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 28 octobre 1885 28 octobre 1885
Description : 1885/10/28 (A1,N104). 1885/10/28 (A1,N104).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t5432393
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
N° 104.
I
‘MEPËGTUitâ Ü'ALGEfe
Première année.
DEPOT
ii.ijjaaéï'O S Ofmtixuhe®. ^
E G A L
Mercredi, 28 octobre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
A.LffÊRTR. . .
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois
. ........ 4.50 O
Un an
«s
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les eommnnicatlons relatives anx snnnosî®s et réclsses «ait sa?* s®
Algérie, être adressées à l’AGBNCH HAVAS, boulevard de la Képnbiiqu«, AUcsc*
En France, les communications sont raines savoir :
A Marssills, chex M. Güstavk ALLARD, rae du Dausset, A ;
A Paris, chex MM. AUDBOURG et G 1 », place de la Bourse, 10,
P «ANC?? .
... .. 6 fi2
24
,
Si psr Iôïiïs corrospoadaBis*
La DÉPÊCHE ALG-ÉB1ENNE est désignée pour l’Insertion des annonces légales, Judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et oontrats.
Alger, le 27 Octobre 1885.
1 HABlAëF FRIKSIER
Oq fait beaucoup moins de bruit aujour
d’hui autour du mariage des princes, qu’on
en faisait autrefois, mais on en fait encore
trop.
Nous ne sommes pius au temps -- et c’est
fort heureux — où le ministère avait à se
préoccuper du mariage des fils ou des filles
du roi : chercher des alliances dans les
grandes familles souveraines, parce qu’on
prétendait que le sort des peuples y était
engagé.
Les peuples ne sont plus intéressés à ces
choses-là. X! leur importa peu que les chefs
d’Etat se marient eu Espagne ou en Allle-
magne, et les Français avec le gouvernement
républicain moins que les autres.
Qu’est-ce que cela peut nous faire que la
fille du duc de Chartres épouse un prince
danois ?
Pas pius asssurément que tout autre ma
riage entre un Danois quelconque et une
Française. Au point de vue politique, le
mariage du prince Waldemar avec la prin
cesse Marie ne peut exercer aucune infLuen-
ce sur nos destinées, puisque lef père de la
jeune mariée n’est en définitive qu’un simple
colonel en disponibilité.
Je n’aime pas les Françaises qui vont
chercher leurs maris à l'étranger. Je sais
que c’est l'usage dans nos familles prin-
cières, parce qu’elles craindraient de déro
ger en s’alliant à un citoyen français, fût-il
le plus éminent, qui n’appartiendrait pas à
une famille souveraine. Mais le préjugé
stupide de gens qui croient être d’une es
sence supérieure ne peut être l’objet de mon
admiration.
Tel n'est pas l’avis cependant de M. Kœ-
ciin-Schwartz, maire d’un arrondissement
de Paris dans lequel a été célébré ces jours
derniers le mariage de la fille du duc de
Chartres.
En plein Paris et sous un gouvernement
républicain égalitaire, le Maire, chargé de
procéder au mariage civil, a fait une dis
tinction entre la fille d’un prince d'Orléans
épousant un étranger et la fille d’un bour
geois épousant un Français. Pour la pre
mière,il a. fait décorer la Mairie et a présidé
la cérémonie, assisté de ses trois adjoints.
Il ne l’avait jamais fait pour la fille d’uu
ouvrier. Serait-il vrai que les citoyens ne
fussent pas égaux?
Enfin, passons sur le cérémonial. Mais M.
Kœclin-Schwartz n’a-t-il pas dépassé les
bornes, quand, dans l’allocution qu’il a cru
devoir adresser aux nouveaux époux, il a
cru pouvoir les entretenir des relations poli
tiques excellentes qui existent entre les Da-
nemarck et la France ?
N'a-t-il pas dépassé les bornes encore,
quand il a dit adieu à la nouvelle mariée au
nom de la France?
Il n’avait môme pas le droit de la faire au
nom du huitième arrondissement de Paris.
«waaaasgasatw*— " ——— j
ïefonatloHS algérleises
La troisième session ordinaire des assises
s’ouvrira à Oran au Palais de Justice, rue de
ia Moekowa, le 16 novembre, à une heure
de l’après-midi, sous la présidence de M.
Hugues, conseiller à la Cour, ayant comme
assesseurs MM. Patrimonio et Piamajou,
juges au tribunal d'Oran.
X
La convention intervenue entre l’Etat et
la Compagnie Franco-Algérienne, pour la
construction de la ligne Mostaganem-Tiaret
porte que les travaux devront commencer
dans le délai de six .mois à dater de la
promulgation de la dite convention. Or,
cette promulgation a eu lieu le 20 avril der
nier, le délai expire donc le 20 octobre cou
rant.
Il serait temps de commencer.
X
Par décision ministérielle, M le chef d’es
cadron d’artillerie Delay, commandant le
parc d’artillerie de La Goulette, a été dési
gné pour occuper l’emploi de sous-directeur
à Toulouse.
X
On nous annonce qu’enfin les projets du
deuxième lot du chemin de 1er de Bougie à
Beni-Ma.nsour,partie comprise entre la Réu
nion et Ei-Kseur, sont revenus approuvés
et que la comnagnie a confié les travaux à
M. Florian Fabre, qui déjà a exécuté ceux
du premier lot.
Ces travaux seront bientôt entrepris et
ceux des autres sections suivront sans in
terruption.
X
Nous apprenons que la quarantaine de
trois jours qui avait été imposée aux prove
nances de Tunis a été supprimée. Nous
sommes heureux de cette décision, car le
choléra n’avait jamais été à Tunis.
X
Par arrêté du Gouverneur général, M.
Grasset (Paulin-Fracçois-Gastoo), bachelier
ès-lettres, a été nommé adjoint stagiaire
dans la commune mixte d’Ammi-Moussa
(département d’Orarr), en remplacement de
M. Hoveit, démissionnaire.
M. Arnous Rivière a reçu deux blessures,
une à l’aine, l’autre au poignet. Une des
deux est assez sérieuse.
M. Finat a été légèrement touché à la
main et au genou.
H ♦" 1 ■ 1
L'intempestive communication cholérique
de M. Guillemin a produit son effet.
Si à Alger, elle a affolé nombre.de gens et
fait télégraphier à l’étranger que l’épidémie
régnait en Algérie ; e.n Franco elle a eu ua
contre-coup désastreux.
Les journeaux de France qui nous arri
vent aujourd’hui s’entretiennent., dans des
notes succintes, mais des plus daugereuses*
du Choléra-Guillemin.
Le Sémaphore de Marseille fait connaî
tre à ses lecteurs dans les termes suivants,
l’existence clu fléau en Algérie ;
X
M. René Descamps, ingénieur de la Com
pagnie des chemins de fer du Sud-Algérien,
qui était allé passer quelque temps à Paris,
vient da rentrer à Constantioe.
La Compagnie des chemins de fer du Sud-
Algèrieu est la première ayant fait étudier
le tracé à voie étroite de Bougie à Sétif par
le Chabet El-Akra et la vallée de l’Oued-
Agrioun.
X
Le Gouverneur général, en raison des
pluies abondantes qui sont tombées un peu
partout eu Algérie, vient de décider la sup
pression, pour cette année, des postes-vigies
établis pour la turvri {lance des forêts.
En conséquence de celte décision, tous les
détachements de troupes qui avaient été
portés dans les forêts, viennent de recevoir
l’ordre de regagner leurs garnisons respec
tives.
X
Le 3 e bataillon du 3’ régiment de zouaves
h quitté Bougie pour se rendra à Constan-
tine par Sétif.
Une compagnie, ia 3 e est restée, pour faire
le service de la Place, en attendant l’arrivée
du bataillon qui est à Sétif et qui doit venir
tenir garnison à Bougie.
X '
MM. Hamant et Vivensant, contrôleurs
de l’armée, sont arrivés hier à Bougie, afin
de procéder à l'inspection des services mi
litaires.
X
Un duel a eu lieu le 24 octobre, à sept
heures du matin, entre M. Arnous Rivière,
rédacteur en chef de 1 ’Indépendant et M.’
Henri Finat,
« Nous apprenons que le maire d’Alger
veut absolument que le choléra sévisse sur
ses administrés. Les médecins soutiennent
qu’il n’en est rien, mais nous pouvons être
assurés que l’opinion du chef de la munici
palité d’Alger l’emportera, et qae les pro
venances de cette Ville ne tarderont pas à
être envoyées au Frioulcomme celles deTu-^
nis, où une femme juive a eu da fortes coli
ques, il y a quinze ou vingt jours. »
Avec celte note, nous pouvons être sûrs
que d'ici à trois jours, les provenances algé
riennes seront mises en quarantaine.
Un autre journal, la Lanterne do M.
Mayer, publie la stupéfiante note que voici :
« La situation sanitaire à Alger #
« Ou assure que la situation sanitaire est
» devenue excellente à Alger, où il n'y a,
» plus aucun cas de choléra. »
Sans M. Guillemin, on n’aurait jamaia
pensé à éditer une bourde aussi monumen
tale ; mais à la Lanterne on aime la nou
veauté. Da là, cetta déclaration pour le
moins étonnante.
Enfin, l’Agence H *vas nous a fait con
naître hier, que les provenances d’Algérie
étaient mises en quarantaine à leur arrivée
à Constantinople.
Bon Guillemin ! les commerçants doivent
porter dans leur cœur ce maire épidémique
quand même.
Quelques journaux da France sont restés
cependant dans la note, mais c'est l’excep
tion.
Tous ou presque tous font ou feront urr
tort considérable à la colonie en donnant
une publicité fâcheuse à l’invention du
Maire d’Alger.
M. Guillemin doit être content ; on parle:
de lui en France et on en parle beaucoup.
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 31.
LES
PAR
Â. RAGOT et G. PMBEL (1)
PREMIÈRE PARTIE
LES DEUX TESTAMENTS
— Comment ! il n’y a rien à savoir !
s’écria Bouvreuil tout étonné et contrarié.
Comment, il n’y a rien à savoir ! Vous ve
nez me réveiller la nuit pour me faire jaser,
et. vous me dites ensuite que vous n’avez
rien à me dire ! tSÜËS
Mais j’espère bien au contraire que vous
allez me dire d’où vient cet argent, qui me
le fait parvenir.
— Je ne puis dit Kernoch ; tout ce que je
puis vous apprendre, c’est que cet argent
vient d’un mort.
Alcide, à ce dernier mot, fit un bond dans
son lit. La frayeur venait de le reprendre.
(1) Reproduction interdite aux journaux qui n’ont
ç&l traité avec la Société des Gens de Lettres.
Il regarda son interlocuteur avec de gros
yeux effarés, en répétant à part lui :
— Mon Dieu ! que je regrette donc d’être
venu eu Bretagne ! L’argent d’un mort. Me
voilà chargé tous les six mois de l’argent
d’un mort. Et comment est-il mort, ce
mort? Vous verrez qu’au milieu de tout cela
je finirai par être compromis et qu’il m’en
cuira.
Il se voyait déjà, le pauvre garçon, con
damné comme assassin et. subissant des
peines épouvantables, car, l’imagination' du
pauvre Bouvreuil une fois partie, rien ne
pouvait, pius l’arrêter.
— Eh bien ! fit le meneur de loups
après un long silence qu’Aleide avait em
ployé à se faire toutes ces réflexions, qu’a
vez-vous ? vous ne dites plus rien. Je ne
puis cependant parler davantage. Qu’il vous
suffise de savoir que l’argent que touche
votre ami Pierre par votre entremise ne
provient pas d'une source impure. Sans ce
la, le père Kernoch, vous pouvez vous le
jurer à vous-même, n’en serait point le dé
positaire. Cela vous suffit-il ?
— Dame, répliqua Bouvreuil, il faut bien
que je m’eu contente, puisque je ne sanrai
rien de plus. Seulement, c’est un peu court,
vous pouvez bien l’avouer.
— Tout ça, je vous le répète aussi, c’est
pas votre affaire. Occupez-vous simplement
de votre ami, puisque vous dites que vous
l’aimez de tout votre cœur.
— Oui, de tout mou cœur.
Puis, comme le sentiment personnel du
timoré reprenait aussitôt le dessus.
— Etes-vous bien sûr qu’il ne peut point
m’arriver de désagrément ?
— Ah ! misère d’homme ! dit Kernoch
d’une voix sourde, c’est donc ce que vous
appelez aimer les gens ? Vous n’avez que
frayeur, vous ne songez qu’à vous. Chétive
nature, et moi qui vous croyais un homme ?
Mais vous êtes donc incapable de faire trouer
ce qui vous sert de peau pour un ami, pour
celui que vous appelez votre frère !
Bouvreuil parut offensé.
— Vous êtes bon, là, fit-il parodiant le
fameux : « guenille si l’on veut, ma guenille
m’est chère. » Je n’ai qu’une peau, et elle
me tient au corps. N’importe, continua-t-il
en pensant à son ami, s’il fallait courir des
dangers pour Pierre, je tâcherais de les af
fronter. Mais il m’est bien permis de dire
que ce n’est pas amusant.
— Ecoutez, interrompit Kernoch en cou
pant court à ces doléances, il faut pourtant
que je puisse compter sur vous. Les instants
sont précieux, et il faut que l’argent par
vienne â Pierre ; jurez-moi que vous le lui
remettrez.
— Ah ! pour ça, oui, répliqua Alcide. Je
ne garderais pas l’argent d’un vivant, à plus
forte raison celui d’un mort.
— Je me suis dit, continua le meneur de
loups, quand je vous ai reconnu, que c’était
le bon Dieu qui vous envoyait pariei. Vous
n’étant pas à Paris, voyez-vous, il me fallait
quitter le pays, aller moi-même, et il faut
que je reste ici. Faire un voyage en ce mo
ment pour faire parvenir l’argent là-bas,
ce n’est pas possible. Il y a des choses qu’il
faut que je voie de près ici, sans que per
sonne s’en doute. Le vieux Kernoch a bon,
pied, bon œil et il voit tout il entend tout-
Et il faut qu’il veisle sur Tfémeur:
Cependant Kernoch s’ôtait levé el, d’une
large ceinture de cuir, il avait retiré des
rouleaux d’or qu’ii alignait systématique
ment sur la table de nuit à portée du lit de
Bouvreuil. Cela fait, il compta et recompta
la somme ; puis, relevant la tête, il poussa
un soupir de satisfaction.
— Là, dit il, ça y est Ma voilà hors da
peine. Vous ne savez point que ça me pe
sait. Maintenant, vous allez me jurer que
vous ne direz rien de notre entrevue à
Pierre. Il faut qu’il ignore tout C’est dans
son intérêt, c’est pour son bien bien, croyez-
moi. Si vous lui diriez la moindre chose, il
chercherait, il se creuserait la tête ; sa tran
quillité serait perdue. Peut-être un jour,
plus tard, Dieu est si boa... Et pourtant
non ! Il est des espoirs qu’on ne peut pas
garder, il y a des cœurs pires que ceux^dea
tigres. Enfin, répétez-vous à vous-même
que c’est pour le bien de Pierre et fdonnez-
moi votre parole d’honneur, jurez-moi sur
votre part de paradis que vous ne lui direz,
rien.
Alcide jura.
Kernoch allait lui tendre ia main pour la
remercier, quand tout à coup il s’arrêta et
élteignit vivement le candélabre.
(A suivre.)
*-"* 1 ■ — — 1 ,ir
I
‘MEPËGTUitâ Ü'ALGEfe
Première année.
DEPOT
ii.ijjaaéï'O S Ofmtixuhe®. ^
E G A L
Mercredi, 28 octobre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
A.LffÊRTR. . .
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois
. ........ 4.50 O
Un an
«s
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les eommnnicatlons relatives anx snnnosî®s et réclsses «ait sa?* s®
Algérie, être adressées à l’AGBNCH HAVAS, boulevard de la Képnbiiqu«, AUcsc*
En France, les communications sont raines savoir :
A Marssills, chex M. Güstavk ALLARD, rae du Dausset, A ;
A Paris, chex MM. AUDBOURG et G 1 », place de la Bourse, 10,
P «ANC?? .
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Si psr Iôïiïs corrospoadaBis*
La DÉPÊCHE ALG-ÉB1ENNE est désignée pour l’Insertion des annonces légales, Judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et oontrats.
Alger, le 27 Octobre 1885.
1 HABlAëF FRIKSIER
Oq fait beaucoup moins de bruit aujour
d’hui autour du mariage des princes, qu’on
en faisait autrefois, mais on en fait encore
trop.
Nous ne sommes pius au temps -- et c’est
fort heureux — où le ministère avait à se
préoccuper du mariage des fils ou des filles
du roi : chercher des alliances dans les
grandes familles souveraines, parce qu’on
prétendait que le sort des peuples y était
engagé.
Les peuples ne sont plus intéressés à ces
choses-là. X! leur importa peu que les chefs
d’Etat se marient eu Espagne ou en Allle-
magne, et les Français avec le gouvernement
républicain moins que les autres.
Qu’est-ce que cela peut nous faire que la
fille du duc de Chartres épouse un prince
danois ?
Pas pius asssurément que tout autre ma
riage entre un Danois quelconque et une
Française. Au point de vue politique, le
mariage du prince Waldemar avec la prin
cesse Marie ne peut exercer aucune infLuen-
ce sur nos destinées, puisque lef père de la
jeune mariée n’est en définitive qu’un simple
colonel en disponibilité.
Je n’aime pas les Françaises qui vont
chercher leurs maris à l'étranger. Je sais
que c’est l'usage dans nos familles prin-
cières, parce qu’elles craindraient de déro
ger en s’alliant à un citoyen français, fût-il
le plus éminent, qui n’appartiendrait pas à
une famille souveraine. Mais le préjugé
stupide de gens qui croient être d’une es
sence supérieure ne peut être l’objet de mon
admiration.
Tel n'est pas l’avis cependant de M. Kœ-
ciin-Schwartz, maire d’un arrondissement
de Paris dans lequel a été célébré ces jours
derniers le mariage de la fille du duc de
Chartres.
En plein Paris et sous un gouvernement
républicain égalitaire, le Maire, chargé de
procéder au mariage civil, a fait une dis
tinction entre la fille d’un prince d'Orléans
épousant un étranger et la fille d’un bour
geois épousant un Français. Pour la pre
mière,il a. fait décorer la Mairie et a présidé
la cérémonie, assisté de ses trois adjoints.
Il ne l’avait jamais fait pour la fille d’uu
ouvrier. Serait-il vrai que les citoyens ne
fussent pas égaux?
Enfin, passons sur le cérémonial. Mais M.
Kœclin-Schwartz n’a-t-il pas dépassé les
bornes, quand, dans l’allocution qu’il a cru
devoir adresser aux nouveaux époux, il a
cru pouvoir les entretenir des relations poli
tiques excellentes qui existent entre les Da-
nemarck et la France ?
N'a-t-il pas dépassé les bornes encore,
quand il a dit adieu à la nouvelle mariée au
nom de la France?
Il n’avait môme pas le droit de la faire au
nom du huitième arrondissement de Paris.
«waaaasgasatw*— " ——— j
ïefonatloHS algérleises
La troisième session ordinaire des assises
s’ouvrira à Oran au Palais de Justice, rue de
ia Moekowa, le 16 novembre, à une heure
de l’après-midi, sous la présidence de M.
Hugues, conseiller à la Cour, ayant comme
assesseurs MM. Patrimonio et Piamajou,
juges au tribunal d'Oran.
X
La convention intervenue entre l’Etat et
la Compagnie Franco-Algérienne, pour la
construction de la ligne Mostaganem-Tiaret
porte que les travaux devront commencer
dans le délai de six .mois à dater de la
promulgation de la dite convention. Or,
cette promulgation a eu lieu le 20 avril der
nier, le délai expire donc le 20 octobre cou
rant.
Il serait temps de commencer.
X
Par décision ministérielle, M le chef d’es
cadron d’artillerie Delay, commandant le
parc d’artillerie de La Goulette, a été dési
gné pour occuper l’emploi de sous-directeur
à Toulouse.
X
On nous annonce qu’enfin les projets du
deuxième lot du chemin de 1er de Bougie à
Beni-Ma.nsour,partie comprise entre la Réu
nion et Ei-Kseur, sont revenus approuvés
et que la comnagnie a confié les travaux à
M. Florian Fabre, qui déjà a exécuté ceux
du premier lot.
Ces travaux seront bientôt entrepris et
ceux des autres sections suivront sans in
terruption.
X
Nous apprenons que la quarantaine de
trois jours qui avait été imposée aux prove
nances de Tunis a été supprimée. Nous
sommes heureux de cette décision, car le
choléra n’avait jamais été à Tunis.
X
Par arrêté du Gouverneur général, M.
Grasset (Paulin-Fracçois-Gastoo), bachelier
ès-lettres, a été nommé adjoint stagiaire
dans la commune mixte d’Ammi-Moussa
(département d’Orarr), en remplacement de
M. Hoveit, démissionnaire.
M. Arnous Rivière a reçu deux blessures,
une à l’aine, l’autre au poignet. Une des
deux est assez sérieuse.
M. Finat a été légèrement touché à la
main et au genou.
H ♦" 1 ■ 1
L'intempestive communication cholérique
de M. Guillemin a produit son effet.
Si à Alger, elle a affolé nombre.de gens et
fait télégraphier à l’étranger que l’épidémie
régnait en Algérie ; e.n Franco elle a eu ua
contre-coup désastreux.
Les journeaux de France qui nous arri
vent aujourd’hui s’entretiennent., dans des
notes succintes, mais des plus daugereuses*
du Choléra-Guillemin.
Le Sémaphore de Marseille fait connaî
tre à ses lecteurs dans les termes suivants,
l’existence clu fléau en Algérie ;
X
M. René Descamps, ingénieur de la Com
pagnie des chemins de fer du Sud-Algérien,
qui était allé passer quelque temps à Paris,
vient da rentrer à Constantioe.
La Compagnie des chemins de fer du Sud-
Algèrieu est la première ayant fait étudier
le tracé à voie étroite de Bougie à Sétif par
le Chabet El-Akra et la vallée de l’Oued-
Agrioun.
X
Le Gouverneur général, en raison des
pluies abondantes qui sont tombées un peu
partout eu Algérie, vient de décider la sup
pression, pour cette année, des postes-vigies
établis pour la turvri {lance des forêts.
En conséquence de celte décision, tous les
détachements de troupes qui avaient été
portés dans les forêts, viennent de recevoir
l’ordre de regagner leurs garnisons respec
tives.
X
Le 3 e bataillon du 3’ régiment de zouaves
h quitté Bougie pour se rendra à Constan-
tine par Sétif.
Une compagnie, ia 3 e est restée, pour faire
le service de la Place, en attendant l’arrivée
du bataillon qui est à Sétif et qui doit venir
tenir garnison à Bougie.
X '
MM. Hamant et Vivensant, contrôleurs
de l’armée, sont arrivés hier à Bougie, afin
de procéder à l'inspection des services mi
litaires.
X
Un duel a eu lieu le 24 octobre, à sept
heures du matin, entre M. Arnous Rivière,
rédacteur en chef de 1 ’Indépendant et M.’
Henri Finat,
« Nous apprenons que le maire d’Alger
veut absolument que le choléra sévisse sur
ses administrés. Les médecins soutiennent
qu’il n’en est rien, mais nous pouvons être
assurés que l’opinion du chef de la munici
palité d’Alger l’emportera, et qae les pro
venances de cette Ville ne tarderont pas à
être envoyées au Frioulcomme celles deTu-^
nis, où une femme juive a eu da fortes coli
ques, il y a quinze ou vingt jours. »
Avec celte note, nous pouvons être sûrs
que d'ici à trois jours, les provenances algé
riennes seront mises en quarantaine.
Un autre journal, la Lanterne do M.
Mayer, publie la stupéfiante note que voici :
« La situation sanitaire à Alger #
« Ou assure que la situation sanitaire est
» devenue excellente à Alger, où il n'y a,
» plus aucun cas de choléra. »
Sans M. Guillemin, on n’aurait jamaia
pensé à éditer une bourde aussi monumen
tale ; mais à la Lanterne on aime la nou
veauté. Da là, cetta déclaration pour le
moins étonnante.
Enfin, l’Agence H *vas nous a fait con
naître hier, que les provenances d’Algérie
étaient mises en quarantaine à leur arrivée
à Constantinople.
Bon Guillemin ! les commerçants doivent
porter dans leur cœur ce maire épidémique
quand même.
Quelques journaux da France sont restés
cependant dans la note, mais c'est l’excep
tion.
Tous ou presque tous font ou feront urr
tort considérable à la colonie en donnant
une publicité fâcheuse à l’invention du
Maire d’Alger.
M. Guillemin doit être content ; on parle:
de lui en France et on en parle beaucoup.
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 31.
LES
PAR
Â. RAGOT et G. PMBEL (1)
PREMIÈRE PARTIE
LES DEUX TESTAMENTS
— Comment ! il n’y a rien à savoir !
s’écria Bouvreuil tout étonné et contrarié.
Comment, il n’y a rien à savoir ! Vous ve
nez me réveiller la nuit pour me faire jaser,
et. vous me dites ensuite que vous n’avez
rien à me dire ! tSÜËS
Mais j’espère bien au contraire que vous
allez me dire d’où vient cet argent, qui me
le fait parvenir.
— Je ne puis dit Kernoch ; tout ce que je
puis vous apprendre, c’est que cet argent
vient d’un mort.
Alcide, à ce dernier mot, fit un bond dans
son lit. La frayeur venait de le reprendre.
(1) Reproduction interdite aux journaux qui n’ont
ç&l traité avec la Société des Gens de Lettres.
Il regarda son interlocuteur avec de gros
yeux effarés, en répétant à part lui :
— Mon Dieu ! que je regrette donc d’être
venu eu Bretagne ! L’argent d’un mort. Me
voilà chargé tous les six mois de l’argent
d’un mort. Et comment est-il mort, ce
mort? Vous verrez qu’au milieu de tout cela
je finirai par être compromis et qu’il m’en
cuira.
Il se voyait déjà, le pauvre garçon, con
damné comme assassin et. subissant des
peines épouvantables, car, l’imagination' du
pauvre Bouvreuil une fois partie, rien ne
pouvait, pius l’arrêter.
— Eh bien ! fit le meneur de loups
après un long silence qu’Aleide avait em
ployé à se faire toutes ces réflexions, qu’a
vez-vous ? vous ne dites plus rien. Je ne
puis cependant parler davantage. Qu’il vous
suffise de savoir que l’argent que touche
votre ami Pierre par votre entremise ne
provient pas d'une source impure. Sans ce
la, le père Kernoch, vous pouvez vous le
jurer à vous-même, n’en serait point le dé
positaire. Cela vous suffit-il ?
— Dame, répliqua Bouvreuil, il faut bien
que je m’eu contente, puisque je ne sanrai
rien de plus. Seulement, c’est un peu court,
vous pouvez bien l’avouer.
— Tout ça, je vous le répète aussi, c’est
pas votre affaire. Occupez-vous simplement
de votre ami, puisque vous dites que vous
l’aimez de tout votre cœur.
— Oui, de tout mou cœur.
Puis, comme le sentiment personnel du
timoré reprenait aussitôt le dessus.
— Etes-vous bien sûr qu’il ne peut point
m’arriver de désagrément ?
— Ah ! misère d’homme ! dit Kernoch
d’une voix sourde, c’est donc ce que vous
appelez aimer les gens ? Vous n’avez que
frayeur, vous ne songez qu’à vous. Chétive
nature, et moi qui vous croyais un homme ?
Mais vous êtes donc incapable de faire trouer
ce qui vous sert de peau pour un ami, pour
celui que vous appelez votre frère !
Bouvreuil parut offensé.
— Vous êtes bon, là, fit-il parodiant le
fameux : « guenille si l’on veut, ma guenille
m’est chère. » Je n’ai qu’une peau, et elle
me tient au corps. N’importe, continua-t-il
en pensant à son ami, s’il fallait courir des
dangers pour Pierre, je tâcherais de les af
fronter. Mais il m’est bien permis de dire
que ce n’est pas amusant.
— Ecoutez, interrompit Kernoch en cou
pant court à ces doléances, il faut pourtant
que je puisse compter sur vous. Les instants
sont précieux, et il faut que l’argent par
vienne â Pierre ; jurez-moi que vous le lui
remettrez.
— Ah ! pour ça, oui, répliqua Alcide. Je
ne garderais pas l’argent d’un vivant, à plus
forte raison celui d’un mort.
— Je me suis dit, continua le meneur de
loups, quand je vous ai reconnu, que c’était
le bon Dieu qui vous envoyait pariei. Vous
n’étant pas à Paris, voyez-vous, il me fallait
quitter le pays, aller moi-même, et il faut
que je reste ici. Faire un voyage en ce mo
ment pour faire parvenir l’argent là-bas,
ce n’est pas possible. Il y a des choses qu’il
faut que je voie de près ici, sans que per
sonne s’en doute. Le vieux Kernoch a bon,
pied, bon œil et il voit tout il entend tout-
Et il faut qu’il veisle sur Tfémeur:
Cependant Kernoch s’ôtait levé el, d’une
large ceinture de cuir, il avait retiré des
rouleaux d’or qu’ii alignait systématique
ment sur la table de nuit à portée du lit de
Bouvreuil. Cela fait, il compta et recompta
la somme ; puis, relevant la tête, il poussa
un soupir de satisfaction.
— Là, dit il, ça y est Ma voilà hors da
peine. Vous ne savez point que ça me pe
sait. Maintenant, vous allez me jurer que
vous ne direz rien de notre entrevue à
Pierre. Il faut qu’il ignore tout C’est dans
son intérêt, c’est pour son bien bien, croyez-
moi. Si vous lui diriez la moindre chose, il
chercherait, il se creuserait la tête ; sa tran
quillité serait perdue. Peut-être un jour,
plus tard, Dieu est si boa... Et pourtant
non ! Il est des espoirs qu’on ne peut pas
garder, il y a des cœurs pires que ceux^dea
tigres. Enfin, répétez-vous à vous-même
que c’est pour le bien de Pierre et fdonnez-
moi votre parole d’honneur, jurez-moi sur
votre part de paradis que vous ne lui direz,
rien.
Alcide jura.
Kernoch allait lui tendre ia main pour la
remercier, quand tout à coup il s’arrêta et
élteignit vivement le candélabre.
(A suivre.)
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