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femme, c’est Adina , l’épouse du malheu
reux Jérôme. Le jeune homme, c’est Yo-
ran, qui s’accuse encore tous les jours
d’avoir causé la mort de son père.
Quant à la vieille Madeleine, elle a
rendu son âme à Dieu depuis une ving
taine d’années , mais non sans avoir vu ,
avant d’expirer, poser des vcrroux solides
et une serrure neuve à la fatale Porte
noire! Charles ExPILLY.
L'ÉGLISE TENDUE DE NOIR.
I.
J’avais une amie d’enfance qui se nom
mait Marie Diival ; elle était aussi jolie
qu'elle était pauvre et hère ; elle avait
dix-neuf ans. Sa gracieuse ligure et son
esprit charmant attiraient autour d’elle
bien des amoureux. Mais les amoureux
deviennent rarement des maris, lors
que les jolies filles n’ont point de dot.
Marie le savait et elle tenait à distance
tous ces beaux diseurs aux paroles trom
peuses et aux dangereux regards.
Orpheline depuis trois ans , sa mère l’a
vait léguée à ma mère; elle n’avait fait
que changer de famille.
J’élais plus jeune de quatre ans que
mon amie, je ne songeais ni à l’amour ni
au mariage. Je fus donc fort étonnée lors
qu’un matin ma mère laissa éclater une
grande joie en lisant une lettre dans la
quelle on lui demandait Marie en ma
riage.
Je fis vingt questions à ma mère, et j’ap
pris que M. Georges Derbin, capitaine de
vaisseau marchand , avait vu Marie peu
de temps avant départir pour les Indes,
où il avait un chargement à prendre , et,
qu’absent depuis un an, on n’espérait
plus recevoir de ses nouvelles.
Je me rappelai alors que Marie m’avait
souvent parue rêveuse et que j’avais sur
pris des larmes dans ses yeux, lorsqu’à
l’époque des orages et des tempêtes on
parlait des dangers que les pauvres ma
rins couraient.
Ce jeune capitaine, car il était jeune,
venait de débarquer à La Rochelle, et,
bien qu’il sût que Marie était pauvre, ou
peut-être même à cause de cela , l'excel-
lent homme se hâtait de la demander en
mariage.
Ma mère fit publier les bans, et le ma
riage fut fixé au surlendemain de l’arri
vée de Georges. Je grondai doucement
Marie de son peu de confiance en moi ; je
l’assurai que j’aurais été aussi discrète que
si j’avais eu vingt ans, et je m’occupai ac
tivement des préparatifs de sa toilette.
L’arrivée de Georges était un véritable
événement pour moi, j’étais presque ja
louse de lui ; Marie partageait l'amour
profond et vrai qu’il avait pour elle , et je
ne venais plus en premier dans son cœur.
Enfin, Georges arriva , et la joie qu’il
éprouva en revoyant Marie m’émut au
point que, loin d’en vouloir encore à mon
amie de l’aimer plus que moi, je me sen
tis toute disposée à le traiter comme un
frère.
Georges était d’une taille au-dessus de
la moyenne et remplie d’élégance, ses
traits irréguliers avaient de l’harmonie
entre eux , et ses yeux bleus une douceur
infinie. Ce n’était ni un bel homme, ni
un joli homme, mais il plaisait, il atti
rait à lui.
Georges avait une de ces âmes d’élite
comme le ciel en laisse peu sur la terre.
Ardent, dévoué, généreux jusqu’à l’oubli
de lui-même, on citait de lui d’admirables
traits de bravoure. Un seul défaut faisait
tache sur tant de vertus. Sa tête était aussi
mauvaise que son cœur était bon, et la vi
vacité de son sang, brûlé par la violence
de ses sensations, le rendait sujet à des
accès de colère qui lui avaient attiré un
grand nombre de duels. Il se battait avec
la même ardeur qu’il mettait à sauver un
homme prêt à se noyer ou à périr dans
un incendie.
Il avait beaucoup voyagé, beaucoup
observé , beaucoup retenu ; une sorte de
poésie sauvage colorait ses descriptions et
donnait à son visage, l’un des plus intel
ligents que l’on pût voir, une de ces ex
pressions charmantes et variées qui lais
sent l’âme se réfléchir dans un regard,
dans un sourire. On faimaiten l’écoutant,
et je n’ai connu aucun homme dont les
nobles qualités eussent un charme p us
attractif.
Son mariage devait être célébré à mi
nuit, dans l’église de Saint-Barthélemy,
femme, c’est Adina , l’épouse du malheu
reux Jérôme. Le jeune homme, c’est Yo-
ran, qui s’accuse encore tous les jours
d’avoir causé la mort de son père.
Quant à la vieille Madeleine, elle a
rendu son âme à Dieu depuis une ving
taine d’années , mais non sans avoir vu ,
avant d’expirer, poser des vcrroux solides
et une serrure neuve à la fatale Porte
noire! Charles ExPILLY.
L'ÉGLISE TENDUE DE NOIR.
I.
J’avais une amie d’enfance qui se nom
mait Marie Diival ; elle était aussi jolie
qu'elle était pauvre et hère ; elle avait
dix-neuf ans. Sa gracieuse ligure et son
esprit charmant attiraient autour d’elle
bien des amoureux. Mais les amoureux
deviennent rarement des maris, lors
que les jolies filles n’ont point de dot.
Marie le savait et elle tenait à distance
tous ces beaux diseurs aux paroles trom
peuses et aux dangereux regards.
Orpheline depuis trois ans , sa mère l’a
vait léguée à ma mère; elle n’avait fait
que changer de famille.
J’élais plus jeune de quatre ans que
mon amie, je ne songeais ni à l’amour ni
au mariage. Je fus donc fort étonnée lors
qu’un matin ma mère laissa éclater une
grande joie en lisant une lettre dans la
quelle on lui demandait Marie en ma
riage.
Je fis vingt questions à ma mère, et j’ap
pris que M. Georges Derbin, capitaine de
vaisseau marchand , avait vu Marie peu
de temps avant départir pour les Indes,
où il avait un chargement à prendre , et,
qu’absent depuis un an, on n’espérait
plus recevoir de ses nouvelles.
Je me rappelai alors que Marie m’avait
souvent parue rêveuse et que j’avais sur
pris des larmes dans ses yeux, lorsqu’à
l’époque des orages et des tempêtes on
parlait des dangers que les pauvres ma
rins couraient.
Ce jeune capitaine, car il était jeune,
venait de débarquer à La Rochelle, et,
bien qu’il sût que Marie était pauvre, ou
peut-être même à cause de cela , l'excel-
lent homme se hâtait de la demander en
mariage.
Ma mère fit publier les bans, et le ma
riage fut fixé au surlendemain de l’arri
vée de Georges. Je grondai doucement
Marie de son peu de confiance en moi ; je
l’assurai que j’aurais été aussi discrète que
si j’avais eu vingt ans, et je m’occupai ac
tivement des préparatifs de sa toilette.
L’arrivée de Georges était un véritable
événement pour moi, j’étais presque ja
louse de lui ; Marie partageait l'amour
profond et vrai qu’il avait pour elle , et je
ne venais plus en premier dans son cœur.
Enfin, Georges arriva , et la joie qu’il
éprouva en revoyant Marie m’émut au
point que, loin d’en vouloir encore à mon
amie de l’aimer plus que moi, je me sen
tis toute disposée à le traiter comme un
frère.
Georges était d’une taille au-dessus de
la moyenne et remplie d’élégance, ses
traits irréguliers avaient de l’harmonie
entre eux , et ses yeux bleus une douceur
infinie. Ce n’était ni un bel homme, ni
un joli homme, mais il plaisait, il atti
rait à lui.
Georges avait une de ces âmes d’élite
comme le ciel en laisse peu sur la terre.
Ardent, dévoué, généreux jusqu’à l’oubli
de lui-même, on citait de lui d’admirables
traits de bravoure. Un seul défaut faisait
tache sur tant de vertus. Sa tête était aussi
mauvaise que son cœur était bon, et la vi
vacité de son sang, brûlé par la violence
de ses sensations, le rendait sujet à des
accès de colère qui lui avaient attiré un
grand nombre de duels. Il se battait avec
la même ardeur qu’il mettait à sauver un
homme prêt à se noyer ou à périr dans
un incendie.
Il avait beaucoup voyagé, beaucoup
observé , beaucoup retenu ; une sorte de
poésie sauvage colorait ses descriptions et
donnait à son visage, l’un des plus intel
ligents que l’on pût voir, une de ces ex
pressions charmantes et variées qui lais
sent l’âme se réfléchir dans un regard,
dans un sourire. On faimaiten l’écoutant,
et je n’ai connu aucun homme dont les
nobles qualités eussent un charme p us
attractif.
Son mariage devait être célébré à mi
nuit, dans l’église de Saint-Barthélemy,
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