Titre : La Croix de la Lozère
Éditeur : [s.n.] (Mende)
Date d'édition : 1906-02-25
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327530478
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 25 février 1906 25 février 1906
Description : 1906/02/25 (A17,N906). 1906/02/25 (A17,N906).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG48 Collection numérique : BIPFPIG48
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t53622408w
Source : Archives éditeur Lozère Nouvelle, 1 PER 212
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/12/2023
DIMANCHE 25 FÉVRIER 1906
Paraît tous les Dimanches
DIX-SEPTIEME ANNÉE — N° 906
CROIX
Les inventaires nous obligent à
renvoyer beaucoup de nouvelles de
haute importance, que nous ne pou¬
vons signaler que très brièvement :
Mgr -de LÏGONNÈS est nommé
évêque de Rodez ;
Mgr BOUQUET est transféré à
Chartres;
Mgr GÉLY, est nommé évêque
de Mende.
LjES
(INVENTAIRES
EN LOZÈRE
A cette heure, les catholiques de
Lozère sont debout pour défendre
leurs églises. Et ce n'est qu'à coups
de hache, qu'on peut en ouvrir les
portes.
La violation du domicile de Dieu
et de la liberté de conscience, par les
dragonnades, jette le plus complet
mépris sur le Gouvernement maçon¬
nique, qui applique la Séparation.
En ce moment, d'une part, l'Alle¬
magne nous menace et fait distri¬
buer à ses soldats une brochure inti¬
tulée : Ce qu'il faut savoir sur l'armée
française.
D'autre part, nos antimilitaristes
appellent les soldats français à la ré¬
volte et leur ordonnent de fusiller les
officiers.
Les fiches reprennent, et dévoilent
la purulente plaie de la délation.
Et le Gouvernement, au lieu de
surveiller la frontière et de mainte¬
nir l'ordre à l'intérieur, envoie les
gendarmes et les soldats fracasser les
portes des Eglises.
C'est honteux ! c'est indigne ! c'est
l'anarclîïe.
Les électeurs, réveillés, se prépa¬
rent à nettoyer la maison et à balayer
les ordures à l'égout.
Nous supplions tous nos amis de
profiter des événements pour faire
partout l'éducation de l'électeur.
XX.
ï€ENBE -
BAESIÈGES. — Inventaire im¬
possible. — L'inventaire devait avoir
lieu lundi à 10 heures du matin. Dès 7
heures, les habitants arrivent des villa
ges même les plus éloignés, décidés à
protester. Ils entrent tous dans l'église,
attendent la force armée et l'agent du
Gouvernement. Toutes les familles sont
là autour de leur curé, chantant des can
' tiques avec entrain.
A l'heure indiquée, on voit apparaître
à la bifurcation de la route les chevaux
des gendarmes, puis ffa voiture de M.
Terrade, receveur. Les rues du village
sont désertes. Les -quelques blocards
sont au coin de leur feu. Le maire ceint
de son écharpe n'a pas de peine à main¬
tenir l'ordre.
Le receveur lui demande où est la
porte de l'église. Le maire se contente
de le renseigner par un geste. Les gen¬
darmes restent sur le pont. La cloche
sonne tristement le glas, qui est couvert
par les chants nourris. Le receveur
s'avance et trouve la porte fermée ; il
donne dans le panneau trois coups de
genou, puis se retire pour en référer à
ses supérieurs.
L'inventaire n'a pu avoir lieu.
Quand on se représentera on devra
briser la porte.
Electeurs, qui votiez pour M. Mala-
fossercomprenez-vous maintenant quelle
est la gravité de votre crime? Vous don¬
niez la hache aux crocheteurs de votre
église.
¥
E5R&MOKJAS. — Inventaire im¬
possible. — L'inventaire n'a pas pu
davantage se faire à Bramonas qu'à
Balsièges.
Lundi, à 3 heures du soir, le receveur
Terrade s'est présenté, accompagné par
quatre gendarmes à cheval.
La population s'était barricadée dans
l'église. Devant la porte fermée, on s'est
LOZERE
LA LOZÈRE PROTESTE CONTRE LES INVENTAIRES
On va briser 200 portes d'église
retiré sans procéder à l'inventaire. Là
encore, il faudra, pour entrer briser la
porte.
&
CHASTEL-HOCVEL. — Su
perbe protestation. —• L'inventaire
était fixé à lundi dernier, 10 heures.
De très bonne heure, la population
était accourue de tous les villages et
avait assisté à la messe.
Les jeunes gens, munis de sifflets et
d'une corne monumentale, montent au
clocher pour faire le guet. Les chan
teuses se placent aux tribunes. Dans
l'intérieur, les femmes s'agenouillent
devant le Saint Sacrement, où pendant
toute la matinée elles prieront avec un
calme parfait, une piété profonde.
Les hommes restent dehors devant la
façade, sur le large perron, au fond
duquel se dressent deux pins qui portent
deux casseroles, emblème du gouverne¬
ment maçonnique.
Les guetteurs, du haut du clocher
qui domine la plaine, voient apparaître
les gendarmes, sur la route de Mende.
Une brigade à cheval escorte la voiture
du receveur Sauvage.
Aussitôt le signal est donné, les sifflets
font .rage, et la corne réveille tous les
échos par ses terribles mugissements
La cloche sonne le tocsin. Le vacarme
redouble, formidable, à l'entrée des
agents dans le village. Il est dominé par
une clameur enragée : A bas les boucs !
Liberté !
Les gendarmes mettent pied à-terre ;
l'un d'eux garde les chevaux, les autres
quatre accompagnent le receveur. Ils
sont salués par une retentissante accla
mation : Vive l'armée! Ils saluent.
Alors, tous les hommes se massent
en trois rangs sur l'escalier. Ils sont là
soixante, résolus, intrépides, entourant
leur curé. Le receveur s'avance. Les
sifflets bruissent et roulent, étourdis¬
sants ; la corne mugit, sauvage, et les
cris assourdissent : A bas les boucs ! A
bas les voleurs ! Liberté ! Le tapage est
infernal.
Le Receveur est là, flageollant, pâle
comme un mort. Il déclare ses titres.
M. le Curé formule sa protestation, puis
en un clin d'œil tous les hommes en
trent dans l'Eglise en referment pres¬
tement la porte et se mettent à se barri
cader très fortement.
Les gendarmes n'étaient pas en nom¬
bre pour arrêter le mouvement. Devant
l'attitude énergique de ces hommes, on
comprenait qu'il fallait pour les conte
nir plus de gendarmes que de manifes¬
tants.
Les chants reprennent avec entrain :
Nous voulons Dieu, Parce.
Les agents n'ayant pas d'outils quit
tent la place et vont en référer à leurs
chefs. Leur départ est conspué par une
épouvantable clameur de A bas le bouc i
par les sifflets stridents et les mugisse-
de la corne. Le calme n'est revenu que
quand les crocheteurs ont disparu à
l'horizon.
Puis tout le monde est entré dans
l'Eglise et, pieusement, a reçu la béné¬
diction du Saint Sacrement.
Tous les gens du village sont restés au
Chastel, jusqu'au soir, de peur d'un re¬
tour imprévu de la police.
La population est très surexcitée. La
tournée du candidat blocard . est faite
pour les élections du mois de mai.
LâHUÈJOLS, — Inventaire. —
L'inventaire devait avoir lieu mercredi
à 10 heures.
A 8 1/4, à peine les messes dites, deux
brigades à cheval et deux brigades à
pied cernaient l'église. Les habitants des
villages n'étaient pas encore arrivés.
Quelques hommes aux aguets parvien¬
nent à se fermer dans l'église : personne
ne peut plus pénétrer.
Au son du tocsin, la population s'est
rassemblée sur la place et on chante:
Nous voulons Dieu. Je suis chrétien. Y pen¬
sons-nous à cette heure dernière. A l'inté¬
rieur, aussi, on chante et on prie.
Entre temps, les gendarmes ouvrent
leurs sacs et déjeûnent.
A 10 heures précises, M. Thérizols,
percepteur de Mende, se précipite à la
cure, pour inventorier la mense curiale.
M. le Curé proteste, dit qu'il n'y a rien
et que l'immeuble n'appartient à la
Commune qu'à la condition de ser¬
vir de logement à perpétuité au curé.
L'agent demande à M. le Curé de faire
ouvrir la porte de l'église. Refus.
L'agent se retire.
On mande le maire, le fameux Fer-
rier qui arrive avec l'écharpe. Il est hué ;
il fait les sommations. Une voix de l'in¬
térieur répond : La garde meurt et ne se
rendras-
On va chercher les outils du garde fo
restier, personne n'ayant voulu en four¬
nir dans la localité.
Le brigadier Mourgues, de SUElienne,
attaque la porto à coups de hache: Les
coups résonnent au loin, tristement, so
nores.Un panneau se détache, mais voilà
qu'il faut scier une forte barre transver¬
sale.
Il est 11 h. 1/4. On fait alors l'inven
taire très sommaire, au milieu des chants
et des protestations et on se retire.
M. le Cure félicite la population et
donne la bénédiction du T.-S. Sacre¬
ment :
Au sortir de l'Eglise, un agent disait :
« Sans le maire, nous étions obligés de
partir bredouilles. »
La population est indignée. Les amis
même de Ferrier le traitent sévèrement.
Le maire a été hué et les gendarmes sont
restés jusqu'à 5 heures pour le protéger.
LUC. — Inventaire impossible
M. Arnault s'est présenté pour faire
l'inventaire des biens de l'Eglise de Luc
qu'il a trouvée barricadée et défendue
par une bonne partie de la population,
calme, mais résolue.
L'Eglise est encore fermée, et l'Inspec¬
teur, accompagné par la foule, a pris le
train de 6 heures pour Mende. M. le
Maire de Luc accompagné du garde-
champêtre et de 4 gendarmes de La Bas¬
tide n'a pu constater aucun désordre,
mais plutôt le peu de sympathie qu'il
s'attirait dans la circonstance.
SABMT-AIS|A1«S. — Résistance
à l'inventaire. — Les inventaires
dans notre canton ont commencé dans
l'église de Saint-Amans.
Le 17 février, à 10 heures du matin,
au moment où les fidèles venaient d'as¬
sister à un office funèbre pour les bien¬
faiteurs défunts de l'église, M. le rece¬
veur d'enregistrement s'est présenté,
escorté de quatre gendarmes, à la porte
de l'église.
M. le Curé lui a lu une énergique pro
testation contre l'inventaire. M. Barlet,
conseiller d'arrondissement du canton
et président du Conseil de fabrique a
déclaré s'associer pleinement à la pro
testation de M. le Curé et il a ajouté que
sa conscience de catholique ne lui per
mettait pas d'ouvrir la porte de l'église.
Entre temps les fidèles s'étaient barri¬
cadés à l'intérieur et chantaient avec
entrain : Nous voulons Dieu, Parce Do¬
mine.
Le receveur se voyant refuser l'entrée
s'est retiré, en annonçant qu'il allait en
référer au Préfet.
Depuissamedi notre église est en deuil.
Elle restera fermée jusqu'à ce que les
portes seront brisées par des mains
sacrilèges. Des crocheteurs on n'en
trouvera pas à Saint-Amans.
Le sang bouillonne dans les veines de
nos montagnards lorsqu'il s'agit de dé¬
fendre leurs églises. Ils ne rougissent
pas de se montrer chrétiens.
SABtinr'-CàAfL. — Inveaitaire im¬
possible. — Comme à Saint Amans,
l'agent du fisc et les gendarmes ont
trouvé l'église fermée. Devant la résis¬
tance de la population, ils ont dû se re¬
tirer. L'église est gardée et il faudra,
pour pénétrer, en briser les portes.
Les électeurs se réservent de protes¬
ter plus efficacement au mois de mai.
——^
MARVEJOLS
LA CAftIOERGEE. — L'inven¬
taire. — En maire en fiirenr. —
Barricades. — Ene porte fracas
sée.— L'inventaire de l'église était fixé
au samedi 17 février, à 10 heures du ma¬
tin, et celui de la cure à 2 heures du
soir. La nouvelle produit dans la ville
une douloureuse émotion. On protestera
hautement.
Première journée. — Samedi, à l'ap¬
proche de l'heure sinistre, l'église pa¬
roissiale s'emplit ; on chante, on prie,
et toujours l'affluence grossit. A dix heu¬
res moins un quart, voilà les gendar¬
mes. Brusquement la porte de l'église se
ferme et deux tours de clef grincent
dans la serrure. Dix heures sonnent.
L'agent des domaines, M. Grande, et la
brigade sont là. Dans l'église résonne le
cantique : Nous voulons Dieu. Le receveur
presse le loquet, pousse et dit : on nous
résiste! Il blêmit, hésite un instant et
enfin députe les gendarmes et le garde
champêtre chez M. le Maire. Celui-ci,
souffrant depuis quelques jours était en¬
core au lit. En apprenant la résistance^
il entre dans une colère subite qui le
guérit de tous ses maux, et, nonobs¬
tant la fièvre et les lois de l'hygiène, il
accourt, pensant bien que tout cédera
devant lui. Il arrive essoufflé : par trois
fois, il frappe à la porte de l'église en
criant : ouvrez ! La porte muette résiste
au maire. Il se retire en grommelant des
menaces. Quelqu'un lui fait observer
qu'il n'a pas sommé d'ouvrir au nom de
la loi; j'ai oublié! dit-il, il est sur le
point de se retourner pour essayer de la
vertu de ce mot magique. L'agent et les
gendarmes le suivent dans sa retraite.
L'inventaire est renvoyé.
Du dehors on annonce à la foule réu¬
nie dans l'église que l'ennemi est en
fuite. Par crainte d'un retour offensif,
la porte reste fermée et ne s'ouvrira que
le lendemain pour les offices du diman¬
che.
Les fidèles fiers de cette première vic¬
toire tombent à genoux, recueillis, et le
Curé donne la Bénédiction du Saint-
Sacrement.
Le soir, à 2 heures, inventaire au
presbytère. M. le Curé dans l'intérieur
attend, entouré de MM. André de Tré-
monlels, Roqueplo et l'abbé Bessière,
membres de la-Fabrique. Les gendarmes
stationnent devant la grille de la cure et
avec ordre de M. le maire de ne laisser
entrer personne. M. de Nogaret, con¬
seiller général et fabricien, veut entrer.
M. le maire, illégalement et contre la
plus vulgaire convenance, lui fait barrer
le passage. Il fallut l'intervention éner
gique de M. André, président de la
Fabrique, pour ramener à l'observation
de la loi ce farouche gardien de la loi.
L'inventaire se fait en un tour de
main. M. le Curé déclare que tout lui
appartient dans le presbytère, excepté
les meubles que désignera M. le maire.
Avant de se retirer, M. Reversât,
maire, reproche grossièrement à M. le
Curé les manifestations du matin comme
si elles n'étaient pas l'œuvre spontanée
de la population. Il annonce la force
armée pour bientôt. Nous l'attendons !
répondent MM. les fabriciens,
Deuxième journée. — Lundi, jour
présumé pour la réalisation des mena¬
ces de notre magistrat municipal, les
habitants sont au guet. A 8 heures, une
armée de gendarmes; les brigades de
Chanac, Aumont, Marvejols, St Germain,
avec, en tête, l'intelligent Molinier, com¬
missaire de police à Mende, entrent en
ville parla rue Neuve. Aussitôt l'alarme
est, donnée dans toutes les rues. On se
précipite à l'église. Le tocsin sonne. Les
premiers entrés ferment et barricadent
la grande porte. Les fidèles entrent par
la porte de la sacristie que quelques
hommes résolus ferment à la première
apparition des gendarmes. Dans, l'inté¬
rieur, chant des cantiques. Au dehors
les fidèles qui n'ont pu entrer se mas¬
sent devant la grande porte.
A dix heures précises, l'agent est là.
Le commissaire fait les sommations. A
la troisième, de l'église on répond par
le cantique Nous voulons Dieu. La lugu¬
bre opération commence. On essaye de
perforer les portes avec des tarrières,
mais par le trou, on aperçoit qu'il y a
des barricades. Alors, Bernon et Dumas,
deux salariés de M. le Maire, reçoivent
l'ordre de briser la porte à coups de
hache. La vieille porte résiste et lasse
la rage des briseurs ; quatre gendarmes
les remplacent et réduisent en miettes
le portillon. Cela ne suffit pas, il faut
enfoncer le battant de gauche. Après
une heure d'effort, un gendarme, puis
deux, puis trois pénètrent par l'ouver
ture et s'escriment à débarrasser la
porte. La foule crie : Vive le Christ !
Vive la liberté ! Bas les voleurs !
Enfin, l'agent soutenu par la force
passe à travers les fidèles au milieu des
cris: Vive le Christ! Vive la liberté!
arrive jusqu'à la table de communion
où M. le Curé, entouré des membres de
la Fabrique, lit une vigoureuse protes¬
tation.
Sur l'accoudoir d'un banc, M. Grande
rédige son procès-verbal, tandis que les
gens chantent le cantique: A la mort! à
la mort ! suivi de cet autre: Le Bien d'au¬
trui tu ne prendras ni retiendras...
C'est fini! La population attristée con¬
sidère cette porte brisée et bien des per¬
sonnes emportent les débris pour les
conserver comme souvenir de l'horri¬
ble sacrilège.
Pour l'honneur de la Canourgue nous
constatons qu'on a vainement demandé
aux charrons et menuisiers de la ville
une hache et un marteau. Il a fallu pren¬
dre à la mairie les instrumenta de-dé¬
molition.
Dans cette journée terrible, Monsieur
le Maire a pris parti contre la popula¬
tion entière de sa commune. Il n'avait
même pas l'excuse du salaire à gagner
et du mandat à exécuter. Il est le pre¬
mier maire de la Lozère qui ait pris une
part active à une besogne que tout le
monde réprouve. La Canourgue se sou¬
viendra.
CSBAMAC. — Inventaire. — Mardi
dernier, inventaire des biens de notre
Eglise.
L'agent du fisc, M. Langlade, sous-di¬
recteur de l'enregistrement de Marvejols,
est arrivé par le train de 9 heures. Il
s'est rendu directement sur le champ
des opérations, qu'il croyait préparé
d'avance à un accès facile. Deux briga¬
des de gendarmerie étrangères avaient
été expédiées, avec mission des'emparer
de la place pour empêcher le rassemble
ment et tenir ouvertes les portes de
l'Eglise. Ils sont arrivés un peu tard.
Quelques jeunes intrépides, plus avi¬
sés que la police, se tenaient en éveil de¬
puis la veille.
Après la première messe, le brigadier
de Chanac s'est précipité vers la porte
du sanctuaire, qui lui a été fermée au
nez. Il a pu empêcher la foule de se ras¬
sembler dans l'Eglise ; mais son empres
sement par trop zélé, n'a pu obtenir son
but principal. Les agents de l'adminis¬
tration ont trouvé à leur arrivée portes
fermées et solidement barricadées. Ils
ont été obligés de procéder au crochetage
de la porte principale d'entrée, qui a ré
sisté à leurs premiers efforts. Ils ont
immédiatement, télégraphié à M. le Pré¬
fet. Sur les ordres de la Préfecture on a
sollicité le secours de M. Charpal, toujours
dispos à prêter main forte. Notre com¬
plaisant juge de paix, rêvêtu de son
écharpe, est arrivé à l'instant. Il a fait à
la porte de l'Eglise les trois sommations
d'usage. Sa voix couverte par le chant
des fidèles rassemblés au dedans et au
dehors du sactuaire et par le son lugu¬
bre de la cloche principale qui sonnait
le tocsin, n'a pas été entendue. Elle
n'aurait pas même été écoutée.
Force a été de recourir aux moyens
extrêmes. Le crochetage n'a pas réussi.
On a procédé alors à l'enfoncement delà
porte. Un zélé pandore, arrivé du milieu
des prolestants, armé de pics, d'une
massue en fer et d'une hache s'est chargé
de l'opération qui a duré demi heure. 11
frappait avec fureur à coups redoublés
sur la porte de la maison de Dieu. Tel
un sanglier en fureur écarte sur son
passage tous les obstacles qu'il rencon
tre. Le prémier, il a pénétré dans le
Lieu-SaiDt et ouvert le passage.
Les autres agents se sont montrés plus
convenables et semblaient faire avec
peine la triste besogne qui leur était
commandée. M. Langlade s'est montré
en entrant plein de courtoisie. Il s'est
trouvé alors en présence de M. le Curé
qui lui a lu une énergique protestation
et a obtenu sans peine qu'elle fut insé¬
rée dans le procès-verbal de l'inventaire.
La suite des opérations s'est effectuée
sans de graves incidents, au milieu des
chants d'une population calme quoique
indignée. On n'a entendu vers la fin que
les cris: A la mort! à la mort! à la
porte ! à la porte !
Au dehors, le public se tenait digne et
respectueux ; mais les quolibets les plus
amers circulaient de bouche en bouche.
La réprobation était générale dans Cha¬
nac. Triste coïncidence, un chien enragé
venait de mordre quatre personnes.
Ellés partaient pour Montpellier en
même temps que les crocheteurs por¬
taient leurs pas vers le sanctuaire
à crocheter.
Le Chanacois.
LE SIALZSEL. — Inventaire*. —
Lundi, journée glorieuse et inoubliable
au Malzieu. L'inventaire de l'Eglise était
annoncé pour 10 heures. Dès 8 heures
les offices se terminaient et une foule
compacte se pressait dans la vaste nef,
pour protester contre l'iniquité gouver¬
nementale. Alors les portes sont fermées.
Au dehors, la place et tous les alentours
sont remplis d'hommes, de femmes, de
jeunes gens. Le conducteur du courrier
nous assure n'avoir jamais vu de sa vie
une aussi grande affluence de monde au
Malzieu. Toutes les paroisses voisines
ont accouru: Prunières, Saint Pierre le-
Vieux, Saint-Léger, Saint-Privat sont là
presque en entier.
A 8 h. 1/2, arrivent deux brigades de
gendarmes à cheval et plusieurs autres à
pied. Tous, de concert, chargent la foule
pour faire évacuer la place et les abords
de l'Eglise : rien n'y fait. La foule reste
compacte. Des hommes et des femmes
robustes sautent aux brides des chevaux
et les font reculer ou retardent leur mar¬
che. Des cris,des hou! hou! formidables
s'élèvent. On les entend à cinq kilomè-
trei de distance. On veut imposer silence :
alors la foule entonne des cantiques aux¬
quels on répond de l'intérieur.
Durant ce temps, on cherche un serru
rier au Malzieu : peine perdue, personne
ne veut se prêter à l'odieuse besogne.
On a fini par en trouver un de St-Chély :
c'est un nommé Raspail, originaire du
Cantal et chargé d'une foule de condam¬
nations. Vers les 9 heures, ce person
nage paraît, escorté de nombreux agents
de police armés de grosses haches desti¬
nées à fracasser les portes. Le malheu¬
reux crocheteur donne le premier coup
de hache : un cri vraiment effrayant est
poussé par l'immense foule et se pro¬
longe longtemps, mêlé d'expressions de
rage et entrecoupé de sanglots.
Le crocheteur s'acharne toujours à
coups de hache, contre la porte qui
résiste. Un témoin ne peut contenir sa
colère. Une pierre est lancée et atteint
à la tête l'exécuteur: son sang coule.
Malgré tout, il continue son œuvre. Un
coup de bûche lui tombe violemment
sur le bras. Pendant que le garde fores¬
tier Mourgues arrête l'a uteur présumé
du coup de pierre, au milieu des protes¬
tations, les gendarmes dressent des pro¬
cès-verbaux, ou essayent d'arrêter les
manifestants les plus ardents, mais les
femmes les leur enlèvent prestement.
Enfin, après deux heures de travail, la
porte cède. Une clameur encore plus
grande que toutes s'élève et se répercute
au loin dans tout le vallon. On va faire
un mauvais parti au crocheteur. Les
gendarmes laissent tout le reste pour
l'entourer et le protéger. Il a donné 194
coups pour enfoncer le panneau.
L'agent des domaines essaie de péné¬
trer dans l'église, mais la foule est si
compacte que tous les gendarmes réunis
ne peuvent lui frayer un passage. Aussi
le pauvre homme est il pâle à mourir.
Alors on aperçoit tous les bancs de
l'église transformés en barricades der¬
rière les portes ; ils sont reliés par de
grosses chaînes.
La porte est ouverte, et sur les débris
qui jonchent le sol, M. le Doyen lit d'une
voix forte une ferme protestation, cou¬
verte d'applaudissements, dans laquelle
il réprouve avec le Pape « de toute son
énergie d'honnête homme, dg citoyen et
de prêtre » la loi de séparation. Après
avoir promis l'insertion au procès-ver¬
bal, l'agent des domaines passe dans
la nef.
Elle est toute tendue de noir comme
aux jours des grands deuils, le glas
sonne à coups lents et lugubres, des
cierges brûlent sur l'autel. Des protesta-
ions s'élèvent contre l'invasion du tem¬
ple, plus véhément que jamais : Liberté !
liberté ! ; surtout cette strophe qui vibre
sous les voûtes et qui est d'un à-propos
si impressionnant:
Nous voulons Dieu ! car les impies
Contre lui so sonl soulevés
Kl dans l'excès de leurs furies
Ils le bravent, les insensés !
« Pitié, Mon Dieu; Nous voulons sur terre, lutter
pour la foi ».
Pourtant à travers la foule et les bar¬
ricades, l'agent arrive jusqu'à la porte
de la sacristie. Elle est fermée. Le cro¬
cheteur lève sa hache pour la fracturer.
Une femme la lui enlève. Il pousse
violemment la porte. Elle cède.
Un inventaire très sommaire fut
dressé, si on peut appeler inventaire ce
qui a été fait dans de telles conditions.
Lorsqu'on sort le crocheteur de l'église,
la foule se précipite sur lui pour l'échar-
per. La solide escorte de gendarmes qui
l'entoure a peine à le protéger. Enfin
on arrive dans une rue moins encom¬
brée: aussitôt les gendarmes et le cro¬
cheteur au milieu d'eux, de courir à
toutes jambes vers la caserne pour se
mettre à l'abni. Hommes, femmes, jeu¬
nes gens, jeunes filles se précipitent, à
pas rapides, par les rues et ruelles,
vers la gendarmerie. C'est une course
furibonde. Les gendarmes sont devan¬
cés ; ce n'est qu'après des efforts inouis
qu'ils introduisent leur Raspail à la
caserne.
Maintenant il faut faire dîner notre
personnage. Dans toutes les auberges
on refuse de donner quoi que ce soit
pour lui. On a beau dire que c'est pour
les gendarmes, personne ne veut rien
donner. Le crochetage ou la manifesta¬
tion ont duré jusqu'à 3 heures du soir.
AIIALAA'ES. — Résistance à.
l'inventaire. — Le 19, à 2 heures du
soir, M. Serres, percepteur du Malzieu,
est arrivé à Mialanes. Il était accompa¬
gné de deux gendarmes à pied, et d'un
gendarme à cheval. Il a trouvé la porte
de l'église fermée. Les habitants réunis
ont déclaré qu'ils ne céderaient qu'à la
force. Alors le cavalier est parti cher¬
cher du renfort au Malzieu.
Pendant ce temps, les habitants ont
barricadé la porte de l'église en dedans
et au dehors. Les femmes se sont enfer¬
mées dedans. Les hommes sont restés de¬
hors résolus à manifester. Certainement
il y aurait eu du sang versé, si quelques
hommes de sang-froid n'avaient calmé
la population.
Vers 4 heures 1/2, on a vu à deux ki¬
lomètres, arriver toute une cavalerie.
C'était le capitaine de gendarmerie, avec
neuf gendarmes àcheval; derrière, autres
deux gendarmes à pied, deux gardes
forestiers avec le nôtre, en tout dix-
sept hommes armés.
Le capitaine fait les sommations régle¬
mentaires ; on ne cède pas. Un gendarme
armé d'une grosse hache se précipite
comme un furieux sur la porte. Par
dessus la barricade de neige qui protège
la porte entière, il arrive à l'imposte,
enlève la grille et va briser le vitrail.
M. le Curé calme les violents.
Enfin, on enlève la neige et la barri¬
cade, puis le gendarme ouvre la porte
à coups de hache.
Dans l'église, M. le Curé lit une pro¬
testation au nom du Conseil de fabrique.
Nous attendons, dit-il, les ordres du
Pape, nous venons d'apprendre qu'il
n'accepte pas la loi. Nous ne cédons qu'à
la force. L'église est à nous, nous l'avons
bâtie en 1806 et rebâtie en 1903. Nous
faisons toutes les réserves sur nos droits
les droits de donateurs et sur l'estima¬
tion des biens.
Le percepteur fait alorsson inventaire ;
c'est bientôt fait, l'église n'est pas en¬
core meublée, il n'y a qu'un vieil autel
tout vermoulu.
Puis on donne la bénédiction, et on
clôture par le chant du Magnificat.
La population est indignée. Les gen¬
darmes, disait-on, ne sont que desagents
forcés. Mais qu'on nous envoie une
vingtaine de sénateurs ou députés qui
ont voté cette loi scélérate et nous nous
chargeons de leur ôter l'envie d'y re¬
venir. Nous avons du sang dans les
veines, des fourches et des fusils pour
faire respecter légalement nos droits.
SAIIIlT-GEBMAÏjir -»E-TEBE.
— Snveistaire impossible. — L'in¬
ventaire devait avoir lieu lundi, 19 cou¬
rant, à 10 heures du matin.
Dès 9 heures, le tocsin sonnait et plus
de 300 catholiques accouraient, les uns
près de l'autel pour prier, les autres
près de la porte principale, pour pro¬
tester contre le cambriolage officiel.
Soudain, les gendarmes de la localité
arrivent et interdisent l'accès de l'église.
Est-ce par excès de zèle, ou en vertu
d'une consigne inexplicable? Plusieurs
ont des revendications à faire sur le
mobilier de l'église. Qu'importe, les
gendarmes persistent à barrer le che¬
min.
Indignée de ce procédé, une vaillante
chrétienne s'avance résolument de l'in¬
térieur, et ferme la porte en disant:
— Si vous ne voulez pas laisser ren¬
trer, vous aussi vous resterez dehors.
M. le Curé entouré des membres du
Conseil de fabrique se disposait à lire sa
protestation.
L'envoyé du fisc s'est présenté à 10 h.
précises, Mais il s'est retiré devant
1 hostilité de la foule. Il n'a pas pu même
commencer son odieuse besogne.
&
BAF4JAC. — Journée mémora¬
ble.- Mardi dernier, p eu lieu l'inven¬
taire de notre église.
A t heure, l'agent des domaines se
présente pour procéder à l'opération;
après avoir entendu l'énergique protes¬
tation de M. le Curé, il doit se retirer
sans remplir sa mission.
Quelques instants après il revient, ac¬
compagné de 12 gendarmes et de M.
Charpal, juge de paix à Chanac, le cro¬
cheteur de notre couvent, (le juge ne
vient chez nous que pour ces choses là).
Aussitôt la population, massée autour
de l'église, entonne le cantique : Nous
Paraît tous les Dimanches
DIX-SEPTIEME ANNÉE — N° 906
CROIX
Les inventaires nous obligent à
renvoyer beaucoup de nouvelles de
haute importance, que nous ne pou¬
vons signaler que très brièvement :
Mgr -de LÏGONNÈS est nommé
évêque de Rodez ;
Mgr BOUQUET est transféré à
Chartres;
Mgr GÉLY, est nommé évêque
de Mende.
LjES
(INVENTAIRES
EN LOZÈRE
A cette heure, les catholiques de
Lozère sont debout pour défendre
leurs églises. Et ce n'est qu'à coups
de hache, qu'on peut en ouvrir les
portes.
La violation du domicile de Dieu
et de la liberté de conscience, par les
dragonnades, jette le plus complet
mépris sur le Gouvernement maçon¬
nique, qui applique la Séparation.
En ce moment, d'une part, l'Alle¬
magne nous menace et fait distri¬
buer à ses soldats une brochure inti¬
tulée : Ce qu'il faut savoir sur l'armée
française.
D'autre part, nos antimilitaristes
appellent les soldats français à la ré¬
volte et leur ordonnent de fusiller les
officiers.
Les fiches reprennent, et dévoilent
la purulente plaie de la délation.
Et le Gouvernement, au lieu de
surveiller la frontière et de mainte¬
nir l'ordre à l'intérieur, envoie les
gendarmes et les soldats fracasser les
portes des Eglises.
C'est honteux ! c'est indigne ! c'est
l'anarclîïe.
Les électeurs, réveillés, se prépa¬
rent à nettoyer la maison et à balayer
les ordures à l'égout.
Nous supplions tous nos amis de
profiter des événements pour faire
partout l'éducation de l'électeur.
XX.
ï€ENBE -
BAESIÈGES. — Inventaire im¬
possible. — L'inventaire devait avoir
lieu lundi à 10 heures du matin. Dès 7
heures, les habitants arrivent des villa
ges même les plus éloignés, décidés à
protester. Ils entrent tous dans l'église,
attendent la force armée et l'agent du
Gouvernement. Toutes les familles sont
là autour de leur curé, chantant des can
' tiques avec entrain.
A l'heure indiquée, on voit apparaître
à la bifurcation de la route les chevaux
des gendarmes, puis ffa voiture de M.
Terrade, receveur. Les rues du village
sont désertes. Les -quelques blocards
sont au coin de leur feu. Le maire ceint
de son écharpe n'a pas de peine à main¬
tenir l'ordre.
Le receveur lui demande où est la
porte de l'église. Le maire se contente
de le renseigner par un geste. Les gen¬
darmes restent sur le pont. La cloche
sonne tristement le glas, qui est couvert
par les chants nourris. Le receveur
s'avance et trouve la porte fermée ; il
donne dans le panneau trois coups de
genou, puis se retire pour en référer à
ses supérieurs.
L'inventaire n'a pu avoir lieu.
Quand on se représentera on devra
briser la porte.
Electeurs, qui votiez pour M. Mala-
fossercomprenez-vous maintenant quelle
est la gravité de votre crime? Vous don¬
niez la hache aux crocheteurs de votre
église.
¥
E5R&MOKJAS. — Inventaire im¬
possible. — L'inventaire n'a pas pu
davantage se faire à Bramonas qu'à
Balsièges.
Lundi, à 3 heures du soir, le receveur
Terrade s'est présenté, accompagné par
quatre gendarmes à cheval.
La population s'était barricadée dans
l'église. Devant la porte fermée, on s'est
LOZERE
LA LOZÈRE PROTESTE CONTRE LES INVENTAIRES
On va briser 200 portes d'église
retiré sans procéder à l'inventaire. Là
encore, il faudra, pour entrer briser la
porte.
&
CHASTEL-HOCVEL. — Su
perbe protestation. —• L'inventaire
était fixé à lundi dernier, 10 heures.
De très bonne heure, la population
était accourue de tous les villages et
avait assisté à la messe.
Les jeunes gens, munis de sifflets et
d'une corne monumentale, montent au
clocher pour faire le guet. Les chan
teuses se placent aux tribunes. Dans
l'intérieur, les femmes s'agenouillent
devant le Saint Sacrement, où pendant
toute la matinée elles prieront avec un
calme parfait, une piété profonde.
Les hommes restent dehors devant la
façade, sur le large perron, au fond
duquel se dressent deux pins qui portent
deux casseroles, emblème du gouverne¬
ment maçonnique.
Les guetteurs, du haut du clocher
qui domine la plaine, voient apparaître
les gendarmes, sur la route de Mende.
Une brigade à cheval escorte la voiture
du receveur Sauvage.
Aussitôt le signal est donné, les sifflets
font .rage, et la corne réveille tous les
échos par ses terribles mugissements
La cloche sonne le tocsin. Le vacarme
redouble, formidable, à l'entrée des
agents dans le village. Il est dominé par
une clameur enragée : A bas les boucs !
Liberté !
Les gendarmes mettent pied à-terre ;
l'un d'eux garde les chevaux, les autres
quatre accompagnent le receveur. Ils
sont salués par une retentissante accla
mation : Vive l'armée! Ils saluent.
Alors, tous les hommes se massent
en trois rangs sur l'escalier. Ils sont là
soixante, résolus, intrépides, entourant
leur curé. Le receveur s'avance. Les
sifflets bruissent et roulent, étourdis¬
sants ; la corne mugit, sauvage, et les
cris assourdissent : A bas les boucs ! A
bas les voleurs ! Liberté ! Le tapage est
infernal.
Le Receveur est là, flageollant, pâle
comme un mort. Il déclare ses titres.
M. le Curé formule sa protestation, puis
en un clin d'œil tous les hommes en
trent dans l'Eglise en referment pres¬
tement la porte et se mettent à se barri
cader très fortement.
Les gendarmes n'étaient pas en nom¬
bre pour arrêter le mouvement. Devant
l'attitude énergique de ces hommes, on
comprenait qu'il fallait pour les conte
nir plus de gendarmes que de manifes¬
tants.
Les chants reprennent avec entrain :
Nous voulons Dieu, Parce.
Les agents n'ayant pas d'outils quit
tent la place et vont en référer à leurs
chefs. Leur départ est conspué par une
épouvantable clameur de A bas le bouc i
par les sifflets stridents et les mugisse-
de la corne. Le calme n'est revenu que
quand les crocheteurs ont disparu à
l'horizon.
Puis tout le monde est entré dans
l'Eglise et, pieusement, a reçu la béné¬
diction du Saint Sacrement.
Tous les gens du village sont restés au
Chastel, jusqu'au soir, de peur d'un re¬
tour imprévu de la police.
La population est très surexcitée. La
tournée du candidat blocard . est faite
pour les élections du mois de mai.
LâHUÈJOLS, — Inventaire. —
L'inventaire devait avoir lieu mercredi
à 10 heures.
A 8 1/4, à peine les messes dites, deux
brigades à cheval et deux brigades à
pied cernaient l'église. Les habitants des
villages n'étaient pas encore arrivés.
Quelques hommes aux aguets parvien¬
nent à se fermer dans l'église : personne
ne peut plus pénétrer.
Au son du tocsin, la population s'est
rassemblée sur la place et on chante:
Nous voulons Dieu. Je suis chrétien. Y pen¬
sons-nous à cette heure dernière. A l'inté¬
rieur, aussi, on chante et on prie.
Entre temps, les gendarmes ouvrent
leurs sacs et déjeûnent.
A 10 heures précises, M. Thérizols,
percepteur de Mende, se précipite à la
cure, pour inventorier la mense curiale.
M. le Curé proteste, dit qu'il n'y a rien
et que l'immeuble n'appartient à la
Commune qu'à la condition de ser¬
vir de logement à perpétuité au curé.
L'agent demande à M. le Curé de faire
ouvrir la porte de l'église. Refus.
L'agent se retire.
On mande le maire, le fameux Fer-
rier qui arrive avec l'écharpe. Il est hué ;
il fait les sommations. Une voix de l'in¬
térieur répond : La garde meurt et ne se
rendras-
On va chercher les outils du garde fo
restier, personne n'ayant voulu en four¬
nir dans la localité.
Le brigadier Mourgues, de SUElienne,
attaque la porto à coups de hache: Les
coups résonnent au loin, tristement, so
nores.Un panneau se détache, mais voilà
qu'il faut scier une forte barre transver¬
sale.
Il est 11 h. 1/4. On fait alors l'inven
taire très sommaire, au milieu des chants
et des protestations et on se retire.
M. le Cure félicite la population et
donne la bénédiction du T.-S. Sacre¬
ment :
Au sortir de l'Eglise, un agent disait :
« Sans le maire, nous étions obligés de
partir bredouilles. »
La population est indignée. Les amis
même de Ferrier le traitent sévèrement.
Le maire a été hué et les gendarmes sont
restés jusqu'à 5 heures pour le protéger.
LUC. — Inventaire impossible
M. Arnault s'est présenté pour faire
l'inventaire des biens de l'Eglise de Luc
qu'il a trouvée barricadée et défendue
par une bonne partie de la population,
calme, mais résolue.
L'Eglise est encore fermée, et l'Inspec¬
teur, accompagné par la foule, a pris le
train de 6 heures pour Mende. M. le
Maire de Luc accompagné du garde-
champêtre et de 4 gendarmes de La Bas¬
tide n'a pu constater aucun désordre,
mais plutôt le peu de sympathie qu'il
s'attirait dans la circonstance.
SABMT-AIS|A1«S. — Résistance
à l'inventaire. — Les inventaires
dans notre canton ont commencé dans
l'église de Saint-Amans.
Le 17 février, à 10 heures du matin,
au moment où les fidèles venaient d'as¬
sister à un office funèbre pour les bien¬
faiteurs défunts de l'église, M. le rece¬
veur d'enregistrement s'est présenté,
escorté de quatre gendarmes, à la porte
de l'église.
M. le Curé lui a lu une énergique pro
testation contre l'inventaire. M. Barlet,
conseiller d'arrondissement du canton
et président du Conseil de fabrique a
déclaré s'associer pleinement à la pro
testation de M. le Curé et il a ajouté que
sa conscience de catholique ne lui per
mettait pas d'ouvrir la porte de l'église.
Entre temps les fidèles s'étaient barri¬
cadés à l'intérieur et chantaient avec
entrain : Nous voulons Dieu, Parce Do¬
mine.
Le receveur se voyant refuser l'entrée
s'est retiré, en annonçant qu'il allait en
référer au Préfet.
Depuissamedi notre église est en deuil.
Elle restera fermée jusqu'à ce que les
portes seront brisées par des mains
sacrilèges. Des crocheteurs on n'en
trouvera pas à Saint-Amans.
Le sang bouillonne dans les veines de
nos montagnards lorsqu'il s'agit de dé¬
fendre leurs églises. Ils ne rougissent
pas de se montrer chrétiens.
SABtinr'-CàAfL. — Inveaitaire im¬
possible. — Comme à Saint Amans,
l'agent du fisc et les gendarmes ont
trouvé l'église fermée. Devant la résis¬
tance de la population, ils ont dû se re¬
tirer. L'église est gardée et il faudra,
pour pénétrer, en briser les portes.
Les électeurs se réservent de protes¬
ter plus efficacement au mois de mai.
——^
MARVEJOLS
LA CAftIOERGEE. — L'inven¬
taire. — En maire en fiirenr. —
Barricades. — Ene porte fracas
sée.— L'inventaire de l'église était fixé
au samedi 17 février, à 10 heures du ma¬
tin, et celui de la cure à 2 heures du
soir. La nouvelle produit dans la ville
une douloureuse émotion. On protestera
hautement.
Première journée. — Samedi, à l'ap¬
proche de l'heure sinistre, l'église pa¬
roissiale s'emplit ; on chante, on prie,
et toujours l'affluence grossit. A dix heu¬
res moins un quart, voilà les gendar¬
mes. Brusquement la porte de l'église se
ferme et deux tours de clef grincent
dans la serrure. Dix heures sonnent.
L'agent des domaines, M. Grande, et la
brigade sont là. Dans l'église résonne le
cantique : Nous voulons Dieu. Le receveur
presse le loquet, pousse et dit : on nous
résiste! Il blêmit, hésite un instant et
enfin députe les gendarmes et le garde
champêtre chez M. le Maire. Celui-ci,
souffrant depuis quelques jours était en¬
core au lit. En apprenant la résistance^
il entre dans une colère subite qui le
guérit de tous ses maux, et, nonobs¬
tant la fièvre et les lois de l'hygiène, il
accourt, pensant bien que tout cédera
devant lui. Il arrive essoufflé : par trois
fois, il frappe à la porte de l'église en
criant : ouvrez ! La porte muette résiste
au maire. Il se retire en grommelant des
menaces. Quelqu'un lui fait observer
qu'il n'a pas sommé d'ouvrir au nom de
la loi; j'ai oublié! dit-il, il est sur le
point de se retourner pour essayer de la
vertu de ce mot magique. L'agent et les
gendarmes le suivent dans sa retraite.
L'inventaire est renvoyé.
Du dehors on annonce à la foule réu¬
nie dans l'église que l'ennemi est en
fuite. Par crainte d'un retour offensif,
la porte reste fermée et ne s'ouvrira que
le lendemain pour les offices du diman¬
che.
Les fidèles fiers de cette première vic¬
toire tombent à genoux, recueillis, et le
Curé donne la Bénédiction du Saint-
Sacrement.
Le soir, à 2 heures, inventaire au
presbytère. M. le Curé dans l'intérieur
attend, entouré de MM. André de Tré-
monlels, Roqueplo et l'abbé Bessière,
membres de la-Fabrique. Les gendarmes
stationnent devant la grille de la cure et
avec ordre de M. le maire de ne laisser
entrer personne. M. de Nogaret, con¬
seiller général et fabricien, veut entrer.
M. le maire, illégalement et contre la
plus vulgaire convenance, lui fait barrer
le passage. Il fallut l'intervention éner
gique de M. André, président de la
Fabrique, pour ramener à l'observation
de la loi ce farouche gardien de la loi.
L'inventaire se fait en un tour de
main. M. le Curé déclare que tout lui
appartient dans le presbytère, excepté
les meubles que désignera M. le maire.
Avant de se retirer, M. Reversât,
maire, reproche grossièrement à M. le
Curé les manifestations du matin comme
si elles n'étaient pas l'œuvre spontanée
de la population. Il annonce la force
armée pour bientôt. Nous l'attendons !
répondent MM. les fabriciens,
Deuxième journée. — Lundi, jour
présumé pour la réalisation des mena¬
ces de notre magistrat municipal, les
habitants sont au guet. A 8 heures, une
armée de gendarmes; les brigades de
Chanac, Aumont, Marvejols, St Germain,
avec, en tête, l'intelligent Molinier, com¬
missaire de police à Mende, entrent en
ville parla rue Neuve. Aussitôt l'alarme
est, donnée dans toutes les rues. On se
précipite à l'église. Le tocsin sonne. Les
premiers entrés ferment et barricadent
la grande porte. Les fidèles entrent par
la porte de la sacristie que quelques
hommes résolus ferment à la première
apparition des gendarmes. Dans, l'inté¬
rieur, chant des cantiques. Au dehors
les fidèles qui n'ont pu entrer se mas¬
sent devant la grande porte.
A dix heures précises, l'agent est là.
Le commissaire fait les sommations. A
la troisième, de l'église on répond par
le cantique Nous voulons Dieu. La lugu¬
bre opération commence. On essaye de
perforer les portes avec des tarrières,
mais par le trou, on aperçoit qu'il y a
des barricades. Alors, Bernon et Dumas,
deux salariés de M. le Maire, reçoivent
l'ordre de briser la porte à coups de
hache. La vieille porte résiste et lasse
la rage des briseurs ; quatre gendarmes
les remplacent et réduisent en miettes
le portillon. Cela ne suffit pas, il faut
enfoncer le battant de gauche. Après
une heure d'effort, un gendarme, puis
deux, puis trois pénètrent par l'ouver
ture et s'escriment à débarrasser la
porte. La foule crie : Vive le Christ !
Vive la liberté ! Bas les voleurs !
Enfin, l'agent soutenu par la force
passe à travers les fidèles au milieu des
cris: Vive le Christ! Vive la liberté!
arrive jusqu'à la table de communion
où M. le Curé, entouré des membres de
la Fabrique, lit une vigoureuse protes¬
tation.
Sur l'accoudoir d'un banc, M. Grande
rédige son procès-verbal, tandis que les
gens chantent le cantique: A la mort! à
la mort ! suivi de cet autre: Le Bien d'au¬
trui tu ne prendras ni retiendras...
C'est fini! La population attristée con¬
sidère cette porte brisée et bien des per¬
sonnes emportent les débris pour les
conserver comme souvenir de l'horri¬
ble sacrilège.
Pour l'honneur de la Canourgue nous
constatons qu'on a vainement demandé
aux charrons et menuisiers de la ville
une hache et un marteau. Il a fallu pren¬
dre à la mairie les instrumenta de-dé¬
molition.
Dans cette journée terrible, Monsieur
le Maire a pris parti contre la popula¬
tion entière de sa commune. Il n'avait
même pas l'excuse du salaire à gagner
et du mandat à exécuter. Il est le pre¬
mier maire de la Lozère qui ait pris une
part active à une besogne que tout le
monde réprouve. La Canourgue se sou¬
viendra.
CSBAMAC. — Inventaire. — Mardi
dernier, inventaire des biens de notre
Eglise.
L'agent du fisc, M. Langlade, sous-di¬
recteur de l'enregistrement de Marvejols,
est arrivé par le train de 9 heures. Il
s'est rendu directement sur le champ
des opérations, qu'il croyait préparé
d'avance à un accès facile. Deux briga¬
des de gendarmerie étrangères avaient
été expédiées, avec mission des'emparer
de la place pour empêcher le rassemble
ment et tenir ouvertes les portes de
l'Eglise. Ils sont arrivés un peu tard.
Quelques jeunes intrépides, plus avi¬
sés que la police, se tenaient en éveil de¬
puis la veille.
Après la première messe, le brigadier
de Chanac s'est précipité vers la porte
du sanctuaire, qui lui a été fermée au
nez. Il a pu empêcher la foule de se ras¬
sembler dans l'Eglise ; mais son empres
sement par trop zélé, n'a pu obtenir son
but principal. Les agents de l'adminis¬
tration ont trouvé à leur arrivée portes
fermées et solidement barricadées. Ils
ont été obligés de procéder au crochetage
de la porte principale d'entrée, qui a ré
sisté à leurs premiers efforts. Ils ont
immédiatement, télégraphié à M. le Pré¬
fet. Sur les ordres de la Préfecture on a
sollicité le secours de M. Charpal, toujours
dispos à prêter main forte. Notre com¬
plaisant juge de paix, rêvêtu de son
écharpe, est arrivé à l'instant. Il a fait à
la porte de l'Eglise les trois sommations
d'usage. Sa voix couverte par le chant
des fidèles rassemblés au dedans et au
dehors du sactuaire et par le son lugu¬
bre de la cloche principale qui sonnait
le tocsin, n'a pas été entendue. Elle
n'aurait pas même été écoutée.
Force a été de recourir aux moyens
extrêmes. Le crochetage n'a pas réussi.
On a procédé alors à l'enfoncement delà
porte. Un zélé pandore, arrivé du milieu
des prolestants, armé de pics, d'une
massue en fer et d'une hache s'est chargé
de l'opération qui a duré demi heure. 11
frappait avec fureur à coups redoublés
sur la porte de la maison de Dieu. Tel
un sanglier en fureur écarte sur son
passage tous les obstacles qu'il rencon
tre. Le prémier, il a pénétré dans le
Lieu-SaiDt et ouvert le passage.
Les autres agents se sont montrés plus
convenables et semblaient faire avec
peine la triste besogne qui leur était
commandée. M. Langlade s'est montré
en entrant plein de courtoisie. Il s'est
trouvé alors en présence de M. le Curé
qui lui a lu une énergique protestation
et a obtenu sans peine qu'elle fut insé¬
rée dans le procès-verbal de l'inventaire.
La suite des opérations s'est effectuée
sans de graves incidents, au milieu des
chants d'une population calme quoique
indignée. On n'a entendu vers la fin que
les cris: A la mort! à la mort! à la
porte ! à la porte !
Au dehors, le public se tenait digne et
respectueux ; mais les quolibets les plus
amers circulaient de bouche en bouche.
La réprobation était générale dans Cha¬
nac. Triste coïncidence, un chien enragé
venait de mordre quatre personnes.
Ellés partaient pour Montpellier en
même temps que les crocheteurs por¬
taient leurs pas vers le sanctuaire
à crocheter.
Le Chanacois.
LE SIALZSEL. — Inventaire*. —
Lundi, journée glorieuse et inoubliable
au Malzieu. L'inventaire de l'Eglise était
annoncé pour 10 heures. Dès 8 heures
les offices se terminaient et une foule
compacte se pressait dans la vaste nef,
pour protester contre l'iniquité gouver¬
nementale. Alors les portes sont fermées.
Au dehors, la place et tous les alentours
sont remplis d'hommes, de femmes, de
jeunes gens. Le conducteur du courrier
nous assure n'avoir jamais vu de sa vie
une aussi grande affluence de monde au
Malzieu. Toutes les paroisses voisines
ont accouru: Prunières, Saint Pierre le-
Vieux, Saint-Léger, Saint-Privat sont là
presque en entier.
A 8 h. 1/2, arrivent deux brigades de
gendarmes à cheval et plusieurs autres à
pied. Tous, de concert, chargent la foule
pour faire évacuer la place et les abords
de l'Eglise : rien n'y fait. La foule reste
compacte. Des hommes et des femmes
robustes sautent aux brides des chevaux
et les font reculer ou retardent leur mar¬
che. Des cris,des hou! hou! formidables
s'élèvent. On les entend à cinq kilomè-
trei de distance. On veut imposer silence :
alors la foule entonne des cantiques aux¬
quels on répond de l'intérieur.
Durant ce temps, on cherche un serru
rier au Malzieu : peine perdue, personne
ne veut se prêter à l'odieuse besogne.
On a fini par en trouver un de St-Chély :
c'est un nommé Raspail, originaire du
Cantal et chargé d'une foule de condam¬
nations. Vers les 9 heures, ce person
nage paraît, escorté de nombreux agents
de police armés de grosses haches desti¬
nées à fracasser les portes. Le malheu¬
reux crocheteur donne le premier coup
de hache : un cri vraiment effrayant est
poussé par l'immense foule et se pro¬
longe longtemps, mêlé d'expressions de
rage et entrecoupé de sanglots.
Le crocheteur s'acharne toujours à
coups de hache, contre la porte qui
résiste. Un témoin ne peut contenir sa
colère. Une pierre est lancée et atteint
à la tête l'exécuteur: son sang coule.
Malgré tout, il continue son œuvre. Un
coup de bûche lui tombe violemment
sur le bras. Pendant que le garde fores¬
tier Mourgues arrête l'a uteur présumé
du coup de pierre, au milieu des protes¬
tations, les gendarmes dressent des pro¬
cès-verbaux, ou essayent d'arrêter les
manifestants les plus ardents, mais les
femmes les leur enlèvent prestement.
Enfin, après deux heures de travail, la
porte cède. Une clameur encore plus
grande que toutes s'élève et se répercute
au loin dans tout le vallon. On va faire
un mauvais parti au crocheteur. Les
gendarmes laissent tout le reste pour
l'entourer et le protéger. Il a donné 194
coups pour enfoncer le panneau.
L'agent des domaines essaie de péné¬
trer dans l'église, mais la foule est si
compacte que tous les gendarmes réunis
ne peuvent lui frayer un passage. Aussi
le pauvre homme est il pâle à mourir.
Alors on aperçoit tous les bancs de
l'église transformés en barricades der¬
rière les portes ; ils sont reliés par de
grosses chaînes.
La porte est ouverte, et sur les débris
qui jonchent le sol, M. le Doyen lit d'une
voix forte une ferme protestation, cou¬
verte d'applaudissements, dans laquelle
il réprouve avec le Pape « de toute son
énergie d'honnête homme, dg citoyen et
de prêtre » la loi de séparation. Après
avoir promis l'insertion au procès-ver¬
bal, l'agent des domaines passe dans
la nef.
Elle est toute tendue de noir comme
aux jours des grands deuils, le glas
sonne à coups lents et lugubres, des
cierges brûlent sur l'autel. Des protesta-
ions s'élèvent contre l'invasion du tem¬
ple, plus véhément que jamais : Liberté !
liberté ! ; surtout cette strophe qui vibre
sous les voûtes et qui est d'un à-propos
si impressionnant:
Nous voulons Dieu ! car les impies
Contre lui so sonl soulevés
Kl dans l'excès de leurs furies
Ils le bravent, les insensés !
« Pitié, Mon Dieu; Nous voulons sur terre, lutter
pour la foi ».
Pourtant à travers la foule et les bar¬
ricades, l'agent arrive jusqu'à la porte
de la sacristie. Elle est fermée. Le cro¬
cheteur lève sa hache pour la fracturer.
Une femme la lui enlève. Il pousse
violemment la porte. Elle cède.
Un inventaire très sommaire fut
dressé, si on peut appeler inventaire ce
qui a été fait dans de telles conditions.
Lorsqu'on sort le crocheteur de l'église,
la foule se précipite sur lui pour l'échar-
per. La solide escorte de gendarmes qui
l'entoure a peine à le protéger. Enfin
on arrive dans une rue moins encom¬
brée: aussitôt les gendarmes et le cro¬
cheteur au milieu d'eux, de courir à
toutes jambes vers la caserne pour se
mettre à l'abni. Hommes, femmes, jeu¬
nes gens, jeunes filles se précipitent, à
pas rapides, par les rues et ruelles,
vers la gendarmerie. C'est une course
furibonde. Les gendarmes sont devan¬
cés ; ce n'est qu'après des efforts inouis
qu'ils introduisent leur Raspail à la
caserne.
Maintenant il faut faire dîner notre
personnage. Dans toutes les auberges
on refuse de donner quoi que ce soit
pour lui. On a beau dire que c'est pour
les gendarmes, personne ne veut rien
donner. Le crochetage ou la manifesta¬
tion ont duré jusqu'à 3 heures du soir.
AIIALAA'ES. — Résistance à.
l'inventaire. — Le 19, à 2 heures du
soir, M. Serres, percepteur du Malzieu,
est arrivé à Mialanes. Il était accompa¬
gné de deux gendarmes à pied, et d'un
gendarme à cheval. Il a trouvé la porte
de l'église fermée. Les habitants réunis
ont déclaré qu'ils ne céderaient qu'à la
force. Alors le cavalier est parti cher¬
cher du renfort au Malzieu.
Pendant ce temps, les habitants ont
barricadé la porte de l'église en dedans
et au dehors. Les femmes se sont enfer¬
mées dedans. Les hommes sont restés de¬
hors résolus à manifester. Certainement
il y aurait eu du sang versé, si quelques
hommes de sang-froid n'avaient calmé
la population.
Vers 4 heures 1/2, on a vu à deux ki¬
lomètres, arriver toute une cavalerie.
C'était le capitaine de gendarmerie, avec
neuf gendarmes àcheval; derrière, autres
deux gendarmes à pied, deux gardes
forestiers avec le nôtre, en tout dix-
sept hommes armés.
Le capitaine fait les sommations régle¬
mentaires ; on ne cède pas. Un gendarme
armé d'une grosse hache se précipite
comme un furieux sur la porte. Par
dessus la barricade de neige qui protège
la porte entière, il arrive à l'imposte,
enlève la grille et va briser le vitrail.
M. le Curé calme les violents.
Enfin, on enlève la neige et la barri¬
cade, puis le gendarme ouvre la porte
à coups de hache.
Dans l'église, M. le Curé lit une pro¬
testation au nom du Conseil de fabrique.
Nous attendons, dit-il, les ordres du
Pape, nous venons d'apprendre qu'il
n'accepte pas la loi. Nous ne cédons qu'à
la force. L'église est à nous, nous l'avons
bâtie en 1806 et rebâtie en 1903. Nous
faisons toutes les réserves sur nos droits
les droits de donateurs et sur l'estima¬
tion des biens.
Le percepteur fait alorsson inventaire ;
c'est bientôt fait, l'église n'est pas en¬
core meublée, il n'y a qu'un vieil autel
tout vermoulu.
Puis on donne la bénédiction, et on
clôture par le chant du Magnificat.
La population est indignée. Les gen¬
darmes, disait-on, ne sont que desagents
forcés. Mais qu'on nous envoie une
vingtaine de sénateurs ou députés qui
ont voté cette loi scélérate et nous nous
chargeons de leur ôter l'envie d'y re¬
venir. Nous avons du sang dans les
veines, des fourches et des fusils pour
faire respecter légalement nos droits.
SAIIIlT-GEBMAÏjir -»E-TEBE.
— Snveistaire impossible. — L'in¬
ventaire devait avoir lieu lundi, 19 cou¬
rant, à 10 heures du matin.
Dès 9 heures, le tocsin sonnait et plus
de 300 catholiques accouraient, les uns
près de l'autel pour prier, les autres
près de la porte principale, pour pro¬
tester contre le cambriolage officiel.
Soudain, les gendarmes de la localité
arrivent et interdisent l'accès de l'église.
Est-ce par excès de zèle, ou en vertu
d'une consigne inexplicable? Plusieurs
ont des revendications à faire sur le
mobilier de l'église. Qu'importe, les
gendarmes persistent à barrer le che¬
min.
Indignée de ce procédé, une vaillante
chrétienne s'avance résolument de l'in¬
térieur, et ferme la porte en disant:
— Si vous ne voulez pas laisser ren¬
trer, vous aussi vous resterez dehors.
M. le Curé entouré des membres du
Conseil de fabrique se disposait à lire sa
protestation.
L'envoyé du fisc s'est présenté à 10 h.
précises, Mais il s'est retiré devant
1 hostilité de la foule. Il n'a pas pu même
commencer son odieuse besogne.
&
BAF4JAC. — Journée mémora¬
ble.- Mardi dernier, p eu lieu l'inven¬
taire de notre église.
A t heure, l'agent des domaines se
présente pour procéder à l'opération;
après avoir entendu l'énergique protes¬
tation de M. le Curé, il doit se retirer
sans remplir sa mission.
Quelques instants après il revient, ac¬
compagné de 12 gendarmes et de M.
Charpal, juge de paix à Chanac, le cro¬
cheteur de notre couvent, (le juge ne
vient chez nous que pour ces choses là).
Aussitôt la population, massée autour
de l'église, entonne le cantique : Nous
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