Titre : Ève : le premier quotidien illustré de la femme / directeur-rédacteur en chef, F. Foussarigues
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1920-02-25
Contributeur : Foussarigues, Francis (1880-1942). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32771466k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 25 février 1920 25 février 1920
Description : 1920/02/25 (A1,N6). 1920/02/25 (A1,N6).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t5144192d
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-46197
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2022
LES IDEES, LES SENTIMENTS ET LA BEAUTE DES LIVRES
Quand une fois il a goûté le
suc des mots, l’esprit ne peut plus
s'en passer ; il y boit la pensée.
J. JOUBERT.
D es livres nouveaux étudiés ici, nous
chercherons à dégager, de notre
mieux,' les idées dominantes. L’idée
est le pain de l’esprit. Auteurs, critiques
et lecteurs doivent denc rompre frater
nellement ce pain ensemble. Mais, ainsi,
la Cène, quoique nourricière intellectuel
lement, serait trop frugale pour l’âme.
L’homme ne vit pas que de pain. Il a un
cœur, une âme, une imagination et le
besoin secret de cette manne spirituelle'
qui lui vient de la Beauté. Nous n’oublie
rons pas les curiosités, les tendances et
les aspirations de cet ordre.
- Dans cette,tâche est-il besoin de le dire ?
nous apporterons avant tout de la bonne
foi, de. la sincérité et cette impartialité
qui est pour le critique la garantie de sâ
conscience et la condition même de la
liberté de son esprit -
Et maintenant, aux bouquins ! avec un
amour profond des lettres, une sympa
thie tout acquise aux œuvres de talent et
Mme MAGDELEINE MARX
(Cliché H. Manuel).
Mme RAYMONDE MACHARD
le rend en des images d’une rare inten
sité. Elle sursature les mots de puissances
signifiantes. Toutes ses idées passent par
ses sens avant de s’exprimer et de nrendre
leur rang tumultueux, bariolé, dans l’apo-
calypse d’un style étrangement personnel
et entier. L’art de Madame Marx est exac
tement le rebours de l’art classique. A cet
antipode, il donne une impression de pay.
sage tropical .surchauffé, plein de lianes,
de fleurs démesurées et d’ombres malé
fiques.
RAYMONDE Machard. — Tu enfanteras...
(Flammarion).
Ce-roman d’une maternité nous ramène
à la femme, à la vraie, celle dont le subli
me instinct ne fait qu'un avec la plus
haute vertu. Tout homme porte au cœur,
bien à part, une image sacrée : celle de
sa mère. Nous savons bien que nous avons
été enfantés dans la douleur. Pas assez
toutefois. Le culte de notre mère est le
de la vénération pour celles du genie, si
les dieux favorables veulent bien nous
en offrir la merveilleuse rencontre. Le « connais-toi toi même » inscrit par
les Grecs au fronton du temple de Del
phes est assurément l'impératif de. la plus
haute et de la meilleure sagesse. Celui qui
Charles de Saint-Cyr. — Complaintes
(La Renaissance du Livre).
La ' dédicace de ce volume à un petit
frère tué durant la guerre est tremblante
d’émotion et de larmes discrètement conte
nues. ' Si de telles morts venaient à être
oubliées, serions-nous dignes de rester des
vivants ! J’imagine que Charles de,Saint-
Cyr doit se révolter contre cette, affirma
tion : « que la mort ne tue que les morts ».
N’y a-t-il pas dans son cœur une petit lieu
tenant qui ne périra pas ?...
Les Complaintes, écrites pendant la
se connaît, aperçoit les possibilités de
l’existence dans leur valeur réciproque et
leur harmonie. Il peut vivre à sa mesure,
réaliser sa destinée, prendre sa vraie
placé au soleil. -
guerre sont, pour la plupart,
qui ont mué en poésie ».
« des pleurs
Notre cœur,
durant’le drame, n’a pas cessé d’être le
cœur humain. Le poète dit les tourments 1 ,
les tendresses, la foi du sien. C’est la
fauvette du calvaire. Sa poésie a la sim-
plesse dépouillée d’une litanie. Non, point
d’emphase, un chant très doux, parlant
parfois et s'expliquant tout en poursui
vant sa mélodie discrète.' Petits vers clas
siques, toujours justes de ton," d’une for
me effacée, afin que l’originalité fluide se
répande mieux dans la tonalité générale.
Pour finir, Noël, mystère des ans de
signe déposé en nous par son immense
amour, qui fut notre première leçon de
dévouement, de sacrifice, d’altruisme. Mais
nous ignorons ce qu’une femme a ressenti
. . .. -, , . -et souffert avant d’esquisser son premier
en face du public. Mais la probité sincère et céleste sourire au chérubin né de sa
.chair.
ex le pathétique de son émotion, la ri
chesse le si pensée dès les' pretticres
pages de ses livres, saisissent le cœur
'J'imagine que le livre de Madame Ma-
chard nous l’apprend. Le© mères seules
pourront attester la vérité du journal de
cette maternité. Il semble noté, pourtant,
avec une sensibilité exacte. Ces pages
donnent, une impression de ressenti cer-
méticuleuse que l’on peut égaler au « Dis- taine. Et elles sont écrites avec tant de
ciple » de’ Bourget pour. la rigueur de. SrAC zdena veté spontanée et de natu-
l’analyse, tous les romans de M. Estaunié rele aisance, dans la complexité des émo-
sont marquants,-et, en-soi, définitifs, ons ct.a simplicité du récit ....
- 4 4 U enfanteras... est-assurément un beau
livre.
comme l'esprit. Il a le sens du réel, le don
de la vie, et, singulièrement, l’intuition
du mystère qui enveloppe le tragique quo
tidien, comme dirait Maeterlinck.
.Depuis l'E^ijJîeinte, .livre de- scrutation
-M. le Directeur Baslèvre ignore les
.préoccupations de cet ordre. L’instinct n’a
point suppléé pour lui à .la connaissance.'
Faire une brillante carrière a été son uni
que .souci. Les facultés inutiles à ce but
sont restées latentes, passives. Il a réussi. -,
Il est au haut de l’échelle, comme on dit. fait comme une pièce de Dumas fils,
Le voilà grison. Haut fonctionnaire, il se s'ajoute à la file de ces œuvres-réalisées
retrouvé dans la même chambre mansar- pleinement par un écrivain probe, robus-
dée de la place des Vosges où le jeune ré- te et chaleureux. .
dacteur s’était installé, trente ans aupa
ravant, en débarquant de sa province. De- Mic —
puis, rien de changé non plus dans ses MA-r
mœurs, sentiments et idées. M. Baslèvre marion).
n’a pas encore songé à vivre hors de l’ad-
Je vous en
TJ Ascension deil. Baslèvre, roman bien
AUGUSTE Bréal. - Vélasquez (Georges
Crès). ë
ministration.
Oui, certainement, le livre de M Bréal
Marx. — Femme (Flam--et une invitation au voyage très tentante.
' Toutefois, avant de passer les Pyrénées,
faudra-t-il attendre que les « pesettas »
... . coûtent moins cher. Au reste, le Louvre
ai assez dit sur la Claire de. ayant réinstallé ses salles, il nous est
• — w-5/ . , ; x i rl or- 2 "Cll.0. 11 IIU15 CSG
Pour si fermée que soit l’existence d’un M. Estaunié, pour montrer tout ce qu il loisible d’aller'contempler gratis quelques-
homme, il faut bien que la femme la tra- y a de vérité humaine et de vertu sociale uns des chefs-d’œuvre du grand Sévillan
’ - dans, son cas. La Femme de Mme.Marx II est vrai, ce peintre était si fidèlement
est singulièrement differente. Le. stoïcisme .... ‘*- - 1 - -
de Claire la ferait ricaner mauvaisement.
Pour si fermée que soit l’existence d’un
verse une fois au moins. Une fois devait
suffire pour montrer à M. Baslèvre le vide
d’une partie de lui-même et l’accabler de
la poignante mélancolie que provoque le
sentiment soudain d’une vie manquée.
Toutefois M. Baslèvre aime. Ce vieux
jeune homme ainsi, aurait pu mal tour
ner, car c’est bien à notre perte que l’in
sidieux démon de midi travaille. Fort
L'instinct maternel, pour elle, est un pré-
jugé. Ne lui parlez pas de l’exclusivité de
l’amour. Elle vous répondrait : « On peut
aller jusqu’aux confins du sublime qu’on
porte ». Cette femme va vous étonner da
vantage encore par cet aveu : « Dans ma
heureusement pour lui, M. le Directeur féroce survivance je n ai gardé que ce qui
s’était amcuraché d’une honnête femme, m‘a servi, tout le reste est décomposé se
que dis-je-? de l’une de ces douces sain- n est plus rien, pour, moi ». Notez qu il
- • ■ • ■ ■ * - s agit d un mari et d un amant, tues a la
guerre. La première douleur causée par
leur mort épuisée,' cette femme ne .leur
tes et martyres qui portent avec courage
et jusau'au bout la lourde croix de la vie.
— . .20 __ , • leur iliUlt CPuICC; ceuc leiume II. --‘U-
Voici l'histoire. Un camarade d enfance doit-plus rien puisqu'ils ne peuvent lui
oublie, Gustave, , demande un • service à • ' • • ■ - °
M. Baslèvre. Ce Gustave est un garçon
déchu, amoral, tripoteur, vivant d’expé-
dients et des pires, puisqu'il soutire à une
servir à rien!.
Nous voilà donc, bien en présence d'un
faunessequi a lu Nietzsche. Rien d'éton-
.. - , ------ nant qu'elle brise ses liens, renverse les
prunts d'argent, avec les plus beaux senti- clôtures, sorte de là famill, de la,société
ments de-son cœur. Claire, la femme de pour traquer sauvagement des sensations
Gustave, belle et douce, a le pressenti- nouvelles. Son moi égoïste,' irréductible;
ment de ces'turpitudes. Elle se sait dépa- ne sera jamais satisfait. Elle ne dévorera
reillée. Cenendant, comme la dame du point l’infini. De là sa plainte et sa phi-
sonnet d’Arvers, à l’austère devoir elle de- losophie. Le monde est mauvais puisqu’il
.meure pieusement fidèle. Sa force, comme ne nous donne point tout-ce que nous pou-
sa vertu, viennent du sentiment qu’elle vous désirer ! Mais si la créature humaine
est, malgré tout, la compagne - de • cet libre dans la forêt vierge est affamée, qui
homme en .pleine perdition.. Elle, ne le tra- dévorera-t-clle ? ou par quel fauve sera-t-
bim nint Pennten* t " ni *opken* elle dévorée ?
pauvre institutrice sa maitresse, dés, em-
ne.nous donne point tout-ce que nous p.ou-
uns des chefs-d’œuvre du grand Sévillan.
réaliste qu’il faudrait, au dire de M. Au-
guste Bréal, ne prendre contact avec lui
qu’en Espagne, et dans la lumière qu’il y
a entre le ciel et la terre des environs -de
M. CHARLES DE SAINT-CYR
l’épreuve, éclairé comme un vitrail par
une belle lumière mystique.
Ce volume est orné de quelques illustra
tions originales de Jeannine de Saint-Cyr,
sœur du poète.
hira point. Pourtant, l’amour si touchant
et si malheureux de ce.M. Baslèvre, qui est
venu en aide à son mari, rayonne dans
son cœur. Elle aime aussi et son sacrifice
ennoblit le sentiment qu’elle réprime.
Claire ne révélera son amour à M. Bus ¬
Edouard Estaunié. — L‘Ascension de
M. Baslèvre (Perrin et C j.
Si M. Baslèvre, directeur au Ministère
du Commerce, avait eu occasion de médi
ter quelque peu le Vœ Soli de l’Eeclésiaste,
il n’aurait certainement pas manqué de
comprendre que, de toute façon, l’homme
qui vit seul est fatalement voué à quel-
que. déplorable infortune. Il se serait
marié jeune pour être père de nombreux
enfants. Tout au moins, aurait-il varié et
multiplié ses habitudes, afin de ne point
devenir prisonnier d’une seule : par
crainte aussi de réduire son existence à
la mesure de sa fonction, importante, sans
doute, mais combien exiguë en compa
raison de la vaste amplitude de la vie
humaine !
lèvre que par une lettre, quelques heures
avant de mourir.
Ainsi, M. Baslèvre aura vu trop tard
l’infini de la vie dans les yeux purs de la
femme. Néanmoins, c’est la Vita Nuova
pour lui. Désormais, il. vivra dans le culte
de celle qu’il a aimée, mais aussi en la
plus désolante viduité du cœur. Il a l’ima
ge du bonheur, mais l'original lui a
échappé.
. Si vous vous faites sauvagesse, prenez
garde aux loups et aux hommes des bois !
La surfemme de Mme Marx est comme
une jeune sœur de la Nora d’Ibsen, non de
celle qui règne dans Maison de l oupée,
mais de la conférencière soudaine, appa
rue au dénouement. On peut voir égale
ment en elle le type psychologique de la
Médée antique, de la lionne en fureur du
vieil Euripide, dont le Moi a des griffes
pour prendre ou pour sacrifier la victime
de son féroce égoïsme.
Le type d'une telle femme peut exister,
sans doute, en dehors de l’imagination de
Pourtant il n’a pas tout perdu. La morte Madame Marx. S'il en est ainsi, son féroce
(Photo Pilchle.)
M. RAYMOND CLAUZEL
Séville ou de Madrid. Son livre, heureuse
ment, amoindrit pour les casaniers l’in
convénient qu’il y a de se rendre chez
Vélasquez, sur les bords de la Seine. Entre
tant de mérites, reconnaissons au moins
celui-ci à cet ouvrage. A l’inverse de nom
bre de critiques d’art, M. Bréal a la dis
crétion de ne point nous masquer les ta
bleaux du maître avec des dissertations
esthétiques. Il tire au contraire ces inu
tiles rideaux. Qu'il en soit loué !...
Raymond CLAUZEL.
dit vrai lorsqu’elle semble murmurer à
son oreille :
— Je t’ai donné une âme ! -
Et c'est là le terme de l’Ascension de
M. Baslèvre. Il a enfin ouvert les portes
secrètes de la vie.
L’œuvre de M. Estaunié est sérieuse. On
ne rit pas chez lui. Ce romancier ne fait
aucune concession à l’art de plaire avec
des facilités. Nul plus que le maître des
Solitudes n'est aussi volontaire et distant
égoïsme ne doit pas toujours être victo
rieux ; et peut-être, en somme, est-elle
beaucoup à plaindre. Quant à reconnaître
le typè même de la femme dans ce « moi
en folie », comme le voudrait Barbusse :
non ! ce serait un outrage à nos mères,
à nos femmes, à nos sœurs.
Madame Marx a un singulier talent. une
personnalité assurément peu ordinaire.
Elle agite des tisons de feu dans la nuit
noire. L'inexprimé de nos sensations, elle
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des clous: le VERITABLE CROCHET X
se fixe avec une aiguille acier dans
tous murs, ne laisse aucune trace après
extraction et porte 10 à 20 kgs. Grands
Mag. Quinc et Anglo French, 37, rue
d’Enghien.
Toute publicité faite dans « EVE » sur des articles destinés aux femmes portera
a coup sûr puisque ce
sont surtout les femmes qui liront ce nouveau journal.
Quand une fois il a goûté le
suc des mots, l’esprit ne peut plus
s'en passer ; il y boit la pensée.
J. JOUBERT.
D es livres nouveaux étudiés ici, nous
chercherons à dégager, de notre
mieux,' les idées dominantes. L’idée
est le pain de l’esprit. Auteurs, critiques
et lecteurs doivent denc rompre frater
nellement ce pain ensemble. Mais, ainsi,
la Cène, quoique nourricière intellectuel
lement, serait trop frugale pour l’âme.
L’homme ne vit pas que de pain. Il a un
cœur, une âme, une imagination et le
besoin secret de cette manne spirituelle'
qui lui vient de la Beauté. Nous n’oublie
rons pas les curiosités, les tendances et
les aspirations de cet ordre.
- Dans cette,tâche est-il besoin de le dire ?
nous apporterons avant tout de la bonne
foi, de. la sincérité et cette impartialité
qui est pour le critique la garantie de sâ
conscience et la condition même de la
liberté de son esprit -
Et maintenant, aux bouquins ! avec un
amour profond des lettres, une sympa
thie tout acquise aux œuvres de talent et
Mme MAGDELEINE MARX
(Cliché H. Manuel).
Mme RAYMONDE MACHARD
le rend en des images d’une rare inten
sité. Elle sursature les mots de puissances
signifiantes. Toutes ses idées passent par
ses sens avant de s’exprimer et de nrendre
leur rang tumultueux, bariolé, dans l’apo-
calypse d’un style étrangement personnel
et entier. L’art de Madame Marx est exac
tement le rebours de l’art classique. A cet
antipode, il donne une impression de pay.
sage tropical .surchauffé, plein de lianes,
de fleurs démesurées et d’ombres malé
fiques.
RAYMONDE Machard. — Tu enfanteras...
(Flammarion).
Ce-roman d’une maternité nous ramène
à la femme, à la vraie, celle dont le subli
me instinct ne fait qu'un avec la plus
haute vertu. Tout homme porte au cœur,
bien à part, une image sacrée : celle de
sa mère. Nous savons bien que nous avons
été enfantés dans la douleur. Pas assez
toutefois. Le culte de notre mère est le
de la vénération pour celles du genie, si
les dieux favorables veulent bien nous
en offrir la merveilleuse rencontre. Le « connais-toi toi même » inscrit par
les Grecs au fronton du temple de Del
phes est assurément l'impératif de. la plus
haute et de la meilleure sagesse. Celui qui
Charles de Saint-Cyr. — Complaintes
(La Renaissance du Livre).
La ' dédicace de ce volume à un petit
frère tué durant la guerre est tremblante
d’émotion et de larmes discrètement conte
nues. ' Si de telles morts venaient à être
oubliées, serions-nous dignes de rester des
vivants ! J’imagine que Charles de,Saint-
Cyr doit se révolter contre cette, affirma
tion : « que la mort ne tue que les morts ».
N’y a-t-il pas dans son cœur une petit lieu
tenant qui ne périra pas ?...
Les Complaintes, écrites pendant la
se connaît, aperçoit les possibilités de
l’existence dans leur valeur réciproque et
leur harmonie. Il peut vivre à sa mesure,
réaliser sa destinée, prendre sa vraie
placé au soleil. -
guerre sont, pour la plupart,
qui ont mué en poésie ».
« des pleurs
Notre cœur,
durant’le drame, n’a pas cessé d’être le
cœur humain. Le poète dit les tourments 1 ,
les tendresses, la foi du sien. C’est la
fauvette du calvaire. Sa poésie a la sim-
plesse dépouillée d’une litanie. Non, point
d’emphase, un chant très doux, parlant
parfois et s'expliquant tout en poursui
vant sa mélodie discrète.' Petits vers clas
siques, toujours justes de ton," d’une for
me effacée, afin que l’originalité fluide se
répande mieux dans la tonalité générale.
Pour finir, Noël, mystère des ans de
signe déposé en nous par son immense
amour, qui fut notre première leçon de
dévouement, de sacrifice, d’altruisme. Mais
nous ignorons ce qu’une femme a ressenti
. . .. -, , . -et souffert avant d’esquisser son premier
en face du public. Mais la probité sincère et céleste sourire au chérubin né de sa
.chair.
ex le pathétique de son émotion, la ri
chesse le si pensée dès les' pretticres
pages de ses livres, saisissent le cœur
'J'imagine que le livre de Madame Ma-
chard nous l’apprend. Le© mères seules
pourront attester la vérité du journal de
cette maternité. Il semble noté, pourtant,
avec une sensibilité exacte. Ces pages
donnent, une impression de ressenti cer-
méticuleuse que l’on peut égaler au « Dis- taine. Et elles sont écrites avec tant de
ciple » de’ Bourget pour. la rigueur de. SrAC zdena veté spontanée et de natu-
l’analyse, tous les romans de M. Estaunié rele aisance, dans la complexité des émo-
sont marquants,-et, en-soi, définitifs, ons ct.a simplicité du récit ....
- 4 4 U enfanteras... est-assurément un beau
livre.
comme l'esprit. Il a le sens du réel, le don
de la vie, et, singulièrement, l’intuition
du mystère qui enveloppe le tragique quo
tidien, comme dirait Maeterlinck.
.Depuis l'E^ijJîeinte, .livre de- scrutation
-M. le Directeur Baslèvre ignore les
.préoccupations de cet ordre. L’instinct n’a
point suppléé pour lui à .la connaissance.'
Faire une brillante carrière a été son uni
que .souci. Les facultés inutiles à ce but
sont restées latentes, passives. Il a réussi. -,
Il est au haut de l’échelle, comme on dit. fait comme une pièce de Dumas fils,
Le voilà grison. Haut fonctionnaire, il se s'ajoute à la file de ces œuvres-réalisées
retrouvé dans la même chambre mansar- pleinement par un écrivain probe, robus-
dée de la place des Vosges où le jeune ré- te et chaleureux. .
dacteur s’était installé, trente ans aupa
ravant, en débarquant de sa province. De- Mic —
puis, rien de changé non plus dans ses MA-r
mœurs, sentiments et idées. M. Baslèvre marion).
n’a pas encore songé à vivre hors de l’ad-
Je vous en
TJ Ascension deil. Baslèvre, roman bien
AUGUSTE Bréal. - Vélasquez (Georges
Crès). ë
ministration.
Oui, certainement, le livre de M Bréal
Marx. — Femme (Flam--et une invitation au voyage très tentante.
' Toutefois, avant de passer les Pyrénées,
faudra-t-il attendre que les « pesettas »
... . coûtent moins cher. Au reste, le Louvre
ai assez dit sur la Claire de. ayant réinstallé ses salles, il nous est
• — w-5/ . , ; x i rl or- 2 "Cll.0. 11 IIU15 CSG
Pour si fermée que soit l’existence d’un M. Estaunié, pour montrer tout ce qu il loisible d’aller'contempler gratis quelques-
homme, il faut bien que la femme la tra- y a de vérité humaine et de vertu sociale uns des chefs-d’œuvre du grand Sévillan
’ - dans, son cas. La Femme de Mme.Marx II est vrai, ce peintre était si fidèlement
est singulièrement differente. Le. stoïcisme .... ‘*- - 1 - -
de Claire la ferait ricaner mauvaisement.
Pour si fermée que soit l’existence d’un
verse une fois au moins. Une fois devait
suffire pour montrer à M. Baslèvre le vide
d’une partie de lui-même et l’accabler de
la poignante mélancolie que provoque le
sentiment soudain d’une vie manquée.
Toutefois M. Baslèvre aime. Ce vieux
jeune homme ainsi, aurait pu mal tour
ner, car c’est bien à notre perte que l’in
sidieux démon de midi travaille. Fort
L'instinct maternel, pour elle, est un pré-
jugé. Ne lui parlez pas de l’exclusivité de
l’amour. Elle vous répondrait : « On peut
aller jusqu’aux confins du sublime qu’on
porte ». Cette femme va vous étonner da
vantage encore par cet aveu : « Dans ma
heureusement pour lui, M. le Directeur féroce survivance je n ai gardé que ce qui
s’était amcuraché d’une honnête femme, m‘a servi, tout le reste est décomposé se
que dis-je-? de l’une de ces douces sain- n est plus rien, pour, moi ». Notez qu il
- • ■ • ■ ■ * - s agit d un mari et d un amant, tues a la
guerre. La première douleur causée par
leur mort épuisée,' cette femme ne .leur
tes et martyres qui portent avec courage
et jusau'au bout la lourde croix de la vie.
— . .20 __ , • leur iliUlt CPuICC; ceuc leiume II. --‘U-
Voici l'histoire. Un camarade d enfance doit-plus rien puisqu'ils ne peuvent lui
oublie, Gustave, , demande un • service à • ' • • ■ - °
M. Baslèvre. Ce Gustave est un garçon
déchu, amoral, tripoteur, vivant d’expé-
dients et des pires, puisqu'il soutire à une
servir à rien!.
Nous voilà donc, bien en présence d'un
faunessequi a lu Nietzsche. Rien d'éton-
.. - , ------ nant qu'elle brise ses liens, renverse les
prunts d'argent, avec les plus beaux senti- clôtures, sorte de là famill, de la,société
ments de-son cœur. Claire, la femme de pour traquer sauvagement des sensations
Gustave, belle et douce, a le pressenti- nouvelles. Son moi égoïste,' irréductible;
ment de ces'turpitudes. Elle se sait dépa- ne sera jamais satisfait. Elle ne dévorera
reillée. Cenendant, comme la dame du point l’infini. De là sa plainte et sa phi-
sonnet d’Arvers, à l’austère devoir elle de- losophie. Le monde est mauvais puisqu’il
.meure pieusement fidèle. Sa force, comme ne nous donne point tout-ce que nous pou-
sa vertu, viennent du sentiment qu’elle vous désirer ! Mais si la créature humaine
est, malgré tout, la compagne - de • cet libre dans la forêt vierge est affamée, qui
homme en .pleine perdition.. Elle, ne le tra- dévorera-t-clle ? ou par quel fauve sera-t-
bim nint Pennten* t " ni *opken* elle dévorée ?
pauvre institutrice sa maitresse, dés, em-
ne.nous donne point tout-ce que nous p.ou-
uns des chefs-d’œuvre du grand Sévillan.
réaliste qu’il faudrait, au dire de M. Au-
guste Bréal, ne prendre contact avec lui
qu’en Espagne, et dans la lumière qu’il y
a entre le ciel et la terre des environs -de
M. CHARLES DE SAINT-CYR
l’épreuve, éclairé comme un vitrail par
une belle lumière mystique.
Ce volume est orné de quelques illustra
tions originales de Jeannine de Saint-Cyr,
sœur du poète.
hira point. Pourtant, l’amour si touchant
et si malheureux de ce.M. Baslèvre, qui est
venu en aide à son mari, rayonne dans
son cœur. Elle aime aussi et son sacrifice
ennoblit le sentiment qu’elle réprime.
Claire ne révélera son amour à M. Bus ¬
Edouard Estaunié. — L‘Ascension de
M. Baslèvre (Perrin et C j.
Si M. Baslèvre, directeur au Ministère
du Commerce, avait eu occasion de médi
ter quelque peu le Vœ Soli de l’Eeclésiaste,
il n’aurait certainement pas manqué de
comprendre que, de toute façon, l’homme
qui vit seul est fatalement voué à quel-
que. déplorable infortune. Il se serait
marié jeune pour être père de nombreux
enfants. Tout au moins, aurait-il varié et
multiplié ses habitudes, afin de ne point
devenir prisonnier d’une seule : par
crainte aussi de réduire son existence à
la mesure de sa fonction, importante, sans
doute, mais combien exiguë en compa
raison de la vaste amplitude de la vie
humaine !
lèvre que par une lettre, quelques heures
avant de mourir.
Ainsi, M. Baslèvre aura vu trop tard
l’infini de la vie dans les yeux purs de la
femme. Néanmoins, c’est la Vita Nuova
pour lui. Désormais, il. vivra dans le culte
de celle qu’il a aimée, mais aussi en la
plus désolante viduité du cœur. Il a l’ima
ge du bonheur, mais l'original lui a
échappé.
. Si vous vous faites sauvagesse, prenez
garde aux loups et aux hommes des bois !
La surfemme de Mme Marx est comme
une jeune sœur de la Nora d’Ibsen, non de
celle qui règne dans Maison de l oupée,
mais de la conférencière soudaine, appa
rue au dénouement. On peut voir égale
ment en elle le type psychologique de la
Médée antique, de la lionne en fureur du
vieil Euripide, dont le Moi a des griffes
pour prendre ou pour sacrifier la victime
de son féroce égoïsme.
Le type d'une telle femme peut exister,
sans doute, en dehors de l’imagination de
Pourtant il n’a pas tout perdu. La morte Madame Marx. S'il en est ainsi, son féroce
(Photo Pilchle.)
M. RAYMOND CLAUZEL
Séville ou de Madrid. Son livre, heureuse
ment, amoindrit pour les casaniers l’in
convénient qu’il y a de se rendre chez
Vélasquez, sur les bords de la Seine. Entre
tant de mérites, reconnaissons au moins
celui-ci à cet ouvrage. A l’inverse de nom
bre de critiques d’art, M. Bréal a la dis
crétion de ne point nous masquer les ta
bleaux du maître avec des dissertations
esthétiques. Il tire au contraire ces inu
tiles rideaux. Qu'il en soit loué !...
Raymond CLAUZEL.
dit vrai lorsqu’elle semble murmurer à
son oreille :
— Je t’ai donné une âme ! -
Et c'est là le terme de l’Ascension de
M. Baslèvre. Il a enfin ouvert les portes
secrètes de la vie.
L’œuvre de M. Estaunié est sérieuse. On
ne rit pas chez lui. Ce romancier ne fait
aucune concession à l’art de plaire avec
des facilités. Nul plus que le maître des
Solitudes n'est aussi volontaire et distant
égoïsme ne doit pas toujours être victo
rieux ; et peut-être, en somme, est-elle
beaucoup à plaindre. Quant à reconnaître
le typè même de la femme dans ce « moi
en folie », comme le voudrait Barbusse :
non ! ce serait un outrage à nos mères,
à nos femmes, à nos sœurs.
Madame Marx a un singulier talent. une
personnalité assurément peu ordinaire.
Elle agite des tisons de feu dans la nuit
noire. L'inexprimé de nos sensations, elle
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sont surtout les femmes qui liront ce nouveau journal.
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