Titre : L'Ordre
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1947-01-03
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32829724j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 03 janvier 1947 03 janvier 1947
Description : 1947/01/03 (A19,N606). 1947/01/03 (A19,N606).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t5117804b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-1857
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 28/11/2021
AU SEUIL
*19- Année = Nouvelle Série - No 606
4 Francs
Vendredi 3 janvier 1947 T
i " | L’ORDRE
PAIX
par Émile BURÉ
Et maintenant il convient de se préoccuper de la conférence
de la paix qui s’ouvrira à Moscou le 10 mars, si le gouvernement
soviétique, selon la promesse faite à Neiv-York par M. Molotov.
garantit aux gouvernements américain et anglais toute liberté
pour leurs délégués et journalistes. Il serait désirable que le lieu
fixé pour la réunion des délégués chargés de fixer enfin le sort
du monde ne fût pas changé, car cela signifierait déjà que la
détente qui s’est manifestée aux dernières séances new-yorkaises
de l’O.N.U., entre les alliés de l’Ouest et de l’Est, n’est point
passagère.
Après cela, où que se tienne cette réunion, les positions des
divers gouvernements qui y participeront demeureront, à tout
le moins lors de ses premières séances, telles qu’elles ont été dé
finies par leurs hommes d’Etat, selon leurs intérêts respectifs plus
ou moins bien ou mal entendus, plutôt mal que bien à notre estime.
L’Amérique a besoin d’assurer la sécurité et la prospérité
de ses lignes maritimes p
sociale qui dégénérerait bi
our prévenir une crise économique et
ien vite en crise politique. Ses gouver
nants sont pressés par les Germano-Américains qui n’oublient
pas la pairie d’origine et par les « big businessmen » qui, plus
soucieux souvent de leur intérêt de classe que de leur intérêt
national, redoutent le communisme, désirent le ménagement de
l’Allemagne dans la mesure qui n’est pas mince, où ils la tien
nent pour puissance capitaliste conservatrice au sens qu’ils don
nent à ce mot ; nombre d’entre eux ont été en relation intime
avec les magnats de l’industrie allemande, ce qui fortifie leur
pangermanisme. L’Angleterre, toujours fidèle à son mercanti
lisme traditionnel et qui sent trembler sous elle son Empire,
souffre d’un nationalisme exaspéré par les échecs mêmes qu’elle
essuie, qui développe en son âme un complexe d’infériorité
propre seulement à aveugler son esprit politique. M. Churchill
l’exprime parfaitement dans ses discours et articles où il se
montre aussi défiant à l’endroit de la Russie que confiant à
l’endroit de l’Allemagne. Il est conservateur, suivi avec délecta
tion par les travaillistes dans le domaine de la politique exté
rieure. Une alliance anglo-américaine, fondée sur la double
erreur antisoviétiqne et progermanique, est-elle possible ? Pour
ma part, je ne le crois pas, mais il est bien certain que la révo
lution du machinisme trouble le jugement de beaucoup de grands
capitalistes anglais et américains.
La Russie, il est juste de le constater, est le seul pays où la
politique nationale n’est pas contrariée par la lutte des classes.
Nous avons, nous, Français, plus à espérer qu’à craindre d’elle
qui répugne tout autant que nous au pacifisme fauteur de guerre.
Mais certains de ses chefs se souviennent encore trop que, comme
disait Renan, les Slaves, en toutes choses, dans le passé, ont
< marché après les Allemands », qu’ils « ont suivi leurs traces
pas pour pas » et que ceux-ci exercent encore sur eux, en dépit
des tortures qu’ils infligèrent à l’héroïque peuple russe, un cer
tain pouvoir d’attraction. Le gouvernement de Moscou a privé
l’Allemagne de ses arsenaux de l’Est au profit de la Pologne.
Pourquoi se refuserait-il, dans la même intention pacificatrice,
de la priver de ceux de l’Ouest au profit de notre pays ? Il de
vrait avoir à cœur de fortifier la démocratie française, de se
persuader qu’elle sera inébranlable quand la nation française,
remise dans ses frontières naturelles, n’aura plus à se soucier
de sa sécurité enfin garantie effectivement. Reprocherait-il à
notre gouvernement de veiller au salut de notre Empire ? Mais
que serait notre pays sans son Empire ? Qu’il quitte son anti
colonialisme, obéissoùt à l’esprit sinon à la lettre de Karl Marx,
qii’il considère que dans les colonies c’est le blanc qui est révo
lutionnaire.
Un Munich économique fut tenté par les Anglais en 1939.
La Fédération des Industries anglaises et la Reichsgruppe-
Industrie, avec l’approbation de M. Chamberlain qui visait à
conclure un accord entre ces deux groupements aux dépens des
autres pays européens et aussi de l’Amérique. Leurs représen
tants, à cet effet, se réunirent à Dusseldorf et The Economist écri
vit alors fort sagement : « Y a-t-il quelque chose dans l’air de
Dusseldorf qui fait perdre la tête aux contractants anglais ?...
Pourvu que l’Allemagne n’empiète pas sur le commerce anglais,
ique celui-ci ne subisse pas de réduction dans sa marge de pro
fits, les industriels anglais ne se préoccupent pas de la réper
cussion que les procédés allemands peuvent avoir sur le com
merce des autres pays. Cette entente peut convenir à la politique
de courte vue de la Fédération anglaise F.B.I., mais elle n’est
certainement pas dans l’intérêt de la collectivité anglaise. »
L’impatience belliciste de Hitler obligea les industriels anglais
et allemands à rompre les pourparlers, mais beaucoup de choses
donnent à penser que les industriels anglais n’ont pas pleinement
reconnu leur erreur, qu’ils chercheraient même maintenant à la :
faire partager aux industriels américains qui ne sont que trop
portés à les écouter.
Le conservateur cesse d’être nationaliste lorsqu’il s’agit de
faire face au communisme, ennemi commun des capitalistes. :
M. Churchill s’en effrayait en 1939, au temps où il se prononçait ’
fermement contre Chamberlain pour l’alliance avec la Russie, i
afin de prévenir la guerre ou de la gagner si elle ne pouvait 1
être prévenue. Pourquoi ne s’en effraie-t-il plus ? Pourquoi •
fait-il figure maintenant du Pierre l’Ermite d’une croisade
antisoviétique bénie par le pape ? Pourquoi s’eff*
d’entraîner dans cette croisade l’Allemagne, dont il
orce-t-il
est, à
cette fin, prêt à favoriser, fût-ce aux dépens de notre pays,
le relèvement économique qui sera immanquablement suivi de
son relèvement militaire ? Ce sont là, pour ceux qui, comme nous,
souhaitent une paix juste et durable, questions bien angoissantes
au seuil de l’année 1947, au seuil de la paix.
LA QUOTIDIENNE
LES JOURS
DE LA COLÈRE
On fêtait l’autre jour au Palais,
^pour leur activité dans la résistance,
deux anciens bâtonniers. Et bien que
les ministres chargés de leur re
mettre les insignes de leur dignité
dans l’Ordre de la Légion d’hon
neur, se révélassent incapables de
savoir quel en était le nom, la céré
monie ne laissait pas dêtre émou
vante.
Elle eût été pleinement réconfor
tante si l’on n’avait pas eu à se
demander comment la célébration
des vertus héroïques pouvait se
concilier dans une corporation avec
la tolérance des compromissions
dégradantes, comme si l’ensemble
de la collaboration et de la résis
tance ne formait qu’une farce où,
après avoir voisiné, la trahison et
le patriotisme se mêleraient. Car à
ôté de ceux qu’on fêtait pour avoir
lit non à l’Allemand, on apercevait
ous ceux qui lui avaient dit oui et
qui se pavanaient dans l’impunité.
A quelques jours de là, j’observais
au banquet d’un congrès de gens
de robe, deux de ces messieurs.
L’un, collaborateur d’un grand
avocat juif déporté, s’était pendant
l’occupation immédiatement trans
formé en propagandiste hitlérien.
L’autre, ancien député communiste
passé au camp adverse dès avant
la guerre, avait achevé son périple
avec Vichy et passé, après la li
bération, quelques mois à Fresnes.
Et tandis que l’assistance acclamait
les représentants de la Grande-
Bretagne — « Demain, comme Car
thage, l’Angleterre sera détruite »
— je contemplais ces deux lascars
qui avaient le front de mêler leurs
applaudissements à ceux de leurs
confrères.
Mes voisins m’ont trouvé de mé
chante humeur à ce banquet et de
vant ce spectacle. Il est vrai.. J’ai
peiné à me faire à la constatation
que l’histoire de la kollaboration
et que celle de la Résistance n’ont
été qu’un songe raconté par un
rfou et ne signifiant rien, ce
que H amie t dit de la vie :
...a taie
“Told by an idiot, full of sound and
[fury
iignifying nothing.
Pierre LŒWEL.
Directeur politique : Émile BURÉ
Rédaction, Administration : 31, Rue Tronchet a Publicité : Régie-Presse, 65, Champs-Elysées
Anjou : 86-40 — 4 lignes Après 21 heures : TRUdaine 65-96
Amour! Amour!
Les troupes d’occupation
anglaises
et la population allemande
Ho Chi Minh demande
à rencontrer M. Moutet
“Si l’on a des propositions à nous transmettre, elles
seront examinées”, répond notre ministre d’outre-mer
HORLOGERIE
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BESANCON a l’éprit ses. belle» fabrications de qualité g
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EN FACE DES OBSTACLES
ECONOMIQUES ET POLITIQUES
par André STIBIO
Sous le titre « L’amour est plus
précieux que les jouets », un jour
nal allemand paraissant en zone
américaine, Der Attend, du 19 dé-
cembre, publie, en tête de sa pre
mière page, les deux nouvelles sui
vantes :
«Donnez, jusqu’à en souffrir, et,
ce qui importe avant tout, conti
nuez à manifester votre intérêt et
votre amour aux enfants allemands,
aussi longtemps que nous resterons
en Allemagne. » Ainsi s’exprime
l’aumônier militaire Gordon Nut-
chins, dans un message de Noël
qu’il adresse aux membres des trou
pes et des services civils américains
d’occupation. C’est la première fois
que des soldats américains sont of
ficiellement exhortés à témoigner
d’un amour fraternel pour la popu
lation allemande, autrement que par
le don de douceurs et de jouets. Le
plus beau cadeau à faire aux en
fants allemands, c’est le témoigna
ge de l’amour et de l’intérêt que
nous leur portons, car il continuera
à porter ses fruits, longtemps après
que les jouets auront été brisés, et
les douceurs consommées. »
Et voici la deuxième information
du journal du soir sous licence amé
ricaine.
« Un bataillon d’infanterie bri
tannique, stationné dans la région
de Hanovre, et qui devait être ren
voyé en Angleterre avant les fêtes
de Noël, vient de demander que son
départ soit ajourné, parce que ce
rappel aurait rendu impossible la
distribution de cadeaux aux enfants
allemands, projetée pour Noël, et
pour laquelle depuis des semaines,
les soldats réservaient une partie de
leurs rations. C’est seulement après
les fêtes du Jour de l’An que le ba
taillon sera dissous. »
Voilà. C’est tout. Oradour, Aus
chwitz, la torture et les massacres,
les larmes et le sang, plus rien ne
compte. Passons l’éponge. « L’a-
mour est plus précieux que
jouets. »
Aimez les premiers, Messieurs
les
les
Anglais et Américains
laisseront dépasser
les limites fixées
à l’industrie allemande
Berlin, 2 janvier. — Au cours
d’une conférence de presse sur la fu
sion des zones américaine et britan
nique, un porte-parole du gouverne-
ment militaire américain a déclaré :
« Les Anglais et les Américains dé
passeront le niveau industriel fixé à
Potsdam, si cela est nécessaire pour
la réussite de leur programme éco
nomique en vue d’équilibrer les ex
portations et importations de leurs
zones. »
« La limite du niveau industriel,
a-t-il ajouté, a été fixée à Potsdam
pour une Allemagne uniflée. Puisque
l’Allemagne n’est pas unifiée, nous
ne nous considérons pas liés par les
accords de Potsdam. »
Le ministre de la Guerre
d’Azerbaïdjan
est condamné à mort
Téhéran, 2 janvier. — Le général
Kabiri, ancien ministre de la Guerre
dans le gouvernement azerbaïdjanais
de M. Pichevari, a été condamné ce
matin à mort par la cour martiale.
L’AFFAIRE DU “MIRAMAR”
Transformation de l’industrie
hôtelière, signe des temps!
Sur la Côte d’Azur, où l'ouver-
ture de la saison d’hiver a été aussi
troublée par des descentes fisco-po-
licière, l’opinion publique s’émeut
de la transformation en apparte
ment privés de quelques palaces.
Signe des temps !
Evolution de l’industrie hôte
lière !
Un de nos confrères cannois
mène une campagne terrible contre
les dirigeants de l’hôtel Miramar
qui viennent, en effet, de vendre
quelques-unes de leurs chambres
transformées en appartements pri
vés.
. C’est un sacrilège, clame l’Ave
nir de Cannes, la mort du tourisme,
et M. Filloux, qui gère avec parci
monie le casino d’été, fait chorus
alors qu’il lui aurait été si facile
d'acheter le Miramar, déficitaire,
avec les larges bénéfices de sa ca
gnotte.
Mais M. Filloux n’aime pas dé
penser ; il connaît depuis long
temps le bon grain et il ne veut pas
sans doute s’embarrasser d’une af
faire trop lourde. Sa saison d’été
est assurée pour lui sans bourse dé
liée par les manifestations du M.Y.
C.C.A. et du Festival du Film.
François André, le magnifique, or
ganise une brillante saison d’hiver.
M. Filloux se borne à entretenir une
agitation locale qui ne résisterait
pas à deux secondes de réflexion
à l’issue desquelles M. Filloux se
rait sans doute obligé de reconnaître
son erreur et de féliciter les diri
geants de l’hôtel Miramar.
Nous avons connu le cinéma
muet, il est parlant, en couleur mê
me et il va devenir en relief. L'in-
dustrie hôtelière, elle aussi, subit une
évolution et c’est le devoir de ses
administrateurs que de se mettre au
goût du jour.
Au moment où un fisc dévora-
teur frappe de 62 0/0 les notes des
clients des palaces et déclenche des
actions de police qui démontrent
qu’en payant ses impôts régulière
ment, il 'ne peut rester assez d’ar-
gent aux contribuables pour vivre
dans les palaces, il est normal que
les hôteliers recherchent des solu
tions qui protègent leurs clients.
La solution adoptée par l’hôtel
Miramar de Cannes apparaît d’au
tant plus ingénieuse qu’elle permet
tra à un noyau important de clien-
tèle de séjourner dans la ville sans
avoir à subir les curiosités conju
guées du fisc et de la police et en
économisant 62 0/0 de taxe. Mais
cette transformation immobilière
n’entrave en rien comme on voudrait
le faire croire la qualité hôtelière
de l’hôtel Miramar. car l’hôtel Mi
ramar s’est engagé à reconstruire
dans des temps meilleurs une même
quantité de chambres que celles
vendues en appartement et au sur
plus l’hôtel Miramar conserve in
tégralement son personnel pour as
surer le service des locataires, et
comme enfin les appartements ne
comportent pas de cuisine, l’hôtel
Miramar maintient intégralement
sa restauration.
Nous assistons simplement à une
évolution de l’industrie hôtelière
dont l’idée nous vient d’Amérique,
et dont la réalisation en France se
trouve être imposée par les événe
ments et une fiscalité abusive.
Quoi qu’il en soit, la saison d’hi-
ver s’est ouverte sur la Côte d‘A-
zur avec les fêtes du réveillon de
Noël. On peut dire qu’il n’y avait
pas foule et les Anglais semblent
avoir boudé la Côte qui, si on en
croit les rumeurs, aurait livré au
fisc anglais le nom des Britanniques
ayant passé l’été entre Saint-Ra
phaël et Menton.
Jacques DAVOS.
(Lire la suite en troisième page)
Anglo-Saxons,
qu’au bout de
mal comprise,
Mais rappelez-vous
la charité chrétienne
il y a une autre for-
mule qui en découle directement et
qui s’énonce ; « Les canons valent
mieux que le beurre. »
Claude VIVIERES.
Saïgon, 2 janvier. — M. Moutet
a quitté Saigon au début de la ma
tinée à bord de l’avion personnel de
l’amiral Thierry d’Argenlieu, pour
se rendre à Hanoï.
La radio viet-namienne avait dif
fusé un message de M. Ho Chi
Minh, qui adressait ses vœux de
m. André Philip demande
a tous les Français
de s’unir et de lutter avec le gouver
nement pour assurer le salut du pays
Après le président Léon Blum,
après M. Jules Moch, ministre des
Travaux publics, M. André Philip,
ministre des Finances et de l’Econo
mie nationale, s’est expliqué à son
tour, au cours d’une allocution ra
diodiffusée qu’il a prononcée hier au
soir, sur les mesures de baisse édic
tées par le gouvernement et la po
litique que celui-ci entend suivre
pour que son offensive contre la
vie chère ne soit pas sans lende
main.
M. André Philip a souligné tout
d’abord que si le Français doutait
du présent et redoutait de l’avenir,
il le devait à une espèce euphorie
qui ne pouvait pas ne pas amener
la libération. On a cru alors, et de
bonne foi, que tout allait s’amé
liorer immédiatement, comme par
miracle. Aujourd’hui, nous savons
que le niveau de vie de chacun de
nous dépend uniquement du volume
disponible des biens de consomma
tion qui est fixé par l’état de notre
production moins ce qui. doit être
réservé pour l’équipement et pour
l’exportation.
Pour résoudre la crise grave que
nous traversons, certains ont pensé
qu’il suffisait, comme on l’a fait
souvent dans le passé, de remettre
de l’ordre dans le budget, d’arrèter
l’inflation et que de cette fecon une
nouvelle stabilité économique . se
trouverait atteinte.
— Cartes, dit M. André Philip, lé-
quilibre budgétaire est, notre préoc
cupation essentielle. Déjà, pour le
budget de trois mois qui vient d’être
voté par l’Assemblée, nous avons in
troduit 100 milliards, tant en écono
mies qu’en ressources nouvelles..
Le ministre indiqua alors les pre
mières mesures adoptées pour rame
ner la vie à un niveau normal. Au
passage, il dit quelques mots concer
nant la descente de police effectuée
dans la nuit de Noël parmi les caba
rets et boîtes de Paris.
« Elle n’avait pas d’autres buts que
de faire passer avec un tour de faveur
devant les comités de taxation les
gens dont nous ne connaissons pas le
chiffre des revenus déclarés et qui,
par les dépenses effectuées, ont mon
tré qu’ils disposaient de ressources
importantes... Il est inadmissible que
certains donnent le spectacle de dé
penses outrageantes qui ne corres
pondent souvent pas aux revenus
réels dont ils ont fait la déclaration
au fisc... »
Au reste, la lutte sera poursuivie
dans tous les domaines : allégement
des services administratifs, réorgani
sation scientifique des entreprises
nationalisées, réorganisation de l’ap-
pareil militaire, etc.
Mais cela ne suffit pas.
—: Nos problèmes financiers sont
aujourd’hui l’effet plutôt que la
cause de nos difficultés, économi
ques... C’est pourquoi le gouverne
ment a jugé que, tout en faisant
l’effort sur le plan financier, il était
indispensable d’agir directement sur
les prix, d’intervenir directement
pour accroître la production, accélé-
(Lire la. suite en troisième page)
bonne année à M. Moutet et décla
rait qu’il serait très heureux de le
rencontrer.
Notre ministre des Colonies ac
cordait avant son départ l’interview
suivante à un hebdomadaire local :
« Si l’on a des propositions à nous
transmettre, elles seront examinées
avec soin. Le gouvernement français
n’a jamais repoussé aucune ouver
ture. Je serais le plus grand vain
queur si je rentrais à Paris avec une
solution de paix.
« Quand ma mission a été déci
dée par le gouvernement français,
mon rôle devait être de dissiper les
malentendus et de faire respecter
aux uns comme aux autres l’esprit
des conventions qui avaient été si
gnées. Le but esentiel des accords
intervenus entre la France et le
Viêt-Nam, le 14 septembre dernier,
était de, mettre fin a toute opération
armée et aux polémiques hostiles,
afin d’arriver à une compréhension
réciproque.
« Mais j’ai trouvé une situation
très différente — des hostilités
cruellement déclenchées sont en
cours, la sécurité de nos soldats et
de nos concitoyens est menacée —
aussi, je considère que mon premier
devoir est actuellement de faire
face.
« Le gouvernement français comp
te fermement qu’une solution de
conciliation interviendra. Notre de
voir est d’arriver à une entente pa
cifique en Indochine. Je veux qu’on
comprenne que les solutions de
conciliation sont supérieures aux
solutions de force : celles-ci ne peu
vent qu’apporter désordre, ruine et
misère. »
Interrogé au sujet des accusations
portées par les autorités viet-namien-
nés en ce qui concerne la respon
sabilité dans les événements d’In-
dochine, M. Moutet a déclaré :
« Reprenez l’histoire depuis des
siècles. Rien n’est plus difficile que
d’établir les responsabilités. Il ne
suffit pas d’apporter des allégations;
il faut produire des faits, des preu
ves.
« La position du gouvernement
français demeure inchangée. Aussi
tôt que la sécurité de nos troupes
sera assurée, le gouvernement re
viendra à la politique définie le
14 septembre parce qu’elle consti-
titue un pas en avant vers la li
berté. »
Le Quai d’Orsay hésite
Le gouvernement est entré dans
l’application de la politique qu’il a
décidé de suivre. Il procédera par
étapes et il s’efforcera de vaincre,
les uns après les autres, les obsta
cles qui ne manqueront pas de se
dresser devant lui. Nous croyons
que, sur le plan psychologique, la
cause est entendue. On trouve peu
de gens pour affirmer que Léon
Blum n’a pas choisi la seule voie
raisonnable. Il en est beaucoup
plus qui doutent qu’il ait les moyens
de la suivre jusqu’au bout, c’est-à-
dire jusqu’au succès.
Les difficultés sont de deux or
dres : économiques et politiques.
C’est aux premières, évidemment,
que Léon Blum réservera sa vigi
lance exclusive, ce qui relève du
« politique » ne dépendant pas de
lui. Le « Journal Officiel » s’enri
chit de textes mûrement délibérés.
Mais légiférer n’est rien, si l’exé-
cution ne suit pas ou si elle défor
me. trahit l’intention du législa
teur.
Dans le domaine où il va falloir
agir pour que l’impulsion direc
trice soit accompagnée d’effets à
longue distance et ressentie jus
qu’au village, le rôle des préfets
est évidemment capital. On se gar
dera de dire du mal des adminis
trateurs de nos départements, pa
ralysés souvent par l’âpre concur
rence des partis, par la peur de
déplaire à tel ou tel seigneur du
jour vite enclin à leur faire sentir
de haut sa puissance. Beaucoup
parmi eux se contentent, pour évi
ter « les histoires », de faire ce
qu’ils croient être de « bonne ad
ministration » et qui consiste, en
fait, à sacrifier la nation aux com
modités exclusives du département.
Dans une expérience Comme celle
qui est tentée aujourd’hui tout se
tient. La rupture d’un ou deux
maillons de la chaîne compromet
la solidité de l’ensemble. C’est
donc pour éviter les fausses inter
prétations, les discordances de ré
gion à région, pour combattre aussi
les risques de la passivité et de la
routine que Léon Blum réunit au
jourd’hui à Matignon, dans une
conférence importante, tous nos
préfets. La volonté d’action métho
dique et de redressement des mé
thodes gouvernementales se mar
que une fois de plus dans cette
initiative heureuse.
Pour les préfets, la politique de
baisse générale atteindra-t-elle et
convaincra-t-elle de son fondement
les paysans français ? Nous ne ca
cherons pas à Léon Blum que le
succès de son entreprise est inti-
mement lié à
ponse que le
a
Un
porte-parole du Quai d’Orsay
soulevé des objections quant à la
validité de l’autorité du gouvernement
viet-namien dans les régions du nord
de l’Indochine et a ajouté que la
France ne pourrait entreprendre de
mét.oLOGQUES
< La grande offensive contre la
vie chère est déclanchée », « baisse
de 5 pour 100 sur tous les prix... » ;
les fêtes passées — avec le vide
qu’elles causent dans le portefeuille
du Français moyen — la nouvelle
année allait-elle se présenter sous
un jour plus abordable ?
Le chef du gouvernement l’avait
solennellement promis en faisant
ses vœux radiodiffusés à la nation,
et il tiendra ses promesses mieux
que celles des autres.
Chacun opina du chef et je partis
hier matin me promener à travers
Paris, consulter les prix, chercher la
baisse.
Tout était souriant, le baromètre
montait et, tout de suite, devant le
couvent des carmélites, j’ai rencon
tré... l’abbesse ; un ouvrier sifflait :
« Blum-blum, tralala » en lisant le
Baisse de 5 % ? Oui,
mais le Conseil municipal
de Paris décrète
une hausse de 25 %
On sait que le Conseil munici
pal de Paris a procédé au relève
ment d’un grand nombre de taxes
au cours de
de 1946. Dès
préfet de la
veau tarif de
tionnelle sur
sa dernière session
hier, un arrêté du
Seine fixe le nou-
la taxe locale addi-
les transactions à
2% contre 1,50 précédemment.
Canard enchaîné. Je voyais partout
luire de l’espoir.
Il ne me fallut que quelques minu
tes pour m’apercevoir que cet espoir
était à bon marché et que les vœux
radiodiffusés étaient — comme il
convient pour un tel sujet — aussi
économiques que gratuits.
Partout, et surtout dans les bou
tiques d’alimentation, aucun chan
gement n’était venu déplacer vir
gules ou zéros des étiquettes :
« Que les prix d’achat baissent et
nous diminuerons nos prix de
vente », répondaient la plupart des
commerçants. Les grands magasins
étaient fermés, les théâtres et ciné
mas conservaient leurs prix et n’a
vaient pas entendu parler de baisse
sur les taxes qui les écrasent, les
restaurateurs attendaient, les coif
feurs aussi, les blanchisseurs éga
lement ainsi que 99 pour 100 des
commerçants.
Chez Félix Potin les étiquettes
n’avaient pas bougés mais un es
compte de 5 pour 100 était opéré
sur le total des achats de chaque
client ; il n’y avait ni remise ni
escompte chez « Borniol » et l’on
n’y a pas encore institué la classe
unique ; certains « prix-unique »
avaient pourtant obéi à M. Blum
ainsi que Lévitan qui, cependant
ne la garantissait pas, la baisse,
pour longtemps.
Les tarifs des taxis sont fixés par
arrêté préfectoral et rien n’est en
core... arrêté.
FRANCK-DOMINIQUE.
(Lire la suite en troisième page.)
Stiev et
hi
LE DÉPUTÉ MUSULMAN DOCTEUR GRENIER
Il y a cinquante ans, était élu
le bon et singulier Dr Grenier, que
l’on devait surnommer le « député
musulman » de Pontarlier. De tous
les élus excentriques envoyés au
Parlement — il n’est guère de lé
gislature qui n’ait eu son original
— c’est assurément du député mu
sulman que le souvenir est resté
le plus vif.
Son élection avait été surpre
nante. M.i Maurice Ordinaire, qui
devait faire depuis une belle car
rière politique, se présentait à la
place de son père Dyonis mort quel
que temps avant ; il avait contre
lui deux adversaires, un nommé
Grillon et le docteur Grenier, qui,
après de longs voyages en pays
arabes, d’où il était revenu converti
à l’islamisme, s’était établi à Pon
tarlier. Au premier tour, M. Gril
lon obtint 4.854 voix, Maurice Or-
dihaire. 3.497 ; le docteur, 1.659.
Ballottage. M. Ordinaire se désista
purement et simplement. La cam
pagne électorale avait été trop vive
pour que ses électeurs puissent se
résoudre à voter pour M. Grillon.
Le docteur Grenier fut élu au se
cond tour avec 5.141 voix. M. Gril
lon avait recueilli 4.856 suffrages,
deux voix supplémentaires seule
ment sur le vote précédent.
Dès le 12 janvier 1897, jour de
sa validation, le nouveau parle
mentaire se signala à l’attention
des chansonniers. Il apparut drapé
dans un splendide burnous blanc,
marchant avec une majesté tout
orientale. En entrant dans la salle
des séances, il se prosterna devant
la pendule. Le président Henri
Brisson que ce geste avait eu le don
d’exaspérer, ne tarda pas à inter
venir. Il avait donné la parole à
Monsieur Grenier, qui lui adressa
en remerciements le salut oriental,
main à la tête, au cœur, à la bou
che, puis inclinaison avec les bras
en croix ; alors Brisson prononça
sèchement :
— La Chambre n’est pas réser
vée aux manifestations d’un culte
quel qu’il soit ! J’espère n’avoir pas
à renouveler cet avertissement.
Ce jour-là, le député de Pontar
lier parla sur la tolérance.
Il n’oubliait aucun des rites de
sa religion : il quittait son banc
pour descendre sur le quai et faire
ses ablutions dans la Seine devant
une foule ironique.
Il n’était peut-être pas si « lou
foque » ; il parlait par exemple
de border les routes nationales d'ar
bres fruitiers ; d’élever en plein
Paris une mosquée, de construire
un institut musulman ; d’organi
ser en Afrique une puissante armée
noire... Il déposa sur le bureau de
la Chambre une proposition de loi
demandant la protection de la
frontière par un grand fossé dou
blé, sur cinquante mètres de pro
fondeur, d’un réseau électrifié de
fils de fer barbelés. Le Dr Grenier
fut ainsi le premier inventeur de la
Gilles BREUIL,
négociations avec
namienne dans «
tuelles ».
Il a ajouté que
pas tous pouvoirs
la république vîet-
les conditions ac-
M. Moutet n’avait
pour discuter d’un
règlement immédiat du conflit, mais
que. si besoin était, un télégramme
pourrait lui être envoyé lui conférant
ces pouvoirs. Officiellement, a précisé
le porte-parole, M. Moutet est en mis
sion d’enquête et devra fournir un
rapport sur la situation lors d’une
réunion du Conseil des ministres,
prévue vers le 14 janvier.
On fait ressortir au Quai d’Orsay
que deux conditions doivent être rem
plies avant que la France puisse négo
cier avec Ho Chi Minh. Tout d’abord,
l’ordre et le calme doivent être réta
blis, après quoi, le gouvernement
français doit vérifier quels sont les
pouvoirs confiés aux négociateurs
avec lesquels il entamera des pour
parlers. Or, on ignore où se trouve
(Lire la suite en troisième page)
proche avenir fournira à cette
question. Le paysan de chez nous,
si courageux au travail, si fidèle
à son sol. veut des choses contra
dictoires. mais il les veut obstiné
ment. Il veut un franc stable,
mais des prix en hausse continuelle,
sans se rendre compte que celle-
ci ruine infailliblement la valeur
de celui-là. Il gardera ses produits
à la ferme dans un régime d’au-
tarcie familiale plutôt que de ven
dre au-dessous de ses espérances,
attisées par les profits spéculatifs
du circuit parallèle.
Si de mauvais conseillers le met
tent en méfiance des mesures gou
vernementales, nous risquons de
voir se raréfier brusquement les
produits agricoles. Le marché noir
connaîtra, par Contre-coup, une
montée en flèche de ses prix et
il sera impossible de normaliser
dans de telles conditions le pouvoir
d’achat des masses, ce qui est le
but essentiel de l’expérience. Nous
ignorons les moyens dont Léon
Blum dispose pour prévenir 1” « ac-
cident » qui le guette sur sa route.
Quand on a affaire aux paysans,
la contrainte du gendarme ou du
garde-champêtre aboutit à lag-
gravation du mal. Mieux vaut donc
persuader, mais fermement, mon-
■ trer le franc en péril, faire appel
aux élus locaux et aux organismes
professionnels, le tout n’excluant
pas la répression énergique contre
ceux qui, dans l’ombre, vont, mal
gré tout, essayer de jouer à la
hausse pour continuer leurs trafics,
d’autant plus rémunérateurs qu’ils
échappent à l'impôt. Les paysans
français sont si curieusement pétris
de contradictions qu’on les voit en
ce moment s’arranger pour avoir
droit, le plus nombreux possible,
à la retraite des travailleurs, tout
en ne payant pas leurs cotisations
aux assurances sociales. Les radi
caux, qui ont des attaches avec la
paysannerie, sont alertés contre
tout système de contrainte. Aussi
ont-ils fait de significatives réser
ves sur le plan de Léon Blum, mais
ils devraient convenir que la liberté
actuelle, dégénérant en licence, c’est
un pays ingouvernable que nous
finirons par avoir devant nous.
Cohésion, efficacité de l’effort
administratif, adhésion réfléchie
des paysans, voilà ce qu’il faut réa
liser dans l’immédiat sur le plan
économique, tout le reste portant
sur l’effort productif. Restent les
difficultés politiques ! Léon Blum
n’est certainement pas partisan de
la reconduction d’un gouvernement
de minorité. Lui-même ne désire
pas revenir au pouvoir. Ce sont,
pourtant, deux choses qu’on sera
conduit à séparer et qu’il vaudra
mieux séparer. Cette expérience de
quelques semaines a montré avec
éclat la supériorité dans l’action
d’une équipe sans fissure, unie der
rière son chef et prête à le suivre
sans réserve. Le pays l’a senti. Il
est reconnaissant au parti socialiste
et à Léon Blum d’avoir pris à
temps leurs responsabilités. Cepen
dant, cette équipe n’a vécu que
par le prestige de Léon Blum, pour
la raison aussi que deux grands
partis, qui pouvaient l’abattre, lui
accordaient un sursis d’un mois.
Cette facilité exceptionnelle ne
se renouvellerait pas. Sur ce point,
certains socialistes ne doivent pas
garder trop d’illusions. Mais le suc
cès du gouvernement de Léon Blum
peut rendre bientôt moins abrupts
dans leurs exigences tels partis qui
avaient cru qu’on ne ferait rien
sans eux. L’union si nécessaire, si
ardue à réaliser il y a un mois,
sera, nous le souhaitons, après un
court jeûne gouvernemental, plus
commode. Cela dépendra de l’hom
me qui la présidera et nous croyons
que Léon Blum, faisant violence à
son désir de repos, est maintenant
désigné par le pays pour achever
sa tâche.
LES TERRORISTES JUIFS
AURAIENT ATTAQUE LE Q.G.
DES TROUPES A TEL-AVIV
Jérusalem, 2 janvier.
Cinq
violentes explosions se sont produi
tes à 13 heures près de Citrus-House,
siège du quartier général du com
mandant des troupes à Tel-Aviv.
Il semble qu’il s’agisse d’une atta-.
que de terroristes juifs contre le
quartier général. Une vive fusillade
a suivi les explosions.
LES CHRONIQUES DE L’« ORDRE»
Ne changeons pas inconsidérément
le no dles TUS
Depuis quelques mois, tant à Paris qu’en pro-
vince, on ne compte plus les avenues, les places, les
rues qui ont changé de nom, et toutes ces modifi
cations ont suscité dans le public, toujours soucieux
de ses habitudes et de sa facilité de vie, une mau
vaise humeur indéniable.
Dieu sait pourtant si la plupart de ces change
ments récents ont été inspirés par des sentiments
généreux : la reconnaissance envers les vaillants
pionniers de la victoire, le souvenir des bastions de la
résistance alliée contre l’ennemi. Mais ce n’est pas
le principe même du changement, surtout lorsqu’il
s’agit de rendre des hommages mille fois mérités,
qui a contrarié la population. C’est bien plutôt l’ap-
“plication du principe qui s’est avérée mauvaise. Il
semble qu’on ait procédé à ces modifications au ha
sard, sans esprit logique, sans plan préconçu, en
somme sans avoir essayé de fonder une « doc
trine ». Il serait assez aisé, cependant, d’en créer
une et d’éviter des erreurs qui risquent de se mul
tiplier.
Certes, les générations antérieures ne nous ont
pas, dans ce domaine, montré la bonne route, et,
pour ne citer d’exemples qu’à Paris, c’est la plus
extrême confusion qui règne dans les dénominations
de rues. Si l’on excepte le quartier de l’Europe, où
toutes les voies, par ordonnance de Charles X,
portent un nom de grande ville du vieux continent,
les boulevards « extérieurs », qui évoquent le nom
des anciens faubourgs de Paris, et les boulevards
« militaires » qui, à la limite de la capitale, hono
rent les lieutenants glorieux de Napoléon, il ne sem
ble pas en effet qu on ait jamais cherché à grouper
logiquement dans un même quartier les rues évo
quant des souvenirs communs ou des lieux ayant
uelque ressemblance. La rue, du Laos est très loin
e la rue d’Annam et la rue d’Algérie est à plusieurs
kilomètres de la rue d’Alger.
Pas davantage n’a-t-on essayé d’équilibrer quel
que peu l’importance de la rue et la valeur, l’in-
fluence de 1 homme ou de l’événement dont elle
porte le nom : Corneille, Racine, Molière, entre
autres gloires nationales, n’ont eu droit qu’à de
médiocres artères, peu fréquentées, alors que Mati
gnon, Richard Lenoir, Henri Martin ou Exelmans,
dont je ne veux point pour autant sous-estimer la
valeur, ont été honorés par de spacieuses avenues.
Encore s’agit-il là de personnalités qui, bien qu’ou
bliées par un public ignorant ou étranger à la re
connaissance, ont joué un rôle dans l’histoire poli
tique ou artistique de notre pays. Mais, combien de
rues n’ont été « baptisées » que sous l’influence de
considérations insignifiantes ! Ne citons pas de
noms. En province surtout où, parce qu'il a fait
ponctuellement son service à la mairie pendant vingt
ans, on n’a pas hésité à faire passer le nom d’un
appariteur à la postérité.
par Paul LE GOFF
, L‘ imagination des anciens édiles n’a pas dû non
plus être mise à dure épreuve lorsqu’ils ont honoré
un même homme, un même événement, un même lieu
un nombre exagéré de fois. Ainsi rencontrons-nous
par quatre fois le nom d’Austerlitz, celui de Fal-
gyière. et celui de Félix Faure, par trois fois celui
d Antin, etc. Mais à ce manque d’imagination s’est
ajouté sans doute un esprit malicieux, car, si l’ave-
nue Carnot est dans le XVII e arrondissement, le
boulevard Carnot est dans le XII e . De même, la
Place et le boulevard Voltaire sont situés dans le
X 1s tandis que le quai Voltaire figure sur le plan
du Vf. On conçoit aisément que cette confusion
ne facilite guère la tâche des visiteurs de la capitale
et des Parisiens eux-mêmes. Je m’en voudrais de
ne pas citer aussi le cas plaisant de la rue Etienne-
Marcel prolongée que nombre de gens cherchent en
vain aux extrémités de la rue Etienne-Marcel. Tan
dis que celle-ci est située aux abords des Halles, la
= Etienne-Marcel-prolongée est tout près... de la
Bastille. Prolongement assez théorique et pour le
moins imprévu, avouons-le.
rue
Les erreurs du passé ne sauraient en tout cas
justifier les erreurs présentes. Il n’apparaît pas, mal-
heureusement, qu’on ait cherché, au cours de ces
derniers mois, à revoir le problème et à l’examiner
avec logique. Quelques changements heureux au-
raient pu cependant servir d’exemples à nos édiles.
Ainsi personne ne regrettera la disparition de la
place du Combat : on sait qu’en cet emplacement,
autrefois barrière de Paris, se déroulaient des span
tacles forains constitués surtout par des combats
cruels, d animaux qui ne furent abolis qu’au milieu
du siècle dernier. Mais dès cette date, le Conseil
municipal, de Belleville demandait la suppression de
la dénomination Combat qui rappelait un spectacle
sanguinaire. De même on ne peut critiquer les trans
formations logiques de J avenue de Tokio en avenue
de New-York, et de l’avenue Victor-Emmanuel-III
en avenue Franklin-Roosevelt.
ul aient des spec-
ar des combats
Mais, pour ces, quelques cas heureux, que d’er-
reurs en vérité ! L’une d’elles concerne la place et
la station de métro Stalingrad dont le nom s’est sub-
stitué à Aubervilliers-Boulevard de la Fillette. Cette
dernière dénomination avait un sens géographique
évident et permettait d’utiles repérages. Pourquoi
donc, ne pas l’avoir conservée ? Puisqu’on voulait
perpétuer le souvenir de la vaillante résistance de la
cité soviétique, n‘était-il pas plus logique et plus
évocateur peut-être de choisir le quartier de l’Eu-
rope ? Il existe, par exemple, une place, à l’impor
tant carrefour des rues de Moscou, de Bucarest et
Clapeyron qui était digne de porter le nom de la
ville russe.
Une erreur du même type me semble avoir été
commise pour la station de métro Pont-de-Flandre^
*19- Année = Nouvelle Série - No 606
4 Francs
Vendredi 3 janvier 1947 T
i " | L’ORDRE
PAIX
par Émile BURÉ
Et maintenant il convient de se préoccuper de la conférence
de la paix qui s’ouvrira à Moscou le 10 mars, si le gouvernement
soviétique, selon la promesse faite à Neiv-York par M. Molotov.
garantit aux gouvernements américain et anglais toute liberté
pour leurs délégués et journalistes. Il serait désirable que le lieu
fixé pour la réunion des délégués chargés de fixer enfin le sort
du monde ne fût pas changé, car cela signifierait déjà que la
détente qui s’est manifestée aux dernières séances new-yorkaises
de l’O.N.U., entre les alliés de l’Ouest et de l’Est, n’est point
passagère.
Après cela, où que se tienne cette réunion, les positions des
divers gouvernements qui y participeront demeureront, à tout
le moins lors de ses premières séances, telles qu’elles ont été dé
finies par leurs hommes d’Etat, selon leurs intérêts respectifs plus
ou moins bien ou mal entendus, plutôt mal que bien à notre estime.
L’Amérique a besoin d’assurer la sécurité et la prospérité
de ses lignes maritimes p
sociale qui dégénérerait bi
our prévenir une crise économique et
ien vite en crise politique. Ses gouver
nants sont pressés par les Germano-Américains qui n’oublient
pas la pairie d’origine et par les « big businessmen » qui, plus
soucieux souvent de leur intérêt de classe que de leur intérêt
national, redoutent le communisme, désirent le ménagement de
l’Allemagne dans la mesure qui n’est pas mince, où ils la tien
nent pour puissance capitaliste conservatrice au sens qu’ils don
nent à ce mot ; nombre d’entre eux ont été en relation intime
avec les magnats de l’industrie allemande, ce qui fortifie leur
pangermanisme. L’Angleterre, toujours fidèle à son mercanti
lisme traditionnel et qui sent trembler sous elle son Empire,
souffre d’un nationalisme exaspéré par les échecs mêmes qu’elle
essuie, qui développe en son âme un complexe d’infériorité
propre seulement à aveugler son esprit politique. M. Churchill
l’exprime parfaitement dans ses discours et articles où il se
montre aussi défiant à l’endroit de la Russie que confiant à
l’endroit de l’Allemagne. Il est conservateur, suivi avec délecta
tion par les travaillistes dans le domaine de la politique exté
rieure. Une alliance anglo-américaine, fondée sur la double
erreur antisoviétiqne et progermanique, est-elle possible ? Pour
ma part, je ne le crois pas, mais il est bien certain que la révo
lution du machinisme trouble le jugement de beaucoup de grands
capitalistes anglais et américains.
La Russie, il est juste de le constater, est le seul pays où la
politique nationale n’est pas contrariée par la lutte des classes.
Nous avons, nous, Français, plus à espérer qu’à craindre d’elle
qui répugne tout autant que nous au pacifisme fauteur de guerre.
Mais certains de ses chefs se souviennent encore trop que, comme
disait Renan, les Slaves, en toutes choses, dans le passé, ont
< marché après les Allemands », qu’ils « ont suivi leurs traces
pas pour pas » et que ceux-ci exercent encore sur eux, en dépit
des tortures qu’ils infligèrent à l’héroïque peuple russe, un cer
tain pouvoir d’attraction. Le gouvernement de Moscou a privé
l’Allemagne de ses arsenaux de l’Est au profit de la Pologne.
Pourquoi se refuserait-il, dans la même intention pacificatrice,
de la priver de ceux de l’Ouest au profit de notre pays ? Il de
vrait avoir à cœur de fortifier la démocratie française, de se
persuader qu’elle sera inébranlable quand la nation française,
remise dans ses frontières naturelles, n’aura plus à se soucier
de sa sécurité enfin garantie effectivement. Reprocherait-il à
notre gouvernement de veiller au salut de notre Empire ? Mais
que serait notre pays sans son Empire ? Qu’il quitte son anti
colonialisme, obéissoùt à l’esprit sinon à la lettre de Karl Marx,
qii’il considère que dans les colonies c’est le blanc qui est révo
lutionnaire.
Un Munich économique fut tenté par les Anglais en 1939.
La Fédération des Industries anglaises et la Reichsgruppe-
Industrie, avec l’approbation de M. Chamberlain qui visait à
conclure un accord entre ces deux groupements aux dépens des
autres pays européens et aussi de l’Amérique. Leurs représen
tants, à cet effet, se réunirent à Dusseldorf et The Economist écri
vit alors fort sagement : « Y a-t-il quelque chose dans l’air de
Dusseldorf qui fait perdre la tête aux contractants anglais ?...
Pourvu que l’Allemagne n’empiète pas sur le commerce anglais,
ique celui-ci ne subisse pas de réduction dans sa marge de pro
fits, les industriels anglais ne se préoccupent pas de la réper
cussion que les procédés allemands peuvent avoir sur le com
merce des autres pays. Cette entente peut convenir à la politique
de courte vue de la Fédération anglaise F.B.I., mais elle n’est
certainement pas dans l’intérêt de la collectivité anglaise. »
L’impatience belliciste de Hitler obligea les industriels anglais
et allemands à rompre les pourparlers, mais beaucoup de choses
donnent à penser que les industriels anglais n’ont pas pleinement
reconnu leur erreur, qu’ils chercheraient même maintenant à la :
faire partager aux industriels américains qui ne sont que trop
portés à les écouter.
Le conservateur cesse d’être nationaliste lorsqu’il s’agit de
faire face au communisme, ennemi commun des capitalistes. :
M. Churchill s’en effrayait en 1939, au temps où il se prononçait ’
fermement contre Chamberlain pour l’alliance avec la Russie, i
afin de prévenir la guerre ou de la gagner si elle ne pouvait 1
être prévenue. Pourquoi ne s’en effraie-t-il plus ? Pourquoi •
fait-il figure maintenant du Pierre l’Ermite d’une croisade
antisoviétique bénie par le pape ? Pourquoi s’eff*
d’entraîner dans cette croisade l’Allemagne, dont il
orce-t-il
est, à
cette fin, prêt à favoriser, fût-ce aux dépens de notre pays,
le relèvement économique qui sera immanquablement suivi de
son relèvement militaire ? Ce sont là, pour ceux qui, comme nous,
souhaitent une paix juste et durable, questions bien angoissantes
au seuil de l’année 1947, au seuil de la paix.
LA QUOTIDIENNE
LES JOURS
DE LA COLÈRE
On fêtait l’autre jour au Palais,
^pour leur activité dans la résistance,
deux anciens bâtonniers. Et bien que
les ministres chargés de leur re
mettre les insignes de leur dignité
dans l’Ordre de la Légion d’hon
neur, se révélassent incapables de
savoir quel en était le nom, la céré
monie ne laissait pas dêtre émou
vante.
Elle eût été pleinement réconfor
tante si l’on n’avait pas eu à se
demander comment la célébration
des vertus héroïques pouvait se
concilier dans une corporation avec
la tolérance des compromissions
dégradantes, comme si l’ensemble
de la collaboration et de la résis
tance ne formait qu’une farce où,
après avoir voisiné, la trahison et
le patriotisme se mêleraient. Car à
ôté de ceux qu’on fêtait pour avoir
lit non à l’Allemand, on apercevait
ous ceux qui lui avaient dit oui et
qui se pavanaient dans l’impunité.
A quelques jours de là, j’observais
au banquet d’un congrès de gens
de robe, deux de ces messieurs.
L’un, collaborateur d’un grand
avocat juif déporté, s’était pendant
l’occupation immédiatement trans
formé en propagandiste hitlérien.
L’autre, ancien député communiste
passé au camp adverse dès avant
la guerre, avait achevé son périple
avec Vichy et passé, après la li
bération, quelques mois à Fresnes.
Et tandis que l’assistance acclamait
les représentants de la Grande-
Bretagne — « Demain, comme Car
thage, l’Angleterre sera détruite »
— je contemplais ces deux lascars
qui avaient le front de mêler leurs
applaudissements à ceux de leurs
confrères.
Mes voisins m’ont trouvé de mé
chante humeur à ce banquet et de
vant ce spectacle. Il est vrai.. J’ai
peiné à me faire à la constatation
que l’histoire de la kollaboration
et que celle de la Résistance n’ont
été qu’un songe raconté par un
rfou et ne signifiant rien, ce
que H amie t dit de la vie :
...a taie
“Told by an idiot, full of sound and
[fury
iignifying nothing.
Pierre LŒWEL.
Directeur politique : Émile BURÉ
Rédaction, Administration : 31, Rue Tronchet a Publicité : Régie-Presse, 65, Champs-Elysées
Anjou : 86-40 — 4 lignes Après 21 heures : TRUdaine 65-96
Amour! Amour!
Les troupes d’occupation
anglaises
et la population allemande
Ho Chi Minh demande
à rencontrer M. Moutet
“Si l’on a des propositions à nous transmettre, elles
seront examinées”, répond notre ministre d’outre-mer
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EN FACE DES OBSTACLES
ECONOMIQUES ET POLITIQUES
par André STIBIO
Sous le titre « L’amour est plus
précieux que les jouets », un jour
nal allemand paraissant en zone
américaine, Der Attend, du 19 dé-
cembre, publie, en tête de sa pre
mière page, les deux nouvelles sui
vantes :
«Donnez, jusqu’à en souffrir, et,
ce qui importe avant tout, conti
nuez à manifester votre intérêt et
votre amour aux enfants allemands,
aussi longtemps que nous resterons
en Allemagne. » Ainsi s’exprime
l’aumônier militaire Gordon Nut-
chins, dans un message de Noël
qu’il adresse aux membres des trou
pes et des services civils américains
d’occupation. C’est la première fois
que des soldats américains sont of
ficiellement exhortés à témoigner
d’un amour fraternel pour la popu
lation allemande, autrement que par
le don de douceurs et de jouets. Le
plus beau cadeau à faire aux en
fants allemands, c’est le témoigna
ge de l’amour et de l’intérêt que
nous leur portons, car il continuera
à porter ses fruits, longtemps après
que les jouets auront été brisés, et
les douceurs consommées. »
Et voici la deuxième information
du journal du soir sous licence amé
ricaine.
« Un bataillon d’infanterie bri
tannique, stationné dans la région
de Hanovre, et qui devait être ren
voyé en Angleterre avant les fêtes
de Noël, vient de demander que son
départ soit ajourné, parce que ce
rappel aurait rendu impossible la
distribution de cadeaux aux enfants
allemands, projetée pour Noël, et
pour laquelle depuis des semaines,
les soldats réservaient une partie de
leurs rations. C’est seulement après
les fêtes du Jour de l’An que le ba
taillon sera dissous. »
Voilà. C’est tout. Oradour, Aus
chwitz, la torture et les massacres,
les larmes et le sang, plus rien ne
compte. Passons l’éponge. « L’a-
mour est plus précieux que
jouets. »
Aimez les premiers, Messieurs
les
les
Anglais et Américains
laisseront dépasser
les limites fixées
à l’industrie allemande
Berlin, 2 janvier. — Au cours
d’une conférence de presse sur la fu
sion des zones américaine et britan
nique, un porte-parole du gouverne-
ment militaire américain a déclaré :
« Les Anglais et les Américains dé
passeront le niveau industriel fixé à
Potsdam, si cela est nécessaire pour
la réussite de leur programme éco
nomique en vue d’équilibrer les ex
portations et importations de leurs
zones. »
« La limite du niveau industriel,
a-t-il ajouté, a été fixée à Potsdam
pour une Allemagne uniflée. Puisque
l’Allemagne n’est pas unifiée, nous
ne nous considérons pas liés par les
accords de Potsdam. »
Le ministre de la Guerre
d’Azerbaïdjan
est condamné à mort
Téhéran, 2 janvier. — Le général
Kabiri, ancien ministre de la Guerre
dans le gouvernement azerbaïdjanais
de M. Pichevari, a été condamné ce
matin à mort par la cour martiale.
L’AFFAIRE DU “MIRAMAR”
Transformation de l’industrie
hôtelière, signe des temps!
Sur la Côte d’Azur, où l'ouver-
ture de la saison d’hiver a été aussi
troublée par des descentes fisco-po-
licière, l’opinion publique s’émeut
de la transformation en apparte
ment privés de quelques palaces.
Signe des temps !
Evolution de l’industrie hôte
lière !
Un de nos confrères cannois
mène une campagne terrible contre
les dirigeants de l’hôtel Miramar
qui viennent, en effet, de vendre
quelques-unes de leurs chambres
transformées en appartements pri
vés.
. C’est un sacrilège, clame l’Ave
nir de Cannes, la mort du tourisme,
et M. Filloux, qui gère avec parci
monie le casino d’été, fait chorus
alors qu’il lui aurait été si facile
d'acheter le Miramar, déficitaire,
avec les larges bénéfices de sa ca
gnotte.
Mais M. Filloux n’aime pas dé
penser ; il connaît depuis long
temps le bon grain et il ne veut pas
sans doute s’embarrasser d’une af
faire trop lourde. Sa saison d’été
est assurée pour lui sans bourse dé
liée par les manifestations du M.Y.
C.C.A. et du Festival du Film.
François André, le magnifique, or
ganise une brillante saison d’hiver.
M. Filloux se borne à entretenir une
agitation locale qui ne résisterait
pas à deux secondes de réflexion
à l’issue desquelles M. Filloux se
rait sans doute obligé de reconnaître
son erreur et de féliciter les diri
geants de l’hôtel Miramar.
Nous avons connu le cinéma
muet, il est parlant, en couleur mê
me et il va devenir en relief. L'in-
dustrie hôtelière, elle aussi, subit une
évolution et c’est le devoir de ses
administrateurs que de se mettre au
goût du jour.
Au moment où un fisc dévora-
teur frappe de 62 0/0 les notes des
clients des palaces et déclenche des
actions de police qui démontrent
qu’en payant ses impôts régulière
ment, il 'ne peut rester assez d’ar-
gent aux contribuables pour vivre
dans les palaces, il est normal que
les hôteliers recherchent des solu
tions qui protègent leurs clients.
La solution adoptée par l’hôtel
Miramar de Cannes apparaît d’au
tant plus ingénieuse qu’elle permet
tra à un noyau important de clien-
tèle de séjourner dans la ville sans
avoir à subir les curiosités conju
guées du fisc et de la police et en
économisant 62 0/0 de taxe. Mais
cette transformation immobilière
n’entrave en rien comme on voudrait
le faire croire la qualité hôtelière
de l’hôtel Miramar. car l’hôtel Mi
ramar s’est engagé à reconstruire
dans des temps meilleurs une même
quantité de chambres que celles
vendues en appartement et au sur
plus l’hôtel Miramar conserve in
tégralement son personnel pour as
surer le service des locataires, et
comme enfin les appartements ne
comportent pas de cuisine, l’hôtel
Miramar maintient intégralement
sa restauration.
Nous assistons simplement à une
évolution de l’industrie hôtelière
dont l’idée nous vient d’Amérique,
et dont la réalisation en France se
trouve être imposée par les événe
ments et une fiscalité abusive.
Quoi qu’il en soit, la saison d’hi-
ver s’est ouverte sur la Côte d‘A-
zur avec les fêtes du réveillon de
Noël. On peut dire qu’il n’y avait
pas foule et les Anglais semblent
avoir boudé la Côte qui, si on en
croit les rumeurs, aurait livré au
fisc anglais le nom des Britanniques
ayant passé l’été entre Saint-Ra
phaël et Menton.
Jacques DAVOS.
(Lire la suite en troisième page)
Anglo-Saxons,
qu’au bout de
mal comprise,
Mais rappelez-vous
la charité chrétienne
il y a une autre for-
mule qui en découle directement et
qui s’énonce ; « Les canons valent
mieux que le beurre. »
Claude VIVIERES.
Saïgon, 2 janvier. — M. Moutet
a quitté Saigon au début de la ma
tinée à bord de l’avion personnel de
l’amiral Thierry d’Argenlieu, pour
se rendre à Hanoï.
La radio viet-namienne avait dif
fusé un message de M. Ho Chi
Minh, qui adressait ses vœux de
m. André Philip demande
a tous les Français
de s’unir et de lutter avec le gouver
nement pour assurer le salut du pays
Après le président Léon Blum,
après M. Jules Moch, ministre des
Travaux publics, M. André Philip,
ministre des Finances et de l’Econo
mie nationale, s’est expliqué à son
tour, au cours d’une allocution ra
diodiffusée qu’il a prononcée hier au
soir, sur les mesures de baisse édic
tées par le gouvernement et la po
litique que celui-ci entend suivre
pour que son offensive contre la
vie chère ne soit pas sans lende
main.
M. André Philip a souligné tout
d’abord que si le Français doutait
du présent et redoutait de l’avenir,
il le devait à une espèce euphorie
qui ne pouvait pas ne pas amener
la libération. On a cru alors, et de
bonne foi, que tout allait s’amé
liorer immédiatement, comme par
miracle. Aujourd’hui, nous savons
que le niveau de vie de chacun de
nous dépend uniquement du volume
disponible des biens de consomma
tion qui est fixé par l’état de notre
production moins ce qui. doit être
réservé pour l’équipement et pour
l’exportation.
Pour résoudre la crise grave que
nous traversons, certains ont pensé
qu’il suffisait, comme on l’a fait
souvent dans le passé, de remettre
de l’ordre dans le budget, d’arrèter
l’inflation et que de cette fecon une
nouvelle stabilité économique . se
trouverait atteinte.
— Cartes, dit M. André Philip, lé-
quilibre budgétaire est, notre préoc
cupation essentielle. Déjà, pour le
budget de trois mois qui vient d’être
voté par l’Assemblée, nous avons in
troduit 100 milliards, tant en écono
mies qu’en ressources nouvelles..
Le ministre indiqua alors les pre
mières mesures adoptées pour rame
ner la vie à un niveau normal. Au
passage, il dit quelques mots concer
nant la descente de police effectuée
dans la nuit de Noël parmi les caba
rets et boîtes de Paris.
« Elle n’avait pas d’autres buts que
de faire passer avec un tour de faveur
devant les comités de taxation les
gens dont nous ne connaissons pas le
chiffre des revenus déclarés et qui,
par les dépenses effectuées, ont mon
tré qu’ils disposaient de ressources
importantes... Il est inadmissible que
certains donnent le spectacle de dé
penses outrageantes qui ne corres
pondent souvent pas aux revenus
réels dont ils ont fait la déclaration
au fisc... »
Au reste, la lutte sera poursuivie
dans tous les domaines : allégement
des services administratifs, réorgani
sation scientifique des entreprises
nationalisées, réorganisation de l’ap-
pareil militaire, etc.
Mais cela ne suffit pas.
—: Nos problèmes financiers sont
aujourd’hui l’effet plutôt que la
cause de nos difficultés, économi
ques... C’est pourquoi le gouverne
ment a jugé que, tout en faisant
l’effort sur le plan financier, il était
indispensable d’agir directement sur
les prix, d’intervenir directement
pour accroître la production, accélé-
(Lire la. suite en troisième page)
bonne année à M. Moutet et décla
rait qu’il serait très heureux de le
rencontrer.
Notre ministre des Colonies ac
cordait avant son départ l’interview
suivante à un hebdomadaire local :
« Si l’on a des propositions à nous
transmettre, elles seront examinées
avec soin. Le gouvernement français
n’a jamais repoussé aucune ouver
ture. Je serais le plus grand vain
queur si je rentrais à Paris avec une
solution de paix.
« Quand ma mission a été déci
dée par le gouvernement français,
mon rôle devait être de dissiper les
malentendus et de faire respecter
aux uns comme aux autres l’esprit
des conventions qui avaient été si
gnées. Le but esentiel des accords
intervenus entre la France et le
Viêt-Nam, le 14 septembre dernier,
était de, mettre fin a toute opération
armée et aux polémiques hostiles,
afin d’arriver à une compréhension
réciproque.
« Mais j’ai trouvé une situation
très différente — des hostilités
cruellement déclenchées sont en
cours, la sécurité de nos soldats et
de nos concitoyens est menacée —
aussi, je considère que mon premier
devoir est actuellement de faire
face.
« Le gouvernement français comp
te fermement qu’une solution de
conciliation interviendra. Notre de
voir est d’arriver à une entente pa
cifique en Indochine. Je veux qu’on
comprenne que les solutions de
conciliation sont supérieures aux
solutions de force : celles-ci ne peu
vent qu’apporter désordre, ruine et
misère. »
Interrogé au sujet des accusations
portées par les autorités viet-namien-
nés en ce qui concerne la respon
sabilité dans les événements d’In-
dochine, M. Moutet a déclaré :
« Reprenez l’histoire depuis des
siècles. Rien n’est plus difficile que
d’établir les responsabilités. Il ne
suffit pas d’apporter des allégations;
il faut produire des faits, des preu
ves.
« La position du gouvernement
français demeure inchangée. Aussi
tôt que la sécurité de nos troupes
sera assurée, le gouvernement re
viendra à la politique définie le
14 septembre parce qu’elle consti-
titue un pas en avant vers la li
berté. »
Le Quai d’Orsay hésite
Le gouvernement est entré dans
l’application de la politique qu’il a
décidé de suivre. Il procédera par
étapes et il s’efforcera de vaincre,
les uns après les autres, les obsta
cles qui ne manqueront pas de se
dresser devant lui. Nous croyons
que, sur le plan psychologique, la
cause est entendue. On trouve peu
de gens pour affirmer que Léon
Blum n’a pas choisi la seule voie
raisonnable. Il en est beaucoup
plus qui doutent qu’il ait les moyens
de la suivre jusqu’au bout, c’est-à-
dire jusqu’au succès.
Les difficultés sont de deux or
dres : économiques et politiques.
C’est aux premières, évidemment,
que Léon Blum réservera sa vigi
lance exclusive, ce qui relève du
« politique » ne dépendant pas de
lui. Le « Journal Officiel » s’enri
chit de textes mûrement délibérés.
Mais légiférer n’est rien, si l’exé-
cution ne suit pas ou si elle défor
me. trahit l’intention du législa
teur.
Dans le domaine où il va falloir
agir pour que l’impulsion direc
trice soit accompagnée d’effets à
longue distance et ressentie jus
qu’au village, le rôle des préfets
est évidemment capital. On se gar
dera de dire du mal des adminis
trateurs de nos départements, pa
ralysés souvent par l’âpre concur
rence des partis, par la peur de
déplaire à tel ou tel seigneur du
jour vite enclin à leur faire sentir
de haut sa puissance. Beaucoup
parmi eux se contentent, pour évi
ter « les histoires », de faire ce
qu’ils croient être de « bonne ad
ministration » et qui consiste, en
fait, à sacrifier la nation aux com
modités exclusives du département.
Dans une expérience Comme celle
qui est tentée aujourd’hui tout se
tient. La rupture d’un ou deux
maillons de la chaîne compromet
la solidité de l’ensemble. C’est
donc pour éviter les fausses inter
prétations, les discordances de ré
gion à région, pour combattre aussi
les risques de la passivité et de la
routine que Léon Blum réunit au
jourd’hui à Matignon, dans une
conférence importante, tous nos
préfets. La volonté d’action métho
dique et de redressement des mé
thodes gouvernementales se mar
que une fois de plus dans cette
initiative heureuse.
Pour les préfets, la politique de
baisse générale atteindra-t-elle et
convaincra-t-elle de son fondement
les paysans français ? Nous ne ca
cherons pas à Léon Blum que le
succès de son entreprise est inti-
mement lié à
ponse que le
a
Un
porte-parole du Quai d’Orsay
soulevé des objections quant à la
validité de l’autorité du gouvernement
viet-namien dans les régions du nord
de l’Indochine et a ajouté que la
France ne pourrait entreprendre de
mét.oLOGQUES
< La grande offensive contre la
vie chère est déclanchée », « baisse
de 5 pour 100 sur tous les prix... » ;
les fêtes passées — avec le vide
qu’elles causent dans le portefeuille
du Français moyen — la nouvelle
année allait-elle se présenter sous
un jour plus abordable ?
Le chef du gouvernement l’avait
solennellement promis en faisant
ses vœux radiodiffusés à la nation,
et il tiendra ses promesses mieux
que celles des autres.
Chacun opina du chef et je partis
hier matin me promener à travers
Paris, consulter les prix, chercher la
baisse.
Tout était souriant, le baromètre
montait et, tout de suite, devant le
couvent des carmélites, j’ai rencon
tré... l’abbesse ; un ouvrier sifflait :
« Blum-blum, tralala » en lisant le
Baisse de 5 % ? Oui,
mais le Conseil municipal
de Paris décrète
une hausse de 25 %
On sait que le Conseil munici
pal de Paris a procédé au relève
ment d’un grand nombre de taxes
au cours de
de 1946. Dès
préfet de la
veau tarif de
tionnelle sur
sa dernière session
hier, un arrêté du
Seine fixe le nou-
la taxe locale addi-
les transactions à
2% contre 1,50 précédemment.
Canard enchaîné. Je voyais partout
luire de l’espoir.
Il ne me fallut que quelques minu
tes pour m’apercevoir que cet espoir
était à bon marché et que les vœux
radiodiffusés étaient — comme il
convient pour un tel sujet — aussi
économiques que gratuits.
Partout, et surtout dans les bou
tiques d’alimentation, aucun chan
gement n’était venu déplacer vir
gules ou zéros des étiquettes :
« Que les prix d’achat baissent et
nous diminuerons nos prix de
vente », répondaient la plupart des
commerçants. Les grands magasins
étaient fermés, les théâtres et ciné
mas conservaient leurs prix et n’a
vaient pas entendu parler de baisse
sur les taxes qui les écrasent, les
restaurateurs attendaient, les coif
feurs aussi, les blanchisseurs éga
lement ainsi que 99 pour 100 des
commerçants.
Chez Félix Potin les étiquettes
n’avaient pas bougés mais un es
compte de 5 pour 100 était opéré
sur le total des achats de chaque
client ; il n’y avait ni remise ni
escompte chez « Borniol » et l’on
n’y a pas encore institué la classe
unique ; certains « prix-unique »
avaient pourtant obéi à M. Blum
ainsi que Lévitan qui, cependant
ne la garantissait pas, la baisse,
pour longtemps.
Les tarifs des taxis sont fixés par
arrêté préfectoral et rien n’est en
core... arrêté.
FRANCK-DOMINIQUE.
(Lire la suite en troisième page.)
Stiev et
hi
LE DÉPUTÉ MUSULMAN DOCTEUR GRENIER
Il y a cinquante ans, était élu
le bon et singulier Dr Grenier, que
l’on devait surnommer le « député
musulman » de Pontarlier. De tous
les élus excentriques envoyés au
Parlement — il n’est guère de lé
gislature qui n’ait eu son original
— c’est assurément du député mu
sulman que le souvenir est resté
le plus vif.
Son élection avait été surpre
nante. M.i Maurice Ordinaire, qui
devait faire depuis une belle car
rière politique, se présentait à la
place de son père Dyonis mort quel
que temps avant ; il avait contre
lui deux adversaires, un nommé
Grillon et le docteur Grenier, qui,
après de longs voyages en pays
arabes, d’où il était revenu converti
à l’islamisme, s’était établi à Pon
tarlier. Au premier tour, M. Gril
lon obtint 4.854 voix, Maurice Or-
dihaire. 3.497 ; le docteur, 1.659.
Ballottage. M. Ordinaire se désista
purement et simplement. La cam
pagne électorale avait été trop vive
pour que ses électeurs puissent se
résoudre à voter pour M. Grillon.
Le docteur Grenier fut élu au se
cond tour avec 5.141 voix. M. Gril
lon avait recueilli 4.856 suffrages,
deux voix supplémentaires seule
ment sur le vote précédent.
Dès le 12 janvier 1897, jour de
sa validation, le nouveau parle
mentaire se signala à l’attention
des chansonniers. Il apparut drapé
dans un splendide burnous blanc,
marchant avec une majesté tout
orientale. En entrant dans la salle
des séances, il se prosterna devant
la pendule. Le président Henri
Brisson que ce geste avait eu le don
d’exaspérer, ne tarda pas à inter
venir. Il avait donné la parole à
Monsieur Grenier, qui lui adressa
en remerciements le salut oriental,
main à la tête, au cœur, à la bou
che, puis inclinaison avec les bras
en croix ; alors Brisson prononça
sèchement :
— La Chambre n’est pas réser
vée aux manifestations d’un culte
quel qu’il soit ! J’espère n’avoir pas
à renouveler cet avertissement.
Ce jour-là, le député de Pontar
lier parla sur la tolérance.
Il n’oubliait aucun des rites de
sa religion : il quittait son banc
pour descendre sur le quai et faire
ses ablutions dans la Seine devant
une foule ironique.
Il n’était peut-être pas si « lou
foque » ; il parlait par exemple
de border les routes nationales d'ar
bres fruitiers ; d’élever en plein
Paris une mosquée, de construire
un institut musulman ; d’organi
ser en Afrique une puissante armée
noire... Il déposa sur le bureau de
la Chambre une proposition de loi
demandant la protection de la
frontière par un grand fossé dou
blé, sur cinquante mètres de pro
fondeur, d’un réseau électrifié de
fils de fer barbelés. Le Dr Grenier
fut ainsi le premier inventeur de la
Gilles BREUIL,
négociations avec
namienne dans «
tuelles ».
Il a ajouté que
pas tous pouvoirs
la république vîet-
les conditions ac-
M. Moutet n’avait
pour discuter d’un
règlement immédiat du conflit, mais
que. si besoin était, un télégramme
pourrait lui être envoyé lui conférant
ces pouvoirs. Officiellement, a précisé
le porte-parole, M. Moutet est en mis
sion d’enquête et devra fournir un
rapport sur la situation lors d’une
réunion du Conseil des ministres,
prévue vers le 14 janvier.
On fait ressortir au Quai d’Orsay
que deux conditions doivent être rem
plies avant que la France puisse négo
cier avec Ho Chi Minh. Tout d’abord,
l’ordre et le calme doivent être réta
blis, après quoi, le gouvernement
français doit vérifier quels sont les
pouvoirs confiés aux négociateurs
avec lesquels il entamera des pour
parlers. Or, on ignore où se trouve
(Lire la suite en troisième page)
proche avenir fournira à cette
question. Le paysan de chez nous,
si courageux au travail, si fidèle
à son sol. veut des choses contra
dictoires. mais il les veut obstiné
ment. Il veut un franc stable,
mais des prix en hausse continuelle,
sans se rendre compte que celle-
ci ruine infailliblement la valeur
de celui-là. Il gardera ses produits
à la ferme dans un régime d’au-
tarcie familiale plutôt que de ven
dre au-dessous de ses espérances,
attisées par les profits spéculatifs
du circuit parallèle.
Si de mauvais conseillers le met
tent en méfiance des mesures gou
vernementales, nous risquons de
voir se raréfier brusquement les
produits agricoles. Le marché noir
connaîtra, par Contre-coup, une
montée en flèche de ses prix et
il sera impossible de normaliser
dans de telles conditions le pouvoir
d’achat des masses, ce qui est le
but essentiel de l’expérience. Nous
ignorons les moyens dont Léon
Blum dispose pour prévenir 1” « ac-
cident » qui le guette sur sa route.
Quand on a affaire aux paysans,
la contrainte du gendarme ou du
garde-champêtre aboutit à lag-
gravation du mal. Mieux vaut donc
persuader, mais fermement, mon-
■ trer le franc en péril, faire appel
aux élus locaux et aux organismes
professionnels, le tout n’excluant
pas la répression énergique contre
ceux qui, dans l’ombre, vont, mal
gré tout, essayer de jouer à la
hausse pour continuer leurs trafics,
d’autant plus rémunérateurs qu’ils
échappent à l'impôt. Les paysans
français sont si curieusement pétris
de contradictions qu’on les voit en
ce moment s’arranger pour avoir
droit, le plus nombreux possible,
à la retraite des travailleurs, tout
en ne payant pas leurs cotisations
aux assurances sociales. Les radi
caux, qui ont des attaches avec la
paysannerie, sont alertés contre
tout système de contrainte. Aussi
ont-ils fait de significatives réser
ves sur le plan de Léon Blum, mais
ils devraient convenir que la liberté
actuelle, dégénérant en licence, c’est
un pays ingouvernable que nous
finirons par avoir devant nous.
Cohésion, efficacité de l’effort
administratif, adhésion réfléchie
des paysans, voilà ce qu’il faut réa
liser dans l’immédiat sur le plan
économique, tout le reste portant
sur l’effort productif. Restent les
difficultés politiques ! Léon Blum
n’est certainement pas partisan de
la reconduction d’un gouvernement
de minorité. Lui-même ne désire
pas revenir au pouvoir. Ce sont,
pourtant, deux choses qu’on sera
conduit à séparer et qu’il vaudra
mieux séparer. Cette expérience de
quelques semaines a montré avec
éclat la supériorité dans l’action
d’une équipe sans fissure, unie der
rière son chef et prête à le suivre
sans réserve. Le pays l’a senti. Il
est reconnaissant au parti socialiste
et à Léon Blum d’avoir pris à
temps leurs responsabilités. Cepen
dant, cette équipe n’a vécu que
par le prestige de Léon Blum, pour
la raison aussi que deux grands
partis, qui pouvaient l’abattre, lui
accordaient un sursis d’un mois.
Cette facilité exceptionnelle ne
se renouvellerait pas. Sur ce point,
certains socialistes ne doivent pas
garder trop d’illusions. Mais le suc
cès du gouvernement de Léon Blum
peut rendre bientôt moins abrupts
dans leurs exigences tels partis qui
avaient cru qu’on ne ferait rien
sans eux. L’union si nécessaire, si
ardue à réaliser il y a un mois,
sera, nous le souhaitons, après un
court jeûne gouvernemental, plus
commode. Cela dépendra de l’hom
me qui la présidera et nous croyons
que Léon Blum, faisant violence à
son désir de repos, est maintenant
désigné par le pays pour achever
sa tâche.
LES TERRORISTES JUIFS
AURAIENT ATTAQUE LE Q.G.
DES TROUPES A TEL-AVIV
Jérusalem, 2 janvier.
Cinq
violentes explosions se sont produi
tes à 13 heures près de Citrus-House,
siège du quartier général du com
mandant des troupes à Tel-Aviv.
Il semble qu’il s’agisse d’une atta-.
que de terroristes juifs contre le
quartier général. Une vive fusillade
a suivi les explosions.
LES CHRONIQUES DE L’« ORDRE»
Ne changeons pas inconsidérément
le no dles TUS
Depuis quelques mois, tant à Paris qu’en pro-
vince, on ne compte plus les avenues, les places, les
rues qui ont changé de nom, et toutes ces modifi
cations ont suscité dans le public, toujours soucieux
de ses habitudes et de sa facilité de vie, une mau
vaise humeur indéniable.
Dieu sait pourtant si la plupart de ces change
ments récents ont été inspirés par des sentiments
généreux : la reconnaissance envers les vaillants
pionniers de la victoire, le souvenir des bastions de la
résistance alliée contre l’ennemi. Mais ce n’est pas
le principe même du changement, surtout lorsqu’il
s’agit de rendre des hommages mille fois mérités,
qui a contrarié la population. C’est bien plutôt l’ap-
“plication du principe qui s’est avérée mauvaise. Il
semble qu’on ait procédé à ces modifications au ha
sard, sans esprit logique, sans plan préconçu, en
somme sans avoir essayé de fonder une « doc
trine ». Il serait assez aisé, cependant, d’en créer
une et d’éviter des erreurs qui risquent de se mul
tiplier.
Certes, les générations antérieures ne nous ont
pas, dans ce domaine, montré la bonne route, et,
pour ne citer d’exemples qu’à Paris, c’est la plus
extrême confusion qui règne dans les dénominations
de rues. Si l’on excepte le quartier de l’Europe, où
toutes les voies, par ordonnance de Charles X,
portent un nom de grande ville du vieux continent,
les boulevards « extérieurs », qui évoquent le nom
des anciens faubourgs de Paris, et les boulevards
« militaires » qui, à la limite de la capitale, hono
rent les lieutenants glorieux de Napoléon, il ne sem
ble pas en effet qu on ait jamais cherché à grouper
logiquement dans un même quartier les rues évo
quant des souvenirs communs ou des lieux ayant
uelque ressemblance. La rue, du Laos est très loin
e la rue d’Annam et la rue d’Algérie est à plusieurs
kilomètres de la rue d’Alger.
Pas davantage n’a-t-on essayé d’équilibrer quel
que peu l’importance de la rue et la valeur, l’in-
fluence de 1 homme ou de l’événement dont elle
porte le nom : Corneille, Racine, Molière, entre
autres gloires nationales, n’ont eu droit qu’à de
médiocres artères, peu fréquentées, alors que Mati
gnon, Richard Lenoir, Henri Martin ou Exelmans,
dont je ne veux point pour autant sous-estimer la
valeur, ont été honorés par de spacieuses avenues.
Encore s’agit-il là de personnalités qui, bien qu’ou
bliées par un public ignorant ou étranger à la re
connaissance, ont joué un rôle dans l’histoire poli
tique ou artistique de notre pays. Mais, combien de
rues n’ont été « baptisées » que sous l’influence de
considérations insignifiantes ! Ne citons pas de
noms. En province surtout où, parce qu'il a fait
ponctuellement son service à la mairie pendant vingt
ans, on n’a pas hésité à faire passer le nom d’un
appariteur à la postérité.
par Paul LE GOFF
, L‘ imagination des anciens édiles n’a pas dû non
plus être mise à dure épreuve lorsqu’ils ont honoré
un même homme, un même événement, un même lieu
un nombre exagéré de fois. Ainsi rencontrons-nous
par quatre fois le nom d’Austerlitz, celui de Fal-
gyière. et celui de Félix Faure, par trois fois celui
d Antin, etc. Mais à ce manque d’imagination s’est
ajouté sans doute un esprit malicieux, car, si l’ave-
nue Carnot est dans le XVII e arrondissement, le
boulevard Carnot est dans le XII e . De même, la
Place et le boulevard Voltaire sont situés dans le
X 1s tandis que le quai Voltaire figure sur le plan
du Vf. On conçoit aisément que cette confusion
ne facilite guère la tâche des visiteurs de la capitale
et des Parisiens eux-mêmes. Je m’en voudrais de
ne pas citer aussi le cas plaisant de la rue Etienne-
Marcel prolongée que nombre de gens cherchent en
vain aux extrémités de la rue Etienne-Marcel. Tan
dis que celle-ci est située aux abords des Halles, la
= Etienne-Marcel-prolongée est tout près... de la
Bastille. Prolongement assez théorique et pour le
moins imprévu, avouons-le.
rue
Les erreurs du passé ne sauraient en tout cas
justifier les erreurs présentes. Il n’apparaît pas, mal-
heureusement, qu’on ait cherché, au cours de ces
derniers mois, à revoir le problème et à l’examiner
avec logique. Quelques changements heureux au-
raient pu cependant servir d’exemples à nos édiles.
Ainsi personne ne regrettera la disparition de la
place du Combat : on sait qu’en cet emplacement,
autrefois barrière de Paris, se déroulaient des span
tacles forains constitués surtout par des combats
cruels, d animaux qui ne furent abolis qu’au milieu
du siècle dernier. Mais dès cette date, le Conseil
municipal, de Belleville demandait la suppression de
la dénomination Combat qui rappelait un spectacle
sanguinaire. De même on ne peut critiquer les trans
formations logiques de J avenue de Tokio en avenue
de New-York, et de l’avenue Victor-Emmanuel-III
en avenue Franklin-Roosevelt.
ul aient des spec-
ar des combats
Mais, pour ces, quelques cas heureux, que d’er-
reurs en vérité ! L’une d’elles concerne la place et
la station de métro Stalingrad dont le nom s’est sub-
stitué à Aubervilliers-Boulevard de la Fillette. Cette
dernière dénomination avait un sens géographique
évident et permettait d’utiles repérages. Pourquoi
donc, ne pas l’avoir conservée ? Puisqu’on voulait
perpétuer le souvenir de la vaillante résistance de la
cité soviétique, n‘était-il pas plus logique et plus
évocateur peut-être de choisir le quartier de l’Eu-
rope ? Il existe, par exemple, une place, à l’impor
tant carrefour des rues de Moscou, de Bucarest et
Clapeyron qui était digne de porter le nom de la
ville russe.
Une erreur du même type me semble avoir été
commise pour la station de métro Pont-de-Flandre^
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