7 Annés - Nouvelle série N" 109 1 Ir. 50 MERCREDI 6 JUIN 1945
CONSTITUANTE
POLITIQUE - ÉCONOMIQU E
L'ORDRE
Directeur politique : Emile BURÉ
Rédaction, Administration : 31, Rue Tronchet
Publicité : 36, Rue Tronchet
6 FÉVRIER 1934
PREMIÈRE JOURNÉE
de la contre-révolution vichyssoise
r— par Emile BURÉ i
Anjou 86-40 - 4 Lignes
Après 21 heures : Gutenberg 95-66
M. WINSTON CHURCHILL
parle aux Communes
de la question syrienne
? ?
n (i)
M.
hier,
cises
par
Churchill a répondu,
aux accusations pré-
du général de Gaulle
pas tenu à cette ligne et
a-t-il commencé par trai-
une
N ATIONALE ?
Que sera F Assemblée chargée d'établir
les lois constitutionnelles ?
REFERENDUM? SOIT, MAIS SUR QUOI?
Mais je reviens à Jean Chiappe. Sûr qu’il avait
protégé Staviski en feignant de le poursuivre, Ca
mille Chautemps — président du Conseil, ministre
de l’Intérieur — chercha, après avoir frappé le po
licier Bonny qui l’avait démasqué, à débarrasser de
son encombrante personne la Préfecture de Police.
It lui offrit secrètement le gouvernement de l’Algé
rie. Pauvres Algériens !... Son offre fut dédaigneu
sement repoussée, Jean Chiappe était devenu —
ironie de Dieu — le symbole de l’intégrité politique
pour les conseillers municipaux dont le dramaturge
Pagnol avait flétri la scandaleuse corruption dans
son « Topaze » qui, de pauvre, l’avait fait subite-
^nent riche, pour les royalistes de l’Action Fran
çaise. qui l’avaient si longtemps méprisé, pour les
Croix de Feu du colonel de la Rocque, dont Tar
dieu devait dévoiler qu’il lui avait remis des fonds
secrets lorsqu’il était ministre de l'Intérieur, pour
maintes autres organisations subversives dont les
moins infâmes n’étaient pas le parti populaire fran
çais de Doriot, la « Ligue franciste » de Bucard,
séminariste défroqué dont la savoureuse correspon
dance d’inverti circulait déjà au front sous les ca
potes lors de la dernière guerre. Camille Chautemps
s’en était fait un ennemi mortel en voulant l’ama
douer, l’enchaîner, en voulant le sauver, pour se
sauver lui-même. Trop d’habileté nuit parfois.
La rue commença de gronder dans l’inertie en
courageante, excitante de la police de Chiappe.’
Quelques jours avant le jour fatal du 6 février 1934,
je fus invité à dîner par le général Sikorski, à l’hô
tel de la rue Sainte-Placide où il était descendu.
Comme je me rendais à son invitation j’avais, sur
te boulevard Saint-Germain, vu les camelots du roy
arracher en chantant, en hurlant, les grilles de fonte
au pied des arbres pour en faire des projectiles,
sans que les sergents de ville y trouvassent rien à
redire. Ma voiture avait eu de la peine à passer.
Quand, après le dîner je rentrai à pied à mon jour-
nal, bras-dessus bras-dessous avec le général Si-
Icorski, la manifestation royaliste se poursuivait. Je
rencontrai le chef de la police municipale, Paul
Guichard, qui dès qu’il s’agissait du maintien de
l’ordre dans la rue devenait le vrai préfet de police.
-J’avais, inspecteur général de l’Agriculture, été. à
même d’apprécier sa valeur lorsqu’il était commis
saire de police des Halles, et j’avais, chef de cabinet
d’Aristide Briand, au ministère de l’Intérieur, essayé
de faire de lui officiellement ce qu’il était réelle
ment : le préfet de police. « Ça va, Guichard ? »
lui dis-je. — « Eh oui ! ça va », me répondit-il iro-
niquement ; « nous protégeons M. Chautemps qui
est si gentil pour nous ». J’avais compris. Jean
Chiappe conspirait la chute du cabinet Chautemps.
Je m’en fus le lendemain au ministère de l’Inté-
rieur et sans confier à Camille Chautemps ce qui
m'avais été dit, je l’invitai à se méfier de sa police.
Il se rit de mes inquiétudes. Comme je sortais de
chez lui, je croisais Daladier, son héritier présomp
tif, dont le visage reflétait la conviction — que je
partageais maintenant — de l’ouverture très pro
chaine de la succession ministérielle, à laquelle il
prétendait. Elle s’ouvrit en effet peu de jours après
et le président de la République investit de sa con
fiance « le Taureau d’Orange » qui ne constitua pas
son cabinet aussi aisément qu’il l’avait espéré.
Le cas Chiappe l’embarrassa à tout instant dans
ses démarches. L’astucieux préfet de police avait
placé auprès de lui son ami Jean Malvy afin qu il
veillât à ce que le portefeuille de l’Intérieur fût at
tribué à un homme sur . lequel il pourrait aveugle
ment compter. Le monde politique, c’était la marque
de son redoutable dérèglement d’esprit, se divisait
maintenant en « chiappistes » et e antichiappistes.”;
Adrien Marquet, député, maire de Bordeaux, fut
écarté comme « antichiappiste ». Eugène Frot, de-
.pute de Loir-et-Cher pénétra place Beauvau comme
e chiappiste ». Au vrai, celui-ci n’avait aucune
opinion au sujet du préfet de police en révolte con
tre le gouvernement qu’il se devait de servir. .
Le microbe chiappiste et le microbe antichiappiste
étaient aux prises dans le corps du ministère Da
ladier. Celui-ci n’eut qu’une ombre de vie. Un mé
decin se présenta, prêt à l’achever plutôt qu’à le
guérir, e n la personne de Gaston Bergery, fils d’Al
lemand portant le nom du second mari de sa mère.
Brutal, direct, celui-ci invita Da
ladier à s’examiner lui-même et à
changer l'atmosphère de son gou
vernement. Un remaniement mi
nistériel et administratif s’opéra,
étourdisant. Le directeur de la Sû
reté générale Thomé devint admi
nistrateur du Théâtre Français ; le
préfet de police Jean Chiappe, à qui
la résidence générale du Maroc
était vainement offerte, cédait sa
place au préfet de Seine-et-Oise,
Bonnefoy Sibour, qui se recomman
dait du seul fait qu’il était à la fois
fils de son père, sénateur radical,
et neveu de son oncle évêque. Au
demeurant, le meilleur homme du
monde, mais ne connaissant rien
à la fonction qu’il allait être appe
lé à exercer à une heure tragique.
Daladier fut obligé de révoquer
Chiappe qui, refusant de se rendre
au Maroc, l'avait averti qu’il se
rait le soir « dans la rue en ves
ton ».
L’ECHANGE
DES BILLETS
Aujourd’hui et
demain, fin des
C (depuis Che),
D, E, F. Vendre-
di et samedi.
H. I, J, K, L.
A la C. P. D.
En raison
G,
E.
de
Communes
décevante.
déclaration aux
qu’on jugera
Pourtant,
avait commencé son
il
dis-
cours par une phrase pleine
de_v érité et de sagesse ;
« Lorsque des incidents
regrettables comme ceux
qui se produisent en Sy
rie entre deux nations
aussi fermement attachées
l’une à l'autre que la Fran
ce et la Grande-Bretagne
et dont les destinées sont
si étroitement mêlées, sur
viennent, moins on en dit,
mieux cela vaut, presque
toujours. »
Pourquoi ne s’en est-il
tér d‘« allégations
les
faits énoncés par le général
de Gaulle et auxquels il a
voulu donner une explica
tion : « Le sens du dis
cours du général de Gaulle
était de suggérer que tous
les troubles qui se sont
produits au Levant étaient
dus à l’immixtion britan
nique ; je pense que le se
crétaire d’Etat au Foreign
Office a déjà montré clai
rement que loin de provo
quer de l’agitation dans les
Etats du Levant, toute no
tre influence a été em
ployée dans une direction
exactement opposée. »
Lire la suite en D. H.
Le mystère reste entier sur les pré
férences du gouvernement quant à la
nature de l’Assemblée qui élaborera
la constitution de la IV° République.
Juridiquement nous ne sommes pas
au bout des controverses portant sur
la validité des institutions de 1875. Si
l’on confronte les textes on s’aperçoit,
d’a Heurs, que depuis l’appel de juin
1940 jusqu’à la conférence de presse
de samedi dernier, la doctrine offi
cielle a souvent varié. Néanmoins on
pourrait croire la question tranchée
par l’article premier de l’ordonnance
d’avril 1944 qui stipulait expressément
ceci : « Le peuple français décidera
souverainement de ses futures insti
tutions. A cet effet une Assemblée
nationale sera convoquée dès que les
circonstances permettront de procé
der à des élections régulières, au plus
tard dans le délai d’un an après la
libération complète du territoire.
ELLE SERA ÉLUE AU SCRUTIN
SECRET A UN DEGRE PAR TOUS
LES FRANÇAIS ET FRANÇAISES
majeurs, sous la réserve des incapaci-
tés prévues par les lois en vigueur. »
Si ce texte restait valable, le géné
ral de Gaulle aurait-il cependant pu
admettre, comme il l’a fait en réponse
à M. François Mauriac, que le choix
était encore libre entre cette solution
il s’est servi fait l’objet d’interpréta
tions contradictoires. L’électeur au
rait-il, dans cette hypothèse d’un ré
férendum, à se prononcer sur l’option
entre le jeu de la Constitution de
1875 et la Constituante ou bien se
rait-il consulté sur une sorte de
schéma, de canevas que les « consti
tuants », dans leurs travaux, pren-
draient pour point de départ ? On ne
le discerne pas clairement.
Quoi qu’il en soit, politiquement,
l’affaire paraît réglée. Dès l’instant
que les communistes par la voix de
Marcel Cachn, les socialistes par la
voix de Léon Blum, la Résistance par
la voix de ses représentants qualifiés
ont choisi la Constituante, l’orienta
tion est désormais déterminée. Seule
une modification de la carte politi
que, survenant d’ici l'automne, mo
difierait ces positions. Jusqu’à pré
sent. on l’a vu par les élections muni
cipales, le mouvement qui a porté la
Résistance continue et sa poussée ré
volutionnaire paraît devoir aller jus
qu’à son terme.
Mais à M. Léon Blum, nous deman
derions volontiers quel
sera ca terme. A
quel
Constituante sera-t-elle
sera et où
moment ta
en mesure.
(A suivre).
(1) Lire « l’Ordre » du 5 juin.
l’échange actuel
des billets de
banque, la Com
pagnie Parisienne
d e Distribution
d’Electricité a dé
cidé de suspen
dre, pendant les
premiers jours de
l’opération , l a
présentation des
quittances au do-
micile de
abonnés.
ses
Lire en deuxième page :
AU CONSEIL DES MINISTRES
La politique générale
de la Grande-Bretagne
Un large tour (Chorizon
entre MM, Churchill et Davies
Des deux envoyés spéciaux du pré
sident Truman auprès de MM. Chur-
chili et Staline, M. Davies est rentré
de Londres à Washington. Il aurait
rapporté les indications que voici :
M. Churchill demeurerait ferme sur
la question polonaise (le cabinet da
LuLin doit être élargi) et sur celle
de Trieste, qui doit rester à l’Italie
(en raison de sa contribution à la
guerre contre l’Allemagne et de sa
future contribution à la guerre con
tre le Japon !)
Le Premier britannique, qui dési
rerait voir l’influence de son pays
augmenter dans les Balkans et en
Europe centrale, s’opposerait, par
contre, à la participation de l’U.R.
S.S. aux conversations sur le Moyen-
Orient. Enfin, M. Churchill voudrait
que les troupes russes évacuent la
Perse et
le Japon,
locuteurs
lions sur
n’interviennent pas contre
et il limite à trois les inter
dans. les futures négocia-
le Levant.
LA QUOTIDIENNE
Changez de constitution!
Du cachot où il a été enfermé du
rant de longs jours, un homme sort
couvert de vermine. En vain tente-
t-il de se débarrasser des parasites
immondes : il semble qu’ils aient versé
dans ses veilles un poison qu’il ne
parviendra plus à rejeter. Mais le mé-
decin, dès qu’il se présente, au lieu
de lui conseiller une désinfection to
tale et énergique, lui dit : « Vous de
vriez modifier votre constitution ! »
Je veux bien croire que tous les
maux dont a souffert la France vien-
nent des lois organiques de 1875, et
qu’elle recouvrera force et santé aus
sitôt qu’elle les aura modifiées ; mais
j’avoue cependant mon incrédulité.
A analyser les causes de la défaite,
je vois l’élite d’une génération sacri
fiée en 1914-1918 avec un million et
demi de morts, des chefs de gouver
nement velléitaires, un traité de paix
renié par les Etats-Unis et abandonné
par l’Angleterre, une France incer
taine, divisée par l’égoïsme et l’indif
férence, une coalition d’intérêts poli
tiques et économiques se manifestant
sous la forme de la trahison latente
avant la guerre, et, pendant la guer
re, des chefs militaires incapables dé
passés par les événements. Dans tout
ceci, j’aperçois la carence des hom-
mes et non la faiblesse congénitale
des institutions. Joffre. Foch, Cle
menceau vainquirent en s’accommodant
d’elles. Et puis, la Constitution ne
règle ni le mode électoral applicable
au suffrage universel, ni le fonction
nement des débats parlementaires.
Elle ne dit nulle part que les minis
tres sont obligatoirement choisis dans
le sein des assemblées. Si les chefs
de l’Etat n’ont, depuis Mac-Mahon,
jamais utilisé les pouvoirs qu’ils tien
nent d’elle, on ne saurait le lui re
procher. Alors, diable, que lui veut-on,
et croit-on que tout sera dit quand
sur des mœurs anciennes on aura
érigé un édifice nouveau ?
Pierre LŒWEL.
POUR LES ETABLISSEMENTS
DE NUIT
Ils pourront demeurer ouverts sans
autorisation jusqu’à 2 heures du ma
tin. Des dérogations pourront être ac
cordées pour une fermeture plus tar
dive. . . . । __
et les deux autres qu’il
Assemblée nationale
dum ?...
A vrai dire la pensée
Gaullle sur ce dernier
a envisagées :
Ou référen-
du général de
point appelle
des éclaircissements car la forme dont
M. LÉON BLUM, DELEGUE
A LA CONSULTATIVE ?
M. Félix Gouin est réélu
président de ïAssemblée
M. TEITCEN
N'A PAS
DE CHANCE
M. Teitgen
pour ses débuts à
la Justice, n’a
pas de chance.
Cinq jeunes gens
étaient arrêtés à
Dinan pour avoir
déposé un engin
explosif
porte d'un
laborateur
population
unanime à
la
« col-
», La
( u t
lécla-
mer leur mise en
liberté; ses délé
gués eurent une
entrevue avec M
Teitgen qui s’ef
força de justifier
l’arrestation. En
vain, les portes
de la prison
Dinan furent
foncées par
manifestants
les détenus
rent délivrés
de
en-
les
e t
fu-
et
portés en triom
phe.
Séance de rentrée.
Le discours du doyen d'âge, le
lonel Eychène, fut alerte et bref.
CO-
L’élection du bureau fut pour
M. Félix Gouin, président énergique
et courtois, Toccasion d’un beau suc
cès, puisqu’il obtint — comme M. La
brousse pour la vice-pr-idence —
182 voix sur 184.
selon lui, de donner à la démocratie
des assises définitives ? Car le pays
aspire, aspirera de plus en plus à sor
tir du provisoire. Or qui assignera à
la Constituante des délais dans le
temps ? Pas une ordonnance gouver
nementale, ce serait incompatible
avec la souveraineté de l’Assemblée.
D’elle-même fixera-t-elle le jour de
sa mort ? Quelle tentation pour elle
de prolonger ces vacances de la léga
lité, ou plutôt celle légalité révolu
tionnaire que M. Léon Blum préfère à
la compromettante illégalité dont Al
bert Bayet parle avec allégresse...
La thèse si déliée de Léon Blum
souffre d’une contradiction et c-ntiett
un péril. La contradiction la voici :
le leader socialiste légitime l’abolition
des institutions de 1875 en déclarant
qu’elles ont été effacées par cette for
ce semi-légale, en tout cas décisive et
de toutes façons révolutionnaire, que
fut la Résistance. Mais, par ailleurs,
il fonde la légitimité du général de
Gaulle sur le consentement de tous
es Français. Léon Blum ne peut avoir
raison dans les deux cas. Si c’est,
comme il le dit et, selon nous avec
raison, le consentement du peuple aui
en démocratie fait ou défait le droit,
nous demandons où et quand l’opi-
Mais l’intérêt était surtout dans les nion « été consultée sur la Constitu ¬
couloirs, où l’on parlait aussi des dé-
cisions prises par les socialistes.
Ceux-ci ont pris l’initiative de dé
poser un projet de résolution deman
dant l’élargissement de l’assemblée
par l’adjonction de nouveaux mem
bres prisonniers et déportés. Et pour
le cas où le gouvernement ne don
nerait pas suite à cette proposition,
ils ont immédiatement remis leur dé
mission au secrétariat général du
parti, qui pourrait ainsi désigner un
certain nombre d’anciens prisonniers
ou déportés.
C’est là un geste qui ne serait sans
doute pas isolé. Mais la question que
l’on posait surtout était celle-ci : les
socialistes ne demanderaient-ils pas
à M. Léon Blum, qui fut lui aussi
déporté en Allemagne, de siéger à
l’assemblée, bien qu’elle en soit déjà
arrivée à sa dernière session ?
-Jean FEVRE.
tion de 1875. En bonne logique, peut
être même en bonne sagesse, le pans
serait utilement appelé à arbitrer io
querelle pendante devant les juristes.
Car si rétablir, le Sénat, c’est, en -J-
fet, préjuger de la future Constitu
tion, ce l’est aussi de le condamner à
priori.
Quant au péril, dont nous parlions,
il tient au fait que si l’on prend à la
légère la mort des constitutions et
que l’on signe un peu vite leur acte
de décès, d’autres « légalités révolu
tionnaires », de droite celles-là, peu
vent un jour précipiter au tombeau
vos constitutions hâtives en se cou
vrant au besoin du prétexte d’un re
tour à la vraie légalité, c’est-à-dire à
la précédente !... On ne saurait s’en
tourer de trop de scrupules quand il
s’agit, comme le disait Descartes, de
toucher à ces vastes corps que sont
les sociétés civiles...
André STIBIO.
La Tribune de Julien BENDA'
LA VRAIE RÉFORME
DE LA DEMOCRATIE
il y a quelques jours, parlant des parle
mentaires d’avant guerre, Buré convenait
que, s’ils ne méritent pas l’anathème pé
remptoire que tout un monde lance au
jourd’hui sur eux, ils se sont montrés
coupables de cette démagogie qui fut de
conter au peuple qu’il pouvait connaître
le bonheur sans le payer d'aucun effort.
Pour moi, en toute précision, je les con
damne de n'avoir point déclaré au peuple,
après Munich et même avant, qu’étant
donné les agissements de Hitler, son man
que systématique à tous ses engagements,
la guerre devenait inévitable et qu’il fal
lait s’y préparer, au lieu de lui chanter
qu’avec un peu de bonne volonté tout
s’arrangerait et qu’il pouvait continuer
son petit tran-tran journalier.
Je les en condamne, mais soyons juste.
Est-ce que, s’ils avaient adopté cette te
nue, ils n’auraient pas été reniés par la
majorité de nos concitoyens ? Non pas
seulement par ceux qui préféraient la
destruction de la République à l’indépen-
dance de leur pays, mais par ceux qui,
nullement fascistes, refusaient de voir une
vérité quelles gênait ? Que Buré se rap
pelle comment étaient traités à peu près
par tout le monde ceux qui, comme lui,
clamaient cette vérité. Et alors ne faut-il
pas reconnaître que le vrai coupable, ce
ne fut point ceux qui trompèrent le peu
ple, mais bien le peuple lui-même qui
entendait être trompé ?
On m’assène : Si, en 1939, la guerre
était devenue inévitable, c’est parce que,
depuis des années, les parlementaires
avaient la lâcheté de tout permettre aux
dictatures. Là encore, est-ce bien eux les
vrais responsables? S’ils avaient voté les
sanctions contre l’Italie lors de l’affaire '
éthiopienne, la riposte à la réoccupation
de la Rhénanie, l’intervention dans la
guerre d’Espagne, n’auraient-ils pas
contre eux, non pas seulement les
rastsiens, mais les trois-quarts de
tion, laquelle n’avait pas d’autre
que étrangère que le souci de son
trouvé
maur-
la na-
politi »
repos ?_
Ceux qui, comme nous, en avaient une
autre n‘étaient-ils pas taxés presque una-
nimement de suppôts d’anarchie ou de
monstrueux « buveurs de sang » ?
Prenons le sujet d’un autre biais. Un
des grands reproches faits aux parlemen
taires, c’est leur immixtion dans l’admi-
nistration,
l’exécutif
l'entrave qu’ils apportent à
en contrecarrant des
mesures
d’intérêt général au nom des intérêts de
leurs électeurs. Mais, là encore, qui est
le vrai coupable ? Est-ce le parlementaire
ou l’électeur qui lui signifie que, s’il ne
lui obtient pas gain de cause, il ne le
réélira pas ? Le remède n’est point,
comme d’aucuns le veulent, dans la non-
rééligibilité du député, laquelle peut être
Un mal s’il est un homme de valeur ; il
est de faire comprendre à l’électeur qu’il
lui faut préférer l’intérêt général à sa
satisfaction personnelle. La démocratie, a
dit Montesquieu, repose sur la vertu de
ses membres. C’est certainement le réqui
sitoire le plus terrible qu’on ait dressé
contre ce régime.
Ne nous y trompons pas ; la vraie ré
forme de la démocratie est celle de la
mentalité de l’électeur. Tout le reste n’est
que surface.
CONSTITUANTE
POLITIQUE - ÉCONOMIQU E
L'ORDRE
Directeur politique : Emile BURÉ
Rédaction, Administration : 31, Rue Tronchet
Publicité : 36, Rue Tronchet
6 FÉVRIER 1934
PREMIÈRE JOURNÉE
de la contre-révolution vichyssoise
r— par Emile BURÉ i
Anjou 86-40 - 4 Lignes
Après 21 heures : Gutenberg 95-66
M. WINSTON CHURCHILL
parle aux Communes
de la question syrienne
? ?
n (i)
M.
hier,
cises
par
Churchill a répondu,
aux accusations pré-
du général de Gaulle
pas tenu à cette ligne et
a-t-il commencé par trai-
une
N ATIONALE ?
Que sera F Assemblée chargée d'établir
les lois constitutionnelles ?
REFERENDUM? SOIT, MAIS SUR QUOI?
Mais je reviens à Jean Chiappe. Sûr qu’il avait
protégé Staviski en feignant de le poursuivre, Ca
mille Chautemps — président du Conseil, ministre
de l’Intérieur — chercha, après avoir frappé le po
licier Bonny qui l’avait démasqué, à débarrasser de
son encombrante personne la Préfecture de Police.
It lui offrit secrètement le gouvernement de l’Algé
rie. Pauvres Algériens !... Son offre fut dédaigneu
sement repoussée, Jean Chiappe était devenu —
ironie de Dieu — le symbole de l’intégrité politique
pour les conseillers municipaux dont le dramaturge
Pagnol avait flétri la scandaleuse corruption dans
son « Topaze » qui, de pauvre, l’avait fait subite-
^nent riche, pour les royalistes de l’Action Fran
çaise. qui l’avaient si longtemps méprisé, pour les
Croix de Feu du colonel de la Rocque, dont Tar
dieu devait dévoiler qu’il lui avait remis des fonds
secrets lorsqu’il était ministre de l'Intérieur, pour
maintes autres organisations subversives dont les
moins infâmes n’étaient pas le parti populaire fran
çais de Doriot, la « Ligue franciste » de Bucard,
séminariste défroqué dont la savoureuse correspon
dance d’inverti circulait déjà au front sous les ca
potes lors de la dernière guerre. Camille Chautemps
s’en était fait un ennemi mortel en voulant l’ama
douer, l’enchaîner, en voulant le sauver, pour se
sauver lui-même. Trop d’habileté nuit parfois.
La rue commença de gronder dans l’inertie en
courageante, excitante de la police de Chiappe.’
Quelques jours avant le jour fatal du 6 février 1934,
je fus invité à dîner par le général Sikorski, à l’hô
tel de la rue Sainte-Placide où il était descendu.
Comme je me rendais à son invitation j’avais, sur
te boulevard Saint-Germain, vu les camelots du roy
arracher en chantant, en hurlant, les grilles de fonte
au pied des arbres pour en faire des projectiles,
sans que les sergents de ville y trouvassent rien à
redire. Ma voiture avait eu de la peine à passer.
Quand, après le dîner je rentrai à pied à mon jour-
nal, bras-dessus bras-dessous avec le général Si-
Icorski, la manifestation royaliste se poursuivait. Je
rencontrai le chef de la police municipale, Paul
Guichard, qui dès qu’il s’agissait du maintien de
l’ordre dans la rue devenait le vrai préfet de police.
-J’avais, inspecteur général de l’Agriculture, été. à
même d’apprécier sa valeur lorsqu’il était commis
saire de police des Halles, et j’avais, chef de cabinet
d’Aristide Briand, au ministère de l’Intérieur, essayé
de faire de lui officiellement ce qu’il était réelle
ment : le préfet de police. « Ça va, Guichard ? »
lui dis-je. — « Eh oui ! ça va », me répondit-il iro-
niquement ; « nous protégeons M. Chautemps qui
est si gentil pour nous ». J’avais compris. Jean
Chiappe conspirait la chute du cabinet Chautemps.
Je m’en fus le lendemain au ministère de l’Inté-
rieur et sans confier à Camille Chautemps ce qui
m'avais été dit, je l’invitai à se méfier de sa police.
Il se rit de mes inquiétudes. Comme je sortais de
chez lui, je croisais Daladier, son héritier présomp
tif, dont le visage reflétait la conviction — que je
partageais maintenant — de l’ouverture très pro
chaine de la succession ministérielle, à laquelle il
prétendait. Elle s’ouvrit en effet peu de jours après
et le président de la République investit de sa con
fiance « le Taureau d’Orange » qui ne constitua pas
son cabinet aussi aisément qu’il l’avait espéré.
Le cas Chiappe l’embarrassa à tout instant dans
ses démarches. L’astucieux préfet de police avait
placé auprès de lui son ami Jean Malvy afin qu il
veillât à ce que le portefeuille de l’Intérieur fût at
tribué à un homme sur . lequel il pourrait aveugle
ment compter. Le monde politique, c’était la marque
de son redoutable dérèglement d’esprit, se divisait
maintenant en « chiappistes » et e antichiappistes.”;
Adrien Marquet, député, maire de Bordeaux, fut
écarté comme « antichiappiste ». Eugène Frot, de-
.pute de Loir-et-Cher pénétra place Beauvau comme
e chiappiste ». Au vrai, celui-ci n’avait aucune
opinion au sujet du préfet de police en révolte con
tre le gouvernement qu’il se devait de servir. .
Le microbe chiappiste et le microbe antichiappiste
étaient aux prises dans le corps du ministère Da
ladier. Celui-ci n’eut qu’une ombre de vie. Un mé
decin se présenta, prêt à l’achever plutôt qu’à le
guérir, e n la personne de Gaston Bergery, fils d’Al
lemand portant le nom du second mari de sa mère.
Brutal, direct, celui-ci invita Da
ladier à s’examiner lui-même et à
changer l'atmosphère de son gou
vernement. Un remaniement mi
nistériel et administratif s’opéra,
étourdisant. Le directeur de la Sû
reté générale Thomé devint admi
nistrateur du Théâtre Français ; le
préfet de police Jean Chiappe, à qui
la résidence générale du Maroc
était vainement offerte, cédait sa
place au préfet de Seine-et-Oise,
Bonnefoy Sibour, qui se recomman
dait du seul fait qu’il était à la fois
fils de son père, sénateur radical,
et neveu de son oncle évêque. Au
demeurant, le meilleur homme du
monde, mais ne connaissant rien
à la fonction qu’il allait être appe
lé à exercer à une heure tragique.
Daladier fut obligé de révoquer
Chiappe qui, refusant de se rendre
au Maroc, l'avait averti qu’il se
rait le soir « dans la rue en ves
ton ».
L’ECHANGE
DES BILLETS
Aujourd’hui et
demain, fin des
C (depuis Che),
D, E, F. Vendre-
di et samedi.
H. I, J, K, L.
A la C. P. D.
En raison
G,
E.
de
Communes
décevante.
déclaration aux
qu’on jugera
Pourtant,
avait commencé son
il
dis-
cours par une phrase pleine
de_v érité et de sagesse ;
« Lorsque des incidents
regrettables comme ceux
qui se produisent en Sy
rie entre deux nations
aussi fermement attachées
l’une à l'autre que la Fran
ce et la Grande-Bretagne
et dont les destinées sont
si étroitement mêlées, sur
viennent, moins on en dit,
mieux cela vaut, presque
toujours. »
Pourquoi ne s’en est-il
tér d‘« allégations
les
faits énoncés par le général
de Gaulle et auxquels il a
voulu donner une explica
tion : « Le sens du dis
cours du général de Gaulle
était de suggérer que tous
les troubles qui se sont
produits au Levant étaient
dus à l’immixtion britan
nique ; je pense que le se
crétaire d’Etat au Foreign
Office a déjà montré clai
rement que loin de provo
quer de l’agitation dans les
Etats du Levant, toute no
tre influence a été em
ployée dans une direction
exactement opposée. »
Lire la suite en D. H.
Le mystère reste entier sur les pré
férences du gouvernement quant à la
nature de l’Assemblée qui élaborera
la constitution de la IV° République.
Juridiquement nous ne sommes pas
au bout des controverses portant sur
la validité des institutions de 1875. Si
l’on confronte les textes on s’aperçoit,
d’a Heurs, que depuis l’appel de juin
1940 jusqu’à la conférence de presse
de samedi dernier, la doctrine offi
cielle a souvent varié. Néanmoins on
pourrait croire la question tranchée
par l’article premier de l’ordonnance
d’avril 1944 qui stipulait expressément
ceci : « Le peuple français décidera
souverainement de ses futures insti
tutions. A cet effet une Assemblée
nationale sera convoquée dès que les
circonstances permettront de procé
der à des élections régulières, au plus
tard dans le délai d’un an après la
libération complète du territoire.
ELLE SERA ÉLUE AU SCRUTIN
SECRET A UN DEGRE PAR TOUS
LES FRANÇAIS ET FRANÇAISES
majeurs, sous la réserve des incapaci-
tés prévues par les lois en vigueur. »
Si ce texte restait valable, le géné
ral de Gaulle aurait-il cependant pu
admettre, comme il l’a fait en réponse
à M. François Mauriac, que le choix
était encore libre entre cette solution
il s’est servi fait l’objet d’interpréta
tions contradictoires. L’électeur au
rait-il, dans cette hypothèse d’un ré
férendum, à se prononcer sur l’option
entre le jeu de la Constitution de
1875 et la Constituante ou bien se
rait-il consulté sur une sorte de
schéma, de canevas que les « consti
tuants », dans leurs travaux, pren-
draient pour point de départ ? On ne
le discerne pas clairement.
Quoi qu’il en soit, politiquement,
l’affaire paraît réglée. Dès l’instant
que les communistes par la voix de
Marcel Cachn, les socialistes par la
voix de Léon Blum, la Résistance par
la voix de ses représentants qualifiés
ont choisi la Constituante, l’orienta
tion est désormais déterminée. Seule
une modification de la carte politi
que, survenant d’ici l'automne, mo
difierait ces positions. Jusqu’à pré
sent. on l’a vu par les élections muni
cipales, le mouvement qui a porté la
Résistance continue et sa poussée ré
volutionnaire paraît devoir aller jus
qu’à son terme.
Mais à M. Léon Blum, nous deman
derions volontiers quel
sera ca terme. A
quel
Constituante sera-t-elle
sera et où
moment ta
en mesure.
(A suivre).
(1) Lire « l’Ordre » du 5 juin.
l’échange actuel
des billets de
banque, la Com
pagnie Parisienne
d e Distribution
d’Electricité a dé
cidé de suspen
dre, pendant les
premiers jours de
l’opération , l a
présentation des
quittances au do-
micile de
abonnés.
ses
Lire en deuxième page :
AU CONSEIL DES MINISTRES
La politique générale
de la Grande-Bretagne
Un large tour (Chorizon
entre MM, Churchill et Davies
Des deux envoyés spéciaux du pré
sident Truman auprès de MM. Chur-
chili et Staline, M. Davies est rentré
de Londres à Washington. Il aurait
rapporté les indications que voici :
M. Churchill demeurerait ferme sur
la question polonaise (le cabinet da
LuLin doit être élargi) et sur celle
de Trieste, qui doit rester à l’Italie
(en raison de sa contribution à la
guerre contre l’Allemagne et de sa
future contribution à la guerre con
tre le Japon !)
Le Premier britannique, qui dési
rerait voir l’influence de son pays
augmenter dans les Balkans et en
Europe centrale, s’opposerait, par
contre, à la participation de l’U.R.
S.S. aux conversations sur le Moyen-
Orient. Enfin, M. Churchill voudrait
que les troupes russes évacuent la
Perse et
le Japon,
locuteurs
lions sur
n’interviennent pas contre
et il limite à trois les inter
dans. les futures négocia-
le Levant.
LA QUOTIDIENNE
Changez de constitution!
Du cachot où il a été enfermé du
rant de longs jours, un homme sort
couvert de vermine. En vain tente-
t-il de se débarrasser des parasites
immondes : il semble qu’ils aient versé
dans ses veilles un poison qu’il ne
parviendra plus à rejeter. Mais le mé-
decin, dès qu’il se présente, au lieu
de lui conseiller une désinfection to
tale et énergique, lui dit : « Vous de
vriez modifier votre constitution ! »
Je veux bien croire que tous les
maux dont a souffert la France vien-
nent des lois organiques de 1875, et
qu’elle recouvrera force et santé aus
sitôt qu’elle les aura modifiées ; mais
j’avoue cependant mon incrédulité.
A analyser les causes de la défaite,
je vois l’élite d’une génération sacri
fiée en 1914-1918 avec un million et
demi de morts, des chefs de gouver
nement velléitaires, un traité de paix
renié par les Etats-Unis et abandonné
par l’Angleterre, une France incer
taine, divisée par l’égoïsme et l’indif
férence, une coalition d’intérêts poli
tiques et économiques se manifestant
sous la forme de la trahison latente
avant la guerre, et, pendant la guer
re, des chefs militaires incapables dé
passés par les événements. Dans tout
ceci, j’aperçois la carence des hom-
mes et non la faiblesse congénitale
des institutions. Joffre. Foch, Cle
menceau vainquirent en s’accommodant
d’elles. Et puis, la Constitution ne
règle ni le mode électoral applicable
au suffrage universel, ni le fonction
nement des débats parlementaires.
Elle ne dit nulle part que les minis
tres sont obligatoirement choisis dans
le sein des assemblées. Si les chefs
de l’Etat n’ont, depuis Mac-Mahon,
jamais utilisé les pouvoirs qu’ils tien
nent d’elle, on ne saurait le lui re
procher. Alors, diable, que lui veut-on,
et croit-on que tout sera dit quand
sur des mœurs anciennes on aura
érigé un édifice nouveau ?
Pierre LŒWEL.
POUR LES ETABLISSEMENTS
DE NUIT
Ils pourront demeurer ouverts sans
autorisation jusqu’à 2 heures du ma
tin. Des dérogations pourront être ac
cordées pour une fermeture plus tar
dive. . . . । __
et les deux autres qu’il
Assemblée nationale
dum ?...
A vrai dire la pensée
Gaullle sur ce dernier
a envisagées :
Ou référen-
du général de
point appelle
des éclaircissements car la forme dont
M. LÉON BLUM, DELEGUE
A LA CONSULTATIVE ?
M. Félix Gouin est réélu
président de ïAssemblée
M. TEITCEN
N'A PAS
DE CHANCE
M. Teitgen
pour ses débuts à
la Justice, n’a
pas de chance.
Cinq jeunes gens
étaient arrêtés à
Dinan pour avoir
déposé un engin
explosif
porte d'un
laborateur
population
unanime à
la
« col-
», La
( u t
lécla-
mer leur mise en
liberté; ses délé
gués eurent une
entrevue avec M
Teitgen qui s’ef
força de justifier
l’arrestation. En
vain, les portes
de la prison
Dinan furent
foncées par
manifestants
les détenus
rent délivrés
de
en-
les
e t
fu-
et
portés en triom
phe.
Séance de rentrée.
Le discours du doyen d'âge, le
lonel Eychène, fut alerte et bref.
CO-
L’élection du bureau fut pour
M. Félix Gouin, président énergique
et courtois, Toccasion d’un beau suc
cès, puisqu’il obtint — comme M. La
brousse pour la vice-pr-idence —
182 voix sur 184.
selon lui, de donner à la démocratie
des assises définitives ? Car le pays
aspire, aspirera de plus en plus à sor
tir du provisoire. Or qui assignera à
la Constituante des délais dans le
temps ? Pas une ordonnance gouver
nementale, ce serait incompatible
avec la souveraineté de l’Assemblée.
D’elle-même fixera-t-elle le jour de
sa mort ? Quelle tentation pour elle
de prolonger ces vacances de la léga
lité, ou plutôt celle légalité révolu
tionnaire que M. Léon Blum préfère à
la compromettante illégalité dont Al
bert Bayet parle avec allégresse...
La thèse si déliée de Léon Blum
souffre d’une contradiction et c-ntiett
un péril. La contradiction la voici :
le leader socialiste légitime l’abolition
des institutions de 1875 en déclarant
qu’elles ont été effacées par cette for
ce semi-légale, en tout cas décisive et
de toutes façons révolutionnaire, que
fut la Résistance. Mais, par ailleurs,
il fonde la légitimité du général de
Gaulle sur le consentement de tous
es Français. Léon Blum ne peut avoir
raison dans les deux cas. Si c’est,
comme il le dit et, selon nous avec
raison, le consentement du peuple aui
en démocratie fait ou défait le droit,
nous demandons où et quand l’opi-
Mais l’intérêt était surtout dans les nion « été consultée sur la Constitu ¬
couloirs, où l’on parlait aussi des dé-
cisions prises par les socialistes.
Ceux-ci ont pris l’initiative de dé
poser un projet de résolution deman
dant l’élargissement de l’assemblée
par l’adjonction de nouveaux mem
bres prisonniers et déportés. Et pour
le cas où le gouvernement ne don
nerait pas suite à cette proposition,
ils ont immédiatement remis leur dé
mission au secrétariat général du
parti, qui pourrait ainsi désigner un
certain nombre d’anciens prisonniers
ou déportés.
C’est là un geste qui ne serait sans
doute pas isolé. Mais la question que
l’on posait surtout était celle-ci : les
socialistes ne demanderaient-ils pas
à M. Léon Blum, qui fut lui aussi
déporté en Allemagne, de siéger à
l’assemblée, bien qu’elle en soit déjà
arrivée à sa dernière session ?
-Jean FEVRE.
tion de 1875. En bonne logique, peut
être même en bonne sagesse, le pans
serait utilement appelé à arbitrer io
querelle pendante devant les juristes.
Car si rétablir, le Sénat, c’est, en -J-
fet, préjuger de la future Constitu
tion, ce l’est aussi de le condamner à
priori.
Quant au péril, dont nous parlions,
il tient au fait que si l’on prend à la
légère la mort des constitutions et
que l’on signe un peu vite leur acte
de décès, d’autres « légalités révolu
tionnaires », de droite celles-là, peu
vent un jour précipiter au tombeau
vos constitutions hâtives en se cou
vrant au besoin du prétexte d’un re
tour à la vraie légalité, c’est-à-dire à
la précédente !... On ne saurait s’en
tourer de trop de scrupules quand il
s’agit, comme le disait Descartes, de
toucher à ces vastes corps que sont
les sociétés civiles...
André STIBIO.
La Tribune de Julien BENDA'
LA VRAIE RÉFORME
DE LA DEMOCRATIE
il y a quelques jours, parlant des parle
mentaires d’avant guerre, Buré convenait
que, s’ils ne méritent pas l’anathème pé
remptoire que tout un monde lance au
jourd’hui sur eux, ils se sont montrés
coupables de cette démagogie qui fut de
conter au peuple qu’il pouvait connaître
le bonheur sans le payer d'aucun effort.
Pour moi, en toute précision, je les con
damne de n'avoir point déclaré au peuple,
après Munich et même avant, qu’étant
donné les agissements de Hitler, son man
que systématique à tous ses engagements,
la guerre devenait inévitable et qu’il fal
lait s’y préparer, au lieu de lui chanter
qu’avec un peu de bonne volonté tout
s’arrangerait et qu’il pouvait continuer
son petit tran-tran journalier.
Je les en condamne, mais soyons juste.
Est-ce que, s’ils avaient adopté cette te
nue, ils n’auraient pas été reniés par la
majorité de nos concitoyens ? Non pas
seulement par ceux qui préféraient la
destruction de la République à l’indépen-
dance de leur pays, mais par ceux qui,
nullement fascistes, refusaient de voir une
vérité quelles gênait ? Que Buré se rap
pelle comment étaient traités à peu près
par tout le monde ceux qui, comme lui,
clamaient cette vérité. Et alors ne faut-il
pas reconnaître que le vrai coupable, ce
ne fut point ceux qui trompèrent le peu
ple, mais bien le peuple lui-même qui
entendait être trompé ?
On m’assène : Si, en 1939, la guerre
était devenue inévitable, c’est parce que,
depuis des années, les parlementaires
avaient la lâcheté de tout permettre aux
dictatures. Là encore, est-ce bien eux les
vrais responsables? S’ils avaient voté les
sanctions contre l’Italie lors de l’affaire '
éthiopienne, la riposte à la réoccupation
de la Rhénanie, l’intervention dans la
guerre d’Espagne, n’auraient-ils pas
contre eux, non pas seulement les
rastsiens, mais les trois-quarts de
tion, laquelle n’avait pas d’autre
que étrangère que le souci de son
trouvé
maur-
la na-
politi »
repos ?_
Ceux qui, comme nous, en avaient une
autre n‘étaient-ils pas taxés presque una-
nimement de suppôts d’anarchie ou de
monstrueux « buveurs de sang » ?
Prenons le sujet d’un autre biais. Un
des grands reproches faits aux parlemen
taires, c’est leur immixtion dans l’admi-
nistration,
l’exécutif
l'entrave qu’ils apportent à
en contrecarrant des
mesures
d’intérêt général au nom des intérêts de
leurs électeurs. Mais, là encore, qui est
le vrai coupable ? Est-ce le parlementaire
ou l’électeur qui lui signifie que, s’il ne
lui obtient pas gain de cause, il ne le
réélira pas ? Le remède n’est point,
comme d’aucuns le veulent, dans la non-
rééligibilité du député, laquelle peut être
Un mal s’il est un homme de valeur ; il
est de faire comprendre à l’électeur qu’il
lui faut préférer l’intérêt général à sa
satisfaction personnelle. La démocratie, a
dit Montesquieu, repose sur la vertu de
ses membres. C’est certainement le réqui
sitoire le plus terrible qu’on ait dressé
contre ce régime.
Ne nous y trompons pas ; la vraie ré
forme de la démocratie est celle de la
mentalité de l’électeur. Tout le reste n’est
que surface.
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