Rencontres autour de l'édition phonographique. De nouvelles musiques font leur apparition dans le sillon contestataire et revendicatif de mai 1968 : le free jazz, les musiques improvisées, les «musiques du monde» d’Amérique du sud ou d’Afrique, le rock psychédélique et progressif, le post-rock ou plus tard le punk rock ainsi que de nouveaux artistes de la chanson française aux textes plus engagés ou décalés. Les deux labels français alors hégémoniques, Barclay et Vogue, s'intéressent essentiellement au jazz traditionnel et à la chanson française à textes. Leurs essais de productions de ces nouvelles musiques (rock essentiellement) pâtissent de l'absence d'ingénieurs du son et de techniques d'enregistrement appropriées.

Cette période va donc voir émerger de nouveaux labels souhaitant défendre ces nouveaux courants musicaux. Leurs contributions, pour certains, ne s'arrêtent pas à la production de disques. Ils n'hésitent pas à accompagner ces nouveaux groupes et artistes sur scène, en trouvant de nouveaux lieu de représentation, en organisant des réseaux de diffusions de la musique (via les MJC) ou encore en se lançant dans l'aventure que constitue la création des premiers festivals de musique.

Aussi, comme le soulignent Éric Deshayes et Dominique Grimaud, "dans ces années politiquement combattantes, faire de la musique, être musicien est un mode de vie qui devient en lui-même un moyen d’action". Ces nouveaux labels, pour la plupart militants et engagés, cherchent ainsi à se démarquer des pratiques habituelles de productions et de distributions et offrir de nouveaux modèles.

Ces entretiens, réalisés pour la plupart à la Bibliothèque nationale de France, proposent de découvrir des parcours professionnels d'éditeurs phonographiques. Mais ils sont aussi le reflet d’itinéraires singuliers, de personnalités fortes, souvent farouchement indépendantes.

Plusieurs éditeurs se sont prêtés au jeu de l'interview et sont revenus sur la création de leur(s) label(s), le choix de leur nom et de leur logo, l’élaboration des disques (les relations avec les musiciens, l’enregistrement en studio, les pochettes et livrets), les difficultés de la distribution et leur vision du disque aujourd’hui. Ils évoquent aussi leurs rencontres avec certains artistes, et livrent également des anecdotes cocasses et surprenantes.

Ce corpus est destiné à fournir un matériau pour une histoire de l’édition phonographique : les éditeurs enregistrés ont accordé la diffusion de l’entretien dans les emprises de la Bnf ainsi que sur Gallica. Ils ont également accordé l’utilisation d’une photographie pour servir de vignette d’illustration.