Du Japon, la France de la première moitié du XIXe siècle connaît surtout la porcelaine et les laques, très peu l'estampe et la peinture, de petits objets sculptés, mais rien encore de la grande sculpture ou de l'architecture. Avec la réouverture du pays, à partir des années 1850, un art inconnu ou presque lui est soudain révélé, dans le désordre, au gré des voyages et des échanges commerciaux ou diplomatiques. Il va d'abord rencontrer l'enthousiasme de petits groupes de collectionneurs et d'artistes, avant que les expositions universelles ne donnent à un public beaucoup plus large l'occasion de sa découverte. Rapidement un marché s'organise, des commerçants qui, pour la plupart, sont eux-mêmes des amateurs, ouvrent boutiques, une clientèle ne tardant pas à se former et à s'y rencontrer. Des cercles se créent à l'intérieur desquels se développe un goût et s'échangent des informations. Critiques et historiens d'art s'en mêlent bientôt, leur intérêt générant publications et expositions, celles-ci menant pour finir à la "muséification" de l'art japonais, non seulement dans des institutions nouvelles issues de collections privées, mais également au Louvre, lieu de légitimation ultime de toute oeuvre d'art en France.

Jamais depuis la vogue des "chinoiseries" aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais à une toute autre échelle et bien plus profondément, un art non-européen n'avait connu une telle faveur sur le vieux continent . Et jamais l'Occident, si sûr de sa tradition artistique, n'avait eu à avouer une influence extérieure semblable, aussi active et aussi durable... A elle seule, la découverte de l'art japonais occupe un bon demi-siècle, celui de Manet et des Impressionnistes, de Van Gogh et de Gauguin, des Nabis et de l'Art nouveau, chacun de ces artistes ou de ces mouvements en portant la trace renouvelée et originale. Pour que cette influence puisse s'exercer, fallait-il encore qu'on puisse voir les oeuvres, qu'elles circulent, qu'on les commente et qu'un savoir se construise autour d'elles, dans des monographies ou des revues d'art, des catalogues de vente ou d'exposition, des dictionnaires ou des ouvrages de vulgarisation... C'est l'histoire de cette réception passionnée que l'on trouvera ici, à travers ouvrages, articles, images et témoignages, dans toute la fraîcheur de l'étonnement, voire du ravissement, de ceux qui la vécurent et en furent les premiers acteurs.