Les rédacteurs

Voltaire

Dans le Prospectus de lancement de l’Encyclopédie, Diderot annonce s’être assuré la collaboration de cinquante-cinq rédacteurs, parmi lesquels apparaissent les plus grands noms du monde littéraire et scientifique. En réalité, ils seront plus de cent soixante, et pas des plus connus. Les gloires de l’époque ont peu collaboré à cet obscur travail ou bien l’ont laché en se fâchant. Ainsi Rousseau, après avoir produit cent quatre-vingts articles de musique (et l’article « Économie politique »), se retire complètement, furieux contre l’article « Genève ». Fontenelle, Buffon et Montesquieu, qui avaient promis leur contribution, s’esquivent. Voltaire écrit, du bout de la plume, quarante-cinq articles anodins de littérature et d’histoire.

En revanche, d’autres, moins illustres et plus fidèles, travaillent sans relâche. Le chevalier de Jaucourt accomplit un immense labeur de compilation et de vulgarisation, extrayant ou synthétisant un nombre invraisemblable de textes pour signer finalement dix-sept mille articles sur absolument tous les sujets. Le baron d’Holbach, banquier autour duquel gravite un groupe d’intellectuels athées anticléricaux, qui publie sous l’anonymat des pamphlets contre la religion, rédige quatre cents articles concernant la minéralogie et la métallurgie, le plus souvent sans les signer. Il ouvre sa riche bibliothèque à Diderot. Helvétius, fermier général qui fait partie du cercle d’Holbach, soutient financièrement les encyclopédistes.

Parmi la foule des rédacteurs, on trouve également des académiciens (La Condamine, Marmontel), des aristocrates, comme Saint-Lambert, des hauts fonctionnaires, comme Turgot et Perronet (fondateur et directeur de l’École des ponts et haussées), des artistes, comme le graveur Cochin. Damilaville, employé au bureau des impôts, homme de confiance de Voltaire, prend en charge trois articles très importants sur la finance et la démographie. Ce sont avant tout des professionnels, médecins, juristes, chimistes, théologiens, etc.

Diderot recrute un grand nombre de dessinateurs et graveurs, restés pour la plupart inconnus. Louis-Jacques Goussier, engagé dès le début dans l’entreprise, donne plus de neuf cents planches (l’Encyclopédie en compte 2.885), accompagnées de leurs légendes. Il sera le seul dessinateur à rédiger, de surcroît, soixante-dix articles et à être cité dans le Discours préliminaire de d’Alembert (publié dans le premier volume) ; Diderot l’a dépeint sous les traits de « Gousse » dans Jacques le Fataliste.