Informations détaillées

Titre : 
Jean Marot , Le Voyage de Gênes

Date d'édition : 
1500-1520

Type : 
manuscrit

Langue : 
Français

Format : 
Tours. - Ecriture française imitant l'humanistique italienne. - Onze miniatures à pleine page attribuées à l'enlumineur Jean Bourdichon ; lettres ornées. - Parchemin. - A-C + 44 ff. (foliotés de 1 à 40 seulement), soit 47 ff. au total. - 310 x 210 mm (just. 160 x 115). - 1 feuillet + 8 cahiers : f. A (ancienne contregarde, talon visible) ; 1 cahier de 2 ff. (B-C ; ajout de l'époque de la reliure) ; 1 cahier de 2 ff. (1-2) ; 4 cahiers de 8 ff. (3-34) ; 1 cahier de 6 ff. (35-40) ; 1 cahier de 4 ff. (41-44 ; ajout de l'époque de la reliure). Le bifeuillet extérieur du cahier 35-40 a été renforcé lors de la réalisation de la reliure par des chutes de parchemin ancien (présence de lacérations dans les fonds de cahiers). Pas de réclames ou de signatures visibles ; piqures visibles par endroits ; foliotation au crayon à papier, XX e siècle. - Réglure très légère à l'encre rouge. - Reliure de maroquin rouge à filets dorés, titre "REVOL / DE / GENES" sur pièce de titre, 1795 (Reçu du 18 octobre 1795 de Belissen , garde des Manuscrits de 1792 à 1795, signalant le retour du volume : "Je soussigné, reconnais avoir reçu du citoyen Durand , relieur de la Bibliothèque nationale, le manuscrit de la Révolution de Gênes, orné de mignatures, sain et entier comme nous le lui avions remis pour être relié par lui. Ce vingt-six vendémiaire an IV [18 octobre 1795]. Belissen, garde des Manuscrits" (cf. Laffitte, 2006, p. 277) ; contregardes et gardes de papier caillouté contemporaines de la reliure ; restes de serpentes en papier vergé de l'époque de la reliure aux ff. 27 et 34v. Reliure probablement restaurée (coiffes, coins, comblage de la lacune f. 29) pour l'exposition de 1955. Au f. A, traces de report de l'ancienne reliure de velours noir. - Estampille utilisée à la Bibliothèque royale de 1735 à 1791 (modèle Josserand-Bruno, n° 13)

Description : 
La réalisation de ce manuscrit est à replacer dans le contexte de l'expédition du roi Louis XII contre Gênes, de janvier à mai 1507, suite à la rébellion de celle-ci. Son texte est de Jean Marot, secrétaire et poète de la reine, qui suivit le roi en Italie. Il est l'auteur d'ouvrages moraux ( Doctrinal des princesses ), commémorateur des faits d'armes royaux ( Le Voyage de Gênes , 1507 ; Le Voyage de Venise ou Epîtres en vers françois , 1509) ou de la vie de la Cour ( Prières pour la restauration de la santé de Madame Anne de Bretagne , 1512). Si le décor du manuscrit fut un temps attribué à Jean Perréal (Bancel, 1885), il fut rendu dès 1896 à Jean Bourdichon (Maulde de La Clavière, 1896), par comparaison avec les Grandes heures d'Anne de Bretagne (Latin 9474) . L'historiographie considère depuis Montfaucon (1732) que le Français 5091 a appartenu à celle-ci. Cette affirmation est en particulier fondée sur la scène du f. 1 et sur la forte présence de l'emblématique royale dans les enluminures (aucun inventaire des livres d'Anne de Bretagne ne nous est cependant parvenu). Le Voyage de Gênes passa certainement dans le cabinet de Claude de France, puis dans celui des rois. Il figure au XVII e siècle, au côté des Grandes Heures d'Anne de Bretagne (Latin 9474), dans le cabinet du roi à Versailles. Ce n'est qu'au cours du XVIII e siècle que tous deux ont été envoyés à la Bibliothèque royale. Bourdichon décora également pour Anne de Bretagne, vers 1509, un exemplaire des Epistres en vers françois , toujours par Jean Marot, célébrant la victoire des Français sur Venise à Agnadello en 1509 (Saint-Petersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, Fr. F. v. XIV, 8). La scène de dédidace du Voyage de Gênes (f. 1) est extrêmement proche de l'illustration de la 3 e épître du manuscrit de Saint-Petersbourg (f. 40v), où la reine remet à un messager une lettre pour son époux. Dans le Voyage de Gênes , Bourdichon a suivi de façon scrupuleuse le texte de Marot. Il a en outre prêté une grande attention aux détails vestimentaires et aux emblèmes. Ce traitement exemplaire fait de ce volume un véritable ouvrage de propagande à la gloire du roi de France. Le volume est orné de 11 miniatures à pleine page : F. 1 : En présence de la cour, Jean Marot offre son livre à la reine assise sur un trône. Les murs sont tendus de riches tentures. Sur les vitres figurent deux rondels, l'un aux armes du roi, l'autre à celles de la reine. Au plafond, les caissons sont ornés de porcs-épics, un des emblèmes du roi, et des A couronnés sont sculptés à la jonction des solives. F. 2v. : L'armée française s'apprête pour le combat, sous l'égide de Mars et Minerve. Les étendards, ainsi que les tuniques de deux soldats, sont frappés du porc-épic. Au loin, la flotte des Français passe au large de la côte rocheuse de Ligurie. F. 6 : Dans une salle romane dont les fenêtres sont ornées de panneaux représentant saint Georges - le patron de la ville - terrassant le dragon, Gênes est assise sur un trône. Elle est entourée de ses enfants, de Marchandise et de Peuple, et admoneste Noblesse, représentant le parti des ariststocrates qui a été chassé de la ville en 1506. F. 10v : Les Gênois, reconnaissables à leur étendards ornés de la figure de saint Georges, écrasent les Français à Castellacio. F. 15v. : Louis XII et ses troupes sortent d'Alessandria pour affronter les Gênois. La tunique du roi et le caparaçon de son cheval sont ornés de ruches et d'abeilles. En bordure, on peut lire la devise "NON UTITUR ACULEO REX CUI PAREMUR", qui signifie "le roi à qui nous obéissons n'use point de son aiguillon". La cotte de plusieurs soldats est décorée d'un porc-épic. Le porc-épic est connu pour sa capacité à diriger ses piques pour se défendre. En revanche, le roi abeille, sans dard, ne possède aucune défense. Depuis l'Antiquité, il est le symbole de l'harmonie politique et sociale. Le roi belliqueux se fait ici pacifique. Il n'est pas anodin que seuls les soldats portent l'emblème du porc-épic (Hochner, 2001 et 2006). F. 17v. : Louis XII et son armée attaquent une forteresse et défont l'armée gênoise. La tunique du roi et le caparaçon de son cheval ne sont plus emblématiques. Seule la houppe blanche du cimier ainsi que la position du cheval permettent d'identifier le roi. F. 20v. : Les bourgeois de Gênes, habillés de noir et la tête rasée, implorent à genoux la grâce de Louis XII pour leur ville. La tunique du roi et le caparaçon de son cheval retrouvent l'emblématique du f. 15v. F. 22v. : Louis XII rentre triomphalement dans Gênes (29 avril 1507). La tunique du roi et le caparaçon de son cheval sont faits d'un brocart au chiffre d'Anne de Bretagne couronné, d'or sur fond de gueules. Le dais ne porte pas le chiffre de la reine, mais présente une alternance de carrés damassés or et gueules. F. 27 : Gênes, figurée par une dame en grand deuil, pleure devant Marchandise, Honte et Peuple (inscriptions dorées au-dessus de chaque personnage). La robe de Gênes, le dais du trône et les tentures sont noires avec un semé de larmes. F. 34v. : Gênes, couchée sur un lit, est entourée de Déspesoir, Rage et Douleur (inscriptions dorées au-dessus des personnages). La robe de Gênes, le dais et les draps du lit, ainsi que les tentures, sont les mêmes qu'à la miniature précédente. F. 37v. : Gênes, habillée à la Française, couverte d'un manteau azur semé de fleurs de lys et doublé d'hermine, remercie à genoux Raison, qui apparaît dans un nuage (inscriptions dorées au-dessus des personnages). La scène se situe dans un intérieur à l'antique Seuls deux manuscrits conservent le Voyage de Gênes : le Français 5091 ainsi que le NAF 11679 qui est un recueil de diverses pièces relatives aux expéditions de Louis XII et François 1 er en Italie. Le texte de Jean Marot a été publié pour la première fois en 1533 par Geoffroy Tory pour Pierre Roufet. Cette version ne contient cependant pas les 77 derniers vers contenus dans le Français 5091. Les éditions postérieures se bornèrent à recopier l'édition princeps. La première édition complète date de 1873.

Description : 
Exemplaire de présentation (?) offert par l'auteur à la reine Anne de Bretagne ; Claude de France (?) ; cabinet du roi à Fontainebleau (?) ; cabinet du roi à Versailles, 17 e siècle ; envoyé par Jacques Hardion , bibliothécaire du roi et de la famille royale à Versailles, à Claude Sallier , garde des manuscrits de la bibliothèque du roi (f. Av. "161. Tiré du garde meuble de Versailles et remis par monsieur Hardion pour la bibliothèque du roy. Sallier"). Ce transfert eut vraisemblablement lieu en septembre 1738, comme indiqué dans l' Italien 496 ; ancien fonds royal.

Droits : 
domaine public

Identifiant : 
ark:/12148/btv1b8427230m

Source : 
Bibliothèque nationale de France, Département des Manuscrits, Français 5091

Provenance : 
Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 
21/03/2011


Aide à la consultation

Pictogrammes utilisés