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Titre : Scènes de la vie de Bohème. Aquarelles de A. Robaudi
Auteur : Murger, Henry (1822-1861)
Éditeur : L. Carteret (Paris)
Date d'édition : 1913
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : In-4° , XIV-419 p., fig. en coul.
Format : application/pdf
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5806980x
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 4-Y2-6405
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30997959m
Provenance : bnf.fr
Date de mise en ligne : 08/02/2010
scenes de la vie de boheme: 265 pages trouvées
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HENRY MURGER .SCENES - . /DE LA VIE DE BOHÈME AQUARELLES DE A.ROBAUDI PARIS L. CARTERET, ÉDITEUR 5, RUE DROUOT, 5 I9l3
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SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME
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HENRY MURGER "%\ SCÈNES \ /5. :■;-.■/ DE LA VIE DE BOHÈME AQUARELLES DE A. ROBAUDI PARIS L. CARTERET, ÉDITEUR ANCIENNE LIBRAIRIE L . CONOUET 5 , RUE D R O U O T, 5 1915
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, les professeurs d'à tout coup Von gagne, les négociants des bas-fonds de l'agio, et mille autres industriels mystérieux et vagues dont la principale industrie est de n'en point avoir, et qui sont toujours prêts à tout faire, excepté le bien. La Bohème dont il s'agit dans ce livre n'est point mie race
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& n PREFACE généalogie, exista un bohème célèbre qui, en vivant au hasard du jour le jour, parcourait les campagnes de l'Ionie florissante en mangeant le pain de l'aumône, et s'arrêtait le soir pour suspendre au foyer de l'hospitalité la lyre harmonieuse qui avait chanté les Amours d'Hélène
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et sous la gouttière, un jour de froidure, par le rapsode bohème ; telles stances amoureuses improvisées dans le taudis où la belle qui fut haultmière détachait à tout venant sa ceinture dorée, qui aujourd'hui, métamorphosées en galanteries de beau lieu flairant le musc et l'ambre, figurent dans l'album
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fait antichambre dans l'imprimerie où Etienne Dolet corrige peut-être les épreuves de Pantagruel. Au milieu de cette résurrection de l'intelligence, la Bohème continue comme par le passé à chercher, suivant l'expression de Balzac, la pâtée et la niche. Clément Marot, devenu le familier
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saint que l'on ne chôme plus. Au dix-septième siècle le dénombrement de la Bohème contient une partie des noms de la littérature de Louis XIII et de Louis XIV; elle compte des membres parmi les beaux esprits de l'hôtel Rambouillet, où elle collabore à la Guirlande de Julie ; elle a ses entrées
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tous ceux qui ne trouvent jamais trop de points sur les i d'une définition, nous répéterons en forme d'axiome : « La Bohème, c'est le stage de la vie artistique; c'est la préface de l'Académie, de l'Hôtel-Dieu ou de la Morgue. » Nous ajouterons que la Bohème n'existe et n'est possible qu'à Paris. Comme
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PREFACE VII différentes, des genres divers qui se subdivisent eux-mêmes et dont il ne sera pas inutile d'établir la classification. Nous commencerons par la Bohème ignorée, la plus nombreuse. Elle se compose de la grande famille des artistes pauvres, fatalement condamnés à la loi de l'incognito
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VIII PREFACE de la Bohème ignorée des êtres semblables dont la misère excite une pitié sympathique sur laquelle le bon sens vous force à revenir; car si vous leur faites observer tranquillement que nous sommes au dix-neuvième siècle, que la pièce de cent sous est Impératrice de l'humanité
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PREFACE IX qui s'élève, n'abaisse jamais son regard jusqu'au monde souterrain où luttent les obscurs travailleurs; leur existence s'achève inconnue, et, sans avoir même quelquefois la consolation de sourire à une oeuvre terminée, ils s'en vont de la vie ensevelis dans un linceul d'indifférence
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malgré l'art lui-même, et qui composent dans la Bohème une catégorie dans laquelle la paresse, la débauche et le parasitisme forment le fond des moeurs.
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PREFACE XI AXIOME « La Bohème ignorée n'est pas un chemin, c'est un cul-desac, y En effet, cette vie-là est quelque chose qui ne mène à rien. C'est une misère abrutie, au milieu de laquelle l'intelligence s'éteint comme une lampe dans un lieu sans air; où le coeur se pétrifie dans une misanthropie
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. C'est la Bohème officielle : ainsi nommée, parce que ceux qui en font partie ont constaté publiquement leur existence, qu'ils ont signalé leur présence dans la vie, ailleurs que sur un registre d'état civil; qu'enfin, pour employer une expression de leur langage, leurs noms sont sur l'affiche
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la cheminée d'un salon du monde, et le lendemain attablés sous les tonnelles des guinguettes dansantes. Ils ne sauraient faire dix pas sur le boulevard sans rencontrer un ami, et trente pas n'importe où sans rencontrer un créancier. La Bohème parle entre elle un langage particulier, emprunté
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XIV PREFACE inintelligible pour tous ceux qui n'en ont pas la clef, et dont l'audace dépasse celle des langues les plus libres. Ce vocabulaire de bohème est l'enfer de la rhétorique et le paradis du néologisme. Telle est, en résumé, cette vie de bohème, mal connue des puritains du monde, décriée
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COMMENT FUT INSTITUÉ LE CÉNACLE DE LA BOHÈME Voici comment le hasard, que les sceptiques appellent l'homme d'affaires du bon Dieu, mit un jour en contact les individus dont l'association fraternelle devait plus tard constituer le cénacle formé de cette fraction de la Bohème que l'auteur de ce livre
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2 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME « Sacrebleu! s'écria Schaunard, ma pendule à plumes avance, il n'est pas possible qu'il soit déjà aujourd'hui. » En disant ces mots, il sauta précipitamment hors d'un meuble de son industrieuse invention, et qui, jouant le rôle de lit pendant la nuit (ce n'est pas pour
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4 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME guant, à poursuivre sur le clavier la phrase mélodique qu'il cherchait depuis si longtemps. « Do, sol, mi, do, la, si, do, ré, boum, boum. Fa, ré, mi, ré. Aïe! aïe ! il est faux comme Judas, ce ré, fit Schaunard en frappant avec violence sur la note aux sons douteux
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G SCENES DE LA VIE DE BOHEME l'attitude grave d'un mortel qui entretient des relations avec les Muses. Au bout de quelques minutes de ce concubinage sacré, il avait mis au monde une de ces difformités que les faiseurs de libretti appellent avec raison des monstres, et qu'ils improvisent assez
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8 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME linge et quitta sa chambre, non sans adresser en quelques paroles touchantes ses adieux à son domicile. Comme il traversait la cour, le portier de la maison, qui semblait le guetter, l'arrêta soudain. « Hé, monsieur Schaunard, s'écria-t-il en barrant le passage à
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10 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME Suivi d'un commissionnaire qui paraissait ne point plier sous son faix, un jeune homme coiffé d'un chapeau blanc Louis XIII venait en effet d'entrer sous le vestibule. « Monsieur, demanda-t-il au portier qui était allé audevant de lui, mon appartement est-il libre
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12 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME Et il tendit à M. Bernard la lettre dont l'enveloppe était timbrée au sceau du département de la guerre. « O mon Dieu! fit M. Bernard tellement ému qu'il faillit se faire une entaille avec son rasoir, du ministère de la guerre! Je suis sur que c'est ma nomination
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i4 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME l'espérance de pouvoir célébrer ce beau jour, en acquittant les trois quittances de mon loyer. Chimère, illusion, idéal! Tandis que je sommeillais sur l'oreiller de la sécurité, le guignon, anankè en grec, le guignon dispersait mes espérances. Les rentrées sur
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16 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « Ah çà! concierge, s'écria-t-il, est-ce que je ne vais pas bientôt être mis en possession de mon domicile?... Est-ce aujourd'hui le 8 avril?... N'est-ce pas ici que j'ai loué, et ne vous ai-je pas donné le denier à Dieu, oui ou non? — Pardon, monsieur, pardon, dit
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18 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Mais enfin, monsieur, vous avez bien un mobilier, quel qu'il soit? — Non, ça prend trop de place dans les appartements, dès qu'on a des chaises on ne sait plus où s'asseoir. — Mais cependant vous avez un lit! Sur quoi reposezvous? — Je me repose sur la Providence
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20 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME — Je le lui laisse, dit l'artiste, à la condition qu'il viendra tous les matins me dire le jour et la date du mois, le quartier de la lune, le temps qu'il fera et la forme de gouvernement sous laquelle nous vivrons. — Ah! monsieur, s'écria le père Durand en décrivant
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22 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME où il avait son rond de serviette, quand il y avait des serviettes. « Où allez-vous, monsieur? lui dit le portier en l'arrêtant au passage. — Chez M. U..., répondit l'artiste. — Il n'y est pas. — Et madame ? — Elle n'y est pas non plus : ils m'ont chargé de dire à
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24 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Elle le donne? dit Schaunard; je crois plutôt qu'elle le garde, moi. Aussi, on n'a pas idée de ça, ajouta-t-il en indiquant du doigt l'assiette où Lucia de Lammermoor avait consommé son artichaut, faire mariner son fausset dans du vinaigre ! — C'est un acide violent
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26 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « Eh bien! qu'est-ce qu'il me chante, alors, avec sa politesse? » grogna Schaunard en lui-même. « Si la tête est la plus noble partie de l'homme, dit l'étranger, c'est la plus désagréable du lapin. Aussi avonsnous beaucoup de personnes qui ne peuvent pas la souffrir
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ainsi à courir le cachet Colline le dépensait en achats de bouquins. Son paletot noisette était connu de tous les étalagistes du quai, depuis le pont de la Concorde jusqu'au pont Saint-Michel. Ce qu'il faisait de tous ces livres, si nombreux que la vie d'un
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28 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME homme n'aurait pas suffi pour les lire, personne ne le savait, et il le savait moins que personne. Mais ce tic avait pris chez lui les proportions d'une passion; et lorsqu'il rentrait chez lui le soir sans y rapporter un nouveau bouquin, il refaisait pour son usage
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30 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME les chopes et les verres placés sur la table. Eh bien, je tombe sur les journaux, bon.... Qu'est-ce que je vois? L'un qui dit blanc, l'autre qui dit noir, et pata ti et pata ta. Qu'est-ce que ça me fait à moi? Je suis un bon père de famille qui vient pour faire
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32 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME « Je l'ai remis à sa place, dit-il en indiquant Rodolphe, qui était retourné s'asseoir à la même table où se trouvaient Schaunard et Colline. — Quelle buse ! dit celui-ci aux deux jeunes gens en leur désignant l'employé. — Il a une bonne tête, avec ses paupières
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34 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Je n'y comprends rien, murmura-t-il, je trouve sur ma porte la clef que j'avais emportée ce matin. Ah! nous allons bien voir. Je l'avais mise dans ma poche. Eh ! parbleu! la voilà encore! s'écria-t-il en montrant une clef.... C'est de la magie
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36 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME Tout à coup un éclair de lucidité traversa l'ivresse de Schaunard ; il venait de lire sur sa porte cette ligne écrite avec du blanc d'Espagne : « Je suis venue trois fois pour chercher mes étrennes. « PHÉMIE. » « Mais si, mais si, au fait, je suis chez moi! s'écria-t
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38 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Oui, continua Colline, si notre ami.... — Et si de votre côté vous vous souvenez que..., ajouta Rodolphe, comment se fait-il.... — Oui, reprit Colline, écho, comment il se fait!... — Veuillez vous asseoir, messieurs, répliqua Marcel, je vais vous expliquer le mystère
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COMMENT FUT INSTITUE LE CENACLE 39 — Songe, mensonge, telle est la vie », ajouta le philosophe. Marcel riait. Une heure après, ils étaient endormis tous les quatre. Le lendemain, à midi, ils se réveillèrent et parurent d'abord très étonnés de se trouver ensemble : Schaunard, Colline et Rodolphe
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40 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Oh! non, dit sentimentalement Schaunard, ne nous' quittons jamais. — C'est vrai, on est très bien ici, ajouta Colline. — De vous quitter un moment, continua Rodolphe ; c'est demain que paraît l'Écharpe d'Iris, un journal de modes dont je suis le rédacteur en chef
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42 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME position qui m'est agréable; j'accepte d'emblée : au fait, la peinture et la musique sont soeurs. — Belles-soeurs, dit Marcel. » En ce moment rentrèrent Colline et Rodolphe, qui s'étaient rencontrés. Marcel et Schaunard leur firent part de leur association. « Messieurs
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44 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME Après le dîner on alla prendre le café à Momus, où on avait déjà passé la soirée la veille. Ce fut à compter de ce jour-là que l'établissement devint inhabitable pour les autres habitués. Après le café et les liqueurs, le clan bohème, définitivement fondé, retourna
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46 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME « C'est trois sous, dit-il. — Vous êtes sûr? répliqua l'artiste. C'est bon, vous nous les devrez. » Et il lui ferma la porte au nez. Marcel avait pris la lettre et rompu le cachet. Aux premiers mots, il se mit à faire dans l'atelier des sauts d'acrobate et entonna à
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48 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — A propos de ça, interrompit Schaunard, prenant beaucoup de plaisir à faire du chagrin à son ami, et des bottes? » Marcel sortit dans un état d'agitation impossible à décrire. Au bout de deux heures il rentrait chargé d'un faux-col. « Voilà tout ce que j'ai pu trouver
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UN ENVOYE DE LA PROVIDENCE 49 — C'est une idée! il ne te manque plus que l'habit noir de rigueur. — Oh! dit Marcel en se mordant les poings, pour en avoir un, je donnerais dix ans de ma vie et ma main droite, vois-tu ! » Ils entendirent de nouveau frapper à la nnrte. Marcel ouvrit i — — ( Monsieur
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SO SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME — Monsieur, dit l'inconnu, porteur d'une de ces honnêtes figures qui sont le type du provincial, mon cousin m'a beaucoup parlé de votre talent pour le portrait; et étant sur le point de faire un voyage aux colonies, où je suis délégué par les raffmeurs de la ville
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32 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Oter mon habit! Pour quoi faire? — Ne m'avez-vous pas dit que vous destiniez votre portrait à votre famille? — Sans doute. — Eh bien, alors, vous devez être représenté dans votre costume d'intérieur, en robe de chambre. C'est l'usage, d'ailleurs. — Mais
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54 SCENES DE LA VIE DE BOHEME rédigea un menu dont la lecture fit pâlir le Vatel en boutique. « Du bordeaux à l'ordinaire! Qu'est-ce qui payera? — Pas moi probablement, dit Schaunard, mais un mien oncle que vous verrez là-haut, un fin gourmet. Ainsi, tâchez de vous distinguer, et que nous soyons
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56 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME ordinairement son Roméo bien après le chant de l'alouette. Je ne pourrai pas travailler cette nuit. » Et, prenant son chapeau, il sortit. En remettant la clef dans la loge, il trouva la femme du portier emprisonnée à demi dans les bras d'un galant. La pauvre femme fut
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58 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME « Voilà, dit Rodolphe, une soirée qui a été copiée dans un roman. » Et cependant, pénétré malgré lui d'un charme langoureux, il s'assit sur un banc et regarda sentimentalement la lune. Au bout de quelque temps, il était entièrement sous le joug d'une fièvre hallucinée
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60 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME ' tout à fait oublié comment on s'y prend pour dire ces choses-là. De tous mes romans d'amour, ce sont mes amis qui ont écrit la préface, et quelques-uns même le dénouement. Je n'ai jamais su commencer. — Il suffit de savoir finir, dit Alexandre; mais je vous comprends
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62 SCENES DE LA VIE DE BOHEME sembla voir frétiller sa plume, qui avait l'air de lui dire : Travaille ! « Ah! bien oui, travaille, foin de la prose!... Je ne veux pas rester ici, ça pue l'encre. » Il fut s'installer dans un café où il était sûr de ne point rencontrer d'amis. « Ils verraient
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64 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME ment chaussés, étaient d'une exiguïté satisfaisante... même pour un romantique épris des miniatures andalouses ou chinoises. Quant à ses mains, leur délicatesse attestait l'oisiveté. En effet, depuis six mois, elles n'avaient plus à redouter les morsures de l'aiguille
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66 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME la prose du plaisir, avait de jolis yeux et le gousset sonore. Louise lui demanda du papier et de l'encre, et écrivit à Rodolphe une lettre ainsi conçue : « Ne conte plus sur moi du tou, je t'embrase pour la dernière foi. Adieu ». « LOUISE. » Comme Rodolphe lisait
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68 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME Le mobilier se compose de plusieurs cheminées à la prussienne, de deux poêles, de fourneaux économiques, quand on n'y fait pas de feu surtout, d'une douzaine de tuyaux en terre rouge ou en tôle, et d'une foule d'appareils de chauffage; citons encore, pour clore
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70 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME Mais nous ne faisons pas de tragédie, et, malgré le besoin que nous avons d'un confident, il faut nous en passer. Notre héros n'est point ce qu'il paraît être, le turban ne fait pas le Turc. Ce jeune homme est notre ami Rodolphe recueilli par son oncle, pour
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appuyé sur la barre du balcon, songea combien la vie était amère. -. Tout à coup un éclat de rire sonore et prolongé se fit
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72 SCENES DE LA VIE DE BOHEME entendre au-dessous de lui. Rodolphe se pencha un peu en avant pour voir d'où sortait cette fusée de folle joie, et il s'aperçut qu'il avait été aperçu par la locataire occupant l'étage inférieur : Mlle Sidonie, jeune première au théâtre du Luxembourg. Mlle Sidonie
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74 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME « Monsieur vousme faire l'honet passer la soirée — Ah ! madecette proposition m'est impossible me j'ai eu l'hondire, je suis enferle sieur Monetti, dont je suis accrétaire. — Vousn'endiavec moi, répliqua bien ceci : je vais ma chambre et mon voisin, voulezneur de venir
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76 SCENES DE LA VIE DE BOHEME vous pas de même la fringale de mon coeur, qui est à jeun depuis si longtemps? — Pauvre garçon ! » dit Sidonie. Et, montant sur un meuble, elle apporta jusqu'aux lèvres de Rodolphe sa main, que celui-ci ganta de baisers. « Ah ! s'écria le jeune homme, quel malheur
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78 SCENES DE LA VIE DE BOHEAIE Grâce au talent de Mlle Sidonie, la pièce eut dix-sept représentations et rapporta quarante francs à son auteur. Quelque temps après, c'était dans la belle saison, Rodolphe demeurait avenue de Saint-Cloud, dans le troisième arbre à gauche en sortant du bois
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80 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME auteurs tragiques qui se trouveront un jour sans emploi. « A 2 heures, ouverture des jeux et organisation des quadrilles, qui se prolongeront jusqu'au matin. « A 6 heures^ lever du soleil et choeur final. « Pendant toute la durée de la fête, des ventilateurs joueront
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82 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME ment revu et diminué l'article Rafraîchissements, le total des frais se trouva réduit à quinze francs. La question était simplifiée, mais non encore résolue. « Voyons, voyons, dit Rodolphe, il faut maintenant employer les grands moyens; d'abord nous ne pouvons
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84 SCENES DE LA VIE DE BOHEME souvent eu l'idée qu'il renfermait des métaux.... Veux-tu en faire l'autopsie ? — Ceci est du vaudeville », reprit Rodophe d'un ton où la sévérité se mêlait à l'indulgence. Tout à coup, Marcel, qui avait continué ses fouilles dans tous les coins de l'atelier, poussa
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86 SCENES DE LA VIE DE BOHEME pût voir : les basques très longues, attachées à une taille très courte, possédaient deux poches, Aréritables gouffres, dans lesquelles Colline avait l'habitude de loger une trentaine de volumes qu'il portait éternellement sur lui, ce qui faisait dire à ses amis
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88 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Les dames devaient occuper un espace pratiqué au centre. « Ah çà! mais ça manque de chaises, dit Rodolphe. — Oh ! fit Marcel, il y en a plusieurs sur le carré qui sont accrochées le long du mur. Si nous les cueillions ! — Certainement qu'il faut les cueillir », dit
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90 SCENES DE LA VIE DE BOHEME ce que deviennent les jolies filles quand elles ont la taille fine, beaucoup de coquetterie, un peu d'ambition et guère d'orthographe. Après avoir fait longtemps la joie des soupers du quartier Latin, où elle chantait d'une voix toujours très fraîche, sinon très juste
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92 SCENES DE LA VIE DE BOHEME L'histoire que nous allons raconter est un des épisodes les plus charmants de la vie de cette charmante aventurière, qui a jeté tant de bonnets par-dessus tant de moulins. Aune époque où elle était la maîtresse d'un jeune conseiller d'État qui lui avait galamment mis
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94 SCENES DE LA VIE DE BOHEME et invita tous les locataires à sa petite fête, à la splendeur de laquelle le bon Dieu voulut bien contribuer pour les illuminations. Cette bouffonnerie eut un succès énorme; jamais les soirées de Musette n'avaient eu autant d'entrain et de gaieté; on dansait
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96 SCENES DE LA VIE DE BOHEME pendant la nuit, il emmena Musette et Marcel dans un restaurant qui venait d'ouvrir. Après le déjeuner, les trois convives, qui n'avaient aucune envie d'aller dormir, parlèrent d'aller achever la journée à la campagne; et, comme ils se trouvaient près du chemin de fer
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98 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Mon canapé est trop dur pour y dormir, ce sont des cailloux cardés. Je vous donne l'hospitalité chez moi, et je vais aller la demander pour moi à un ami qui demeure là sur mon carré; c'est plus prudent, dit-il. Je tiens ordinairement ma parole; mais j'ai vingt-deux
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MADEMOISELLE MUSETTE 99 — Ah! s'écria Marcel, mais elles seront flétries dans deux jours! Si j'avais su. j'aurais pris des immortelles. » Depuis quinze jours, Musette et Marcel demeuraient ensemble et menaient. bien qu'ils fussent souvent sans argent, la plus charmante vie du monde. Musette sentait
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100 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME tresse qui profitait chaque nuit de son sommeil pour arroser les fleurs et les empêcher de mourir. VII LES FLOTS DU PACTOLE C'était le 19 mars .... Et dût-il atteindre l'âge avancé de M. Raoul Rochette, qui a vu bâtir Ninive, Rodolphe n'oubliera jamais cette date, car
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102 SCENES DE LA VIE DE BOHEME tomber une seconde pièce de cinq francs. Et observant la figure que le peintre allait faire, il se mit à rire dans sa barbe, qui est tricolore, comme chacun sait. Au bruit sonore du métal, Marcel, comme frappé d'une commotion électrique, se leva subitement et s'écria
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104 SCENES DE LA VIE DE BOHEME francs rangés en piles, et il pensait en lui-même : « C'est donc maintenant que je vais réaliser mes rêves? » « Il ne doit pas y avoir loin de six mille francs, disait Marcel en contemplant les écus qui tremblaient sur la table. J'ai une idée. Je vais charger Rodolphe
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106 SCENES DE LA VIE DE BOHEME leur, il faut donc en être économe. A compter d'aujourd'hui nous prendrons nos repas en ville. — Oui, dit Marcel, il y a à vingt pas d'ici un excellent restaurant; il est un peu cher, mais comme il est notre voisin, la course sera moins longue
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108 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME chemin différent, qui, par un singulier hasard, les conduisit tous deux au même endroit, où ils se retrouvèrent. « Tiens, tu n'as donc pas trouvé ton oncle? demanda Marcel. — Tu n'as donc point vu Médicis? » demanda Rodolphe. Et ils éclatèrent de rire. Cependant
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110 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Décidément, nous ne pouvons pas le garder. — Renvoyons-le.... Mais alors nous devons le payer. — Nous le payerons, mais qu'il parte! donne-moi de l'argent, que je fasse son compte. — Comment, de l'argent! Mais ce n'est pas moi qui tiens la caisse, c'est
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la contradiction qu'on remarque dans cet article. Si tu donnes aux orgues de barbarie, pourquoi insultes-tu les parents barbares? Et d'ailleurs quelle nécessité de racheter des petits Chinois? S'ils avaient été à l'eau-de-vie, seulement. — Je suis né généreux, répliqua Marcel. Va, continue;
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112 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME jusqu'à présent on ne s'est que très peu éloigné du principe de l'économie. — Du 23, il n'y a rien de marqué. Du 24, idem. Voilà deux bons jours. Du 25, donné à Baptiste, acompte sur ses appointements, 3 francs. — Il me semble qu'on lui donne bien souvent de l'argent
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m SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Où avez-vous trouvé de l'argent? — Ah ! monsieur, fit Baptiste, je l'ai prise dans le tiroir qui était ouvert; j'ai même pensé que ces messieurs l'avaient laissé ouvert dans cette intention, et je me suis dit : Mes maîtres ont oublié de me dire en sortant : « Baptiste
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116 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Rodolphe fit connaissance, à sa table d'hôte, d'une marchande à la toilette en chambre, appelée Mlle Laure. Ayant appris que Rodolphe était rédacteur en chef de VÊcharpe d'Iris et du Castor, journaux de fashion, la modiste, dans l'espérance d'obtenir des réclames pour
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118 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « Aujourd'hui dimanche! je l'avais oublié, s'écria-t-il, je ne pourrai pas trouver d'argent. Aujourd'hui dimanche!!! Mais tout ce qu'il y a d'écus à Paris est en route pour Versailles. » Cependant, poussé par un de ces espoirs fabuleux auquel l'homme s'accroche
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120 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME — En mettant des tirets et en développant votre opinion critique, ça tiendra de la place. — Je n'ai guère le temps, mon cher, et puis mon opinion critique ne prend pas assez de place. — Vous mettrez un adjectif tous les trois mots. — Est-ce que vous ne pourriez
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122 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME et il me paraît décent de lui faire goûter les douceurs de la vie. Dîner, bal, promenades, etc., etc. : il me faut absolument cinq francs; si je ne les trouve pas, la littérature française est déshonorée dans ma personne. — Pourquoi n'empruntez-vous pas cette somme à
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124 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Tu es bien aimable, mon garçon. Veux-tu dîner avec moi?... — Merci, mon oncle, je suis attendu à dîner faubourg Saint-Germain; je suis même contrarié, parce que je n'ai pas le temps d'aller chez moi prendre de l'argent pour acheter des gants. — Tu n'as pas de gants
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126 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Parbleu! dit le phalanstérien, c'est bien simple, venez chez moi, je vous en prêterai. — Impossible! vous demeurez à Montrouge, et j'ai une affaire à six heures, Chaussée-d'Antin.... Sacrebleu!... — J'ai quelques sous sur moi, dit timidement la Providence..., mais
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128 SCENES DE LA VIE DE BOHEME IX LES A7I0LETTES DU POLE En ce temps-là, Rodolphe était très amoureux de sa cousine Angèle, qui ne pouvait pas le souffrir, et le thermomètre de l'ingénieur Chevalier marquait douze degrés audessous de zéro. Mlle Angèle était la fille de M. Monetti, le poêlierfumiste
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130 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME amis, un grand poète qui, après un long séjour à Paris, était devenu, à l'aide de protections, maître d'école en province. Rodolphe, qui avait eu la prodigalité pour marraine, dépensait toujours sa pension en quatre jours; et, comme il ne voulait pas abandonner
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132 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME quartier; elle aA7ait perdu son mari récemment, et elle venait demander combien on lui prendrait pour peindre sur le tombeau qu'elle aA7ait fait éleA7er au défunt, une main d'homme, au-dessous de laquelle on écrirait : JE T'ATTENDS, MON ÉPOUSE CHÉRIE. Pour obtenir
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134 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Oh! bien plus! Adressez-vous à lui, madame, vous ne vous en repentirez pas. » Après avoir expliqué au poète le sens de l'inscription en vers qu'elle voulait faire mettre sur la tombe de son mari, la veuA7e convint de donner dix francs à Rodolphe, si elle était
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136 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME « L'homme le plus courageux ne peut pas lutter contre les éléments, dit Rodolphe en tombant anéanti sur sa chaise. César a passé le Rubicon, mais il n'aurait point passé la Bérésina. » Tout à coup le poète poussa un cri de joie du fond de sa poitrine d'ours
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138 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME « J'avais toujours pensé que cet acte-là était trop court, murmura Rodolphe, mais il n'y a qu'à la représentation qu'on s'aperçoive d'un défaut. Heureusement que celui-ci va durer plus longtemps : il y a vingt-trois scènes, dont la scène du trône, qui devait être
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140 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME l'héritier présomptueux au moment le plus reluisant de son rêA7e doré. Rodolphe se dressa sur son lit, les yeux et l'esprit encore ensommeillés, et il regarda autour de lui. Il aperçut alors vaguement, debout au milieu de sa chambre, un homme qui Amenait d'entrer
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142 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Le garçon de recette, ennuyé de ses lenteurs, sortit en disant à Rodolphe : « Vous àA7ez jusqu'à quatre heures pour payer. — Il n'y a pas d'heure pour les honnêtes gens, répondit Rodolphe. L'intrigant! ajouta-t-il avec regret en suivant des yeux le financier
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144 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Rodolphe jeta un regard de pitié sur une paire de bottes fourbues. « Hélas ! pensa-t-il, elles auraient servi au Juif errant qu'elles ne seraient point pires. C'est pourtant en courant après Marie qu'elles se sont usées ainsi.... Continuez, monsieur Benoît
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146 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME En descendant l'escalier, Rodolphe rencontra M. Benoît qui A7enait de subir de nouveaux échecs chez ses autres locataires, ainsi que l'attestait son sac A7ide, un objet d'art. « Si l'on Aàent me demander, A7ous direz que je suis à la campagne... dans les Alpes... dit
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148 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME — Hélas! dit Rodolphe, je n'ai rien pris du tout. » Et il laissa son ami au bord de la mer Rouge. De midi à quatre heures, Rodolphe mit tour à tour le cap sur toutes les maisons de connaissance ; il parcourut les quarante-huit quartiers et fit environ huit lieues
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150 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Rodolphe avait l'âme grande, et une nuit à la belle étoile ne l'effrayait pas. D'ailleurs, en cas de mauvais temps, il pouvait coucher dans une loge d'avant-scène à l'Odéon, ainsi que cela lui était arrivé déjà. Seulement il réclama ses affaires à M. Benoît
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UN CAFE DE LA BOHEME 1S1 La chambre aA'ait été louée dans la journée à une jeune fille qui s'appelait Mimi, et avec qui Rodolphe avait jadis commencé un duo de tendresse. Ils se reconnurent sur-le-champ. Rodolphe parla tout bas à l'oreille de Mimi, et lui serra doucement la main. « Voyez comme
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1S2 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME membre de la bohème en la vingt-quatrième année de son âge. En ce temps-là, Gustave Colline, le grand philosophe, Marcel, le grand peintre, Schaunard, le grand musicien, et Rodolphe, le grand poète, comme ils s'appelaient entre eux, fréquentaient régulièrement
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UN CAFE DE LA BOHEME 133 tués, privés des organes de l'opinion, demeuraient jusqu'au dîner ignorants comme des carpes en matière politique. La société Bosquet savait à peine les noms des membres du dernier cabinet. M. Rodolphe avait même obligé le café à s'abonner au Castor, dont il était rédacteur
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154 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Ce qui peut affliger les moeurs de la société Bosquet. 4° Suivant l'exemple de son ami, M. Schaunard parle de transporter son piano dans le café, et n'a pas craint d'y faire chanter en choeur un motif tiré de sa symphonie : l'Influence du bleu dans les arts. M
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UN CAFE DE LA BOHEME 155 Bergami (ainsi nommé à cause de ses favoris), oubliant son humble naissance et bravant toute retenue, s'est permis d'adresser à la dame de comptoir une pièce de vers dans laquelle il l'excite à l'oubli de ses deA7oirs de mère et d'épouse ; au désordre de son style
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156 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « D'ailleurs, ajouta-t-il, la vertu de madame était une sûre barrière qui.... — Oh! dit le cafetier avec un sourire d'orgueil, ma femme a été éleArée à Saint-Denis. » Bref, Colline acheva de l'enferrer complètement dans les replis de son éloquence insidieuse
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UN CAFE DE LA BOHEME 157 d'étranges sonorités. Quant à Colline, il allait de femme en femme égrener avec une bouche en coeur toutes les galantes A'erroleries de style ramassées dans la collection de YAlmanach des Muses. Pendant que cette joyeuse compagnie se livrait ainsi aux jeux et aux ris
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158 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME « Qu'allons-nous prendre? » dit Marcel. Colline se courba en deux comme un arc et dit en montrant les femmes : « C'est à ces dames qu'il appartient de régler l'ordre et la marche des rafraîchissements. — Moi, dit Musette en faisant claquer sa bouche, je ne craindrais
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UN CAFE DE LA BOHEME 159 sont des fleurs, on doit les arroser. Arrosons! Garçon! garçon! » Et Colline se pendit au cordon de sonnette aA7ec une agitation fiéA7reuse. Le garçon arriva rapide comme les aquilons. Quand il entendit parler de Champagne, et de beaune, et de liqueurs diverses
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160 SCENES DE LA VIE DE BOHEME il se consulta avec sa femme, et, grâce à l'éducation libérale qu'elle avait reçue à Saint-Denis, cette dame, qui avait un faible pour les beaux-arts et les belles-lettres, engagea son époux à faire servir le souper. « Au fait, dit le cafetier, ils peuA7ent bien
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UN CAFE DE LA BOHEME 161 On prit un jeu de dominos et on tira au plus gros dé. Le sort désigna malheureusement Schaunard comme plénipotentiaire. Schaunard était excellent virtuose, mais mauvais diplomate. Il arriva justement au comptoir comme le cafetier venait de perdre avec son vieil habitué
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162 SCÈNES DE LA A'IE DE BOHÈME ouA7ertures de Schaunard, il entra dans une A7iolente colère. Schaunard était bon musicien, mais il aA7ait un caractère déplorable. Il répondit par des insolences à double détente. La querelle s'envenima, et le cafetier monta en haut signifier qu'on eût à le payer
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UN CAFE DE LA BOHEME 163 qu'ici d'occasion favorable pour me mettre en rapport avec vous. Me permettez-vous de saisir celle qui se présente aujourd'hui? — Certainement, certainement », fit Colline qui voyait Arenir l'étranger. Rodolphe et Marcel saluèrent sans rien dire. La délicatesse trop exquise
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104 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME « Comme ça, disait Schaunard à Marcel, nous ne lui devons rien; notre dignité est sauvegardée. — Et nous pouA7ons presque exiger un nouA7eau souper», ajouta Colline. XII UNE RÉCEPTION DANS LA BOHÈME Le soir où il aA7ait, dans un café, soldé sur sa cassette
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 165 de sciences exactes, et je ne pourrais m'empêcher d'avoir aA7ec elle une discussion fort prolongée, ce que j'essaye d'éviter en ne passant jamais dans cette rue à midi, ni aux autres heures de soleil. Oh ! c'est bien simple, répondit naïvement Colline, j'ai habité
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166 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME communicatif ; et, après avoir donné quelques détails sur lui-même, il osa articuler l'espérance qu'il avait conçue de faire officiellement partie de la Société des bohèmes, et il sollicitait l'appui de Colline pour l'aider dans la réussite de ce dessein ambitieux
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 167 — Parfaitement; de même que, si à la Trinité, ce divin triangle, vous ajoutez une autre personne, ce ne sera plus la Trinité, ce sera un carré, et A7oilà une religion fêlée dans son principe ! — Permettez, dit Carolus, dont l'intelligence commençait à trébucher
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168 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Le prétexte est futile. — Il n'y a rien de futile en ce monde, tout est dans tout, les petits ruisseaux font les grandes riA7ières, les petites syllabes font des alexandrins, et les montagnes sont faites de grains de sable ; c'est dans la Sagesse des nations ; il y
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 169 Et il se mit à chanter : Oui, l'art est un sacerdoce Et sachons nous en servir. « Je crois que c'est dans Robert le Diable, ajouta-l-il. — Je disais donc que, l'art étant une fonction solennelle, les écrivains doivent incessamment.... — Pardon, monsieur, interrompit
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170 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME arrivé avec l'heure. Les trois ménages étaient à table et se livraient à une orgie d'artichauts à la poivrade. « Fichtre! dit Colline, on fait bonne chère ici, ça ne pourra pas durer. Je A7iens, dit-il ensuite, comme ambassadeur du mortel généreux que nous avons
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 171 candeur, joue de la contre-basse, nature qui change quelquefois cinq francs. — Très bien, dit Schaunard. — Quelles sont ses espérances? — Je vous l'ai déjà dit, son ambition n'a pas de bornes; il aspire à nous tutoyer. — C'est-à-dire qu'il A7eut nous exploiter
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172 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Carolus Barbemuche, mange ses revenus dans des habitudes de luxe et loge rue Royale, dans un hôtel. — Un hôtel garni? — Non, il y a des meubles. — Je demande la parole, dit Marcel. Il est éA7ident pour moi que Colline est corrompu; il aA7endu d'aA7ance son Arote pour
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UNE RÉCEPTION DANS LA BOHÈME 173 nous déshonorer, s'introduire chez nous sous le MANTEAU DE LA LITTÉRATURE. — C'était une figure parlementaire, fit Marcel. — Je blâme cette figure ; elle est mauA7aise. La littérature n'a pas de manteau. — Puisque je fais ici les fonctions de rapporteur, dit Colline
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174 . SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME en éteignant d'un souffle l'allumette avec laquelle il venait d'allumer sa pipe. — Parlez! parlez! crièrent en masse Rodolphe, Schaunard et les femmes, pour qui le débat offrait un grand intérêt. — Messieurs, dit Colline, bien que j'aie été personnellement
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 1/5 ser les femmes, dit Mimi; j'ai eu un amant comme ça, je l'ai gardé deux heures. — Des bêtises, quoi! fit Mlle Musette. — Tu as raison, ma chère, lui dit Marcel, le platonisme en amour, c'est de l'eau dans du A7in, A7ois-tu! Buvons notre A7in pur. — Et A7iA7e
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176 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME cénacle était chose grave, qu'un étranger pouvait y apporter des éléments de discorde, en ignorant les moeurs, les caractères et les opinions de ses camarades, chacun des membres passerait une journée aA7ec ledit Carolus, et se livrerait à une enquête sur sa A7ie
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 177 — Ah, ciel! s'écria Colline, un trio d'écus pour ces simples dons de Flore, quelle folie! Vous êtes donc parent des Cordillères?... Eh bien, mon cher monsieur, voilà quinze francs que nous allons être forcés d'effeuiller par la fenêtre. — Comment! Que voulez
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178 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME a pu conceA7oir sur vous en étant trop galant avec ces dames, et, pour commencer, faisons disparaître ces bouquets. » Et Colline prit les roses et les cacha dans une armoire qui serArait de débarras. « Mais ce n'est pas tout, reprit-il : ces messieurs désirent
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 179 régnait un certain confortable. Seulement, Rodolphe parut étonné de A7oir, bien qu'on fût en plein jour, les volets fermés, les rideaux tirés et deux bougies allumées sur une table. Il en demanda des explications à Barbemuche. « L'étude est fille du mystère
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180 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME dont se composait l'ouA7rage, écrit sur un papier format du Champ-de-Mars. « Allons, se dit-il, ce n'est pas en vers... mais ça s'appelle DON LOPEZ ! » Carolus prit le premier cahier et commença ainsi sa lecture : « Par une froide nuit d'hiA7er, deux cavaliers
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 181 belles lignes; quant aux idées, c'est de la graine de J.-J. Rousseau semée dans le terrain de Lesage. Seulement, permettez-moi une observation. Vous mettez trop de A7irgules, et A7OUS abusez du mot dorénavant; c'est un joli mot qui fait bien de temps en temps, ça
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182 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME (( Qu'avez-vous? lui demanda-t-il. — Chut! dit Rodolphe : n'entendez-vous pas? Il me semble qu'on crie : au feu! Si nous allions A7oir? » Carolus écouta un instant, mais n'entendit rien. « L'oreille m'aura tinté, dit Rodolphe, continuez; don Alvar m'intéresse
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 183 — Oui, mais ça m'a coûté cher, dit Rodolphe. — Comment? Est-ce que Carolus t'aurait fait payer? demanda Schaunard aA7ec une indignation croissante. — Il m'a lu un roman dans l'intérieur duquel on se nomme don Lopez et don Alvar, et où les jeunes premiers appellent
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184 SCENES DE LA VIE DE BOHEME mener partout où j'ai voulu le conduire, et m'a payé un déjeuner en deux actes dont le second s'est passé dans un cabaret de la halle, où je suis connu pour y avoir fait des orgies diverses dans le carnaA7al. Carolus est entré làdedans comme un homme naturel. Voilà
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 185 « Eh bien, mon cher, lui dit-il, A7OUS êtes définitivement des nôtres, c'est fini. Reste maintenant à fixer le jour de la grande fête et l'endroit où elle aura lieu; je A'iens m'entendre avec vous. — Mais ça se trouve parfaitement, répondit Carolus : les parents
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186 SCENES DE LA AIE DE BOHEME chef de VÊcharpe d'Iris que reçoit madame A7otre mère ; ce sont des gens très distingués, presque célèbres; je suis leur ami intime; ils ont de charmantes femmes. — Il y aura des femmes? dit le Adcomte Paul. — Ravissantes, reprit Carolus. — 0 mon cher maître, je A7OUS
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 187 nous, que notre tenue quasi négligée pourrait compromettre, nous venons simplement vous demander si- vous ne pourriez pas, pour ce soir, nous prêter quelques bardes d'une coupe avantageuse. Il nous est presque impossible, A7OUS deA7ezle comprendre, d'entrer
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188 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME A six heures, un fort beau dîner était servi dans la salle à manger. Les bohémiens arrivèrent. Marcel boitait un peu et était de mauvaise humeur. Le jeune vicomte Paul se précipita au-devant des dames et les conduisit aux meilleures places. Mimi avait une toilette
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UNE RECEPTION DANS LA BOHEME 189 Le jeune vicomte Paul marchait avec fureur sur le pied de Mimi, qui était sa Aroisine, et Phémie redemandait quelque chose à chaque service. Schaunard était dans les pampres. Rodolphe improA7isait des sonnets et cassait des verres en marquant le rythme. Colline
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190 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME A une heure du matin, les bohémiens se retirèrent et rentrèrent chez eux, en faisant de longs détours. Barbemuche fut malade et tint des discours insensés à son élève, qui, de son côté, rêvait aux yeux bleus de Mlle Mimi. XIII LA CRÉMAILLÈRE Ceci se passait
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192 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Des bottines de femme! continua Colline en se parlant à lui-même et en songeant aux moeurs austères de son ami; oui, décidément, je me suis trompé. Ce n'est pas ici la chambre de Rodolphe. — Faites excuse, monsieur, c'est ici. — Eh bien, alors, c'est donc
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194 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME — Mimi, répondit Rodolphe, je te présente mes meilleurs amis, et maintenant Ara tremper la soupe. — Oh! madame, fit Alexandre Schaunard en se précipitant vers Mimi, vous êtes fraîche comme une fleur sauA7age. » Et après s'être convaincu qu'il y aA7ait en réalité
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196 SCENES DE LA VIE DE BOHEME disant qu'elle lui serAdrait de modèle pour un tableau de nature morte qu'il avait en train. L'indulgente amitié eut l'air de croire à ce mensonge, fils d'une gourmandise immodérée. . Quant à Colline, il réservait ses sympathies pour le dessert, et s'obstina même
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198 SCÈNES DE LA A'IE DE BOHEME — Bon ! dit Schaunard, il n'aura pas de café, n'est-ce pas, madame? — A propos, dit Rodolphe, sers-nous donc le café, Mimi. » Celle-ci allait se lever, quand Colline, qui avait retrouvé un peu de sang-froid, la retint par la taille et lui dit confidentiellement à
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200 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Colline regarda autour de lui et aperçut en effet, à la place où était son vêtement, le petit habit à carreaux de Schaunard. Une idée soudaine lui traversa l'esprit et l'emplit d'inquiétude. Colline, selon son habitude, avait bouquiné dans la journée, et il avait
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202 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME XIV MADEMOISELLE MIMI 0 mon ami Rodolphe, qu'est-il donc advenu pour que vous soyez changé ainsi? Dois-je croire les bruits que l'on rapporte, et ce malheur a-t-il pu abattre à ce point Arotre robuste philosophie? Comment pourrai-je, moi, l'historien ordinaire
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204 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME tu trouves de l'argent pour que je les aille chercher aprèsdemain. » Ah! mon ami, ces bottines-là ont dansé bien des contredanses où vous ne faisiez pas A7is-à-A7is. A la flamme tous ces souvenirs, et au vent leurs cendres. Mais d'abord, ô Rodolphe, par amour pour
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206 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME bégueule, et supportait sans maux de tête la fumée de la pipe et les conversations littéraires, on s'accoutuma à elle et on la traita comme une camarade. Mimi était une charmante femme et d'une nature qui convenait particulièrement aux sympathies plastiques
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208 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME moitié de son coeur avait déjà été dépensée au temps de son premier amour, et l'autre moitié était encore pleine des souA7enirs de son premier amant. Huit mois se passèrent ainsi, alternés de jours bons et mauArais. Pendant ce temps, Rodolphe fut vingt fois sur
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210 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME et fit des bravades. A la fin, voyant que Rodolphe tenait bon dans sa résolution et l'accueillait aA7ec beaucoup de tranquillité lorsqu'elle rentrait à la maison après une nuit et un jour passés au dehors, elle commença à s'inquiéter un peu deA7ant cette fermeté à
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212 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME gance et du plaisir. Là, Rodolphe rencontra de nouveaux amis avec qui il se mit à boire. Il leur raconta son malheur avec un luxe inouï de style bizarre, et, pendant une heure, il fut étourdissant de A7erve et d'entrain. « Hélas ! hélas ! disait le peintre Marcel
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214 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Séraphine était admirablement belle. Ses formes splendides, habilement mises en valeur par la coupe de son Alternent, s'accusaient pleines de provocations sous la demi-transparence du tissu. Toutes les impérieuses fièvres du désir se réveillèrent dans les Areines
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216 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME femmes et des chattes est un abîme que les hommes et les chats ne pourront jamais sonder. » Lorsqu'il entra dans sa chambre, bien qu'il fît une chaleur épouvantable, Rodolphe crut sentir un manteau glacé descendre sur ses épaules. C'était le froid de la solitude
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218 SCENES DE LA ArIE DE BOHEME semblait A7oir sortir le fantôme des belles nuits qu'il aA7ait passées aA7ec sa jeune maîtresse. Il entendait retentir clair et sonore, au milieu du silence nocturne, le rire épanoui de Mlle Mimi, et il se ressomdnt de cette charmante et contagieuse gaieté aArec
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220 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME « Non », répondit-il. Et il fit causer la messagère de sa maîtresse. Cette femme lui apprit que la jeune Mimi était dans une situation fort malheureuse et qu'elle allait manquer de logement. « Et son amant, dont elle est si folle? — Mais, répondit Amélie, l'amie
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SCENES DE LA VIE DE BOHEME passer une nuit chez moi, je lui rendrai toutes ses affaires. » Amélie fit la commission de Rodolphe et prêta à ses paroles un sens tout autre que celui qu'elle avait su deviner. « Votre Rodolphe est un homme ignoble, dit-elle à Mimi, sa proposition est une infamie
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224 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Et ils se quittèrent.... Rodolphe rentra chez lui et se jeta tout habillé sur son lit. A onze heures et demie, Mlle Mimi entrait dans sa chambre. « Je viens vous demander l'hospitalité, dit-elle : l'amant d'Amélie est resté chez elle, et je n'ai pu rentrer. » Jusqu'à
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226 SCENES DE LA VIE DE BOHEME lui, il lui fit un geste amical et salua sa jeune compagne avec un gracieux sourire. « Quel est ce monsieur? » demanda Mimi. Rodolphe lui répondit un nom qui la fit rougir de plaisir et d'orgueil. « Oh! dit Rodolphe, cette rencontre du poète qui a si bien chanté
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228 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Colline gratta le poil du chapeau qui lui servait de toit, et murmura : « J'en étais sûr d'avance. L'amour est un jeu du hasard. Qui s'y frotte s'y pique. Il n'est pas bon que l'homme soit seul. » Le soir, en rentrant, Rodolphe dit à Mimi : « Il y a du nouveau
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230 SCENES DE LA VIE DE BOHEME l'égoïsme de l'esprit, tandis que l'amour c'est l'égoïsme du coeur. 11 y avait six ans que les bohèmes se connaissaient. Ce long esj)ace de temps passé dans une intimité quotidienne avait, sans altérer l'individualité bien tranchée de chacun, amené entre eux un accord
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la cour. Ils se reconnurent et, tout en dansant, échangèrent quelques paroles. Sans le vouloir peut-être, en instruisant ce jeune homme de sa vie présente, laissa-t-elle échapper un regret sur sa vie passée. Tant fut-il qu'à la fin du quadrille, Musette se trompa; et, au lieu de donner la main à
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232 SCENES DE LA VIE DE BOHEME était jaloux, mais il était logique et connaissait Musette; aussi ne l'attendit-il pas; il rentra chez lui le coeur gros néanmoins, mais l'estomac léger. Il chercha dans une armoire s'il n'y avait pas quelques reliefs à manger; il aperçut un morceau de pain granitique
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234 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME réjouissance, le propriétaire donna un grand dîner, et les locataires illuminèrent leurs fenêtres. Rodolphe et Marcel avaient été se loger ensemble; ils avaient pris chacun une idole dont ils ne savaient pas bien le nom au juste. Quelquefois il leur arrivait
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236 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME Musette vit une provocation dans cette phrase et répliqua prestement : « Et ça ne sera peut-être pas la dernière, hein? » Le mot était clair; il siffla comme une balle à l'oreille de Marcel. « Splendeurs des cieux, dit-il en regardant les étoiles, vous êtes témoins
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238 SCENES DE LA VIE DE BOHEME une de mes amies qui doit demeurer dans ton quartier. » En traversant le pont Neuf, Musette poussa un éclat de rire. « Qu'y a-t-il? demanda Marcel. — Rien! dit Musette; je me rappelle que mon amie est déménagée; elle demeure aux Ratignolles. » En voyant arriver Marcel
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240 SCENES DE LA VIE DE BOHEME de cette nouvelle ruse. Il reconnut parfaitement la toile obstinée, surtout à un grand diable de cheval multicolore qui se cabrait au bout d'une vague de la mer Rouge. La robe de ce cheval servait à Marcel pour toutes ses expériences de coloris, et, dans son langage
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sur leur existence. Maintenant, je vais une fois par semaine l'envoyer chez chacun d'eux, à domicile, au sein de leur famille, au plein coeur de la vie privée. Il troublera leurs joies domestiques, il leur fera trouver le vin sur, le rôti brûlé, et leurs épouses amères. Ils deviendront fous très
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SCENES DE LA VIE DE BOHEME mobiliers complets depuis douze francs jusqu'à mille écus. Il achetait tout et savait le revendre avec bénéfice. La banque d'échange de M. Proudhon est bien peu de chose comparée au système appliqué par Médicis, qui possédait le génie du trafic à un degré auquel les plus
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241 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Vendu à M. Isidore son portrait en Apollon, 50 francs. — Vendu à Mlle R... une paire de homards et six paires de gants, 56 francs. (Reçu 2 fr. 75.) — A la même, procuré un crédit de six mois chez Mme ***, modiste. (Prix à débattre.) — Procuré à Mme ***, modiste
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246 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME Médicis se laissa tomber dans le fauteuil et allait se plaindre de sa dureté, lorsqu'il se ressouvint que lui-même l'avait jadis changé avec Colline contre une profession de foi vendue à un député qui n'avait pas la corde de l'improvisation. En s'asseyant, les poches
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248 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « Continuez, Médicis, dit Marcel en montrant son tableau. Je veux vous laisser l'honneur de fixer vous-même le prix de celte oeuvre qui n'en a pas. » Le juif posa sur la table 50 écus en bel argent neuf. « Après? dit Marcel, c'est l'avant-garde. — Monsieur Marcel, dit
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230 SCENES DE LA VIE DE BOHEME très étonnée de ne point voir Rodolphe auprès d'elle ni même dans la chambre. La veille au soir, avant de s'endormir, elle l'avait pourtant vu à son bureau, se disposant à passer la nuit sur un travail extra-littéraire qui venait de lui être commandé, et à
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252 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Néanmoins, dans un conciliabule tenu très secret, Marcel et Schaunard convinrent avec Rodolphe que chacun de son côté s'efforcerait de satisfaire la juste coquetterie de leurs maîtresses. « Ces pauvres filles, avait dit Rodolphe, un rien les pare, mais encore faut
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254 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Et moi, reprit Rodolphe, ne sais-tu pas que depuis quinze jours je compose un poème didactique médico-chirurgical-osanore pour un dentiste célèbre qui subventionne mon inspiration à raison de quinze sous la douzaine d'alexandrins, un peu plus cher que les huîtres
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256 SCENES DE LA VIE DE BOHEME des soupers de gentilshommes, où elles servent de dessert vivant. De nos jours, cela pose un chrétien d'être vu avec une de ces païennes, qui souvent n'ont d'antique que leur acte de naissance. Quand elles sont jolies, le mal n'est pas grand, après tout : le plus
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, toute la bohème hantée, A'enue on ne sait d'où et y retournant ; toutes les créatures notées et annotées; toutes les filles d'Eve qui Amendaient jadis le fruit maternel sur un éventaire, et qui le débitent maintenant dans des boudoirs; toute la race corrompue, du lange au linceul, qu'on retrouve
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258 SCENES DE LA VIE DE BOHEME ni ers à qui Vert-Vert dut son éducation avancée. La société de cet oiseau, qui pouvait être instructiA^e et agréable pendant dix minutes, devenait un supplice véritable quand elle se prolongeait. Les Aroisins s'étaient plaints plusieurs fois ; mais l'actrice
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260 SCÈNES DE LA A'IE DE BOHEME découverte fut comme une douche tombée sur sa colère. Elle réfléchit qu'il était peut-être imprudent de se fâcher avec un homme qui avait cinquante mille francs à son petit doigt. « Eh bien, monsieur, lui dit-elle, puisque ce pampre Coco vous ennuie, je le mettrai
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262 SCENES DE LA AIE DE BOHEME Mais le soir, après le spectacle, elle rentra chez elle furieuse. M. Birn'n n'avait point fait usage des billets, et les dix loges étaient restées Arides. Aussi, en entrant en scène, à minuit et demi, l'infortunée bénéficiaire lisait-elle sur le A'isage de ses amies
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264 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME tir au pistolet ; ses domestiques criblaient cinquante cartons par jour. Le commissaire intervint encore, et lui fit exhiber un article du code municipal qui interdit l'usage des armes à feu dans les maisons. M. Birn'n cessa le feu. Mais huit jours après, Mlle Dolorès
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266 SCENES DE LA VIE DE BOHEME mon raisonnement.... Je avais entrepris de lui troubler le sommeil. La loi de ce pays me autorise à faire de la musique depuis le matin jusqu'au soir. Comprenez-A^ous ce que je attends de A7OUS ?... — Mais, dit Schaunard, ce ne serait déjà pas si désagréable pour
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268 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME — Permettez-moi de réfléchir, répondit le musicien. En couvrant ces daines des mille cajDrices de la mode, nous allons peut-être faire une folie. Songez-y. Quand elles ressembleraient aux gravures de VÉcharpe d'Iris, ne craignezArous pas que ces splendeurs n'exercent
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270 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Sur-le-champ elles se mirent à l'oeuA7re, et pendant seize heures elles ne quittèrent ni les ciseaux, ni l'aiguille. Le lendemain matin était le premier jour du mois de mai. Les cloches de Pâques aA7aient sonné depuis quelques jours la résurrection du printemps
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272 SCENES DE LA VIE DE BOHEME A huit heures du matin, toute la rue était mise en émoi par les fanfares de la trompe de Schaunard qui donnait le signal du départ. Tous les voisins se mirent aux fenêtres pour regarder passer les bohèmes. Colline, qui était de la fête, fermait la marche, portant
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LE MANCHON DE FRANC1NE qu'on aA7ait oublié de dépenser six francs, et déposa le reliquat sur une table. « Qu'est-ce que nous allons en faire? demanda Marcel. — Si nous achetions de la rente? » dit Schaunard. XVIII LE MANCHON DE FRANCINE I Parmi lesA7rais bohémiens de la A7raie bohème, j'ai connu
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SCENES DE LA A7IE DE BOHEME une des scènes les JDIUS atroces que j'aie jamais A7ues dans ce caraA7ansérail des douleurs humaines. Son père, instruit de l'éA7énement, était Arenu pour réclamer le corps et aA7ait longtemps marchandé pour donner les trente-six francs réclamés par l'administration
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276 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME AUTRE LECTEUR. — Et Mlle Francine? où est-elle donc? PREMIER LECTEUR. — Ce n'est point très gai, cette histoire ! DEUXIÈME LECTEUR. — Nous allons voir la fin. — Je vous demande bien pardon, messieurs, c'est la pipe de mon ami Jacques qui m'a entraîné dans
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278 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME était parfaitement caché, et Jacques était toujours amèrement triste. Ce soir-là, au contraire, Mlle Francine était extrêmement gaie en rentrant chez elle, et sa gaieté était sans cause, comme la tristesse de Jacques : c'était une de ces joies qui tombent du ciel
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280 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME encore rentrer chez moi sans chandelle, la chambre n'est pas si grande pour qu'on puisse s'y perdre. Mais il me faut ma clef; je vous en prie, monsieur, aidez-moi à chercher, elle doit être à terre. — Cherchons, mademoiselle », dit Jacques. Et les voilà tous deux
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282 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Francine avait entendu cette confidence et s'aperçut du désespoir qu'elle causait à son ami. « Qu'importent les feuilles jaunes? lui disait-elle, en mettant tout son amour dans un sourire; qu'importe l'automne, nous sommes en été et les feuilles sont vertes
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284 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME « Ne l'écoute pas, s'écria-t-elle en étendant les bras vers Jacques, ne l'écoute pas, il ment. Nous sortirons ensemble demain... c'est la Toussaint; il fera froid, va m'acheter un manchon.... Je t'en prie, j'ai peur des engelures pour cet hiA7er. » Jacques allait
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286 SCENES DE LA VIE DE BOHEME pauA7re Jacques... qu'est-ce que tu vas deA7enir? Ah! mon Dieu! » Et le lendemain Jacques était seul. PREMIER LECTEUR. — Je le disais bien que ce n'était point gai, cette histoire. Que voulez-vous, lecteur? on ne peut pas toujours rire. II C'était le matin du jour
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288 SCÈNES DJ3 LA A7IE DE BOHEME La voisine et le médecin ne comprirent pas. Jacques se mit à table et mangea si précipitamment quelques bouchées qu'il faillit s'étouffer. Alors il demanda à boire. Mais en portant son verre à sa bouche, Jacques le laissa tomber à terre. Le A7erre, qui s'était brisé
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290 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME transparences rosées se mêlait graduellement aux blancheurs mates du front et des joues. Les paupières, qui s'étaient soulevées lorsqu'on avait enlevé le moule, laissait voir l'azur tranquille des yeux, dont le regard paraissait receler une vague intelligence
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récente du moulage, rompaient par intervalles l'immobilité du corps, ce simulacre de vie entretenait Jacques dans son heureuse illusion, qui dura jusqu'au matin, à l'heure où un commissaire A7int constater le décès et autoriser l'inhumation. Au reste, s'il avait fallu toute la folie du désespoir pour
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292 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME si difficiles à trouver et si pénibles à entendre, ils allaient tour à tour serrer silencieusement la main de leur ami. « Cette mort est un grand malheur pour Jacques, fit l'un d'eux. — Oui, répondit le peintre Lazare, esprit bizarre qui avait su A7aincre de bonne
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294 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME qu'après plusieurs années d'existence la société des Buveurs d'eau s'est dissoute naturellement par la mort de tous ses membres, sans que le nom d'aucun soit resté attaché à une oeuvre qui pût attester de leur existence. Pendant sa liaison avec Francine, les rapports
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296 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Lorsque Francine fut morte, le sculpteur alla reA7oir ses anciens amis les Buveurs. Mais l'esprit de Lazare dominait dans ce cercle, où chacun des membres vivait pétrifié dans l'égoïsme de l'art. Jacques n'y trouA7a pas ce qu'il A7enait y chercher. On ne comprenait
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298 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME ce qu'il deA7ait faire des roses et des pensées qu'il aA7ait apportées, Jacques lui ordonna de les planter sur une fosse A7oisine nouvellement creusée, pauArre tombe d'un pauA7re, sans clôture, et n'ayant pour signe de reconnaissance qu'un morceau de bois piqué
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300 SCENES DE LA A71E DE BOHEME Il chercha à se distraire, tendit la main aux plaisirs, et se créa de nouA7elles liaisons. Il fréquenta le poète Rodolphe, qu'il aA7ait rencontré dans un café, et tous deux se prirent d'une grande sympathie l'un pour l'autre. Jacques lui aA7ait expliqué ses ennuis
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302 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME robe à Marie, une robe noire. La jeune fille fut bien contente ; seulement elle trouva que le noir n'était pas gai pour l'été. Mais Jacques lui dit qu'il aimait beaucoup le noir, et qu'elle lui ferait plaisir en mettant cette robe tous les jours. Marie lui obéit
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304 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME le directeur de l'hôpital de lui donner une petite chambre dont on ne se servait point, et il y fit apporter une selle, des ébauchoirs et de la terre glaise. Pendant les quinze premiers jours il travailla à la figure qu'il destinait au tombeau de Francine. C'était
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306 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME repas de mon enfance, qu'êtes-A7ous devenus? ajouta Schaunard; qu'êtes-vous devenus? répéta-t-il sur un motif plein d'une mélancolie rêA7euse et douce. — Dire qu'il y a à cette heure, à Paris, plus de cent mille côtelettes sur le gril! fit Marcel. — Et autant
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308 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME ajouta-t-il, j'ai envie de le garder, je l'apprivoiserai et je le peindrai en rouge, ce sera plus gai. Je suis triste depuis le départ de Phémie, ça me fera une compagnie. — Messieurs, s'écria Colline, remarquez, je vous prie, la girouette a tourné au sud
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310 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME pour jour un an de date. Elle ne contenait que ces quelques mots : « Mon cher ami, « Ne sois pas inquiet après moi, je A7ais rentrer bientôt. « Je suis allée me promener un peu pour me réchauffer en « marchant, il gèle dans la chambre et le charbonnier a « clos
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312 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME — Rien, une lettre très pressée que j'oubliais. Je suis à vous dans l'instant, » répondit Marcel. Et il écrivit : « Ma chère enfant, « J'ai des sommes dans mon secrétaire, c'est une apo« plexie de fortune foudroyante. Il y a à la maison un gros « déjeuner
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314 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME — Pourquoi ça? fit Musette. — Comment!... penseriez-A7ous à aller à ce dîner? — Je le crois bien que j'y pense.... Arrangez-vous comme A7OUS A7oudrez. — Mais, ma chère, cependant il n'est pas convenable.... Vous irez une autre fois. — Ah! c'est joli, ça! une autre
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316 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME je me promenais en A7oiture aux Champs-Elysées aArec lord ***, j'ai rencontré Marcel et son ami Rodolphe qui étaient à pied, très mal mis tous deux, crottés comme des chiens de berger, et fumant leur pipe. Il y aArait trois mois que je n'aA7ais vu Marcel
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318 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME pauvre et simple uniforme des grisettes. Ces jolies filles moitié abeilles, moitié cigales, qui travaillaient en chantant toute la semaine, ne demandaient à Dieu qu'un peu de soleil le dimanche, faisaient vulgairement l'amour avec le coeur, et se jetaient quelquefois
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320 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Un jour, un galant homme, aA7ec qui elle était restée près de six mois, et qui était devenu éperdument amoureux d'elle, lui proposa sérieusement de l'épouser. Musette lui avait jeté un grand éclat de rire au nez à cette proposition. « Moi, mettre ma liberté en prison
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322 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME — J'en fais deux! s'écria Mme Sidonie. — Je ne suis pas fier, je pars pour deux, répondit le banquier, qui avait déjà passé plusieurs fois. Roi et as, Je suis flambé, continua-t-il en faisant tomber les cartes, tous les rois sont morts. — On ne parle pas politique
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324 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME Et il déploya le petit papier qu'il tenait à la main. « Quel est cet imprimé? » demanda Marcel. Le propriétaire, qui aA7ait promené dans la chambre un regard inquisitorial, aperçut l'or et l'argent qui étaient restés sur la cheminée. « C'est la quittance, dit-if
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326 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME Schaunard, Colline et Rodolphe examinaient la scène aA7ec inquiétude. « Parbleu! monsieur, fit Marcel, puisque A7OUS êtes Bourguignon, vous ne refuserez pas de dire deux mots à un compatriote. » Et, faisant sauter le bouchon d'une bouteille de A7ieux mâcon
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328 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHÈME Cette fois, à un coup d'oeil que leur lança Marcel, les bohèmes comprirent quel était son but. Cependant le propriétaire commençait à jouer de la prunelle d'une façon extraordinaire. Il se balançait sur sa chaise, tenait des propos grivois, et promettait à Marcel
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330 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME — Phémie! cruelle Phémie! murmurait Schaunard, tu me fais bien de la peine. — Je lui ai meublé un petit entre-sol, rue Coquenard, n° 12, dit le propriétaire. C'est joli, joli... ça m'a coûté bien cher.... Mais l'amour sincère n'a pas de prix, et puis j'ai A7ingt
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332 SCÈNES DE LA A7IE DE BOHEME Mlle Musette sortait de chez son amie, Mme Sidonie, chez qui elle était restée jusque-là. Musette n'était point seule, un jeune homme l'accompagnait, une voiture attendait à la porte, ils y montèrent tous deux; la A7oitufe partit au galop. La partie de lansquenet
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334 SCÈNES DE LA AIE DE BOHEME Dans la cheminée fumaient deux petits tisons gros comme le poing. Au dehors la neige tombait toujours. Les quatre bohèmes se mirent à table et déployèrent gravement leurs serviettes. « C'est singulier, disait Marcel, ce hareng a un goût de faisan. — Ça tient à
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336 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME — Mais qu'as-tu fait depuis que je t'ai écrit? — Ne m'interroge pas ! reprit vivement Musette en l'embrassant à plusieurs reprises; ne me demande rien! laissemoi me chauffer à côté de toi pendant qu'il fait froid. Tu A7ois,j'aA7ais mis ma plus belle robe pour Arenir
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338 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME aviez un chapeau d'un style merveilleux, et vous paraissiez même plongée dans une profonde perplexité à propos du voile en riche dentelle qui flottait sur ce riche chapeau. Embarras bien grave, en effet! car il s'agissait de saA7oir lequel valait le mieux et était
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340 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME qu'il venait de rencontrer trois ou quatre jours après son second divorce avec le poète Rodolphe. Bien qu'il se fût efforcé de mettre une sourdine aux railleries qui parsemaient son horoscope, Mlle Mimi ne fut point dupe des belles paroles de Marcel, et comprit
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342 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME qui m'attendait en faisant sentinelle dans la rue. 11 était tard, plus de minuit, et j'avais faim, car j'aA7ais mal dîné. Je priai Rodolphe d'aller chercher quelque chose pour souper. Il reA7int une demi-heure après; il aA7ait beaucoup couru pour rapporter
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344 SCENES DE LA A7IE DE BOHEME bonnet rayé qui était au fond d'un de mes paquets : par mégarde, j'oubliai de replacer le paraA7ent; Rodolphe s'en aperçut, et cacha les paquets, comme il avait déjà fait. « — Bonsoir, me dit-il. — Bonsoir », lui répondis-je. « Je croyais qu'il allait m'embrasser
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346 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME où vous alliez quelquefois manger avec lui. J'avais demandé du A7in de Beaune pour étourdir un peu Rodolphe. « _ C'était le A7in favori de Mimi, me dit-il; nous en « aA7ons bu souArent ensemble, à cette table où nous « sommes. Je me somdens qu'un jour elle me disait
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348 SCENES DE LA VIE DE BOHEME geste de théâtre, sans pose, fort naturellement, comme on peut le faire lorsqu'on se débarrasse d'une chose inutile. — Mon cher monsieur Marcel, je vous assure qu'au fond de mon coeur, je souhaite que cette indifférence dure. Mais encore une fois, là, bien sincèrement
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330 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME était lui-même fort étonné de cette soudaine indifférence, qui, sans passer par les transitions ordinaires de la tristesse et de la mélancolie, succédait aux orageuses tempêtes qui l'agitaient encore quelques jours auparavant. L'oubli, si lent à venir, surtout pour
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352 SCENES DE LA VIE DE BOHEME causes produisent les plus grands effets. Je devais, ce soir, faire une visite très importante, et je ne la puis faire à cause que je n'ai pas mon habit. Y êtes-vous? — Point. Il n'y a pas jusqu'ici motif suffisant à désolation. Vous êtes désolé... parce que... enfin
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que je ne serais plus jamais amoureux de ma vie, et je m'imaginai que mon coeur était mort de fatigue, d'épuisement, de tout ce que vous voudrez. Il avait tant battu, si longtemps, si vite, et 45
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354 SCENES DE LA VIE DE BOHEME trop vite, que la chose était croyable. Bref, je le crus mort, bien mort, très mort, et je songeais à l'enterrer, comme M. Marlborough. A cette occasion, je donnai un petit dîner de funérailles où j'invitai quelques-uns de mes amis. Les convives devaient prendre
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356 SCENES DE LA VIE DE BOHEME sa douleur, et, comme cette douleur était morte, ensevelie dans cet oubli. « Est-ce point un miracle que tout cela? » disait-il au poète, qui, sachant par coeur et par expérience tous les douloureux chapitres des amours brisés, lui répondit : « Eh! non, mon ami
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358 SCENES DE LA VIE DE BOHEME faire autant, nous serions restés ensemble toute la vie. Est-ce que vous croyez que c'est bien vrai qu'il ne m'aime plus du tout, vous? — Peuh!... Et vous, l'aimez-vous encore? — Moi, je ne l'ai jamais aimé de ma vie ! — Si, Mimi, si, vous l'avez aimé, à ces heures où
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Rodolphe, qui, arrêté sur le boulevard, attendait une voiture pour se faire reconduire chez lui. Rodolphe attendant une voiture? Quel cataclysme était donc tout à coup survenu dans sa vie privée? A cette même heure où le poète, transformé, tortillait sa moustache, mâchait entre ses dents un énorme régalia
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360 SCENES DE LA VIE DE BOHEME depuis trois mois sous presse... dans son imagination. Comme il s'avançait vers l'endroit où Rodolphe était arrêté, Colline crut un instant le reconnaître; mais la suprême élégance étalée par le poète jeta le philosophe dans le doute et l'incertitude. « Rodolphe ganté
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362 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME publique, il fait un froid qui gèlerait tes interrogations et mes réponses. » Et tous deux entrèrent dans un café. Les yeux de Colline ne quittaient point l'échelle de corde, non plus que la cage où le petit oiseau, réchauffé par l'atmosphère du café, se mita chanter
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364 SCENES DE LA VIE DE BOHEME m'expliquer aussi le mystère de cette superbe enveloppe qui te rend méconnaissable.... Tu es donc devenu riche? » Rodolphe ne répondit pas, mais il fit signe à un garçon de café et lui jeta négligemment un louis en disant : « Payez-vous !» Puis il frappa sur son
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par heure, minute par minute, et A^OUS dit à chaque instant : Voici une partie de ta vie qui s'en A'a. Ah ! je ne pourrais pas dormir tranquille dans une chambre où se tromperait un de ces instruments de torture, dans le Aroisinage desquels la nonchalance et la rêA'erie sont impossibles.... Une pendule
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366 SCENES DE LA VIE DE BOHEME tons exercent une influence mystérieuse sur nos pensées, et par conséquent sur nos actions. Cette chambre est froide et silencieuse comme un tombeau. Si jamais la gaieté chante ici, c'est qu'on l'amènera du dehors ; et encore elle n'y restera pas longtemps, car
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368 SCENES DE LA VIE DE BOHEME le langage aArait de quoi lui faire espérer qu'elle deA'iendrait prochainement sa maîtresse légitime. Comme Marcel, qui était son confident, avait une fois surpris une des épîtres de Rodolphe, il lui dit en riant : « Est-ce du style, ou bien penses-tu réellement
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370 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Le lendemain, à cinq heures du matin, le pigeon fut parfaitement exact et remplit la chambre d'un roucoulement prolongé qui aurait réveillé les deux amants s'ils aA'aient dormi. « Eh bien, dit Juliette, Aroilà le moment d'aller sur le balcon et de nous faire
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372 SCENES DE LA VIE DE BOHEME « Il avait une jolie voix, disait Juliette en se mettant à table. — Il était bien tendre », fit Roméo en découpant son réveille-matin parfaitement rissolé. Et les deux amants se regardèrent et se surprirent ayant chacun une larme dans les yeux. .... Hypocrites
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374 SCENES DE LA VIE DE BOHEME qu'il aA'ait usé de gouttes d'encre, il écrivit une vingtaine de lignes dans lesquelles une vieille idée plus fatiguée que le Juif errant, et mal vêtue de haillons empruntés aux friperies littéraires, dansait lourdement sur la corde roide du paradoxe. En relisant
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un premier salaire. » Et les yeux toujours fixés sur ces visions qui continuaient à lui retracer les scènes des époques disparues, il remontait les six étages de toutes les mansardes où son existence aArentureuse avait campé, et où la Muse, son seul amour d'alors, fidèle et persévérante amie, l'avait suivi
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376 SCENES DE LA VIE DE BOHEME unique et maîtresse, la Muse du poète se levait tristement et liATait la place à la nouArelle Avenue en qui elle aA7ait deviné une riA'ale. Rodolphe hésitait un instant entre la Muse à qui son regard semblait dire : Reste ! tandis qu'un geste attractif adressé à
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EPILOGUE DES AMOURS 377 une passion divine qu'à la condition de se purifier dans les larmes. De même qu'on s'enivre à respirer l'odeur des roses fanées, de même Rodolphe s'eniATait encore en revivant par le souvenir cette vie d'autrefois, où chaque jour amenait une élégie nomrelle, un drame
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378 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME souffrait, et exciter la pitié de celle qui causait ses souffrances. Et maintenant sa douleur était solitaire, sa jalousie était devenue de la rage; car autrefois il pomrait du moins, quand il aArait des soupçons, empêcher Mimi de sortir, la garder près
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380 SCENES DE LA VIE DE BOHEME Mais quand elle eut achevé la pièce de vers, elle resta silencieuse et toute rêveuse. Le vicomte Paul, devinant qu'elle songeait à Rodolphe, essaya de l'en distraire. « Je t'achèterai des pendants d'oreilles, lui dit-il. — Eh! dit Mimi, vous avez de l'argent
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382 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Eh bien! ne chantons pas, restons-en là, ma chère; Et pour n'y plus penser, pour n'y plus revenir, Sur nos amours défunts, sans haine et sans colère, Jetons en souriant un dernier souvenir. Nous étions bien heureux dans ta petite chambre, Quand ruisselait la pluie
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384 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Dans les jardins de bal, quand tu fais ton entrée, Autour de toi se forme un cercle langoureux; Et le frémissement de ta robe moirée, Pâme en choeur laudatif ta meute d'amoureux. Élégamment chaussé d'une souple bottine Qui serait trop étroite au pied de Cendrillon
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386 SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME de ses gâteaux au beurre. Pendant toute la nuit, des clameurs bruyantes s'échappaient des maisons garnies dont les fenêtres flamboyaient, et une atmosphère de kermesse emplissait le quartier. On célébrait l'antique solennité du réveillon. Ce soir-là, sur les dix
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388 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Hélas ! dit Marcel, les calendriers se suivent et ne se ressemblent pas. — Est-ce que tu ne ferais pas bien réveillon? demanda Rodolphe. — Avec qui et avec quoi? répliqua le peintre. — AArec moi, donc. — Et de l'or? — Attends un peu, dit Rodolphe, je vais entrer
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390 SCENES DE LA VIE DE BOHEME l'oubli, nous faisons des choses les plus futiles des prétextes pour rappeler le souvenir; cela tient surtout à ce que nous nous obstinons à vivre dans le même milieu où ont vécu les créatures qui ont fait si longtemps notre tourment. Nous sommes les esclaves
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392 SCENES DE LA ArIE DE BOHEME serions plus excusables ; et si nous ne rentrons pas dans la Arie commune, ce sera Arolontairement, car les obstacles contre lesquels nous avons eu à lutter n'existent plus. — Ah çà? dit Rodolphe, où veux-tu en Avenir? à quel propos et à quoi bon cette mercuriale
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394 SCENES DE LA AIE DE BOHEME Et, profitant d'un moment où il croyait n'être pas aperçu par Rodolphe, il glissa le bouquet dans sa poitrine. « Tant pis, c'est plus fort que moi. Je triche, » pensa le peintre. Et comme il jetait un regard furtif sur Rodolphe, il Arit le poète qui, arrivé à la fin
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396 SCÈNES DE LA ArIE DE BOHEME « C'est bien bon, dit-elle en approchant de l'âtre ses pauvres mains violettes. A propos, monsieur Marcel, vous ne savez pas pourquoi je suis venue chez vous? — Ma foi non, répondit celui-ci. — Eh bien, reprit Mimi, je Amenais tout simplement vous demander si Arous
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398 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME préparatifs du modeste festin auquel les deux amis avaient à peine touché, vous allez souper? — Non, dit Marcel, nous n'aArons pas faim. — Vous êtes bien heureux », dit naïvement Mimi. A cette parole, Rodolphe sentit son coeur qui se serrait horriblement; il fit à
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400 SCENES DE LA VIE DE BOHEME sine qui était sur le même carré, Marcel dit brusquement à Rodolphe : « Eh bien, qu'est-ce que tu Aras faire maintenant? — Mais, balbutia Rodolphe, je ne sais pas. — Allons, Aboyons, ne lanterne pas, va rejoindre Mimi! si tu y retournes, je te prédis que demain Arous
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402 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Et vous, demanda Marcel, est-ce que vous l'aimez encore? — Ah! si je l'aime, dit-elle en joignant les mains, c'est ce qui fait mon tourment. Je suis bien changée, allez, mon pauvre ami, et il a fallu peu de temps pour cela. — Eh bien! puisqu'il Arous aime
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404 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME larmes, c'est pour ça que je ne voudrais pas mourir tout de suite : mais c'est fini tout à fait. Tenez, Marcel, faut qu'il soit bien bon, ce pauvre ami, pour m'avoir reçue après tout le mal que je lui ai fait. Ah! le bon Dieu n'est pas juste puisqu'il ne nie laisse
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406 SCENES DE LA VIE DE BOHEME vous ne pourriez pas me soigner ici. A l'hospice on me guérira peut-être; il faut m'y conduire. Ah! vois-tu, j'ai tant eiwie de vivre à présent, que je consentirais à finir mes jours une main dans le feu et l'autre dans la tienne. D'ailleurs tu viendras me voir
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les magasins de nouveautés, pour regarder les étalages. En entrant dans la salle indiquée par son bulletin, Mimi ressentit un grand coup au coeur; quelque chose lui dit intérieurement que c'était entre ces murs lépreux et désolés que s'achèverait sa vie. Elle employa tout ce qu'elle avait de volonté pour
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408 SCÈNES DE LA ArIE DE BOHEME Et il tira sur elle les rideaux du lit. En entendant sur le parquet les pas de son amant qui s'en allait, Mimi fut prise soudainement d'un accès de fièATe presque délirante. Elle om'rit brusquement les rideaux, et, se penchant à demi hors du lit, elle s'écria
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410 SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME Les bonbons la rendirent très heureuse aussi. « On ne m'a donc pas tout à fait oubliée! Vous êtes bons, vous autres jeunes gens. Ah! je les aime bien, tous tes amis, A^a! » dit-elle à Rodolphe. Cette entreArue fut presque gaie. Schaunard et Colline avaient rejoint
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412 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Conduisez-moi sur-le-champ à la Pitié, dit Rodolphe, que je la A^oie. » « Attendez-moi un instant, dit l'interne quand ils furent à la porte de l'hôpital, je vais demander au directeur une permission pour vous faire entrer. » Rodolphe attendit un quart d'heure sous
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la bohème. Gustave Colline avait hérité et fait un mariage avantageux, il donnait des soirées à musique et à gâteaux. Un soir, Rodolphe, assis dans son fauteuil, les pieds sur son tapis, vit entrer Marcel tout effaré. « Tu ne sais pas ce qui vient de m'arriver, dit-il. — Non, répondit le poète. Je sais
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414 SCENES DE LA VIE DE BOHEME — Je t'ai entendu, en effet. Devine un peu avec qui j'étais. — Que sais-je? moi. — Avec Musette, qui est tombée chez moi, hier soir, ;n débardeur. — Musette! tu as retrouvé Vlusette? fit Rodolphe avec in accent de regret. — Ne t'inquiète pas, il n'y a pas eu
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416 SCENES DE LA A'IE DE BOHEME Reviens encor manger ensemble Le pain bénit de la gaîté. — Les meubles de notre chambrette Ces vieux amis de notre amour, Déjà prennent un air de fête Au seul espoir de ton retour. Viens, tu reconnaîtras, ma chère. Tous ceux qu'en deuil mit ton départ, Le petit lit
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TABLE PRÉFACÉ i I. COMMENT FUT INSTITUÉ LE CÉNACLE DE LA BOHÈME. . . 1 II. UN ENVOYÉ DE LA PROVIDENCE 45 III. LES AMOURS DE CARÊME 55 IV. ALI-RODOLPHE, OU LE TURC PAR NÉCESSITÉ 67 V.' L'Écu DE CHARLEMAGNE 78. VI. MADEMOISELLE MUSETTE 89 VII. LES FLOTS DU PACTOLE 100 VIII. CE QUE COÛTE UNE PIÈCE