20 LA REIftE MARGOT.
C'est à ceux qui ne veulent pas être pendus à de-
viner.
– Mais enfin à quoi le reconnaîtrai-je?
– Je vous ai dit que tous les matins à dix heu-
res il passait devant la fenêtre du chanoine.
– Mais beaucoup passent devant cette fenêtre.
Que Votre Majesté daigne seulement m'indiquer un
signe quelconque.
Oh c'est bien facile. Demain, par exemple,
il tiendra sous son bras un portefeuille de maroquin
rouge.
Sire, il suffit.
Vous avez toujours ce cheval que vous a donné
M. de Mouy, et qui court si bien?
Sire, j'ai un barbe des plus vîtes.
Oh! je suis pas en peine de vous! seule-
gentilhomme nommé de la
l'amiral, entrait à Pans par la porte Saint-Marcel vers
la fin de la journée du Vt août 1572, et, jetant un re-
gard assez dédaigneux sur les nombreuses hôtelleries
qui étalaient à sa droite et à sa gauche leurs pittores-
ques enseignes, laissa pénétrer son cheval tout fumant
jusqu'au cœur de la ville, où, après avoir traversé la
place Maubcrt, le Petit-Pont, le pont Notre-Dame,
et longé les quais, il s'arrêta au bout de la rue de
Bresec, dont nous avons fait depuis la rue de l'Ar-
bre-Sec, et à laquelle, pour la plus grande facilité
de nos lecteurs, nous conserverons son nom mo-
derne.
Le nom lui plut sans doute, car il y entra, et
comme à sa gauche une magnifique plaque de tôle
grinçant sur sa tnng?e. avec accompagnement de
sonnettes, appelait son attention, il fit une seconde
halte pour lire ces mots A la Bcllc-Éloile, écrits
en légende sous une peinture qui représentait le si-
mulacre le plus Ilntteiir pour un voyageur affamé
ment il est bon que vous sachiez que le cloître a
une porte de derrière.
Merci, sire. Maintenant priez Dieu pour
moi.
Eh mille démons! priez le diable bien plutôt;
car ce n'est que par sa protection que vous pouvez
éviter la corde.
Adieu, sire.
Adieu. – Ah à propos, monsieur de Maure-
vel, vous savez que si d'une façon quelconque on
entend parler de vous demain avant dix heures du
matin, ou si l'on n'en entend pas parler après, il y
a une oubliette au Louvre.
Et Charles IX se remit à siffler tranquillement et
plus jusle que jamais son air favori.
IV
LA SOIRÉE DU 24 AOUT 1572.
otre lecteur n'a pas oulylié
que dans le chapitre précé. 1-
,dent il a été question d'un
Mole, attendu avec quelque
impatience par lien ri deNa-
varre. Ce jeune gentilhom.
nie, comme l'a V::l. it annoncé
c'était une volaille rôtissant au milieu d'un ciel
noir, tandis qu'un homme à manteau rouge tendait
vers cet astre d'une nouvelle espèce ses bras, sa
bourse et ses vœux.
– Voilà, se dit le gentilhomme, une auberge qui
s'annonce bien, et l'hôte qui la tient doit être, sur
mon âme, un ingénieux compère. J'ai toujours en-
tendu dire que la rue de l'Arbre-Sec était dans le
.quartier du Louvre; et, pour peu que l'établissement
réponde à l'enseigne, je serai à merveille ici.
Pendant que le nouveau venu se débitait à lui-
même ce monologue, un autre cavalier, entré par
L'autre bout de la rue, c'est-à-dire par la rue Saint-
Honoré, s'arrêtait et demeurait aussi en extase de-
vant l'enseigne de la Belle-Étoile.
Celui des deux que nous connaissons, de nom
du moins, montait un cheval blanc de race espa-
gnole, et était vêtu d'un pourpoint noir garni de
jais. Son manteau était de velours violet foncé il
portait des bottes de cuir noir, une épée à poignée
de fer ciselé, et un poignard pareil. Maintenant, si
nous passons de son costume à son visage, nous di-
rons que c'était un homme de vingt-quatre à vingt-
cinq ans, au teint basané, aux yeux bleus, à la fine
moustache, aux dents éclatantes, qui semblaient
éclairer sa figure lorsque s'ouvrait, pour sourire
d'un sourire doux et mélancolique, une bouche