Préface de 1862

 

Après avoir prévu une très longue préface philosophique finalement laissée inachevée, Victor Hugo choisit pour son plus gros roman la plus courte des préfaces : une seule phrase. Il n’y perd rien en efficacité.
 
Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.
 
Hauteville-House, 1862.
 
Victor Hugo, Les Misérables, 1862.
> Texte integral : Paris, Ollendorff, 1904-1924.