À propos de l’œuvreNoëlle Benhamou

 

Écrit en quelques mois à partir de l’été 1887, Pierre et Jean est le quatrième roman de Maupassant. Il constitue un tournant dans la production romanesque de l’auteur qui verse dans l’analyse psychologique. Prépublié dans La Nouvelle Revue à partir de décembre 1887, il paraît en volume chez Ollendorff, précédé d’une étude sur « Le Roman ». C'est l’une des rares fois où l’auteur normand s’exprime publiquement sur le réalisme et condamne les recherches excessives du style artiste d’Edmond de Goncourt. L’intrigue du récit peut paraître banale et est sans doute tirée d’un fait divers : petits boutiquiers parisiens, les Roland se sont retirés au Havre pour profiter de la mer. Leurs fils Pierre, étudiant en médecine, et Jean, futur avocat, viennent les retrouver. L’annonce du décès de Maréchal, un ami de la famille qui lègue tout son héritage à Jean, va être à l’origine d’un drame familial. Pierre comprend que sa mère a été infidèle et que Jean est le fils de Maréchal. L’aîné étant peu à peu dépossédé de l’amour maternel, de celui de Mme Rosémilly, jeune veuve que Jean épousera, puis de tous les avantages que son statut de fils légitime pourrait laisser supposer, il décide de quitter sa famille pour s’engager sur un paquebot transatlantique.

 
Promenade en mer
La plage de Trouville
L’adieu
 

Succès littéraire, les critiques étant unanimes dans l’éloge, Pierre et Jean repose certes sur une intrigue ténue et des thèmes déjà abordés dans les contes et nouvelles, comme la bâtardise, la trahison de la femme, ou les conséquences désastreuses d’un legs dans une famille. Mais le roman vaut pour l’analyse psychologique des personnages et les magnifiques descriptions du Havre et de ses alentours, reflets de l’état d’âme du héros, rendues avec une écriture picturale. Il livre également une étude de mœurs sur la petite bourgeoisie de province. « Roman-drame » selon Jules Lemaitre, ayant le « schéma d’une tragédie antique » pour Paul Bourget, Pierre et Jean est aussi un « roman de mœurs » (Antonia Fonyi) tout autant qu’un roman familial, où la vision pessimiste de Maupassant se fait plus sombre que dans ses précédents livres. Comme la plupart des œuvres de Maupassant, Pierre et Jean connut aussitôt de nombreuses traductions et une fortune artistique importante, avec de multiples adaptations sous différents supports.