Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1906-01-09
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 09 janvier 1906 09 janvier 1906
Description : 1906/01/09 (Numéro 7989). 1906/01/09 (Numéro 7989).
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/04/2008
Vingt-Troisième Année. N* 7989 SIX PAGES ̃̃ Paris et Départements CINQ CENTIMES Janvier 1906
DERNIERS TEŒGRAMMES DE LA NUIT
SEUL/'JOUlîWlL'FBÀyçAiS'Rt'CÉVÀN-f PAR FILS SPECIAUX LES DERNIÈRES NOUVELLES DU MONDE ,-E'NTIEB
CAUSERIES DU DOCTEUR
LE SUCRE
On a calcul que, depuis rabaissement
du prix du sucre, la consommation de ce
produit avait augmenté de plus de 500
millions de kilos par an. Dans ce total, je
ne quelle est la quote-part de la jour-
née du premier de l'an les confiseurs,
dont c'est te jour de gloire, pourraient
seuls nous renseigner à cet égard. Toute-
fois, si forte qu'ait été la moyenne glyco-
phagique des Parisiens à cette date tradi-
tionnelle, je doute qu'elle ait atteint le
chiffre de la ration sucrière quotidienne
d'une dame américaine dont le docteur
Schadle nous rapporte l'histoire.
Cette dame, vers l'âge de trente ans,
fut prise d'un appétit vorace pour le su-
cre et les sucreries. Au début, tout ce qui
était sucre lui plaisait mais, progressi-
lement, elle se détacha de tous les raffi-
nements de la confiserie, et sa passion
se concentra dans l'amour exclusif du
sucre blanc en poudre. ÈJle .avait tou-
jours près d'elle un récipient! qu'elle
remplissait six à, huit fois par jour de su-
cre en poudre, et où elle puisait avec une
cuiller café. On calcul facile à faire éta-
blit qu'elle absorbait ainsi deux kilos de
sucre par jour. A certaines époques, l'ap-
pétit pour le sucre augmentait encore.
et, ces jours-là, la dame arrivait à en
manger de trois à quatre kilos dans les
vingt-quatre heures.
̃ Je n'ai pas besoin de dire qu'elle avait
fini par supprimer tout autre aliment et
ne connaissait d'autre nourriture que du
sucre en poudre: Elle en mangeait con-
tinuellement, du matin au soir, et pen-
dànt douze ans elle continua ce régime
exclusivement sucré, sans fatigue et
sans dégoût. Au bout de douze ans, on
n'observait encore chez elle aucun trou-
ble apparent des fonctions de l'estomac
,ou de l'intestin elle n'était pas devenue
diabétique. Elle avait même engraissé
de soixante livres.
Je ne donne pas ce. cas comme un
exemple à suivre, car il rentre dans la
catégorie de ces perversions morbides
;le l'appétit qu'on observe chez certains
névropathes. Mais, tel qu'il est, il n'en
démontre pas moins qu'on peut vi-
vre d'une alimentation exclusivement
sucrée, ce qui fera la joie des « fruita-
riens 2° que le sucre engraisse, ce;
qui fera la joie des personnes maigres
̃3° que l'iibùp dû sucre no produit pas
nécessairement des aigreurs et de la dys-
pepsie, ce qui fera la joie des enfants
et,, en général, de tous les amateurs de
sucreries.
En tout cas, les physiologistes ne peu-
,vent voir dans ce fait qu'une preuve nou-
velle de la valeur nutritive du sucre, va-
leur sur laquelle ils ont si vivement in-
sisté dans ces dernières années, au point
ile demander l'introduction du sucre
dans l'alimentation « rationnelle » de
l'ouvrier et du soldat.
Le sucre, en effet, qui appartient au
groupe des « hydrates de carbone », joue
dans le fonctionnement de la machine
humaine le rôle de combustible par ex-
cellence, en fournissant de la chaleur et
de la force. C'est un aliment « dynamo-
gène », un générateur d'énergie.
Sans être des physiologistes attitrés,
divers observateurs avaient déjà noté
cette action remontante » du sucre.
Stanley déclare qu'un morceau de sucre
fondant lentement dans la bouche sou-
tient les forces dans les longues mar-
ches sous un soleil brûlant. Un sous-of-
ficier de la mission Foureau-Lamy a fait
la même remarque il a constaté qu'en
pareil cas le sucre est un moyen pré-
cieux de calmer la faim et la soif et de
relever les forces.
M. Drouineau a rapporté l'observation
ile manœuvres employés à porter des
sacs de sucre, et qui mangeaient volon-
tiers le sucre qui s'écoulait des sacs per-
non par gourmandise, mais pour se
procureur un regain de force, disant
,a C'est le meilleur coup que l'on puisse
boire »
yn Anglais, M. Gardner, attribue en
grande partie l'admirable énergie dont
les Boers ont fait preuve pendant la guer-
re du Transvaal à l'usage du sucre, qu'ils
consommaient en grande quantité, pur
Du mélangé à du café.
Enfin, d'après certains auteurs, la su-
périorité physique de la race anglo-
saxonne sur la race latine serait due tout
simplement à ce que la consommation
du sucre, par tête et par an: est de 44 lci-
los en Angleterre, tandis qu'elle est seu-
lement de 17 kilos en France.
Les coureurs, les cyclistes, les alpinis-
tes n'ont pas manqué de mettre à profit
ces propriétés énergitiques du sucre. Le
capitaine Steinitzer, glycophage con-
vaincu, a fait l'ascension de la Bernince,
ayant pris pour toute nourriture 250
grammes de pain et de beurre et 1,750
grammes de sucre. « Je peux dire, dé-
Blare-t-il, que je n'ai jamais été si gai et
si dispos pour monter que pendant cette
ascension. »
x*x
Vous ne me croiriez pas si je vous di-
sais que tous les observateurs sont d'ac-
cord sur les bons effets de l'alimentation
au sucre. Les expériences faites sur des
soldats allemands aux grandes manœu-
vres ont bien montré qu'un supplément
de 50 à 60 grammes de sucre ajoutés à
la ration ordinaire augmentait la vi-
gueur, le poids et la résistance des hom-
mes, et combattait la sensation de soif
et de faim. Divers médecins militaires
français ont bien confirmé ces résultats.
Mais le docteur Boigey a été moins lieu-
rfux. Sur 20 soldats bien portants, aux-
quels il fit prendre 40 grammes de sucre
par jour, pendant un mois, en sus de
leur nourriture ordinaire, il constata, à
în fin de l'expérience, une diminution
des forces est des troubles d'estomac.
Nous donnions' du sucre à nos bora-
mes, dit-il, pensant leur infuser une vi-
gueur musculaire plus grande en réa-
lité, nous. les affaiblissions et nous en fai-
sions, par surcroît, des malades et des
dyspeptiques. »
C'est que tous les estomacs ne s'ac-
commodent pas de l'usage prolongé du
sucre. Linossier fait remarquer que,mal-
gré ses qualités de premier ordre, le su-
cre de canne ne peut prendre dans l'ali-
mentation Une place prépondérante, car
il provoque facilement des fermenta-
tions, des aigreurs, de rinappétence,sou-
vent de la constipation et parfois de la
diarrhée.
Quant à Bunge, de Bâle, il n'hésité -pas
a déclarer le sucre un produit dangereux
et il demande qu'on le surtaxe comme
tel. L'usage du sucre, d'après Bunge, a
pour conséquence l'appauvrissement de
l'organisme en chaux et en fer. Chez les
enfants surtout, cette conséquence en-
traîne des effets déplorables. Le fer et la
chaux sont indispensables à la nutri-
tion et au développement de l'enfant.
Un ehf-.mt qui mange beaucoup de su-
cre ne mange pas assez des autres ali-
ment; qui contiennent les principes né-
coysuires. Et c'est pour cela que les en-
fants qui mangent beaucoup de sucre
ont les dents mauvaises et le visage pâle
et bouffi..
D'où il ressort que, si la physiologie
a de bonnes raisons-pour préconiser l'u-
sage du sucre, elle en a de non moins
bonnes pour le condamner ce qui peut
laisser le consommateur perplexe. En
tout cas, je crois que Bunge a raison
quand il proscrit l'excès du sucre dans
l'alimentation de l'enfant, et Pages n'a
pas tort d'écrire que « les sucreries sont
les plus grands ennemis physiques de
l'enfance
Docteur Ox.
A LA DEUXIÈME PAGE
La présidencé de la Chambre.
A LA CINQUIÈME PAGE
Les tableaux d'avancement pour 1906.
DE MIDI A MINUIT
Les faits d'hier En France et à l'étranger.
Clôture de la, Bourse, molle 98 G5,
Extérieure 91 20, Russe consolidé 82 25, Turc
91 35, Rio 1,675, Rand Mines
M. Ruau, ministre de l'agriculture, a pré-
sidé, il Toulouse, la séance du congrès des
voyageurs de commerce.
LeY.'aoban<7, paquebot des Messageries
maritimes, s'est échoué à Pulokampong. Les
passagers et l'équipage sont .saufs. On es-
père renflouer le navire..
La princesse Henri de Batténberg et sa
fille, la princesse Ena, ont quitté Londres
pour Paris et Biarritz. Leur voyage doit
durer six semaines.
Guillaume 11, qui souffre d'un léger re-
froidissement, est obligé de garder la cham-
bre, mais il reçoit comme d'habitude les
hauts fonctionnaires.
Un grana nombre de personnalités con-
nues, appartenant à toutes les sphères du
pays rhénan, notamment aux sphères com-
merciales et industrielles lance une invita-
tion à une réunion publique qui se tiendra
le 1 janvier à Cologne,en faveur de la bonnp
entente avec l'Angleterre.
Les seize membres d'un comité socialiste
ont été arrêtés u Windau (provinces balti-
ques). Trois des prisonniers ont été tués et
un blessé grièvement en essayant de fuir
Zia-Bcy a été nommé ministre des finan-
ces de Turquie, en remplacement de Nazif
pacha, décédé. Le général Ahmed Fezi pa-
cha, commandant l'armée d'Arabie, ayant
subi un échec, a été obligé de se replier de
Sannaa sur Omran, où il attend 8,000 hom-
mes de renfort pour attaquer les Arabes du
Yémen.
Le croiseur français Casant est arrivé à
dix heures du matin a Christiania, ayant à
bord le ministre de France en Norvège.
Des secousses de tremblement de terre
ont été ressenties aux Etats-Unis dans les
Etats de Missouri, Nebraska et Kansas. Il
n'y a pas eu de dégâts.
PROPOS D'UN PARISIEN
Les journaux s'occupent, dans les meil-
leurs termes, de M. Visconti Venosta, chargé
par l'Italie de la représenter à la conférence
d'Algésiras.
Bien que presque octogénaire aujourd'hui,
M. Visconti Venosta n'a pas hésité à ac-
cepter cette mission.
On l'en loue fort, d'autant que, longtemps
et ,à diverses reprises, ministre des affaires
étrangères dans des temps difficiles, il était
plus que tout autre indiqué pour prendre
part aux négociations qui vont s'ouvrir.
M. Visconti Venosta a incarné et incarne
probablement toujours le type du diplomate
de la vieille école.
Il fut le diplomate en bois (une espèce qui
se perd), possédant au degré suprême l'art
de parler' pour ne rien dire.
Les députés désireux de lui faire expri-
mer ce qu'il lui convenait de cacher en
étaient pour leurs frais. Interrogé à la Cham-
bre, il se levait, parlait plus ou moins long-
temps, suivant le cas, provoquait un mur-
mure approbateur, puis se rasseyait. Après
seulement, la réflexion venant, on s'aperce-
vait qu'il n'avait pas du tout répondu à la
question posée.
Ce qu'il y a de joli, c'est, que cet homme,
d'une froideur et d'une impassibilité décon-
certantes, très conservateur, avait été, dans
sa jeunesse, un fougueux révolutionnaire,
un conspirateur, un mazzinien ardent. On
racontait même certaine histoire de poignard
par lui détenu, comme un dépôt sacré, et
qui devait être plongé dans le sein d'un ty-
ran. je ne sais plus lequel, ni lui non plus,'
peut-être.
Et ceci prouve bien qu'il n'y a aucun in-
convénient à être révolutionnaire à l'âge des
illusions, quand on court après l'idéal; sans
se douter encore qu'on ne l'attrapera ja-
mais.
Cela vaut mieux que d'avoir la mentalité
d'un certain nombre de petits cléricaillons
de nos lycées, lesquels profitent de leurs
jours de sortie pour faire des démonstra-
tions réactionnaires à l'adresse de leurs
professeurs.
Petits cléricaillons, quand on n'est pas ré-
volutionnaire à vingt ans, on est gendarme
à quarante. Vous avez dans l'ftrne des bottes
LA QUESTION DU MAROC
LE LIVRE BLANC
Le gouvernement allemand publie ses docu-
ments diplomatiques sur l'affaire du Ma-
roc On y trouve une dépêche in-
téressarïe de M. de Bulow au
prince de Radolin.
La diplomatie allemande n'a plus rien
envier à la diplomatie française elle
va avoir, elle aussi, son palmarès.
Le Livre Blanc, le fameux Livre Blanc
de la Wilhelmslrasse, a en effet été en-
voyé hier il l'imprimerie impériale de
Berlin.
Ce Livre Blanc, nous dit l'agence Ha-
vas, a pages et renferme 27 pièces di-
plomatiques. Ainsi que nous l'annon-
cions, il ne conlient que des documents
diplomatiques allemands, c'est-à-dire
point de correspondance international
les seules lettres qu'on y trouvé' sont des
lettres échangées entre le consulat ger-
manique de Fez et la Wilhelmstrasse, ou
entre le prince de Bûlow et le prince de
Radolin.
M. de Tattexbaoh
nologue, où l'on n'entend à l'infini
qu'un son ce jour-là, le consul d'Alle-
magne Vqz adresse à son gouverne-
termes émus la colère du sultan
J'ai dit au'sultan que les Français démen-
taient la nouvelle d'après laquelle M. Saint-
René 'l'aillandier aurait invoqué ici un main-
dat de lIEurope. Le sultan m'a fait alors -la
remarque suivante Les Français, et en
particulier M. Saint-René Taillandier lui-
même, se sont exprimés en ce sens vis-à-vis
de moi. » Le sultan a ajouté « J'ai alors de-
mandé quelles étaient les nations dont il s'a-
gissait car je savais que l'Allemagne et l'I-
talie n'avaient pas conféré le mandat en ques-
tion. M. Saint-René Taillaryliër n'a pas ré-
pondu, et j'ai tiré de ce silence des conclu-
sions qui ont été confirmées par les faits. »
Là-dessus, nous voyons monter en
scène M. de Tatlenbach. M: de Tatten-
̃ba'ch nous fait un tableau un peu som-
bre de l'état d'âme du sultan. Il paraît
que Abd elAziz, tout comme le héros de
Shakespeare, était pénétré '« de la con-
viction qu'il s'agissait pour lui et pour
ses Etats d'être ou de ne pas cire ». Ce-
pendant, M. de Tatlenbach déclare
qu'un peu de joie est entrée dans le cœur
du sultan en apprenant que M. Saint-
René Taillandier n'avait aucune qualité
pour parler au nom de l'Europe. « Je
n'ai fait jusqu'à présent, /ajoute Abd el
Aziz, aucune concession aux Français,
et j'ai attendu l'arrivée du ministre
d'Allemagne pour examiner d'une façon
approfondie l'état de choses. »
Ceci est à la fois l'introduction et le
leit-motiv du Livre Blanc. Voici mainte-
nant divers tableaux.
Un tableau.
Nous avons d'abord le tableau déjà
connu de la notification de la conven-
tion franco-anglaise à l'Allemagne. Voici
en quels termes M. de Biilow le brosse
à son tour
Il est faux que la convention franco-an-
glaise ait été portée par écrit ou verbalement
à la connaissance du gouvernement allemand.
M. Delcassé a; il est vrai. donné ça et là à
l'ambassadeur d'Allemagne à Paris des indi-
cations d'une nature générale concernant la
situation intenable du Maroc et la nécessité
qui en résulte .pour la France; de veiller à la
sécurité de sa frontière algérienne; mais lors-
que, l'été dernier, longtemps après la conclu-
sion de la convention franco-anglaise, l'am-
bassadeur d'Allemagne a adressé à M. Del-
cassé une question relative la teneur de cette
convention, le ministre des affaires étrangères
de France s'est 'borné à répondre « Vous
trouverez tout cela dans le Livre Jaune. »
Le jour suivant. il. Delcassé a cherché l'oc-
casion de faire des déclarations à l'ambassa-
deur d'Allemagne concernant cette question,
Il n'est pas besoin, ajoute le chancelier,
de fournir aucune preuve pour établir que,
pour des ouvertures d'une pareille importan-
ce, la-forme écrite est celle que consacrent les
usages diplomatiques. L'insuffisance formelle
et matérielle des allusions et des indications
que M. Delcassé a fait transmettre ici par Vo-
tre Altesse et par M. Bihourd au cours de l'an-
née dernière est un fait qu'aucune des deux
parties ne peut négliger après coup.
Que ces allusions aient plus ou moins cons-
titué un avertissement, c'est là une circons-
tance sans importance, qui ne remédie en rien
au caractère absolument insuffisant de l'en-
semble. Une publication au Journal officiel
ne saurait remplacer une communication di-
recte, car les deux modes de notification ont
eu un caractère essentiellement différent.
Non seulement une communication directe
est un acte de courtoisie, mais, en la faisant,
le gouvernement français se serait implicite-
ment déclaré prêt à entrer en discussion avec
les destinataires au sujet de leurs intérêts, au
cas où ils les auraient cru atteints. Au con-
traire, la publication au Journal officiel fran-
çais met, sans les avoir consultés. ,les autres
intéressés en face du fait accompli.
Nous avons ensuite d'autres tableaux
au bas desquels M. de Tattenbach appose
sa signature, notamment un long rap-
port du 30 mai où l'envoyé allemand à
Fez énumère les propositions de réfor-
mes que la France aurait soumises au
Maroc. Ces propositions, d'après :\1. de
Tattenbach, auraient pour conséquence
l'annexion du Maroc par la France. « Les
misérables bribes, écrit-il, qui resteront
pour le commerce non français ou les
entreprises non. françaises ne sont pas
de nature à dissiper nos inquiétudes.
Un. autre tableau, qui a toujours pour
auteur M. de Tattenbach, nous expose
que, M. Saint-René Taillandier a déve-
loppé verbalement son plan de réformes
devant le sultan, sans lui laisser de no-
tes écrites de même, M. Saint-René
Taillandier aurait fait un exposé verbal
Etrange dépêche.
Tout cela n'offre au fond qu'un inté-
rêt assez médiocre, et il n'y aurait même
pas lieu de s'étendre sur le Livre Blanc
s'il ne contenait une pièce assez mysté-
rieuse et qui mérite de retenir l'atten-
tion. Cette pièce est une dépêche adres-
sée le 22 mai par M. de Bûlow au prince
de Radolin, ambassadeur d'Allemagne à
Paris, et où le chancelier y fait les étran-
ges déclarations qu'on va lire. Je cite
textuellement le Tenrps d'hier soir
Une dépêche adresée le 22 mai par le chan-
celier dc l'empire à l'ambassadeur d'Allema-
gne ci Paris exprime l'impression produite par
le rapport de M. de en disant qu'il.
n'est pas de nature à modifier l'opinion qu'on
s'est. faite du caractère turbulent de la politi-
qn-H suiuie jusqu'alors au Maroc par M. Del-
Le chancelier de l'empire dit que le repré-
sentanat de la France l'eut tout simplement
mettre le Maroc sous séqucstre et interdire au
sultan toute relation avec les autres Etats si-
gnataires.
R ajootç quc, d'après Les déclarations faites
jusqu'alors par M. Bouvier, ii est autorisé à
admettre que le président du conseil des mi-
nistres de France désapprouve cette manière
Ceci, il faut l'avouer, est des plus ex-
traordinaires. Où M. le prince de Bûlow
pouvait-il avoir puisé le droit de déclarer
a1, son ambassadeur que le président du
conseil, ministre des finances, désap-
prouvait la. manière d'agir de son collè-
gue des affaires étrangères ? Qui avait
pu faire part il M. de l3ülow des senti-
ments de M. Bouvier?
Il est d'usage courant que les commu-
nications entre les gouvernements se fas-
sent par leur chancellerie respective.
Or, nous supposons mal M. Delcassé di-
sant au prince de Radolin « Je suis
chargé par mon gouvernement de vous
prévenir que le président du conseil dé-
sapprouve absolument ma manière de
faire. » Alors, qui a pu se charger d'une
communication pareille pour M. de Bû-
low ? Quel est l'émissaire mystérieux qui
i bien pu lui être adressé en cette cir-
constance ? CûnnïTpn!. peut-il faire usage
d'un -message pareil dans un document
'oHiciel ? Et n'est-ce pas la première fois
que, dans une correspondance diploma-
tique, on assiste à ce spectacle extraordi-
naire d'un chancelier disant à son am-
bassadeur « Ne tenez aucun compte de
ce que Nous dira le ministre des affaires
étrangères, auprès duquel vous êtes ac-
erédité j'ai des raisons de savoir que
son chef hiérarchique, le président du
conseil, le désapprouve.
Ce sont là des questions peut-être un
peu mystérieuses et auxquelles on fera
sans doute des réponses fort simples
moins qu'on n'y fasse aucune réponse
du tout. Car où irions-nous, je vous le
demande, s'il fallait expliquer toutes les
étrangetés qu'on relève dans cette af-
faira du Maroc ?
Stéphane Lauzanne.
Il (IRlïE DE CONSOMMATEURS
Les habitants de Meulan, des Mureaux, et
d'Hardricourt, pour protester contre la
Compagnie du gaz de Meulan, se
sont mis en grève.
Les causes de cette grève résultent d'une
fin de non recevoir absolue apportée par le
directeur et le conseil d'administration de la
Compagnie du gaz de Meulan aux revendi-
cations des abonnés portant sur l'abaisse-
ment du prix du gaz de 0 fr. 30 à 0 fr. 20 le
mètre cube.
Devant cette attitude intransigeante, les
abonnés se groupèrent et formèrent un syn-
dicat de résistance, et, dans une réunion
ayant eu lieu samedi, décidèrent de boycot-
ter la Compagnie du gaz dès le soir même.
Cette manifestation, pour être toute paci-
fique, n'alla pus sans un certain pittoresque;
surpris par cette brusque détermination, ac-
ceptée d'enthousiasme, lesïaborinês durent
s'éclairer avec des appareils de fortune. Ce
fut dans toutes ces petites villes ume course
folle à la recherche de luminaires les uns
s'éclairaient au pétrole, d'autres à la bou-
gie, qui à l'huile, et qui enfin à la vulgaire
chandelle.
Ce mouvement tend non seulement à s'é-
tendre, mais encore depuis cette première
nuit on s'est, dans le clan des grévistes,
préparé à une résistance héroïque certains
.parmi les plus notables commerçants n'ont
pas hésité à faire de dispendieux achats
d'appareils permettant de garder l'éclairage
à l'incandescence soit au'moyen de l'acéty-
lène, soit au moyen de l'essence de pétrole
vaporisée. Une caisse de grève a été votée
et dotée d'un fonds de roulement.*
Le secrétaire-trésorier, M. Olagnon, à qui
nous demandons quelques renseignements,
nous fait les déclarations suivantes
= Les commerçants, en somme, les gros
consommateurs de gaz, émus de voir qu'en
notre ville, comme dans toutes celles desser-
vies par la Compagnie du gaz de Meulan,
les abonnés payaient le gaz 0 fr. 30, alors
que toutes les compagnies voisines s'atta-
chent à faire des concessions, avaient char-
gé une dëlénatiori composée d'abonnés dès
et de Meulan de demander au di-
recteur de la compagnie la fixation du prix
du gaz à 0 fr. 20..
» Les pourparlers trainèrent en longueur,
et, pour montrer que nous ne voulons pas
ncus laisser leurrer, nous avons, devant les
tergiversations et le manque de franchise du
directeur, décidé de faire grève, et celle-ci
est générale tout le monde a suivi notre
mouvement.
» Une grève de ce genre a d'ailleurs réussi
en France, à Marseille, en 1892 les con-
sommateurs, ne pouvant obtenir satisfac-
tion à leurs desiderata, se sont mis en grève
et ont, grâce à leur ténacité, remporté la
victoire. Ici, sur 8,000 habitants, toutes les
sympathies sont acquises aux grévistes, et
nous ne, céderons pas avant d'avoir vu la
compagnie capituler. »•
LE "MATIN EN RUSSIE
LA SEMAINE ROUGE'
l'ordre et la mort règnent à Moscou
Après huit longs jours de bataille
RUINES ET BARRICADES A MOSCOU
1. •Vlmyrivier.it • S y Une, au coin des rues Piatnisky el Valova, après l'incendie
du 25 décembre six cents révolutionnaires. rc\ 'unies dans cet immeuble, tirèrent1
sur tes soldats et lancèrent trois les troupes ripostèrent, par un. bombarde-
ment jntensc. –2. Barricades à l'entrée de la rue Dolgorouliàff. –.3. Un révolu-
tionnaire brandit un drapeau déchiré sur la barricade de la ruc Pclile.-Bronnuya.
[PAR LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL!
'f\ Moscou, 1'janvier.
Plus que la ruine des choses, plus que
les briques noircies, plus que les quel-
ques maisons, çà et la. écroulées, taches
sombres perdues dans l'immensité blan-
che de la ville, la .tristesse lugubre des
rues, même de celles que le fer ni la flam-
me n'ont point touchées, nous rarnène
aux pensers amers de la guerre civile.
Elle est faite, cette tristesse, de la peur
des murs et de la misère des passants.
Ah comme toutes ces maisons ont trem-
blé, comme hâtivement elles se sont ])ou-
ché les fenêtres d'une lourde paupière
de planches car, surtout, elles ne vou-
laient, rien voir. Rien voir, c'est ne rien
savoir. Enture ces murs sans regard et
sans vie glisse une population de mi-
sère les pauvres figures de misère et
d'assassinat sinistres peaux de mou-
ton qui vous frôlent el d'où sort un geste
d'aumône est de menace.
Le Kremlin lui-même a fermé ses por-
tes. Cela ne lui arrive que pour les gran-
des tragédiens. Parfois de.si nombreuses
années s'écoùlent sans que ces prodi-
gieuses portes tournent sur elles-mêmes,
qu'elles ne consentent à se mouvoir qu'a-
près d'ardentes et saintes prières. La der-
nière fois que la citadelle sacrée a été
fermée au public,, ce fut à l'occasion de
l'assassinat du grand-duc Serge, à cette
place de la cour du palais marquée main-
tenant d'une petite enceinte à claire-
voie, d'une couronne funèbre et d'un lu-
mignon qui brûle, nuit et jour, plus fu-
nèbre encore. Ville funèbre. Derrière
ces hautes murailles crénelées sont en-
tassées des richesses incalculables, le
trésor des églises, les joyaux, les pierres
précieuses des icônes, de quoi nourrir
cette année et la suivante, et la suivante
encore, tous ceux qui ont faim en Russie.
Et., au pied de ces murailles, de la Porte-
Sainte la porte qu'on ne peut franchir
que tête nue (Napoléon eut l'audace de
passer là sans se découvrir. Un écart mi-
raculeux de son cheval jeta le Petit-Cha-
peau par terre) de la Porte-Sainte à
la Vierge-Noire, ceux qui ont faim er-
rent, tournent comme des bêtes, de la
Vierge-Noire à la Porte-Sainte.
Et ceci est le centre. Les faubourgs
sont déserts. Ce sont les pauvres gens
des faubourgs qui sont venus tendre la
main, ou piller, ou voler, ou assassiner
on fait ce qu'on peut dans le cen-
tre. Autour des faubourgs, il y a la cam-
pagne, et dans la campagne. des loups,
bêtes et gens, des loups. Mais je ne sais
pourquoi je m'attarde à vous parler des
vivants. Les morts, c'est moins triste.
Retournons chez les morts. La nuit a
passé sur le quartier de Presnia. Peut-
être les cosaques nous laisseront-ils pas-
ser dans le sentier qui longe l'église de
l'Intercession de la Vierge, et nous pour.
rons voir alors pourquoi, de ce côté, on
faisait tant de bruit et de fumée hier.
Et, en effet, nous passons. J'ai em-
mené avec moi, pour cette lugubre péré-
grination, un Français. Certes, hier,
nous n'étions pas loin du drame. Il y a
là, derrière l'église, une place, une pe-
tite place qui descend en petite, rapide
jusqu'à ce demi-portique chancelant; qui
fut. rentrée du, .Jardin zoologique. Tout
brûle encore ici, la. maison à notre gau-
che attenante à ce reste de bâ-
tisse il .notre .droite. Au. milieu des dé-
combres,' des pompiers veillent sûr les
cendres. D'importants immeubles qui
s'élevaient à cet endroit.ne sont plus que
quelques briques branlantes. Il y eut là
une résistance acharnée des forces révo-
lutionnaires, car celte-place est la porte
du quartier Presnia. Cette porte prise,
il n'y avait plus qu'à reculer jusqu'aux
usines, suprêmes forteresses où les mu-
nitions commencèrent à manquer. Au-
tour de la placc, tout, fume dans l'air,
tout empeste, Mais, la place est propre.
L'ordre, déjà, renaît. La balayeuse a
ranbé les décombres à l'alignement.
Avec le soin que les petits employés mu- -y-*
nicipaux mettent en Russie ramasser
le crottin dans les rues, les soldats et les
ambulanciers ont ramassé les cadavres.
Cependant mon compagnon m'a fait
un signe'; je regarde à mes pieds. Il y a
dix minutes que je suis là, tournant mes
yeux vers de Il cendre et de la fumée, et
je n'ai pas vu le cadavre sur lequel j'al-
lais marcher.. C'est évidemment un ca-
davre de ce matin, mais le froid est tel
(19 degrés Réaumur) qu'il est déjà pé-
̃̃trille. On ne voit que ses jambes, dans
les bottes et ses pauvres mains nues à
demi' crispées; que l'on devine dures
comme du marbre. Décemment, on a
jeté sur lui une plaque de tôle arrachés
à un mur. Une malheureuse femme ar-
rive, soulève devant nous ia plaque de'
tôle, considère. le, mort comme si elle
avait quelqu'un à reconnaître et laisse
retomber la plaque avec terreur. Un sol-
dat est derrière elle qui la bouscule, lui
jette la crosse dans les reins. Hâtivement,
nous braquons notre kodak'sur le mort.
On nous chasse à notre tour. Le traîneau
nous emporte plus loin.
Ruines l'Ecole de commerce, ruines le
Jardin zoologique, ruines la Bibliothè-
que où l'on avait accumulé tant d'ouvra-
ges précieux. Nous suivons toute la Près-' v~~
nenskaïa: Ici, moins de cendres, mais
presque toutes les maisons atteintes par
les projectiles, balles, obus, schrapnëlls.
Les bains publics, la maison de thé ont
particulièrement souffert. Notre traîneau
vole sur la neige solide. Longue, longue
rue déserte: Quelques soldats appairais-
sent, sortant d'on ne sait où, disparais-
on ne sait comment un manteau,
un fusil, une ombre qui veille sur ce
quartier de la mort. Et, tout à coup, à
droite encore, du côté nord du Jardïn
zoologique, le canon retentit, mais loin-
tain. il y a donc des révolutionnaires qui
tiennent toujours, avec l'unique espoir
de parvenir à fuir dans l'immense et
mystérieuse campagne, au fond de la-
qtielle ils iront puiser de nouvelles forces
pour une autre bataille. En vérité, ils ont
bien failli gagner celle-ci. On a tout re-
doute à Moscou peridant huit jours. Les
troupes étaient harassées, demandaient
du renfort, et •SainkPëtersbourg hési-
tait à se dégarnir de pom soldats. Si le
peunle il nv^^ fait
seulement le simulacre.de se soulever,
jamais l'empereur n'aurait envoyé le réi
DERNIERS TEŒGRAMMES DE LA NUIT
SEUL/'JOUlîWlL'FBÀyçAiS'Rt'CÉVÀN-f PAR FILS SPECIAUX LES DERNIÈRES NOUVELLES DU MONDE ,-E'NTIEB
CAUSERIES DU DOCTEUR
LE SUCRE
On a calcul que, depuis rabaissement
du prix du sucre, la consommation de ce
produit avait augmenté de plus de 500
millions de kilos par an. Dans ce total, je
ne quelle est la quote-part de la jour-
née du premier de l'an les confiseurs,
dont c'est te jour de gloire, pourraient
seuls nous renseigner à cet égard. Toute-
fois, si forte qu'ait été la moyenne glyco-
phagique des Parisiens à cette date tradi-
tionnelle, je doute qu'elle ait atteint le
chiffre de la ration sucrière quotidienne
d'une dame américaine dont le docteur
Schadle nous rapporte l'histoire.
Cette dame, vers l'âge de trente ans,
fut prise d'un appétit vorace pour le su-
cre et les sucreries. Au début, tout ce qui
était sucre lui plaisait mais, progressi-
lement, elle se détacha de tous les raffi-
nements de la confiserie, et sa passion
se concentra dans l'amour exclusif du
sucre blanc en poudre. ÈJle .avait tou-
jours près d'elle un récipient! qu'elle
remplissait six à, huit fois par jour de su-
cre en poudre, et où elle puisait avec une
cuiller café. On calcul facile à faire éta-
blit qu'elle absorbait ainsi deux kilos de
sucre par jour. A certaines époques, l'ap-
pétit pour le sucre augmentait encore.
et, ces jours-là, la dame arrivait à en
manger de trois à quatre kilos dans les
vingt-quatre heures.
̃ Je n'ai pas besoin de dire qu'elle avait
fini par supprimer tout autre aliment et
ne connaissait d'autre nourriture que du
sucre en poudre: Elle en mangeait con-
tinuellement, du matin au soir, et pen-
dànt douze ans elle continua ce régime
exclusivement sucré, sans fatigue et
sans dégoût. Au bout de douze ans, on
n'observait encore chez elle aucun trou-
ble apparent des fonctions de l'estomac
,ou de l'intestin elle n'était pas devenue
diabétique. Elle avait même engraissé
de soixante livres.
Je ne donne pas ce. cas comme un
exemple à suivre, car il rentre dans la
catégorie de ces perversions morbides
;le l'appétit qu'on observe chez certains
névropathes. Mais, tel qu'il est, il n'en
démontre pas moins qu'on peut vi-
vre d'une alimentation exclusivement
sucrée, ce qui fera la joie des « fruita-
riens 2° que le sucre engraisse, ce;
qui fera la joie des personnes maigres
̃3° que l'iibùp dû sucre no produit pas
nécessairement des aigreurs et de la dys-
pepsie, ce qui fera la joie des enfants
et,, en général, de tous les amateurs de
sucreries.
En tout cas, les physiologistes ne peu-
,vent voir dans ce fait qu'une preuve nou-
velle de la valeur nutritive du sucre, va-
leur sur laquelle ils ont si vivement in-
sisté dans ces dernières années, au point
ile demander l'introduction du sucre
dans l'alimentation « rationnelle » de
l'ouvrier et du soldat.
Le sucre, en effet, qui appartient au
groupe des « hydrates de carbone », joue
dans le fonctionnement de la machine
humaine le rôle de combustible par ex-
cellence, en fournissant de la chaleur et
de la force. C'est un aliment « dynamo-
gène », un générateur d'énergie.
Sans être des physiologistes attitrés,
divers observateurs avaient déjà noté
cette action remontante » du sucre.
Stanley déclare qu'un morceau de sucre
fondant lentement dans la bouche sou-
tient les forces dans les longues mar-
ches sous un soleil brûlant. Un sous-of-
ficier de la mission Foureau-Lamy a fait
la même remarque il a constaté qu'en
pareil cas le sucre est un moyen pré-
cieux de calmer la faim et la soif et de
relever les forces.
M. Drouineau a rapporté l'observation
ile manœuvres employés à porter des
sacs de sucre, et qui mangeaient volon-
tiers le sucre qui s'écoulait des sacs per-
non par gourmandise, mais pour se
procureur un regain de force, disant
,a C'est le meilleur coup que l'on puisse
boire »
yn Anglais, M. Gardner, attribue en
grande partie l'admirable énergie dont
les Boers ont fait preuve pendant la guer-
re du Transvaal à l'usage du sucre, qu'ils
consommaient en grande quantité, pur
Du mélangé à du café.
Enfin, d'après certains auteurs, la su-
périorité physique de la race anglo-
saxonne sur la race latine serait due tout
simplement à ce que la consommation
du sucre, par tête et par an: est de 44 lci-
los en Angleterre, tandis qu'elle est seu-
lement de 17 kilos en France.
Les coureurs, les cyclistes, les alpinis-
tes n'ont pas manqué de mettre à profit
ces propriétés énergitiques du sucre. Le
capitaine Steinitzer, glycophage con-
vaincu, a fait l'ascension de la Bernince,
ayant pris pour toute nourriture 250
grammes de pain et de beurre et 1,750
grammes de sucre. « Je peux dire, dé-
Blare-t-il, que je n'ai jamais été si gai et
si dispos pour monter que pendant cette
ascension. »
x*x
Vous ne me croiriez pas si je vous di-
sais que tous les observateurs sont d'ac-
cord sur les bons effets de l'alimentation
au sucre. Les expériences faites sur des
soldats allemands aux grandes manœu-
vres ont bien montré qu'un supplément
de 50 à 60 grammes de sucre ajoutés à
la ration ordinaire augmentait la vi-
gueur, le poids et la résistance des hom-
mes, et combattait la sensation de soif
et de faim. Divers médecins militaires
français ont bien confirmé ces résultats.
Mais le docteur Boigey a été moins lieu-
rfux. Sur 20 soldats bien portants, aux-
quels il fit prendre 40 grammes de sucre
par jour, pendant un mois, en sus de
leur nourriture ordinaire, il constata, à
în fin de l'expérience, une diminution
des forces est des troubles d'estomac.
Nous donnions' du sucre à nos bora-
mes, dit-il, pensant leur infuser une vi-
gueur musculaire plus grande en réa-
lité, nous. les affaiblissions et nous en fai-
sions, par surcroît, des malades et des
dyspeptiques. »
C'est que tous les estomacs ne s'ac-
commodent pas de l'usage prolongé du
sucre. Linossier fait remarquer que,mal-
gré ses qualités de premier ordre, le su-
cre de canne ne peut prendre dans l'ali-
mentation Une place prépondérante, car
il provoque facilement des fermenta-
tions, des aigreurs, de rinappétence,sou-
vent de la constipation et parfois de la
diarrhée.
Quant à Bunge, de Bâle, il n'hésité -pas
a déclarer le sucre un produit dangereux
et il demande qu'on le surtaxe comme
tel. L'usage du sucre, d'après Bunge, a
pour conséquence l'appauvrissement de
l'organisme en chaux et en fer. Chez les
enfants surtout, cette conséquence en-
traîne des effets déplorables. Le fer et la
chaux sont indispensables à la nutri-
tion et au développement de l'enfant.
Un ehf-.mt qui mange beaucoup de su-
cre ne mange pas assez des autres ali-
ment; qui contiennent les principes né-
coysuires. Et c'est pour cela que les en-
fants qui mangent beaucoup de sucre
ont les dents mauvaises et le visage pâle
et bouffi..
D'où il ressort que, si la physiologie
a de bonnes raisons-pour préconiser l'u-
sage du sucre, elle en a de non moins
bonnes pour le condamner ce qui peut
laisser le consommateur perplexe. En
tout cas, je crois que Bunge a raison
quand il proscrit l'excès du sucre dans
l'alimentation de l'enfant, et Pages n'a
pas tort d'écrire que « les sucreries sont
les plus grands ennemis physiques de
l'enfance
Docteur Ox.
A LA DEUXIÈME PAGE
La présidencé de la Chambre.
A LA CINQUIÈME PAGE
Les tableaux d'avancement pour 1906.
DE MIDI A MINUIT
Les faits d'hier En France et à l'étranger.
Clôture de la, Bourse, molle 98 G5,
Extérieure 91 20, Russe consolidé 82 25, Turc
91 35, Rio 1,675, Rand Mines
M. Ruau, ministre de l'agriculture, a pré-
sidé, il Toulouse, la séance du congrès des
voyageurs de commerce.
LeY.'aoban<7, paquebot des Messageries
maritimes, s'est échoué à Pulokampong. Les
passagers et l'équipage sont .saufs. On es-
père renflouer le navire..
La princesse Henri de Batténberg et sa
fille, la princesse Ena, ont quitté Londres
pour Paris et Biarritz. Leur voyage doit
durer six semaines.
Guillaume 11, qui souffre d'un léger re-
froidissement, est obligé de garder la cham-
bre, mais il reçoit comme d'habitude les
hauts fonctionnaires.
Un grana nombre de personnalités con-
nues, appartenant à toutes les sphères du
pays rhénan, notamment aux sphères com-
merciales et industrielles lance une invita-
tion à une réunion publique qui se tiendra
le 1 janvier à Cologne,en faveur de la bonnp
entente avec l'Angleterre.
Les seize membres d'un comité socialiste
ont été arrêtés u Windau (provinces balti-
ques). Trois des prisonniers ont été tués et
un blessé grièvement en essayant de fuir
Zia-Bcy a été nommé ministre des finan-
ces de Turquie, en remplacement de Nazif
pacha, décédé. Le général Ahmed Fezi pa-
cha, commandant l'armée d'Arabie, ayant
subi un échec, a été obligé de se replier de
Sannaa sur Omran, où il attend 8,000 hom-
mes de renfort pour attaquer les Arabes du
Yémen.
Le croiseur français Casant est arrivé à
dix heures du matin a Christiania, ayant à
bord le ministre de France en Norvège.
Des secousses de tremblement de terre
ont été ressenties aux Etats-Unis dans les
Etats de Missouri, Nebraska et Kansas. Il
n'y a pas eu de dégâts.
PROPOS D'UN PARISIEN
Les journaux s'occupent, dans les meil-
leurs termes, de M. Visconti Venosta, chargé
par l'Italie de la représenter à la conférence
d'Algésiras.
Bien que presque octogénaire aujourd'hui,
M. Visconti Venosta n'a pas hésité à ac-
cepter cette mission.
On l'en loue fort, d'autant que, longtemps
et ,à diverses reprises, ministre des affaires
étrangères dans des temps difficiles, il était
plus que tout autre indiqué pour prendre
part aux négociations qui vont s'ouvrir.
M. Visconti Venosta a incarné et incarne
probablement toujours le type du diplomate
de la vieille école.
Il fut le diplomate en bois (une espèce qui
se perd), possédant au degré suprême l'art
de parler' pour ne rien dire.
Les députés désireux de lui faire expri-
mer ce qu'il lui convenait de cacher en
étaient pour leurs frais. Interrogé à la Cham-
bre, il se levait, parlait plus ou moins long-
temps, suivant le cas, provoquait un mur-
mure approbateur, puis se rasseyait. Après
seulement, la réflexion venant, on s'aperce-
vait qu'il n'avait pas du tout répondu à la
question posée.
Ce qu'il y a de joli, c'est, que cet homme,
d'une froideur et d'une impassibilité décon-
certantes, très conservateur, avait été, dans
sa jeunesse, un fougueux révolutionnaire,
un conspirateur, un mazzinien ardent. On
racontait même certaine histoire de poignard
par lui détenu, comme un dépôt sacré, et
qui devait être plongé dans le sein d'un ty-
ran. je ne sais plus lequel, ni lui non plus,'
peut-être.
Et ceci prouve bien qu'il n'y a aucun in-
convénient à être révolutionnaire à l'âge des
illusions, quand on court après l'idéal; sans
se douter encore qu'on ne l'attrapera ja-
mais.
Cela vaut mieux que d'avoir la mentalité
d'un certain nombre de petits cléricaillons
de nos lycées, lesquels profitent de leurs
jours de sortie pour faire des démonstra-
tions réactionnaires à l'adresse de leurs
professeurs.
Petits cléricaillons, quand on n'est pas ré-
volutionnaire à vingt ans, on est gendarme
à quarante. Vous avez dans l'ftrne des bottes
LA QUESTION DU MAROC
LE LIVRE BLANC
Le gouvernement allemand publie ses docu-
ments diplomatiques sur l'affaire du Ma-
roc On y trouve une dépêche in-
téressarïe de M. de Bulow au
prince de Radolin.
La diplomatie allemande n'a plus rien
envier à la diplomatie française elle
va avoir, elle aussi, son palmarès.
Le Livre Blanc, le fameux Livre Blanc
de la Wilhelmslrasse, a en effet été en-
voyé hier il l'imprimerie impériale de
Berlin.
Ce Livre Blanc, nous dit l'agence Ha-
vas, a pages et renferme 27 pièces di-
plomatiques. Ainsi que nous l'annon-
cions, il ne conlient que des documents
diplomatiques allemands, c'est-à-dire
point de correspondance international
les seules lettres qu'on y trouvé' sont des
lettres échangées entre le consulat ger-
manique de Fez et la Wilhelmstrasse, ou
entre le prince de Bûlow et le prince de
Radolin.
M. de Tattexbaoh
nologue, où l'on n'entend à l'infini
qu'un son ce jour-là, le consul d'Alle-
magne Vqz adresse à son gouverne-
termes émus la colère du sultan
J'ai dit au'sultan que les Français démen-
taient la nouvelle d'après laquelle M. Saint-
René 'l'aillandier aurait invoqué ici un main-
dat de lIEurope. Le sultan m'a fait alors -la
remarque suivante Les Français, et en
particulier M. Saint-René Taillandier lui-
même, se sont exprimés en ce sens vis-à-vis
de moi. » Le sultan a ajouté « J'ai alors de-
mandé quelles étaient les nations dont il s'a-
gissait car je savais que l'Allemagne et l'I-
talie n'avaient pas conféré le mandat en ques-
tion. M. Saint-René Taillaryliër n'a pas ré-
pondu, et j'ai tiré de ce silence des conclu-
sions qui ont été confirmées par les faits. »
Là-dessus, nous voyons monter en
scène M. de Tatlenbach. M: de Tatten-
̃ba'ch nous fait un tableau un peu som-
bre de l'état d'âme du sultan. Il paraît
que Abd elAziz, tout comme le héros de
Shakespeare, était pénétré '« de la con-
viction qu'il s'agissait pour lui et pour
ses Etats d'être ou de ne pas cire ». Ce-
pendant, M. de Tatlenbach déclare
qu'un peu de joie est entrée dans le cœur
du sultan en apprenant que M. Saint-
René Taillandier n'avait aucune qualité
pour parler au nom de l'Europe. « Je
n'ai fait jusqu'à présent, /ajoute Abd el
Aziz, aucune concession aux Français,
et j'ai attendu l'arrivée du ministre
d'Allemagne pour examiner d'une façon
approfondie l'état de choses. »
Ceci est à la fois l'introduction et le
leit-motiv du Livre Blanc. Voici mainte-
nant divers tableaux.
Un tableau.
Nous avons d'abord le tableau déjà
connu de la notification de la conven-
tion franco-anglaise à l'Allemagne. Voici
en quels termes M. de Biilow le brosse
à son tour
Il est faux que la convention franco-an-
glaise ait été portée par écrit ou verbalement
à la connaissance du gouvernement allemand.
M. Delcassé a; il est vrai. donné ça et là à
l'ambassadeur d'Allemagne à Paris des indi-
cations d'une nature générale concernant la
situation intenable du Maroc et la nécessité
qui en résulte .pour la France; de veiller à la
sécurité de sa frontière algérienne; mais lors-
que, l'été dernier, longtemps après la conclu-
sion de la convention franco-anglaise, l'am-
bassadeur d'Allemagne a adressé à M. Del-
cassé une question relative la teneur de cette
convention, le ministre des affaires étrangères
de France s'est 'borné à répondre « Vous
trouverez tout cela dans le Livre Jaune. »
Le jour suivant. il. Delcassé a cherché l'oc-
casion de faire des déclarations à l'ambassa-
deur d'Allemagne concernant cette question,
Il n'est pas besoin, ajoute le chancelier,
de fournir aucune preuve pour établir que,
pour des ouvertures d'une pareille importan-
ce, la-forme écrite est celle que consacrent les
usages diplomatiques. L'insuffisance formelle
et matérielle des allusions et des indications
que M. Delcassé a fait transmettre ici par Vo-
tre Altesse et par M. Bihourd au cours de l'an-
née dernière est un fait qu'aucune des deux
parties ne peut négliger après coup.
Que ces allusions aient plus ou moins cons-
titué un avertissement, c'est là une circons-
tance sans importance, qui ne remédie en rien
au caractère absolument insuffisant de l'en-
semble. Une publication au Journal officiel
ne saurait remplacer une communication di-
recte, car les deux modes de notification ont
eu un caractère essentiellement différent.
Non seulement une communication directe
est un acte de courtoisie, mais, en la faisant,
le gouvernement français se serait implicite-
ment déclaré prêt à entrer en discussion avec
les destinataires au sujet de leurs intérêts, au
cas où ils les auraient cru atteints. Au con-
traire, la publication au Journal officiel fran-
çais met, sans les avoir consultés. ,les autres
intéressés en face du fait accompli.
Nous avons ensuite d'autres tableaux
au bas desquels M. de Tattenbach appose
sa signature, notamment un long rap-
port du 30 mai où l'envoyé allemand à
Fez énumère les propositions de réfor-
mes que la France aurait soumises au
Maroc. Ces propositions, d'après :\1. de
Tattenbach, auraient pour conséquence
l'annexion du Maroc par la France. « Les
misérables bribes, écrit-il, qui resteront
pour le commerce non français ou les
entreprises non. françaises ne sont pas
de nature à dissiper nos inquiétudes.
Un. autre tableau, qui a toujours pour
auteur M. de Tattenbach, nous expose
que, M. Saint-René Taillandier a déve-
loppé verbalement son plan de réformes
devant le sultan, sans lui laisser de no-
tes écrites de même, M. Saint-René
Taillandier aurait fait un exposé verbal
Etrange dépêche.
Tout cela n'offre au fond qu'un inté-
rêt assez médiocre, et il n'y aurait même
pas lieu de s'étendre sur le Livre Blanc
s'il ne contenait une pièce assez mysté-
rieuse et qui mérite de retenir l'atten-
tion. Cette pièce est une dépêche adres-
sée le 22 mai par M. de Bûlow au prince
de Radolin, ambassadeur d'Allemagne à
Paris, et où le chancelier y fait les étran-
ges déclarations qu'on va lire. Je cite
textuellement le Tenrps d'hier soir
Une dépêche adresée le 22 mai par le chan-
celier dc l'empire à l'ambassadeur d'Allema-
gne ci Paris exprime l'impression produite par
le rapport de M. de en disant qu'il.
n'est pas de nature à modifier l'opinion qu'on
s'est. faite du caractère turbulent de la politi-
qn-H suiuie jusqu'alors au Maroc par M. Del-
Le chancelier de l'empire dit que le repré-
sentanat de la France l'eut tout simplement
mettre le Maroc sous séqucstre et interdire au
sultan toute relation avec les autres Etats si-
gnataires.
R ajootç quc, d'après Les déclarations faites
jusqu'alors par M. Bouvier, ii est autorisé à
admettre que le président du conseil des mi-
nistres de France désapprouve cette manière
Ceci, il faut l'avouer, est des plus ex-
traordinaires. Où M. le prince de Bûlow
pouvait-il avoir puisé le droit de déclarer
a1, son ambassadeur que le président du
conseil, ministre des finances, désap-
prouvait la. manière d'agir de son collè-
gue des affaires étrangères ? Qui avait
pu faire part il M. de l3ülow des senti-
ments de M. Bouvier?
Il est d'usage courant que les commu-
nications entre les gouvernements se fas-
sent par leur chancellerie respective.
Or, nous supposons mal M. Delcassé di-
sant au prince de Radolin « Je suis
chargé par mon gouvernement de vous
prévenir que le président du conseil dé-
sapprouve absolument ma manière de
faire. » Alors, qui a pu se charger d'une
communication pareille pour M. de Bû-
low ? Quel est l'émissaire mystérieux qui
i bien pu lui être adressé en cette cir-
constance ? CûnnïTpn!. peut-il faire usage
d'un -message pareil dans un document
'oHiciel ? Et n'est-ce pas la première fois
que, dans une correspondance diploma-
tique, on assiste à ce spectacle extraordi-
naire d'un chancelier disant à son am-
bassadeur « Ne tenez aucun compte de
ce que Nous dira le ministre des affaires
étrangères, auprès duquel vous êtes ac-
erédité j'ai des raisons de savoir que
son chef hiérarchique, le président du
conseil, le désapprouve.
Ce sont là des questions peut-être un
peu mystérieuses et auxquelles on fera
sans doute des réponses fort simples
moins qu'on n'y fasse aucune réponse
du tout. Car où irions-nous, je vous le
demande, s'il fallait expliquer toutes les
étrangetés qu'on relève dans cette af-
faira du Maroc ?
Stéphane Lauzanne.
Il (IRlïE DE CONSOMMATEURS
Les habitants de Meulan, des Mureaux, et
d'Hardricourt, pour protester contre la
Compagnie du gaz de Meulan, se
sont mis en grève.
Les causes de cette grève résultent d'une
fin de non recevoir absolue apportée par le
directeur et le conseil d'administration de la
Compagnie du gaz de Meulan aux revendi-
cations des abonnés portant sur l'abaisse-
ment du prix du gaz de 0 fr. 30 à 0 fr. 20 le
mètre cube.
Devant cette attitude intransigeante, les
abonnés se groupèrent et formèrent un syn-
dicat de résistance, et, dans une réunion
ayant eu lieu samedi, décidèrent de boycot-
ter la Compagnie du gaz dès le soir même.
Cette manifestation, pour être toute paci-
fique, n'alla pus sans un certain pittoresque;
surpris par cette brusque détermination, ac-
ceptée d'enthousiasme, lesïaborinês durent
s'éclairer avec des appareils de fortune. Ce
fut dans toutes ces petites villes ume course
folle à la recherche de luminaires les uns
s'éclairaient au pétrole, d'autres à la bou-
gie, qui à l'huile, et qui enfin à la vulgaire
chandelle.
Ce mouvement tend non seulement à s'é-
tendre, mais encore depuis cette première
nuit on s'est, dans le clan des grévistes,
préparé à une résistance héroïque certains
.parmi les plus notables commerçants n'ont
pas hésité à faire de dispendieux achats
d'appareils permettant de garder l'éclairage
à l'incandescence soit au'moyen de l'acéty-
lène, soit au moyen de l'essence de pétrole
vaporisée. Une caisse de grève a été votée
et dotée d'un fonds de roulement.*
Le secrétaire-trésorier, M. Olagnon, à qui
nous demandons quelques renseignements,
nous fait les déclarations suivantes
= Les commerçants, en somme, les gros
consommateurs de gaz, émus de voir qu'en
notre ville, comme dans toutes celles desser-
vies par la Compagnie du gaz de Meulan,
les abonnés payaient le gaz 0 fr. 30, alors
que toutes les compagnies voisines s'atta-
chent à faire des concessions, avaient char-
gé une dëlénatiori composée d'abonnés dès
et de Meulan de demander au di-
recteur de la compagnie la fixation du prix
du gaz à 0 fr. 20..
» Les pourparlers trainèrent en longueur,
et, pour montrer que nous ne voulons pas
ncus laisser leurrer, nous avons, devant les
tergiversations et le manque de franchise du
directeur, décidé de faire grève, et celle-ci
est générale tout le monde a suivi notre
mouvement.
» Une grève de ce genre a d'ailleurs réussi
en France, à Marseille, en 1892 les con-
sommateurs, ne pouvant obtenir satisfac-
tion à leurs desiderata, se sont mis en grève
et ont, grâce à leur ténacité, remporté la
victoire. Ici, sur 8,000 habitants, toutes les
sympathies sont acquises aux grévistes, et
nous ne, céderons pas avant d'avoir vu la
compagnie capituler. »•
LE "MATIN EN RUSSIE
LA SEMAINE ROUGE'
l'ordre et la mort règnent à Moscou
Après huit longs jours de bataille
RUINES ET BARRICADES A MOSCOU
1. •Vlmyrivier.it • S y Une, au coin des rues Piatnisky el Valova, après l'incendie
du 25 décembre six cents révolutionnaires. rc\ 'unies dans cet immeuble, tirèrent1
sur tes soldats et lancèrent trois les troupes ripostèrent, par un. bombarde-
ment jntensc. –2. Barricades à l'entrée de la rue Dolgorouliàff. –.3. Un révolu-
tionnaire brandit un drapeau déchiré sur la barricade de la ruc Pclile.-Bronnuya.
[PAR LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL!
'f\ Moscou, 1'janvier.
Plus que la ruine des choses, plus que
les briques noircies, plus que les quel-
ques maisons, çà et la. écroulées, taches
sombres perdues dans l'immensité blan-
che de la ville, la .tristesse lugubre des
rues, même de celles que le fer ni la flam-
me n'ont point touchées, nous rarnène
aux pensers amers de la guerre civile.
Elle est faite, cette tristesse, de la peur
des murs et de la misère des passants.
Ah comme toutes ces maisons ont trem-
blé, comme hâtivement elles se sont ])ou-
ché les fenêtres d'une lourde paupière
de planches car, surtout, elles ne vou-
laient, rien voir. Rien voir, c'est ne rien
savoir. Enture ces murs sans regard et
sans vie glisse une population de mi-
sère les pauvres figures de misère et
d'assassinat sinistres peaux de mou-
ton qui vous frôlent el d'où sort un geste
d'aumône est de menace.
Le Kremlin lui-même a fermé ses por-
tes. Cela ne lui arrive que pour les gran-
des tragédiens. Parfois de.si nombreuses
années s'écoùlent sans que ces prodi-
gieuses portes tournent sur elles-mêmes,
qu'elles ne consentent à se mouvoir qu'a-
près d'ardentes et saintes prières. La der-
nière fois que la citadelle sacrée a été
fermée au public,, ce fut à l'occasion de
l'assassinat du grand-duc Serge, à cette
place de la cour du palais marquée main-
tenant d'une petite enceinte à claire-
voie, d'une couronne funèbre et d'un lu-
mignon qui brûle, nuit et jour, plus fu-
nèbre encore. Ville funèbre. Derrière
ces hautes murailles crénelées sont en-
tassées des richesses incalculables, le
trésor des églises, les joyaux, les pierres
précieuses des icônes, de quoi nourrir
cette année et la suivante, et la suivante
encore, tous ceux qui ont faim en Russie.
Et., au pied de ces murailles, de la Porte-
Sainte la porte qu'on ne peut franchir
que tête nue (Napoléon eut l'audace de
passer là sans se découvrir. Un écart mi-
raculeux de son cheval jeta le Petit-Cha-
peau par terre) de la Porte-Sainte à
la Vierge-Noire, ceux qui ont faim er-
rent, tournent comme des bêtes, de la
Vierge-Noire à la Porte-Sainte.
Et ceci est le centre. Les faubourgs
sont déserts. Ce sont les pauvres gens
des faubourgs qui sont venus tendre la
main, ou piller, ou voler, ou assassiner
on fait ce qu'on peut dans le cen-
tre. Autour des faubourgs, il y a la cam-
pagne, et dans la campagne. des loups,
bêtes et gens, des loups. Mais je ne sais
pourquoi je m'attarde à vous parler des
vivants. Les morts, c'est moins triste.
Retournons chez les morts. La nuit a
passé sur le quartier de Presnia. Peut-
être les cosaques nous laisseront-ils pas-
ser dans le sentier qui longe l'église de
l'Intercession de la Vierge, et nous pour.
rons voir alors pourquoi, de ce côté, on
faisait tant de bruit et de fumée hier.
Et, en effet, nous passons. J'ai em-
mené avec moi, pour cette lugubre péré-
grination, un Français. Certes, hier,
nous n'étions pas loin du drame. Il y a
là, derrière l'église, une place, une pe-
tite place qui descend en petite, rapide
jusqu'à ce demi-portique chancelant; qui
fut. rentrée du, .Jardin zoologique. Tout
brûle encore ici, la. maison à notre gau-
che attenante à ce reste de bâ-
tisse il .notre .droite. Au. milieu des dé-
combres,' des pompiers veillent sûr les
cendres. D'importants immeubles qui
s'élevaient à cet endroit.ne sont plus que
quelques briques branlantes. Il y eut là
une résistance acharnée des forces révo-
lutionnaires, car celte-place est la porte
du quartier Presnia. Cette porte prise,
il n'y avait plus qu'à reculer jusqu'aux
usines, suprêmes forteresses où les mu-
nitions commencèrent à manquer. Au-
tour de la placc, tout, fume dans l'air,
tout empeste, Mais, la place est propre.
L'ordre, déjà, renaît. La balayeuse a
ranbé les décombres à l'alignement.
Avec le soin que les petits employés mu- -y-*
nicipaux mettent en Russie ramasser
le crottin dans les rues, les soldats et les
ambulanciers ont ramassé les cadavres.
Cependant mon compagnon m'a fait
un signe'; je regarde à mes pieds. Il y a
dix minutes que je suis là, tournant mes
yeux vers de Il cendre et de la fumée, et
je n'ai pas vu le cadavre sur lequel j'al-
lais marcher.. C'est évidemment un ca-
davre de ce matin, mais le froid est tel
(19 degrés Réaumur) qu'il est déjà pé-
̃̃trille. On ne voit que ses jambes, dans
les bottes et ses pauvres mains nues à
demi' crispées; que l'on devine dures
comme du marbre. Décemment, on a
jeté sur lui une plaque de tôle arrachés
à un mur. Une malheureuse femme ar-
rive, soulève devant nous ia plaque de'
tôle, considère. le, mort comme si elle
avait quelqu'un à reconnaître et laisse
retomber la plaque avec terreur. Un sol-
dat est derrière elle qui la bouscule, lui
jette la crosse dans les reins. Hâtivement,
nous braquons notre kodak'sur le mort.
On nous chasse à notre tour. Le traîneau
nous emporte plus loin.
Ruines l'Ecole de commerce, ruines le
Jardin zoologique, ruines la Bibliothè-
que où l'on avait accumulé tant d'ouvra-
ges précieux. Nous suivons toute la Près-' v~~
nenskaïa: Ici, moins de cendres, mais
presque toutes les maisons atteintes par
les projectiles, balles, obus, schrapnëlls.
Les bains publics, la maison de thé ont
particulièrement souffert. Notre traîneau
vole sur la neige solide. Longue, longue
rue déserte: Quelques soldats appairais-
sent, sortant d'on ne sait où, disparais-
on ne sait comment un manteau,
un fusil, une ombre qui veille sur ce
quartier de la mort. Et, tout à coup, à
droite encore, du côté nord du Jardïn
zoologique, le canon retentit, mais loin-
tain. il y a donc des révolutionnaires qui
tiennent toujours, avec l'unique espoir
de parvenir à fuir dans l'immense et
mystérieuse campagne, au fond de la-
qtielle ils iront puiser de nouvelles forces
pour une autre bataille. En vérité, ils ont
bien failli gagner celle-ci. On a tout re-
doute à Moscou peridant huit jours. Les
troupes étaient harassées, demandaient
du renfort, et •SainkPëtersbourg hési-
tait à se dégarnir de pom soldats. Si le
peunle il nv^^ fait
seulement le simulacre.de se soulever,
jamais l'empereur n'aurait envoyé le réi
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