Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1914-02-12
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 12 février 1914 12 février 1914
Description : 1914/02/12 (Numéro 19214). 1914/02/12 (Numéro 19214).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
8. LE TEMPS. 12 février 1.014.
La petite Histoire
M DÉPOTÉ D'flOTREFOIS
Presque tous les grands' premiers rôles du
drame révolutionnaire ont trouvé leur historio-
graphe nous connaissons à peu près mainte-
nant sinon l'âme et la pensée secrète, du moins
Javie extérieure de Danton, de Robespierre,
de Chabot, de Carrier, de Saint-Just et d'un
certain nombre de leurs collègues. Mais les au-
tres, les comparses, ceux que le hasard d'une
élection bâclée envoya siéger à la Convention
et qui, sans audace, sans talent, sans ambition
d'aucune sorte, y tinrent une place tellement
modeste que si l'on n'avait eu parfois recours
au vote nominal, leur nom ne figurerait même
pas aux tables du Moniteur? De ceux-là on ne
sait rien; les biographies les plus complètes leur
consacrent à peine quelques lignes, souventer-
ronées. Leur aventure -mérite mieux que cela,
pourtant, car imagine-t-on combien devaient
tre ébahis et déroutés ces demi-bourgeois,
petits homme de loi ou cultivateurs, élevés
dans le respect prosterné du pouvoir souverain,
lorsqa'ils se virent. tout à coup investis, pour
une part, de cette toute-puissance redoutable
et appelés à résider dans le vieux palais des
rois? Un candidat d'aujourd'hui, en sollicitant
les suffrages de ses concitoyens, sait à quoi il
s'expose d'autres l'ont précédé dans la voie
où il s'engage; le chemin est tracé, la besogne
facile, l'aléa réduit au minimum. Mais ceux de
1792 étaient les premiers; jamais, pour la plu-
part, ils n'avaient quitté leur province, et quand,
leur mandat de député eri poche, ils débar-
quaient de la diligence, revêtus de leur meil-
leure houppelande et coiffés de leur chapeau
le plus neuf, afin de faire figure dans ce ter-
rible Paris où ils ne connaissaient personne,
ils ne savaient évidemment où tourner et
ignoraient tout des fonctions qu'ils allaient
avoir à remplir.
En voici un, peu célèbre, Jacques Quein-
nec. que deux cent soixante-huit électeurs du
Finistère ont nommé député à la Convention
nationale. Queinnec est tisseur de toile à Ké-
morvan en Plôuhéour-Menoz, dans le district
de Morlaix c'est un brave homme, marié en
1779 et père de 'six enfants. En quittant son
hameau il laisse sa femme enceinte pour la
septième fois. Il n'est pas instruit, car son or-
thographe est fantaisiste il abandonne, mani-
festement à regret, son hameau, sa famille et
son tissage c'est sans enthousiasme qu'il se
met eif route pour Paris, dû il se logerueSaint-
Hpnoré, non loin de la halle. Le voilà aux Tui-
leries, parmi les élégants messieurs de la Gi-
ronde, les beaux parleurs, les empressés qui
sont là comme chez eux et dont il admire l'ai-
eance et la faconde. Ah! comme il doit se
sentir dépaysé 1 Il n'a pas un mot à dire et il a
trop.de bon sens pour s'illusionner sur son im-
portance. Non point qu'il ait peur; il est crâne et
il le prouve, en janvier 1793, lors du procès du
roi. Tandis que tant d'autres, par crainte, pro-
noncent la mort, Queinnec dit simplement:
« Je ne suis pas juge; je ne puis donc voter
que pour la détention pendant la guerre et la
déportation à la paix. » Ce fut son seul « dis-
cours » de toute la législature, et cette courte et
courageuse harangue le classa irrémédiable-
ment, quoique fervent républicain, parmi les
modéres, c'est-à-dire parmi les suspects. Le
3 octobre, il est inopinément arrêté, en pleine
Convention, avec soixante-quatorze collègues
coupables d'avoir protesté, comme lui, contre
le coup d'Etat parlementaire: du 31 mai. Le
voilà en prison, dans un grenier de la Mairie
d'abord, avec un morceau de pain pour toute
pitance; puis à la Grande-Force, parmi les
faussaires, les voleurs et les'âssassins, jusqu'au
I'our où un transfèrement aux Madelonnettes
lui donnera pour compagnons des fiévreux, des
scorbutiques et des galeux. C'est à peu près là
tout ce qui lui fut révélé des séductions et des
agréments de Paris.
Et cette captivité se prolongea durant treize
mois. Que pouvait bien penser la pauvre Mme
Queinnec qui savait son mari- érï prisôrït sans
connaître aucune des causes ni des péripéties
de sa détention, car il eut grand soin de ne lui
en écrire les détails qu'après sa mise en liberté?
Je doute qu'à Plounéour-Menez, on comprît
quelque chose aux partis qui divisaient la Con-
vention, et les mieux renseignés du village de-
vaient se demander avec stupéfaction par quel
miracle leur député, Breton pur sang, était tout
à coup désigné comme étant de la « Gironde ».
A moins qu'ils ignorassent non seulement la
signification politique, mais le mot même de
Girondin, ce qui est bien possible. Auquel cas,
ils en étaient réduits à imaginer que l'honnête
Queinnec, subitement perverti parle contact
avec ces écervelés de Parisiens, avait «mal
tourné» et commis quelque méfait grave. D'une
façon générale on constate, en effet, que ce qui
se passa depuis la chute de la monarchie jus-
qu'à l'établissement au Consulat resta parfaite-
ment indéchiffrable pour l'immense majorité
des Français. On ferait un gros livre des anas
et balourdises qui témoignent de cette « in-
compréhensibilité » absolue. Un exemple entre
mille certain commissaire limousin, dénon-
çant le « fanatisme des paysans de Meymac,
écrivait « Je regarde ces paroisses comme
un la Vendée! » Celui-là avait vaguement
entendu parler de la Vendée, et dans son igno-
rance attendrissante, il se figurait que c'était là
quelque monstre dans le genre de la bête du
Gévaudan; ce qui ne l'empêchait pas de con-.
seiller « Un peu de guïlleautinc dans le pays
ne ferait pas de mal » »
Pour revenir à Queinnec, il reprit, aprèsTher-
midor, sa place à la Convention, bien persuadé
que Robespierre avait été le seul auteur de
tous ses malheurs, semblable en cela à ces
« utilités » qui, au théâtre, jouent un tout petit
bout de rôle dans une pièce dont ils ne con-
naissent rien d'autre que l'unique « réplique »
qui leur est attribuée. Et ils étaient trois cents
comme cela dans la Convention, trois cents
sans lesquels les protagonistes n'auraient rien
pu faire et dont Queinnec fut l'un des plus
braves. C'est pourquoi on doit beaucoup de
gratitude à M. P. Hémon qui, mieux informé
que tout autre des choses et des gens de la
Bretagne révolutionnaire, a entrepris et mené
à bien la tâche ingrate de nous révéler
l'existence politique de cet obscur légis-
lateur. II est beaucoup plus difficile d'é-
crire la vie d'un inconnu que celle d'un
héros à grand fracas; il y faut une patience,
un soin, une minutie d'érudition à décourager
un bénédictin; un tel travail exige surtout ce
que possède au plus haut point M. Hémon
une connaissance parfaite des archives locales
et un sens critique des plus avisés. (La Révolu-
tion en Bretagne. Notes et documents. Queinnec
(Jacques), deputé du Finistère à la Convention
et aux Cinq Cents. Brochure in-8°. Rennes.
Extrait des Annales de Bretagne, novembre
1913-janvier 1914.)
Ge qui étonne le plus dans le récit de M. Hé-
mon, c'est que le bonhomme Queinnec, quoi-
que toujours prudemment silencieux sur les
bancs de rAssembléé,cfuoiqùe n'ayant goûté,
de Paris, que les cachots et les geôliers', fut si
bien conquis par,le charme de la capitale qu'il
ne voulut plus la quitter. On croirait qu'il n'a-
vait qu'une hâte, celle de retrouver son clo-
cher, ses métiers à tisser, sa femme et ses sept
enfants, dont un qu'il n'avait jamais vu. Il n'y
songeait pas, tant est grand l'attrait du pouvoir,
même très modestement occupé. Presque tous
ses collègues étaient dans le même cas. Nul
n'ignore, en effet, que lorsque les conven-
tionnels arrivèrent à l'échéance de leur man-
dat, ils témoignèrent presque unanimement
le plus vif désir de ne point rentrer dans
la vie privée. Soit qu'ils eussent pris en
dédain l'existence provinciale, soit que ju-
géant, de leur discrédit, ils comprissent que
les électeurs se montreraient récalcitrants, soit
enfin qu'ils estimassent, en bons patriotes,
qu'on ne rencontrerait jamais sept cent cin-
quante Français aussi habiles, aussi intègres,
aussi courageux qu'eux-mêmes, ils décrétèrent
que les deux tiers du Corps législatif appelé à
les remplacer seraient obligatoirement choisis
parmi les membres de la Convention. Et par
un agréable euphémisme, ils présentaient cette
carte forcée sous ce titre engageant Loi sur
les moyens de terminer' la Révolution. C'était
'une tentative de représentation proportion-
nelle, un peu bien brutale et cynique, et con-
tre laquelle les collèges électoraux protestè-
rent à leur façon car malgré les pressions de
toutes sortes, malgré des truquages éhorités,
379 conventionnels seulement furent élus à la
nouvelle Chambre; mais le cas était prévu, et
ces 379, aussitôt réunis en assemblée électorale,
repêchèrent charitablement les 121 compères
rejetés par le suffrage du peuple. Queinnec fut
de ceux-là, non sans peine, car tous ses collè-
gues sauf une vingtaine briguaient fu-
rieusement la même faveur. Et comme aucun
ne consentait à retourner chez soi, il fallut ca-
ser les naufragés à Paris. On leur distribua,
en manière de consolation, des places de mes-
sagers d'Etat, de commis dans les bureaux,
d'huissiers dans les ministères. « Faute d'em-
plois, écrit Taine, ils accepteraient d'être ba-
layeurs de la salle. » » '̃
De cette ruée naquirent deux Chambres
les Anciens et 'les Cinq Cents; bizarrement
composées. Tel qui avait démissionné fut quand
même appelé à siéger; un décédé fut tiré
au sort, et pendant un an,. considéré comme
étant toujours en fonctions, tandis qu'un autre,
vivant et présent, était au contraire omis sur
les listes d'appel. Certains, qui n'avaient pas
été élus du tout, se trouvèrent admis à faire
partie des deux Conseils à la fois, et même un
députe fictif, du nom de Félix Hamon, figura
comme membre de plusieurs commissions au
Conseil des Anciens, jusqu'à ce que, en 1797,
on s'aperçût, par hasard, qu'il n'y avait pas de
député de ce nom-là et que le mystérieux Félix
Hamon ne figurait sur le procès-verbal d'élec-
tion d'aucun département.
Ce désarroi aurait pu nuire au prestige des
représentants s'ils n'avaient pris la précaution
d'imposer le respect aux masses en s'affublant
d'un costume imité du Sénat romain; le brave
Queinnec, sans souci du ridicule, troqua doci-
lement sa petite veste, son chapeau à rubans
et son gilet breton contre une longue robe
blanche nouée d'une ceinture bleue, un man-
teau écarlate et une toque de velours bleu.
Cette noble défroque ne le rendit pas loquace,
car il ne parut pas à la tribune des Cinq
Cents plus qu'il n'était monté à celle de
la jConvention; mais ça ne l'empêchait pas
de se bien montrer dans toutes les occà-
sions où il n'y avait rien à dire. C'est ainsi
qu'on a de lui. une. lettre enthousiaste où
il conte à sa femme le grand banquet offert, le
23 décembre 1797, par le gouvernement et les
deux Conseils, au général Bonaparte, « le plus
grand homme dont les annales ont fait men-
tion »." L'ë'rêpas é'talf pôûF'quàtre" h'è'ùres de
l'après-midi, à la galerie du Louvre, et Quein-
nec y fut exact; mais après deux heures d'at-
tente, constatant que le potage et les invitésde
marque se faisaient désirer, il s'en alla, avec
quelques collègues, drapés comme lui de la
toge antique et coiffés du bonnet bleu, se res-
taurer dans un cabaret voisin. A sept heures
seulement, le canon annonçant le commence-
ment du festin, les législateurs dispersés
coururent reprendre leurs places. Quelle'
bombance Elle rappelait aux Bretons « la
fête du boudin »! Une table de six à sept
cents couverts, un servant pour cinq ou
six mangeurs, mille bougies, quinze toasts,
autant de chants civiques, des fanfares, des
roulements de tambour, des défilés de grena-
diers, des salves d'artillerie et quel. « fricot »,
que de sortes de liqueurs! Le «cinq-cent» émer-
veillé, renonce à les énumérer; mais pour la
première fois qu'il ouvrait la bouche, il s'en
donna à cœur-joie. Je pense bien que toutes
ses lettres n'ont pas été retrouvées de celles
que nous connaissons, cette dernière est la
seule triomphante l'austère ex-conventionnel
ne dissimule pas que le plus beau jour de sa .vie
est celui où, déguisé en consul romain, dans
la galerie du Louvre, il eut: l'honneur de par-
tager un repas somptueux avec le jeune héros
qui allait bientôt bâillonner la République..
Il fallut pourtant bien descendre de ces som-
mets et retomber à la vie paysanne. En mai
1798, son tour arriva de quitter les Cinq Cents,
jst .simple,, citoyen,, jl.peyj^jt à pjouji£OujvtyferçPz
où il' n'avait pas, mis ;Ie pied depuis près dé six
années et quelles années Il retrouva sa
femme, ses enfants, ses métiers, endossa pour
le reste de ses jours la petite veste noire et
coiffa, pourn'en plus porter d'autre, le sombre
feutre à larges rubans tombant sur la nuque.
Mais il prit soin de serrer, dans le tiroir d'un
bahut, son beau costume à l'antique, son man-
teau écarlate et sa toque de velours bleu. Ils y.
sont encore. On les découvrit là, en 1817, après
la mort de Queinnec, et l'un de ses petits-fils
conserve aujourd'hui ces reliques du bon-
homme d'aïeul qui, né pour l'existence simple
et paisible, connut ce sort extraordinaire de vi-
vre, un temps, dans l'ouragan, de juger un roi,
d'entendre Danton tonner, de coudoyer Robes-
pierre et de dîner avec Bonaparte.
G. LENOTRE.
Nous publierons demain la Causerie scien-
tifique de notre éminent collaborateur M.
EDMOND PERRIER.
HOMMES DU JOUR
A. l'Elysée
Le président de la République a reçu hier M. Ga-
briel Fauré et une délégation des « Amis du Con-
servatoire » le bureau de l'orphelinat et des mai-
sons de retraite des serviteurs de l'Etat» et le bu-
jreau do l'Association des étudiants en:pharmacie
de France.
M. Haoul Péret chez les aveugles
M. Raoul Péret, sous-secrétaire d'Etat à l'inté-
rieur, accompagné de M. Mirman, directeur de
l'assistance et de l'hygiène publiques, a visité hier
après-midi l'institution nationale des, jeunes aveu-
gles. Reçu par M. Winter, directeur de l'institution,
et les membres de la commission 'consultative, M.
Péret a assisté, dans la section des filles, puis dans
celle des garçons, à divers exercices d'enseigne-
ment intellectuel, de travail professionnel, de gym-
nastique, de musique.
Le sous-secrétaire d'Etat a remercié de leur dé-'
vouement le personnel de l'institution et a félicité
tout particulièrement M. Mahaut, professeur aveu-
gle et secrétaire général de la Société de patronage e
et dé placement des anciens élèves, nommé récém-
ment à ce double titre chevalier de la Légion
d'honneur.
Election sénatoriale
Ariège. Les électeurs sénatoriaux du dépar-
tement de l'Ariège sont convoqués pour le 29 mars
à l'effet d'élire un sénateur, en remplacement de
M. Bernère, décédé.
L'élection des délégués est fixée au 22 février.
Une démission
M. Léon Buirette vient d'adresser au préfet de
la Marne sa démission de ses fonctions de maire
de Suippes et de conseiller général du canton de
Suippes. Il expose en ces termes les motifs de sa
décision
J'ai eu l'imprudence, en 1910, de fonder à Suippes,
ville ouvrière, une pouponnière municipale. Je croyais
pouvoir, compter.sur le concours de l'Etat et celui du
département.
Or voici sous quelle forme cet appui se manifeste
le département, après avoir voté une somme de pre-
mier établissement, ne nous donne aucun secours; quant
à l'Etat c'est beaucoup mieux.
Mon frère et moi avions souscrit deux mille francs
pour les premiers frais, en nous engageant il faire l'ap-
point annuel pour équilibrer le budget, ce que nous
avons fait. La direction de l'hygiène, à la destinée de la-
quelle préside mon cousin Mirman, nous alloue péni-
blement 330 francs par an environ.
Or, l'Etat s'avisa qu'il pouvait rentrer dans ses fonds,
et l'enregistrement vint un beau jour me réclamer 9'0/0
de droits sur les 2,000 francs que nous avions donnés.
Je me récriai et refusai de payer.
L'affaire en resta là. Je devais voir notre aimable di-
recteur départemental à ce sujet.'
Or, aujourd'hui, sans le moindre avis préalable, je
reçois commandement par huissier d'avoir à payer 18 0/0
de droits plus les frais, soit une somme de 370 francs.
Et l'Etat nous subventionne de 330 francs C'est déli-
cieux 1
Je payerai, car je suis menacé de voir la somme dou-
blée.
J'apprécie la plaisanterie et ne songe nullement à
m'en fâcher. Mais comme je n'ai pas la bourse de Peter
Schlemil, je suis obligé de restreindre mes frais. Il'me
faut choisir entre la satisfaction assez lointaine de la po-
litique, toujours un peu coûteuse, et la joie plus im-
mediate de faire œuvre d'humanité.
Je n'hésite pas. J'abandonne la première au profit de
la seconde et j'entends me consacrer aux améliorations
sociales plus difficiles à réaliser qu'à voter ou à préco-
niser.
Les opérations
des caisses d'épargne
Voici le relevé desopôrations des caisses d'épar-
gne ordinaires avec la Caisse des dépôts et consi-
gnations, du 1er au 10 février 1914
Dépôts de fonds. 9.739.31971
Retraits de fonds. 6.022.815 41
Excédent de dépôts. 3.716.504 30
Excédent de dépôts du 1" janvier au 10 février
1914 940,384 fr. 88.
JOURNEE PARLEMENTAIRE
LE SÉNAT
SÉANCE DU 10 FÉVRIER
l'impôt sur le revenu
DISCOURS DE M. JOSEPH CAILLAUX
M. Caillaux, ministre des finances, a prononcé
hier, devant une assistance aussi attentive que
nombreuse, le discours qui était attendu impa-
tiemment sur le projet de loi d'impôt sur le re-
venu.
Le ministre des finances a commencé par deux
historiques, d'abord celui de tous les projets ou
propositions déposés depuis quarante-trois ans,
depuis l'Assemblée nationale de 1871 et ayant pour
objet, de près ou de loin, l'impôt sur le revenu;
puis celui des diverses transformations du système
fiscal français, depuis la Révolution jusqu'à l'é-
tablissement, au milieu du siècle dernier, du sys-
tème fiscal actuel.
M. Caillaux estime que le système actuel, mal-
gré tous les services qu'il a rendus, ne répond
plus aux exigences modernes et qu'une réformeN
s'impose.
Sur quelles bases s'appuiera cette réforme?-
C'est ce qu'il explique, en exposant le projet de
loi voté par:la Chambre et dont il garde les lignes
essentielles.
« Ce projet, dit le ministre, part de cette idée
qu'il faut tout d'abord taxer à des taux différents
les revenus des capitaux, les revenus mixtes du
travail et du capital; enfin les revenus du tra-
vail, puis, à l'imitation de la supertaxe anglaise,
superposer à tous les impôts pesant sur les di-
verses catégories de ressources, un impôt com-
plémentaire sur l'ensemble du revenu. »
M. Caillaux entre dans le détail. Examinant
d'abord les impôts sur les revenus des capitaux,
il est amené à parler de la. rente française, et il
dit
Tous les revenus de capitaux sont également taxés
au taux de 4 0/0. Je ne vois pas que cela puisse souf-
frir une observation, réserve faite d'une question im-
portante, que je laisse de côté pour le moment, mais
que chacun aperçoit la question de la taxation de la
rente. Sur ce 'point, nous aurons sans douté l'occasion
de discuter; je répéterai alors ce que j'ai déjà dit, c'est
que je ne peux pas concevoir un impôt sur le revenu
qui exempterait toute une catégorie de possesseurs de
revenus. Quant au point de savoir comment l'impôt doit
être assis soit comme je l'avais proposé dans mon
projet primitif,' sur déclaration du.rentier, soit par voie
de retenue sur le coupon, c'est question secondaire.
Ce qui est certain, c'est que l'exemption de toute une
catégorie de revenus est inconciliable avec le principe
de l'impôt sur le'revenu.
Lès revenus des capitaux étant « tous égale-
ment taxés. sans faveur d'aucune sorte », il s'agit
de taxer les revenus du commerce et de l'industrie..
Sur ce point le ministre reconnaît que le rempla-
cement des patentes est « singulièrement difficile
à établir ». Eniîn pour ce qui concerne l'impôt
complémentaire, le ministre proclame qu' il ne
peut reposer que sur là déclaration, et que, néces-
sairement, la déclaration doit être contrôlée ».
Le ministre' alors rappelé les votes successifs
par lesquels la Chambre a adopté les articles im-
portants et l'ensemble du projet qu'elle a envové
au Sénat. -̃•; • ̃• ̃•- ".̃>̃• •"̃̃ ̃ •••«•u r -.>̃'
Après une. suspensldn'idë séanbè7;M:;Cai!làu:xy'ïë'-
prenant son discours, a fait la critique du projet
de la commission sénatoriale, à qui il reproche
notamment d'imposer au fisc l'« obligation d'éva-
luer les revenus de 5 millions de personnes ». Il
répond ensuite à l'objection contraire dirigée par
la commission contre le projet de là Chambre en
ce qui concerne l'impôt complémentaire, lequel
n'atteindrait que 500,000 personnes, « 500,000
otages ». Ici nous citons textuellement
Le ministre. Messieurs, j'entends qu'on a été frap-
pé par une objection en sens contraire à l'égard d'un
impôt complémentaire ne s'appliquant qu'à 500,000 per-
sonnes représentées comme des ilotes. J'entends, d'autre
part, que des objections seront élevées contre le régime
de la déclaration et contre le régime de la
taxation d'office. En ce qui touche le fait que
100,000 personnes seraient considérées comme vouées à
la vindicte de leurs concitoyens, parce qu'elles paye-
raient un peu plus d'impôt que les autres, je me per-
mets de faire observer que, dans les pays étrangers, le
nombre des contribuables soumis aux taxes de l'espèce
est singulièrement plus réduit encore.
En Angleterre, je vous le disais, c'est 11,000 per-
sonnes.
M. Charles Ripu. Ce n'est pas comparable; en An-
gleterre, il y a des fortunes énormes.
M. Gaudin de Villalne. Vous comparez l'Angleterre
et la France, cela ne se peut pas! I
Le ministre. J'entends l'objection, que j'attendais et
que j'ai peut-être provoquée. Nous allons voir s'il n'est
pas légitime d'exiger un sacrifice supplémentaire d'une
portion de la nation.
Je voudrais, en parlant avec toute la mesure possi-
ble, montrer quel est l'état réel des fortunes dans ce
pays-ci.
Si on prend l'annuité successorale vous savez ce
que c'est si on la multiplie par le, chiffre, générale^
ment adopté, peut-être un peu faible; de 36f c'est-à-dire
si on suppose que la fortune entière de la France passe
tous les trente-six ans sous les yeux du 'fisc, on arrivé à
trouver que l'actif net total de la France est de 195 mil--
liards. Je crois ce chiffre inférieur à la vérité, pour deux
raisons la première, c'est que le multiple 36 est trop
faible, il devrait être de 40; la seconde, c'est qu'il est
incontestable que, dans les déclarations de successions,
il' y a des évasions de matière imposable. Par consé-
quent, il ne faudrait pas conclure du chiffre que Je
donne que la fortune totale de la France est de 195 mil-
liards seulement. Mais peu importe, car ce sont les pro-
portions que je vais considérer.
Quand on examine comment se divise cet actif net
total de 195 ou 250, milliards, on aperçoit que le quart
environ, soit 51 milliards, est détenu par 19,000 person-
nes, que près des trois quarts, soit 136 milliards, est
̃ détenu par 539,000 personnes et qu'ainsi.
M. Gaudin de Villaine. Vous êtes joliment 'bien
renseignél
Le ministre. Ce sont des calculs mathématiques.
M. Le Cour Grandmaison. Ce sont des moyennes 1
Le ministre. Nous envisageons toute la fortune de
la France. Ce ne sont nullement des moyennes. Je tiens
à préciser, parce qu'il faut que la question soit bien
établie devant le Sénat.
M. Eugène Lintilhac. Ce sont des proportions.
Le ministre. Nous connaissons la fortune de la
France par les successions qui passent tous les ans à
l'enregistrement. On les relève; on prend la moyenne de
six années; et par conséquent, dans cette moyenpe de
six années, on a la décomposition de toutes les for-
tunes. Si on multiplie les éléments que fournissent ces
moyennes par une coefficient qui, dans la circonstance,
est 36, mais qui, comme je viens de le faire remarquer,
pourrait être élevé jusqu'à 40, on arrive a connaître,
non pas avec une certitude absolue mais \avec une
approximation très suffisante, comment se divise la
fortune de la France. Or je le répète, bien près des trois
quarts du total, 'soit 13b milliards, sont entre les iftams
de 539,000 personnes.
M. Hervey. Mais vous tenez compte des enfants ?
Le ministre. Bien entendu! Je parle des familles.
Mais lorsque l'on parle de taxer 500,000 personnes, il
s'agit, vous le savez bien, de àOO,000 familles. Et comme.
vous l'apercevez, le but de mon raisonnement est de
montrer que les sociétés modernes sont constituées de
telle sorte qu'elles déterminent des inégalités de for-
tune assez choquantes et que l'on peut mettre en relief
en signalant ce fait, parce qu'aujourd'hui, en France,
il n'y a pas plus de 539,000 chefs de famille proprié-
taires d'un capital supérieur à 50,000 francs..
N'est-il pas juste de demander à ces privilégiés, qui
dans notre état social, par suite de raisons que chacun
pressent, et de causes économiques parfaitement légi-
times, détiennent les trois quarts du capital de la na-
tion, n'est-il pas juste, dis-je, de leur demander un sa-
crifiée supplémentaire?'
Ah! si vous pouvez arriver à démêler ce que, dans
l'état actuel des choses, payent les fortunes, vous serez
fort habile monsieur le sénateur; mais je puis vous
affirmer que si, encore aujourd'hui, une de ces person-
nes privilégiées a toute sa fortune placée dans une cer-
taine catégorie de valeurs, elle ne paye presque rien, ou
du moins rien que la contribution personnelle-mobi-
lière; et que demain, si vous adoptiez le système de la
commission, et si cette personne conservait une partie
de ces valeurs, elle ne payerait rien,'ou à peu près
rien sur toute cette partie de sa fortune, ̃ l
Un sénateur (à droite). Je .paye 15 0/0, pour ma
part 1
Le ministre. Il est indispensable que cessent com-
plètement, du haut en bas, sans exception ni distinc-
tion, tous les privilèges et tous les avantages de ce
genre.
Il est indispensable aussi, que ceux qui, par une
heureuse chance, sont au nombre de ces 539,000 privi-
légiés détenant les trois quarts de la fortune de la
"nation, apportent à l'oeuvre du, développement de la
France, du maintien de sa sécurité dans le monde une
obole un peu plus importante que celle qu'ils payent à
l'heure actuelle. •
Le ministre a terminé par les considérations
suivantes que nous reproduisons intégralement
Le ministre. Je conçois que la haute Assemblée,
saisie d'un projet transmis par la Chambre des députés,
ait été conduite, par l'esprit de prudence qui est, dans
une certaine mesure, sa raison d'être, à l'examiner de
très près. '•'̃'̃
Je comprends qu'elle ait examiné' dans le plus grand
détail le système de l'imposition des bénéfices indus-
triels et commerciaux; et sur ce point; 'il est aisé, à
mon sens,' d'arriver à des formules susceptibles d'as-
seôirl'1une réforme démocratique sans que j'ai quel-
que peine à me servir de cet exemple notre'monde
cohiinercial s'en émeuve plus que, dans les provinces
qui nous ont été arrachées, on ne s'est ému quand la
patente a été remplacée par l'impôt sur la productivité.
Le rapporteur. Vous faites des concessions dont
nous prenons note.
Le ministre. Je conçois que sur ce point le Sénat
et ^a commission envisagent une modifloation au projet
de }& Chambre.
Je conçois que sur la matière des exemptions à la
base et des abattements, il y ait une œuvre nécessaire
à faire. Je conçois sans partager l'opinion qu'on
eût été conduit à réduire le champ de l'impôt complé-
mentaire, à pousser passëz-moi l'expression un peu
vulgaire du côté des cédules, des impôts sur les
catégories de revenus, qui ne peuvent pas être des
impôts décevants, qui sont des impôts solides, produc-
tifs, ce qui après tout est la première qualité de l'im-
pôt, n'estril pas vrai?.
M. Touron. Pour le ministre des financée.
Le ministre, Je conçois cela; j'aurais compris
que, s'adaptant au projet de la Chambre, votre com-
mission vous proposât des modifications sur ces points,
avec un impôt complémentaire qui, notez-le bien, est
beaucoup moins un impôt qu'un tarif, qui est, en
somme, une manière d'aboutir à la progression.
J'aurais compris que l'on vous proposât un tarif
plus restreint, de façon à 'écarter les aléas financiers
qui, en fait, peuvent s'attacher, dans une certaine
mesure, à l'institution d'un grand impôt complémen-
taire.
Mais j'ai peine à concevoir le système qui vous est
proposé; il aurait je croie, s'il était adopté, le sort qui
fut réservé à quelques tentatives de réforme.
Toutes lès fois que l'on a voulu transformer dans
ce pays la contribution personnelle-mobilière, l'année
suivante, souvent quelques mois après, la mesure a
été /rapportée..
G?est. ainsi qu'en 1831, on a voulu faire de cette con-
trliJWHoiKunimpôtrfde quotité; en 1832, la mesure étaft'
rapportée';) II y d: quelques années, îbn voulut faire une
réforme qui dérivait d'un projet d'impôt sur le revenu
déposé devant la Chambre, en opérant la péréquation
des contingents de la contribution personnelle-mobi-
lière. C'était un amendement d'un député, M. Lemoi-
gne. Quelques mois plus tard, on était obligé de' revenir
sur ce que l'on avait fait.
Pourquoi cela? Parce qu'il est de vieilles maisons
que l'on ne peut pas réparer. M. Ribot, jadis, dans un
de ses très beaux discours et en disant cela, je n'en-
tends pas établir de distinction, dans lequel il com-
parait le système fiscal de la France à un édifice; a pu
justement exprimer le regret que cet édifice, qui avait
été très bien construit jadis, eût été insuffisamment en-
tretenu. Je vais même traduire un peu brutalement sa
pensée, si vous le permettez, en disant que M. Ribot
estimait que nous avions été paresseux.
M. Ribot. Je le crois bien 1
Le ministre. pendant une longue série d'an-
nées. C'est parfaitement vrai; si l'on avait entretenu
la maison.
Un sénateur (à droite). Elle est encore d'un bon
rapport..
Le ministre. si l'on avait changé un pan du
mur, on n'aurait pas échappé pour cela à la réforme
qui vous est proposée on y serait même arrivé beau-
coup plus tôt, plus facilement; il y aurait un moindre
changement à apporter, parce que des transformations
successives auraient été opérées.
Mais que voulez-vous? Nous avons un'système d'im-
pôts qui conserve, certes, de très grands mérites je
l'ai déclaré à diverses reprises, mais qui ne peut
-plus, tenir, à l'heure actuelle, car il ne répond plus aux
nécessités du temps, aux transformations de la ri-
chesse car il fait la part vraiment trop belle aux fa-
vorisés de la fortune; car il est trop lourd pour les
possesseurs de petits revenus. Il a d'ailleurs cet incoh-
venant considérable d'être inadéquat aux 'réaiités. et-de
ne. pas permettre, alors que des charges nouvelles nous
incombent de toutes parts, d'obtenir le supplément d'ef-
forts qu'il est indispensable de réclamer pour des rai-
sons de justice et de salut financier. Nous sommes donc
obligés de faire la réforme; mais il faut la faire nette-
ment, franchement, j'allais dire hardiment.
Persuadons-nous bien, messieurs, qu'en pareille ma-
tière, les demi-mesures sont les plus déplorables de
toutes.
ce que je ne crois pas, le projet de la commission
aboutissait, voulez-vous que je Vous dise ce qui arri-
verait ?
"Avant un an, avant six mois peut-être, il faudrait re-
venir au projet des cédules, tel que nous l'avons pré-
senté. ̃
A moins que j'appelle votre attention sur ce point"
vse tournant vers la droite) à moins qu'en instituant
une déclaration préparée dans des conditions autre-
ment audacieuses que celles du projet voté par la
Chambre on n'ait préparé la voie à l'impôt tel qu'il fonc-
tionne de l'autre côté du Rhin et dont je ne suis pas
partisan, je le déclare nettement.
Il n'y a donc, messieurs, qu'une seule procédure, une
seule manière de conduire la réforme, de l'orienter dans
le sens du développement de notre fiscalité, c'est de
créer des impôts sur toutes les sources de revenus, de
oompléter, en d'autres termes, les impôts qui pèsent
déjà sur la terre, sur les, maisons, sur les commerces,
en les transformant suivant les règles de la justice, en
ayant,' eh même temps, la hardiesse de demander un
peu plus à ceux qui sont au sommet de l'échelle.
3f. CAa!cs Riou. Par quels moyens?
.Le,minlstre, .pour demander un peu moins à
ceux qui sont en bas; et surtout de faire franchement
une. réforma qui soit viable, qui puisse être mise en pra-
tique .dans, un an, lorsque les travaux de l'administra-
tio^ .seront terminés, lorsque le délai réclamé dans le
projet ,yp Je par la. Chambre sera expiré, une réforme qui
PS^se donner à 'ce pays la sensation d'une grande œu-
vre de justice, et en même temps, procurer au Trésor
l'augmentation de ressources dont il a besoin.
Il est indispensable de réaliser cette double condition.
Le. gouvernement demandera au Sénat, avec insistance,
de vouloir bien se rapprocher du système sorti des déli-
bérations de la Chambre il le priera instamment, tout en
envisageant les modifications nécessaires, de vouloir
bien s'écarter d'un système qu'il ne peut pas considérer
comme applicable et de s'engager, au contraire, avec
hardiesse; avec netteté, avec franchise, dans la voie
d'impôts frappant les diverses catégories de ressources,
combinés àveo un impôt sur l'ensemble du revenu; de
façon que ce pays puisse bénéficier d'un système pré-
sentant le double avantage d'offrir des bases de produc-
tivité plus grandes pour le Trésor et de contenir plus de
justice pour les contribuables.
Incident
Au moment où la séance fut suspendue, pen-
dant que les sénateurs sortaient de la salle, un
individu s'est levé dans les tribunes, et a crié
« Bandit! canaille! il m'a dépouillé! » L'es huis-
siers se précipitent. Ils font sortir l'homme exalté
qui unit dans les mêmes récriminations, les mi-
nistres des finances passés et actuels. Mené à la
questure, il a été interrogé; on a appris que c'est
un ancien percepteur de la Vienne qui avait été
déplacé. Il a été conduit hors,du Sénat.
>̃̃>̃̃ +.
LA CHAMBRE
SÉANCE DU 10 FÉVRIER
'J Le înflgef. Qnsstîoos diverses >̃
La Chambre a discuté et voté-" hier le dernier
chapitre du budget des, travaux publics qu'elle
avait à adopter et qu'elle avait réservé, le chapi-
tre 100, relatif aux voies navigables; et elle a
djfcuté et voté les 56 chapitres, du budget du
travail.
Ainsi se trouve terminé, en trois séances, l'exa-
men des cinq budgets de dépenses sur lesquels les
rapports sont déposés; on espère que d'ici à lundi,
jour auquel doit recommencer la discussion du
budget, les rapports sur d'autres budgets seront
distribués.
Les inondations
Sur le chapitre 100 des travaux publics, M. Al-
bert Thomas- a demandé où en étaient les projets
de travaux pour mettre Paris l'abri des inonda-
tions, Après les graves désastres de 1910, la com-
mission extraparlementaire a prévu comme opéra-
tiens nécessaires l'élargissement du bras de la
Monnaie; l'approfondissement de la Seine de Su-
resnes à Bougival; la construction d'un canal de
dérivation de la Marne entre Annet et Epinay. Où
en est-on de tous ces projets ?
Il ne manque plus, a répondu le ministre des
travaux publics, que l'adhésion du ministre des
«finances pour le dépôt du projet du gouvernement.
Les deux premiers travaux exigent 68 millions,
dont 34 pour Paris on peut les faire; le troisième
350 millions il faut réfléchir.
Les retraites ouvrières
Sur le budget du travail, quelques observations
à propos de la loi des retraites. MM. Ringuier et
Bouvêri, socialistes, se plaignent des patrons qui
font échec à la loi, qui découragent ou menacent
leurs ouvriers de là l'insuccès relatif de la loi.
Non, répond M. Lerolle (Action libérale), les ou-
vriers eux-mêmes y restent souvent indifférents.
Et M. de Gailhard-Bancel conseille l'organisation
des retraites sur des bases régionales et profes-
sionnelles.
M. Barthe, socialiste, rappelle que les mineurs,
réunis à Lens, ont annoncé la grève générale pour
le 1" mars si la loi des retraites des mineurs n'est
pas alors votée par le Sénat. Que fera le gouver-
nement ?
M. Albert Métin, ministre du travail, répond que
la question va être mise à l'ordre du jour du Sénat.
Sur la demande de M. Turmel, on promet d'exa-
miner dans un sens favorable la situation des veu-
ves d'assurés qui ayant effectué leurs versements
comme les assurésrhommes ne reçoivent, au lieu
de l'allocation de 100 francs, qu'une mensualité
dérisoire, 1 fr. 50, 1 franc, parfois 0 fr. 40.
Le budget voté, on a liquidé des questions di-
verses.
La santé de l'armée
On a décidé de discuter après-demain vendredi
les interpellations de MM. Albert Thomas et Vail-
lant, socialistes, et de M. Lachaud, radical, sur
l'état sanitaire de l'armée. L'interpellation de M.
Louis Dubois, sur la politique financière du gou-
vernement, était formellement inscrite pour de-
main. Mais, a dit Af. Lauche, socialiste, rien n'est
plus urgent que de protéger la santé de nos sol-
dats.
Les valeurs à lots
La Chambre a adopté une proposition de loi
tendant à réprimer les abus dans les ventes à cré-
dit des valeurs à lots. Il s'agit notamment de l'o-
pération bien connue pratiquée par des usuriers
et qui consiste à vendre des quarts d'obligations
de la Ville de Paris par exemple contre des recon-
naissances de dettes à taux usuraires. La Chambre
a voté un texte aux termes duquel « le prix de
vente du titre ne pourra excéder 25 0/0 de sa va-
leur officiellement cotée ».
Conférences et oontérenoiers
P. LOUIS BflftTtfOU ET M JEUNESSE
DE VICTOR flMO
La conférence de M. Louis Barthou avait attiré
hier .soiri,' bien avant cinq heures, au- Foyer, un
public dé 'choix. Et on düt refuser <}e nombreux
auditeurs en les renvoyant à demain, car M.
Louis Barthou recommencera sa conférence ce
jour, à deux heures et demie.
Nous avons dit déjà l'essentiel du très intéres-
sant et très curieux récit de M. Louis Barthou
sur l'enfance et la jeunesse de Victor Hugo et
sa précocité poétique. Le conférencier a recons-
truit avec un art extrême et d'après des /détails
inédits lé milieu familial où l'enfant grandit et
devint un jeune homme, sous T influence surtout
de sa mère, tendre, dévouée et attentive, royà-
liste et voltairienne. Et voici des vers inédits que
M. Louis Barthou a cités
A MAMAN
Pour le jour de sa fête, Sainte-Sophie
Chère et bonne maman, toi qui, dès mon enfance,
M'élevas, me nourris,
Accepte ce tribut de la reconnaissance
Que t'offre un de tes tlls.
C'est en vain que le sort, le malheur qui m'oppresse
M'Ote la liberté,
Je vais faire éclater la joie et la tendresse
De ce cœur enchanté.
Que ne te dois-je point, 0 mère tant chérie? T
Tu me donnas le jour,
Me nourris de ton lait, et je ne dois la vie
Qu'a ton prudent amour.
Lorsque'je me retrace avec reconnaissance
Le prix de tes bienfaits,
Je t'admire, et ne peux t'offrir en récompense
Que de tendres souhaits.
Sans doute, ajoute M. Louis Barthou, ce n'est pas un
chef-d'œuvre, et^fieUMtre trouvez-vous que l'intention,
;vaut mieux que'iI'fex'pi?essîbh; Ne soyez"" pourtant pas
trop sévères pour cet enfant de treize ans, et songez
aux vers que faisaient les poètes de la même époque.
La facilité du rythme est déjà acquise.
Tels étaient, en 1815, les vers de Victor Hugo. Vous
m'excuserez d'avoir sacrifié la rigueur mathématique du
titre de ma conférence à mon désir de vous en donner
la primeur.
L'année 1814 n'est pas celle que j'aurais choisie si
j'avais été .libre d'assigner une date aux vrais débuts
poétiques de Victor Hugo. Deux ou trois ans plus tard,
la matière eût été plus riche, et même singulièrement
abondante. A douze ans, Victor Hugo était un enfant
qui rimait. A quinze ans, il était déjà un poète, dont les
essais promettaient un maître. Mais même à douze ans,
ses voyages et son éducation avaient déposé dans son
esprit des .germes variés qu'on peut retrouver, pous-
sés en fruits ou épanouis en fleurs, dans son oeuvre
immense. Son génie dut beaucoup à son enfance, au
jardin des Feuillantines, à l'Espagne, à M. de La Ri-
vière, à sa mère. Déjà laborieux, tenace et rêveur, il
était attendu par un avenir de luttes et de gloire.
Ainsi conclut M. Louis Barthou, qui est lon-
guement applaudi par une assistance d'élite et
chaleureusement complimenté par ses amis et
quelques familiers groupés autour. de lui sur la
petite scène du Foyer MM. le comte d'Hausson-
ville, général Michel, général Pau, l'ambassadeur
d'Italie, amiral Charlier, Mme Bartet, MM. de
Nolhac, Crozier, ambassadeur, André Beaumont,
G. Lacour-Gayet, de l'Institut, Henry Cochin,
Henry Bordeaux, Gustave Simon, M. et Mme Dor-
chain, Chantavoine, Marmottan, • Fournier-Sarlo-
vèze, Paul Loubet, P.-B. Gheusi, comtesse Gref-
fulhe, Mme de La Tour, comte et comtesse de
Pourtalès, M. Pierre Mortier, Mme de Saint-Vic-
tor princesse Murât; MM.-Imbart de là Tour, Sou-
lange-Bôdin, Ernest-Charles, Louis Madelin. Une
nouvelle attrista la sortie des auditeurs de cette
brillante réunion on apprit que M. Fernand Lau-
det, directeur de la Revue hebdomadaire, qui pu-
blie aujourd'hui la conférence de M. Barthou,
avait perdu son petit-fils, mort d'une méningite
à quatre ans, et fils, de M. et Mme Charles de
Beauharnais.
-Hier mardi, sous la présidence de M. Ferdinand-
Dreyfus, sénateur, la question des infirmiéres visi-
teuses a été traitée en présence des médecins du
17° arrondissement. Cette question sera reprisé^
salle du conseil de la faculté de médecine, rue de
l'Ecole-de-Médecine, avec l'appui du doyen, le
professeur Landouzy, le samedi 14 février, à deux
heures et demie.
Samedi 14 février, à trois heures, à la salle de
la Société de géographie, boulevard Saint-Ger-
main, 184, le docteur d Anfreville de la Salle don-
nera une conférence avec projections sur «Dakar
naguère et aujourd'hui », au bénéfice du « Souve-
nir africain ».
Le dimanche 15 février à deux heures et de-
mie, dans la salle de la Société de géographie, M.
de Récy, dont les conférences sur « l'Evolution or-
nementale » ont eu un si vif succès ces dernières
années, fera au profit de la caisse de retraites de
la « Mutualité Myriam » une conférence sur wla
Flore ornementale dans la sculpture religieuse du
moyen âge ».
On trouve des billets pour cette séance, qu'ac-
compagneront de nombreuses projections lumi-
neuses, chez le concierge de la Société de géogra-
phie, boulevard Saint-Germain, 184. i?.. b
La délégation permanente des sociétés fran-
çaises de la paix, a. pris l'initiative d'organiser un
grand banquet qui aura lieu le dimanche 22 fé-
vrier, à Paris; ce banquet sera offert à MM. La
Fontaine et Charles Richet, tous deux lauréats du
prix Nobel, qui le présideront.
Le congrès national des sociétés françaises de
géographie, présidé par M. de Lasteyrie, membre
de l'Institut, aura lieu à Brive (CorrèzeV du 19
au 26 juillet.
mowwmLX*ES muïocïpales 1
Statistique nianlelpale
Le service de la statistique municipale a compté,
pendant la 5° semaine de 1914,1,159 décès, au lieu
de 1,111 pendant la semaine précédente, et au lieu de
1,048, moyenne ordinaire de la saison.
La fièvre typhoïde a causé 6 décès, la rougeole 6,
la scarlatine 3, la coqueluche 3, la diphtérie 5.
Il y a eu 17 morts violentes et 14 suicides.
On a célébré à Paris 683 mariages.
On a enregistré la naissance de 934 enfants vi-
vants (478 garçons et 456 filles), dont 698 légitimes
et 236 illégitimes. Parmi ces derniers, 27 ont été
reconnus séance tenante.
AU JOUR LE JOUR
Les grandes et petites querelles
de Htehard Wagner r
Pendant les jours d'apothéose, aux premiers
cycles des Niebelungen, à Bayreuth, j'avais de-
mandé au maître s'il pensait toujours au drame
hindou, pour lequel je lui avais récemment en-
voyé le Bahgavat-Gitq, le Bahgavat-Parana, et le
Mahabarata, et si le temps de réaliser cette œuvre
et de la mettre en musique était venu.
« Ce serait plutôt Parsifal », m'avait-il ré-
pondu.
Et l'année suivante, il m'écrivait
Oui, il est question de la musique de Parsifal.
Je ne pouvais plus exister sans me lancer dans
une telle entreprise. ii;
Mon poème, je l'espère, vous fera plaisir.
Le désir me vint tout de silice d'entreprendre
une traduction fidèle de cette œuvre, en apportant
à ce travail tout le dévouement, tous les'soins pos-
sibles.
Je Voulais ne pas traduire tout d'abord le poème
sur la musique, comme on le fait d'ordinaire, car
c'est là, pour le poète, une insigne trahison.
Les auteurs de cette félonie sont, il est vrai,
excusables, ou du moins ils s'excusent, leur for-
fait commis, en des préfaces larmoyantes où ils
cherchent se faire pardonner l'obscur charabia
dans lequel les a entraînés le respect de l'accent
musical.
Ahl l'accent musical! Ses exigences sont vrai-
ment terribles! Qu'importent la pensée poétique,
l'élégance du style, l'expression choisie ? Tout cela
ne signifie rien, pourvu que l'accent tombe bien
en musique, sur les temps forts et les temps fai-
blesl
La difficulté est grande certainement' d'accor-
der la traduction exacte avec la musique; invin-
cible, je ne le crois pas; mais admettons qu'elle)
le soit. Eh bien, résignons-nous; chantons le cha-
rabia puisqu'il le faut, mais par grâce, ne le li-
vrons pas en brochure au public, donnons-lui au
contraire une traduction parfaite, indépendante de
la musique, et qui rende au poète oe qui lui
est dû. ̃
Mon désir, soumis à Wagner, sembla réveiller
en lui le souvenir d'impressions très pénibles, su-
bies, justement, à l'occasion de traductions de ses
poèmes en français.
Je tachai de le rassurer; mais sa méfiance était
profonde. L'élasticité de la langue allemande lui
semblait incompatible avec la rigidité implacable
du français. •
Oh! si vous saviez, m'écrivait-il, combien cela
est impossible de rendre le moindre sens de cette
poésie dans votre langue si conventionnelle! 1
Il céda, cependant, et me promit de m'envoyer
une épreuve du poème dès qu'il serait imprimé.
Vous aurez les épreuves du Parsifal allemand
dans quelques jours. Je n'en ai d'autres, en ce mo-
ment, que le manuscrit qui me sert à composer la
musique. Vous verrez et nous verrons.
Je reçus en effet le premier acte quelques jours
après. Mais le maître n'était pas du tout satisfait
de la typographie. '•
Vous l'aurez reçue, cette malheureuse épreuva
du Parsifal imprimé. Oh! quel goût d' imprimerie
J'avais de la boue sur mon pupitre. J'étais furieux,
et' je tiens à ce que tout soit recommencé.
Je me mis au travail, et alors commencèrent en-
tre nous, ce que Wagner appela « les querelles tra-
ductionnelles ».
Il voulut tout voir par lui-même et fit faire pour
moi, sous ses yeux, une traduction mot à; mot.
Il m'écrivit ,:̃ v '̃̃
Ein furchtbar schœnes Weib; une femme terri;
blement belle.Oh!Eh bien d'une (pourquoi pas
de deux?) beauté terrible. Mais terrible fait rire.1
Bien! beauté .fatale. Rejeté par moi << fatale ».
Mais furchtbar schœne, disons terriiiante;. défen-
du on dit terrifié, mais non terrifiant. Ah! c'est
de la logique, peut-être un peu trop logique pour
une langue qui est un produit de la nature toute
nationale, pendant qu'une académie est très natio-
.nale.ipgique^eiui.autjGe. que vous voudrez, mais ne
produit pa8^e]la!.arcaage.iet décrète la convention*
Et ce qui a régné deux siècles en faisant la gloire
des Français modernes ne sera jamais aboli que.
par la barbarie (ahl je ne parle pas de Hugo).
Je défendis le terrain pied à pied, affirmant que
rien n'était intraduisible, qu'il s'agissait seulement
de trouver le vrai mot équivalent, et que c'était
justement l'avantage d'un écrivain de posséder
beaucoup de mots en sa mémoire.
La traduction, mot à mot, envoyée de Bayreuth
me causa une déception, et je ne sus pas dissi-
muler mon impression.
Il semble, m'écrivit le maître, que vous ayez
cruellement souffert en lisant ces pages! Ne croyez
pas qu'on a traduit littéralement, on n'a fait que
chercher des expressions, sobres à mourir, pour
des choses naïves, dont le sens même est inconnu
aux Français de là cette raideur. On supposait
bien que cela devait être tout autrement arrangé
pour être goûté, par les Français, comme poésie.
Je n'admis pas que les Français fussent incapa-
bles de comprendre les choses naïves, ni qu'il
fallût arranger quoi que ce fût il s'agissait sur-
tout de bien traduire et de soigner le style.
En ce moment, outre la gloire de traduire Par-
sifal, j'avais le plaisir d'être chargée par Wagner
de diverses commissions. Je devais rechercher et
choisir des étoffes, destinées à parfaire l'aména-
gement de Waluf ried, et pourvoir la maison de
sa provision de parfumerie. ̃
Car, disait le maître, nous vivons dans un dé-
sert, dépourvu de toute aménité.
Cette situation amenait dans la correspondance
des alternances bien amusantes entre la genèse
de Parsifal et les commandes affaire" ou à rece-
voir.
Encore un fois soyez prodigue, surtout en ce
qui concerne la quantité des eaux pour bains. J'ai
la baignoire au-dessous de mon atelier et j'aime
à sentir monter les parfums.
Du reste no pensez pas mal de moi; je suis
assez âgé pour me permettre ces enfantillages. J'ai
les trois. ans du Parsifal devant moi et rien ne
doit m'arracher à une douce paix de réclusion,
productive,
Il faut croire, qu'à cette époque, mon caractère
était d'une intransigeance singulière, car j'avais
l'audace incroyable de tenir tête au maître à pro-
pos de tout, même d'un certain satin broché genre
Pompadour. Mais il était plein de mansuétude
J'aime vous voir défendre vaillamment votre
patrie en toute occasion, même quand il s'agit de
reconnaître que Mme de Pompadour d'il y a treize
ans était plus gracieuse que celle d'aujourd'hui.
Il n'était question que de cela quand je parlais
d'un alourdissement du goût. Mais trêve aux que-
relles, d'ailleurs délicieuses quand elle se font en-
tre nous.
Parsifal marche très bien. Avec d'autres échan-
tillons, je vous en envoie un également de ma
musique.
Un nouveau motif de discussion naquit, à pro-
pos du nom de Parsifal
Ce nom est arabe, m'écrivait le maitre. Les an-
ciens trouvères ne l'ont plus compris Parsifal
signifie Parsi (songez aux Perses adorateur du
feu); fal, dit fou" dans un sens élevé, c'est-à-
dire homme sans érudition mais de génie. Felloio,
en anglais, paraît être en rapport avec cette ra-
cine orientale. Vous apprendrez pourquoi cet
homme naïf portait ce nom arabe. P.q
Cette affirmation me troubla beaucoup, sans
me convaincre absolument. Parsival, leRera Val-
lee, l'homme qui ne craint rien, passe à travers
tout, un Arabe?. C'est la premièçe fois qu'on
voyait ce nom écrit par un f. ••̃•'̃̃̃'
Après avoir avoué à Wagner mon inquiétude, je
fis une enquête auprès des plus émînènts orienta-
listes. Aucun ne découvrit, en arabe, le mot fal si-
gnifiant fou. A force d'interroger les dialectes /on
trouva « prédestiné »,-mais ce mot rie suffisait
pas au maître.. '̃̃'
Moi, je ne connais pas l'arabe, c'est un savant
allemand, Gcerres, premier éditeur de l'ancien Lo~
hengrin, qui traduit le nom de Parsifal de la sorte:
le prédestiné est bon, mais ce sens ne suffit pas;
c'est le garçon fou, sans érudition, sans académie,
ne comprenant rien que par la compassion, qu'il
ne faut. Cherchons Peut-être y à-t-il un dia-
lecte arabe qui. entend autrement.
Ce Gœrres était 'un sinologue distingué, qui
avait traduit du persan en allemand, le Chah Na-
meh, étudié les légendes du moyen âge et publié
le premier celle de Lohengrin.
« Cherchons »̃
Sur ce mot, on se remit en campagne, ren
La petite Histoire
M DÉPOTÉ D'flOTREFOIS
Presque tous les grands' premiers rôles du
drame révolutionnaire ont trouvé leur historio-
graphe nous connaissons à peu près mainte-
nant sinon l'âme et la pensée secrète, du moins
Javie extérieure de Danton, de Robespierre,
de Chabot, de Carrier, de Saint-Just et d'un
certain nombre de leurs collègues. Mais les au-
tres, les comparses, ceux que le hasard d'une
élection bâclée envoya siéger à la Convention
et qui, sans audace, sans talent, sans ambition
d'aucune sorte, y tinrent une place tellement
modeste que si l'on n'avait eu parfois recours
au vote nominal, leur nom ne figurerait même
pas aux tables du Moniteur? De ceux-là on ne
sait rien; les biographies les plus complètes leur
consacrent à peine quelques lignes, souventer-
ronées. Leur aventure -mérite mieux que cela,
pourtant, car imagine-t-on combien devaient
tre ébahis et déroutés ces demi-bourgeois,
petits homme de loi ou cultivateurs, élevés
dans le respect prosterné du pouvoir souverain,
lorsqa'ils se virent. tout à coup investis, pour
une part, de cette toute-puissance redoutable
et appelés à résider dans le vieux palais des
rois? Un candidat d'aujourd'hui, en sollicitant
les suffrages de ses concitoyens, sait à quoi il
s'expose d'autres l'ont précédé dans la voie
où il s'engage; le chemin est tracé, la besogne
facile, l'aléa réduit au minimum. Mais ceux de
1792 étaient les premiers; jamais, pour la plu-
part, ils n'avaient quitté leur province, et quand,
leur mandat de député eri poche, ils débar-
quaient de la diligence, revêtus de leur meil-
leure houppelande et coiffés de leur chapeau
le plus neuf, afin de faire figure dans ce ter-
rible Paris où ils ne connaissaient personne,
ils ne savaient évidemment où tourner et
ignoraient tout des fonctions qu'ils allaient
avoir à remplir.
En voici un, peu célèbre, Jacques Quein-
nec. que deux cent soixante-huit électeurs du
Finistère ont nommé député à la Convention
nationale. Queinnec est tisseur de toile à Ké-
morvan en Plôuhéour-Menoz, dans le district
de Morlaix c'est un brave homme, marié en
1779 et père de 'six enfants. En quittant son
hameau il laisse sa femme enceinte pour la
septième fois. Il n'est pas instruit, car son or-
thographe est fantaisiste il abandonne, mani-
festement à regret, son hameau, sa famille et
son tissage c'est sans enthousiasme qu'il se
met eif route pour Paris, dû il se logerueSaint-
Hpnoré, non loin de la halle. Le voilà aux Tui-
leries, parmi les élégants messieurs de la Gi-
ronde, les beaux parleurs, les empressés qui
sont là comme chez eux et dont il admire l'ai-
eance et la faconde. Ah! comme il doit se
sentir dépaysé 1 Il n'a pas un mot à dire et il a
trop.de bon sens pour s'illusionner sur son im-
portance. Non point qu'il ait peur; il est crâne et
il le prouve, en janvier 1793, lors du procès du
roi. Tandis que tant d'autres, par crainte, pro-
noncent la mort, Queinnec dit simplement:
« Je ne suis pas juge; je ne puis donc voter
que pour la détention pendant la guerre et la
déportation à la paix. » Ce fut son seul « dis-
cours » de toute la législature, et cette courte et
courageuse harangue le classa irrémédiable-
ment, quoique fervent républicain, parmi les
modéres, c'est-à-dire parmi les suspects. Le
3 octobre, il est inopinément arrêté, en pleine
Convention, avec soixante-quatorze collègues
coupables d'avoir protesté, comme lui, contre
le coup d'Etat parlementaire: du 31 mai. Le
voilà en prison, dans un grenier de la Mairie
d'abord, avec un morceau de pain pour toute
pitance; puis à la Grande-Force, parmi les
faussaires, les voleurs et les'âssassins, jusqu'au
I'our où un transfèrement aux Madelonnettes
lui donnera pour compagnons des fiévreux, des
scorbutiques et des galeux. C'est à peu près là
tout ce qui lui fut révélé des séductions et des
agréments de Paris.
Et cette captivité se prolongea durant treize
mois. Que pouvait bien penser la pauvre Mme
Queinnec qui savait son mari- érï prisôrït sans
connaître aucune des causes ni des péripéties
de sa détention, car il eut grand soin de ne lui
en écrire les détails qu'après sa mise en liberté?
Je doute qu'à Plounéour-Menez, on comprît
quelque chose aux partis qui divisaient la Con-
vention, et les mieux renseignés du village de-
vaient se demander avec stupéfaction par quel
miracle leur député, Breton pur sang, était tout
à coup désigné comme étant de la « Gironde ».
A moins qu'ils ignorassent non seulement la
signification politique, mais le mot même de
Girondin, ce qui est bien possible. Auquel cas,
ils en étaient réduits à imaginer que l'honnête
Queinnec, subitement perverti parle contact
avec ces écervelés de Parisiens, avait «mal
tourné» et commis quelque méfait grave. D'une
façon générale on constate, en effet, que ce qui
se passa depuis la chute de la monarchie jus-
qu'à l'établissement au Consulat resta parfaite-
ment indéchiffrable pour l'immense majorité
des Français. On ferait un gros livre des anas
et balourdises qui témoignent de cette « in-
compréhensibilité » absolue. Un exemple entre
mille certain commissaire limousin, dénon-
çant le « fanatisme des paysans de Meymac,
écrivait « Je regarde ces paroisses comme
un la Vendée! » Celui-là avait vaguement
entendu parler de la Vendée, et dans son igno-
rance attendrissante, il se figurait que c'était là
quelque monstre dans le genre de la bête du
Gévaudan; ce qui ne l'empêchait pas de con-.
seiller « Un peu de guïlleautinc dans le pays
ne ferait pas de mal » »
Pour revenir à Queinnec, il reprit, aprèsTher-
midor, sa place à la Convention, bien persuadé
que Robespierre avait été le seul auteur de
tous ses malheurs, semblable en cela à ces
« utilités » qui, au théâtre, jouent un tout petit
bout de rôle dans une pièce dont ils ne con-
naissent rien d'autre que l'unique « réplique »
qui leur est attribuée. Et ils étaient trois cents
comme cela dans la Convention, trois cents
sans lesquels les protagonistes n'auraient rien
pu faire et dont Queinnec fut l'un des plus
braves. C'est pourquoi on doit beaucoup de
gratitude à M. P. Hémon qui, mieux informé
que tout autre des choses et des gens de la
Bretagne révolutionnaire, a entrepris et mené
à bien la tâche ingrate de nous révéler
l'existence politique de cet obscur légis-
lateur. II est beaucoup plus difficile d'é-
crire la vie d'un inconnu que celle d'un
héros à grand fracas; il y faut une patience,
un soin, une minutie d'érudition à décourager
un bénédictin; un tel travail exige surtout ce
que possède au plus haut point M. Hémon
une connaissance parfaite des archives locales
et un sens critique des plus avisés. (La Révolu-
tion en Bretagne. Notes et documents. Queinnec
(Jacques), deputé du Finistère à la Convention
et aux Cinq Cents. Brochure in-8°. Rennes.
Extrait des Annales de Bretagne, novembre
1913-janvier 1914.)
Ge qui étonne le plus dans le récit de M. Hé-
mon, c'est que le bonhomme Queinnec, quoi-
que toujours prudemment silencieux sur les
bancs de rAssembléé,cfuoiqùe n'ayant goûté,
de Paris, que les cachots et les geôliers', fut si
bien conquis par,le charme de la capitale qu'il
ne voulut plus la quitter. On croirait qu'il n'a-
vait qu'une hâte, celle de retrouver son clo-
cher, ses métiers à tisser, sa femme et ses sept
enfants, dont un qu'il n'avait jamais vu. Il n'y
songeait pas, tant est grand l'attrait du pouvoir,
même très modestement occupé. Presque tous
ses collègues étaient dans le même cas. Nul
n'ignore, en effet, que lorsque les conven-
tionnels arrivèrent à l'échéance de leur man-
dat, ils témoignèrent presque unanimement
le plus vif désir de ne point rentrer dans
la vie privée. Soit qu'ils eussent pris en
dédain l'existence provinciale, soit que ju-
géant, de leur discrédit, ils comprissent que
les électeurs se montreraient récalcitrants, soit
enfin qu'ils estimassent, en bons patriotes,
qu'on ne rencontrerait jamais sept cent cin-
quante Français aussi habiles, aussi intègres,
aussi courageux qu'eux-mêmes, ils décrétèrent
que les deux tiers du Corps législatif appelé à
les remplacer seraient obligatoirement choisis
parmi les membres de la Convention. Et par
un agréable euphémisme, ils présentaient cette
carte forcée sous ce titre engageant Loi sur
les moyens de terminer' la Révolution. C'était
'une tentative de représentation proportion-
nelle, un peu bien brutale et cynique, et con-
tre laquelle les collèges électoraux protestè-
rent à leur façon car malgré les pressions de
toutes sortes, malgré des truquages éhorités,
379 conventionnels seulement furent élus à la
nouvelle Chambre; mais le cas était prévu, et
ces 379, aussitôt réunis en assemblée électorale,
repêchèrent charitablement les 121 compères
rejetés par le suffrage du peuple. Queinnec fut
de ceux-là, non sans peine, car tous ses collè-
gues sauf une vingtaine briguaient fu-
rieusement la même faveur. Et comme aucun
ne consentait à retourner chez soi, il fallut ca-
ser les naufragés à Paris. On leur distribua,
en manière de consolation, des places de mes-
sagers d'Etat, de commis dans les bureaux,
d'huissiers dans les ministères. « Faute d'em-
plois, écrit Taine, ils accepteraient d'être ba-
layeurs de la salle. » » '̃
De cette ruée naquirent deux Chambres
les Anciens et 'les Cinq Cents; bizarrement
composées. Tel qui avait démissionné fut quand
même appelé à siéger; un décédé fut tiré
au sort, et pendant un an,. considéré comme
étant toujours en fonctions, tandis qu'un autre,
vivant et présent, était au contraire omis sur
les listes d'appel. Certains, qui n'avaient pas
été élus du tout, se trouvèrent admis à faire
partie des deux Conseils à la fois, et même un
députe fictif, du nom de Félix Hamon, figura
comme membre de plusieurs commissions au
Conseil des Anciens, jusqu'à ce que, en 1797,
on s'aperçût, par hasard, qu'il n'y avait pas de
député de ce nom-là et que le mystérieux Félix
Hamon ne figurait sur le procès-verbal d'élec-
tion d'aucun département.
Ce désarroi aurait pu nuire au prestige des
représentants s'ils n'avaient pris la précaution
d'imposer le respect aux masses en s'affublant
d'un costume imité du Sénat romain; le brave
Queinnec, sans souci du ridicule, troqua doci-
lement sa petite veste, son chapeau à rubans
et son gilet breton contre une longue robe
blanche nouée d'une ceinture bleue, un man-
teau écarlate et une toque de velours bleu.
Cette noble défroque ne le rendit pas loquace,
car il ne parut pas à la tribune des Cinq
Cents plus qu'il n'était monté à celle de
la jConvention; mais ça ne l'empêchait pas
de se bien montrer dans toutes les occà-
sions où il n'y avait rien à dire. C'est ainsi
qu'on a de lui. une. lettre enthousiaste où
il conte à sa femme le grand banquet offert, le
23 décembre 1797, par le gouvernement et les
deux Conseils, au général Bonaparte, « le plus
grand homme dont les annales ont fait men-
tion »." L'ë'rêpas é'talf pôûF'quàtre" h'è'ùres de
l'après-midi, à la galerie du Louvre, et Quein-
nec y fut exact; mais après deux heures d'at-
tente, constatant que le potage et les invitésde
marque se faisaient désirer, il s'en alla, avec
quelques collègues, drapés comme lui de la
toge antique et coiffés du bonnet bleu, se res-
taurer dans un cabaret voisin. A sept heures
seulement, le canon annonçant le commence-
ment du festin, les législateurs dispersés
coururent reprendre leurs places. Quelle'
bombance Elle rappelait aux Bretons « la
fête du boudin »! Une table de six à sept
cents couverts, un servant pour cinq ou
six mangeurs, mille bougies, quinze toasts,
autant de chants civiques, des fanfares, des
roulements de tambour, des défilés de grena-
diers, des salves d'artillerie et quel. « fricot »,
que de sortes de liqueurs! Le «cinq-cent» émer-
veillé, renonce à les énumérer; mais pour la
première fois qu'il ouvrait la bouche, il s'en
donna à cœur-joie. Je pense bien que toutes
ses lettres n'ont pas été retrouvées de celles
que nous connaissons, cette dernière est la
seule triomphante l'austère ex-conventionnel
ne dissimule pas que le plus beau jour de sa .vie
est celui où, déguisé en consul romain, dans
la galerie du Louvre, il eut: l'honneur de par-
tager un repas somptueux avec le jeune héros
qui allait bientôt bâillonner la République..
Il fallut pourtant bien descendre de ces som-
mets et retomber à la vie paysanne. En mai
1798, son tour arriva de quitter les Cinq Cents,
jst .simple,, citoyen,, jl.peyj^jt à pjouji£OujvtyferçPz
où il' n'avait pas, mis ;Ie pied depuis près dé six
années et quelles années Il retrouva sa
femme, ses enfants, ses métiers, endossa pour
le reste de ses jours la petite veste noire et
coiffa, pourn'en plus porter d'autre, le sombre
feutre à larges rubans tombant sur la nuque.
Mais il prit soin de serrer, dans le tiroir d'un
bahut, son beau costume à l'antique, son man-
teau écarlate et sa toque de velours bleu. Ils y.
sont encore. On les découvrit là, en 1817, après
la mort de Queinnec, et l'un de ses petits-fils
conserve aujourd'hui ces reliques du bon-
homme d'aïeul qui, né pour l'existence simple
et paisible, connut ce sort extraordinaire de vi-
vre, un temps, dans l'ouragan, de juger un roi,
d'entendre Danton tonner, de coudoyer Robes-
pierre et de dîner avec Bonaparte.
G. LENOTRE.
Nous publierons demain la Causerie scien-
tifique de notre éminent collaborateur M.
EDMOND PERRIER.
HOMMES DU JOUR
A. l'Elysée
Le président de la République a reçu hier M. Ga-
briel Fauré et une délégation des « Amis du Con-
servatoire » le bureau de l'orphelinat et des mai-
sons de retraite des serviteurs de l'Etat» et le bu-
jreau do l'Association des étudiants en:pharmacie
de France.
M. Haoul Péret chez les aveugles
M. Raoul Péret, sous-secrétaire d'Etat à l'inté-
rieur, accompagné de M. Mirman, directeur de
l'assistance et de l'hygiène publiques, a visité hier
après-midi l'institution nationale des, jeunes aveu-
gles. Reçu par M. Winter, directeur de l'institution,
et les membres de la commission 'consultative, M.
Péret a assisté, dans la section des filles, puis dans
celle des garçons, à divers exercices d'enseigne-
ment intellectuel, de travail professionnel, de gym-
nastique, de musique.
Le sous-secrétaire d'Etat a remercié de leur dé-'
vouement le personnel de l'institution et a félicité
tout particulièrement M. Mahaut, professeur aveu-
gle et secrétaire général de la Société de patronage e
et dé placement des anciens élèves, nommé récém-
ment à ce double titre chevalier de la Légion
d'honneur.
Election sénatoriale
Ariège. Les électeurs sénatoriaux du dépar-
tement de l'Ariège sont convoqués pour le 29 mars
à l'effet d'élire un sénateur, en remplacement de
M. Bernère, décédé.
L'élection des délégués est fixée au 22 février.
Une démission
M. Léon Buirette vient d'adresser au préfet de
la Marne sa démission de ses fonctions de maire
de Suippes et de conseiller général du canton de
Suippes. Il expose en ces termes les motifs de sa
décision
J'ai eu l'imprudence, en 1910, de fonder à Suippes,
ville ouvrière, une pouponnière municipale. Je croyais
pouvoir, compter.sur le concours de l'Etat et celui du
département.
Or voici sous quelle forme cet appui se manifeste
le département, après avoir voté une somme de pre-
mier établissement, ne nous donne aucun secours; quant
à l'Etat c'est beaucoup mieux.
Mon frère et moi avions souscrit deux mille francs
pour les premiers frais, en nous engageant il faire l'ap-
point annuel pour équilibrer le budget, ce que nous
avons fait. La direction de l'hygiène, à la destinée de la-
quelle préside mon cousin Mirman, nous alloue péni-
blement 330 francs par an environ.
Or, l'Etat s'avisa qu'il pouvait rentrer dans ses fonds,
et l'enregistrement vint un beau jour me réclamer 9'0/0
de droits sur les 2,000 francs que nous avions donnés.
Je me récriai et refusai de payer.
L'affaire en resta là. Je devais voir notre aimable di-
recteur départemental à ce sujet.'
Or, aujourd'hui, sans le moindre avis préalable, je
reçois commandement par huissier d'avoir à payer 18 0/0
de droits plus les frais, soit une somme de 370 francs.
Et l'Etat nous subventionne de 330 francs C'est déli-
cieux 1
Je payerai, car je suis menacé de voir la somme dou-
blée.
J'apprécie la plaisanterie et ne songe nullement à
m'en fâcher. Mais comme je n'ai pas la bourse de Peter
Schlemil, je suis obligé de restreindre mes frais. Il'me
faut choisir entre la satisfaction assez lointaine de la po-
litique, toujours un peu coûteuse, et la joie plus im-
mediate de faire œuvre d'humanité.
Je n'hésite pas. J'abandonne la première au profit de
la seconde et j'entends me consacrer aux améliorations
sociales plus difficiles à réaliser qu'à voter ou à préco-
niser.
Les opérations
des caisses d'épargne
Voici le relevé desopôrations des caisses d'épar-
gne ordinaires avec la Caisse des dépôts et consi-
gnations, du 1er au 10 février 1914
Dépôts de fonds. 9.739.31971
Retraits de fonds. 6.022.815 41
Excédent de dépôts. 3.716.504 30
Excédent de dépôts du 1" janvier au 10 février
1914 940,384 fr. 88.
JOURNEE PARLEMENTAIRE
LE SÉNAT
SÉANCE DU 10 FÉVRIER
l'impôt sur le revenu
DISCOURS DE M. JOSEPH CAILLAUX
M. Caillaux, ministre des finances, a prononcé
hier, devant une assistance aussi attentive que
nombreuse, le discours qui était attendu impa-
tiemment sur le projet de loi d'impôt sur le re-
venu.
Le ministre des finances a commencé par deux
historiques, d'abord celui de tous les projets ou
propositions déposés depuis quarante-trois ans,
depuis l'Assemblée nationale de 1871 et ayant pour
objet, de près ou de loin, l'impôt sur le revenu;
puis celui des diverses transformations du système
fiscal français, depuis la Révolution jusqu'à l'é-
tablissement, au milieu du siècle dernier, du sys-
tème fiscal actuel.
M. Caillaux estime que le système actuel, mal-
gré tous les services qu'il a rendus, ne répond
plus aux exigences modernes et qu'une réformeN
s'impose.
Sur quelles bases s'appuiera cette réforme?-
C'est ce qu'il explique, en exposant le projet de
loi voté par:la Chambre et dont il garde les lignes
essentielles.
« Ce projet, dit le ministre, part de cette idée
qu'il faut tout d'abord taxer à des taux différents
les revenus des capitaux, les revenus mixtes du
travail et du capital; enfin les revenus du tra-
vail, puis, à l'imitation de la supertaxe anglaise,
superposer à tous les impôts pesant sur les di-
verses catégories de ressources, un impôt com-
plémentaire sur l'ensemble du revenu. »
M. Caillaux entre dans le détail. Examinant
d'abord les impôts sur les revenus des capitaux,
il est amené à parler de la. rente française, et il
dit
Tous les revenus de capitaux sont également taxés
au taux de 4 0/0. Je ne vois pas que cela puisse souf-
frir une observation, réserve faite d'une question im-
portante, que je laisse de côté pour le moment, mais
que chacun aperçoit la question de la taxation de la
rente. Sur ce 'point, nous aurons sans douté l'occasion
de discuter; je répéterai alors ce que j'ai déjà dit, c'est
que je ne peux pas concevoir un impôt sur le revenu
qui exempterait toute une catégorie de possesseurs de
revenus. Quant au point de savoir comment l'impôt doit
être assis soit comme je l'avais proposé dans mon
projet primitif,' sur déclaration du.rentier, soit par voie
de retenue sur le coupon, c'est question secondaire.
Ce qui est certain, c'est que l'exemption de toute une
catégorie de revenus est inconciliable avec le principe
de l'impôt sur le'revenu.
Lès revenus des capitaux étant « tous égale-
ment taxés. sans faveur d'aucune sorte », il s'agit
de taxer les revenus du commerce et de l'industrie..
Sur ce point le ministre reconnaît que le rempla-
cement des patentes est « singulièrement difficile
à établir ». Eniîn pour ce qui concerne l'impôt
complémentaire, le ministre proclame qu' il ne
peut reposer que sur là déclaration, et que, néces-
sairement, la déclaration doit être contrôlée ».
Le ministre' alors rappelé les votes successifs
par lesquels la Chambre a adopté les articles im-
portants et l'ensemble du projet qu'elle a envové
au Sénat. -̃•; • ̃• ̃•- ".̃>̃• •"̃̃ ̃ •••«•u r -.>̃'
Après une. suspensldn'idë séanbè7;M:;Cai!làu:xy'ïë'-
prenant son discours, a fait la critique du projet
de la commission sénatoriale, à qui il reproche
notamment d'imposer au fisc l'« obligation d'éva-
luer les revenus de 5 millions de personnes ». Il
répond ensuite à l'objection contraire dirigée par
la commission contre le projet de là Chambre en
ce qui concerne l'impôt complémentaire, lequel
n'atteindrait que 500,000 personnes, « 500,000
otages ». Ici nous citons textuellement
Le ministre. Messieurs, j'entends qu'on a été frap-
pé par une objection en sens contraire à l'égard d'un
impôt complémentaire ne s'appliquant qu'à 500,000 per-
sonnes représentées comme des ilotes. J'entends, d'autre
part, que des objections seront élevées contre le régime
de la déclaration et contre le régime de la
taxation d'office. En ce qui touche le fait que
100,000 personnes seraient considérées comme vouées à
la vindicte de leurs concitoyens, parce qu'elles paye-
raient un peu plus d'impôt que les autres, je me per-
mets de faire observer que, dans les pays étrangers, le
nombre des contribuables soumis aux taxes de l'espèce
est singulièrement plus réduit encore.
En Angleterre, je vous le disais, c'est 11,000 per-
sonnes.
M. Charles Ripu. Ce n'est pas comparable; en An-
gleterre, il y a des fortunes énormes.
M. Gaudin de Villalne. Vous comparez l'Angleterre
et la France, cela ne se peut pas! I
Le ministre. J'entends l'objection, que j'attendais et
que j'ai peut-être provoquée. Nous allons voir s'il n'est
pas légitime d'exiger un sacrifice supplémentaire d'une
portion de la nation.
Je voudrais, en parlant avec toute la mesure possi-
ble, montrer quel est l'état réel des fortunes dans ce
pays-ci.
Si on prend l'annuité successorale vous savez ce
que c'est si on la multiplie par le, chiffre, générale^
ment adopté, peut-être un peu faible; de 36f c'est-à-dire
si on suppose que la fortune entière de la France passe
tous les trente-six ans sous les yeux du 'fisc, on arrivé à
trouver que l'actif net total de la France est de 195 mil--
liards. Je crois ce chiffre inférieur à la vérité, pour deux
raisons la première, c'est que le multiple 36 est trop
faible, il devrait être de 40; la seconde, c'est qu'il est
incontestable que, dans les déclarations de successions,
il' y a des évasions de matière imposable. Par consé-
quent, il ne faudrait pas conclure du chiffre que Je
donne que la fortune totale de la France est de 195 mil-
liards seulement. Mais peu importe, car ce sont les pro-
portions que je vais considérer.
Quand on examine comment se divise cet actif net
total de 195 ou 250, milliards, on aperçoit que le quart
environ, soit 51 milliards, est détenu par 19,000 person-
nes, que près des trois quarts, soit 136 milliards, est
̃ détenu par 539,000 personnes et qu'ainsi.
M. Gaudin de Villaine. Vous êtes joliment 'bien
renseignél
Le ministre. Ce sont des calculs mathématiques.
M. Le Cour Grandmaison. Ce sont des moyennes 1
Le ministre. Nous envisageons toute la fortune de
la France. Ce ne sont nullement des moyennes. Je tiens
à préciser, parce qu'il faut que la question soit bien
établie devant le Sénat.
M. Eugène Lintilhac. Ce sont des proportions.
Le ministre. Nous connaissons la fortune de la
France par les successions qui passent tous les ans à
l'enregistrement. On les relève; on prend la moyenne de
six années; et par conséquent, dans cette moyenpe de
six années, on a la décomposition de toutes les for-
tunes. Si on multiplie les éléments que fournissent ces
moyennes par une coefficient qui, dans la circonstance,
est 36, mais qui, comme je viens de le faire remarquer,
pourrait être élevé jusqu'à 40, on arrive a connaître,
non pas avec une certitude absolue mais \avec une
approximation très suffisante, comment se divise la
fortune de la France. Or je le répète, bien près des trois
quarts du total, 'soit 13b milliards, sont entre les iftams
de 539,000 personnes.
M. Hervey. Mais vous tenez compte des enfants ?
Le ministre. Bien entendu! Je parle des familles.
Mais lorsque l'on parle de taxer 500,000 personnes, il
s'agit, vous le savez bien, de àOO,000 familles. Et comme.
vous l'apercevez, le but de mon raisonnement est de
montrer que les sociétés modernes sont constituées de
telle sorte qu'elles déterminent des inégalités de for-
tune assez choquantes et que l'on peut mettre en relief
en signalant ce fait, parce qu'aujourd'hui, en France,
il n'y a pas plus de 539,000 chefs de famille proprié-
taires d'un capital supérieur à 50,000 francs..
N'est-il pas juste de demander à ces privilégiés, qui
dans notre état social, par suite de raisons que chacun
pressent, et de causes économiques parfaitement légi-
times, détiennent les trois quarts du capital de la na-
tion, n'est-il pas juste, dis-je, de leur demander un sa-
crifiée supplémentaire?'
Ah! si vous pouvez arriver à démêler ce que, dans
l'état actuel des choses, payent les fortunes, vous serez
fort habile monsieur le sénateur; mais je puis vous
affirmer que si, encore aujourd'hui, une de ces person-
nes privilégiées a toute sa fortune placée dans une cer-
taine catégorie de valeurs, elle ne paye presque rien, ou
du moins rien que la contribution personnelle-mobi-
lière; et que demain, si vous adoptiez le système de la
commission, et si cette personne conservait une partie
de ces valeurs, elle ne payerait rien,'ou à peu près
rien sur toute cette partie de sa fortune, ̃ l
Un sénateur (à droite). Je .paye 15 0/0, pour ma
part 1
Le ministre. Il est indispensable que cessent com-
plètement, du haut en bas, sans exception ni distinc-
tion, tous les privilèges et tous les avantages de ce
genre.
Il est indispensable aussi, que ceux qui, par une
heureuse chance, sont au nombre de ces 539,000 privi-
légiés détenant les trois quarts de la fortune de la
"nation, apportent à l'oeuvre du, développement de la
France, du maintien de sa sécurité dans le monde une
obole un peu plus importante que celle qu'ils payent à
l'heure actuelle. •
Le ministre a terminé par les considérations
suivantes que nous reproduisons intégralement
Le ministre. Je conçois que la haute Assemblée,
saisie d'un projet transmis par la Chambre des députés,
ait été conduite, par l'esprit de prudence qui est, dans
une certaine mesure, sa raison d'être, à l'examiner de
très près. '•'̃'̃
Je comprends qu'elle ait examiné' dans le plus grand
détail le système de l'imposition des bénéfices indus-
triels et commerciaux; et sur ce point; 'il est aisé, à
mon sens,' d'arriver à des formules susceptibles d'as-
seôirl'1une réforme démocratique sans que j'ai quel-
que peine à me servir de cet exemple notre'monde
cohiinercial s'en émeuve plus que, dans les provinces
qui nous ont été arrachées, on ne s'est ému quand la
patente a été remplacée par l'impôt sur la productivité.
Le rapporteur. Vous faites des concessions dont
nous prenons note.
Le ministre. Je conçois que sur ce point le Sénat
et ^a commission envisagent une modifloation au projet
de }& Chambre.
Je conçois que sur la matière des exemptions à la
base et des abattements, il y ait une œuvre nécessaire
à faire. Je conçois sans partager l'opinion qu'on
eût été conduit à réduire le champ de l'impôt complé-
mentaire, à pousser passëz-moi l'expression un peu
vulgaire du côté des cédules, des impôts sur les
catégories de revenus, qui ne peuvent pas être des
impôts décevants, qui sont des impôts solides, produc-
tifs, ce qui après tout est la première qualité de l'im-
pôt, n'estril pas vrai?.
M. Touron. Pour le ministre des financée.
Le ministre, Je conçois cela; j'aurais compris
que, s'adaptant au projet de la Chambre, votre com-
mission vous proposât des modifications sur ces points,
avec un impôt complémentaire qui, notez-le bien, est
beaucoup moins un impôt qu'un tarif, qui est, en
somme, une manière d'aboutir à la progression.
J'aurais compris que l'on vous proposât un tarif
plus restreint, de façon à 'écarter les aléas financiers
qui, en fait, peuvent s'attacher, dans une certaine
mesure, à l'institution d'un grand impôt complémen-
taire.
Mais j'ai peine à concevoir le système qui vous est
proposé; il aurait je croie, s'il était adopté, le sort qui
fut réservé à quelques tentatives de réforme.
Toutes lès fois que l'on a voulu transformer dans
ce pays la contribution personnelle-mobilière, l'année
suivante, souvent quelques mois après, la mesure a
été /rapportée..
G?est. ainsi qu'en 1831, on a voulu faire de cette con-
trliJWHoiKunimpôtrfde quotité; en 1832, la mesure étaft'
rapportée';) II y d: quelques années, îbn voulut faire une
réforme qui dérivait d'un projet d'impôt sur le revenu
déposé devant la Chambre, en opérant la péréquation
des contingents de la contribution personnelle-mobi-
lière. C'était un amendement d'un député, M. Lemoi-
gne. Quelques mois plus tard, on était obligé de' revenir
sur ce que l'on avait fait.
Pourquoi cela? Parce qu'il est de vieilles maisons
que l'on ne peut pas réparer. M. Ribot, jadis, dans un
de ses très beaux discours et en disant cela, je n'en-
tends pas établir de distinction, dans lequel il com-
parait le système fiscal de la France à un édifice; a pu
justement exprimer le regret que cet édifice, qui avait
été très bien construit jadis, eût été insuffisamment en-
tretenu. Je vais même traduire un peu brutalement sa
pensée, si vous le permettez, en disant que M. Ribot
estimait que nous avions été paresseux.
M. Ribot. Je le crois bien 1
Le ministre. pendant une longue série d'an-
nées. C'est parfaitement vrai; si l'on avait entretenu
la maison.
Un sénateur (à droite). Elle est encore d'un bon
rapport..
Le ministre. si l'on avait changé un pan du
mur, on n'aurait pas échappé pour cela à la réforme
qui vous est proposée on y serait même arrivé beau-
coup plus tôt, plus facilement; il y aurait un moindre
changement à apporter, parce que des transformations
successives auraient été opérées.
Mais que voulez-vous? Nous avons un'système d'im-
pôts qui conserve, certes, de très grands mérites je
l'ai déclaré à diverses reprises, mais qui ne peut
-plus, tenir, à l'heure actuelle, car il ne répond plus aux
nécessités du temps, aux transformations de la ri-
chesse car il fait la part vraiment trop belle aux fa-
vorisés de la fortune; car il est trop lourd pour les
possesseurs de petits revenus. Il a d'ailleurs cet incoh-
venant considérable d'être inadéquat aux 'réaiités. et-de
ne. pas permettre, alors que des charges nouvelles nous
incombent de toutes parts, d'obtenir le supplément d'ef-
forts qu'il est indispensable de réclamer pour des rai-
sons de justice et de salut financier. Nous sommes donc
obligés de faire la réforme; mais il faut la faire nette-
ment, franchement, j'allais dire hardiment.
Persuadons-nous bien, messieurs, qu'en pareille ma-
tière, les demi-mesures sont les plus déplorables de
toutes.
ce que je ne crois pas, le projet de la commission
aboutissait, voulez-vous que je Vous dise ce qui arri-
verait ?
"Avant un an, avant six mois peut-être, il faudrait re-
venir au projet des cédules, tel que nous l'avons pré-
senté. ̃
A moins que j'appelle votre attention sur ce point"
vse tournant vers la droite) à moins qu'en instituant
une déclaration préparée dans des conditions autre-
ment audacieuses que celles du projet voté par la
Chambre on n'ait préparé la voie à l'impôt tel qu'il fonc-
tionne de l'autre côté du Rhin et dont je ne suis pas
partisan, je le déclare nettement.
Il n'y a donc, messieurs, qu'une seule procédure, une
seule manière de conduire la réforme, de l'orienter dans
le sens du développement de notre fiscalité, c'est de
créer des impôts sur toutes les sources de revenus, de
oompléter, en d'autres termes, les impôts qui pèsent
déjà sur la terre, sur les, maisons, sur les commerces,
en les transformant suivant les règles de la justice, en
ayant,' eh même temps, la hardiesse de demander un
peu plus à ceux qui sont au sommet de l'échelle.
3f. CAa!cs Riou. Par quels moyens?
.Le,minlstre, .pour demander un peu moins à
ceux qui sont en bas; et surtout de faire franchement
une. réforma qui soit viable, qui puisse être mise en pra-
tique .dans, un an, lorsque les travaux de l'administra-
tio^ .seront terminés, lorsque le délai réclamé dans le
projet ,yp Je par la. Chambre sera expiré, une réforme qui
PS^se donner à 'ce pays la sensation d'une grande œu-
vre de justice, et en même temps, procurer au Trésor
l'augmentation de ressources dont il a besoin.
Il est indispensable de réaliser cette double condition.
Le. gouvernement demandera au Sénat, avec insistance,
de vouloir bien se rapprocher du système sorti des déli-
bérations de la Chambre il le priera instamment, tout en
envisageant les modifications nécessaires, de vouloir
bien s'écarter d'un système qu'il ne peut pas considérer
comme applicable et de s'engager, au contraire, avec
hardiesse; avec netteté, avec franchise, dans la voie
d'impôts frappant les diverses catégories de ressources,
combinés àveo un impôt sur l'ensemble du revenu; de
façon que ce pays puisse bénéficier d'un système pré-
sentant le double avantage d'offrir des bases de produc-
tivité plus grandes pour le Trésor et de contenir plus de
justice pour les contribuables.
Incident
Au moment où la séance fut suspendue, pen-
dant que les sénateurs sortaient de la salle, un
individu s'est levé dans les tribunes, et a crié
« Bandit! canaille! il m'a dépouillé! » L'es huis-
siers se précipitent. Ils font sortir l'homme exalté
qui unit dans les mêmes récriminations, les mi-
nistres des finances passés et actuels. Mené à la
questure, il a été interrogé; on a appris que c'est
un ancien percepteur de la Vienne qui avait été
déplacé. Il a été conduit hors,du Sénat.
>̃̃>̃̃ +.
LA CHAMBRE
SÉANCE DU 10 FÉVRIER
'J Le înflgef. Qnsstîoos diverses >̃
La Chambre a discuté et voté-" hier le dernier
chapitre du budget des, travaux publics qu'elle
avait à adopter et qu'elle avait réservé, le chapi-
tre 100, relatif aux voies navigables; et elle a
djfcuté et voté les 56 chapitres, du budget du
travail.
Ainsi se trouve terminé, en trois séances, l'exa-
men des cinq budgets de dépenses sur lesquels les
rapports sont déposés; on espère que d'ici à lundi,
jour auquel doit recommencer la discussion du
budget, les rapports sur d'autres budgets seront
distribués.
Les inondations
Sur le chapitre 100 des travaux publics, M. Al-
bert Thomas- a demandé où en étaient les projets
de travaux pour mettre Paris l'abri des inonda-
tions, Après les graves désastres de 1910, la com-
mission extraparlementaire a prévu comme opéra-
tiens nécessaires l'élargissement du bras de la
Monnaie; l'approfondissement de la Seine de Su-
resnes à Bougival; la construction d'un canal de
dérivation de la Marne entre Annet et Epinay. Où
en est-on de tous ces projets ?
Il ne manque plus, a répondu le ministre des
travaux publics, que l'adhésion du ministre des
«finances pour le dépôt du projet du gouvernement.
Les deux premiers travaux exigent 68 millions,
dont 34 pour Paris on peut les faire; le troisième
350 millions il faut réfléchir.
Les retraites ouvrières
Sur le budget du travail, quelques observations
à propos de la loi des retraites. MM. Ringuier et
Bouvêri, socialistes, se plaignent des patrons qui
font échec à la loi, qui découragent ou menacent
leurs ouvriers de là l'insuccès relatif de la loi.
Non, répond M. Lerolle (Action libérale), les ou-
vriers eux-mêmes y restent souvent indifférents.
Et M. de Gailhard-Bancel conseille l'organisation
des retraites sur des bases régionales et profes-
sionnelles.
M. Barthe, socialiste, rappelle que les mineurs,
réunis à Lens, ont annoncé la grève générale pour
le 1" mars si la loi des retraites des mineurs n'est
pas alors votée par le Sénat. Que fera le gouver-
nement ?
M. Albert Métin, ministre du travail, répond que
la question va être mise à l'ordre du jour du Sénat.
Sur la demande de M. Turmel, on promet d'exa-
miner dans un sens favorable la situation des veu-
ves d'assurés qui ayant effectué leurs versements
comme les assurésrhommes ne reçoivent, au lieu
de l'allocation de 100 francs, qu'une mensualité
dérisoire, 1 fr. 50, 1 franc, parfois 0 fr. 40.
Le budget voté, on a liquidé des questions di-
verses.
La santé de l'armée
On a décidé de discuter après-demain vendredi
les interpellations de MM. Albert Thomas et Vail-
lant, socialistes, et de M. Lachaud, radical, sur
l'état sanitaire de l'armée. L'interpellation de M.
Louis Dubois, sur la politique financière du gou-
vernement, était formellement inscrite pour de-
main. Mais, a dit Af. Lauche, socialiste, rien n'est
plus urgent que de protéger la santé de nos sol-
dats.
Les valeurs à lots
La Chambre a adopté une proposition de loi
tendant à réprimer les abus dans les ventes à cré-
dit des valeurs à lots. Il s'agit notamment de l'o-
pération bien connue pratiquée par des usuriers
et qui consiste à vendre des quarts d'obligations
de la Ville de Paris par exemple contre des recon-
naissances de dettes à taux usuraires. La Chambre
a voté un texte aux termes duquel « le prix de
vente du titre ne pourra excéder 25 0/0 de sa va-
leur officiellement cotée ».
Conférences et oontérenoiers
P. LOUIS BflftTtfOU ET M JEUNESSE
DE VICTOR flMO
La conférence de M. Louis Barthou avait attiré
hier .soiri,' bien avant cinq heures, au- Foyer, un
public dé 'choix. Et on düt refuser <}e nombreux
auditeurs en les renvoyant à demain, car M.
Louis Barthou recommencera sa conférence ce
jour, à deux heures et demie.
Nous avons dit déjà l'essentiel du très intéres-
sant et très curieux récit de M. Louis Barthou
sur l'enfance et la jeunesse de Victor Hugo et
sa précocité poétique. Le conférencier a recons-
truit avec un art extrême et d'après des /détails
inédits lé milieu familial où l'enfant grandit et
devint un jeune homme, sous T influence surtout
de sa mère, tendre, dévouée et attentive, royà-
liste et voltairienne. Et voici des vers inédits que
M. Louis Barthou a cités
A MAMAN
Pour le jour de sa fête, Sainte-Sophie
Chère et bonne maman, toi qui, dès mon enfance,
M'élevas, me nourris,
Accepte ce tribut de la reconnaissance
Que t'offre un de tes tlls.
C'est en vain que le sort, le malheur qui m'oppresse
M'Ote la liberté,
Je vais faire éclater la joie et la tendresse
De ce cœur enchanté.
Que ne te dois-je point, 0 mère tant chérie? T
Tu me donnas le jour,
Me nourris de ton lait, et je ne dois la vie
Qu'a ton prudent amour.
Lorsque'je me retrace avec reconnaissance
Le prix de tes bienfaits,
Je t'admire, et ne peux t'offrir en récompense
Que de tendres souhaits.
Sans doute, ajoute M. Louis Barthou, ce n'est pas un
chef-d'œuvre, et^fieUMtre trouvez-vous que l'intention,
;vaut mieux que'iI'fex'pi?essîbh; Ne soyez"" pourtant pas
trop sévères pour cet enfant de treize ans, et songez
aux vers que faisaient les poètes de la même époque.
La facilité du rythme est déjà acquise.
Tels étaient, en 1815, les vers de Victor Hugo. Vous
m'excuserez d'avoir sacrifié la rigueur mathématique du
titre de ma conférence à mon désir de vous en donner
la primeur.
L'année 1814 n'est pas celle que j'aurais choisie si
j'avais été .libre d'assigner une date aux vrais débuts
poétiques de Victor Hugo. Deux ou trois ans plus tard,
la matière eût été plus riche, et même singulièrement
abondante. A douze ans, Victor Hugo était un enfant
qui rimait. A quinze ans, il était déjà un poète, dont les
essais promettaient un maître. Mais même à douze ans,
ses voyages et son éducation avaient déposé dans son
esprit des .germes variés qu'on peut retrouver, pous-
sés en fruits ou épanouis en fleurs, dans son oeuvre
immense. Son génie dut beaucoup à son enfance, au
jardin des Feuillantines, à l'Espagne, à M. de La Ri-
vière, à sa mère. Déjà laborieux, tenace et rêveur, il
était attendu par un avenir de luttes et de gloire.
Ainsi conclut M. Louis Barthou, qui est lon-
guement applaudi par une assistance d'élite et
chaleureusement complimenté par ses amis et
quelques familiers groupés autour. de lui sur la
petite scène du Foyer MM. le comte d'Hausson-
ville, général Michel, général Pau, l'ambassadeur
d'Italie, amiral Charlier, Mme Bartet, MM. de
Nolhac, Crozier, ambassadeur, André Beaumont,
G. Lacour-Gayet, de l'Institut, Henry Cochin,
Henry Bordeaux, Gustave Simon, M. et Mme Dor-
chain, Chantavoine, Marmottan, • Fournier-Sarlo-
vèze, Paul Loubet, P.-B. Gheusi, comtesse Gref-
fulhe, Mme de La Tour, comte et comtesse de
Pourtalès, M. Pierre Mortier, Mme de Saint-Vic-
tor princesse Murât; MM.-Imbart de là Tour, Sou-
lange-Bôdin, Ernest-Charles, Louis Madelin. Une
nouvelle attrista la sortie des auditeurs de cette
brillante réunion on apprit que M. Fernand Lau-
det, directeur de la Revue hebdomadaire, qui pu-
blie aujourd'hui la conférence de M. Barthou,
avait perdu son petit-fils, mort d'une méningite
à quatre ans, et fils, de M. et Mme Charles de
Beauharnais.
-Hier mardi, sous la présidence de M. Ferdinand-
Dreyfus, sénateur, la question des infirmiéres visi-
teuses a été traitée en présence des médecins du
17° arrondissement. Cette question sera reprisé^
salle du conseil de la faculté de médecine, rue de
l'Ecole-de-Médecine, avec l'appui du doyen, le
professeur Landouzy, le samedi 14 février, à deux
heures et demie.
Samedi 14 février, à trois heures, à la salle de
la Société de géographie, boulevard Saint-Ger-
main, 184, le docteur d Anfreville de la Salle don-
nera une conférence avec projections sur «Dakar
naguère et aujourd'hui », au bénéfice du « Souve-
nir africain ».
Le dimanche 15 février à deux heures et de-
mie, dans la salle de la Société de géographie, M.
de Récy, dont les conférences sur « l'Evolution or-
nementale » ont eu un si vif succès ces dernières
années, fera au profit de la caisse de retraites de
la « Mutualité Myriam » une conférence sur wla
Flore ornementale dans la sculpture religieuse du
moyen âge ».
On trouve des billets pour cette séance, qu'ac-
compagneront de nombreuses projections lumi-
neuses, chez le concierge de la Société de géogra-
phie, boulevard Saint-Germain, 184. i?.. b
La délégation permanente des sociétés fran-
çaises de la paix, a. pris l'initiative d'organiser un
grand banquet qui aura lieu le dimanche 22 fé-
vrier, à Paris; ce banquet sera offert à MM. La
Fontaine et Charles Richet, tous deux lauréats du
prix Nobel, qui le présideront.
Le congrès national des sociétés françaises de
géographie, présidé par M. de Lasteyrie, membre
de l'Institut, aura lieu à Brive (CorrèzeV du 19
au 26 juillet.
mowwmLX*ES muïocïpales 1
Statistique nianlelpale
Le service de la statistique municipale a compté,
pendant la 5° semaine de 1914,1,159 décès, au lieu
de 1,111 pendant la semaine précédente, et au lieu de
1,048, moyenne ordinaire de la saison.
La fièvre typhoïde a causé 6 décès, la rougeole 6,
la scarlatine 3, la coqueluche 3, la diphtérie 5.
Il y a eu 17 morts violentes et 14 suicides.
On a célébré à Paris 683 mariages.
On a enregistré la naissance de 934 enfants vi-
vants (478 garçons et 456 filles), dont 698 légitimes
et 236 illégitimes. Parmi ces derniers, 27 ont été
reconnus séance tenante.
AU JOUR LE JOUR
Les grandes et petites querelles
de Htehard Wagner r
Pendant les jours d'apothéose, aux premiers
cycles des Niebelungen, à Bayreuth, j'avais de-
mandé au maître s'il pensait toujours au drame
hindou, pour lequel je lui avais récemment en-
voyé le Bahgavat-Gitq, le Bahgavat-Parana, et le
Mahabarata, et si le temps de réaliser cette œuvre
et de la mettre en musique était venu.
« Ce serait plutôt Parsifal », m'avait-il ré-
pondu.
Et l'année suivante, il m'écrivait
Oui, il est question de la musique de Parsifal.
Je ne pouvais plus exister sans me lancer dans
une telle entreprise. ii;
Mon poème, je l'espère, vous fera plaisir.
Le désir me vint tout de silice d'entreprendre
une traduction fidèle de cette œuvre, en apportant
à ce travail tout le dévouement, tous les'soins pos-
sibles.
Je Voulais ne pas traduire tout d'abord le poème
sur la musique, comme on le fait d'ordinaire, car
c'est là, pour le poète, une insigne trahison.
Les auteurs de cette félonie sont, il est vrai,
excusables, ou du moins ils s'excusent, leur for-
fait commis, en des préfaces larmoyantes où ils
cherchent se faire pardonner l'obscur charabia
dans lequel les a entraînés le respect de l'accent
musical.
Ahl l'accent musical! Ses exigences sont vrai-
ment terribles! Qu'importent la pensée poétique,
l'élégance du style, l'expression choisie ? Tout cela
ne signifie rien, pourvu que l'accent tombe bien
en musique, sur les temps forts et les temps fai-
blesl
La difficulté est grande certainement' d'accor-
der la traduction exacte avec la musique; invin-
cible, je ne le crois pas; mais admettons qu'elle)
le soit. Eh bien, résignons-nous; chantons le cha-
rabia puisqu'il le faut, mais par grâce, ne le li-
vrons pas en brochure au public, donnons-lui au
contraire une traduction parfaite, indépendante de
la musique, et qui rende au poète oe qui lui
est dû. ̃
Mon désir, soumis à Wagner, sembla réveiller
en lui le souvenir d'impressions très pénibles, su-
bies, justement, à l'occasion de traductions de ses
poèmes en français.
Je tachai de le rassurer; mais sa méfiance était
profonde. L'élasticité de la langue allemande lui
semblait incompatible avec la rigidité implacable
du français. •
Oh! si vous saviez, m'écrivait-il, combien cela
est impossible de rendre le moindre sens de cette
poésie dans votre langue si conventionnelle! 1
Il céda, cependant, et me promit de m'envoyer
une épreuve du poème dès qu'il serait imprimé.
Vous aurez les épreuves du Parsifal allemand
dans quelques jours. Je n'en ai d'autres, en ce mo-
ment, que le manuscrit qui me sert à composer la
musique. Vous verrez et nous verrons.
Je reçus en effet le premier acte quelques jours
après. Mais le maître n'était pas du tout satisfait
de la typographie. '•
Vous l'aurez reçue, cette malheureuse épreuva
du Parsifal imprimé. Oh! quel goût d' imprimerie
J'avais de la boue sur mon pupitre. J'étais furieux,
et' je tiens à ce que tout soit recommencé.
Je me mis au travail, et alors commencèrent en-
tre nous, ce que Wagner appela « les querelles tra-
ductionnelles ».
Il voulut tout voir par lui-même et fit faire pour
moi, sous ses yeux, une traduction mot à; mot.
Il m'écrivit ,:̃ v '̃̃
Ein furchtbar schœnes Weib; une femme terri;
blement belle.Oh!Eh bien d'une (pourquoi pas
de deux?) beauté terrible. Mais terrible fait rire.1
Bien! beauté .fatale. Rejeté par moi << fatale ».
Mais furchtbar schœne, disons terriiiante;. défen-
du on dit terrifié, mais non terrifiant. Ah! c'est
de la logique, peut-être un peu trop logique pour
une langue qui est un produit de la nature toute
nationale, pendant qu'une académie est très natio-
.nale.ipgique^eiui.autjGe. que vous voudrez, mais ne
produit pa8^e]la!.arcaage.iet décrète la convention*
Et ce qui a régné deux siècles en faisant la gloire
des Français modernes ne sera jamais aboli que.
par la barbarie (ahl je ne parle pas de Hugo).
Je défendis le terrain pied à pied, affirmant que
rien n'était intraduisible, qu'il s'agissait seulement
de trouver le vrai mot équivalent, et que c'était
justement l'avantage d'un écrivain de posséder
beaucoup de mots en sa mémoire.
La traduction, mot à mot, envoyée de Bayreuth
me causa une déception, et je ne sus pas dissi-
muler mon impression.
Il semble, m'écrivit le maître, que vous ayez
cruellement souffert en lisant ces pages! Ne croyez
pas qu'on a traduit littéralement, on n'a fait que
chercher des expressions, sobres à mourir, pour
des choses naïves, dont le sens même est inconnu
aux Français de là cette raideur. On supposait
bien que cela devait être tout autrement arrangé
pour être goûté, par les Français, comme poésie.
Je n'admis pas que les Français fussent incapa-
bles de comprendre les choses naïves, ni qu'il
fallût arranger quoi que ce fût il s'agissait sur-
tout de bien traduire et de soigner le style.
En ce moment, outre la gloire de traduire Par-
sifal, j'avais le plaisir d'être chargée par Wagner
de diverses commissions. Je devais rechercher et
choisir des étoffes, destinées à parfaire l'aména-
gement de Waluf ried, et pourvoir la maison de
sa provision de parfumerie. ̃
Car, disait le maître, nous vivons dans un dé-
sert, dépourvu de toute aménité.
Cette situation amenait dans la correspondance
des alternances bien amusantes entre la genèse
de Parsifal et les commandes affaire" ou à rece-
voir.
Encore un fois soyez prodigue, surtout en ce
qui concerne la quantité des eaux pour bains. J'ai
la baignoire au-dessous de mon atelier et j'aime
à sentir monter les parfums.
Du reste no pensez pas mal de moi; je suis
assez âgé pour me permettre ces enfantillages. J'ai
les trois. ans du Parsifal devant moi et rien ne
doit m'arracher à une douce paix de réclusion,
productive,
Il faut croire, qu'à cette époque, mon caractère
était d'une intransigeance singulière, car j'avais
l'audace incroyable de tenir tête au maître à pro-
pos de tout, même d'un certain satin broché genre
Pompadour. Mais il était plein de mansuétude
J'aime vous voir défendre vaillamment votre
patrie en toute occasion, même quand il s'agit de
reconnaître que Mme de Pompadour d'il y a treize
ans était plus gracieuse que celle d'aujourd'hui.
Il n'était question que de cela quand je parlais
d'un alourdissement du goût. Mais trêve aux que-
relles, d'ailleurs délicieuses quand elle se font en-
tre nous.
Parsifal marche très bien. Avec d'autres échan-
tillons, je vous en envoie un également de ma
musique.
Un nouveau motif de discussion naquit, à pro-
pos du nom de Parsifal
Ce nom est arabe, m'écrivait le maitre. Les an-
ciens trouvères ne l'ont plus compris Parsifal
signifie Parsi (songez aux Perses adorateur du
feu); fal, dit fou" dans un sens élevé, c'est-à-
dire homme sans érudition mais de génie. Felloio,
en anglais, paraît être en rapport avec cette ra-
cine orientale. Vous apprendrez pourquoi cet
homme naïf portait ce nom arabe. P.q
Cette affirmation me troubla beaucoup, sans
me convaincre absolument. Parsival, leRera Val-
lee, l'homme qui ne craint rien, passe à travers
tout, un Arabe?. C'est la premièçe fois qu'on
voyait ce nom écrit par un f. ••̃•'̃̃̃'
Après avoir avoué à Wagner mon inquiétude, je
fis une enquête auprès des plus émînènts orienta-
listes. Aucun ne découvrit, en arabe, le mot fal si-
gnifiant fou. A force d'interroger les dialectes /on
trouva « prédestiné »,-mais ce mot rie suffisait
pas au maître.. '̃̃'
Moi, je ne connais pas l'arabe, c'est un savant
allemand, Gcerres, premier éditeur de l'ancien Lo~
hengrin, qui traduit le nom de Parsifal de la sorte:
le prédestiné est bon, mais ce sens ne suffit pas;
c'est le garçon fou, sans érudition, sans académie,
ne comprenant rien que par la compassion, qu'il
ne faut. Cherchons Peut-être y à-t-il un dia-
lecte arabe qui. entend autrement.
Ce Gœrres était 'un sinologue distingué, qui
avait traduit du persan en allemand, le Chah Na-
meh, étudié les légendes du moyen âge et publié
le premier celle de Lohengrin.
« Cherchons »̃
Sur ce mot, on se remit en campagne, ren
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