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                  Titre : Abraham Cresques ?, Atlas de cartes marines, dit [Atlas catalan].

                  Date d'édition : 1375

                  Type : manuscrit

                  Langue : Catalan

                  Format : Majorque. - Ecriture minuscule. - Décoration : douze peintures à pleine page ; dessin à la plume ; peinture couvrante aux couleurs vives (bleu, vert, orange, mauve, jaune d’or, ocre, rose, rouge) ; plusieurs motifs peints à l’or bruni avec rehauts de couleur, argent bruni. Décors filigranés à motifs de palmettes occupant le fond des schémas circulaires. Dans le texte, lettres d’or bruni à décor filigrané restreint. Encres rouge et violette. - Parchemin. - 6 doubles feuillets de parchemin, collés sur cinq planches de bois (recto et verso) et sur les contreplats en bois de la reliure. - 645 x 250 mm. - Le parchemin des cartes maintenait seul les planches ensemble ; il s’est depuis rompu, si bien que les cartes sont très abîmées en leur milieu. Traces d'eau sur le bord des planches. - Reliure parisienne de veau brun sur ais de bois léger dont le dos a complètement disparu, à décor de fers estampés à froid et dorés, attribuable à l'atelier de Simon Vostre, dit aussi atelier de Louis XII, et datable vers 1515 ; tranches des planchettes dorées et ciselées de losanges et de rinceaux (travail contemporain de la reliure du XVIe siècle). Restaurations de peau au chiffre BN et RF réalisées en 1797 ou en 1803, par le relieur parisien Durand ou par son fils . Restauration moderne de la couvrure de cuir (1991). - Estampille BN récente apposée sur le ms. à l'occasion de la restauration de la reliure en 1991

                  Droits : domaine public

                  Identifiant : ark:/12148/btv1b55002481n

                  Source : Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Espagnol 30

                  Description : Atlas de cartes marines richement illustrées, précédé d’un calendrier et d’une description cosmographique, attribué à Abraham Cresques, de Majorque, ou à son atelier. Description des cartes. Espace représenté : L’espace couvert par l’atlas va des îles de l’Atlantique à la Chine, et de la Scandinavie au Rio de l’or en Afrique. Contreplat supérieur de la reliure et f. 1 : schémas cosmographiques et texte relatif à la cosmographie, emprunté à l’Imago Mundi d’Honorius Augustodunensis (1ère moitié du XIIe s.). L’un des quadrants comportait une aiguille mobile, aujourd’hui disparue. F. 1v-2 : calendrier astronomique circulaire entouré par plusieurs textes ; quatre figures dans les angles tenant des banderoles. Fonds quadrillés rouges et bleus à motifs de fleurs de lys. La date de 1375 y apparaît à plusieurs reprises. F. 2v-3 : Asie orientale depuis l’océan jusqu’à l’Inde. Figure du Jugement Dernier et du prince de Gog et Magog. Montagnes Caspiennes gardées par Alexandre le Grand. Chine : Catayo. Ile de Taprobane et Illa Jana, Inde. F. 3v-4 : Asie depuis l’Inde jusqu’à la mer Caspienne, le golfe Persique, l’Arabie et la Mecque. F. 4v-5 : Proche-Orient et Méditerranée orientale, depuis la mer Noire, la Palestine, la mer Rouge, jusqu’à la Corse et la Sardaigne. F. 5v- contreplat inférieur : Méditerranée occidentale et côte Atlantique. Scandinavie, monts de Bohême. Corse et Sardaigne. Iles Britanniques, Tulé, îles de l’Atlantique (Canaries). Construction : Orientation : compte tenu de l’ordonnancement de l’atlas et des textes initiaux, toutes les cartes ont le sud en haut, bien que les cartes marines ne privilégient aucune orientation. Echelle : la carte la plus occidentale comporte une échelle graduée en haut (en Afrique du Nord). Chaque division = 10 mm, cinq divisions = 51 mm. Lignes des vents : un système par page, à 16 centres secondaires, centré sur la pliure. Diamètre = 47 cm (en hauteur) et 49 cm (en largeur). Les vents principaux sont en noir, les demi-vents en vert, les quarts de vents en rouge. Les figures ont été dessinées par-dessus ces lignes, mais les lignes vertes sont visibles sur la mer Rouge. Sur le dernier feuillet, une rose des vents à huit branches dans l’Atlantique. Elle n’est pas située sur une intersection de lignes. Elle comporte le nom des principaux vents : tramontana (nord), grego, levante (est), laxaloch, merzodi (sud), labetzo, ponente (ouest), magistro. Le nord est indiqué au bout de la branche correspondante par une étoile dorée, et l’est par un motif floral en rouge. Nomenclature et décors : Terres laissées en blanc. Tracé des côtes en noir. Le nom des pays ou des régions est en majuscules alternativement rouges et bleues. Mers et lacs striés de vaguelettes bleues : océan Atlantique, mer Méditerranée, mer Baltique, mer Noire, golfe Persique, mer Caspienne, océan Indien. Certaines mers portent un nom en lettres majuscules alternativement rouges et bleues : mare Miteretaina (sic), Ochaeanum. Îles colorées ; certaines sont dorées avec des arabesques rouges et des points bleus, oranges ou verts. L’Angleterre (Angiltera) est en violet. L’Irlande est en jaune pâle. Le Golfe de Galway est parsemé de points multicolores (îlots). Les petites îles sont en rouge, vert, ou bleu sombre. Bancs de sable et récifs : points rouges et croix. Fleuves : traits ondulés du même bleu que les mers, prolongés à l’intérieur des terres et ramifiés. Le Danube comporte trois îles colorées. Montagnes figurées par des chaînes d’écailles en brun. Les monts de l’Atlas en Afrique du Nord s’achèvent à l’est par trois pointes. La Scandinavie est comme encadrée de reliefs. Les toponymes côtiers sont en minuscules noires ou rouges perpendiculaires à la côte. Villes : vignettes urbaines représentant une enceinte circulaire avec une porte, et une ou plusieurs tours, parfois sur un monticule. Les villes européennes comportent des clochers et toits pointus, les villes musulmanes ou orientales des tours à coupole ou à bulbe. Pour l’Extrême-Orient, les noms de ville, collectés dans différentes sources semblent avoir été distribués au hasard : - Au sud de Catayo, 3 baies circulaires sont associées à trois grands ports : Zayton (près de Changchow), Cansay (souvent Qinsay, moderne Hangchow) et Cincolam (Canton). Ce dernier port, non mentionné par Marco Polo, était connu par les navigateurs arabes. - Certaines des îles devant Qinsay représenteraient l’archipel de Chasan, et plus au sud la large île de Hainan (Caynam). Sir Henry Yule, souligne que Kao-Li est le nom de la Corée, d’où il déduit qu’on aurait là une confuse notion de la péninsule de Corée. Il n’y a aucune allusion, dans la carte, au Japon Nombreux drapeaux variés. Eglises et monuments religieux : le Saint-Sépulcre à Jérusalem, le monastère Sainte-Catherine du Sinaï. La Mecque. L’arche de Noé, coincée entre les deux sommets du mont Ararat, au Sud-Ouest de la mer Caspienne (l’emplacement du mont, qui se trouve en réalité en Arménie, est assez curieuse). La tour de Babel est représentée au sud de Bagdad, entre les deux fleuves. Souverains et autres personnages. Afrique : un berbère sur un chameau, le roi Noir Mussa Melly assis sur un trône, un Noir guidant un chameau, le roi d’Organa, un souverain en Nubie le Prêtre Jean ?), le sultan d’Egypte assis en tailleur (solda de babillonia) ; Asie : un sultan en Turquie (TURCHIA), la reine de Saba, un pèlerin musulman priant à genoux devant la Mecque, le roi de Tabriz (Rey del Tauris ), un prince mongol au nord de la mer Caspienne (identifié avec Janï Beg, souverain de la Horde d’Or, mort en 1357 ), une caravane (hommes, chameaux, chevaux) allant vers l’est, les rois mages se dirigeant vers l’ouest, un personnage guidant un éléphant, le roi de Delhi (lo rey delli), le roi de Colombo en Inde (identifié avec le sultan de Vijayanagar ), le rey chabech, identifié avec Kebek Khan, qui régna entre 1309 et 1326, le roi Etienne (Steve) regardant vers Butifilis où aurait été enterré saint Thomas, des personnages entourant un vieil homme nu dans une sorte de baptistère, deux hommes près d’une montagne, un groupe d’hommes nus affrontant des grues, une reine sur l’île des Femmes, le roi de Taprobane, Holubeim, « le plus grand prince de tous les Tartares » (sans doute Kublai Khan, qui prit Marco Polo à son service), Alexandre, l’Antéchrist, Gog et Magog, pêcheurs de perles. Navires : navire aragonais ( ?) au large de l’Afrique. Tentes : en Afrique du nord-ouest. Animaux : éléphants en Afrique et sur l’île de Taprobane, dromadaires en Afrique et en Asie, oiseaux verts le long du Nil, grues, « faucons et gerfauts », poissons, sirène. Végétation : inexistante, sauf dans la représentation du Jugement Dernier et de Gog et Magog. Légendes nombreuses, en minuscules noires. Commentaire : L’atlas est composé d’un calendrier et de divers schémas astronomiques, sur lesquels apparaît la date de 1375, et de cartes locales collées sur des ais de bois. Si l’on met bout à bout ces cartes, elles composent une vue d’ensemble du monde connu, à l’intérieur d’une bande qui s’étend en latitude des côtes de Scandinavie au sud du Sahara, et pour l’Asie, du nord de la mer Caspienne au sud de l’Inde et de la mer de Chine . Tout l’œcoumène est représenté, depuis les bords orientaux du monde sur les premières pages, jusqu’aux îles Fortunées à l’Ouest, dans l’Océan Atlantique. C’est une œuvre à mi-chemin entre les cartes marines, sillonnées de leurs lignes de direction (ou lignes de rhumb), et les mappemondes. Une des premières figurations de rose des vents sur une carte marine apparaît dans cet atlas, au niveau de l’Océan Atlantique. L’orientation des cartes n’est pas courante : la lecture s’effectue le Nord en bas, et de gauche à droite, de l’Extrême-Orient à l’Atlantique, si bien que la lecture commence par le calendrier, accompagné d’une description cosmographique (empruntée à Honorius Augustodunensis), puis par une représentation de la fin du monde, au sens spatial et temporel : le bout oriental de l’œcoumène mais aussi le « grand seigneur prince de Gog et Magog » et un personnage, désigné comme étant l’Antéchrist, dans un jardin, entouré d’hommes et de femmes, comme une représentation de Jugement Dernier . Les caractéristiques cartographiques de l’Atlas catalan sont celles des cartes majorquines, déjà présentes dans la carte de Dulcert pour la partie occidentale. En revanche, la description de l’Asie est très innovante. L’intérieur des terres fourmille de détails ; personnages et animaux apparaissent plus nombreux dans les terres les moins bien connues à l’époque : l’Afrique subsaharienne et l’Extrême-Orient. L’espace géographique, couvert d’indications sur les peuples, la faune, la flore, les richesses, selon les informations fournies par les récits de voyage de l’époque, est aussi jalonné par des souvenirs de la Bible et des saints, et par des allusions à l’évangélisation. L’iconographie de la carte est conforme à l’esprit des récits de voyage du XIIIe et du XIVe siècle : rapport de marchand, comme Le Devisement du Monde de Marco Polo, ou de missionnaire comme le livre d’Odéric de Pordenone, moine Franciscain qui se rendit à la cour du grand Khan vers 1300. Le premier décrit en détails les richesses des pays traversés, et le système administratif et économique ; les seconds prêtent attention aux souverainetés, aux traces de l’antique christianisme, dans le but de convertir les peuples rencontrés et d’en faire des alliés pour la chrétienté occidentale. Le peintre a aussi placé dans les mers de l’extrémité du monde, les races monstrueuses traditionnelles de la géographie médiévale, inspirées de Pline et Solin : géants anthropophages, au visage noir, de l’île de Trapobane, et des sirènes empruntées à la fois à la tradition grecque et à la tradition médiévale nordique : « on trouve [dans la mer des îles de l’Inde] deux espèces d’un poisson qui s’appelle Sirène. L’une est moitié femme et moitié poisson, l’autre moitié femme et moitié oiseau ». C’est la première qui est le plus souvent représentée dans l’art du XIVe siècle, comme sur cette image, avec sa double queue de poisson dont elle tient les extrémités dans chacune de ses mains. Les pauvres hères qui semblent ramasser les pierres, nous dit la notice, sont des hommes sauvages, vivant nus dans les îles et se nourrissant de poisson cru. On ne peut que voir ici une réminiscence des « Ichtyophages », hommes monstrueux que recensent les histoires naturelles depuis Pline et Solin, à la suite des Pygmées, des Blemmies et autres Sciapodes. L’Atlas catalan semble cependant rationaliser l’allusion à ces peuples exotiques en faisant d’eux des êtres frustres, mais plausibles. L’œuvre a été réalisé pour un roi chrétien, le roi de France, désireux d’avoir sous les yeux une représentation du monde richement décorée, et encore enrichie par le nombre d’anecdotes savantes et de références à des livres très à la mode dans les bibliothèques princières. La représentation du monde est d’emblée inscrite dans une histoire sacrée, à la façon des grandes mappemondes du XIIIe siècle. L’ordre chrétien du monde y est représenté, avec au début, son rappel cosmographique (le calendrier et son commentaire), et eschatologique (l’allusion à l’Apocalypse par les représentations du prince de Gog et Magog et d’un Jugement Dernier, où apparaît l’Antéchrist). L’Orient, le bout du monde, est en même temps le signe de sa fin temporelle. A l’opposé, la limite occidentale du monde connu se situe aux îles Fortunées (les bien réelles îles Canaries), qui sont désignées par la notice comme le lieu mythique du Paradis terrestre. Le cercle de la mappemonde, où début et fin, Orient et Occident, Paradis Terrestre et Jugement Dernier, finissent par se rejoindre. Malgré son découpage, malgré un sens de lecture linéaire, l’Atlas ne s’éloigne par du concept de sphéricité de la Terre . Le parcours sacré qui va du début à la fin des temps, est inscrit dans l’histoire et la géographie par les jalons des lieux bibliques, et leur relais oriental dans les implantations du christianisme. La diplomatie de l’époque, tout entière tournée vers le désir de prendre à revers les Musulmans qui monopolisent le commerce des épices, trouve plus ou moins conventionnellement sa justification dans cet ordre du monde. Sur la carte comme dans la réalité historique, l’Orient est terre de mission avant de s’ouvrir à la conquête commerciale. Il n’y a aucune contradiction à juxtaposer différents moments de l’histoire des pays et des peuples sur la même image. L’art médiéval, jusqu’à la fin du XVe siècle, pratique volontiers ce mode de fonctionnement. La carte est ainsi enrichie d’un savoir encyclopédique sur le monde.

                  Description : Ce manuscrit se compose de douze feuilles de vélin fixées sur sept tables en bois. Les douze planches de cet atlas ont été reproduites en fac-simile par J. A. C. Buchon et J. Tastu dans leur Notice d'un atlas en langue catalane (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi et autres bibliothèques, Paris, 1843, t. XIV, 2e partie, p. 1 et suiv.), et par le vicomte de Santarem dans son Atlas (Paris, 1842 et années suiv.), pl. XXX, XXXI et XXXII. Comparez un mémoire intitulé : Descripcion de un atlas catalan de principios del siglo XV, par D. José Antonio Llobet y Vallllosera dans les Memorias de la Academia de Buenas Letras de Barcelona, Barcelone, 1868, t. II, p. 187 et suiv. L'auteur de ce mémoire a confondu notre atlas avec la carte de Meciá Viladestes, exécutée en 1413. Sur cette dernière carte et les autres cartes manuscrites conservées à la section de géographie du Département des Imprimés, voyez l'APPENDICE du présent catalogue.

                  Description : Cet atlas de cartes marines en langue catalane a été réalisé en 1375 environ, date qui apparaît dans le calcul du nombre d’or. Il est déjà présent dans les collections du roi de France Charles V avant le 6 novembre 1380, lorsque Jean Blanchet procède au récolement des livres, déjà inventoriés par Gilles Malet depuis 1373. L’atlas y est décrit comme « Une quarte de mer en tabliaux faite par manière de unes tables painte et ystoriee figuree et escripte et fermant a IIII fermoers » et en marge, Jean Blanchet confirme sa présence dans la salle du bas de la librairie du Louvre « Il y est » (BnF, Mss fr. 2700, f. 11v., n°201). Le décor de fleurs de lys et de motifs géométriques des premiers feuillets laisse à penser que le manuscrit a été dès l’origine prévu pour le roi de France. L’auteur qui lui est traditionnellement assigné, « Abraham Cresques », ou plutôt, « Cresques Abraham » est identifié par des documents postérieurs à cette date. L’infant Jean d’Aragon fait ainsi savoir par deux lettres datées du 5 novembre 1381 qu’il désire faire parvenir en présent au jeune roi de France Charles VI (1380-13), par l’intermédiaire de Guillaume de Courcy, une mappemonde qui lui appartient et qui est conservée dans les archives de Barcelone, sous la garde de P. Palau. Le prince ordonne de faire chercher l’auteur de la mappemonde, Cresques le Juif, qui fournira à Guillaume de Courcy toutes les informations utiles à répéter au roi de France, et s’il n’est pas présent, on requerra deux bons marins qui renseigneront de leur mieux l’envoyé du prince . Dès 1891, E. T. Hamy faisait déjà remarquer que la mappemonde mentionnée dans ce document ne pouvait être l’atlas catalan, qui se trouvait alors déjà dans la librairie de Charles V. Néanmoins, les nombreux documents concernant un certain « Cresques Abraham » permettent de penser que l’atlas catalan a été réalisé sinon par lui, du moins dans son entourage proche, bien qu’aucune mappemonde ou carte marine ne nous soit parvenue avec sa signature . Ce Juif de Majorque est en effet désigné dans plusieurs pièces d’archives comme étant « boussolier et maître de mappemonde ». Habitant la juderia de Majorque, il est remarqué par le souverain d’Aragon, Pierre le Cérémonieux, qui le 15 avril 1368 lui accorde le privilège d’entrer dans sa familia en reconnaissance de ses services ; cet honneur lui permet, entre autres, d’être dispensé de l’infamante rouelle que les Juifs devaient alors porter sur leurs vêtements. Notable de la ville, il possède une maison avec un jardin près de la porte dite du Temple, et en 1378, il obtient le droit de canaliser une partie de l’eau d’une fontaine de la ville pour son usage domestique. Le fils de Pierre IV, l’infant Jean, reconnaît lui aussi les mérites de Cresques Abraham, et renouvelle, ainsi qu’à son fils Jafuda (=Jehuda), sa qualité de « familiarius » (1381). Entre les années 1360 et les années 1390, les souverains d’Aragon demandent à plusieurs reprises aux autorités de Majorque qu’on leur envoie des mappaemundi, sans toujours préciser le nom du fabricant. Mais dans une lettre du 20 mars 1382 de Pierre IV d’Aragon à son trésorier, le roi ordonne explicitement le paiement de 150 florins d’or aragonais à Cresques Abraham « judeo de domo nostra, magistro de mapamundi » pour le prix de « quasdam tabulas in quibus es figura mundi ». En 1387, une lettre de Jean Ier ordonnant le paiement de 60 livres 8 sous à Jafuda Cresques pour une mapa mundi commencée par Abraham deux ans plus tôt, atteste que le fils a repris les activités de son père, mort probablement peu de temps auparavant. On sait par ailleurs de Jafuda Cresques qu’il fut forcé de se convertir au christianisme, comme le reste de sa famille, en 1391, et qu’il prit alors le nom de Jacobus (=Jaume) Ribes . J. Riera, dans un article de 1975, apporte plusieurs éléments à la connaissance de cette famille d’artisans de Majorque spécialisés dans la fabrication des mappemondes. Une bible enluminée hispano-provençale du XIVe siècle, appelée la Bible de Farhi, contient en effet un colophon intéressant : « Eliça, fils d’Abraham, fils de Benveniste, fils d’Eliça appelé Cresques a achevé la Bible appelée Mikdashiyah le mercredi 13 de Kislev 5143 (19 novembre 1382) pour lui-même, l’ayant commencée quand il avait 41 ans, l’année 1366. » Cette bible possède, de fait, quelques parentés stylistiques avec l’atlas catalan : le cadre des illustrations, imitant des motifs d’entrelacs qui font penser à des bordures de tapis orientaux, les fonds quadrillés des enluminures, les couleurs vives, le motif des tentes ouvertes que l’on trouve pour figurer dans la bible le campement de Jacob, et dans l’atlas catalan les peuplements nomades du Maghreb . Il est donc tout à fait possible que la Bible et l’atlas de Charles V aient été décorés par le même enlumineur. J. Riera affirme quant à lui qu’Eliça et Cresques Abraham sont un seul et même personnage. D’après lui, « Abraham » n’est pas un prénom, mais le nom du père du peintre Cresques, et « Eliça » (Elija) serait son nom liturgique. Les dates de naissance (1325) et d’activité (entre les années 1360 et la fin des années 1380) correspondraient bien à ce que l’on sait par ailleurs de Cresques Abraham . La mention de la veuve d’un « Eliça Cresques », qualifié lui aussi de « buxolerius », apparaît dans des documents judiciaires datés de 1410, aux côtés de Dulcia, veuve de Jaime Ribes (sans doute Jafuda Cresques) . Cresques Abraham / Eliça aurait donc eu cinquante ans en 1375, date présumée de l’atlas catalan et 57 ans lorsqu’il acheva la Bible de Fahri. Il serait mort vers 1387, à 62 ans. Son fils Jafuda, converti en 1391, était déjà mort en 1410. J. Riera déduit de l’appellation « boussolier, maître de mappemonde », que la principale activité de Cresques Abraham est celle de peintre, et non de « cartographe » ou de « fabricant de boussole » , encore moins astrologue ou mathématicien comme on l’a parfois supposé. Il remarque avec justesse que les œuvres commandées à Cresques ont un prix qui n’a rien de commun avec les cartes marines autrement mentionnées dans les archives catalanes . Il s’agit bien d’un autre objet, une « mappemonde » particulièrement coûteuse, et non une simple carte de navigation, même si le rapport entre les deux types de cartes est souligné par l’intervention des mariniers qui doivent expliquer le contenu de la « mappemonde » à l’envoyé de Don Juan d’Aragon. Pierre le Cérémonieux et Jean Ier d’Aragon s’intéressaient beaucoup à la géographie, comme le prouve le contenu de leur bibliothèque. Ils avaient réunis de nombreux manuscrits de récits de voyages en Orient, en particulier Marco Polo, Oderic de Pordenone et Jean de Mandeville. Il est probable que ces livres, ainsi que d’autres textes plus récents, furent une source d’inspiration pour les illustrations de la partie asiatique de l’atlas catalan, en plus des références habituelles de la cartographie médiévale : Pline, Solin, Isidore de Séville, Honorius Augustodunensis et le Roman d’Alexandre. L’histoire de l’atlas catalan après son arrivée dans les collections royales de France est assez bien documentée. Outre sa mention dans le récolement de Jean Blanchet, il est aussi cité de manière régulière dans les inventaires royaux de 1380, 1411 et 1413 et 1424 :1380 : "Une quarte en tabliaux faiz par maniere et unes tables, ystoriée, figuree et escripte et fermant a IIII fermoirs" (Rouleau n°397 de la collection Baluze, n°200, cité par E. Pognon, p. 7) 1411 : "Item une quarte de mer en tableaux faite par manière de unes tables painte et historiae figuree et escripte et fermant a quat fermouers de cuivre laquele quarte contient six grans fueillez qui sont de bois, sur lesquelz fueillez est cole le parchemin, ouquel sont faictes lesdites, figures couvert de cuir blanc, a deux rondeaux ouvrez" (BnF, Mss fr. 2700, f. 63, n°132) ; cf.l’inventaire du 18 octobre 1413 (ms fr. 9430, n°129. Copie exacte de l’inventaire de 1411) 1424, n°112 . L’atlas a-t-il séjourné dans la librairie du duc de Berry au début du XVe siècle ? On y trouve bien une « mappamonde, en uns tableaux de bois longués, fermans en manière d’un livre », mais elle appartient au duc déjà en 1413 et 1416, et de plus, son prix est évalué à 5 livres tournois seulement, ce qui paraît peu comparé aux prix payés par les rois d’Aragon pour des mappemondes similaires . Contrairement à ce qu’affirme E. Pognon, on ne peut en revanche attester sa présence dans la Librairie de Blois. Le n° 335 de l’inventaire de 1518 et le n° 1763 de celui de 1544 correspondent plus vraisemblablement au petit atlas de cartes marines de Louis XII (ms latin 4850), comportant sept feuillets de parchemin, et non six . La reliure, initialement de cuir blanc, de l’atlas de Charles V, a été à cette époque remplacée par une reliure de l’atelier de Simon Vostre. Le manuscrit n’est pas mentionné dans l’inventaire de Nicolas Rigault de 1622, mais il réapparaît clairement dans celui de Nicolas Clément, conservateur de la bibliothèque royale sous le règne de Louis XIV, au n° 6816 : « Anciennes cartes cosmographiques avec l’explication en catalan ». Enfin on le trouve dans l’inventaire des manuscrits espagnols de 1892 par Morel-Fatio (n°119) : "Atlas catalan exécuté vers 1375. Ce manuscrit se compose de douze feuilles de vélin fixées sur sept tables en bois". Le manuscrit porte au verso du plat supérieur la cote supplément français 1191, alors qu'il correspond au numéro 6816 du catalogue Regius rédigé en 1682 par Nicolas Clément , numéro qui n'apparaît pas sur le document. Cette inscription erronée dans le supplément français (BnF, ms. naf 5498) date vraisemblablement de la Monarchie de Juillet (la notice précise que le ms. est placé dans une armoire vitrée, servant sans doute de réserve, où se trouvent à cette époque d'autres documents importants). Elle a ensuite été corrigée dans l'inventaire du supplément français et la cote a été attribuée à un autre manuscrit. Il s'agit d'un Guillaume de Tyr en français acquis après 1682, qui avait été ajouté au XVIIIe siècle (?) dans le catalogue Regius sous le numéro 8316A et qui porte aujourd'hui la cote français 2754.

                  Provenance : bnf.fr

                  Date de mise en ligne : 19/12/2011

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