Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-09-10
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 10 septembre 1903 10 septembre 1903
Description : 1903/09/10 (N12235). 1903/09/10 (N12235).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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No 12235. — Jeudi 10 Septembre 1903
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Adresser lettres et mandais à l'Ad nuistralewr
NOS LEADERS
Lettre d'Espagne
En rentrant à Paris, je trouve la let-
tre suivante que je m'empresse de pu-
blier : ■
« San Sébasti. an, Villa-Alta)
« 24 août 1903.
« Monsieur,
« Un de mes amis de Reims m'en-
voie un numéro de ï Eelaireur de l'Est,
en date du 20 août, contenant un ar-
ticle signé de vous. Mon ami ajoute
que cet article doit être tiré du jour-
nal le Rappel. C'est, en tout cas, à cette
dernière adresse que j'envoie cette let-
tre de rectification. Je laisse de côté
l'invraisemblance d'un télégramme
d'excuses envoyé par un exilé pour
expliquer pourquoi il n'assiste pas à
telle ou telle réunion.
« Je ne m'arrêterai qu'à cette phrase:
— « L'adhésion de M. Déroulède à une
manifestation nettement impérialiste et
organisée en faveur de la candidature
du prince Victor, mérite d'être signa-
lée.
« Je vous prie, monsieur, de me
faire savoir dans quels termes, en
quelle occasion et à qui a été donnée
par moi une adhésion quelconque, je
ne dis pas seulement à la candidature
du prince Victor, mais même aux im-
périalistes plébiscitaires.
« Je veux croire que cette menson-
gère invention n'est pas de vous, mais
vous me devez de me faire savoir pu-
bliquement de qui elle est et, publi-
quement aussi, d'en rétracter le com-
mentaire qui est sans doute aujour-
d'hui une erreur, mais qui serait de-
main une calomnie.
« Non, monsieur, il n'y a nul avatar
dans mes convictions. Républicain plé-
biscitaire avec Gambetta, républicain
plébiscitaire avec Boulanger, républi-
cain plébiscitaire avec Félix Faure (s'il
l'eût voulu), j'ai toujours tenu et je
tiens toujours pour les pires ennemis
de ma doctrine et de mes idées ceux qui
font du plébiscite l'abdication de la
souveraineté nationale-au profit d'une
souveraineté, monarchique et hérédi-
taire.
« Convaincu que vous ferez loyale-
ment droit à ma requête et que vous
insérerez intégralement cette lettre
dans le Rappel et dans l'Eclaireur de
rEst au même endroit et dans le mê-
me texte où fut publié et reproduit
yotre article, je vous prie de croire,
Monsieur, à mes meilleurs sentiments
le fraternité -française.
« PAUL DÉROULÈDE. »
***
Tardivement — mais nos lecteurs
"!onnaissent les motifs du retard — je
lonne, on le voit, à M. Déroulède, au
,noins en ce qui concerne le Rappel —
!ar je suis sans action sur Eelaireur
de l'Fst — la satisfaction qu'il réclame
nt à laquelle je reconnais bien volon-
tiers qu'il a droit.
Il inflige un démenti catégorique aux
tuteurs de l'information publiée le
lendemain du banquet victorien du
15 août et aux termes de laquelle on
avait donné lecture, à ce banquet, de
télégrammes d'excuses de MM. Lasies,
Quentin-Bauchart, Millevoye et Dérou-
lède. Ayant reproduit ladite informa-
tion dans mon article du 20 août, au-
quel répond la lettre qu'on vient de
lire, je puis, en effet, être considéré
dans une certaine mesure comme
tenu d'enregistrer le démenti de M. Dé-
roulède. Et voilà qui est fait.
Quant au commentaire dont j'avais
fait suivre l'information dontil s'agit,il
est bien évident qu'il ne doit rien en
rester.Il tombe sous le sens que je n'ai
pu apprécier une manifestation à la-
quelle M. Déroulède déclare ne s'être
point livré.
Ma bonne foi étant ainsi hors de
cause — et il ne saurait en être autre-
ment -- je puis dire que l'erreur où
je suis tombé en tenant pour exacte
l'information en question est, après
tout, excusable. Je vois bien qup M.
Déroulède établit une distinction en-
tre les « républicains plébiscitaires »
dont il est le chef, et les « impérialistes
plébiscitaires » qu'il déclare « les pires
snnnemis de sa doctrine et de ses
idées ». Mais cette distinction peut
paraître à beaucoup fort subtile et
point suffisamment nette.
Je remercie M. Déroulède d'avoir
encarté dans sa lettre rectificative un
exemplaire des « Principes de la Ré-
publique plébiscitaire » revêtu de sa
signature manuscrite. Je le lis atten-
tivement.
J'y vois que le Président de la Ré-
publique serait élu par plébiscite na-
tional, — tandis que les membres du
Parlement seraient élus par plébiscite'
départemental ; c'est-à-dire qu'il aurait
sur eux une incontestable suprématie,
d'origine ; j'y vois qu'il serait toujours
rééligible ; qu'il serait chargé de gou-
verner l'Etat et de proposer les lois
de recettes ou dépenses ; que ses mi-
nistres, que le Parlement n'aurait pas
jfe droit de renverser, seraient choisis j
et révoqués par lui ; qu'il serait res-
ponsable, non devant le Parlement,
mais devant le peuple.
Et je dis que ce système, cette ré-
duction à rien des attributions du Par-
lement, cette restauration du pouvoir
personnel, c'est, certes, bien plus
l'Empire que la République.
Deux fois, en France, en 1799 et en.
1849, la République a pris la forme
plébiscitaire. Les deux fois, elle a ra-
pidement, par l'évolution naturelle des
choses, abouti à l'empire.
Ces deux expériences ont coûté trop
cher à la France pour que nous ayons
l'envie d'en tenter une troisième.
La République plébiscitaire, tout le
démontre, tout le prouve, c'est l'em-
pire. Et nous savons aussi que l'em-
pire c'est l'invasion.
Nous ne voulons pas recommencer
1799 et 1849, parce que nous ne vou-
lons pas recommencer 1814 et 1870.
Mais il est inutile, sans doute, de re-
nouveler une discussion déjà tant de
fois poussée à fond. Entre lés impéria-
listes et les républicains plébiscitaires,
quoi qu'en puisse penser M. Dérou-
lède, il y a des affinités si nombreuses
que la confusion peut aisément s'éta-
blir; il n'y en a aucune entre les répu-
blicains plébiscitaires et les républi-
cains.
***
Cela dit, j'ajouterai simplement que
je me suis trompé tout à l'heure en
écrivant que de mon article du 20
août, il ne devait rien subsister ; il en
reste, au contraire, l'expression de
.mon regret sincère d'avoir vu M. Paul
Déroulède descendre du piédestal où
ses chants patriotiques l'avaient placé
pour se perdre dans les marécages
d'une politique incohérente et sans
avenir possible — heureusement pour
la France.
Je ne rature rien de ce que j'ai écrit
ici sur mes souvenirs du temps, si
lointain, si oublié, où M. Paul Dérou-
lède, tout vibrant des émotions viriles
de la guerre, chantait la Revanche. J'ai
dit, je crois bien, que j'avais les Chants
du Soldat tout entiers dans ma mé-
moire ; je veux les conserver, entendre
encore quelquefois fredonner à mes
oreilles : « Ah ! c'était un fameux ser-
gent que maître Jacques. » — Le
Déroulède d'aujourd'hui me prie de
croire à ses meilleurs sentiments de
fraternité française. Je l'en remercie.
Et j'envoie à l'ombre du Déroulède de
jadis mon salut attristé.
Lucien Victor-Meunier.
!.. I
LE COMBAT D'EL fttOUNGAR
Il est impossible aujourd'hui!
de parler d'autre chose que de
l'attaque d'El Moungar, et des
incidents qui se succèdent si ra-
pidement dans le Sud-Oranais,
le long de la si vague frontière
marocaine.
Nous devons, tout d'abord, payer notre
juste tribut d'éloges à ceux qui, là-bas,
-ont combattu et sont morts pour la France;
à ces quelques soldats qui ont fait preuve
d'une endurance, d'une solidité, d'un sang-
froid — ils nous en voudraient de louer
leur bravoure qui est la qualité native de la
race - tout à fait admirables.
Ceci dit, et en attendant que l'on sache
si quelque faute a été commise par le com-
mandement militaire, chose que nous ne
voulons pas insinuer, encore moins affir-
mer, tant que l'enquête sur les faits n'aura
pas parlé, nous ne pouvons que répéter ici'
ce qui a été indiqué déjà tant de fois : c'est
que, dans ces régions désertiques où l'on
ne peut prétendre être maître que du ter-
rain que balaie le feu de salve, la dissémi-
nation exagérée des forces dont nous dispo-
sons serait une grosse faute. Il faut, de
toute nécessité, que toute troupe en marche
soit en mesure, le cas échéant, de se replier
rapidement sur son corps de soutien, et ce
corps doit toujours être à portée Ici, nous;
voyons qu'à quatre heures de l'après-midi,
le capitaine de Susbielle a pu apparaître,
avec ses cavaliers de renfort, sur le champ
de bataille, et mettre en fuite l'ennemi ;
mais le glorieux et sanglant combat durait
depuis huit heures du matin, et les contin-
gents dont disposait le capitaine de Sus-
bielle ne se sont mis en route que grâce à.
un méhariste ou à un cavalier du corps com-
battant, venu en hâte prévenir le capitaine.
Ceci indique que le petit corps du capitaine
de Susbielle était à une distance telle qu'il
-n'a pu entendre le bruit du combat, et qu'il
n'a pu, par conséquent, « marcher au ca-
non ». C'est pourtant ce qui devrait pou-
voir se faire dans ces pays où tout monti-
cule de sable peut cacher un poste ennemi.
La conséquence, c'est que la petite
troupe engagée était trop éloignée de
toute réserve, était « en l'air v ; et voilà -
qui est dangereux, dans une région qui.
n'est jamais sùre, et que l'insurrection des
Marocains rend plus dangereuse que ja-
mais.
Il faudra donc se résoudre à envoyer là-
bas des forces suffisamment denses pour
qu'elles soient en mesure de se donner la
main.
-————————.———
LE BLANC DE CÉRUSE
Nous recevons la dépêche suivante :
Bruxelles, 8 septembre.
Sur la proposition du docteur Delbastee,
membre de la chambre des représentants bel-
ges, et sur celle du professeur Lemiere, de
Bruxelles, le congrès international d'hygiène
a voté la suppression de l'emploi de la oé-
ruse. -
CRAISSAC,
Correspondant des peintres de Parj.
LERAPPEL
ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE
La poésie française à Haïti. — La plus
belle Antille. — Les poètes noirs.
— Mort de Bernard Lazare.
Une conférence de M. J. Valmy-Baisse, sous
les auspices do la. Nouvelle Revue Moderne, rap-
,pelle notre attention sur la poésie des nègres.
Mais ce ne sont pas des nègres ordinaires que
les noirs d'Haïti, et il ne s'agit pas des mélo-
pées informes ni des rythmes barbares des in-
digènes de la Papouasie. Cette race métisse,
issue des transports de chair africaine, jadis,
sous le zénith de la pittoresque mêlée de sang
peau-rouge, espagnol et français, est intelli-
gente et raffinée. Ses visages ont toute la pu-
reté de lignes do nos meilleurs spécimens eu-
ropéens, ses idées sont nobles, sa culture in-
tellectuelle développée. Les croisements ont fait
cette anomalie, une race qui ne répond plus
aux instincts de sa couleur. Ces insulaires
eurent des héros, leur fierté nationale se dresse
allière devant l'étranger, ils sont demeurés très
Français depuis notre temporaire occupation,
et c'est en langue française que s'expriment
leurs bardes, mais ils sont Haïtiens quand
même et avant tout.
La plus belle Antille
Depuis longtemps déjà Paris connaît les
beaux esprits de cette sœur lointaine. Le doc-
leur Louis-Joseph Janvier est une personna-
lité coudoyée chaque jour sur nos boulevards,
rencontrée dans-tros cercles, mêlée à notre
bouillante jeunesse des écoles. Ses travaux
sont d'une science aVisée. Généreux philan-
thrope, il s'est efforcé de faire aimer ses con-
génères, de les encourager, de les protéger.
Beaucoup d'hommes de lettres, des nôtres, ont'
collaboré à La Fraternité, ce journal de nè-
grès dont les théories recélaient d'attrayantes
couleurs. Par des récits enthousiastes, les
écrivains du cru nous ont énuméré les char-
mes de leur patrie, les séductions de la terre
et du ciel. Ils ont peint,d'une main naïve quel-
quefois, et ce n'en est que plus attrayant, le dé-
cor unique de leur océan mourant sur les sa-
bles d'or, de leurs forêts où voltigent les oi-
seaux-mouches, de leurs arbres chargés de
fleurs et de fruits. Ecoutez le gazouillement
de cet univers ivre de vivre, voyez passer, lé-
gères, ces femmes aux regards de velours. A
la fois sauvage et coquette, cette contrée est le
merveilleux paradis où la barbarie humaine a
versé des flots de sang sans pouvoir en noyer
l'éternel parfum. Le petit peuple qui s'y meut
a su devenir libre et garder la liberté qu'il a
conquise.
Ainsi chantent ces poètes au teint de bronze,
;ainsi leurs strophes, langoureuses ou vibran-.
tes, s emplissent des grands noms do leur courte
histoire ou de la douceur de leurs vallées. C'est
Toussaint,Louverture, qui rompt de nouveau
îles liens de Spartacus, c'est le fleuve tiède, es-
corté de tout un monde ailé, qui descend, pa-
resseux, sous l'ombreuse forêt de bois précieux.
•Hélas ! un mal grandit maintenant parmi ceux
qui sont venus, chez nous, sucer au lait amer
du doute. La civilisation à laquelle ils ont
.goûté empoisonne leur naïve confiance dans la
nature. Et c'est douloureux de voir se ronger
ainsi des âmes qui pouvaient ignorer à jamais
:nos tristesses.
Ecoutez l'un d'eux, M. Louis Borno :
« Au secours, Spinosa, Kant! Par quel stratagème,
« Par quel signe forcer le mystère à l'aveu !
« A nous, Socrate, Hegel, Leibniz, groupe suprême,
« Déchirez co rideau d'Isis, le grand ciel bleu ! »
Œt tandis que leur âme, en proie à la torture,
:Assaillc éperdûment de ses cris l'infini,
Pas un frisson n'émeut l'impassible nature,
Rien ne trouble l'oiseau qui chante au bord du nid.
Les poètes noirs
M. Valmy-Baisse trace une série de portraits
;de ce bataillon sacré. Avant lui, M. Adolphei
Brisson, dans ses Annales politiques et littérai-1
;res, puis M. Fernand Hauser l'avaient tenté
'de façon non moins heureuse. Ces poètes noirs
ne comptent pas encore d' « écoles », et je leur
.souhaite de s'en passer le plus longtemps pos-
sible, mais ils ont déjà des genres et des chefs i
de files. Leurs livres contiennent d'intéressan-
tes pages, qui pourront le devenir plus encore.
Les anciens ont été Milcent, directeur en 1817;
d'une revue à Haïti, l'Abeille Uttéraire, Samba
Dupré, auteur de chansons populaires, Chan-
;latte, gracieux et léger ; Jean-Baptiste Romane
'cité pour son Ode à la France, mort au seuil de
la vie ; Ignace Nau (1810-1837) Coriolan Ar-
douin (même époque), Abel Elie (1840-1864),
Charles Seguy-Villevaleix, dont les Primevères
sont jolies.
A travers les insurrections, la jeune poésie
haïtienne prend de nouvolles forces. M. Valmy-
Baisse cite, à partir de 1871, James Gardère,
Aurel Chevry (1850-1881), Ducas Hypolite :
(1810,1867), Paul Lochard, né à Petit-Goave en
1837, auteur de Chants du soir (1876) et de;
Feuilles de chêne (1901) ; Oswald Durand, né
au Cap-Haïtien en 1840, auteur de Rires el,
Pleurs (2 vol., 1897) ; Emmanuel Edouard, né
à Port-au-Prince en 1860 (Himes Haïtiennes) ;
Tertulien-Guilbaud, né à Port-de-Paix (Patrie,
1885, Feuilles au vent, 1888). Massillon Coicou,
né à Port-au-Prince en 1867, l'un des plus re-
marquables pour la forme et l'élévation de la
pensée, a publié Poésies Nationales (1892), Pas-
sions et impressions (1903) et plusieurs drames
en vers, L'Oracle, un acte, Liberté ! quatre ac-
tes, Le fils de Toussaint, deux actes, représen-
tés avec estime.
Madame Virginie Sampeur, née au Cap-Haï-
tien, a répandu dans les périodiques des stro-
-phes d'une ardeur passionnée, auprès de Geor-
ges Sylvain, né à port-de-Paix en 1866, histo-
rien des muses de son pays, poète des Confi-
dences et Mélancolies, de Louis Borno, né à
Port-au-Prince en 1866. parnassien, et de Jus-
tin Lhérisson, né vers 1870, qui dirige à Port-
au-Prince le Soir, journal quotidien, et a pu-
blié divers recuoils,Chants de l'Aurore, Myrtha,
Passe-Temps.
On garde souvenir de A. Brun, d'Alcibiade
Fleury-BatHer (Sous les Bambous), de Charles
Williams (Les voix du cœu)'), de Luzincourt-
Rose (Les Soupirs), d'Alfred Simonise (L'AI.
cade de Zalarneo), de Pierre Faubert (Poésies),
d'Alibée Fery (Poésies diverses), d'Arnold La-
roche (Les Bluettes), de Petion Gérome, et de
V. Ducasse. Beaucoup de ces champions d'une
littérature naissante ont disparu, dès les portes
de l'arène. Il est, en effet, remarquable que la
plupart des poètes haïtiens sont morts très
jeunes, et que nul d'entr'eux n'a pu donner la
mesure parfaite de son talent.
Mais il faut citer encore, parmi ceux qu'on
écoute aujourd'hui: Ed. Héraux (Les Préludes,
Fleurs des Mornes); Isnardin Vieux (Les Vibra-
tions, Chants et Rêves) ; Solon Ménos (Les Mm-
moniennes) ; Henri Chauvei (La Fleur d'Or, la
Fille du Cacique) ; Arsène Chevry (Les Areytos,
Voix perdues) ; Jules Roseinont(Les vúw; aérien-
nes) ; Etzer-Vilaire (Les dix hommes noirs) ; Fé-
nelon Duplessis, Paul Lespès, Pomayrac, Char-
los Moravia, Macdonald Alexandre, P.-L. Cau-
vin, Thalès Manigat, Claude Gauthier, D. Vieux,
A. Duval, E. Laforest, Ch. Lechaud, Maurice
Brun, E. Delerme, C. Mayard, Celie Lamouv,
poétesse non sans charmes. Et M. Oswald. Du-
rand u'a pas terminé son effort, el M* ïtiassillo»
Coucou le commence à peine. Son goût du beau,
son tempérament ardent, sà-hàute culture pér-
mettent d'espérer de lui plus encore.
Mort de Bernard Lazare
C'était un camarade aimable et serviable,
prompt à défendre de justes causes, écrivain
de talent à n'en pas douter : ses livres le
prouvent. Et sa franchise m'avait plu, dès
l'abord. Jamais je n'ai pris garde à la religion
ou à la nationalité de ceux qui me sont sym-
pathiques. Or, un jour, chez un éditeur, il y a
une quinzaine d'années de cela, nous devisions
entre amis. Une fraction se manifestait en
faveur d'Edouard Drumont et de sa campagne
naissante: Sus aux Juifs! la France aux
français, etc. Bernard Lazare se leva : « Je ne
m'effraie pas, dit-il, des animosités générales
réveillées par un raté de lettres pour se créer
une réputation, et mon goût littéraire n'a pas
à en souffrir. Cependant je neveux pas vous
laisser ignorer plus longtemps que je suis
israélite. Ma famille était fixée à Aigues-Mortes
dès le douzième siècle. Cette ancienneté me
donne droit, j'espère, de me dire aussi Fran-
çais que M. Drumont. »
Et, dès ce jour, il entreprit de défendre ses
coreligionnaires de se faire le champion de sa
race, quoiqu'il comprit que c'était la ruine
certaine de ses espérances littéraires. Il eût
pu se borner à plaire au public, à écrire des
choses charmantes, comme M. Ludovic Ha-
lévy et Meilhac, à suivre ses poétiques ins-
tincts comme Henri Heine, sans se mêler de
casuistique et de polémique. L'affaire Dreyfus
kii rapporta quelques collaborations lorsque la
presse des deux mondes s'adressa à lui pour
(;iter de cette passionnante cause, mais ce fut
ijpbémère et tout le reste lui fut fermé. L'ayant
deviné, il n'avait pas hésité. Sa mémoire est
digne d'estime. ,
LÉON RroTOR.
,
INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES
M. Georges Guilhaud vient de faire paraître
une intéressante étude sur les intoxications
.professionnelles et les moyens de les éviter.
De nombreuses observations médicales il a
tiré la conclusion que l'intoxication profession-
nelle est d'autant plus dangereuse qu'elle se
présente ordinairement sous les formes insi-
dieuses que revêtent la plupart des empoison-
nements chroniques.
Le travail à chaud, c'est-à-dire devant le
fau (fours de fusion ou foyers ardents) exerce
une influence très grande sur le développe-
ment rapide de l'empoisonnement profession-
nel et sur la grande fréquence do ses manifes-
tations les plus graves. Le danger des poisons
Industriels absorbés par l'ouvrier sous forme
-de vapeurs ou de composés salins est plus
grand que celui qui résulte de leur absorption
à l'état simple ou à l'état métallique.
M. Guilhaud démontre de plus que les in-
toxiqués professionnels sont plus portés que
d'autres à la tuberculose et au cancer, plus
exposés aux dégénérescences constitutionnelles:
de toutes sortes, il établit que leurs enfants
sont sujets à la morti-natalité, à la débilité:
congénitale, à la mortalité prématurée, à
l'idiutie, aux accidents méningitiques et épi-
lttptiformes.
« La vie est menacée dans son germe, dit-il,
.e,J; ainsi posée la question touche à un des pîus
graves problèmes modernes, le problème de la
dépopulation toujours croissante, problème
resté encore de nos jours sans le secours d'un
remède, mais qui trouverait une solution par-
tielle et pratiquement efficace dans la diminu-
tion de la morti-natalité dont la plupart des
causes sont connues des hygiénistes. »
Aussi, M. Guilhaud voudrait-il, et il a par-
faitement raison,que la loi sur les accidents du
travail fut étendue à la maladie profession-
nelle. Les ouvriers peuvent n'être pas victimes
d un accident subit, mais être atteints d'une
maladie temporaire par empoisonnement, d'une
véritable infirmité, d'une incapacité de travail
qui présente les mêmes caractères que celle
prévue par la loi du 9 avril 1898.
Il y a donc lieu d'obvier à cette inégalité de
traitement et d'accorder à ceux qui sont frap-
pes par les maladies professionnelles les mêmes
indemnités qu'à ceux qui sont victimes d'acci-
dents ordinaires. — Charles Darcy.
Voir* à La 3* page
les Dernières Dépêches
de la nuit
et la Revue des Journaux
- du matin
PARTI RADICAL-SOCIALISTE
Le Comité républicain radical-socialiste de
Charonne s'est réuni à la grande brasserie des
Nations, 48, boulevard da Charonne, sous la
présidence du citoyen Legendre ; le citoyen
Reneux remplissait les fonctions de secrétaire.
Le citoyen Patenne, conseiller municipal,
après avoir entretenu les auditeurs des diver-
ses questions de voirie intéressant le quartier,
a fait le récit pénible de la catastrophe du Mé-
tropolitain.
A ce sujet le citoyen Patenne dit que dès
qu'il a appris cet affreux malheur, étant ab-
sent de Paris, en délégation du Conseil géné-
ral pour l'inspection des Asiles d'aliénés de
plusieurs départements du Midi de la France,
il a fait toutes diligences pour que des secours
soient délivrés aux familles des victimes et invité
le Comité de Charonne à ouvrir une souscrip-
tion à cet effet, ce qui a été fait immédiate-
ment par les soins du bureau du comité.
Examinant ensuite les causes de l'incendie
qui a amené ce désastre, le citoyen Patenne
dit qu'il est tenu à une certaine réserve tant
que l'enquête ouverte n'aura pas établi les res-
ponsabilités. C'est ce motif qui l'a empêché
d'assister à un meeting qui a été tenu dans le
quartier sur ce pénible sujet. Il ajoute que la
commission du Métropolitain du Conseil mu-
nicipal a d urgence imposé certaines modifi-
cations que la Compagnie s'est engagée à ap-
pliquer de suite.
Après cet exposé et une courte discussion
l'orare du jour suivant a été adopté à l'unani-
mité:
Le Comité républicain radical-socialiste do Cha-
ronne déclare approuver l'attitude du citoyen Pa-
tenne, conseiller municipal, dans cette triste cir-
constance et lui renouvelle son entière confiance.
Une quête faite dans la salle au profit des
victimes du Métropolitain a produit la somme
de 20 fr. 70, qui vient s'ajouter à une somme
de 55 fr. remise précédemment à la souscrip-
tion.
Le président, LEGENDRE, le secrétaire, P. RE-
NEUX.
# 1 T
L'ESCADRE RUSSE EN ITALIE
(De notre correspondant particulier)
Saint-Pétersbourg, 8 septembre.
L'escadre russe de la Méditerranée, comman-
dée par l'amiral Krueger, partira dans les pre-
miers jours d'octobre pour le% eaux italiennes.
Elle visitera Gênes et restera dans ce port pen-
dant le séjour du tsar en Italie.
PROSPER MERIMEE
Son centenaire. — La jeunesse de l'au-
teur de « Colomba ». — L'écrivain.
— Anecdotes et souvenirs.
Le 28 septembre, il y aura cent ans que Pros-
per Mérimée venait au monde. Il fut baptisé
le même jour dans la vieille petite église de
Saint-Germain-des-Prés.
Les Mérimée habitaient ce quartier, où le
père de famille était secrétaire de l'Ecole des
Beaux-Arts; il s'occupait aussi de chimie et de
peinture, avec assez de talent, et on lui doit la
décoration d'un plafond d'une des salles du
Louvre. Un monument modeste, élevé à Bro-
glie, rappelle la petite gloire de Léonce Méri-
mée, due surtout à son fils.
Prosper était un enfant malingre et laid, il
ne fut, du reste, jamais beau et en souffrit sou-
vent. C'est sa mère qui lui donna cette promière
éducation, douce et tendre, qui s'imprime pour
la vie sur l'âme vierge des enfants. Au lycée
Charlemagne, où il fréquenta celui qui devait
être le grand Michelet,lil se montra le banal
fort en thème. A dix-neuf ans, il commença ses
études de droit.
Kiche et indépendant, Mérimée mène la vie
joyeuse des étudiants. Vers cette époque, il
s'éprend follement de la maîtresse du vieux na-
turaliste Cuvier. Mais la belle ne veut rien en-
tendre ; cependant, comme le vieux savant
l'ennuie avec sonautographomanie lancinante,
elle déclare au jeune soupirant qu'elle serait
bien heureuse s'il lui trouvait un autographe
de Robespierre pour remettre à son protecteur.
Avec des ruses comme seuls en ont les amou-
reux, le jeune homme « fabrique » un auto-
graphe, d'allure ultra authentique. Cuvier est
ravi, il court chez Nodier, qui possède la plus
belle collection d'autographes, et lui montre la
lettre. Nodier est consterné, mais, soudain, il
regarde l'autographe en transparent, et que
voit il sur le papier: 1813. La supercherie est
découverte, et le naturaliste furieux apprend
bientôt qu'il a été doublement trompé.
On a raconté aussi que Mérimée fut surpris
un soir, par une amie de sa famille, dans la
chambre d'une petite bonne dont il avait fait
la conquête. On voit la scène.
— Comment ! Monsieur Prosper f.
— C'est pour faire une étude de mœurs 1
Madame.
Le mot eut quelque succès. Au reste, l'au-
teur de la Famille Carvajal aima toujours les
mots à fortune et les boutades, qu'il disait en
: pince sans-rire.
« Racine est le plus grand des poètes qu'on
ne lit pas », proclamait-il.
« On appelle littérature classique la littéra-
ture à l'usage des classes. »
L'écrivain
Mérimée pratiqua cet art, qui réussit tou-
jours auprès du public : présenter son talent
comme venant d'un autre. Grand amateur de
pseudonymes, il en eut des quantités, et publia
plusieurs ouvrages, notamment le fameux
Théâtre de Clara Gazul, comme étant des do-
cuments seulement arrangés par lui.
Eugène de Mirecourt narre une piquante
anecdote à ce sujet. L'académicien de Jouy
ayant deviné ce « truc » s'extasiait sur le
Théâtre de Clara Gazul et invitait Mérimée à
partager son admiration. Tout confus, le jeune
écrivain se voyait contraint de vanter son œu-
vre propre.
On s'accorde généralement à dire que le
chef-d'œuvre de Mérimée est son roman de
Colornba, écrit au retour d'un séjour en Corse,
et d'après un scénario scrupuleusement véri-
dique, au dire d'un de nos confrères qui a
retrouvé dans l'île sauvage les souvenirs précis
de l'histoire héroïque de Colomba.
Elaboré en pleine maturité, le livre révèle
ce style agréable qu'on reconnaît d'ordinaire
chez ce littérateur impassible et sévère, qui.
cache sous une froideur physique un cœur ar-
dent et enthousiaste.
Pendant longtemps, Mérimée fut inspecteur
des beaux-arts, et cela lui valut de faire des
voyages dont il rendit compte de façon inté-
ressante. Il savait le grec, l'anglais, l'espagnol
et un peu l'italien. 11 séjourna beaucoup à
l'étranger, en Angleterre principalement, où
il était fort connu, et où plusieurs aventures
galantes lui arrivèrent.
— Il est si laid, ce monsieur Mérimée, qu'on
finit par l'aimer pour tant de laideur! disait
une miss de ses amies.
Et le paradoxe ne manque pas de vérité, si
l'on veut bien réfléchir que les hommes, en
très grande majorité, sont plus beaux que les
femmes, et que leur laideur devient souvent
une originalité qui plait, surtout quand,
comme chez Mérimée, elle est accompagnée
d'un esprit fin et charmeur.
Dans les dernières années de sa vie — il
mourut à Cannes, le 23 septembre 1870 - l'au-
teur du Vase étrusque s'attacha à faire con-
naître en France la littérature russe par les
traductions de Pouchkine, Gogol, Tourgue-
neff.
En prison
Mérimée ne craignit pas d'encourir les sé-
vérités correctionnelles pour essayer de sauver
son ami, le savant italien Libri, accusé de vo-
ler des livres.
Le croyant fermement innocent, il usa de
toute son influence pour empêcher une con-
damnation, et celle-ci prononcée, il publia
une attaque du jugement, ce qui lui valut un
mois de prison.
Ce dévouement, cette force do conviction,
amenèrent de nombreuses sympathies à l'écri-
vain.
Fêtera-t-on discrètement le centenaire de
Mérimée? On en a parlé. Et il faut espérer
qu'on n'oubliera pas cette célébrité du siècle
passé, qui a sa place marquée dans les Lettres
françaises. — Gustave Gasser.
---- ————————————
Les Italiens dans la MpotMae
(De notre correspondant particulier)
Rome, 8 septembre.
L'Italie a entamé des négociations avec la
Turquie au sfcjet de l'établissement d'un ser-
vice de gendarmerie italienne dans la Tripo-
litaine.
Des troupes italiennes devraient faire tempo-
rairement le service de police dans cette pro-
vince afin que la Turquie puisse utiliser ses
garnisons tripolitaines pour la répression des
troubles balkaniques.
L'ARMÉE DE COUP D'ETAT
(De notre correspondant particulier)
Belgrade, 8 septembre.
Dans la dernière conférence secrète que les
ministres ont eue avec le roi Pierre, on a dû
reconnaître qu'il est impossible de songer à
une guerre à l'extérieur comme moyen déri-
vatif. L'armée est complètement désorganisée.
Le roi Alexandre, avant sa mort avait com-
mandé à l'étranger des canons à tir rapide
pour soixante batteries. Par suite des désordres
du Konak, la commande n'a pu être exécutée.
L'armée serbe n'a pas d'artillerie ; le service
1
d'intendance est dans un état déplorable, les l,
ttêpûts Sbnt rides. L'esprit dans le corps d'om..
ciers est détestable.
Les chefs sont bons à faire des coups d'Etat
mais incapables devant l'ennemi extérieur. j
LES FÊTES DE TRÉGUIER
Comme nous l'avons dit déjà, la population;
républicaine de Tréguier a manifesté samedil
dernier son sentiment démocratique, à l'occa-,,
sion d'une conférence donnée par M. Vander"'-
velde, l'orateur socialiste belge bien connu. f
Une assistance considérable a assisté à laréu«<'
nion qui avait lieu au préau de l'école do!
Tréguier. La salle était. littéralement bondée.
M. de Kerguezec, conseiller général, présî- ;
dait, avoc M. Guilierm, maire de Tpéguie?, et
le commandant Freystaetter. ,
Dans le public, beaucoup d'ouvriers. M, de
Kerguezec a présenté en termes heureux le
conférencier dont le succès, ainsi qu'on le saifc
déjà, a été très vif.
M. Armand Charpentier a prononcé égale-
ment quelques mots.
A plusieurs reprises, les orateurs ont fait al*,
lusion aux prochaines fêtes de Tréguier, en
l'honneur d'Ernest Renan.
Ces passages étaient accueillis par' les cris
de : « Vive la République ! Vive Renan.' » La
municipalité de Tréguier a été l'objet de plu-f
sieurs ovations méritées de la part de cette as-
sistance républicaine. -
Pour les instituteurs et pour les ma-
ins. — La statue de Renan.
M. Chaumié, ministre de l'instruction publi-l
que et des beaux-arts, a retardé la rentrée sco-:
laire, dans les départements d'Ille-et-Vilaine,}
du Morbihan et du Finistère, du 14 au 16 sep- )
tembre, pour permettre aux instituteurs de ces;
départements de s'associer, s'ils le désirent,
aux fêtes de Tréguier, en l'honneur d'Ernest
Renan.
Le ministre de la marine a fait parvenir hiet
matin au préfet maritime un ordre lui intimante
d'accorder des permissions aux marins des;
quartiers maritimes de Tréguier, Lannion et
Paimpol, pour que ces marins puissent assis-
ter dimanche aux fêtes de Renan.
Deux torpilleurs de haute mer, détachés da
l'escadre du Nord, seront envoyés à Tréguier,
pendant la durée des fêtes.
La statue de Renan, transportée par chenue
de fer jusqu'à Bigard, est arrivée à Tréguier;
hier après-midi, vers 3 h. Aucun incident uot
s'est produit pendant le transport. A La Ro^,
che-Derrien, la statue a été saluée par les ae.
clamations de la foule.
On a procédé pendant toute la soirée au mon-
tage de la statue.
, - g
L'ABBÉ S'AMUSE
Aix-en-Provence, 8 septembre. f
L'abbé Ribeire, âgé de 35 ans, originaire de
l'Ardèche, qui fut professeur d'histoire dans\
un établissement de Seice-et-Oise, a été ar- 1
rêté et conduit à la maison d'arrêt d'Aix pour¡-r
outrages aux mœurs, commis sur des fillettes.
âgées de 5 à 12 ans.
e
LA CONFÉRENCE D'ORSAY 1
On nous écrit d'Orsay (Seine-et-Oise) :
Une grande conférence anticléricale avait éW
organisée hier à Orsay, sous les auspices du
groupe de la libre pensée de Palaiseau, petit
la formation à Orsay même d'un groupe libre-
penseur.
-Les républicains de la région avaient fait ap-
pel au concours des citoyens Charles Vaudetj,
ancien conseiller municipal, Rozier, conseiller
municipal, Navarre, ancien membre du comité
central, et Ségalas. Un grand nombre d'audi-
teurs ont applaudi vigoureusement les élo-1
quents discours de nos amis sur le péril cléri-'
cal et l'influence néfaste de toutes les Eglises;
Un jeune échappé de sacristie a bien essaya
quelques objections enfantines, mais le ton et
l'allure du jouvencoau clérical, qui n'a môme;
pas donné son nom au bureau, n'ont servi qu'à;
mettre en joie tous les assistants, et notre ami
Charles Vaudet, auquel s'attaquait plus parti-f
culièrement ce disciple de la congrégation, lu
a si bien répondu que, sans demander sor.
reste et sans entendre les autres orateurs, m
est parti sous les rires de l'assemblée.
A l'issuo de la conférence, un grand nombre,
d'adhésions o it permis de constituer le groupe
sous la présidence du citoyen Formet j
♦ :
A LA COUR DE MENELIK
(De notre correspondant particulier)
Zurich, 8 septembre. ;
M. Ilg, le conseiller intime du Négus Men
lik, a déclaré à un ami que c'est la maladif
grave de Volier, frère de l'impératrice Taitotf,
qui adonné naissanèe au bruit de la maladie 1
de Menolik.
M. Ilg dit aussi que la cour d'Addis-Ababba
se trouve actuellement tout à fait sous l'in-
fluence allemande. Des sujets de l'empereur
Guillaume ont obtenu des concessions très im-J
portantes. 1
UNE ÉMEUTE A BEYROUTH
Constantinople, 8 septembre. 1
Un télégramme de Beyrouth annonce que la
6 au soir une rixe a éclaté entre chrétiens et
musulmans devant l'église orthodoxe. Il y
aurait de nombreux morts et blessés.
Le consul d'Italie a recueilli chez lui un
chrétien poignardé devant le consulat par fin
musulman.
La rixe provoquée par un coup de feu tiré
par un musulman sur un employé chrétien
du collège américain, — lequel employé a été'
blessé — se produisit alors que le vali était à
bord du Brocklun. où il rendait visite à l'ami-
ral Cotton.
Constantinople, 8 septembre.
La version officielle de la rixe qui s'est pro-
duite à Beyrouth eo attribue la responsabilité
aux chrétiens. Ce seraient eux qui auraient'
fait feu sur quatre musulmans. Ceux-ci, sou-
tenus par plusieurs coreligionnaires accourus
du qnartier mahométan, engagèrent alors la
lutte avec les chrétiens, renforcés aux-mômee
par plusieurs des leurs.
C'est ce qui obligea la @ troupe à intervenir*
et elle réussit à rétablir l'ordre, non sans avoit
eu trois hommes blessés et un tué.
D'autre part, un chrétien a été tué et un au
tre blessé.
Ces chiffres sont évidemment inexacts, car
les chrtfs ont certainement souffert plus que Ici
troupes.
Le consul anglais s'est immédiatement
rendu auprès du vali et l'a menacé de deman-
der à l'amiral Cotton de débarquer de 1 înian-
terie de marine en cas d'un renouvellement
des désordres. l"
Dans les cercles officiels, on attribue men"
dent à t'arriv4e do l'escadre américaine. Oui
estime que les chrétiens essayent de provu,
ANNONCES
AUX BUREAUX DU JOURNAL
14, rue du Mail, Paris.
Et chez MM. LAGRANGE, CERF et CPI,
6, place de la Bourse, 6
Adresse Télégraphique; XIX' SIÈCLB - PARIS
1. - la"»»&'MENT
6jL six mois 11 f. On an 20
D 0 7 - 12 f. - 24 t, I e
U~ M~ é. ~S 9 — 16 f. — 32 f|
4, le eb -
i y n ements sont reçus sans frai
dans tous les Bureaux de Poste
REDACTION s 14, rue du Mail, Paris
De 4 à 8 heures du soir et de 10 heures du soir à 1 heure du matin
No 12235. — Jeudi 10 Septembre 1903
24 FRUCTIDOR AN 111
ADMIIVISTRATIOIV ; 14, rue (lu H ail
Adresser lettres et mandais à l'Ad nuistralewr
NOS LEADERS
Lettre d'Espagne
En rentrant à Paris, je trouve la let-
tre suivante que je m'empresse de pu-
blier : ■
« San Sébasti. an, Villa-Alta)
« 24 août 1903.
« Monsieur,
« Un de mes amis de Reims m'en-
voie un numéro de ï Eelaireur de l'Est,
en date du 20 août, contenant un ar-
ticle signé de vous. Mon ami ajoute
que cet article doit être tiré du jour-
nal le Rappel. C'est, en tout cas, à cette
dernière adresse que j'envoie cette let-
tre de rectification. Je laisse de côté
l'invraisemblance d'un télégramme
d'excuses envoyé par un exilé pour
expliquer pourquoi il n'assiste pas à
telle ou telle réunion.
« Je ne m'arrêterai qu'à cette phrase:
— « L'adhésion de M. Déroulède à une
manifestation nettement impérialiste et
organisée en faveur de la candidature
du prince Victor, mérite d'être signa-
lée.
« Je vous prie, monsieur, de me
faire savoir dans quels termes, en
quelle occasion et à qui a été donnée
par moi une adhésion quelconque, je
ne dis pas seulement à la candidature
du prince Victor, mais même aux im-
périalistes plébiscitaires.
« Je veux croire que cette menson-
gère invention n'est pas de vous, mais
vous me devez de me faire savoir pu-
bliquement de qui elle est et, publi-
quement aussi, d'en rétracter le com-
mentaire qui est sans doute aujour-
d'hui une erreur, mais qui serait de-
main une calomnie.
« Non, monsieur, il n'y a nul avatar
dans mes convictions. Républicain plé-
biscitaire avec Gambetta, républicain
plébiscitaire avec Boulanger, républi-
cain plébiscitaire avec Félix Faure (s'il
l'eût voulu), j'ai toujours tenu et je
tiens toujours pour les pires ennemis
de ma doctrine et de mes idées ceux qui
font du plébiscite l'abdication de la
souveraineté nationale-au profit d'une
souveraineté, monarchique et hérédi-
taire.
« Convaincu que vous ferez loyale-
ment droit à ma requête et que vous
insérerez intégralement cette lettre
dans le Rappel et dans l'Eclaireur de
rEst au même endroit et dans le mê-
me texte où fut publié et reproduit
yotre article, je vous prie de croire,
Monsieur, à mes meilleurs sentiments
le fraternité -française.
« PAUL DÉROULÈDE. »
***
Tardivement — mais nos lecteurs
"!onnaissent les motifs du retard — je
lonne, on le voit, à M. Déroulède, au
,noins en ce qui concerne le Rappel —
!ar je suis sans action sur Eelaireur
de l'Fst — la satisfaction qu'il réclame
nt à laquelle je reconnais bien volon-
tiers qu'il a droit.
Il inflige un démenti catégorique aux
tuteurs de l'information publiée le
lendemain du banquet victorien du
15 août et aux termes de laquelle on
avait donné lecture, à ce banquet, de
télégrammes d'excuses de MM. Lasies,
Quentin-Bauchart, Millevoye et Dérou-
lède. Ayant reproduit ladite informa-
tion dans mon article du 20 août, au-
quel répond la lettre qu'on vient de
lire, je puis, en effet, être considéré
dans une certaine mesure comme
tenu d'enregistrer le démenti de M. Dé-
roulède. Et voilà qui est fait.
Quant au commentaire dont j'avais
fait suivre l'information dontil s'agit,il
est bien évident qu'il ne doit rien en
rester.Il tombe sous le sens que je n'ai
pu apprécier une manifestation à la-
quelle M. Déroulède déclare ne s'être
point livré.
Ma bonne foi étant ainsi hors de
cause — et il ne saurait en être autre-
ment -- je puis dire que l'erreur où
je suis tombé en tenant pour exacte
l'information en question est, après
tout, excusable. Je vois bien qup M.
Déroulède établit une distinction en-
tre les « républicains plébiscitaires »
dont il est le chef, et les « impérialistes
plébiscitaires » qu'il déclare « les pires
snnnemis de sa doctrine et de ses
idées ». Mais cette distinction peut
paraître à beaucoup fort subtile et
point suffisamment nette.
Je remercie M. Déroulède d'avoir
encarté dans sa lettre rectificative un
exemplaire des « Principes de la Ré-
publique plébiscitaire » revêtu de sa
signature manuscrite. Je le lis atten-
tivement.
J'y vois que le Président de la Ré-
publique serait élu par plébiscite na-
tional, — tandis que les membres du
Parlement seraient élus par plébiscite'
départemental ; c'est-à-dire qu'il aurait
sur eux une incontestable suprématie,
d'origine ; j'y vois qu'il serait toujours
rééligible ; qu'il serait chargé de gou-
verner l'Etat et de proposer les lois
de recettes ou dépenses ; que ses mi-
nistres, que le Parlement n'aurait pas
jfe droit de renverser, seraient choisis j
et révoqués par lui ; qu'il serait res-
ponsable, non devant le Parlement,
mais devant le peuple.
Et je dis que ce système, cette ré-
duction à rien des attributions du Par-
lement, cette restauration du pouvoir
personnel, c'est, certes, bien plus
l'Empire que la République.
Deux fois, en France, en 1799 et en.
1849, la République a pris la forme
plébiscitaire. Les deux fois, elle a ra-
pidement, par l'évolution naturelle des
choses, abouti à l'empire.
Ces deux expériences ont coûté trop
cher à la France pour que nous ayons
l'envie d'en tenter une troisième.
La République plébiscitaire, tout le
démontre, tout le prouve, c'est l'em-
pire. Et nous savons aussi que l'em-
pire c'est l'invasion.
Nous ne voulons pas recommencer
1799 et 1849, parce que nous ne vou-
lons pas recommencer 1814 et 1870.
Mais il est inutile, sans doute, de re-
nouveler une discussion déjà tant de
fois poussée à fond. Entre lés impéria-
listes et les républicains plébiscitaires,
quoi qu'en puisse penser M. Dérou-
lède, il y a des affinités si nombreuses
que la confusion peut aisément s'éta-
blir; il n'y en a aucune entre les répu-
blicains plébiscitaires et les républi-
cains.
***
Cela dit, j'ajouterai simplement que
je me suis trompé tout à l'heure en
écrivant que de mon article du 20
août, il ne devait rien subsister ; il en
reste, au contraire, l'expression de
.mon regret sincère d'avoir vu M. Paul
Déroulède descendre du piédestal où
ses chants patriotiques l'avaient placé
pour se perdre dans les marécages
d'une politique incohérente et sans
avenir possible — heureusement pour
la France.
Je ne rature rien de ce que j'ai écrit
ici sur mes souvenirs du temps, si
lointain, si oublié, où M. Paul Dérou-
lède, tout vibrant des émotions viriles
de la guerre, chantait la Revanche. J'ai
dit, je crois bien, que j'avais les Chants
du Soldat tout entiers dans ma mé-
moire ; je veux les conserver, entendre
encore quelquefois fredonner à mes
oreilles : « Ah ! c'était un fameux ser-
gent que maître Jacques. » — Le
Déroulède d'aujourd'hui me prie de
croire à ses meilleurs sentiments de
fraternité française. Je l'en remercie.
Et j'envoie à l'ombre du Déroulède de
jadis mon salut attristé.
Lucien Victor-Meunier.
!.. I
LE COMBAT D'EL fttOUNGAR
Il est impossible aujourd'hui!
de parler d'autre chose que de
l'attaque d'El Moungar, et des
incidents qui se succèdent si ra-
pidement dans le Sud-Oranais,
le long de la si vague frontière
marocaine.
Nous devons, tout d'abord, payer notre
juste tribut d'éloges à ceux qui, là-bas,
-ont combattu et sont morts pour la France;
à ces quelques soldats qui ont fait preuve
d'une endurance, d'une solidité, d'un sang-
froid — ils nous en voudraient de louer
leur bravoure qui est la qualité native de la
race - tout à fait admirables.
Ceci dit, et en attendant que l'on sache
si quelque faute a été commise par le com-
mandement militaire, chose que nous ne
voulons pas insinuer, encore moins affir-
mer, tant que l'enquête sur les faits n'aura
pas parlé, nous ne pouvons que répéter ici'
ce qui a été indiqué déjà tant de fois : c'est
que, dans ces régions désertiques où l'on
ne peut prétendre être maître que du ter-
rain que balaie le feu de salve, la dissémi-
nation exagérée des forces dont nous dispo-
sons serait une grosse faute. Il faut, de
toute nécessité, que toute troupe en marche
soit en mesure, le cas échéant, de se replier
rapidement sur son corps de soutien, et ce
corps doit toujours être à portée Ici, nous;
voyons qu'à quatre heures de l'après-midi,
le capitaine de Susbielle a pu apparaître,
avec ses cavaliers de renfort, sur le champ
de bataille, et mettre en fuite l'ennemi ;
mais le glorieux et sanglant combat durait
depuis huit heures du matin, et les contin-
gents dont disposait le capitaine de Sus-
bielle ne se sont mis en route que grâce à.
un méhariste ou à un cavalier du corps com-
battant, venu en hâte prévenir le capitaine.
Ceci indique que le petit corps du capitaine
de Susbielle était à une distance telle qu'il
-n'a pu entendre le bruit du combat, et qu'il
n'a pu, par conséquent, « marcher au ca-
non ». C'est pourtant ce qui devrait pou-
voir se faire dans ces pays où tout monti-
cule de sable peut cacher un poste ennemi.
La conséquence, c'est que la petite
troupe engagée était trop éloignée de
toute réserve, était « en l'air v ; et voilà -
qui est dangereux, dans une région qui.
n'est jamais sùre, et que l'insurrection des
Marocains rend plus dangereuse que ja-
mais.
Il faudra donc se résoudre à envoyer là-
bas des forces suffisamment denses pour
qu'elles soient en mesure de se donner la
main.
-————————.———
LE BLANC DE CÉRUSE
Nous recevons la dépêche suivante :
Bruxelles, 8 septembre.
Sur la proposition du docteur Delbastee,
membre de la chambre des représentants bel-
ges, et sur celle du professeur Lemiere, de
Bruxelles, le congrès international d'hygiène
a voté la suppression de l'emploi de la oé-
ruse. -
CRAISSAC,
Correspondant des peintres de Parj.
LERAPPEL
ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE
La poésie française à Haïti. — La plus
belle Antille. — Les poètes noirs.
— Mort de Bernard Lazare.
Une conférence de M. J. Valmy-Baisse, sous
les auspices do la. Nouvelle Revue Moderne, rap-
,pelle notre attention sur la poésie des nègres.
Mais ce ne sont pas des nègres ordinaires que
les noirs d'Haïti, et il ne s'agit pas des mélo-
pées informes ni des rythmes barbares des in-
digènes de la Papouasie. Cette race métisse,
issue des transports de chair africaine, jadis,
sous le zénith de la pittoresque mêlée de sang
peau-rouge, espagnol et français, est intelli-
gente et raffinée. Ses visages ont toute la pu-
reté de lignes do nos meilleurs spécimens eu-
ropéens, ses idées sont nobles, sa culture in-
tellectuelle développée. Les croisements ont fait
cette anomalie, une race qui ne répond plus
aux instincts de sa couleur. Ces insulaires
eurent des héros, leur fierté nationale se dresse
allière devant l'étranger, ils sont demeurés très
Français depuis notre temporaire occupation,
et c'est en langue française que s'expriment
leurs bardes, mais ils sont Haïtiens quand
même et avant tout.
La plus belle Antille
Depuis longtemps déjà Paris connaît les
beaux esprits de cette sœur lointaine. Le doc-
leur Louis-Joseph Janvier est une personna-
lité coudoyée chaque jour sur nos boulevards,
rencontrée dans-tros cercles, mêlée à notre
bouillante jeunesse des écoles. Ses travaux
sont d'une science aVisée. Généreux philan-
thrope, il s'est efforcé de faire aimer ses con-
génères, de les encourager, de les protéger.
Beaucoup d'hommes de lettres, des nôtres, ont'
collaboré à La Fraternité, ce journal de nè-
grès dont les théories recélaient d'attrayantes
couleurs. Par des récits enthousiastes, les
écrivains du cru nous ont énuméré les char-
mes de leur patrie, les séductions de la terre
et du ciel. Ils ont peint,d'une main naïve quel-
quefois, et ce n'en est que plus attrayant, le dé-
cor unique de leur océan mourant sur les sa-
bles d'or, de leurs forêts où voltigent les oi-
seaux-mouches, de leurs arbres chargés de
fleurs et de fruits. Ecoutez le gazouillement
de cet univers ivre de vivre, voyez passer, lé-
gères, ces femmes aux regards de velours. A
la fois sauvage et coquette, cette contrée est le
merveilleux paradis où la barbarie humaine a
versé des flots de sang sans pouvoir en noyer
l'éternel parfum. Le petit peuple qui s'y meut
a su devenir libre et garder la liberté qu'il a
conquise.
Ainsi chantent ces poètes au teint de bronze,
;ainsi leurs strophes, langoureuses ou vibran-.
tes, s emplissent des grands noms do leur courte
histoire ou de la douceur de leurs vallées. C'est
Toussaint,Louverture, qui rompt de nouveau
îles liens de Spartacus, c'est le fleuve tiède, es-
corté de tout un monde ailé, qui descend, pa-
resseux, sous l'ombreuse forêt de bois précieux.
•Hélas ! un mal grandit maintenant parmi ceux
qui sont venus, chez nous, sucer au lait amer
du doute. La civilisation à laquelle ils ont
.goûté empoisonne leur naïve confiance dans la
nature. Et c'est douloureux de voir se ronger
ainsi des âmes qui pouvaient ignorer à jamais
:nos tristesses.
Ecoutez l'un d'eux, M. Louis Borno :
« Au secours, Spinosa, Kant! Par quel stratagème,
« Par quel signe forcer le mystère à l'aveu !
« A nous, Socrate, Hegel, Leibniz, groupe suprême,
« Déchirez co rideau d'Isis, le grand ciel bleu ! »
Œt tandis que leur âme, en proie à la torture,
:Assaillc éperdûment de ses cris l'infini,
Pas un frisson n'émeut l'impassible nature,
Rien ne trouble l'oiseau qui chante au bord du nid.
Les poètes noirs
M. Valmy-Baisse trace une série de portraits
;de ce bataillon sacré. Avant lui, M. Adolphei
Brisson, dans ses Annales politiques et littérai-1
;res, puis M. Fernand Hauser l'avaient tenté
'de façon non moins heureuse. Ces poètes noirs
ne comptent pas encore d' « écoles », et je leur
.souhaite de s'en passer le plus longtemps pos-
sible, mais ils ont déjà des genres et des chefs i
de files. Leurs livres contiennent d'intéressan-
tes pages, qui pourront le devenir plus encore.
Les anciens ont été Milcent, directeur en 1817;
d'une revue à Haïti, l'Abeille Uttéraire, Samba
Dupré, auteur de chansons populaires, Chan-
;latte, gracieux et léger ; Jean-Baptiste Romane
'cité pour son Ode à la France, mort au seuil de
la vie ; Ignace Nau (1810-1837) Coriolan Ar-
douin (même époque), Abel Elie (1840-1864),
Charles Seguy-Villevaleix, dont les Primevères
sont jolies.
A travers les insurrections, la jeune poésie
haïtienne prend de nouvolles forces. M. Valmy-
Baisse cite, à partir de 1871, James Gardère,
Aurel Chevry (1850-1881), Ducas Hypolite :
(1810,1867), Paul Lochard, né à Petit-Goave en
1837, auteur de Chants du soir (1876) et de;
Feuilles de chêne (1901) ; Oswald Durand, né
au Cap-Haïtien en 1840, auteur de Rires el,
Pleurs (2 vol., 1897) ; Emmanuel Edouard, né
à Port-au-Prince en 1860 (Himes Haïtiennes) ;
Tertulien-Guilbaud, né à Port-de-Paix (Patrie,
1885, Feuilles au vent, 1888). Massillon Coicou,
né à Port-au-Prince en 1867, l'un des plus re-
marquables pour la forme et l'élévation de la
pensée, a publié Poésies Nationales (1892), Pas-
sions et impressions (1903) et plusieurs drames
en vers, L'Oracle, un acte, Liberté ! quatre ac-
tes, Le fils de Toussaint, deux actes, représen-
tés avec estime.
Madame Virginie Sampeur, née au Cap-Haï-
tien, a répandu dans les périodiques des stro-
-phes d'une ardeur passionnée, auprès de Geor-
ges Sylvain, né à port-de-Paix en 1866, histo-
rien des muses de son pays, poète des Confi-
dences et Mélancolies, de Louis Borno, né à
Port-au-Prince en 1866. parnassien, et de Jus-
tin Lhérisson, né vers 1870, qui dirige à Port-
au-Prince le Soir, journal quotidien, et a pu-
blié divers recuoils,Chants de l'Aurore, Myrtha,
Passe-Temps.
On garde souvenir de A. Brun, d'Alcibiade
Fleury-BatHer (Sous les Bambous), de Charles
Williams (Les voix du cœu)'), de Luzincourt-
Rose (Les Soupirs), d'Alfred Simonise (L'AI.
cade de Zalarneo), de Pierre Faubert (Poésies),
d'Alibée Fery (Poésies diverses), d'Arnold La-
roche (Les Bluettes), de Petion Gérome, et de
V. Ducasse. Beaucoup de ces champions d'une
littérature naissante ont disparu, dès les portes
de l'arène. Il est, en effet, remarquable que la
plupart des poètes haïtiens sont morts très
jeunes, et que nul d'entr'eux n'a pu donner la
mesure parfaite de son talent.
Mais il faut citer encore, parmi ceux qu'on
écoute aujourd'hui: Ed. Héraux (Les Préludes,
Fleurs des Mornes); Isnardin Vieux (Les Vibra-
tions, Chants et Rêves) ; Solon Ménos (Les Mm-
moniennes) ; Henri Chauvei (La Fleur d'Or, la
Fille du Cacique) ; Arsène Chevry (Les Areytos,
Voix perdues) ; Jules Roseinont(Les vúw; aérien-
nes) ; Etzer-Vilaire (Les dix hommes noirs) ; Fé-
nelon Duplessis, Paul Lespès, Pomayrac, Char-
los Moravia, Macdonald Alexandre, P.-L. Cau-
vin, Thalès Manigat, Claude Gauthier, D. Vieux,
A. Duval, E. Laforest, Ch. Lechaud, Maurice
Brun, E. Delerme, C. Mayard, Celie Lamouv,
poétesse non sans charmes. Et M. Oswald. Du-
rand u'a pas terminé son effort, el M* ïtiassillo»
Coucou le commence à peine. Son goût du beau,
son tempérament ardent, sà-hàute culture pér-
mettent d'espérer de lui plus encore.
Mort de Bernard Lazare
C'était un camarade aimable et serviable,
prompt à défendre de justes causes, écrivain
de talent à n'en pas douter : ses livres le
prouvent. Et sa franchise m'avait plu, dès
l'abord. Jamais je n'ai pris garde à la religion
ou à la nationalité de ceux qui me sont sym-
pathiques. Or, un jour, chez un éditeur, il y a
une quinzaine d'années de cela, nous devisions
entre amis. Une fraction se manifestait en
faveur d'Edouard Drumont et de sa campagne
naissante: Sus aux Juifs! la France aux
français, etc. Bernard Lazare se leva : « Je ne
m'effraie pas, dit-il, des animosités générales
réveillées par un raté de lettres pour se créer
une réputation, et mon goût littéraire n'a pas
à en souffrir. Cependant je neveux pas vous
laisser ignorer plus longtemps que je suis
israélite. Ma famille était fixée à Aigues-Mortes
dès le douzième siècle. Cette ancienneté me
donne droit, j'espère, de me dire aussi Fran-
çais que M. Drumont. »
Et, dès ce jour, il entreprit de défendre ses
coreligionnaires de se faire le champion de sa
race, quoiqu'il comprit que c'était la ruine
certaine de ses espérances littéraires. Il eût
pu se borner à plaire au public, à écrire des
choses charmantes, comme M. Ludovic Ha-
lévy et Meilhac, à suivre ses poétiques ins-
tincts comme Henri Heine, sans se mêler de
casuistique et de polémique. L'affaire Dreyfus
kii rapporta quelques collaborations lorsque la
presse des deux mondes s'adressa à lui pour
(;iter de cette passionnante cause, mais ce fut
ijpbémère et tout le reste lui fut fermé. L'ayant
deviné, il n'avait pas hésité. Sa mémoire est
digne d'estime. ,
LÉON RroTOR.
,
INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES
M. Georges Guilhaud vient de faire paraître
une intéressante étude sur les intoxications
.professionnelles et les moyens de les éviter.
De nombreuses observations médicales il a
tiré la conclusion que l'intoxication profession-
nelle est d'autant plus dangereuse qu'elle se
présente ordinairement sous les formes insi-
dieuses que revêtent la plupart des empoison-
nements chroniques.
Le travail à chaud, c'est-à-dire devant le
fau (fours de fusion ou foyers ardents) exerce
une influence très grande sur le développe-
ment rapide de l'empoisonnement profession-
nel et sur la grande fréquence do ses manifes-
tations les plus graves. Le danger des poisons
Industriels absorbés par l'ouvrier sous forme
-de vapeurs ou de composés salins est plus
grand que celui qui résulte de leur absorption
à l'état simple ou à l'état métallique.
M. Guilhaud démontre de plus que les in-
toxiqués professionnels sont plus portés que
d'autres à la tuberculose et au cancer, plus
exposés aux dégénérescences constitutionnelles:
de toutes sortes, il établit que leurs enfants
sont sujets à la morti-natalité, à la débilité:
congénitale, à la mortalité prématurée, à
l'idiutie, aux accidents méningitiques et épi-
lttptiformes.
« La vie est menacée dans son germe, dit-il,
.e,J; ainsi posée la question touche à un des pîus
graves problèmes modernes, le problème de la
dépopulation toujours croissante, problème
resté encore de nos jours sans le secours d'un
remède, mais qui trouverait une solution par-
tielle et pratiquement efficace dans la diminu-
tion de la morti-natalité dont la plupart des
causes sont connues des hygiénistes. »
Aussi, M. Guilhaud voudrait-il, et il a par-
faitement raison,que la loi sur les accidents du
travail fut étendue à la maladie profession-
nelle. Les ouvriers peuvent n'être pas victimes
d un accident subit, mais être atteints d'une
maladie temporaire par empoisonnement, d'une
véritable infirmité, d'une incapacité de travail
qui présente les mêmes caractères que celle
prévue par la loi du 9 avril 1898.
Il y a donc lieu d'obvier à cette inégalité de
traitement et d'accorder à ceux qui sont frap-
pes par les maladies professionnelles les mêmes
indemnités qu'à ceux qui sont victimes d'acci-
dents ordinaires. — Charles Darcy.
Voir* à La 3* page
les Dernières Dépêches
de la nuit
et la Revue des Journaux
- du matin
PARTI RADICAL-SOCIALISTE
Le Comité républicain radical-socialiste de
Charonne s'est réuni à la grande brasserie des
Nations, 48, boulevard da Charonne, sous la
présidence du citoyen Legendre ; le citoyen
Reneux remplissait les fonctions de secrétaire.
Le citoyen Patenne, conseiller municipal,
après avoir entretenu les auditeurs des diver-
ses questions de voirie intéressant le quartier,
a fait le récit pénible de la catastrophe du Mé-
tropolitain.
A ce sujet le citoyen Patenne dit que dès
qu'il a appris cet affreux malheur, étant ab-
sent de Paris, en délégation du Conseil géné-
ral pour l'inspection des Asiles d'aliénés de
plusieurs départements du Midi de la France,
il a fait toutes diligences pour que des secours
soient délivrés aux familles des victimes et invité
le Comité de Charonne à ouvrir une souscrip-
tion à cet effet, ce qui a été fait immédiate-
ment par les soins du bureau du comité.
Examinant ensuite les causes de l'incendie
qui a amené ce désastre, le citoyen Patenne
dit qu'il est tenu à une certaine réserve tant
que l'enquête ouverte n'aura pas établi les res-
ponsabilités. C'est ce motif qui l'a empêché
d'assister à un meeting qui a été tenu dans le
quartier sur ce pénible sujet. Il ajoute que la
commission du Métropolitain du Conseil mu-
nicipal a d urgence imposé certaines modifi-
cations que la Compagnie s'est engagée à ap-
pliquer de suite.
Après cet exposé et une courte discussion
l'orare du jour suivant a été adopté à l'unani-
mité:
Le Comité républicain radical-socialiste do Cha-
ronne déclare approuver l'attitude du citoyen Pa-
tenne, conseiller municipal, dans cette triste cir-
constance et lui renouvelle son entière confiance.
Une quête faite dans la salle au profit des
victimes du Métropolitain a produit la somme
de 20 fr. 70, qui vient s'ajouter à une somme
de 55 fr. remise précédemment à la souscrip-
tion.
Le président, LEGENDRE, le secrétaire, P. RE-
NEUX.
# 1 T
L'ESCADRE RUSSE EN ITALIE
(De notre correspondant particulier)
Saint-Pétersbourg, 8 septembre.
L'escadre russe de la Méditerranée, comman-
dée par l'amiral Krueger, partira dans les pre-
miers jours d'octobre pour le% eaux italiennes.
Elle visitera Gênes et restera dans ce port pen-
dant le séjour du tsar en Italie.
PROSPER MERIMEE
Son centenaire. — La jeunesse de l'au-
teur de « Colomba ». — L'écrivain.
— Anecdotes et souvenirs.
Le 28 septembre, il y aura cent ans que Pros-
per Mérimée venait au monde. Il fut baptisé
le même jour dans la vieille petite église de
Saint-Germain-des-Prés.
Les Mérimée habitaient ce quartier, où le
père de famille était secrétaire de l'Ecole des
Beaux-Arts; il s'occupait aussi de chimie et de
peinture, avec assez de talent, et on lui doit la
décoration d'un plafond d'une des salles du
Louvre. Un monument modeste, élevé à Bro-
glie, rappelle la petite gloire de Léonce Méri-
mée, due surtout à son fils.
Prosper était un enfant malingre et laid, il
ne fut, du reste, jamais beau et en souffrit sou-
vent. C'est sa mère qui lui donna cette promière
éducation, douce et tendre, qui s'imprime pour
la vie sur l'âme vierge des enfants. Au lycée
Charlemagne, où il fréquenta celui qui devait
être le grand Michelet,lil se montra le banal
fort en thème. A dix-neuf ans, il commença ses
études de droit.
Kiche et indépendant, Mérimée mène la vie
joyeuse des étudiants. Vers cette époque, il
s'éprend follement de la maîtresse du vieux na-
turaliste Cuvier. Mais la belle ne veut rien en-
tendre ; cependant, comme le vieux savant
l'ennuie avec sonautographomanie lancinante,
elle déclare au jeune soupirant qu'elle serait
bien heureuse s'il lui trouvait un autographe
de Robespierre pour remettre à son protecteur.
Avec des ruses comme seuls en ont les amou-
reux, le jeune homme « fabrique » un auto-
graphe, d'allure ultra authentique. Cuvier est
ravi, il court chez Nodier, qui possède la plus
belle collection d'autographes, et lui montre la
lettre. Nodier est consterné, mais, soudain, il
regarde l'autographe en transparent, et que
voit il sur le papier: 1813. La supercherie est
découverte, et le naturaliste furieux apprend
bientôt qu'il a été doublement trompé.
On a raconté aussi que Mérimée fut surpris
un soir, par une amie de sa famille, dans la
chambre d'une petite bonne dont il avait fait
la conquête. On voit la scène.
— Comment ! Monsieur Prosper f.
— C'est pour faire une étude de mœurs 1
Madame.
Le mot eut quelque succès. Au reste, l'au-
teur de la Famille Carvajal aima toujours les
mots à fortune et les boutades, qu'il disait en
: pince sans-rire.
« Racine est le plus grand des poètes qu'on
ne lit pas », proclamait-il.
« On appelle littérature classique la littéra-
ture à l'usage des classes. »
L'écrivain
Mérimée pratiqua cet art, qui réussit tou-
jours auprès du public : présenter son talent
comme venant d'un autre. Grand amateur de
pseudonymes, il en eut des quantités, et publia
plusieurs ouvrages, notamment le fameux
Théâtre de Clara Gazul, comme étant des do-
cuments seulement arrangés par lui.
Eugène de Mirecourt narre une piquante
anecdote à ce sujet. L'académicien de Jouy
ayant deviné ce « truc » s'extasiait sur le
Théâtre de Clara Gazul et invitait Mérimée à
partager son admiration. Tout confus, le jeune
écrivain se voyait contraint de vanter son œu-
vre propre.
On s'accorde généralement à dire que le
chef-d'œuvre de Mérimée est son roman de
Colornba, écrit au retour d'un séjour en Corse,
et d'après un scénario scrupuleusement véri-
dique, au dire d'un de nos confrères qui a
retrouvé dans l'île sauvage les souvenirs précis
de l'histoire héroïque de Colomba.
Elaboré en pleine maturité, le livre révèle
ce style agréable qu'on reconnaît d'ordinaire
chez ce littérateur impassible et sévère, qui.
cache sous une froideur physique un cœur ar-
dent et enthousiaste.
Pendant longtemps, Mérimée fut inspecteur
des beaux-arts, et cela lui valut de faire des
voyages dont il rendit compte de façon inté-
ressante. Il savait le grec, l'anglais, l'espagnol
et un peu l'italien. 11 séjourna beaucoup à
l'étranger, en Angleterre principalement, où
il était fort connu, et où plusieurs aventures
galantes lui arrivèrent.
— Il est si laid, ce monsieur Mérimée, qu'on
finit par l'aimer pour tant de laideur! disait
une miss de ses amies.
Et le paradoxe ne manque pas de vérité, si
l'on veut bien réfléchir que les hommes, en
très grande majorité, sont plus beaux que les
femmes, et que leur laideur devient souvent
une originalité qui plait, surtout quand,
comme chez Mérimée, elle est accompagnée
d'un esprit fin et charmeur.
Dans les dernières années de sa vie — il
mourut à Cannes, le 23 septembre 1870 - l'au-
teur du Vase étrusque s'attacha à faire con-
naître en France la littérature russe par les
traductions de Pouchkine, Gogol, Tourgue-
neff.
En prison
Mérimée ne craignit pas d'encourir les sé-
vérités correctionnelles pour essayer de sauver
son ami, le savant italien Libri, accusé de vo-
ler des livres.
Le croyant fermement innocent, il usa de
toute son influence pour empêcher une con-
damnation, et celle-ci prononcée, il publia
une attaque du jugement, ce qui lui valut un
mois de prison.
Ce dévouement, cette force do conviction,
amenèrent de nombreuses sympathies à l'écri-
vain.
Fêtera-t-on discrètement le centenaire de
Mérimée? On en a parlé. Et il faut espérer
qu'on n'oubliera pas cette célébrité du siècle
passé, qui a sa place marquée dans les Lettres
françaises. — Gustave Gasser.
---- ————————————
Les Italiens dans la MpotMae
(De notre correspondant particulier)
Rome, 8 septembre.
L'Italie a entamé des négociations avec la
Turquie au sfcjet de l'établissement d'un ser-
vice de gendarmerie italienne dans la Tripo-
litaine.
Des troupes italiennes devraient faire tempo-
rairement le service de police dans cette pro-
vince afin que la Turquie puisse utiliser ses
garnisons tripolitaines pour la répression des
troubles balkaniques.
L'ARMÉE DE COUP D'ETAT
(De notre correspondant particulier)
Belgrade, 8 septembre.
Dans la dernière conférence secrète que les
ministres ont eue avec le roi Pierre, on a dû
reconnaître qu'il est impossible de songer à
une guerre à l'extérieur comme moyen déri-
vatif. L'armée est complètement désorganisée.
Le roi Alexandre, avant sa mort avait com-
mandé à l'étranger des canons à tir rapide
pour soixante batteries. Par suite des désordres
du Konak, la commande n'a pu être exécutée.
L'armée serbe n'a pas d'artillerie ; le service
1
d'intendance est dans un état déplorable, les l,
ttêpûts Sbnt rides. L'esprit dans le corps d'om..
ciers est détestable.
Les chefs sont bons à faire des coups d'Etat
mais incapables devant l'ennemi extérieur. j
LES FÊTES DE TRÉGUIER
Comme nous l'avons dit déjà, la population;
républicaine de Tréguier a manifesté samedil
dernier son sentiment démocratique, à l'occa-,,
sion d'une conférence donnée par M. Vander"'-
velde, l'orateur socialiste belge bien connu. f
Une assistance considérable a assisté à laréu«<'
nion qui avait lieu au préau de l'école do!
Tréguier. La salle était. littéralement bondée.
M. de Kerguezec, conseiller général, présî- ;
dait, avoc M. Guilierm, maire de Tpéguie?, et
le commandant Freystaetter. ,
Dans le public, beaucoup d'ouvriers. M, de
Kerguezec a présenté en termes heureux le
conférencier dont le succès, ainsi qu'on le saifc
déjà, a été très vif.
M. Armand Charpentier a prononcé égale-
ment quelques mots.
A plusieurs reprises, les orateurs ont fait al*,
lusion aux prochaines fêtes de Tréguier, en
l'honneur d'Ernest Renan.
Ces passages étaient accueillis par' les cris
de : « Vive la République ! Vive Renan.' » La
municipalité de Tréguier a été l'objet de plu-f
sieurs ovations méritées de la part de cette as-
sistance républicaine. -
Pour les instituteurs et pour les ma-
ins. — La statue de Renan.
M. Chaumié, ministre de l'instruction publi-l
que et des beaux-arts, a retardé la rentrée sco-:
laire, dans les départements d'Ille-et-Vilaine,}
du Morbihan et du Finistère, du 14 au 16 sep- )
tembre, pour permettre aux instituteurs de ces;
départements de s'associer, s'ils le désirent,
aux fêtes de Tréguier, en l'honneur d'Ernest
Renan.
Le ministre de la marine a fait parvenir hiet
matin au préfet maritime un ordre lui intimante
d'accorder des permissions aux marins des;
quartiers maritimes de Tréguier, Lannion et
Paimpol, pour que ces marins puissent assis-
ter dimanche aux fêtes de Renan.
Deux torpilleurs de haute mer, détachés da
l'escadre du Nord, seront envoyés à Tréguier,
pendant la durée des fêtes.
La statue de Renan, transportée par chenue
de fer jusqu'à Bigard, est arrivée à Tréguier;
hier après-midi, vers 3 h. Aucun incident uot
s'est produit pendant le transport. A La Ro^,
che-Derrien, la statue a été saluée par les ae.
clamations de la foule.
On a procédé pendant toute la soirée au mon-
tage de la statue.
, - g
L'ABBÉ S'AMUSE
Aix-en-Provence, 8 septembre. f
L'abbé Ribeire, âgé de 35 ans, originaire de
l'Ardèche, qui fut professeur d'histoire dans\
un établissement de Seice-et-Oise, a été ar- 1
rêté et conduit à la maison d'arrêt d'Aix pour¡-r
outrages aux mœurs, commis sur des fillettes.
âgées de 5 à 12 ans.
e
LA CONFÉRENCE D'ORSAY 1
On nous écrit d'Orsay (Seine-et-Oise) :
Une grande conférence anticléricale avait éW
organisée hier à Orsay, sous les auspices du
groupe de la libre pensée de Palaiseau, petit
la formation à Orsay même d'un groupe libre-
penseur.
-Les républicains de la région avaient fait ap-
pel au concours des citoyens Charles Vaudetj,
ancien conseiller municipal, Rozier, conseiller
municipal, Navarre, ancien membre du comité
central, et Ségalas. Un grand nombre d'audi-
teurs ont applaudi vigoureusement les élo-1
quents discours de nos amis sur le péril cléri-'
cal et l'influence néfaste de toutes les Eglises;
Un jeune échappé de sacristie a bien essaya
quelques objections enfantines, mais le ton et
l'allure du jouvencoau clérical, qui n'a môme;
pas donné son nom au bureau, n'ont servi qu'à;
mettre en joie tous les assistants, et notre ami
Charles Vaudet, auquel s'attaquait plus parti-f
culièrement ce disciple de la congrégation, lu
a si bien répondu que, sans demander sor.
reste et sans entendre les autres orateurs, m
est parti sous les rires de l'assemblée.
A l'issuo de la conférence, un grand nombre,
d'adhésions o it permis de constituer le groupe
sous la présidence du citoyen Formet j
♦ :
A LA COUR DE MENELIK
(De notre correspondant particulier)
Zurich, 8 septembre. ;
M. Ilg, le conseiller intime du Négus Men
lik, a déclaré à un ami que c'est la maladif
grave de Volier, frère de l'impératrice Taitotf,
qui adonné naissanèe au bruit de la maladie 1
de Menolik.
M. Ilg dit aussi que la cour d'Addis-Ababba
se trouve actuellement tout à fait sous l'in-
fluence allemande. Des sujets de l'empereur
Guillaume ont obtenu des concessions très im-J
portantes. 1
UNE ÉMEUTE A BEYROUTH
Constantinople, 8 septembre. 1
Un télégramme de Beyrouth annonce que la
6 au soir une rixe a éclaté entre chrétiens et
musulmans devant l'église orthodoxe. Il y
aurait de nombreux morts et blessés.
Le consul d'Italie a recueilli chez lui un
chrétien poignardé devant le consulat par fin
musulman.
La rixe provoquée par un coup de feu tiré
par un musulman sur un employé chrétien
du collège américain, — lequel employé a été'
blessé — se produisit alors que le vali était à
bord du Brocklun. où il rendait visite à l'ami-
ral Cotton.
Constantinople, 8 septembre.
La version officielle de la rixe qui s'est pro-
duite à Beyrouth eo attribue la responsabilité
aux chrétiens. Ce seraient eux qui auraient'
fait feu sur quatre musulmans. Ceux-ci, sou-
tenus par plusieurs coreligionnaires accourus
du qnartier mahométan, engagèrent alors la
lutte avec les chrétiens, renforcés aux-mômee
par plusieurs des leurs.
C'est ce qui obligea la @ troupe à intervenir*
et elle réussit à rétablir l'ordre, non sans avoit
eu trois hommes blessés et un tué.
D'autre part, un chrétien a été tué et un au
tre blessé.
Ces chiffres sont évidemment inexacts, car
les chrtfs ont certainement souffert plus que Ici
troupes.
Le consul anglais s'est immédiatement
rendu auprès du vali et l'a menacé de deman-
der à l'amiral Cotton de débarquer de 1 înian-
terie de marine en cas d'un renouvellement
des désordres. l"
Dans les cercles officiels, on attribue men"
dent à t'arriv4e do l'escadre américaine. Oui
estime que les chrétiens essayent de provu,
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