Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-08-24
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 24 août 1903 24 août 1903
Description : 1903/08/24 (N12218). 1903/08/24 (N12218).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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CINQ CENTIMES le Nu:rnéro. 1'flS 1 DEPARTEMENTS Le Numéro CJUSTQ CENTIMES
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No 12213. — Lundi 24 Août 1903
7 FRUCTIDOR AN 111
ADMINISTRATION ; 14, rue du Mali
Adresser lettres el mandais à l'Administrateur
,-; - il NO$_LEÀ DERS 1
4L VATICAN
Nous avons auprès du Vatican un
ambassadeur qui est un excellent hom-
me, très intelligent et très avisé aussi.
Il s'appelle M. Nisard. Le malheur est
qu'il est sourd comme un pot. A ceux
qui s'étonnaient que, pour surpren-
dre les secrets de la papauté, il eût
nommé un diplomate affligé d'une pa-
reille infirmité, M. Delcassé répondit
un jour : « Cela ne fait rien. Si Nisard:
est sourd, Léon XIII a une voix toni-
truante que Nisard entendra parfaite-
ment. » Les biographes de Pie X ne
nous ont pas encore appris si celui-ci
a la voix aussi forte que son prédé-
cesseur.
Dans tous les cas, M. Nisard n'a pas
perdu son temps pour aller féliciter le
nouveau pape. Il a été reçu par lui dès;
le lendemain de l'élection. Pie X ne;
pouvait pas ignorer que l'ambassadeur
de la République française avait poussé:
Rampolla jusqu'au bout. Cela ne l'a pas-
cm peolié ue répondre n M. Nieard, qui,,
n'était point gêné du tout, qu'il était
heureux de recevoir les félicitations
du gouvernement français et qu'il con-
sidérait que la France était toujours la
fille aînée de l'Eglise. Après quoi, M.
Nisard a fort religieusement baisé la
mule de Pie X.
***
Cette démarche et le baiser de la
part du représentant de la République
française et dans un temps où les ré-
publicains de ce pays font une rude
guerre à l'Eglise catholique, constituent
pour le moins un singulier anachro-
nisme. Cela nous montre quelle foi il
faut accorder à ces promesses de sépa-
ration des Eglises et de l'Etat que l'on
nous a faites tout récemment. Il est à
remarquer, en effet, que la visile de
M. Nisard au Vatican est tout à fait
contemporaine du discours de Mar-
seille et que notre ambassadeur n'a
pas seulement adressé à Pie X ses féli-
citations personnelles mais aussi cel-
les de son gouvernement.
Il est bon de relever encore une
« nouvelle qui a paru-dans les journaux
cléricaux de Rome et de Paris et qui
me paraît tout à fait symptomatique.
Pie X aurait manifesté le désir de re-
cevoir M. Loubet, au moment où ce
dernier rendrait sa visite au roi Victor-
Emmanuel. Les mêmes journaux ajou-
tent que le Vatican est tout disposé à
chercher un modus vivendi, car Pie X
ne peut pas être lié par la politique de
Léon XIII.
Est-ce que notre gouvernement pré-
parerait une entrevue du Président de
la République avec Pie X ?
La chose serait un peu forte, moins
, surprenante pourtant qu'on ne Je croit.
Déjà, il y a à peu près trois mois, il
était fortement question de pourpar-
lers engagés par M. Nisard pour qite
M. Loubet pût, après avoir vu le roi
d'Italie, être reçu par Léon XIII. Les
pourparlers n'avaient pas encore abouti
lorsque Léon XIII est tombé malade.
Les aurait-on repris avec PieX?
Nous ne croyons, en aucune façon,
que M. Loubet qui remplit ses devoirs
constitutionnels avec la plus grande
dignité et la correction la moins atta-
quable, ait été pour quelque chose
dans l'ouverture de ces négociations.
, Au ministère des affaires étrangères,
on a peut-être suivi la tradition. Quoi
qu'il en soit, il ne semble pas possible
que le quai d'Orsay ait, dans les cir-
constances que nous traversons, fait
cela de lui-même. Il y a été autorisé.
S'il s'est lancé dans l'aventure sans
consulter personne, nous serons bien
obligés de demander pourquoi le pré-
sident du conseil n'intervient pas. -
Tout cela suflit, cependant, à démon-
trer que notre politique à l'égard de
Rome est loin de se faire remarquer
par son unité. A distance, on menace
le.pape d'une rupture; mais rien cl'of
ficjel, de simples paroles prononcées V
l'issue d'un banquet. De près, su;
place, on le fait féliciter ; notre repré-
sentant s'agenouille pieusement eii
baise sa mule ; peut-être est-on aM
jusqu'à lui demander d'accorder un
audience au chef de l'Etat. Le voyage
à Canossa succéderait ainsi à de prête n-
lucs déclarations de guerre. Que veut-
on que les républicains comprennent
à une pareille conlédie?
De telles compromissions sont indi-
gnes et du pays et de la Républiques
En politique, il ne convient pas de mé-
nager la chèvre et le chou. 11 faut être
pour Vun ou pour l'autre. -
-' - , - ,.,; * * ,,- -. --
, Il est certain que les républicains
n'admettent pas que notre gouverné-
: ment conserve à Rome un ambassa-
; deur auprès du Vatican. Le papE: n'est
plus un sou verain temporel. Il ne pos-
sède ni étais ni territoire. Il est pos-
sible que les puissances catholiques
voient en lui un souverain spirituel.
La République française, anticléricale,
doctrinaire, habituée à s'inspirer de la
science et de la raison, ne peut pas
• parler conivné les moh^chies. : ,
■ - - -Si,- par a "elle continuait ; de
"oir dans le chef du catholicisme un
véritable souverain du clergé, c'est
; clo ne qu'elle autoriserait un étranger
a intervenir dans les rapports des fonc-
tionnaires ecclésiastiques avec l'Etat.
Une pareille ingérence est inexplicable.
Elle est de plus dangereuse, nous l'a-
vons bien vu avec les encycliques et
'les instructions de Léon XIII qui ont
icréé le ralliement par lequel, avec la
icomplicit de certains progressistes, la
République a failli être emportée.
Le maintien de M. Nisard, ambassa-
deur de la République française auprès
du Vatican, ou plutôt le maintien de
notre ambassadeur auprès du pape, ne
pourrait s'excuser, dans la situation
actuelle, que si le gouvernement, étant
décidé à dénoncer le Concordat, don-
nait à notre représentant .des instruc-
tions précises dans ce sens. Sinon,
c'est une injure faite à la République
et aux républicains. A quand la sup-
pression de cette ambassade? Je se-
rais surpris que le ministère de M.
Combes en prit la responsabilité.
Charles Bos.
«B» ———————————
DEUX MORTS
Hier, deux morts : en' Angle-
Terre Salisbury ; en Italie Me-
notti Garibaldi. Nous publions
plus loin une biographie de Lord
Salisbury. Nous voulons, ici,
dire en quelques mots, que des
*■ deux morts dont on nous apporte la nou-
velle, celle de Menotti est de nature à nous
; attrister d'un deuil plus personnel.
Non, nous ne laisserons pas partir l'un'
des fils de Giuseppe Garibaldi, sans rap-
peler avec moins d'éloquence, mais avec
autant de chaleureuse reconnaissance, que
ne l'ont fait nos aînés, en 1882, lors de la
mort du héros, tout ce que la France doit
à Garibaldi et à ses fils. Que nos amis d'I-
talie le sachent : nous n'oublions pas ici la
bataille de Dijon, ni la gloire conquise par
la brigade de Ricciotti, qui s'empara d'un
drapeau allemand, et qui chassa de la ville
les troupes prussiennes.
Ainsi que Ricciotti, Menotti combattit,
en ces journées inoubliables, aux côtés de
son illustre père. Comme les Garibaldi,
avec les généreux Italiens qui les accompa-
, gnaient, s'étaient donnés sans compter à la-
France en danger, ceux des réactionnaires:
qui devaient, depuis, devenir les boulan-:
gistes et les nationalistes, les assaillirent,
dès 1871, d'invectives et d'imprécations ; le,
peuple eut une autre appréciation des actes
Garibaldi et de ses amis ; quatre dépar-
tements : la Seine, la Côte-d'Or, les Alpes-
Maritimes et l'Algérie, s'honorèrent en fai-
sant de l'Italien Giuseppe Garibaldi un de-,
putè français ; les réactionnaires de l'As-
semblée de 1871 refusèrent la parole au
héros de Caprera ; alors, les gardes natio-
naux de Paris, soulevés en mars, proposè-
rent à Garibaldi le -grade de général en chef
des fédérés parisiens; son fils Menotti,
celui qui vient de mourir, fut élu membre
de la Commune.
Simples manifestations, dira-t-on, soit;
mais manifestations qui font connaître
l'âme vraie du peuple: l'âme de loyauté,
de franchise, de reconnaissance, qui; can-
dide, va à celui qui l'a servie loyale-
ment.
Les Garibaldi avaient combattu pour la
France envahie, pour le pays de la révo- ;
lution mis en péril de mort par les armées
allemandes ; leur tache héroïque accomplie,
ils ne se crurent pas le droit de partici-:
per à nos luttes intestines : ils se retirèrent;
clignement.
Nous pleurons, avec l'Italie, Menotti, le,
.filsdu héros patriote et internationaliste :
'le fils du grand artisan de l'Indépendance
italienne, le fils du grand défenseur de la.
'République française.
LES VŒUX DES CONSEILS GÉNÉRAUX;
Dans leur séance d'hier, les Conseils géné-
raux ont encore émis un certain nombre de
i vœux parmi lesquels nous noterons ceux ci :
Seine-et-Oise, Eure. — En faveur de l'abais-
sement de la taxe postale, à 10 centimes pour
les lettres, à 5 centimes pour les cartes posta-
les.
Indre-et Loire. — En faveur de l'arbitrage
international obligatoire, de l'arrêt de l'ac-
! croissement des dépenses militaires et navales,
,-et de la réduction progressive de ces dé-
penses.
Creuse. - Pourl'abrogation de la loi Falloux,
la suppression des congrégations, l'interdiction
d'enseigner aux congréganisles, la dénoncia-
tion du Concordat et séparation des églises et
de l'Etat.
Eure-et-Loir. — Pour l'arbitrage internatio-
nal « dans l'intérêt de la paix et pour le déve-
loppement matériel et moral du progrès en
France et dans tout le monde civilisé ». Pour ;
que la date de convocation des réservistes soit :
établie d'accord avec les préfets, de façon à ne ;
pas nuire aux travaux agricoles.
Loire. — Pour « que le gouvernement ac-
cueille favorablement la demande de subside:
de 250.000 francs formulée par le conseil mu-
nicipal de Saint-Etienne en faveur des ouvriers
en chômage ».
Cher. — Pour la révision du Cadastre, pour"
défendre le port du fusil aux gardes parti-
cu liers ;
———— i :
l'abondance des matières nous obligé à rt:
mettre-à demain notre chronique hebdoma
..daire A LA CAMPAGNE, de notr.
collaborateur A. MONTOUX.
PRÉPARATIFS DE PRONUNCIAMIENTO EN ESPAGNE
- (De nôtre correspondant particulier)
,#' Madrid,,22 août.
De nombreux-officiers de l'armée et de la
marine ont tenu, hier soir, une réunion se-
p.r,ète. Bien que le secret le plus absolu soit
gardé sur les délibérations - de ces militaires* on
a pu apprendre qu'on y parlait d'affaires poli-
tiques.
"Les assistants ont pris à l'unanimité plusieurs
décisions d'une gravité extraordinaire. Du
pnoins le public de Madrid, qui a eu vent de lu
iion, eli estvivenieil t préoccupé. On cràint
que les militaires, ne préparent un coup (tc
main.
MORT DE
LORD SALISBURY
Dénouement prévu. — Ho,Time d'Etat
à 23 ans. — Un politicien. — Les
conférences de Constantinople.
- La question d'Orient. —
• La guerre russo-turque.
— Le successeur de
lord Derby.
Lord Salisbury est mort, telle est la dépêche
qui nous a été adressée à 11 h. du soir. Il fal-
lait s'attendre à cette issue. Depuis hier, les
dépêches reçues ne laissaient aucun doute sur
l'état du malade.
Voici d'ailleurs les dépêches que nous avions
reçues dans la journée :
Londres, 22 août.
Voici le bulletin officiel publié ce matin sur
la santé de lord Salisbury :
« Hatfield, 9 h. 112 matin.
« Lord Salisbury s'éteint lentement. »
Le malade est faible et a perdu connais-
sance.
NOTES BIOGRAPHIQUES
Robert-Arthur-Talbot-Gascoigne-Cecil, mar-
quis de Salisbury, était né à Hatfleld en 1830.
Il était le fils de James-Brown low- William-
Gascoigne-Cecil, marquis de Salisbury, homme
d'Etat anglais, qui fut membre du conseil privé
en 1826, et devint plus tard lord du sceau privé.
Elevé comme son père à l'université d'Ox-
ford, Robert Salisbury fut, dès l'âge de 23 ans,
envoyé à la chambre des Couronnes par Stam-
-lord, qu'il peproseeta au Parlement jusqu\m
18G8. Il prit part aux discussions, vota avec le
parti conservateur. Il lit partie du ministère
formé par lord Derby en 1866, En 1868, il
quitta le pouvoir et succéda cette même année
à son père comme membre de la chambre des
lords. Tout en combattant la politique du mi-
nistère Gladstone, il publia dans la Quaterly
Review et dans la Benlley's Quaierhj Review des
articles qui furent très remarqués. Le 21 février
1874, les tories étant revenues au pouvoir, lord
Salisbury reprit dans le nouveau cabinet
Derby son poste de ministre pour les Indes.
Au mois de novembre 1876, il fut chargé par
le ministère dont il faisait partie comme secré-
taire d'état pour les Indes, de se rendre à Cons-
tantinople et d'assister en qualité de plénipo-
tentiaire; conjointement avec sir Henry Elliot,
aux conférences qui eurent lieu dans cette ville
jau sujet du règlement de la question d'Orient.
Lord Salisbury se rendit successivement à Pa-
ris, à Berlin, à Vienne et à Rome, afin de con-
naît les vues politiques des ministres des,
affaires étrangères de France: de Prusse, d'Au- :
triche et d'Italie.
En même temps, il fit connaître qu'aux yeux
du gouvernement aux lois, l'impuissance des,
Turcs à remplir les promesses qu'ils avaient
faites en différentes occasions et les souffrances
graves qui avaient en conséquence affligé les,
uopulalions chrétiennes imposaient à l'Europe
le devoir de faire ses efforts pour obtenir, non
:seulement la promulgation des réformes né-
cessaires mais encore des garanties pour l'exé-
milion jmmédiata-dett DMWUWS qul avaLÎAxU éié
,déjà sanctionnées. Dans les conférences qui
s'ouvrirent à Constantinople le 11 décembre
,1876, lord Salisbury ne montra aucune hosti-
lité contre les demandes formulées par le gé-
néral IgnatiefE, représentant la politique russe.
Les représentants des puissances garantes'
s'entendirent sur un programme de réformes,
,et de garanties ayant pour objet de mettre un i
terme à la déplorable situation de la Turquie.
Mais la résistance opposée par la Porte aux ré-
clamations des membres de la conférence coupa:
court à l'espoir de voir se résoudre d'une façon
pacifique la question d'Orient.
Dans une entrevue qu'il eut avec le sultan à
la fin de décembre, le marquis de Salisbury
lui déclara que, si la Porte refusait d'accepter
les résolutions de la Conférence, les puissances
- considéreraient le traité de Paris comme an-
nulé, et abandonneraient les Turcs à leur pro-
pre sort. Cette menace n'ayant produit aucun
effet, le marquis de Salisbury quitta Constan-
tinople avec les autres plénipotentiaires, passa
par Athènes, et revint à Londres en janvier
1877. Le 20 février, il prononça à la Chambre
des lords un grand discours sur lq, question
d'Orient, et sur les difficultés presque inextri-,
cables de la-situation.
San-Stefano et la question d'Orient
Lorsque la guerre eut éclaté entre la Tur-
quie et la Russie, le marquis de Salisbury, ju-;
géant que les intérêts de l'Angleterre n'étaient
pas compromis, se prononça publiquement a
diverses reprises pour une politique de neutra-
lité.
Mais, après l'écrasement des Turcs et le
traité de San-Stefano (3 mars 1878), le secré-
taire d'Etat pour l'Inde s'aperçut qu'il s'était
bercé d'illusions en croyant à la modération
de la Russie.
Il pensa qu'il était temps pour l:Augleterre
d'intervenir, de faire entendre sa voix etd'em-
:pêcher le traité de San-Stefano de passer à
l'état de fait accompli, fallut-il recourir à la
force des armes.
- Lord Derby, partisan de la paix à tout prix,
ayant donné sa démission de ministre des affai-i
res étrangères, lord Salisbury fut appelé à lui !
succéder.
Il adressa aussitôt aux représentants de l'An- -:
gleterre à l'étranger une circulaire diplomati- ;
que qui eût un retentissement énorme. Il s'y
livra à une critique impitoyable du traité de
San-Stefano, dont il ne laissa pas une partie
debout et déclara que tout traité conclu entre
la Russie et la Turquie, et portant atteinte aux
traités de ISiiG et 1871, devrait être un traité.
européen, qu'il ne pouvait en conséquence être,
'validé sans avoir obtenu l'assentiment des
puissances qui avaient été contractantes dans
ces traités. En même temps, le cabinet anglais
envoyait une flotte dans les Dardanelles et fai-
sait avec une extrême rapidité des préparatifs'
pour le cas où la guerre viendrait à éclater
entre la Grande-Bretagne et la Russie.
Après avoir xeprésenté. le Royaume-Uni au
Congrès de Berlin, conjointement avec lord
Beaconslield, lord Salisbury reçut l'ordre de la
Jarretière. Londres lui conféra le droit de cité.
H quitta le pouvoir-à la suite des élections du
mois d'avril 1880, défavorables à son parti.
Un leader d'opposition
Après la mort de lord Beaconslield, il fut
choisi comme le leader d'opposition à la cham-
bre des lords, en remplacement du défunt. Il
se rallia, après ravoifccombatlu tout d'abord,
au Landact islandais de 1881, et combattit vi-
goureusement la politique égyptienne de M.
Gladstone. Lorsque ce dernier donna sa démis-
sion le 9 juin 1885, lord Salisbury le remplaça
aux affaires.
Pendant son ministère, la Birmanie fut an-
nexée à l'empire des Indes,. et la révolution
Rouméliote de 1883 trouva en lui: un défenseur
d'autant plus ardent que la Russie s'étant dé-
clarée contre le prince Alexandre.
Après les élections générales de 1881) qui fn-
: rent une défaite pour les conservateurs, M.
: Gladstone revint aux affaires et présenta des
: oills sur l'autonomie irlandaise.
- Le marquis de Salisbury les combattit, allé-
pHmd que l'autonomie est généralement la
iptfàftdM.e. Onàé$ £ 0dan iiible d'établir un parlement, irlandais, sans
voter d'abord la séparation. Le rejet des pro-
jets Gladstone fut suivi de la dissolution de la
Chambre des communes et une majorité unio-
niste fut ennoyé par les collèges électoraux. Le
marquis de Salis' uy reprit le pouvoir le
3 août 1886.
Il fut soutenu parles conservateurs en même
temps que par les libéraux qui, comme lord
Hartington et M. Chamberlain, avaient rompu
'sur la question d'Irlande avec les gladstoniens,
et il profita de cette circonstance pour appli-î
iquer à l'île sœur le plus coercitif des régimes. :
rH y a de bonnes raisons de supposer que sa
politique européenne était très favorable à l'Al- '-.,
lemagne et à l'Italie.
Les dernières années du politicien
Lord Salisbury conserva le pouvoir jusqu'à
ces dernières années. Au moment de la cam-
pagne du Transwaal, on eût un instant l'es-
poir qu'il mettrait obstacle aux projets de M.
Joé Chamberlain, mais il finit par entrer dans
les vues de ce dernier et par le suivre dans la
voie dangereuse où il s'était engagé.
Vers la fin de la guerre entre les Boers, lord
Salisbury, invoquant une fatigue qui se rédui-
sait peut-être à du dégoût, quitta le pouvoir et
:se retira définitivement de la vie politique. 11
ialla vivre à Hatfield, où il vient de succomber
aux suites d'un mal de Bright dont il était at-
teint depuis de longues années.
C'est une physionomie curieuse du dernier
siècle qui vient de disparaître.
Voir à la 3° page
les Dernières Dépêches
de la nuit
INCOHÉRENCES
M. Combes, qui déclame à Marseille contre
iles congrégations, contre les écoles et les ba-
gnes religieux, assistait à La Rochelle, aux
réunions du Conseil général qu'il a l'honneur
de présider. Cela lui a donné une occasion de
montrer le désaccord profond qui existe en-
'tre ses paroles et ses actes.
Les journaux nous apprennent 00 effet que
le Conseil général de la Charente-Inférieure,
"sur la proposition du préfet et en présence du
président du conseil, a voté à mains levées,
une subvention à la maison de refuge de La
Rochelle, tenue par des religieuses.
On ne nous dit pas si M. Combes a voté
;pour ou a voté contre, — peut-être même a-t-
;il voté pour — mais on nous laisse entendre;
iqu'il a été silencieux. Ce silence est plus élo-,
.:-quent que bien des discours. M. Combes
prendrait-il le parti de se taire? U y a tfes mo-
'ments où le silence est d'or. Et il vaut mieux
fse taire, en effet, que de faire hors de propos
ides déclarations spiritualistes.
M. Combes, au conseil général de' la Cha-
rente-Inférieure a donc été muet. Je me rap-:
pelle pourtant qu'à Marseille il avait foudroyé
les bons Pasteurs et les bons Refuges. Le voici
qui vote, ou qui laisse voter sans protestation
:une subvention à un établissement de ce genre.
:Le soleil du Midi, l'air même de la Provence,
':.ont-il influé sur son langage lorsqu'il parla
eaux bords de la Méditerranée, bleue ? S'esl-il
■ dans son fameux discours, laissé emporter par
ilesexagérations chères aux habitants de Ta-:
gascon? M. Combes en Tarlarin, voilà certes
qui ne manque pas de piquant.
! Le vrai, n'est parfois pas vraisemblable. M.
Combes adore à la Rochelle, ce qu'il brûle à
;Mal'seille. Voudra-t-il nous expliquer lui-même
:les raisons de ce brusque revirement '? Ou lais-
isera-t-il à un historien de l'avenir le soin de
nous relater par le menu la succession et les
causes des « Variations de M. Combes » ?
Qu'on ne vienne pas protester, et nous dire
: que nous voyons du mal où il n'y en a pas.
;M. Combes a fait mieux que de s'abstenir, il a
¡agi, c'est son représentant, son porte paroles,
ison subordonné immédiat, le préfet, qui a fait
(la proposition de subvention au conseil géné-
ral. M. Combes était là pour désavouer son
;agent. Il n'a rien fait, il n'a pas ouvert la bou-
:che, c'est donc qu'il a entendu le couvrir.
< On n'est p!us surpris à la fin d'enregistrer
les contradictions qui se manifestent dans la
'conduite du président du conseil. On en a tel-
lement vu qu'on s'y est habitué. Ce serait, ne
:lui déplaise, le contraire qui choquerait. —
•Charles Darcy.
AU 19e ARRONDISSEMENT
Une fête de bienfaisance
Les Sociétés de secours mutuels « La Caisse
de la Veuve et la Fraternelle du Gaz » donne-
irqnt aujourdhui dimanche 23 août sous la prési-
dence d'honneur de MM. Charles Bos et Clovis
; Hugues, députés ; Rozier et Pàris, conseillers
municipaux et des membres de la municipalité
iîu 19% une grande fête nautique sur le canal
jde l'Ourcq (gare circulaire) qui promet d'être
,très attrayante. Nous relevons sur le pro-
gramme : A 2 h., trapèze d'équilibre, barres
comiques; à 2 h. 112. joutes d'amateuis par les
;enfants du quartier ; à 3 h., jeu de la ballotte ;
'à 3 h, 112, joutes à la lance ; à 3 h. 45, courses
;aux canards ; à 4 h., pantomime nautique ; à
5 h., simulacre de sauvetage d'un noyé par les
imembres de la Société nationale de sauvetage;
[ joutes d'honneur par les rois ; à 6 h., distri-
bution des prix.
, Cette fête à laquelle prendront part de nom-
breuses sociétés musicales sera présidée par le
sympathique conseiller municipal du Pont-de-
Flandre, M. Lajarrige.
- --------------- 40-
FRAGILITÉ DES TORPILLEURS
ALLEMANDS
(De notre correspondant particulier)
Wilhelmsharen, 22 août.
Dans le monde de la marine on est pénible-
ment impressionné par les nombres ses avaries
des torpilleurs qui se sont produites pendant
les manœuvres. A l'heure actuelle, dix torpil-
leurs, trois de la classe G et trois (le la classe S
ont dû être renvoyés aux chantiers pour des
réparations.
UNE ALTESSE DANS L'ORCHESTRE
(De notre correspondant parliculier)
Munich, 22 août.
Le prince Louis-Ferdinand de Bavière joue
comme second dans l'orchestre du Printz-Re-
gent-Theater.
Son précieux concours ne durera que; pen-
dant la série de représentations des œuvres de
Wagner. ,
Son Altesse est très exacte à son poste tous
-les soirs, ce qui ne l'empêche pas de se lever à
huit heures le matin et d'aller au cours d'ana-
tomie.
- -————————————
VICTOR EMMANUEL AU POLE N0R3 •
(De notre correspondant particulier)
Rome, 22 août..
Le roi Victor Emmanuel et la reine Hélène,
ont rintemion. de faire pendant, l'été de l'an
prochain un voyago. dans les régions arçti-
qnes,
L'AFFAIRE HUMBERT
douzième AUDIENCE
Condamnation des Humbert
Thérèse a parlé. — Une nouvelle histoire de brigands. — Effet
lamentable. - Le défenseur de Romain. — Le factotum des
époux Humbert. — Le bénéfice du doute. — Thérèse
Humbert révèle son secret. — M. Lépine et M. Poin-
caré. — L'histoire des remplois de M. Bernhard.
— Les impitoyables Crawford. — L'origine de
la fortune.— A genoux dans la poussière.-
Avant l'ouverture du coffre-fort.- Pour
en finir. — Les colères de Girard. — En
route pour Madrid. — Le nom de
Régnier. - Ma Labori intervient.
- Le rôle de Régnier. — Le
jugement. -
Enfin !.
Thérèse a parlé hier aux jurés, elle a
;-parlé pendant une heure pour ne rien dire.
iVoilà la vérité, et personne n'en sera sur-
pris.
La nouvelle histoire de brigands qu'elle
a révélée n'éclaire en rien la question des
cent millions, la seule qu'il s'agissait de
résoudre.
Mme Humbert, en effet, après avoir l'a-.
f conté que M. Lépine, préfet de police, et
M. Raymond Poincaré, alors qu'il était mi-
iiiistre des finances, avaient vu les millions,
:s'est bornée à annoncer aux jurés stupé-
faits que le véritable nom de Crawford
était Regnier et que la fortune dont - elle
:-avait hérité datait de 1870. -
, Un point c'est tout.
Le public a été à la fois déçu et ahuri. Ce
nom de Régnier le laisse absolument froid.
Il n'y comprenait rien. Il a fallu que Me La-
bori vint expliquer que le Régnier dont sa
rcliente venait de parler était le même Ré-
gnier qui, en 1870, a joué le rôle d'inter-
médiaire entre Bismark et le maréchal Ba-
zaine avant la reddition de Metz, de telle
sorte que si Mme Humbert disait vrai, elle
aurait hérité et vécu des millions de la
trahison.
Tel est dans sa simplicité et son obscu-
rité voulue le « terrible secret » que Mme
Humbert nous a fait attendre pendant
douze audiences. Aussi bien s'est-elle gar-
dée de donner de plus amples explications
isur l'origine de cette grandiose libéralité
f'4»omme tfc -Bismarck. L'effet il été Ja-:
maniahle.
:- Les jurés eux-mêmes, dont un ou deux,.
avaient ri, n'ont pas davantage questionné'
Mme Humbert pour qu'elle apportât plus
ide lumière dans son nouveau roman, et le
-fait a paru significatif à quelques per-
'sonnes.
, — Les jurés, après avoir ri, ne disent rien,,
s'écrie un avocat dans le prétoire, c'est de!
mauvaise augure: Mme Humbert a trop tiré]
sur la corde, elle s'est tropmoquée dujury, elle
vient de prononcer elle-même sa condamna-,
lion.
On verra plus loin que ce pronostic s'est
réalisé et que les jurés n'ont pas voulu être
dupes des fanfaronades et des mensonges
audacieux de la Grande Thérèse.
Arrivons maintenant à cette douzième et
dernière audience.
Plaidoirie de M Hesse
Avant dé donner la parole à Mme Hum-
;bert, analysons rapidement la belle plai-
doirie de Me André liesse en faveur de Ro-
umain Daurignac. *
; Me H.esse sans autre préambule que la
icrainlc que lui inspirent les deux superbes
Iplaidoyers de Mcs Labori et Ciunet, se
hâte de faire connaître son client au jury
- Romain Daurignac a été ce qu'il est en-
core : un homme tout dévoué à sa sœur qui
4'a poussé et élevé injustement au premier rôle
:'dans cette affaire. On a tracé de lui un por-
trait qui ferait de lui un Gaudissart mâtiné de
:don Juan. C'est un portrait charge qui n'a
rien de la réalité.
Dfiurignac. est un homme droit et de carac-
tère fermo, aimant sa sœur jusqu'à devenir son
I auxiliaire dévoué, docile et soumis. Il n'a pas,
lui, promis des révélations sensationnelles, il
se contente d'avoir été le collaborateur obéis-
sant de sa sœur.
Tous ceux qui l'ont connu, JI" Labat, l'avoué
de Mme Humbert, l'appelait le « factotum des
:époux Humbert » et disait que sa sœur « lç.,
traitait comme un petit garçon ». Le jour de
sa fuite, il n'a fait qu'accompagner sa sœur.:
M Hesse fait la biographie de Romain
Daurignac qui est bien connue. Puis iL
soutient que le domicile des Humbert était
connu a Madrid de M. Patenôtre, et par-
lant des scellés, il déclare que si on les
:ouvrait on y trouverait des lettres d'home
mes politiques, d'ambassadeurs, d'anciens
ministres, de magistrats en quête d'avan-
cement. - -
Le défenseur aborde ensuite la question
des feuilles accusatrices attribuées à Ro-
main Daurignac, affirmant que son client;
11e s'est jamais présenté chez le notaire de.
Rayonne, Mt' Dupuy, et qu'il n'a jamais joué
le rôle de Robert Crawford et pas davan-
tage retiré les lettres de ce dernier quoi
qu'en aient pu déposer les agents des
postes.
Après avoir discuté point à point les
charges de l'accusation. M. André lIesse.
conclut ainsi :
— Vous ne pouvez pas, messieurs les jurés,
prononcer une condamnation dans cette affaire
pour une autre cause ; c'est que si vous ve-
niez affirmer par votre verdict que ces gens
sont des escrocs et dos faussaires, vous inflige
riez à tous ces hommes le plus éclatant et le.
plus épouvantable des camouflets si vous ne,
pouvez pas prononcer une condamnation parce
qu'il y a dans cette affaire quelque chose qui
vous échappé, parce qu'on ne vous a pas fait la'
preuvo. parce qu'on ne vous a rien démontré, '*
rien précisé, parce que cette accusation c'est le
néant et le vide, et que ce n'est point avec le
néant et.le vide qu'on envoie les gens aux
travaux forcés ! Vous ne pouvez pas condam-
ner parce qu'il y a en tout cas dans celle
affaire un doute étrange, inquiétant et terrible,
-et qu'iry a, croyez-moi, un principe inscrit au
x
frontispice de notre législation pénale, qui lfi
gouverne tout entière, qui dit et qui veut que
dans toute affaire, quel que soit l'accusé, quelle
que soit la faute, le doute si minime qu'il soit
doit toujours lui bénéficier !
J'ai foi en vous, j'ai foi dans le verdict d'ac.,
quittaient que vous allez rapporter pour ce
bon et joyeux garçon, (Mouvements divers. -
On applaudit au fond de la salle).
Le président (à Frédéric). — Avez-vous
! quelque chose à ajouter pour votre défense ?
Frédéric, — Non, monsieur le président.
Le président. — Et Mme Thèrèse Hum.
;bert"?.„
A cette question, Mme Humbert se lève
; et toute la salle est frémissante.
DÉCLARATION DE Mme HUMBERT
-
Mme Humbert, un peu pâle, son zézaie-
ment paraissant accentué, fait alors la dé-
claration suivante, que nous empruntons à
la sténographie du Temps pour que le lec-
teur puisse la lire in-extenso :
J'ai tout à dire, et cependant, ces messieurs
vous ont dit qu'il n'y a plus rien à dire. J'ai
voulu un jury, j'ai voulu de braves gens indé-
pendants, je les ai; j'ai confiance, j'ai cons-
cience que je n'ai rien fait ; jamais de ma vie,
à aucun moment, je n'ai voulu tromper, ja-
mais ; et si j'avais commis une action pas hon-
nête, je n'y aurais pas survécu.
Dans ce moment si solennel, si pénible, caï
c'est plus que la mort, c'est l'honneur ou m
déshonneur. le déshonneur, non, j'ai con-
fiance. quand je regarde M. le président,
quand je pense qu'il m'a été difficile de poser
des questions aux personnes qui sont venues,
à Mme Parayre, que tout a été vite fait, comme
tout m'échappait, comme je ne pouvais pas
parler. faut-il dire que cela a été libre? Non,
je ne le crois pas. Non, je n'ai rien pu dire, je
n'ai pu rien prouver, je n'ai pas pu dire pour-
quoi j'étais partie, je n'ai pas pu dire les re-
commandations que j'avais faites à Mme Pa-
rayre en partant, je n'ai pu rien dire, rien.
J'ai dit que je parlerais; c'est bien pénible de
parler, bien pénible, mais je le ferai parce que je
'l'ai dit.
Messieurs les jurés, vous avez entendu bien
peu de choses par'tous les témoins. Si vous sa-
viez tout ce que j'ai souffert pendant des an-
nées, mais surtout des mois, les derniers mois'
avec les campagnes de journaux! J'avais la
Rente viagère, j'avais toutes les responsabili-
tés, je les ai toutes encore aujourd'hui, je les
veux toutes pour moi. Je pense cependant à ma.
; fi lie, et si une larme coulait. elle ne coulera
pas, non. mais si une larme coulait, ce serait
pour elle; mais elle ne coulera pas, je suis
forte, parce que j'ai toujours fait mon devoir:
Je n'ai jamais trompé, Quand j'ai demandé à
un témoin comme à M. Lépine, préfet de po-
lice, de venir dira la vérité, j'ai été étonnée de
son peu de mémoire ; cependant, messieurs les
jurés, je veux tout vous dire ; après la mort de
: M. Humbert père — je crois que c'est à cette
époque-là — j'étais allée voir M. Lépine pour
lui dire do faire garder la maison, parce que
toute ma fortune était en titres au porteur. ;
M. Poincaré a vu les millions
Tenez, après la mort do Humbert père, il y
avait eu une campagne de presse. Je suis allée
trouver le ministre des finances, M. Poincaré.
J'ai pensé à cela cette nuit, je veux vous la
.-dire, au sujet de toutes les plaidoiries de cesr
messieurs. J'y suis allée avec mon frère Ro-
main, ayant le même paquet que j'avais porté
quelques jours auparavant à M. Lépine : it
l'ai déposé sur son bureau et je lui ai dit
« Voilà toute ma fortune en. titres au porteur
je voudrais avoir un jugement sur ces titres,
mais il y a un engagement, et je vous en prie.
ne recevez pas l'opposition. » M. Poincaréj
avocat, ministre des finances, m'a dit : « Ma-
dame, je suis obligé de recevoir l'opposition¿
mais vous obtiendrez facilement un jugement,
et on fera lever cette opposition. »
Si j'avais pensé à cela plus tôt, j'aurais de.
mandé que M. l'avocat Poincaré, qui aurait.
-peut-être plus de mémoire que M. Lépine, vint
émoigner, mais je le dis, il le saura dans-
quelques minutes s'il est ici, dans quelques:
heures s'il n'y est pas, et il pourra me démen-
tir, mais il ne me démentira pas.
Le lenaemam. M. Humnert père venait ae,
mourir, M. Boulanger, premier présidont de la
Cour des Comptes qui venait d'être nommé pa,
M. Poincaré, est venu faire une de ces visites
que l'on fait quand l'on prend la place de celui
qui vient de mourir : elles ne durent pas long-
temps, il tarde d'en être débarrassé, car on
vient voir des personnes tristes. ,
Il fut très bon. Il me parla un peu de meg
affaires et me dit : «Madame, je me rappella
de vous : je vous ai vue dans une certaine oc-
casion, parce que vous aviez payé les droits
deux fois sur la propriété de Celeyran ; je n'at
pu vous les rendre, je le recette, mais je n'af
jpas pu vous les rendre. » Je lui racontai mes:
affaires et je lui dis mes craintes pour ce quaf
je venais de dire la veille au ministre. Il Jlk,
répondit: «Je dois voir le ministre demain et
je vous promets que je parlerai à M. Poincaré;
de ce que vous venez de me dire, c'est très inté-
ressant et je serais heureux si je pouvais vous
rendre service ». Je lui dis : « Oui, car toute la;
fortune est en titres au porteur. » Et comme je (
voyais en lui presque un doute, je montai eti
j'allai chercher des paquets ; je les ouvris et il'
a vu aussi ma fortune.
Voilà deux personnes qui connaissent lea
titres, les vrais et les faux, et qui pourraient en
témoigner encore..
Les remplois de M. Bernhard
Toutes ces campagnes ne m'avaient fait touL
de même pas du tout de bien et j'ai éprouvé
énormément de difficultés dans mes atlaires.
Elles ne faisaient qu'augmenter. - .,.
Et M. Bernhard qui nous avait rendu de#"
services très grands, je l'avoue, qui était alla
en temps de choléra arranger les affaires dtf
CINQ CENTIMES le Nu:rnéro. 1'flS 1 DEPARTEMENTS Le Numéro CJUSTQ CENTIMES
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No 12213. — Lundi 24 Août 1903
7 FRUCTIDOR AN 111
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Adresser lettres el mandais à l'Administrateur
,-; - il NO$_LEÀ DERS 1
4L VATICAN
Nous avons auprès du Vatican un
ambassadeur qui est un excellent hom-
me, très intelligent et très avisé aussi.
Il s'appelle M. Nisard. Le malheur est
qu'il est sourd comme un pot. A ceux
qui s'étonnaient que, pour surpren-
dre les secrets de la papauté, il eût
nommé un diplomate affligé d'une pa-
reille infirmité, M. Delcassé répondit
un jour : « Cela ne fait rien. Si Nisard:
est sourd, Léon XIII a une voix toni-
truante que Nisard entendra parfaite-
ment. » Les biographes de Pie X ne
nous ont pas encore appris si celui-ci
a la voix aussi forte que son prédé-
cesseur.
Dans tous les cas, M. Nisard n'a pas
perdu son temps pour aller féliciter le
nouveau pape. Il a été reçu par lui dès;
le lendemain de l'élection. Pie X ne;
pouvait pas ignorer que l'ambassadeur
de la République française avait poussé:
Rampolla jusqu'au bout. Cela ne l'a pas-
cm peolié ue répondre n M. Nieard, qui,,
n'était point gêné du tout, qu'il était
heureux de recevoir les félicitations
du gouvernement français et qu'il con-
sidérait que la France était toujours la
fille aînée de l'Eglise. Après quoi, M.
Nisard a fort religieusement baisé la
mule de Pie X.
***
Cette démarche et le baiser de la
part du représentant de la République
française et dans un temps où les ré-
publicains de ce pays font une rude
guerre à l'Eglise catholique, constituent
pour le moins un singulier anachro-
nisme. Cela nous montre quelle foi il
faut accorder à ces promesses de sépa-
ration des Eglises et de l'Etat que l'on
nous a faites tout récemment. Il est à
remarquer, en effet, que la visile de
M. Nisard au Vatican est tout à fait
contemporaine du discours de Mar-
seille et que notre ambassadeur n'a
pas seulement adressé à Pie X ses féli-
citations personnelles mais aussi cel-
les de son gouvernement.
Il est bon de relever encore une
« nouvelle qui a paru-dans les journaux
cléricaux de Rome et de Paris et qui
me paraît tout à fait symptomatique.
Pie X aurait manifesté le désir de re-
cevoir M. Loubet, au moment où ce
dernier rendrait sa visite au roi Victor-
Emmanuel. Les mêmes journaux ajou-
tent que le Vatican est tout disposé à
chercher un modus vivendi, car Pie X
ne peut pas être lié par la politique de
Léon XIII.
Est-ce que notre gouvernement pré-
parerait une entrevue du Président de
la République avec Pie X ?
La chose serait un peu forte, moins
, surprenante pourtant qu'on ne Je croit.
Déjà, il y a à peu près trois mois, il
était fortement question de pourpar-
lers engagés par M. Nisard pour qite
M. Loubet pût, après avoir vu le roi
d'Italie, être reçu par Léon XIII. Les
pourparlers n'avaient pas encore abouti
lorsque Léon XIII est tombé malade.
Les aurait-on repris avec PieX?
Nous ne croyons, en aucune façon,
que M. Loubet qui remplit ses devoirs
constitutionnels avec la plus grande
dignité et la correction la moins atta-
quable, ait été pour quelque chose
dans l'ouverture de ces négociations.
, Au ministère des affaires étrangères,
on a peut-être suivi la tradition. Quoi
qu'il en soit, il ne semble pas possible
que le quai d'Orsay ait, dans les cir-
constances que nous traversons, fait
cela de lui-même. Il y a été autorisé.
S'il s'est lancé dans l'aventure sans
consulter personne, nous serons bien
obligés de demander pourquoi le pré-
sident du conseil n'intervient pas. -
Tout cela suflit, cependant, à démon-
trer que notre politique à l'égard de
Rome est loin de se faire remarquer
par son unité. A distance, on menace
le.pape d'une rupture; mais rien cl'of
ficjel, de simples paroles prononcées V
l'issue d'un banquet. De près, su;
place, on le fait féliciter ; notre repré-
sentant s'agenouille pieusement eii
baise sa mule ; peut-être est-on aM
jusqu'à lui demander d'accorder un
audience au chef de l'Etat. Le voyage
à Canossa succéderait ainsi à de prête n-
lucs déclarations de guerre. Que veut-
on que les républicains comprennent
à une pareille conlédie?
De telles compromissions sont indi-
gnes et du pays et de la Républiques
En politique, il ne convient pas de mé-
nager la chèvre et le chou. 11 faut être
pour Vun ou pour l'autre. -
-' - , - ,.,; * * ,,- -. --
, Il est certain que les républicains
n'admettent pas que notre gouverné-
: ment conserve à Rome un ambassa-
; deur auprès du Vatican. Le papE: n'est
plus un sou verain temporel. Il ne pos-
sède ni étais ni territoire. Il est pos-
sible que les puissances catholiques
voient en lui un souverain spirituel.
La République française, anticléricale,
doctrinaire, habituée à s'inspirer de la
science et de la raison, ne peut pas
• parler conivné les moh^chies. : ,
■ - - -Si,- par a "elle continuait ; de
"oir dans le chef du catholicisme un
véritable souverain du clergé, c'est
; clo ne qu'elle autoriserait un étranger
a intervenir dans les rapports des fonc-
tionnaires ecclésiastiques avec l'Etat.
Une pareille ingérence est inexplicable.
Elle est de plus dangereuse, nous l'a-
vons bien vu avec les encycliques et
'les instructions de Léon XIII qui ont
icréé le ralliement par lequel, avec la
icomplicit de certains progressistes, la
République a failli être emportée.
Le maintien de M. Nisard, ambassa-
deur de la République française auprès
du Vatican, ou plutôt le maintien de
notre ambassadeur auprès du pape, ne
pourrait s'excuser, dans la situation
actuelle, que si le gouvernement, étant
décidé à dénoncer le Concordat, don-
nait à notre représentant .des instruc-
tions précises dans ce sens. Sinon,
c'est une injure faite à la République
et aux républicains. A quand la sup-
pression de cette ambassade? Je se-
rais surpris que le ministère de M.
Combes en prit la responsabilité.
Charles Bos.
«B» ———————————
DEUX MORTS
Hier, deux morts : en' Angle-
Terre Salisbury ; en Italie Me-
notti Garibaldi. Nous publions
plus loin une biographie de Lord
Salisbury. Nous voulons, ici,
dire en quelques mots, que des
*■ deux morts dont on nous apporte la nou-
velle, celle de Menotti est de nature à nous
; attrister d'un deuil plus personnel.
Non, nous ne laisserons pas partir l'un'
des fils de Giuseppe Garibaldi, sans rap-
peler avec moins d'éloquence, mais avec
autant de chaleureuse reconnaissance, que
ne l'ont fait nos aînés, en 1882, lors de la
mort du héros, tout ce que la France doit
à Garibaldi et à ses fils. Que nos amis d'I-
talie le sachent : nous n'oublions pas ici la
bataille de Dijon, ni la gloire conquise par
la brigade de Ricciotti, qui s'empara d'un
drapeau allemand, et qui chassa de la ville
les troupes prussiennes.
Ainsi que Ricciotti, Menotti combattit,
en ces journées inoubliables, aux côtés de
son illustre père. Comme les Garibaldi,
avec les généreux Italiens qui les accompa-
, gnaient, s'étaient donnés sans compter à la-
France en danger, ceux des réactionnaires:
qui devaient, depuis, devenir les boulan-:
gistes et les nationalistes, les assaillirent,
dès 1871, d'invectives et d'imprécations ; le,
peuple eut une autre appréciation des actes
Garibaldi et de ses amis ; quatre dépar-
tements : la Seine, la Côte-d'Or, les Alpes-
Maritimes et l'Algérie, s'honorèrent en fai-
sant de l'Italien Giuseppe Garibaldi un de-,
putè français ; les réactionnaires de l'As-
semblée de 1871 refusèrent la parole au
héros de Caprera ; alors, les gardes natio-
naux de Paris, soulevés en mars, proposè-
rent à Garibaldi le -grade de général en chef
des fédérés parisiens; son fils Menotti,
celui qui vient de mourir, fut élu membre
de la Commune.
Simples manifestations, dira-t-on, soit;
mais manifestations qui font connaître
l'âme vraie du peuple: l'âme de loyauté,
de franchise, de reconnaissance, qui; can-
dide, va à celui qui l'a servie loyale-
ment.
Les Garibaldi avaient combattu pour la
France envahie, pour le pays de la révo- ;
lution mis en péril de mort par les armées
allemandes ; leur tache héroïque accomplie,
ils ne se crurent pas le droit de partici-:
per à nos luttes intestines : ils se retirèrent;
clignement.
Nous pleurons, avec l'Italie, Menotti, le,
.filsdu héros patriote et internationaliste :
'le fils du grand artisan de l'Indépendance
italienne, le fils du grand défenseur de la.
'République française.
LES VŒUX DES CONSEILS GÉNÉRAUX;
Dans leur séance d'hier, les Conseils géné-
raux ont encore émis un certain nombre de
i vœux parmi lesquels nous noterons ceux ci :
Seine-et-Oise, Eure. — En faveur de l'abais-
sement de la taxe postale, à 10 centimes pour
les lettres, à 5 centimes pour les cartes posta-
les.
Indre-et Loire. — En faveur de l'arbitrage
international obligatoire, de l'arrêt de l'ac-
! croissement des dépenses militaires et navales,
,-et de la réduction progressive de ces dé-
penses.
Creuse. - Pourl'abrogation de la loi Falloux,
la suppression des congrégations, l'interdiction
d'enseigner aux congréganisles, la dénoncia-
tion du Concordat et séparation des églises et
de l'Etat.
Eure-et-Loir. — Pour l'arbitrage internatio-
nal « dans l'intérêt de la paix et pour le déve-
loppement matériel et moral du progrès en
France et dans tout le monde civilisé ». Pour ;
que la date de convocation des réservistes soit :
établie d'accord avec les préfets, de façon à ne ;
pas nuire aux travaux agricoles.
Loire. — Pour « que le gouvernement ac-
cueille favorablement la demande de subside:
de 250.000 francs formulée par le conseil mu-
nicipal de Saint-Etienne en faveur des ouvriers
en chômage ».
Cher. — Pour la révision du Cadastre, pour"
défendre le port du fusil aux gardes parti-
cu liers ;
———— i :
l'abondance des matières nous obligé à rt:
mettre-à demain notre chronique hebdoma
..daire A LA CAMPAGNE, de notr.
collaborateur A. MONTOUX.
PRÉPARATIFS DE PRONUNCIAMIENTO EN ESPAGNE
- (De nôtre correspondant particulier)
,#' Madrid,,22 août.
De nombreux-officiers de l'armée et de la
marine ont tenu, hier soir, une réunion se-
p.r,ète. Bien que le secret le plus absolu soit
gardé sur les délibérations - de ces militaires* on
a pu apprendre qu'on y parlait d'affaires poli-
tiques.
"Les assistants ont pris à l'unanimité plusieurs
décisions d'une gravité extraordinaire. Du
pnoins le public de Madrid, qui a eu vent de lu
iion, eli estvivenieil t préoccupé. On cràint
que les militaires, ne préparent un coup (tc
main.
MORT DE
LORD SALISBURY
Dénouement prévu. — Ho,Time d'Etat
à 23 ans. — Un politicien. — Les
conférences de Constantinople.
- La question d'Orient. —
• La guerre russo-turque.
— Le successeur de
lord Derby.
Lord Salisbury est mort, telle est la dépêche
qui nous a été adressée à 11 h. du soir. Il fal-
lait s'attendre à cette issue. Depuis hier, les
dépêches reçues ne laissaient aucun doute sur
l'état du malade.
Voici d'ailleurs les dépêches que nous avions
reçues dans la journée :
Londres, 22 août.
Voici le bulletin officiel publié ce matin sur
la santé de lord Salisbury :
« Hatfield, 9 h. 112 matin.
« Lord Salisbury s'éteint lentement. »
Le malade est faible et a perdu connais-
sance.
NOTES BIOGRAPHIQUES
Robert-Arthur-Talbot-Gascoigne-Cecil, mar-
quis de Salisbury, était né à Hatfleld en 1830.
Il était le fils de James-Brown low- William-
Gascoigne-Cecil, marquis de Salisbury, homme
d'Etat anglais, qui fut membre du conseil privé
en 1826, et devint plus tard lord du sceau privé.
Elevé comme son père à l'université d'Ox-
ford, Robert Salisbury fut, dès l'âge de 23 ans,
envoyé à la chambre des Couronnes par Stam-
-lord, qu'il peproseeta au Parlement jusqu\m
18G8. Il prit part aux discussions, vota avec le
parti conservateur. Il lit partie du ministère
formé par lord Derby en 1866, En 1868, il
quitta le pouvoir et succéda cette même année
à son père comme membre de la chambre des
lords. Tout en combattant la politique du mi-
nistère Gladstone, il publia dans la Quaterly
Review et dans la Benlley's Quaierhj Review des
articles qui furent très remarqués. Le 21 février
1874, les tories étant revenues au pouvoir, lord
Salisbury reprit dans le nouveau cabinet
Derby son poste de ministre pour les Indes.
Au mois de novembre 1876, il fut chargé par
le ministère dont il faisait partie comme secré-
taire d'état pour les Indes, de se rendre à Cons-
tantinople et d'assister en qualité de plénipo-
tentiaire; conjointement avec sir Henry Elliot,
aux conférences qui eurent lieu dans cette ville
jau sujet du règlement de la question d'Orient.
Lord Salisbury se rendit successivement à Pa-
ris, à Berlin, à Vienne et à Rome, afin de con-
naît les vues politiques des ministres des,
affaires étrangères de France: de Prusse, d'Au- :
triche et d'Italie.
En même temps, il fit connaître qu'aux yeux
du gouvernement aux lois, l'impuissance des,
Turcs à remplir les promesses qu'ils avaient
faites en différentes occasions et les souffrances
graves qui avaient en conséquence affligé les,
uopulalions chrétiennes imposaient à l'Europe
le devoir de faire ses efforts pour obtenir, non
:seulement la promulgation des réformes né-
cessaires mais encore des garanties pour l'exé-
milion jmmédiata-dett DMWUWS qul avaLÎAxU éié
,déjà sanctionnées. Dans les conférences qui
s'ouvrirent à Constantinople le 11 décembre
,1876, lord Salisbury ne montra aucune hosti-
lité contre les demandes formulées par le gé-
néral IgnatiefE, représentant la politique russe.
Les représentants des puissances garantes'
s'entendirent sur un programme de réformes,
,et de garanties ayant pour objet de mettre un i
terme à la déplorable situation de la Turquie.
Mais la résistance opposée par la Porte aux ré-
clamations des membres de la conférence coupa:
court à l'espoir de voir se résoudre d'une façon
pacifique la question d'Orient.
Dans une entrevue qu'il eut avec le sultan à
la fin de décembre, le marquis de Salisbury
lui déclara que, si la Porte refusait d'accepter
les résolutions de la Conférence, les puissances
- considéreraient le traité de Paris comme an-
nulé, et abandonneraient les Turcs à leur pro-
pre sort. Cette menace n'ayant produit aucun
effet, le marquis de Salisbury quitta Constan-
tinople avec les autres plénipotentiaires, passa
par Athènes, et revint à Londres en janvier
1877. Le 20 février, il prononça à la Chambre
des lords un grand discours sur lq, question
d'Orient, et sur les difficultés presque inextri-,
cables de la-situation.
San-Stefano et la question d'Orient
Lorsque la guerre eut éclaté entre la Tur-
quie et la Russie, le marquis de Salisbury, ju-;
géant que les intérêts de l'Angleterre n'étaient
pas compromis, se prononça publiquement a
diverses reprises pour une politique de neutra-
lité.
Mais, après l'écrasement des Turcs et le
traité de San-Stefano (3 mars 1878), le secré-
taire d'Etat pour l'Inde s'aperçut qu'il s'était
bercé d'illusions en croyant à la modération
de la Russie.
Il pensa qu'il était temps pour l:Augleterre
d'intervenir, de faire entendre sa voix etd'em-
:pêcher le traité de San-Stefano de passer à
l'état de fait accompli, fallut-il recourir à la
force des armes.
- Lord Derby, partisan de la paix à tout prix,
ayant donné sa démission de ministre des affai-i
res étrangères, lord Salisbury fut appelé à lui !
succéder.
Il adressa aussitôt aux représentants de l'An- -:
gleterre à l'étranger une circulaire diplomati- ;
que qui eût un retentissement énorme. Il s'y
livra à une critique impitoyable du traité de
San-Stefano, dont il ne laissa pas une partie
debout et déclara que tout traité conclu entre
la Russie et la Turquie, et portant atteinte aux
traités de ISiiG et 1871, devrait être un traité.
européen, qu'il ne pouvait en conséquence être,
'validé sans avoir obtenu l'assentiment des
puissances qui avaient été contractantes dans
ces traités. En même temps, le cabinet anglais
envoyait une flotte dans les Dardanelles et fai-
sait avec une extrême rapidité des préparatifs'
pour le cas où la guerre viendrait à éclater
entre la Grande-Bretagne et la Russie.
Après avoir xeprésenté. le Royaume-Uni au
Congrès de Berlin, conjointement avec lord
Beaconslield, lord Salisbury reçut l'ordre de la
Jarretière. Londres lui conféra le droit de cité.
H quitta le pouvoir-à la suite des élections du
mois d'avril 1880, défavorables à son parti.
Un leader d'opposition
Après la mort de lord Beaconslield, il fut
choisi comme le leader d'opposition à la cham-
bre des lords, en remplacement du défunt. Il
se rallia, après ravoifccombatlu tout d'abord,
au Landact islandais de 1881, et combattit vi-
goureusement la politique égyptienne de M.
Gladstone. Lorsque ce dernier donna sa démis-
sion le 9 juin 1885, lord Salisbury le remplaça
aux affaires.
Pendant son ministère, la Birmanie fut an-
nexée à l'empire des Indes,. et la révolution
Rouméliote de 1883 trouva en lui: un défenseur
d'autant plus ardent que la Russie s'étant dé-
clarée contre le prince Alexandre.
Après les élections générales de 1881) qui fn-
: rent une défaite pour les conservateurs, M.
: Gladstone revint aux affaires et présenta des
: oills sur l'autonomie irlandaise.
- Le marquis de Salisbury les combattit, allé-
pHmd que l'autonomie est généralement la
iptfàftdM.e. Onàé$ £ 0dan
voter d'abord la séparation. Le rejet des pro-
jets Gladstone fut suivi de la dissolution de la
Chambre des communes et une majorité unio-
niste fut ennoyé par les collèges électoraux. Le
marquis de Salis' uy reprit le pouvoir le
3 août 1886.
Il fut soutenu parles conservateurs en même
temps que par les libéraux qui, comme lord
Hartington et M. Chamberlain, avaient rompu
'sur la question d'Irlande avec les gladstoniens,
et il profita de cette circonstance pour appli-î
iquer à l'île sœur le plus coercitif des régimes. :
rH y a de bonnes raisons de supposer que sa
politique européenne était très favorable à l'Al- '-.,
lemagne et à l'Italie.
Les dernières années du politicien
Lord Salisbury conserva le pouvoir jusqu'à
ces dernières années. Au moment de la cam-
pagne du Transwaal, on eût un instant l'es-
poir qu'il mettrait obstacle aux projets de M.
Joé Chamberlain, mais il finit par entrer dans
les vues de ce dernier et par le suivre dans la
voie dangereuse où il s'était engagé.
Vers la fin de la guerre entre les Boers, lord
Salisbury, invoquant une fatigue qui se rédui-
sait peut-être à du dégoût, quitta le pouvoir et
:se retira définitivement de la vie politique. 11
ialla vivre à Hatfield, où il vient de succomber
aux suites d'un mal de Bright dont il était at-
teint depuis de longues années.
C'est une physionomie curieuse du dernier
siècle qui vient de disparaître.
Voir à la 3° page
les Dernières Dépêches
de la nuit
INCOHÉRENCES
M. Combes, qui déclame à Marseille contre
iles congrégations, contre les écoles et les ba-
gnes religieux, assistait à La Rochelle, aux
réunions du Conseil général qu'il a l'honneur
de présider. Cela lui a donné une occasion de
montrer le désaccord profond qui existe en-
'tre ses paroles et ses actes.
Les journaux nous apprennent 00 effet que
le Conseil général de la Charente-Inférieure,
"sur la proposition du préfet et en présence du
président du conseil, a voté à mains levées,
une subvention à la maison de refuge de La
Rochelle, tenue par des religieuses.
On ne nous dit pas si M. Combes a voté
;pour ou a voté contre, — peut-être même a-t-
;il voté pour — mais on nous laisse entendre;
iqu'il a été silencieux. Ce silence est plus élo-,
.:-quent que bien des discours. M. Combes
prendrait-il le parti de se taire? U y a tfes mo-
'ments où le silence est d'or. Et il vaut mieux
fse taire, en effet, que de faire hors de propos
ides déclarations spiritualistes.
M. Combes, au conseil général de' la Cha-
rente-Inférieure a donc été muet. Je me rap-:
pelle pourtant qu'à Marseille il avait foudroyé
les bons Pasteurs et les bons Refuges. Le voici
qui vote, ou qui laisse voter sans protestation
:une subvention à un établissement de ce genre.
:Le soleil du Midi, l'air même de la Provence,
':.ont-il influé sur son langage lorsqu'il parla
eaux bords de la Méditerranée, bleue ? S'esl-il
■ dans son fameux discours, laissé emporter par
ilesexagérations chères aux habitants de Ta-:
gascon? M. Combes en Tarlarin, voilà certes
qui ne manque pas de piquant.
! Le vrai, n'est parfois pas vraisemblable. M.
Combes adore à la Rochelle, ce qu'il brûle à
;Mal'seille. Voudra-t-il nous expliquer lui-même
:les raisons de ce brusque revirement '? Ou lais-
isera-t-il à un historien de l'avenir le soin de
nous relater par le menu la succession et les
causes des « Variations de M. Combes » ?
Qu'on ne vienne pas protester, et nous dire
: que nous voyons du mal où il n'y en a pas.
;M. Combes a fait mieux que de s'abstenir, il a
¡agi, c'est son représentant, son porte paroles,
ison subordonné immédiat, le préfet, qui a fait
(la proposition de subvention au conseil géné-
ral. M. Combes était là pour désavouer son
;agent. Il n'a rien fait, il n'a pas ouvert la bou-
:che, c'est donc qu'il a entendu le couvrir.
< On n'est p!us surpris à la fin d'enregistrer
les contradictions qui se manifestent dans la
'conduite du président du conseil. On en a tel-
lement vu qu'on s'y est habitué. Ce serait, ne
:lui déplaise, le contraire qui choquerait. —
•Charles Darcy.
AU 19e ARRONDISSEMENT
Une fête de bienfaisance
Les Sociétés de secours mutuels « La Caisse
de la Veuve et la Fraternelle du Gaz » donne-
irqnt aujourdhui dimanche 23 août sous la prési-
dence d'honneur de MM. Charles Bos et Clovis
; Hugues, députés ; Rozier et Pàris, conseillers
municipaux et des membres de la municipalité
iîu 19% une grande fête nautique sur le canal
jde l'Ourcq (gare circulaire) qui promet d'être
,très attrayante. Nous relevons sur le pro-
gramme : A 2 h., trapèze d'équilibre, barres
comiques; à 2 h. 112. joutes d'amateuis par les
;enfants du quartier ; à 3 h., jeu de la ballotte ;
'à 3 h, 112, joutes à la lance ; à 3 h. 45, courses
;aux canards ; à 4 h., pantomime nautique ; à
5 h., simulacre de sauvetage d'un noyé par les
imembres de la Société nationale de sauvetage;
[ joutes d'honneur par les rois ; à 6 h., distri-
bution des prix.
, Cette fête à laquelle prendront part de nom-
breuses sociétés musicales sera présidée par le
sympathique conseiller municipal du Pont-de-
Flandre, M. Lajarrige.
- --------------- 40-
FRAGILITÉ DES TORPILLEURS
ALLEMANDS
(De notre correspondant particulier)
Wilhelmsharen, 22 août.
Dans le monde de la marine on est pénible-
ment impressionné par les nombres ses avaries
des torpilleurs qui se sont produites pendant
les manœuvres. A l'heure actuelle, dix torpil-
leurs, trois de la classe G et trois (le la classe S
ont dû être renvoyés aux chantiers pour des
réparations.
UNE ALTESSE DANS L'ORCHESTRE
(De notre correspondant parliculier)
Munich, 22 août.
Le prince Louis-Ferdinand de Bavière joue
comme second dans l'orchestre du Printz-Re-
gent-Theater.
Son précieux concours ne durera que; pen-
dant la série de représentations des œuvres de
Wagner. ,
Son Altesse est très exacte à son poste tous
-les soirs, ce qui ne l'empêche pas de se lever à
huit heures le matin et d'aller au cours d'ana-
tomie.
- -————————————
VICTOR EMMANUEL AU POLE N0R3 •
(De notre correspondant particulier)
Rome, 22 août..
Le roi Victor Emmanuel et la reine Hélène,
ont rintemion. de faire pendant, l'été de l'an
prochain un voyago. dans les régions arçti-
qnes,
L'AFFAIRE HUMBERT
douzième AUDIENCE
Condamnation des Humbert
Thérèse a parlé. — Une nouvelle histoire de brigands. — Effet
lamentable. - Le défenseur de Romain. — Le factotum des
époux Humbert. — Le bénéfice du doute. — Thérèse
Humbert révèle son secret. — M. Lépine et M. Poin-
caré. — L'histoire des remplois de M. Bernhard.
— Les impitoyables Crawford. — L'origine de
la fortune.— A genoux dans la poussière.-
Avant l'ouverture du coffre-fort.- Pour
en finir. — Les colères de Girard. — En
route pour Madrid. — Le nom de
Régnier. - Ma Labori intervient.
- Le rôle de Régnier. — Le
jugement. -
Enfin !.
Thérèse a parlé hier aux jurés, elle a
;-parlé pendant une heure pour ne rien dire.
iVoilà la vérité, et personne n'en sera sur-
pris.
La nouvelle histoire de brigands qu'elle
a révélée n'éclaire en rien la question des
cent millions, la seule qu'il s'agissait de
résoudre.
Mme Humbert, en effet, après avoir l'a-.
f conté que M. Lépine, préfet de police, et
M. Raymond Poincaré, alors qu'il était mi-
iiiistre des finances, avaient vu les millions,
:s'est bornée à annoncer aux jurés stupé-
faits que le véritable nom de Crawford
était Regnier et que la fortune dont - elle
:-avait hérité datait de 1870. -
, Un point c'est tout.
Le public a été à la fois déçu et ahuri. Ce
nom de Régnier le laisse absolument froid.
Il n'y comprenait rien. Il a fallu que Me La-
bori vint expliquer que le Régnier dont sa
rcliente venait de parler était le même Ré-
gnier qui, en 1870, a joué le rôle d'inter-
médiaire entre Bismark et le maréchal Ba-
zaine avant la reddition de Metz, de telle
sorte que si Mme Humbert disait vrai, elle
aurait hérité et vécu des millions de la
trahison.
Tel est dans sa simplicité et son obscu-
rité voulue le « terrible secret » que Mme
Humbert nous a fait attendre pendant
douze audiences. Aussi bien s'est-elle gar-
dée de donner de plus amples explications
isur l'origine de cette grandiose libéralité
f'4»omme tfc -Bismarck. L'effet il été Ja-:
maniahle.
:- Les jurés eux-mêmes, dont un ou deux,.
avaient ri, n'ont pas davantage questionné'
Mme Humbert pour qu'elle apportât plus
ide lumière dans son nouveau roman, et le
-fait a paru significatif à quelques per-
'sonnes.
, — Les jurés, après avoir ri, ne disent rien,,
s'écrie un avocat dans le prétoire, c'est de!
mauvaise augure: Mme Humbert a trop tiré]
sur la corde, elle s'est tropmoquée dujury, elle
vient de prononcer elle-même sa condamna-,
lion.
On verra plus loin que ce pronostic s'est
réalisé et que les jurés n'ont pas voulu être
dupes des fanfaronades et des mensonges
audacieux de la Grande Thérèse.
Arrivons maintenant à cette douzième et
dernière audience.
Plaidoirie de M Hesse
Avant dé donner la parole à Mme Hum-
;bert, analysons rapidement la belle plai-
doirie de Me André liesse en faveur de Ro-
umain Daurignac. *
; Me H.esse sans autre préambule que la
icrainlc que lui inspirent les deux superbes
Iplaidoyers de Mcs Labori et Ciunet, se
hâte de faire connaître son client au jury
- Romain Daurignac a été ce qu'il est en-
core : un homme tout dévoué à sa sœur qui
4'a poussé et élevé injustement au premier rôle
:'dans cette affaire. On a tracé de lui un por-
trait qui ferait de lui un Gaudissart mâtiné de
:don Juan. C'est un portrait charge qui n'a
rien de la réalité.
Dfiurignac. est un homme droit et de carac-
tère fermo, aimant sa sœur jusqu'à devenir son
I auxiliaire dévoué, docile et soumis. Il n'a pas,
lui, promis des révélations sensationnelles, il
se contente d'avoir été le collaborateur obéis-
sant de sa sœur.
Tous ceux qui l'ont connu, JI" Labat, l'avoué
de Mme Humbert, l'appelait le « factotum des
:époux Humbert » et disait que sa sœur « lç.,
traitait comme un petit garçon ». Le jour de
sa fuite, il n'a fait qu'accompagner sa sœur.:
M Hesse fait la biographie de Romain
Daurignac qui est bien connue. Puis iL
soutient que le domicile des Humbert était
connu a Madrid de M. Patenôtre, et par-
lant des scellés, il déclare que si on les
:ouvrait on y trouverait des lettres d'home
mes politiques, d'ambassadeurs, d'anciens
ministres, de magistrats en quête d'avan-
cement. - -
Le défenseur aborde ensuite la question
des feuilles accusatrices attribuées à Ro-
main Daurignac, affirmant que son client;
11e s'est jamais présenté chez le notaire de.
Rayonne, Mt' Dupuy, et qu'il n'a jamais joué
le rôle de Robert Crawford et pas davan-
tage retiré les lettres de ce dernier quoi
qu'en aient pu déposer les agents des
postes.
Après avoir discuté point à point les
charges de l'accusation. M. André lIesse.
conclut ainsi :
— Vous ne pouvez pas, messieurs les jurés,
prononcer une condamnation dans cette affaire
pour une autre cause ; c'est que si vous ve-
niez affirmer par votre verdict que ces gens
sont des escrocs et dos faussaires, vous inflige
riez à tous ces hommes le plus éclatant et le.
plus épouvantable des camouflets si vous ne,
pouvez pas prononcer une condamnation parce
qu'il y a dans cette affaire quelque chose qui
vous échappé, parce qu'on ne vous a pas fait la'
preuvo. parce qu'on ne vous a rien démontré, '*
rien précisé, parce que cette accusation c'est le
néant et le vide, et que ce n'est point avec le
néant et.le vide qu'on envoie les gens aux
travaux forcés ! Vous ne pouvez pas condam-
ner parce qu'il y a en tout cas dans celle
affaire un doute étrange, inquiétant et terrible,
-et qu'iry a, croyez-moi, un principe inscrit au
x
frontispice de notre législation pénale, qui lfi
gouverne tout entière, qui dit et qui veut que
dans toute affaire, quel que soit l'accusé, quelle
que soit la faute, le doute si minime qu'il soit
doit toujours lui bénéficier !
J'ai foi en vous, j'ai foi dans le verdict d'ac.,
quittaient que vous allez rapporter pour ce
bon et joyeux garçon, (Mouvements divers. -
On applaudit au fond de la salle).
Le président (à Frédéric). — Avez-vous
! quelque chose à ajouter pour votre défense ?
Frédéric, — Non, monsieur le président.
Le président. — Et Mme Thèrèse Hum.
;bert"?.„
A cette question, Mme Humbert se lève
; et toute la salle est frémissante.
DÉCLARATION DE Mme HUMBERT
-
Mme Humbert, un peu pâle, son zézaie-
ment paraissant accentué, fait alors la dé-
claration suivante, que nous empruntons à
la sténographie du Temps pour que le lec-
teur puisse la lire in-extenso :
J'ai tout à dire, et cependant, ces messieurs
vous ont dit qu'il n'y a plus rien à dire. J'ai
voulu un jury, j'ai voulu de braves gens indé-
pendants, je les ai; j'ai confiance, j'ai cons-
cience que je n'ai rien fait ; jamais de ma vie,
à aucun moment, je n'ai voulu tromper, ja-
mais ; et si j'avais commis une action pas hon-
nête, je n'y aurais pas survécu.
Dans ce moment si solennel, si pénible, caï
c'est plus que la mort, c'est l'honneur ou m
déshonneur. le déshonneur, non, j'ai con-
fiance. quand je regarde M. le président,
quand je pense qu'il m'a été difficile de poser
des questions aux personnes qui sont venues,
à Mme Parayre, que tout a été vite fait, comme
tout m'échappait, comme je ne pouvais pas
parler. faut-il dire que cela a été libre? Non,
je ne le crois pas. Non, je n'ai rien pu dire, je
n'ai pu rien prouver, je n'ai pas pu dire pour-
quoi j'étais partie, je n'ai pas pu dire les re-
commandations que j'avais faites à Mme Pa-
rayre en partant, je n'ai pu rien dire, rien.
J'ai dit que je parlerais; c'est bien pénible de
parler, bien pénible, mais je le ferai parce que je
'l'ai dit.
Messieurs les jurés, vous avez entendu bien
peu de choses par'tous les témoins. Si vous sa-
viez tout ce que j'ai souffert pendant des an-
nées, mais surtout des mois, les derniers mois'
avec les campagnes de journaux! J'avais la
Rente viagère, j'avais toutes les responsabili-
tés, je les ai toutes encore aujourd'hui, je les
veux toutes pour moi. Je pense cependant à ma.
; fi lie, et si une larme coulait. elle ne coulera
pas, non. mais si une larme coulait, ce serait
pour elle; mais elle ne coulera pas, je suis
forte, parce que j'ai toujours fait mon devoir:
Je n'ai jamais trompé, Quand j'ai demandé à
un témoin comme à M. Lépine, préfet de po-
lice, de venir dira la vérité, j'ai été étonnée de
son peu de mémoire ; cependant, messieurs les
jurés, je veux tout vous dire ; après la mort de
: M. Humbert père — je crois que c'est à cette
époque-là — j'étais allée voir M. Lépine pour
lui dire do faire garder la maison, parce que
toute ma fortune était en titres au porteur. ;
M. Poincaré a vu les millions
Tenez, après la mort do Humbert père, il y
avait eu une campagne de presse. Je suis allée
trouver le ministre des finances, M. Poincaré.
J'ai pensé à cela cette nuit, je veux vous la
.-dire, au sujet de toutes les plaidoiries de cesr
messieurs. J'y suis allée avec mon frère Ro-
main, ayant le même paquet que j'avais porté
quelques jours auparavant à M. Lépine : it
l'ai déposé sur son bureau et je lui ai dit
« Voilà toute ma fortune en. titres au porteur
je voudrais avoir un jugement sur ces titres,
mais il y a un engagement, et je vous en prie.
ne recevez pas l'opposition. » M. Poincaréj
avocat, ministre des finances, m'a dit : « Ma-
dame, je suis obligé de recevoir l'opposition¿
mais vous obtiendrez facilement un jugement,
et on fera lever cette opposition. »
Si j'avais pensé à cela plus tôt, j'aurais de.
mandé que M. l'avocat Poincaré, qui aurait.
-peut-être plus de mémoire que M. Lépine, vint
émoigner, mais je le dis, il le saura dans-
quelques minutes s'il est ici, dans quelques:
heures s'il n'y est pas, et il pourra me démen-
tir, mais il ne me démentira pas.
Le lenaemam. M. Humnert père venait ae,
mourir, M. Boulanger, premier présidont de la
Cour des Comptes qui venait d'être nommé pa,
M. Poincaré, est venu faire une de ces visites
que l'on fait quand l'on prend la place de celui
qui vient de mourir : elles ne durent pas long-
temps, il tarde d'en être débarrassé, car on
vient voir des personnes tristes. ,
Il fut très bon. Il me parla un peu de meg
affaires et me dit : «Madame, je me rappella
de vous : je vous ai vue dans une certaine oc-
casion, parce que vous aviez payé les droits
deux fois sur la propriété de Celeyran ; je n'at
pu vous les rendre, je le recette, mais je n'af
jpas pu vous les rendre. » Je lui racontai mes:
affaires et je lui dis mes craintes pour ce quaf
je venais de dire la veille au ministre. Il Jlk,
répondit: «Je dois voir le ministre demain et
je vous promets que je parlerai à M. Poincaré;
de ce que vous venez de me dire, c'est très inté-
ressant et je serais heureux si je pouvais vous
rendre service ». Je lui dis : « Oui, car toute la;
fortune est en titres au porteur. » Et comme je (
voyais en lui presque un doute, je montai eti
j'allai chercher des paquets ; je les ouvris et il'
a vu aussi ma fortune.
Voilà deux personnes qui connaissent lea
titres, les vrais et les faux, et qui pourraient en
témoigner encore..
Les remplois de M. Bernhard
Toutes ces campagnes ne m'avaient fait touL
de même pas du tout de bien et j'ai éprouvé
énormément de difficultés dans mes atlaires.
Elles ne faisaient qu'augmenter. - .,.
Et M. Bernhard qui nous avait rendu de#"
services très grands, je l'avoue, qui était alla
en temps de choléra arranger les affaires dtf
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