Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-08-23
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 23 août 1903 23 août 1903
Description : 1903/08/23 (N12217). 1903/08/23 (N12217).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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NOS LEADEIlS
ïLsM dttû!)~Mft)[ pTiirCP~jt)u)jiupir
J'assiste à la préparation des fêtes
des 13 et 14 septembre, à Tréguier, en
l'honneur d'Ernest Renan. Tout an-
nonce qu'elles seront magnifiques. Il
faut dire aussi que rarement un hom-
mage posthume à un grand écrivain et
à un esprit libre aura été organisé avec
tant de dévouement et tant d'intelli-
gence.
En pareille occasion, il convient que
- ^enthousiasme de la foule démocrati-
que soit secondé par le consentement
sans réserve de la famille de l'homme
dont on veut saluer l'œuvre et la mé-
- moire. La fille d'Ernest Renan, Mme
Jean Psichari, a des qualités d'esprit
Btde cœur qui l'ont merveilleusement
soutenue dans la tâche qui lui était
assignée. Elle a ignoré les timidités
qui transforment une glorification du
génie moderne en une petite fête litté-
raire à huis-clos. Grâce à elle, grâce
aussi à notre éminent ami Jean Psi-
chari, c'est Ernest Renan tout entier,
sans restriction à la portée philoso-
phique et sociale de ses livres, qui va
revivre devant le pays républicain. Il
n'est personne, parmi ceux qui ont
participé à l'organisation des fêtes pro-
chaines, qui ne manifeste une juste
reconnaissance à la fille et au gendre
de celui dont la statue va être inau-
gurée.
£ D'un autre côté, le comité a trouvé
un auxiliaire zélé et puissant dans la
municipalité républicaine de Tréguier.
Nous avons déjà expliqué comment ce
nid de moines et de prêtres, après
avoir été un des abris de la chouan-
nerie, est devenu une des citadelles de
la démocratie bretonne. Nous avons
raconté comment quelques milliers
d'ouvriers et de paysans, arrachés à
l'obsession cléricale, ont formé un
foyer révolutionnaire dont l'ardeur ga-
gne peu à peu toute la presqu'île ar-
moricaine.
Plusieurs fois aussi, nous avons eu
à entretenir nos lecteurs des efforts de
M. J. Guillerm, maire de Tréguier. Je
ne rappellerai pas la lutte qu'il dut
soutenir contre un clergé en pleine ré-
volte. On n'a pas perdu le souvenir
des manifestations du curé de Tréguier
ni de l'évêque de Saint-Brieuc ; l'on se
souvient certainement de l'incident
-- des moines ligueurs dépêchés à Tré-
guier pour ranimer le zèle des cléri-
caux. M. J. Guillerm ne put mettre fin
à des violences systématiques que par
une intervention personnelle, au milieu
Au prêche le plus haineux, à la cathé-
drale.
***
t
Donc la famille et les concitoyens
":l'Ernest Renan rivalisaient de zèle
éclairé. Dès lors, la tâche du comité
devenait facile en principe. Je dis : en
principe, car, en réalité, la prépara-
tion de fêtes pareilles à celles que nous
allons voir, exige un total de travail
et de soins véritablement écrasant. M.
Armand Dayot, président du comité, a
assumé la majeure partie de ce labeur.
Depuis un an, il a donné sans comp-
ter son temps et sa peine aux fonc-
tions, parfois ingrates, d'organisateur,
qui lui étaient dévolues. Il a consenti
à faire le sacrifice momentané de ses
goûts de chercheur et de studieux.
, J'imagine sa joie quand, après la vic-
toire, il retrouvera la paix non pré-
caire de la table de travail, et quand il
reprendra d'une façon suivie les gran-
des études d'art où il jouit de la maî-
trise que l'on sait.
Combien de collaborateurs assidus
uitour de ceux dont l'activité attire
orincipalement l'intérêt et la sympa-
* ihie du public ! Mais je n'ai aucune qua-
ité pour dresser le plan d'un pal-
marès.
D'un palmarès, d'ailleurs, personne
d'en veut, et, au surplus, la rédaction
l'en serait pas commode. La vérité est
qu'il y a eu un élan universel pour la réa-
lisation d'un projet qui correspond à
"Jn sentiment général; dans des mou-
vements de cette ampleur, les figures
individuelles disparaissent; c'est le
visage du peuple que l'on voit.
Nous avons reproduit ici-même des
lettres émanant des plus hautes intel-
ligences de France et de l'étranger. La
philosophie et les lettres internationales
contemporaines auront de nombreuses
délégations à Tréguier, le 13 septem-
bre. L'affluence sera énorme, -il n'est
plus une chambre dans la ville, qui ne
soit louée, les retardataires s'arrachent
des boufôjclè hangars et des coins de
greniers. Les voîturiers ont loué
d'avance des chevaux de renfort dans
les fermes; les moindres carrioles sont
réquisitionnées; des voyageurs se sen-
tent menacés de faire le chemin à
pied — il n'y a point encore de ligne
de chemin de fer à Tréguier. Petit
malheur dont les victimes ont l'air de
prendre leur parti avec gaîté. Les bar-
ques de promenade et de pêche sont
disputées par les passagers.
***
On ne pouvait penser que les fêtes
données en l'honneur d'Ernest Renan
auraient un caractère exclusivement
local. Cependant, à côté de la mani-
festation officielle où le gouvernement
sera représenté par quelques-uns de
ses membres, et où tous les corps consti-
tués auront des représentants, il ne
faut pas perdre de vue la démonstra-
tion de ce que déjà l'on appelle la
Fédération bretonne.
Le parti clérical de Bretagne s'est
opposé de toutes see forces à l'érection
de la statue de Renan. Eh bien c'est
au pied de cette statue que les Bleus de
Bretagne grouperont les forces de pro-
grès et formeront le faisceau des forces
de la Révolution française.
C'est le côté purement politique des-
fêtes de Tréguier. Nous en parlerons
prochainement avec plus de détails.
Dès maintenant, nous avons seulement
à constater que la Bretagne est atten-
tive, et que les paroles républicaines
prononcées à Tréguier seront entendues
jusque dans les bourgs où curés, moi-
nes-et. hobereaux croient jouir d'un
pouvoir moral sans partage.
Hugues Destrem.
EN ROUTE
En route ? qui donc est en
route, et vers quel but? le Temps
nous déclare que c'est M. le gé<
néral André qui est en route, et
que le but de son voyage est de
donner « à ses collègues le bon
exemple H. Car c'est - de lui « que ses col
lègues pourraient prendre des leçons ». Et,
pour tout dire, le Temps a remarqué que,
depuis quelques semaines, les « actes et les
paroles » du général André « sont prodi-
gieusement corrects. Les membres dits mo-
dérés du cabinet sont, à côté de lui, des en-
fanta terribles. Et c'est de la rue Saint-Do-
minique que vient maintenant la note
juste. »
A la place de M. le général André, nous
serions inquiet : non licet omnibus., il n'est
pas donné à tout le monde d'être célébré
par le Temps sur ce mode claironnant ; et
M. le général André n'ignore point sans
doute qu'il faut tout d'abord avoir donné
:des gages à un modérantisme bien chevillé,
.pour encourir de si rares éloges. Nous vou-
lions espérer qu'il ne mérite pas encore
cette attitude du Temps à son égard.
Nous ne sommes point des adversaires
systématiques de M. le général André, ou
pour mieux dire, nous tenons à lui indi-
quer que nous sommes toujours de ses
amis ; c'est pourquoi nous exprimons ici
"hautement l'opinion que le Temps le hisse
.'aujourd'hui, et tout à coup, sur le parvis de
la troisième colonne de sa première page
simplement pour le compromettre politi-
quement.Nous restons convaincu que M. le
ministre de la guerre n'aencorecommisque
des imprudences, mais des imprudences qui
autorisent le Temps à juger en ces termes
des paroles du général André : « Ce sont là.
des idées excellentes et qu'on aime à en-
tendre exprimer par le chef de l'armée. n.
Ce sont donc de notables imprudences.
Encore un coup, notre grand confrère
modéré sait qu'on résiste difficilement au
plaisir de s'entendre louer par lui ; nous
engageons amicalement M. le général An-
dré à résister quand même à ce plaisir, et à
se dérober à ces louanges. Avoir la vertu
de ne pas plaire au Temps, voilà une qua-
lité que nous apprécierions dans un mi-
nistre.
————.———————— ————————————
LES VŒUX DES CONSEILS GÉNÉRAUX
Citons parmi les vœux votés hier parles con-
seils généraux :
Creuse, Yonne. — Pour le vote prompt de la
loi réduisant à deux ans la durée du service
militaire.
Seine-et-Marne. — Motion engageant M.
Combes « à assurer la réalisation des réformes
républicaines. »
Lot. — En faveur de l'impôt sur le revenu
proposé par M. Rouvier.
Aude, Cher. — En faveur de la réduction à
10 centimes de la taxe des lettres, et de la
réduction à 5 centimes de la ¡txe des cartes
postales.
Aude. — Que tout électeur qui ne votera pas
soit passible d'un3 peine et que les patrons
exerçant une pression sur leurs employés
soient rigoureusement punis.
Yonne. — Que les réseaux téléphoniques à
établir permettent à toutes les régions de cor-
respondre entre elles.
Sarthe. — Pour une réglementation rigou-
reuse de la vitesse des automobiles.
Loir et-Cher. - Adresse constatant avec une
joie patriotique l'empressement que mettent les
puissances à rechercher l'amitié de la France.
———————————
La discipline en Russie
———
(De notre correspondant particulier)
Eydtkuhwcn (frontière russe) 21 août.
Une dépêche antérieure vous a annoncé que,
lors des troubles grévistes de Kieff, un capi-
taine a dit à ses homme de ne pas tirer sur la
foule. On apprend maintenant que toute la
compagnie du capitaine réfractaire sera dis-
persée, les hommes seront envoyés dans divers
ataillons de discipline.
Le ministre do la guerre, M. le général Kou-
rODatkine, a décidé de créer une brigade spé-
ciale d'agents secrets qui doivent surveiller la
propagande et les menées révolutionnaires dans
l'armée.
LA LAICISATION ,,
DE CHARENTON
La presse conservatrice. — Une nou-
velle iniquité. — Nettoyage néces-
saire. — Touchant spectacle.
- Du roman. — Interpellez,
messieurs !
Il y a quelques jours, dans plusieurs arti-
cles, nous avons demandé que le ministère se
décidât enfin à mettre un terme à la trahison
de ses agents, nous lui avons signalé l'attitude
de certains de ses préfets et de ses hauts fonc-
tionnaires ; nous lui demandions de commen-
cer par en haut le nettoyage nécessaire. No-
tre voix paraît ne pas avoir été entendue, et
cependant depuis quelques jours M. le nrési-
dentdu conseil doit être édifié, par le langage
des journaux de sacristie, sur le dévouement
qu'il peut attendre de certains des collabora-
teurs de ses bureaux, à l'océasion de la laïcisa-
tion de Charenton.
Le Soleil, le Gaulois, la Vérité française,
l'Echo de Paris, la Croix, la République, l'ac-
cusent de commettre une nouvelle iniquité, dé -
sastreuse pour l'établissement dont il a la sau-
vegarde, tous les pensionnaires riches devant.
fuir cette maison. On n'en saurait douter, ces
renseignements leur ayant été fournis par un
haut fonctionnaire de l'intérieur. On serait
presque tenté de le croire, la note reproduite,
par les journaux est tellement identique,qu'elle
paraît avoir l'allure d'une communication offi-
cielle. Dans un article du 21 courant, le Rappel
a fait justice des affirmations osées du haut
fonctionnaire; mais s'il existait, Monsieur le
ministre, ce serait un acte de trahison qu'il
aurait commis, et votre devoir serait de le
châtier. Vos recherches sont faciles, elles ne
doivent pas porter sur un cercle bien étendu,
par conséquent il vous est aisé de démasquer
le coupable et de le rendre à sa sacristie.
Le départ des religieuses
La presse clérico-nationaliste, incomplète-
ment et mal renseignée, ferait mieux de s'abs-
tenir et de laisser partir, sans bruit, des reli-
gieuses, toutes d'origine belge, et dont le main-
tien était devenu impossible Un reporter du
Gaulois a interviewé une des 22 religieuses qui
ivônt partir, la mère Providence, âgée de 87
alîs, et qui lui a d'ailleurs déclaré que si elle
ipartait, c'était volontairement. De cette reli-,
igieuse, il nous fait un tableau touchant et juste,
•jj'en suis convaincu, mais il ne parle pas des
:autres qui, elles, ont été remerciées. Vous
;avouerez que ce défenseur des sœurs, pauvres
victimes du cruel Combes, est. bien maladroit
ode n'avoir trouvé du bien à dire que de la seule
religieuse qui s'en va volontairement, mais
c'est là presque une injure imméritée adres-
sée aux autres.
Même à cet égard, un reporter perspicace a
trouvé sur la mère Providence, des renseigne-
ment erronés. Tout le monde, dans la région,
sait qu'elle a la direction de l'hôpital du can-
ton do Charenton, mais n'a eu dans aucune
circonstance à intervenir dans les soins jt don-
ner aux malades aliénées. Les chaînes D. vee les-
quelles on attachait les malades dans les asiles
d'aliénés, avaient été brisées avant que ne fût
née la mére Providence. Je suppose même que
cette excellente femme a dû souffrir dans sa
modestie, en se trouvant seule parmi ses com-.
pagnes actuelles, à recevoir un aussi maladroit
encens.
Les champions du cléricalisme
Quant à nous, qui nous sommes renseignés
à diverses sources, nous espérons bien, que les
organes conservateurs, qui se sont érigés en
champions de ces religieuses étrangères, sau-
ront trouver parmi leurs amis du Parlement',
un orateur qui,prenant leur défense,interpelle-
ra le ministre sur la grande iniquité qu'il vient
de commettre, ainsi que le leur a affirmé le
haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur.
Au risque de faire ressortir le manque de logi-
que de leur ami Méline. dont le journal vitu-
père contre une mesure qui ne devrait être, à
ses yeux, qu'un acte de protection des non-
nes françaises, contre la concurrence étran-
gère, nos enjuponnés du Parlement ne peuvent
se dérober à cet impérieux devoir. 11 serait
amusant devoir qui serait atteint, par ce nou-
veau pavé de l'ours ?
PAY-REP.
L'INSURRECTION EN MACÉDOINE
L'ultimatum russe
Constanlinople, 21 août,
L'ambassade de Russie a remis aujourd'hui
à la Porte une note énergique, appuyée par sa
démonstration navale, et, demandant l'exécu-
tion complète des points visés.
Une commission ministérielle spéciale, pré
sidée par le grand-vizir, discute la réponse à
cette note, réponse qui accepte les réclama-
tions de la Russie.
Un stationnaire russe aux Darda-
nelles.
Les Dardanelles, 21 août.
Le stationnaire russe Teretz a franchi le dé-
troit, allant à Salonique, chercher la dépouille
mortelle du consul M. Rostkowski pour la
transporter en Russie.
La réponse turque
Berlin, 21 août.
On mande de Constantinople, 21 courant :
Répondant à la note remise hier par l'ambas-
sadeur de Russie, La Porte a accédé immédia-
tement à toutes les requêtes énumérées dans
le Journal officiel de Russie, et à fait savoir
qu'elle avait engagé quatre officiers belges. En
éonséquence, en comptant les deux lieutenants
suédois cantonnés à Uskub, il y aura en tout
six officiers européens appelés à exécuter la
réforme de la gendarmerie prévue dans le pro-
gramme de décembre.
L'escadre anglaise
Londres, 21 août.
Une note officieuse dit :
1 La nouvelle du départ pour Salonique de
l'escadre - anglaise de la Médilerrannée est
inexacte.
Les insurgés
Vienne, 21 août.
On mande de Belgrade à la Zeit :
« Un chsf macédonien a déclaré dans une
interview que la tactique des insurgés est de
mettre d'abord la Macédoine en état de com-
plète anarchie par la destruction des chemins
de fer, des télégraphes, etc. Les insurgés com-
menceront ensuite leurs opérations contre les
troupes et détruiront les villes par la dyna-
mite. »
(Voir la suite dans notre DEUXIEME EDITION-
LA PR£TENDUE ABDICATION
DE FRANÇOIS -JOSEPH
(De notre correspondant particulier)
Budapest, 21 août.
La nouvelle de l'abdication de François-
Joseph a été lancée par la puissante coterie
clérico-militaristo de la cour de Vienne.'Cette
coterie, connue sous le nom de Caniarilla,
,. fait d'ailleurs, depuis longtemps, des efforts
"pour l'emj>creur-roi açtaejUà quitter le
trône. ,
Elle désire l'avènemènt de l'archiduc Fran-
çois-Ferdinand, homme-lige des cléricaux qui
pourrait abolir d'un trait de plume la Consti-
tution de la Hongrie et incorporer le royaume
.de Saint-Etienne dans l'Autriche.
C'est la même coterie qui avait essayé de
corrompre des députés de l'extrême-gauche
hongrois.
— —■
PLUS CELA CHANGE.
Les écoles congréganistes ont célébré cette
année avec la même solennité leurs distribu-
'tions de prix. Ces cérémonies ont été même
plus brillantes que d'habitude, les discours y
furent plus émus et les allocutions plus tou-
'chantes. On y parla de persécution, d'humilia-
tions, de sacrifices, et plus d'une mère de fa-
mille pleura lorsqu'on lui représenta le lugubre
tableau de l'expulsion des sœurs, — de ces
sœurs qui les avaient élevées et qui élevaient
ses lilles dans la même foi, la même dévotion
et la même ignorance systématique — et la
fermeture de l'école.
Le temps des larmes est passé, celui de l'ac-
tion est venu. Tout le monde s'est bien vite
rassuré, d'abord les sœurs n'ont pas été ex-
pulsées , elles sont parties volontairement,
beaucoup ont quitté la cornette pour Je cha-
peau, et la robe d'uniforme pour un toilette
plus seyante. Et puis les écoles se sont rou-
vertes.
J'en connais par centaines de ces maisons
-d'éducation où l'on professait que la troisième
république était un régime néfaste, la liberté
'de penser une monstruosité, l'école sans Dieu
- un infanticide intellectuel, la loi des associa-
tions une loi scélérate, M. Combes un renégat
guetté par Satan, et M. Loubet un objet de
mépris pour les bons citoyens. Toutes se
préparent à faire en octobre une brillante
réouverture.
Les unes sont, dit-on, devenues la propriété
d'usiniers bien connus, pour leurs sentiments
cléricaux, ou de riches dévotes. Les autres ap-
partiennent à des sociétés civiles qui dans cha-
'que ville sont constituées des mêmes éléments,
mères de famille soucieuses de conserver pour
leurs filles l'école religieuse, parents de congré-
ganistes, hobereaux de petite ville, tout ce qui
i constitue l'aristocratie bien pensante du lieu.
Les maîtres et les maîtresses choisis. pour
'ces écoles nouvelles, seront, comme bien l'on
j pense triés sur le volet. Anciennes congréga-
;nistes sécularisées, novices, ayant pour un mo-
ment. abandonné leur vocation, anciennes élè-
ives des couvents, voilà ce qui va constituer
! l'élite enseignante de ces pensionnats qui pour
ne pas afficher leur caractère religieux, n'en
ne p~Ls afficher leur car,
: seront pas moins la continuation naturelle, la
survivance même de l'établissement que l'on
'crut pour toujours disparu.
On ne peut se rendre compte encore de l'éten-
due du mal. En novembre, en janvier, il sera
'facile de constater que rien n'est changé dansla
• meilleure des républiques. Ceux qui, à ce mo-
'ment, détiendront le pouvoir, devront se préoc-
cuper sérieusement de mettre fin aux abus des
cléricaux qui n'ont d'autre souci quo de perpé-
tuer l'enseignement de l'intolérance et du fana-
tisme.
: Transformer l'enseignement en service pu-
blic, créer le monopole d'Etat, voilà le seul
.moyen de couper court à tous les subterfuges
et à toutes les manœuvres de la réaction. Le
.tout est, pour un gouvernement, de s'y résou-
dre. Une fois sa volonté arrêtée de faire cette
réforme, il pourra être sur de trouver dans les
Chambres une majorité pour la voter. — Char-
les Darcu.
Voir à la 3° page
les Dernières JCîéjpêolies
de la nuit,
et la Revue des Journaux
-, du matin
AU 19e ARRONDISSEMENT
Une fête de bienfaisance
Les Sociétés de secours mutuels « La Caisse
de la Veuve et la Fraternelle du Gaz » donne-
ront demain dimanche 23 août sous la prési-
dence d'honneur de MM. Charles Bos et Clovis
Hugues, députés ; Rozier et Paris, conseillers
municipaux et des membres de la municipalité
dulW, une grande fête nautique sur le canal
de l'Ourcq (gare circulaire) qui promet d'être
lrè,; attrayanfc. Nous relevons sur le pro-
gramme : A 2 h., trapèzo d'équilibre, barres
comiques; à 2 h. Ii2. joutes d'amateuis par les
enfaiits du quartier ; à 3 h., jeu de la ballotte ;
; à 3 h, 1t2, joules à la lance ; à 3 h. 45, courses:
aux canards ; à 4 h., pantomime nautique ; à"
5 h., simulacre de sauvetage d'un noyé par les
membres de h Société nationale de sauvetage;
toutes d'honneur par les rois ; à G h., distri-
bution des prix.
Celte nle à laquelle prendront part de nom-
breuses sociétés musicales sera présidée par le
s/mpathique conseiller municipal du Pont-de-
Flandrc; M. Lajarrige.
LA SANTÉ DE LORD SALISBURY
Londres, 21 août.
Voici le bulletin de santé de lord Salisbury,
publié à 10 h. du matin :
« Aucune amélioration. Le malade est tou-
jours très faible. w
Lord Salisbury s'éteint lentement.
Toute la famille est réunie à Hatfield.
ïx-s derniers sacrements ont été administrés
au malade dans la soirée.
Suivant un télégramme de HatfieId, résidence
do lord Salisbury, on fait respirer aujourd'hui
de l'oxygène au malade.
Le journal médical The Lancet dit que lord
Salisbury souffre du mal de Bright. dont il est
atteint depuis de longues années, et que l'af-
fection cardiaque et pulmonaire qui s'est m;:¡,-
•nifestée depuis quelques jours est la consé-
quence de coite maladie.
IVoir la suite dans notre DEUXIEME EDITIONI
GUILLAUME Il ET LE PAPE
(De notre correspondant parliculier)
Berlin, 21 août.
L'empereur Guillaume enverra prochaine-
ment à Rome une mission spéciale qui doit
remettre au pape une croix pectorale ornée de
diamants et une lettre autographe de l'em-
pereur.
— —
LES SIONISTES
(De notre correspondant particulier)
Berlin, 21 août.
Les Sionistes qui, comme on sait, rêvent de
reconstituer l'ancien royaume de Judas, en
Palestine, ont créé de nombreuses sociétés de
gymnastique et de tir destinées à former les ca-
'dl'es de la future armée des Machabéens.
Sur l'initiative de la Société de gymnastique
juive Bar Cochlea, à Berlin, un grand concours
des gymnastes et des tireurs sionistes aura
prochainement lieu à Bàle.
L'AFFAIRE HUBIBERT
ONZIÈME AUDIENCE
Pour assister à la scène finale. — Le « mystère » et le public. -
Thérèse ne parlera pas. — Un autre bruit. - M0 Labori
continue. — Une lettre de Me Dumort. — L'éreintement
de M. Cattauï. — M. Roullina. — Les créanciers de la
Rente Viagère. — L'intérêt public et l'intérêt
privé. — Le suicide du banquier Girard. -
Encore M. Cattauî. — L'avocat d'Emile
Daurianac.
On se bouscule, on s'écrase pour pénétrer
dans la salle de la cour d'assises bien avant
l'ouverture de cette onzième et dernière au-
dience où, s'il plaît à Mme Humbert, la
foule qui depuis si longtemps est frémis-
sante, anxieuse, énervée à l'excès dans l'at-
tente du coup de théâtre annoncé, va enfin
recevoir satisfaction. Tout le monde veut
assister à la scène finale de la comédie qui
sera comme l'apothéose de l'homme aux
millions, de ce Crawford terrible et fulgu-
rant dont M3 Labori, lui-même, a dessiné
en noir le croquis énigmatique.
Cette foule semble arriver au Palais avec
des intentions liostiie&ei le ]yétard fait long
feu et comme je le disais hier, gare aux ho-
rions' si Thérèse ne parle pas. Je ne suis
pas le seul, d'ailleurs, à avoir cette impres-
sion. Hier soir, notre confrère le Français
a annoncé que si Mme Humbert ne se dé-
cidait « à révéler sinon son mystère, du
« moins un mystère », elle « serait sifflée
« par la galerie qu'elle aurait bernée comme
« un simple créancier. ))
Le public où le beau sexe domine, est
très agité et son agitation redouble lorsque
le bruit se répand que Mme Humbert après
avoir longuement réfléchi se serait décidé
à ne pas parler, le secret qu'elle aurait à
dévoiler étant trop terrible et gros de consé-
quence pour l'intérêt public. Thérèse pré-
férait se sacrifier une fois de plus, sa con-
damnation dût-elle en résulter.
Sur quoi reposent ces racontars ? Qui a
intérêt à les répandre ? Des prêteurs mysti-
fiés, bafoués et ruinés?. Ne serait-ce pas.
plutôt quelque farce de plaisantins en robe
et bonnet carré ?. Bref, jusqu'à preuve du
rcontraire, ces bruits ne reçoivent aucune
créance, et l'opinion générale est qu'on
connaîtra à la lin de l'audience, l'odieux
Crawford et qu'on aura des nouvelles des
cent millions, si même on ne les offre pas,
sur un plateau d'argent à l'aimable et cour-
tois président Bonnet.
Un autre bruit se fait jotir ttene le pré-
toire, côté des avocats en robe. On y af-
Virme que Me Labori, lorsqu'il sera arrivé
au terme de sa plaidoirie, soulèvera un in-
cident à propos du concours ouvert par le
Matin sur la condamnation ou l'acquitte-
ment du quatuor Humbert-Daurignac.
Hum ! tout cela semble présager une au-
dience de nuit ou, ce qui serait infiniment
préférable, le renvoi à aujourd'hui samedi
de la plaidoirie de Me Hesse, et par consé
quent de la déclaration de la Grande Thé-
rèse.
Arrivons à l'audience. Elle est ouverte à
midi. Les quatre accusés ont très bonne
contenance. On dévisage Mme Humbert
pour tacher de lire sur son visage. Elle
paraît impénétrable. Frédéric est toujours
rêveur et Romain Daurignàc content de
soi.
Le président Bonnet donne la parole à
Me Labori pour terminer sa plaidoirie.
Le préjudice causé au tiers
Me Labori après avoir donné lecture,
avec l'autorisation du président d'une lettre
qu'il vient de recevoir de M- Dumort cais-
sier de la Rente Viagère et dans laquelle le
signataire affirme que les Humbert ne se
sont jamais dissimulés, cachés à la Rente
Viagère, aborde la question du préjudice
causé aux tiers par l'effondrement de cet
établissement financier.
— Hier, dit en substance l'éloquent défen-
seur, en achevant mes explications, j'avais
examiné la nature de la Rente viagère, com-
ment elle avait été exploitée, et ce qu'elle avait
coûté aux Humbert. J'arrive à un autte exa-
men : Quels sont la nature, le caractère et l'é-
tendue du préjudice causé aux tiers? Il y a
diverses catégories de ce que j'appellerai mo-
mentanément les victimes. La catégorie des
prêteurs et la catégorie des crédi-rentiers. Une
subdivision parmi les prêteurs : les prêteurs
sur hypothèque et les prêteurs sur garantie du
-notaire. Tous les préteurs, par l'intermédiaire
de M, Dumort, par exemple, ont pour caution
M. Dumort — qui a cru à la fortune et qui y
croit encore. M. de Cazeaux, qui a prêté par
l'intermédiaire de Me Langlois, a porté une
plainte contre qui ? Contre les époux Hum-
bert ? Non, contre M. Langlois.
Ecartons donc cette catégorie de prêteurs.
Je tiens à faire une place à part aux prêteurs
du Nord, qui ont eu à la barre une attitude
pleine de correction. Ils ont fait une affaire qui
n'a pas réussi. C'est sans colère qu'ils sont ve-
nus ici. Ce ne sont pas là des personnes que
vous considérerez comme des victimes. Du
reste, ils n'ont pas porté plainte. Quant aux
autres, ce sont des agents d'affaires, des inter-
médiaires, des usuriers qui, même quand ils
restent créditeurs, ont fait d'excellentes opé
rations avec les Humbert. Certains d'entre eux
ont été condamnés par les tribunaux à rendre'
gorge et à restituer de l'argent à Mme Hum-
bert.
M. Cattaui sur le gril
Mc Labori ajoute qu'il va être obligé de
parler assez longuement des créances Cat-
taui non seulement parce ce créancier a
porté plainte, mais parce qu'il a essayé de
se dérober aux débats.
— Cattaui, messieurs les jurés, ne vous a
certainement pas paru malade ici et les certi-
ficats de médecins qui constataient qu'il était
malade lui avaient été délivrés avant son dé-
:part, et il a pu faire par deux fois le voyage.
Eh bien Cattaui pressé de venir par ceux qu'il
était chargé de défendre à la barre et qui ne-
pouvaient pas venir se défendre eux-mêmes,
.parce que leur grandeur les attachait au ri-
vage, Cattaui est venu, plus violent dans sa
déposition que dans sa plainte, il est venu, la
menace à la bouche revendiquer comme un:
nonneur personnel d'avoir fait arrêter les
époux Humbert et d'avoir mis un terme à ce
qu'il appelait les escroqueries de Mme Hum-
.bert à l'égard de petits rentiers comme ceux
de la Rente viagère.
Il faut donc parler de Cattaui. Je serai bret
pour plusieurs raisons : la première, parce
qu'il me semblerait que je manque d'huma-
nité en insistant sur son cas, la seconde parce
que son affaire a déjà été plaidée et jugée par
la 9. chambre correctionnelle et qu'il ne con-
vient pas de recommencer ici un procès qui a
déjà été plaidé.
La lecture du jugement vous suffira et elle
me dispensera de redouter de l'autre côté de
la barre une discussion qu'elle quelle soit.
Mlle Daurignac, messieurs, qui était avec
les époux Humbert, signataire des effets dont
Cattaui était détenteur, a déposée contre lui une
plainte pour usure à la date du 17 octobre
1901. A ce moment, Mlle Daurignac, à laquelle
se sont joints les époux Humbert, alléguait
que les époux Humbert, et elle-même. loin
d'kro débiteurs de M. Cattaui, étaient au con-
traire créditeurs en espèces do 2.180.000 et en
billets de 6,350,300 De telle sorte qu'en réa-
lité, tant en espèces qu'en billets, c'est 8 mil-
lions qu'ils prétendaient que Cattaui détenait
indûment à leur préjudice.
Le compte précisait ; il établissait que les:
avances réelles de Cattaui s'étaient élevées au
total à 9,610.000 francs ; que ces avances
avaient été remboursées avec intérêt à 10 0i0 ;
que M. Cattaui avait touché des commissions
pour 1,191,810 francs, soit 124 010 du capital ;
qu'il détenait encore des billets qui se trou-
vaient aux mains de tiers porteurs et qui
étaient présentés pour 1,119,796 fr : enfin, des
billets qui étaient éteints par renouvellement,
mais qu'il n'avait pas restitués, pour 5,240,533
fr. 80.
Voilà quelles étaient les allégations. des
époux Humbert. Ces allégations étaient soute-
nues par ces comptes qui établissaient la vé-
rité absolue des prétentions de mes clients.
Vous entendez bien, messieurs, qu'un homÍne-
qui fait de l'usure — on peut bien prononcor
ce mot, car c'est établi et maintenant de noto-
riété publique en ce qui concerne M. Cattaui
— un homme, dis-je, qui fait de l'usure a bien
soin d'avoir des écritures compliquées. Il a des
comptes divers et, s'il tient des écritures qui
peuvent être produites au grand jour, et qui
sont déjà usuraires, vous allez le voir dans un
compte ouvert sous la rubrique Frédéric Hum-
bert par exemple, il aura bien soin d'avoir" un
compte anonyme dans lequel II fera figurer les
plus importantes des commissions usuraires
qu'il touche sous forme de chèque ou au-
trement, à l'époque des renouvellements.
M. Vereecque, l'expert commis par le par-
quet, a concla de la manière la plus formelle.
Il a déclaré dans son rapport « que les ptêts
faits par Cattaui avaient un caractère civil w.
Vous sentez l'importance qu'avait cette déda.
ration. En effet, pour un prêt commercial: lfr^
taux des intérêts à payer n'est plus limité, tan-
dis qu'au contraire si le prêt a un caractère
civil, au delà du taux de 4 0[0, le taux devient
usuraire.
C'était par conséquent pour M. Cattaui la
poursuite inévitable et la condamnation cer-
taine. Vous comprenez alors son affolement,
vous comprenez les demandes de certificats
que cet honorable banquier avait eu soin de se
faire remettre toutes les fois qu'à l'occasion des.
rooouvellements, il percevait d'autres com-
missions usuraires. Vous comprenez cette er-
reur lorsque la plainte est venue lui faire re-
douter d'être enfin publiquement démasqué.
Vous comprenez l'expédition des livres à
Alexandrie ou au Caire, cette expédition que
mes confrères Chenu et Henri Robert, à la 9*
chambre, ont si plaisamment qualifiée de nou-
velle fuite en Egypte ! »
Vous comprenez l'affolement de M. Cattaui
lorsque ces livres, qu'il expédiait dans ces con-
ditions clandestines, ont été saisis et vous vous;
rappelez combien lamentable a été l'attitude
de M. Cattaui ; elle est résultée pour vous de
la lecture des documents officiels, des procès-
verbaux de M. Roy que j'ai placés sous vos.
yeux. Vous comprenez enfin la démarche sup-
pliante de M. Cattaui auprès de Mme Hum-
hert, le 24 octobre 1900, pour obtenir qu'elle,
renonce à sa plainte et comment M. Cattaui
était prêt à ce moment-là à rendre toutce qu'ont
lui réclamait en ce qui concernait les billets et.
à payer encore un million espèces.
A ce moment-là qu'auraient fait de purs.
aventuriers, de purs escrocs. Les Humbert.
sont perdus de dettes, dit-on, ils sont aux'
abois, ils n'ont rien. Voilà un homme qui
vient leur offrir un million, la restitution do-
tous les billets, et ils n'accepteront pas 1 Ce-
pendant, ils n'acceptent pas, et le silence de:
M. Leydet à cette barre — et M. Leydet pour-
rait encore venir me contredire s'il le croit né-
cessaire — son silence, dis-je, à cette barre,,
me permet d'affirmer que mes clients disent la
vérité lorsqu'ils déclarent : « Nous sommes
allés trouver M. le juge d'instruction pour lui
faire le récit de ce qui venait de se passer ».
M. le juge d'instruction leur a dit : « Non, M.
Cattaui est maintenant pris en flagrant délit,
par conséquent vous le tenez. Ce n'est pas un
million qu'il faut qu'il vous rende, c'est la to-
talité de ce qu'il vous a extorqué. Par consé-
quent, il faut que l'affaire soit étudiée, que
l'instruction soit complète, et quand on saura
exactement ce que M. Cattaui peut vous de-
voir, il vous remboursera. » ,
Ici, Me LaborÎ explique qu'après le départ
des époux Humbert, M. Cattaui a bénéficie
d'une ordonnance de non-lieu, et que ce
dernier s'est empressé, dès qu'ils furent ar-
rêtés, de les assigner en dénonciation ca-
lomnieuse devant la 9° chambre de police
correctionnelle.
Après avoir donné lecture du jugement,
qui a acquitté les époux Humbert et Mariai
Daurignac, M,, Labori ajoute :
— Cette décision a une portée considérable.,
car elle s'explique non pas seulement sur b
moralité des créanciers en général — sous hi
réserve que j'ai faite — et de ce créancier par- -
ticulier qui, en dehors de M. l'avocat général
qui représente ici, dit-il, l'intérêt public —nous.
verrons tout à l'heure dans quelle mesure —
est ici notre seul adversaire, — mais le tribu-
nal s'explique encore sur la situation particu
lière de ce créancier ; il dit que c'est un usurier
qui ne mérite aucune espèce d'intérêt, et th
ajoute encore qu'il ne peut invoquer à l'appu -
de sa prétention contre les époux Humbert au
cune espèce de manœuvre frauduleuse, puis -
qu'il n'a rien pu préciser.
Et voilà, messieurs les jurés, le Justicier I
Et c'est pour un tel homme, messieurs;
L&ME M®Ë tN
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14, rue da Mail, Paris.
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No 12217. — Di:m.anche 23 Août 1903
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Adresser lettres et mandais à l' .{d;lnnÍ$lraul'
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NOS LEADEIlS
ïLsM dttû!)~Mft)[ pTiirCP~jt)u)jiupir
J'assiste à la préparation des fêtes
des 13 et 14 septembre, à Tréguier, en
l'honneur d'Ernest Renan. Tout an-
nonce qu'elles seront magnifiques. Il
faut dire aussi que rarement un hom-
mage posthume à un grand écrivain et
à un esprit libre aura été organisé avec
tant de dévouement et tant d'intelli-
gence.
En pareille occasion, il convient que
- ^enthousiasme de la foule démocrati-
que soit secondé par le consentement
sans réserve de la famille de l'homme
dont on veut saluer l'œuvre et la mé-
- moire. La fille d'Ernest Renan, Mme
Jean Psichari, a des qualités d'esprit
Btde cœur qui l'ont merveilleusement
soutenue dans la tâche qui lui était
assignée. Elle a ignoré les timidités
qui transforment une glorification du
génie moderne en une petite fête litté-
raire à huis-clos. Grâce à elle, grâce
aussi à notre éminent ami Jean Psi-
chari, c'est Ernest Renan tout entier,
sans restriction à la portée philoso-
phique et sociale de ses livres, qui va
revivre devant le pays républicain. Il
n'est personne, parmi ceux qui ont
participé à l'organisation des fêtes pro-
chaines, qui ne manifeste une juste
reconnaissance à la fille et au gendre
de celui dont la statue va être inau-
gurée.
£ D'un autre côté, le comité a trouvé
un auxiliaire zélé et puissant dans la
municipalité républicaine de Tréguier.
Nous avons déjà expliqué comment ce
nid de moines et de prêtres, après
avoir été un des abris de la chouan-
nerie, est devenu une des citadelles de
la démocratie bretonne. Nous avons
raconté comment quelques milliers
d'ouvriers et de paysans, arrachés à
l'obsession cléricale, ont formé un
foyer révolutionnaire dont l'ardeur ga-
gne peu à peu toute la presqu'île ar-
moricaine.
Plusieurs fois aussi, nous avons eu
à entretenir nos lecteurs des efforts de
M. J. Guillerm, maire de Tréguier. Je
ne rappellerai pas la lutte qu'il dut
soutenir contre un clergé en pleine ré-
volte. On n'a pas perdu le souvenir
des manifestations du curé de Tréguier
ni de l'évêque de Saint-Brieuc ; l'on se
souvient certainement de l'incident
-- des moines ligueurs dépêchés à Tré-
guier pour ranimer le zèle des cléri-
caux. M. J. Guillerm ne put mettre fin
à des violences systématiques que par
une intervention personnelle, au milieu
Au prêche le plus haineux, à la cathé-
drale.
***
t
Donc la famille et les concitoyens
":l'Ernest Renan rivalisaient de zèle
éclairé. Dès lors, la tâche du comité
devenait facile en principe. Je dis : en
principe, car, en réalité, la prépara-
tion de fêtes pareilles à celles que nous
allons voir, exige un total de travail
et de soins véritablement écrasant. M.
Armand Dayot, président du comité, a
assumé la majeure partie de ce labeur.
Depuis un an, il a donné sans comp-
ter son temps et sa peine aux fonc-
tions, parfois ingrates, d'organisateur,
qui lui étaient dévolues. Il a consenti
à faire le sacrifice momentané de ses
goûts de chercheur et de studieux.
, J'imagine sa joie quand, après la vic-
toire, il retrouvera la paix non pré-
caire de la table de travail, et quand il
reprendra d'une façon suivie les gran-
des études d'art où il jouit de la maî-
trise que l'on sait.
Combien de collaborateurs assidus
uitour de ceux dont l'activité attire
orincipalement l'intérêt et la sympa-
* ihie du public ! Mais je n'ai aucune qua-
ité pour dresser le plan d'un pal-
marès.
D'un palmarès, d'ailleurs, personne
d'en veut, et, au surplus, la rédaction
l'en serait pas commode. La vérité est
qu'il y a eu un élan universel pour la réa-
lisation d'un projet qui correspond à
"Jn sentiment général; dans des mou-
vements de cette ampleur, les figures
individuelles disparaissent; c'est le
visage du peuple que l'on voit.
Nous avons reproduit ici-même des
lettres émanant des plus hautes intel-
ligences de France et de l'étranger. La
philosophie et les lettres internationales
contemporaines auront de nombreuses
délégations à Tréguier, le 13 septem-
bre. L'affluence sera énorme, -il n'est
plus une chambre dans la ville, qui ne
soit louée, les retardataires s'arrachent
des boufôjclè hangars et des coins de
greniers. Les voîturiers ont loué
d'avance des chevaux de renfort dans
les fermes; les moindres carrioles sont
réquisitionnées; des voyageurs se sen-
tent menacés de faire le chemin à
pied — il n'y a point encore de ligne
de chemin de fer à Tréguier. Petit
malheur dont les victimes ont l'air de
prendre leur parti avec gaîté. Les bar-
ques de promenade et de pêche sont
disputées par les passagers.
***
On ne pouvait penser que les fêtes
données en l'honneur d'Ernest Renan
auraient un caractère exclusivement
local. Cependant, à côté de la mani-
festation officielle où le gouvernement
sera représenté par quelques-uns de
ses membres, et où tous les corps consti-
tués auront des représentants, il ne
faut pas perdre de vue la démonstra-
tion de ce que déjà l'on appelle la
Fédération bretonne.
Le parti clérical de Bretagne s'est
opposé de toutes see forces à l'érection
de la statue de Renan. Eh bien c'est
au pied de cette statue que les Bleus de
Bretagne grouperont les forces de pro-
grès et formeront le faisceau des forces
de la Révolution française.
C'est le côté purement politique des-
fêtes de Tréguier. Nous en parlerons
prochainement avec plus de détails.
Dès maintenant, nous avons seulement
à constater que la Bretagne est atten-
tive, et que les paroles républicaines
prononcées à Tréguier seront entendues
jusque dans les bourgs où curés, moi-
nes-et. hobereaux croient jouir d'un
pouvoir moral sans partage.
Hugues Destrem.
EN ROUTE
En route ? qui donc est en
route, et vers quel but? le Temps
nous déclare que c'est M. le gé<
néral André qui est en route, et
que le but de son voyage est de
donner « à ses collègues le bon
exemple H. Car c'est - de lui « que ses col
lègues pourraient prendre des leçons ». Et,
pour tout dire, le Temps a remarqué que,
depuis quelques semaines, les « actes et les
paroles » du général André « sont prodi-
gieusement corrects. Les membres dits mo-
dérés du cabinet sont, à côté de lui, des en-
fanta terribles. Et c'est de la rue Saint-Do-
minique que vient maintenant la note
juste. »
A la place de M. le général André, nous
serions inquiet : non licet omnibus., il n'est
pas donné à tout le monde d'être célébré
par le Temps sur ce mode claironnant ; et
M. le général André n'ignore point sans
doute qu'il faut tout d'abord avoir donné
:des gages à un modérantisme bien chevillé,
.pour encourir de si rares éloges. Nous vou-
lions espérer qu'il ne mérite pas encore
cette attitude du Temps à son égard.
Nous ne sommes point des adversaires
systématiques de M. le général André, ou
pour mieux dire, nous tenons à lui indi-
quer que nous sommes toujours de ses
amis ; c'est pourquoi nous exprimons ici
"hautement l'opinion que le Temps le hisse
.'aujourd'hui, et tout à coup, sur le parvis de
la troisième colonne de sa première page
simplement pour le compromettre politi-
quement.Nous restons convaincu que M. le
ministre de la guerre n'aencorecommisque
des imprudences, mais des imprudences qui
autorisent le Temps à juger en ces termes
des paroles du général André : « Ce sont là.
des idées excellentes et qu'on aime à en-
tendre exprimer par le chef de l'armée. n.
Ce sont donc de notables imprudences.
Encore un coup, notre grand confrère
modéré sait qu'on résiste difficilement au
plaisir de s'entendre louer par lui ; nous
engageons amicalement M. le général An-
dré à résister quand même à ce plaisir, et à
se dérober à ces louanges. Avoir la vertu
de ne pas plaire au Temps, voilà une qua-
lité que nous apprécierions dans un mi-
nistre.
————.———————— ————————————
LES VŒUX DES CONSEILS GÉNÉRAUX
Citons parmi les vœux votés hier parles con-
seils généraux :
Creuse, Yonne. — Pour le vote prompt de la
loi réduisant à deux ans la durée du service
militaire.
Seine-et-Marne. — Motion engageant M.
Combes « à assurer la réalisation des réformes
républicaines. »
Lot. — En faveur de l'impôt sur le revenu
proposé par M. Rouvier.
Aude, Cher. — En faveur de la réduction à
10 centimes de la taxe des lettres, et de la
réduction à 5 centimes de la ¡txe des cartes
postales.
Aude. — Que tout électeur qui ne votera pas
soit passible d'un3 peine et que les patrons
exerçant une pression sur leurs employés
soient rigoureusement punis.
Yonne. — Que les réseaux téléphoniques à
établir permettent à toutes les régions de cor-
respondre entre elles.
Sarthe. — Pour une réglementation rigou-
reuse de la vitesse des automobiles.
Loir et-Cher. - Adresse constatant avec une
joie patriotique l'empressement que mettent les
puissances à rechercher l'amitié de la France.
———————————
La discipline en Russie
———
(De notre correspondant particulier)
Eydtkuhwcn (frontière russe) 21 août.
Une dépêche antérieure vous a annoncé que,
lors des troubles grévistes de Kieff, un capi-
taine a dit à ses homme de ne pas tirer sur la
foule. On apprend maintenant que toute la
compagnie du capitaine réfractaire sera dis-
persée, les hommes seront envoyés dans divers
ataillons de discipline.
Le ministre do la guerre, M. le général Kou-
rODatkine, a décidé de créer une brigade spé-
ciale d'agents secrets qui doivent surveiller la
propagande et les menées révolutionnaires dans
l'armée.
LA LAICISATION ,,
DE CHARENTON
La presse conservatrice. — Une nou-
velle iniquité. — Nettoyage néces-
saire. — Touchant spectacle.
- Du roman. — Interpellez,
messieurs !
Il y a quelques jours, dans plusieurs arti-
cles, nous avons demandé que le ministère se
décidât enfin à mettre un terme à la trahison
de ses agents, nous lui avons signalé l'attitude
de certains de ses préfets et de ses hauts fonc-
tionnaires ; nous lui demandions de commen-
cer par en haut le nettoyage nécessaire. No-
tre voix paraît ne pas avoir été entendue, et
cependant depuis quelques jours M. le nrési-
dentdu conseil doit être édifié, par le langage
des journaux de sacristie, sur le dévouement
qu'il peut attendre de certains des collabora-
teurs de ses bureaux, à l'océasion de la laïcisa-
tion de Charenton.
Le Soleil, le Gaulois, la Vérité française,
l'Echo de Paris, la Croix, la République, l'ac-
cusent de commettre une nouvelle iniquité, dé -
sastreuse pour l'établissement dont il a la sau-
vegarde, tous les pensionnaires riches devant.
fuir cette maison. On n'en saurait douter, ces
renseignements leur ayant été fournis par un
haut fonctionnaire de l'intérieur. On serait
presque tenté de le croire, la note reproduite,
par les journaux est tellement identique,qu'elle
paraît avoir l'allure d'une communication offi-
cielle. Dans un article du 21 courant, le Rappel
a fait justice des affirmations osées du haut
fonctionnaire; mais s'il existait, Monsieur le
ministre, ce serait un acte de trahison qu'il
aurait commis, et votre devoir serait de le
châtier. Vos recherches sont faciles, elles ne
doivent pas porter sur un cercle bien étendu,
par conséquent il vous est aisé de démasquer
le coupable et de le rendre à sa sacristie.
Le départ des religieuses
La presse clérico-nationaliste, incomplète-
ment et mal renseignée, ferait mieux de s'abs-
tenir et de laisser partir, sans bruit, des reli-
gieuses, toutes d'origine belge, et dont le main-
tien était devenu impossible Un reporter du
Gaulois a interviewé une des 22 religieuses qui
ivônt partir, la mère Providence, âgée de 87
alîs, et qui lui a d'ailleurs déclaré que si elle
ipartait, c'était volontairement. De cette reli-,
igieuse, il nous fait un tableau touchant et juste,
•jj'en suis convaincu, mais il ne parle pas des
:autres qui, elles, ont été remerciées. Vous
;avouerez que ce défenseur des sœurs, pauvres
victimes du cruel Combes, est. bien maladroit
ode n'avoir trouvé du bien à dire que de la seule
religieuse qui s'en va volontairement, mais
c'est là presque une injure imméritée adres-
sée aux autres.
Même à cet égard, un reporter perspicace a
trouvé sur la mère Providence, des renseigne-
ment erronés. Tout le monde, dans la région,
sait qu'elle a la direction de l'hôpital du can-
ton do Charenton, mais n'a eu dans aucune
circonstance à intervenir dans les soins jt don-
ner aux malades aliénées. Les chaînes D. vee les-
quelles on attachait les malades dans les asiles
d'aliénés, avaient été brisées avant que ne fût
née la mére Providence. Je suppose même que
cette excellente femme a dû souffrir dans sa
modestie, en se trouvant seule parmi ses com-.
pagnes actuelles, à recevoir un aussi maladroit
encens.
Les champions du cléricalisme
Quant à nous, qui nous sommes renseignés
à diverses sources, nous espérons bien, que les
organes conservateurs, qui se sont érigés en
champions de ces religieuses étrangères, sau-
ront trouver parmi leurs amis du Parlement',
un orateur qui,prenant leur défense,interpelle-
ra le ministre sur la grande iniquité qu'il vient
de commettre, ainsi que le leur a affirmé le
haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur.
Au risque de faire ressortir le manque de logi-
que de leur ami Méline. dont le journal vitu-
père contre une mesure qui ne devrait être, à
ses yeux, qu'un acte de protection des non-
nes françaises, contre la concurrence étran-
gère, nos enjuponnés du Parlement ne peuvent
se dérober à cet impérieux devoir. 11 serait
amusant devoir qui serait atteint, par ce nou-
veau pavé de l'ours ?
PAY-REP.
L'INSURRECTION EN MACÉDOINE
L'ultimatum russe
Constanlinople, 21 août,
L'ambassade de Russie a remis aujourd'hui
à la Porte une note énergique, appuyée par sa
démonstration navale, et, demandant l'exécu-
tion complète des points visés.
Une commission ministérielle spéciale, pré
sidée par le grand-vizir, discute la réponse à
cette note, réponse qui accepte les réclama-
tions de la Russie.
Un stationnaire russe aux Darda-
nelles.
Les Dardanelles, 21 août.
Le stationnaire russe Teretz a franchi le dé-
troit, allant à Salonique, chercher la dépouille
mortelle du consul M. Rostkowski pour la
transporter en Russie.
La réponse turque
Berlin, 21 août.
On mande de Constantinople, 21 courant :
Répondant à la note remise hier par l'ambas-
sadeur de Russie, La Porte a accédé immédia-
tement à toutes les requêtes énumérées dans
le Journal officiel de Russie, et à fait savoir
qu'elle avait engagé quatre officiers belges. En
éonséquence, en comptant les deux lieutenants
suédois cantonnés à Uskub, il y aura en tout
six officiers européens appelés à exécuter la
réforme de la gendarmerie prévue dans le pro-
gramme de décembre.
L'escadre anglaise
Londres, 21 août.
Une note officieuse dit :
1 La nouvelle du départ pour Salonique de
l'escadre - anglaise de la Médilerrannée est
inexacte.
Les insurgés
Vienne, 21 août.
On mande de Belgrade à la Zeit :
« Un chsf macédonien a déclaré dans une
interview que la tactique des insurgés est de
mettre d'abord la Macédoine en état de com-
plète anarchie par la destruction des chemins
de fer, des télégraphes, etc. Les insurgés com-
menceront ensuite leurs opérations contre les
troupes et détruiront les villes par la dyna-
mite. »
(Voir la suite dans notre DEUXIEME EDITION-
LA PR£TENDUE ABDICATION
DE FRANÇOIS -JOSEPH
(De notre correspondant particulier)
Budapest, 21 août.
La nouvelle de l'abdication de François-
Joseph a été lancée par la puissante coterie
clérico-militaristo de la cour de Vienne.'Cette
coterie, connue sous le nom de Caniarilla,
,. fait d'ailleurs, depuis longtemps, des efforts
"pour l'emj>creur-roi açtaejUà quitter le
trône. ,
Elle désire l'avènemènt de l'archiduc Fran-
çois-Ferdinand, homme-lige des cléricaux qui
pourrait abolir d'un trait de plume la Consti-
tution de la Hongrie et incorporer le royaume
.de Saint-Etienne dans l'Autriche.
C'est la même coterie qui avait essayé de
corrompre des députés de l'extrême-gauche
hongrois.
— —■
PLUS CELA CHANGE.
Les écoles congréganistes ont célébré cette
année avec la même solennité leurs distribu-
'tions de prix. Ces cérémonies ont été même
plus brillantes que d'habitude, les discours y
furent plus émus et les allocutions plus tou-
'chantes. On y parla de persécution, d'humilia-
tions, de sacrifices, et plus d'une mère de fa-
mille pleura lorsqu'on lui représenta le lugubre
tableau de l'expulsion des sœurs, — de ces
sœurs qui les avaient élevées et qui élevaient
ses lilles dans la même foi, la même dévotion
et la même ignorance systématique — et la
fermeture de l'école.
Le temps des larmes est passé, celui de l'ac-
tion est venu. Tout le monde s'est bien vite
rassuré, d'abord les sœurs n'ont pas été ex-
pulsées , elles sont parties volontairement,
beaucoup ont quitté la cornette pour Je cha-
peau, et la robe d'uniforme pour un toilette
plus seyante. Et puis les écoles se sont rou-
vertes.
J'en connais par centaines de ces maisons
-d'éducation où l'on professait que la troisième
république était un régime néfaste, la liberté
'de penser une monstruosité, l'école sans Dieu
- un infanticide intellectuel, la loi des associa-
tions une loi scélérate, M. Combes un renégat
guetté par Satan, et M. Loubet un objet de
mépris pour les bons citoyens. Toutes se
préparent à faire en octobre une brillante
réouverture.
Les unes sont, dit-on, devenues la propriété
d'usiniers bien connus, pour leurs sentiments
cléricaux, ou de riches dévotes. Les autres ap-
partiennent à des sociétés civiles qui dans cha-
'que ville sont constituées des mêmes éléments,
mères de famille soucieuses de conserver pour
leurs filles l'école religieuse, parents de congré-
ganistes, hobereaux de petite ville, tout ce qui
i constitue l'aristocratie bien pensante du lieu.
Les maîtres et les maîtresses choisis. pour
'ces écoles nouvelles, seront, comme bien l'on
j pense triés sur le volet. Anciennes congréga-
;nistes sécularisées, novices, ayant pour un mo-
ment. abandonné leur vocation, anciennes élè-
ives des couvents, voilà ce qui va constituer
! l'élite enseignante de ces pensionnats qui pour
ne pas afficher leur caractère religieux, n'en
ne p~Ls afficher leur car,
: seront pas moins la continuation naturelle, la
survivance même de l'établissement que l'on
'crut pour toujours disparu.
On ne peut se rendre compte encore de l'éten-
due du mal. En novembre, en janvier, il sera
'facile de constater que rien n'est changé dansla
• meilleure des républiques. Ceux qui, à ce mo-
'ment, détiendront le pouvoir, devront se préoc-
cuper sérieusement de mettre fin aux abus des
cléricaux qui n'ont d'autre souci quo de perpé-
tuer l'enseignement de l'intolérance et du fana-
tisme.
: Transformer l'enseignement en service pu-
blic, créer le monopole d'Etat, voilà le seul
.moyen de couper court à tous les subterfuges
et à toutes les manœuvres de la réaction. Le
.tout est, pour un gouvernement, de s'y résou-
dre. Une fois sa volonté arrêtée de faire cette
réforme, il pourra être sur de trouver dans les
Chambres une majorité pour la voter. — Char-
les Darcu.
Voir à la 3° page
les Dernières JCîéjpêolies
de la nuit,
et la Revue des Journaux
-, du matin
AU 19e ARRONDISSEMENT
Une fête de bienfaisance
Les Sociétés de secours mutuels « La Caisse
de la Veuve et la Fraternelle du Gaz » donne-
ront demain dimanche 23 août sous la prési-
dence d'honneur de MM. Charles Bos et Clovis
Hugues, députés ; Rozier et Paris, conseillers
municipaux et des membres de la municipalité
dulW, une grande fête nautique sur le canal
de l'Ourcq (gare circulaire) qui promet d'être
lrè,; attrayanfc. Nous relevons sur le pro-
gramme : A 2 h., trapèzo d'équilibre, barres
comiques; à 2 h. Ii2. joutes d'amateuis par les
enfaiits du quartier ; à 3 h., jeu de la ballotte ;
; à 3 h, 1t2, joules à la lance ; à 3 h. 45, courses:
aux canards ; à 4 h., pantomime nautique ; à"
5 h., simulacre de sauvetage d'un noyé par les
membres de h Société nationale de sauvetage;
toutes d'honneur par les rois ; à G h., distri-
bution des prix.
Celte nle à laquelle prendront part de nom-
breuses sociétés musicales sera présidée par le
s/mpathique conseiller municipal du Pont-de-
Flandrc; M. Lajarrige.
LA SANTÉ DE LORD SALISBURY
Londres, 21 août.
Voici le bulletin de santé de lord Salisbury,
publié à 10 h. du matin :
« Aucune amélioration. Le malade est tou-
jours très faible. w
Lord Salisbury s'éteint lentement.
Toute la famille est réunie à Hatfield.
ïx-s derniers sacrements ont été administrés
au malade dans la soirée.
Suivant un télégramme de HatfieId, résidence
do lord Salisbury, on fait respirer aujourd'hui
de l'oxygène au malade.
Le journal médical The Lancet dit que lord
Salisbury souffre du mal de Bright. dont il est
atteint depuis de longues années, et que l'af-
fection cardiaque et pulmonaire qui s'est m;:¡,-
•nifestée depuis quelques jours est la consé-
quence de coite maladie.
IVoir la suite dans notre DEUXIEME EDITIONI
GUILLAUME Il ET LE PAPE
(De notre correspondant parliculier)
Berlin, 21 août.
L'empereur Guillaume enverra prochaine-
ment à Rome une mission spéciale qui doit
remettre au pape une croix pectorale ornée de
diamants et une lettre autographe de l'em-
pereur.
— —
LES SIONISTES
(De notre correspondant particulier)
Berlin, 21 août.
Les Sionistes qui, comme on sait, rêvent de
reconstituer l'ancien royaume de Judas, en
Palestine, ont créé de nombreuses sociétés de
gymnastique et de tir destinées à former les ca-
'dl'es de la future armée des Machabéens.
Sur l'initiative de la Société de gymnastique
juive Bar Cochlea, à Berlin, un grand concours
des gymnastes et des tireurs sionistes aura
prochainement lieu à Bàle.
L'AFFAIRE HUBIBERT
ONZIÈME AUDIENCE
Pour assister à la scène finale. — Le « mystère » et le public. -
Thérèse ne parlera pas. — Un autre bruit. - M0 Labori
continue. — Une lettre de Me Dumort. — L'éreintement
de M. Cattauï. — M. Roullina. — Les créanciers de la
Rente Viagère. — L'intérêt public et l'intérêt
privé. — Le suicide du banquier Girard. -
Encore M. Cattauî. — L'avocat d'Emile
Daurianac.
On se bouscule, on s'écrase pour pénétrer
dans la salle de la cour d'assises bien avant
l'ouverture de cette onzième et dernière au-
dience où, s'il plaît à Mme Humbert, la
foule qui depuis si longtemps est frémis-
sante, anxieuse, énervée à l'excès dans l'at-
tente du coup de théâtre annoncé, va enfin
recevoir satisfaction. Tout le monde veut
assister à la scène finale de la comédie qui
sera comme l'apothéose de l'homme aux
millions, de ce Crawford terrible et fulgu-
rant dont M3 Labori, lui-même, a dessiné
en noir le croquis énigmatique.
Cette foule semble arriver au Palais avec
des intentions liostiie&ei le ]yétard fait long
feu et comme je le disais hier, gare aux ho-
rions' si Thérèse ne parle pas. Je ne suis
pas le seul, d'ailleurs, à avoir cette impres-
sion. Hier soir, notre confrère le Français
a annoncé que si Mme Humbert ne se dé-
cidait « à révéler sinon son mystère, du
« moins un mystère », elle « serait sifflée
« par la galerie qu'elle aurait bernée comme
« un simple créancier. ))
Le public où le beau sexe domine, est
très agité et son agitation redouble lorsque
le bruit se répand que Mme Humbert après
avoir longuement réfléchi se serait décidé
à ne pas parler, le secret qu'elle aurait à
dévoiler étant trop terrible et gros de consé-
quence pour l'intérêt public. Thérèse pré-
férait se sacrifier une fois de plus, sa con-
damnation dût-elle en résulter.
Sur quoi reposent ces racontars ? Qui a
intérêt à les répandre ? Des prêteurs mysti-
fiés, bafoués et ruinés?. Ne serait-ce pas.
plutôt quelque farce de plaisantins en robe
et bonnet carré ?. Bref, jusqu'à preuve du
rcontraire, ces bruits ne reçoivent aucune
créance, et l'opinion générale est qu'on
connaîtra à la lin de l'audience, l'odieux
Crawford et qu'on aura des nouvelles des
cent millions, si même on ne les offre pas,
sur un plateau d'argent à l'aimable et cour-
tois président Bonnet.
Un autre bruit se fait jotir ttene le pré-
toire, côté des avocats en robe. On y af-
Virme que Me Labori, lorsqu'il sera arrivé
au terme de sa plaidoirie, soulèvera un in-
cident à propos du concours ouvert par le
Matin sur la condamnation ou l'acquitte-
ment du quatuor Humbert-Daurignac.
Hum ! tout cela semble présager une au-
dience de nuit ou, ce qui serait infiniment
préférable, le renvoi à aujourd'hui samedi
de la plaidoirie de Me Hesse, et par consé
quent de la déclaration de la Grande Thé-
rèse.
Arrivons à l'audience. Elle est ouverte à
midi. Les quatre accusés ont très bonne
contenance. On dévisage Mme Humbert
pour tacher de lire sur son visage. Elle
paraît impénétrable. Frédéric est toujours
rêveur et Romain Daurignàc content de
soi.
Le président Bonnet donne la parole à
Me Labori pour terminer sa plaidoirie.
Le préjudice causé au tiers
Me Labori après avoir donné lecture,
avec l'autorisation du président d'une lettre
qu'il vient de recevoir de M- Dumort cais-
sier de la Rente Viagère et dans laquelle le
signataire affirme que les Humbert ne se
sont jamais dissimulés, cachés à la Rente
Viagère, aborde la question du préjudice
causé aux tiers par l'effondrement de cet
établissement financier.
— Hier, dit en substance l'éloquent défen-
seur, en achevant mes explications, j'avais
examiné la nature de la Rente viagère, com-
ment elle avait été exploitée, et ce qu'elle avait
coûté aux Humbert. J'arrive à un autte exa-
men : Quels sont la nature, le caractère et l'é-
tendue du préjudice causé aux tiers? Il y a
diverses catégories de ce que j'appellerai mo-
mentanément les victimes. La catégorie des
prêteurs et la catégorie des crédi-rentiers. Une
subdivision parmi les prêteurs : les prêteurs
sur hypothèque et les prêteurs sur garantie du
-notaire. Tous les préteurs, par l'intermédiaire
de M, Dumort, par exemple, ont pour caution
M. Dumort — qui a cru à la fortune et qui y
croit encore. M. de Cazeaux, qui a prêté par
l'intermédiaire de Me Langlois, a porté une
plainte contre qui ? Contre les époux Hum-
bert ? Non, contre M. Langlois.
Ecartons donc cette catégorie de prêteurs.
Je tiens à faire une place à part aux prêteurs
du Nord, qui ont eu à la barre une attitude
pleine de correction. Ils ont fait une affaire qui
n'a pas réussi. C'est sans colère qu'ils sont ve-
nus ici. Ce ne sont pas là des personnes que
vous considérerez comme des victimes. Du
reste, ils n'ont pas porté plainte. Quant aux
autres, ce sont des agents d'affaires, des inter-
médiaires, des usuriers qui, même quand ils
restent créditeurs, ont fait d'excellentes opé
rations avec les Humbert. Certains d'entre eux
ont été condamnés par les tribunaux à rendre'
gorge et à restituer de l'argent à Mme Hum-
bert.
M. Cattaui sur le gril
Mc Labori ajoute qu'il va être obligé de
parler assez longuement des créances Cat-
taui non seulement parce ce créancier a
porté plainte, mais parce qu'il a essayé de
se dérober aux débats.
— Cattaui, messieurs les jurés, ne vous a
certainement pas paru malade ici et les certi-
ficats de médecins qui constataient qu'il était
malade lui avaient été délivrés avant son dé-
:part, et il a pu faire par deux fois le voyage.
Eh bien Cattaui pressé de venir par ceux qu'il
était chargé de défendre à la barre et qui ne-
pouvaient pas venir se défendre eux-mêmes,
.parce que leur grandeur les attachait au ri-
vage, Cattaui est venu, plus violent dans sa
déposition que dans sa plainte, il est venu, la
menace à la bouche revendiquer comme un:
nonneur personnel d'avoir fait arrêter les
époux Humbert et d'avoir mis un terme à ce
qu'il appelait les escroqueries de Mme Hum-
.bert à l'égard de petits rentiers comme ceux
de la Rente viagère.
Il faut donc parler de Cattaui. Je serai bret
pour plusieurs raisons : la première, parce
qu'il me semblerait que je manque d'huma-
nité en insistant sur son cas, la seconde parce
que son affaire a déjà été plaidée et jugée par
la 9. chambre correctionnelle et qu'il ne con-
vient pas de recommencer ici un procès qui a
déjà été plaidé.
La lecture du jugement vous suffira et elle
me dispensera de redouter de l'autre côté de
la barre une discussion qu'elle quelle soit.
Mlle Daurignac, messieurs, qui était avec
les époux Humbert, signataire des effets dont
Cattaui était détenteur, a déposée contre lui une
plainte pour usure à la date du 17 octobre
1901. A ce moment, Mlle Daurignac, à laquelle
se sont joints les époux Humbert, alléguait
que les époux Humbert, et elle-même. loin
d'kro débiteurs de M. Cattaui, étaient au con-
traire créditeurs en espèces do 2.180.000 et en
billets de 6,350,300 De telle sorte qu'en réa-
lité, tant en espèces qu'en billets, c'est 8 mil-
lions qu'ils prétendaient que Cattaui détenait
indûment à leur préjudice.
Le compte précisait ; il établissait que les:
avances réelles de Cattaui s'étaient élevées au
total à 9,610.000 francs ; que ces avances
avaient été remboursées avec intérêt à 10 0i0 ;
que M. Cattaui avait touché des commissions
pour 1,191,810 francs, soit 124 010 du capital ;
qu'il détenait encore des billets qui se trou-
vaient aux mains de tiers porteurs et qui
étaient présentés pour 1,119,796 fr : enfin, des
billets qui étaient éteints par renouvellement,
mais qu'il n'avait pas restitués, pour 5,240,533
fr. 80.
Voilà quelles étaient les allégations. des
époux Humbert. Ces allégations étaient soute-
nues par ces comptes qui établissaient la vé-
rité absolue des prétentions de mes clients.
Vous entendez bien, messieurs, qu'un homÍne-
qui fait de l'usure — on peut bien prononcor
ce mot, car c'est établi et maintenant de noto-
riété publique en ce qui concerne M. Cattaui
— un homme, dis-je, qui fait de l'usure a bien
soin d'avoir des écritures compliquées. Il a des
comptes divers et, s'il tient des écritures qui
peuvent être produites au grand jour, et qui
sont déjà usuraires, vous allez le voir dans un
compte ouvert sous la rubrique Frédéric Hum-
bert par exemple, il aura bien soin d'avoir" un
compte anonyme dans lequel II fera figurer les
plus importantes des commissions usuraires
qu'il touche sous forme de chèque ou au-
trement, à l'époque des renouvellements.
M. Vereecque, l'expert commis par le par-
quet, a concla de la manière la plus formelle.
Il a déclaré dans son rapport « que les ptêts
faits par Cattaui avaient un caractère civil w.
Vous sentez l'importance qu'avait cette déda.
ration. En effet, pour un prêt commercial: lfr^
taux des intérêts à payer n'est plus limité, tan-
dis qu'au contraire si le prêt a un caractère
civil, au delà du taux de 4 0[0, le taux devient
usuraire.
C'était par conséquent pour M. Cattaui la
poursuite inévitable et la condamnation cer-
taine. Vous comprenez alors son affolement,
vous comprenez les demandes de certificats
que cet honorable banquier avait eu soin de se
faire remettre toutes les fois qu'à l'occasion des.
rooouvellements, il percevait d'autres com-
missions usuraires. Vous comprenez cette er-
reur lorsque la plainte est venue lui faire re-
douter d'être enfin publiquement démasqué.
Vous comprenez l'expédition des livres à
Alexandrie ou au Caire, cette expédition que
mes confrères Chenu et Henri Robert, à la 9*
chambre, ont si plaisamment qualifiée de nou-
velle fuite en Egypte ! »
Vous comprenez l'affolement de M. Cattaui
lorsque ces livres, qu'il expédiait dans ces con-
ditions clandestines, ont été saisis et vous vous;
rappelez combien lamentable a été l'attitude
de M. Cattaui ; elle est résultée pour vous de
la lecture des documents officiels, des procès-
verbaux de M. Roy que j'ai placés sous vos.
yeux. Vous comprenez enfin la démarche sup-
pliante de M. Cattaui auprès de Mme Hum-
hert, le 24 octobre 1900, pour obtenir qu'elle,
renonce à sa plainte et comment M. Cattaui
était prêt à ce moment-là à rendre toutce qu'ont
lui réclamait en ce qui concernait les billets et.
à payer encore un million espèces.
A ce moment-là qu'auraient fait de purs.
aventuriers, de purs escrocs. Les Humbert.
sont perdus de dettes, dit-on, ils sont aux'
abois, ils n'ont rien. Voilà un homme qui
vient leur offrir un million, la restitution do-
tous les billets, et ils n'accepteront pas 1 Ce-
pendant, ils n'acceptent pas, et le silence de:
M. Leydet à cette barre — et M. Leydet pour-
rait encore venir me contredire s'il le croit né-
cessaire — son silence, dis-je, à cette barre,,
me permet d'affirmer que mes clients disent la
vérité lorsqu'ils déclarent : « Nous sommes
allés trouver M. le juge d'instruction pour lui
faire le récit de ce qui venait de se passer ».
M. le juge d'instruction leur a dit : « Non, M.
Cattaui est maintenant pris en flagrant délit,
par conséquent vous le tenez. Ce n'est pas un
million qu'il faut qu'il vous rende, c'est la to-
talité de ce qu'il vous a extorqué. Par consé-
quent, il faut que l'affaire soit étudiée, que
l'instruction soit complète, et quand on saura
exactement ce que M. Cattaui peut vous de-
voir, il vous remboursera. » ,
Ici, Me LaborÎ explique qu'après le départ
des époux Humbert, M. Cattaui a bénéficie
d'une ordonnance de non-lieu, et que ce
dernier s'est empressé, dès qu'ils furent ar-
rêtés, de les assigner en dénonciation ca-
lomnieuse devant la 9° chambre de police
correctionnelle.
Après avoir donné lecture du jugement,
qui a acquitté les époux Humbert et Mariai
Daurignac, M,, Labori ajoute :
— Cette décision a une portée considérable.,
car elle s'explique non pas seulement sur b
moralité des créanciers en général — sous hi
réserve que j'ai faite — et de ce créancier par- -
ticulier qui, en dehors de M. l'avocat général
qui représente ici, dit-il, l'intérêt public —nous.
verrons tout à l'heure dans quelle mesure —
est ici notre seul adversaire, — mais le tribu-
nal s'explique encore sur la situation particu
lière de ce créancier ; il dit que c'est un usurier
qui ne mérite aucune espèce d'intérêt, et th
ajoute encore qu'il ne peut invoquer à l'appu -
de sa prétention contre les époux Humbert au
cune espèce de manœuvre frauduleuse, puis -
qu'il n'a rien pu préciser.
Et voilà, messieurs les jurés, le Justicier I
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