Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-08-22
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 22 août 1903 22 août 1903
Description : 1903/08/22 (N12216). 1903/08/22 (N12216).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
CINQ CENTIMES te Nuxnéro.
PARIS S DÉPARTEMENTS
Le Numéro CINQ CENTIMES
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Ne 12216. — Samedi 22 Août 1903
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ADMINISTRATION ; 1 f, rue du Mail
Adresser lettres et mandats à l'Ad m iistrateur
NOS LEADERS
LES FALAISES
C'est à notre excellent confrère et
ami, Charles Beauquier, député du
Doubs, auteur d'une proposition de loi
avant pour objet la protection des
beautés naturelles de la France, que je
dédie le présent article.
Un livre paru il y a quelque cin-
quante ans, ouvrage d'un normand
amoureux de son pays, signalait les
falaises de Flamanville comme une des
merveilles de la côte-ouest du dépar-
tement de la Manche. Ces falaises, im-
mense bloc granitique, s'étendent de la
baie de Vauville à l'anse du Sciotot, sur
un développement de plus de quinze
kilomètres. Leur hauteur maxima est
de cent mètres. Au point culminant se
trouve le sémaphore d'où l'on décou-
vre un panorama superbe, Devant soi,
on a la mer, que bossuent, plus ou
moins distinctes selon l'état de l'at-
mosphère, les^roeirers Ecrchou,
l'ile de Jersey, les îles de Serk et de
Herm, — celles-ci cachant Guernesey
— enfin l'île d'Aurigny. Au sud, la vue
gst barrée par le cap de Casteret, au
nord par le nez de Jobourg, dont l'é-
peron gigantesque s'avance au loin
dans les flots. Si l'on se retourne, on
admire les vertes campagnes, s'en al-
lant, de vallonnements en vallonne-
ment, à l'infini.
Dans ces falaises s'ouvrent au ras de
l'eau, des grottes et des cavernes d'un
puissant intérêt ; des recoins char-
mants s'y rencontrent, comme la mi-
nuscule anse de Biédal, oasis de sable
fin au milieu des rochers noirs et ter-
ribles ; des abîmes effrayants, vertigi-
neux, s'y creusent, comme l'endroit
connu dans le pays sous le nom de
« ruisseau des Trois-Fontaines. » Le
« site », pour employer l'expression
même dont s'est servi M. Beauquier
dans la proposition de loi à laquelle je
faisais allusion tout à l'heure, est de
toute beauté et si les moyens d'y accé-
der étaient plus faciles — autrement
dit : si le chemin de fer passait à pro-
ximité — nul doute que chaque année
ces falaises de Flamanville ne fussent
visitées par de nombreux touristes.
Eh bien ! ce que je veux dire, c'est
qu'il n'est que temps d'intervenir si on
veut les sauver d'une destruction com-
plète. Elles tombent en ruine. Dès à
présent, on peut dire sans exagérer
qu'il n'en existe plus que des débris.
***
Moins bien partagées que leurs voi-
sines, les falaises de Jobourg, dont le
granit, paraît-il, est inutilisable, les
falaises de Flamanville sont faites d'un
granit superbe, essentiellement pro-
pre à constituer des parapets de quai
et des bordures de trottoirs. C'est ce
qui a cause leur perte.
Des hommes sont venus, se sont mis
à l'œuvre, ont attaqué, par le fer, par
le feu, le rocher colossal, et sont en
train de venir à bout de lui. A peu près
partout, des carrières ont été ouver-
tes, et tandis que la montagne était
ouverte par mille blessures, les débris
de granit s'amoncelaient le long des
pentes, obstruaient les passages, fai-
saient, en certains endroits, perdre
tout caractère au paysage, altérant ses
lignes, changeant en laideur ses subli-
mes beautés.
Ce matin encore on a fait, à la plus
importante des carrières actuellement
existantes — car beaucoup sont aban-
données — descendre un bloc de plus
de cent mille francs. L'opération avait
commencé hier matin. Le bloc sur le-
quel l'entrepreneur avait jeté son dé-
volu se trouvait à environ cinquante
mètres de hauteur, surplombant légè-
rement une muraille à pic. Des ou-
vriers, descendus du sommet de la
falaise à l'aide de cordes, se mirent à
la besogne, s'efforçant, d'abord, dé-
querrir, si l'on peut ainsi dire, le géant
dont ils méditaient l'écroulement, le
perçant de trous dans lesquels ils en-
fonçaient, à grands coups de marteau,
des coins de fer, lui arrachant d'é-
normes éclats qui dégringolaient, au
milieu d'un rejaillissement de pous-
sière, et rebondissaient au fond de la
carrière, sur les débris déjà épars.
Vers deux heures de l'après-midi,
ils résolurent d'employer la mine. La
poudre fut apportée — douze livres —
tassée, avec de la terre, au fond du
trou pratiqué derrière le bloc. L'entre-
preneur mit lui-même le feu à la mè-
che, cria : Gare à la mine ! et se dé-
pêcha de remonter avec la corde, en
haut de la falaise, tandis que les ou-
vriers évacuaient la carrière et que les
curieux gagnaient le large. Au bout de
quelques minutes, l'explosion se pro-
duisit, sourde, puissante, avec une
gerbe de fumée très noire et où rejail-
lisent de petites pierres dont quelques-
unes viennent tomber jusqu'aux pieds
des spectateurs.
Lorsque le nuage noir se fut dissipé,
on revint, on regarda. Sous la poussée
violente des gaz,le bloc avait été écarté
de la muraille à laquelle il s'adossait,
* Sur plombait maintenant de plus d'un
mètre, tenant encore. Il fallut manœu-
vrer le cric, opérer des pesées à l'aide
de longues barres de fer, attaquer ce
bloc par en-dessous, le réduire en lui
arrachant de nouveaux éclats, de fa-
çon à lui faire perdre son équilibre. A
sept heures, il penchait, il résistait
encore, vraiment très bien dans sa
résistance inerte aux efforts acharnés
contre lui. La pluie s'était mise à tom-
ber, Hne d'abord, à flots ensuite, cou-
vrant la mer d'une buée épaisse où
tout disparaissait. La nuit montait, in-
finiment triste. Les carriers, trempés
jusqu'aux os, et qui, debout sur ce
granit mouillé, risquaient une chute
terrible à chaque moment, abandonnè-
rent la partie, tandis que les curieux
s'enfuyaient sous l'averse.
***
Ce matin, à huit heures, par un
beau soleil, le bloc, sous une dernière
poussée victorieuse, a oscillé, s'est
écroulé. D'un bond énorme il a sauté
en bas, est venu rouler superbement,
écrasant tout, jusqu'au milieu de la
carrière, tandis que les ouvriers se
sauvaient éperdus
J'ai salué le géant abattu. Les vain-
queurs, deboqt, Hi-haiit, s'essuyaient
le front, paraissaiént tous petits. De
longs ruisseaux ds sable coulaient sur
le flanc de la muraille à pic; on eut dit
que c'était le sang de la montagne qui
coulait.
Où s'arrêtera cette destruction ? Elle
ne s'arrêtera point si l'on n'y met bon
ordre ; si les pouvoirs publics n'inter-
viennent. M. Beauquier, dans l'exposé
des motifs de sa proposition de loi, a
signalé un certain nombre de sites en
perdition; je lui demande d'ajouter à
son énumération les falaises de Fla-
manville. Sans doute, il est intéressant
d'avoir de beaux parapets de quai et
de" belles bordures de trottoirs, mais
la France ne doit-elle pas tenir à con-
server ses beautés naturelles ? Sans
compter que la destruction des falai-
ses présente plus d'un danger. La mer
continuellement ronge la terre ; en
supprimant les falaises,on lui ouvre la
route; c'est, chaque année, un peu de
la France qui s'en va.
Lucien Victor-Meunier.
4>
L'ACTION RUSSE EN ORIENT
.1 Que faut-il penser d'une note
publiée par l'Indépendance belge
relative à l'action actuelle des
puissances, et principalement de
la Russie, en Macédoine? Le
soin que prend l'Agence Havas
de nous transmettre cette note, — on en
trouvera le texte à notre rubrique : l'Insur-
rection en Macédoine — donnerait à croire
flue le rédacteur de l'Indépendance belge
s'appuiesur des renseignements sérieux.
Il ne s'agirait donc plus pour la Russie,
s'il fallait s'en référer à cette note, d'une
simple manifestation navale destinée à ac-
cuser son mécontentement de l'asssassinat
de son consul, mais d'une véritable opéra-
tion combinée d'ailleurs avec l'Autriche-
Hongrie et un peu avec l'Italie, d'une in-
tervention directe ayant pour but de régler,
militairement, la question soulevée par la
nouvelle insurrection de la Macédoine.
Le fait que l'Autriche-Hongrie coopère à
.l'action de la Russie, le fait que l'Italie y
assiste soit comme surveillante, soit comme
,participante, le fait que l'Angleterre a déjà
déclaré être disposée à considérer la Rus-
sie et l'Autriche-I-Iongr e comme les délé-
gués de l'Europe en la circonstance ; enfin
ie fait que la Russie n'a certainement pas
'fait partir son escadre sans aviser amicale-
ment le gouvernement francais et sans s'as-
surer de son acquiescement ; tout cela sem-
blerait bien établir que ce qui se prépare,
du côté des Balkans, est, dès à présent, ac-
cepté" par la majorité des cabinets euro-
péens,
Quoi qu'il en soiî, et la note de l'Indé-
pendance belge fût-elle inexacte, il n'en reste
pas moins que l'escadre russe est en route,
ainsi que l'escadre italienne, et que tous ces
navires ne se dérangent pas pour une pro-
menade sans but.
La question d'Orient est de nouveau po-
sée : beaucoup de pompiers sont prévenus
et ont pris position autour de ce foyer
'connu d'incendie ; et ce point est fait pour
rassurer, au moins relativement. Mais at-
tendons-nous à des incidents d'une certaine
importance.
VoiJ:' à la 3° page
les Dernières Dépêches
de la nuit
etrla Revue des Journaux
du matin
EN BRETAGNE
Nous recevons la communication suivante :
Ploërmel, 20 août.
Les journaux annoncent que 34 religieux
viennent d'être condamnés, par le tribunal cor-
rectionnel de Brest, à 25 et à 16 fr. d'amende
pour infraction à la loi sur les congrégations,
et que le jugement ordonne la fermeture de
leurs écoles dans le Finistère.
A ce propos, dans la région, on ne s'explique
pas pourquoi les congréganistes du Morbihan
sont laissés tranquilles, narguant, tout à leur
aise, et le gouvernement et la loi. Ils sont dans
le même cas que ceux du Finistère ; qu'on leur
applique donc la loi comme à ces derniers.
Cette façon d'avoir deux poids et deux mesures
énerve les républicains ; cette hésitation dans
l'action encourage les cléricaux, qui prétendent
que le gouvernement a peur. Les ordres don-
nés aux autorités du Morbihan ont dû être les
mêmes que ceux qu'ont reçus les magistrats du Fi-
nis tère. Et alors 1 on en tire malgré soi cettecon-
clusion que le gouvernement est trahi par ceux
qujil charge d'exécuter ses ordres. Il est temps
qu'on rappelle à leur devoir les fonctionnaires
félons, s'il s'en trouve,
On ne comprendra donc jamais en haut lieu
que le manque d'action est ce qui cause le plus
de mal à la République 1 Nous attendons des
actes. - Lebon Armei*
LES COLONIES
DE VACANCES
Les vacances des ouvriers. — Les va-
cances des enfants pauvres. — En
Suisse et à Paris. — Le séjour à
la campagne. — Ses effets sur la
santé physique et morale des
enfants. — Les résultats ob-
tenus. — Ce qui reste à faire.
Dans un précédent article, j'entretenais les
lecteurs du Rappel des vacances si ardemment
attendues, non pas seulement par les élèves,
mais par tous ceux qui peuvent aller chercher
au bord de la mer ou dans les montagnes un
repos qui semble nécessaire, indispensable,
après dix ou onze mois de travail continu. Et
cependant, malgré la facilité de plus en plus
grande des communications et la diminution
constante des prix de transport, la grande ma-
jorité de nos concitoyens ne peut encore jouir
de ces vacances dont nous nous passerions si
difficilement : les patrons d'abord ne tiennent
guère à accorder des congés de quinze, vingt
ou trente jours à leurs ouvriers : un jour par
semaine leur paraît plus que suffisant.
Et puis, quand bien même le patron se mon-
trerait généreux, l'ouvrier chargé de famille
ne pourrait pas profiter de cette générosité : ce
n'est pas sur des salaires de 3, 4 ou même 5,
francs qu'il pourra économiser pendant l'an-
née les sommes que nécessiterait un séjour à
la campagne. Il est donc condamné à passer
toute sa vie dans une usine empestée, devant
une forge brûlante ou au fond de la mine, sans
jamais pouvoir s'échapper de ces atmosphères
pénibles, aller respirer pendant quelque temps
un air vivifiant, reprendre pour la tâche quo-
tidienne de nouvelles forces physiques et ou-
blier les difficultés et les soucis de la lutte de
tous les jours dans la contemplation de la belle
nature, au milieu des prairies et des bois.
En attendant de meilleurs jours
Malheureusement, le jour n'est pas encore
arrivé où l'ouvrier, travailleur et économe
pourra, chaque année, quitter pendant quel-
ques semaines le lieu de son labeur et goûter
avec sa femme et ses enfants le doux plaisir
des vacances. Et ce n'est pas la charité privée
qui peut essayer de porter remède à cette si-
tuation I Elle serait impuissante, d'abord : les
frais qu'occasionneraient l'envoi et le séjour à
la campagne de familles entières seraient très
considérables, beaucoup trop considérables par
rapport aux souscriptions susceptibles d'être
recueillies ; et ensuite c'est mal connaître le
vrai travailleur que songer à lui « payer » des
congés ; l'ouvrier a bien plus d'amour-propre.
qu'on ne le suppose dans les hautes classes de
la société, et il entend vivre de son travail. et
non pas d'aumônes.
Les enfants pauvres à la campagne
C'est ce qu'ont très bien saisi les philanthro-
pes qui ont organisé cette admirable institu-
tion qui a pris le nom de « colonies de vacan-
ces ». Comprenant qu'il leur était impossible
de procurer quelques semaines de repos annuel
à tous les membres des familles pauvres, ils
ont sagement borné leur ambition; et commei
ce sont généralement les enfants qui souffrent
le plus de l'atmosphère viciée des villes, ils ont
eu la généreuse pensée de créer une œuvre qui
s'occuperait d'envoyer chaque année les plus
malingres d'entre eux faire un séjour à la cam-
pagne.
Les premières tentatives
La première tentative fut faite en 1876, par
un pasteur de Zurich, M. Bion, il choisit,
parmi ses élèves les plus pauvres et les plus
débiles, 34 garçons et 34 filles, et les installa,
pour les fortifier, chez des paysans du canton
d'Appenzell : l'œuvre se développa très rapi-
dement et en 1900, la ville de Zurich répartis-
sait 567 enfants entre douze colonies de va-
cances, où chacun d'eux passait trois semaines.
Bâle suivait l'exemple de Zurich en 1878;
Berne et Genève en 1879 ; puis Lucerne, Neuf-
châtel, Lausanne. De Suisse, le mouvement
s'étendait aux autres pays de l'Europe et par-
ticulièrement en France.
En 1881, « l'œuvre des Trois Semaines » était
organisée à Paris par un pasteur, M. Lorriaux ;
en 1882, l'on fondait, toujours à Paris, « l'œu-
vres des Colonies de vacances » qui est dirigée
aujourd'hui par Mlle Delassaux ;vers le même
moment, le conseil municipal permettait aux
municipalités et aux caisses des écoles d'affec-
ter à l'envoi d'enfants à la campagne les sub-
ventions destinées aux voyages scolaires; en
1889 il votait directement 45.000 francs pour
les colonies de vacances, et depuis, ce subside
a été augmenté plusieurs fois ; en 1902, il s'é-
levait à 200,000 francs, auxquels il convient-
d'ajouter plus de 110,000 francs fournis par les:
caisses des Ecoles ; avec ces 310 francs, on a,.
pu faire partir 5,329 enfants.
Mais ce chiffre, qui semble élevé, n'est rien
si l'on réfléchit que cette même année 1902, la
population des écoles communales de la Ville
de Paris était évaluée à 142.000 enfants, c'est
dire que la proportion des enfants qui bénéfi-
cient des colonies de vacances est encore bien
faible, et que de nouveaux efforts, de nouveaux
sacrifices doivent être faits pour développer
cette œuvre si nécessaire et si féconde.
Les effets salutaires du séjour à la
campagne
En effet, les progrès de la science médicale,
et notamment les travaux des Villemin, des
Pasteur, des Koch ont établi que les organis-
mes sains et forts résistaient bien mieux à la
maladie, aux « tentatives des microbes » que
les tempéraments faibles; ceux-ci abondent
surtout dans les grandes villes et dans les ag-
glomérations industrielles, particulièrement
dans la population infantile : « parqués » dans
d'étroits logements, presque toujours insalu-
bres, les enfants ne peuvent respirer le vo-
lume d'air pur nécessaire à leur croissance ;
l'anémie et la chlorose pâlissent encore davan-
tage leurs joues amaigries, et la tuberculose,
qui les guette sournoisement, ne tarde pas à
faire sa triste apparition. Il ne faut pas atten-
dre que celle-ci se déclare, car alors les chan
ces de guérison sont bien peu nombreuses;
mais il faut au contraire prévenir la maladie
et dans ce but développer sans cesse les colo-
nies de plein air pour les écoliers chétifs ; une
nourriture saine, des longues promenades à
travers les prés et les bois, l'air pur de la cam-
pagne rendent beaucoup plus réfractaire à la
contagion un organisme prédisposé à la tuber-
culose.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule santé physique
des jeunes citadins qui tire un grand profit du
séjour des champs. L'amélioration morale, qui
est constatée à leur retour, est considérable :
ils sont enlevés, au moment où la fermeture
des écoles les laisse libres de vagabonder toute
la journée, aux dangereuses fréquentations de
la ville, et quelquefois au mauvais milieu dans
lequel ils ne trouvent que des exemples démo-
ralisateurs.
Ils reçoivent enfin, pendant le temps qu'ils
passent dans cette campagne qu'ils connais-
saient peu, ou qu'ils ne connaissaient pas du
tout, d'excellentes leçons de choses; ils ap-
prennent tout ce que la généreuse nature four-
nit à l'homme; ils acquièrent des connaissan-
ces qu'ils auront l'occasion d'utiliser pendant
le cours de leur existence, et plusieurs d'entre
eux, séduits par la vie champêtre, rediront à
la ville bien décidés à devenir plus tard agri-
culteurs, comme les braves gens chez qui ils
ont passé de si bonnes vacances : en un temps
où les travailleurs dos champs émigrent de
plus en plus vers la ville, il ne faut négliger
aucun des moyens susceptibles de développer
les vocations, agricoles: ce point de vue, les
colonies de vacances peuvent produire d'excel-
lents résultats.
Le public français a parfaitement compris
l'utilité de ces colonies, et, depuis quelques
années, la province a suivi l'exemple de Paris :
il serait trop long de faire l'histoire de toutes
celles qui ont été créées dans notre pays ; je
me bornerai, dans un prochain article, à don-
ner quelques détails sur l'œuvre des « Enfants
à b. montagne de Saint-Etienne », et sur celle
des « Petits Toulousains aux Pyrénées ». —
François Viel.
LES VINGT-CINQ
Il y a parait-il vingt-cinq canailles qui font
marcher la Chambre, les ministres et tout
l'Etat, qui font vivre la France dans une at-
mosphère de cour d'assises, qui corrompent
ses poumons, son cerveau et son cœur, qui la
dépriment et la pervertissent, qui la rendent
impuissante et la conduisent sur le chemin de
la décadence et des désastres.
C'est du moins M. Desmoulins qui nous l'ap-
:prend dans le Gaulois. Le chiffre est précis.
:nous demandons à savoir les noms. La loyauté
:la plus élémentaire exige qu'on nous les livre.
Ces renégats ne sauraient rester impunis, s'ils
soat aussi coupables que M. Desmoalins veut
-bien le dire. Allons, un peu de courage, plu3
d'accusations anonymes, nous voulons connaî-
tre ces malfaiteurs dangereux.
Seraient-ce, par hasard les mêmes, dont
parle, toujours sans les désigner clairement,
M. Paul de Cassagnac lorsqu'il flétrit les ob-
curs scélérats qui n'ont d'autre but que de faire
:de la France l'esclave de l'Allemagne ou de
l'Angleterre?
M. de Cassagnac est de ces bonapartistes
fougueux qui oublient qu'une fois dans notre
histoire la France fut livrée à l'A ngleterre : ce
fut à Waterloo ; qu'une autre fois. elle fut li-
vrée à l'Allemagne, et ce fut à Sedan. Or il se
trouva que le nom des organisateurs de l'une
et de l'autre déroute fut Napoléon. Soyons donc
[tranquilles. Par bonheur, notre armée n'est
pas aux mains d'un Bonaparte, l'Angleterre
recherche notre alliance et l'Allemagne nous
craint.
Les traîtres dont parlent Y Autorité et le Gau-
lois n'ont qu'une existence factice. Et si éphé-
mère est cette existence imaginaire qu'il serait
bien impossible à M. Desmoulins et à M. de
Cassagnac d'apporter à leurs accusations quel-
que précision. Toutefois, nous attendons les:
'noms, et afin que satisfaction soit donnée à
rtous, nous demanderons que ceux qui complo-
tent contre la sûreté du pays soient traduits
devant la haute cour, avant d'être cloués au
pilori de l'histoire. — Charles Darcy.
— ♦
VŒU CONTRE VŒUX
Réélu président au conseil général des Vos-
ges, M. Méline a remplacé le discours d'usage
par une série de vœux. Inutile de dire que la
formule de ces vœux constitue une critique
amère de la politique actuellement suivie.
Comme tous les mécontents, M. Méline récri-
mine. Nous ne le suivrons pas sur ée terrain.
Nous nous bornerons à signaler dans l'exposé
:de ses souhaits une contradiction, et à opposer
à ses vœux un vœu unique.
La contradiction est celle-ci : M. Méline
émet le vœu « que la République ne soit ja-
mais la propriété d'une secte on d'un groupe».
Mais est-ce que M. Méline et ses amis ne re-
prochent pas sans cesse à la majorité d'être
composée d'éléments disparates ? Est-ce qu'ils
ne blâment pas sans cesse les radicaux de
marcher d'accord avec les socialistes ? Il fau
drait cependant s'entendre. S'il y a coalition,
il ne peut y avoir « propriété d'un groupe. »
Ajoutons, d'ailleurs, que nulle coalition ja-
mais ne fut plus légitime, plus honorable, en
même temps que plus nécessaire. Des hommes
de gouvernement et des révolutionnaires s'u-
nissent librement pour défendre contre l'en-
nemi commun la République menacée, voilà la
situation actuelle dans toute sa netteté et sa
sincérité.
Et ceci nous mène tout naturellement au
vœu que nous formulons en réponse à ceux de
M. Méline. Nous souhaitons qu'il ne se trouve
plus à l'avenir de républicains, ou soi-disant
tels, pour contracter alliance avec les ennemis
de la République.
On se rappelle ce qui s'est passé, lors de la
dernière élection sénatoriale, dans la Seine-
Inférieure: le candidat notoirement réaction-.
nake, antirépublicain, s'est désisté en faveur;
du « modéré », et celui-ci a été élu grâce aux
voix réactionnaires. Son devoir eut été de re-
fuser ces suffrages accordés par des ennemis,
de déclarer que, républicain, il ne voulait de-
voir son élection qu'à des républicains ; il ne
il'a pas fait. Nous souhaitons que de pareilles
compromissions,si éminemment préjudiciables
•aux grands intérêts du pays ne se reproduisent
pas.
Il y a quelques années, un gouvernement ré-
publicain s'est maintenu aux affaires en s'àp-
ipuyant sur la droite, en combattant toute une
!fraction du parti républicain. Nous souhaitons
iqne pareille attitude ne soit plus prise jamais
par aucun homme politique s'affirmant répu-
blicain.
Nous disons nettement à ceux qui se sont
réndus coupables de ces compromissions, de
ces actes de véritable trahison, que ce sont
eux les vrais, les seuls responsables des diffi-
cultés avec lesquelles nous sommes aux prises
Ce sont eux qui ont permis au péril clérical de
prendre les proportions que l'on sait ; ce sont
eux aussi, qui ont rendu indispensables les me-
sures de combat, de salut public, contre les-
quelles ils protestent vainement aujourd'hui.
Ce sont eux, les républicains infidèles à l'es-
prit républicain,à l'idée républicaine qui conS:
tituent encore l'obstacle contre lequel il faut
lutter. Que pourraient les vieux partis monar-
chistes, s'ils n'étaient soutenus, aidés Dar les
modérément républicains, par les faux-frères,
par ceux qui usurpent ce titre de républicains,
par ceux qui à leurs ambitions, à leur instinct,
à leurs rancunes, sacrifieront la République
elle-même ?
Nous formulons ce vœu : que ces faut répu-
blicains soient de moins en moins nombreux et
que tous les sincères, tous les loyaux servi-
teurs de l'armée républicaine viennent avec
nous combattre l'ennemi : la réaction. Nous di-
sons qu'il faut choisir, être ou bien avec la Ré-
publique ou bien avec la Réaction. Et nous re-
fusons à ceux qui restent avec la réaction le
droit de se dire républicains. — L. V.-M.
LE CHARBON DE GUERRE
(De notre correspondant particulier)
Londres, 20 août.
L'Amirauté a fait une commande supplé-
mentaire d'un million de tonnes de charbon,
ce combustible sera transporté dans les stations
de Gibraltar et de Malte. La Russie a acheté
ces tMaison anglaise à elle seule a conclu un traité
pour la livraison de 250,000 tonnes à l'ami-
zâuté russe i
LAFF4IREHUMBERT
DIXIÈME AUDIENCE
On patauge. - Le secret et le nom odieux. - Un nouveau ro
man. - Suite de la plaidoirie de M Labori. — Longues ré-
futations. — Le père de Thérèse. — Le rôle de Frédéric.
— Enfance studieuse. — Question d'état civil. - M. <
Gustave Humbert. — Encore les Crawford. — La
chance de M. Auzoux. — M. Dumort a vu les
titras. — Les achats d'immeubles et la
Rente Viagère. — M. Cattaui.
Nous pateaugeons ardemment dans l'in-
cohérence, le grotesque et l'odieux, et je
m'explique que le public — et je l'espère
les jurés — commence à trouver toutes ces
fanfaronadespar trop fortes et a prononcé le
mot fameux de Beaumarchais : Qui trompe-
ton ici ? Jusqu'à présent personne n'avait
fait attention aux divagations de la Grande
Thérèse et son secret paraissant exister
tout autant que le château de Marcotte.
Mais voici que 1\1) Labori lui même sans
prendre pour son compte le mystère qui
aurait entouré la naissance de sa cliente
croit cependant devoir en parler en termes
sybillins bien faits pour jeter le trouble
dans les esprits.
On ne causait et on ne pouvait que cau-
ser, avant l'ouverture de l'audience d'hier
que des déclarations de M. Labori sur les
cenfidcnces que lui a faites Mme Humbert
et en se portant garant en quelque sorte de
sa promesse de tout dire, de tout révéler,
à la fin des débats. La phrase de Me Labori:
« Supposez, messieurs les jurés, que les
Crawford portent un nom odieux, un nom
si odieux, que s'il vous était révélé, vous
en fussiez sur-le-champ bouleversés dans:
vos esprits et dans vos cœurs de citoyens
et de patriotes.., », cette phrase a fait un
bel effet, elle a eu un tel retentissement:
au dehors, qu'un mauvais roman est venu
; immédiatement se greffer sur les élucuhra-
tions abracadabrantes de ces jours derniers:
agrémenté de commentaires qui semblent
sortir de quelque cervelle de Bicètre.
Quel peut bien être ce nom odieux qui
s'il était connu ferait frémir et pâlir la Li-
gue des Patriotes?. Evidemment ce ne
:peut être que celui d'un traître. Les trai-;
tres sont relativement peu nombreux en
France. Alors cherchez, et on cherche. Un;
'de nos confrères a mis en avant celui d'un
personnage militaire historique et il l'a of-
fert tout chaud à ses lecteurs comme étant;
le père de la Grande Thérèse. Et ce nom
odieux était dans toutes les bouches, faisait
l'objet des réflexions les plus étourdissan-
tes. La salle des assises avait des échos 51
faire revivre le prodigieux Commerson de'
feu le Tintamarre.
La surexcitation des esprits paraît à son
comble et si Mme Humbert, comme Rose,
ne parle pas, elle peut s'attendre à une ex-
plosion d'hostilitésqu'ellepourrasoigneuse- :
ment noter si elle doit écrire ses mémoi-i
res. C'est que pendant dix grandes audien-:
ces elle aura berné son auditoire, et si co-
pieusement, qu'elle n'aura qu'à s'en pren-
dre à elle-même des huées qui lui cin-
glent la face. Mme Humbert doit faire ses;
confessions, dire tout aux jurés sous peine
de manquer à sa parole, mais encore de
mettre le galant homme qu'est son avocat;
dans une posture délicate. Elle parlera a
dit Me Labori. Mme Humbert ne peut plus
se dérober, les échappatoires ne sont plus i
possibles, il faut qu'elle s'exécute de bon-
nes grâce ou non !
Me Labori lui a d'ailleurs préparé les voies
dans sa magistrale plaidoirie de mercredi
où il a surtout discuté la question de droit,
les points de droit dans les questions dei
faux, remettant au lendemain l'étude des
faits au point de vue de l'escroquerie, co:
qui semble indiquer que le jeune maître en
a encore pour cinq ou six heures d'au-
dience.
Qui a organisé la comédie?
Mc Labori, dès l'ouverture de l'audience,
ne prend pas, d'ailleurs, les jurés et son
auditoire en traître. Il leur dit, en com-
mençant, qu'il a de très longues réfutations
à opposer à la thèse de l'avocat général et
il s'excuse d'avance d'imposer à tous tant
d'attention et de fatigues.
— Je me propose, dit en substance l'éminent
défenseur, de vous montrer que M. l'avocat
général a fait une œuvre d'imagination, non de.
vérité; que ni Mme Humbert ni son mari n'ont
menti sur les récits de l'héritage que l'on
a qualifiés de fables absurdes et qui cepen-
dant sont exacts.
Frédéric Humbert, considéré d'abord comme
le faible, le rêveur, le poète, qu'il est réelle-
ment, est devenu la cheville ouvrière do l'af-
faire. Dois-je vous dire que certains jours Mme
Humbert entrait dans le cabinet de son mari
avec des papiers pleins un drap, jetait ces pa-
piers à terre et Frédéric restait plusieurs jours
à examiuer cette paperasse. Frédéric Humbert
n'a pas été l'organisateur de ces procès multi-
ples. Tous les témoins vous l'ont dit. II n'inter-
venait que quand, comme mari, son interven-
tion éhit indispensable, Ni Frédéric Humbert
ni Mme Humbert, je le répète, n'ont eu l'ini-
tiative de l'affaire.
A l'appui de cette thèse, Me Labori donne
lecture de quelques dépositions à l'instruc-
tion et desquelles il résulte que dès l'en-
fance de Thérèse on disait dans le pays
d'Aussonne que son père serait un jour fort
riche et que M. Daurignac père colportait
lui-même le bruit que ses enfants seraient
un jour en possession d'une grande for-
tune.
Le père de Thérèse était un brave
homme
La lecture de ces dépositions terminée,
Me Labori ajoute j
Par conséquent, vous le voyez, messieurs,
; C'est quand Thérèse est une enfant qu'il est
.déjà question tout à la fois d'un héritage im-
portant et de procès. Quant à la situation en
elle-même de la famille Daurignno, 11 no fau-
drait pas se faire illusion. Dans le réquisitoire
définitif, on expose que dans la ferme d'OEil-
let, on a va Thérèse Humbert courir les pieds
nus. C'est inexact. Œillet est un château qui a
coûté 85,000 francs et qui est entouré de vi-
gnes. Il faut rappeler les origines de M. Dau-.
rignac père, reconnu, à trente-neuf ans, par
une dame Doyen. En dehors des origines mys-
térieuses de la famille, les Daurignac ne sont
pas dans le dénuement. Loin de là. Il y avait
des institutrices à OEillet.
Les débats ont prouvé que Mme Humbert
est une femma du monde. Elle l'est infiniment,
Il n'est pas possioie que cela vous eût échappée
On naît femme d'esprit, on devient femme du
monde. Les Daurignac étaient donc desehâte-
lains, des châtelains gênés peut-être par leur
train de vie, mais sachant qu'un jour ils se-
raient riches. Quand Thérèse Humbert vien-
dra à Paris, son père l'y suivra. Il jouera un
rôle dans la vie - de sa famille. Ou'est-cft rlrw
- - - - -- .-.-
que M. Daurignac père ? Un agent matrimo-
nial r.., 0
Mme Humbert proteste avec raison. Ce qui
est certain,c'est que de l'aveu de tous,M.Dauri-
gnac père était un brave homme, très ancien
régime, esprit crédule, léger de cerveau, en
tout cas incapable de mener de toutes pièces
une affaire comme celle dont il s'agit ici. On
n expliquera pas une pareille entreprise par
les illusions d'un vieillard affaibli. L'oeuvre est'
parfaite à la base. Quel en est l'auteur ? Ce ne,
peut être ni M. Daurignac père ni Mme Hum-;
bert. Il est établi naturellement que c'est quand
elle faisait les premiers pas qu'elle a entendll;
parler do la fortune et des procès. Frédéric.
lui, comment aurait-il organisé l'entreprise
au'il ignorait?
Frédéric n'est ni dupe ni complice j
Le défenseur s'élève ici contre les afnr-
mations de M. Blondel qui a présenté.'
Frédéric Humbert comme la cheville ou-
vrière de l'affaire.
— Je vais vous démontrer messieurs les jurés
qu'au début de l'affaire, Frédéric Humbert n'a
été ni dupe ni complice. On croit à la cul-,
pabilité do Thérèse. Or, je vous ai déjà dé-
montré qu'elle était dans l'impossibilité de
combiner une aussi colossale entrenrise.
Que sont, en 1880, Thérèse et Frédéric ? Thé-
rèse était alors une femme charmante, douce,
bonne, bien élevée, économe. Frédéric était
un jeune homme plein d'avenir. Son père oc-
cupait déjà un des emolois les plus importants
de la République: il était sénateur et procureur
général près la cour des comptes, gagnait
40,000 f r.
Et ce jeune homme, qui voyait s'ouvrir de-!
vant lui la vie la plus facile et la plus honora-:
ble, se serait jeté dans l'ééola du faux et do
l'escroquerie! Allons donc, c'est impossible.
Frédéric est chétif, délicat, adoré de ses père
et mère; il apprend le latin auprès d'un vieux,
régent de province et il l'apprend bien, avec uni
maitre ne s occupant que de lui, le retenant s
bien que, dans sa prison, il lit un Ovide, un ,
vieil Horace. Il trompe sa solitude en tradui-i
sant des vers latins.
Au collège, il subit les brimades, il est la
premier en tout, sauf en mathématiques. Ili
avait une intelligence de premier ordre, c'est!
un tendre, un rêveur artiste ; il fait des verai'
délicats et tendres.
Il est l'élève du peintre Roybet et au Salon
obtient une médaille d'or. Le dus de Malbou-'
rough lui offre 20.000 fr. pour un tableau re-
présentant Louis XIII et Mme de Hautefort.
Voilà le jeune homme de vingt ans, un en-,
fant auquel on prête les plus louches, les plus
extraordinaires combinaisons, les combinai-;
sons les plus fantastiques de cette formidabl6
escroquerie. Il faut bien convenir que si dèaj
1878 il y a ou tromperie, Thérèse et Frédéric
en sont les premières victimes.
Deux actes de naissance de Thèrèaa j
Me Labori aborde ici les deux actes dtt:
naissance qui s'appliqueraient à Thérèse.
d'après la déposition de Mme Parayre et il,
signale un détail qui, dit-il, a peut-être?
échappé à l'avocat général :
- Pour moi ce détail a une valeur considé-t
rable dans ce procès ; c'est qu'il est évidentJ
que Marie-Thérèse Humbert n'a pas été mariéei
à Beauzelle aves un acte de l'état civil qu'o
lui prête, et je vais vous en donner la preuvf
Voici, on effet, son acte de mariage, il est an
dossier :
« Extrait des registres de la commune de Beau-'
« zelle, arrondissement de Toulouse
« L'an mil huit cent soixante-dix-huit et 1ft
sept septembre, à dix heures du matin pa
devant nous, Marty Bernard, adjoint au maire
etc. Ont comparu : Frédéric Humbert, .etc.j
et demoiselle Marie-Thérèse Daurignac, née &
Aussonne (Haute-Garonne), le 10 septembre
1856 ainsi qu'il résulte de l'extrait en form
qu'elle nous a remis, fille majeure de M. Guil-t
laume - Auguste Daurignac, rentier, âgé d
soixante-dix-huit ans, demeurant avec sa filler
à Toulouse, et de Mme Marie-Lucie Capella
décédée, procédant avec le consentement def
son père. » 1
Ainsi, vous le voyez, mariage de Frédéric
avec Thérèse Daurignac, née à Aussonne le tÔ
septembre 1856. Or, messieurs, au dossier e
trouve l'acte de l'état civil, l'extrait de ilai
sance de Mme Humbert, ouvrons-le, regarda
le : j'y vois que Mlle Marie-Thérèse Daurigna
est née à Aussonne non pas le 10 septembi*
1856, m.is bien le onzième jour du mois dap
septembre de l'an 1855. Contradiction absolue^
J'en ai fait l'observation. i
L'avocat général. — Pardon vous savez quo
nous avons cherché à la date du 10 septembre
1856, et qu'il n'y en a pas à cette date. ;
M° Labori. — En effet, c'est qui m'intér
Le fait a paru négligeable à l'accusation, et j
ne crois pas me tromper en disant que lorsqu
j'en ai parlé, sinon à M. l'avocat général, dut
moins à l'honorable greffier qui l'assistait, ces
honorable fonctionnaire m'a dit : « Oh f cet
n'a pas d'importance ; nous avons bien rema
qué cela ; mais cela tient évidemment à ce qui
Mme Humbert a voulu se rajeunir 1 »
Me Labori fait en outre remarquer qua(
non seulement au lieu du 21 septembre
1855, c'est le 10 septembre 1856 que serait!
née Thérèse, mais qu'au lieu que la mèr
de sa cliente soit qualifiée Rose-Louise Ca
pilla, elle est qualifiée de Marie-Lucie Ca
pilla. Et il demande aux jurés s'ils nq
trouvent pas qu'il y a beaucoup de faux
dans l'affaire ?. Ce qui est certain, d'après
le défenseur, c'est que l'acte d état-civil
présenté aux jurés n'est pas celui qui ap-^
partient à Mme Humbert.
M. Gustave Humbert
M" Labori s'occupe ici de la famille liuw
- - -.- - —..
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Le Numéro CINQ CENTIMES
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Ne 12216. — Samedi 22 Août 1903
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NOS LEADERS
LES FALAISES
C'est à notre excellent confrère et
ami, Charles Beauquier, député du
Doubs, auteur d'une proposition de loi
avant pour objet la protection des
beautés naturelles de la France, que je
dédie le présent article.
Un livre paru il y a quelque cin-
quante ans, ouvrage d'un normand
amoureux de son pays, signalait les
falaises de Flamanville comme une des
merveilles de la côte-ouest du dépar-
tement de la Manche. Ces falaises, im-
mense bloc granitique, s'étendent de la
baie de Vauville à l'anse du Sciotot, sur
un développement de plus de quinze
kilomètres. Leur hauteur maxima est
de cent mètres. Au point culminant se
trouve le sémaphore d'où l'on décou-
vre un panorama superbe, Devant soi,
on a la mer, que bossuent, plus ou
moins distinctes selon l'état de l'at-
mosphère, les^roeirers Ecrchou,
l'ile de Jersey, les îles de Serk et de
Herm, — celles-ci cachant Guernesey
— enfin l'île d'Aurigny. Au sud, la vue
gst barrée par le cap de Casteret, au
nord par le nez de Jobourg, dont l'é-
peron gigantesque s'avance au loin
dans les flots. Si l'on se retourne, on
admire les vertes campagnes, s'en al-
lant, de vallonnements en vallonne-
ment, à l'infini.
Dans ces falaises s'ouvrent au ras de
l'eau, des grottes et des cavernes d'un
puissant intérêt ; des recoins char-
mants s'y rencontrent, comme la mi-
nuscule anse de Biédal, oasis de sable
fin au milieu des rochers noirs et ter-
ribles ; des abîmes effrayants, vertigi-
neux, s'y creusent, comme l'endroit
connu dans le pays sous le nom de
« ruisseau des Trois-Fontaines. » Le
« site », pour employer l'expression
même dont s'est servi M. Beauquier
dans la proposition de loi à laquelle je
faisais allusion tout à l'heure, est de
toute beauté et si les moyens d'y accé-
der étaient plus faciles — autrement
dit : si le chemin de fer passait à pro-
ximité — nul doute que chaque année
ces falaises de Flamanville ne fussent
visitées par de nombreux touristes.
Eh bien ! ce que je veux dire, c'est
qu'il n'est que temps d'intervenir si on
veut les sauver d'une destruction com-
plète. Elles tombent en ruine. Dès à
présent, on peut dire sans exagérer
qu'il n'en existe plus que des débris.
***
Moins bien partagées que leurs voi-
sines, les falaises de Jobourg, dont le
granit, paraît-il, est inutilisable, les
falaises de Flamanville sont faites d'un
granit superbe, essentiellement pro-
pre à constituer des parapets de quai
et des bordures de trottoirs. C'est ce
qui a cause leur perte.
Des hommes sont venus, se sont mis
à l'œuvre, ont attaqué, par le fer, par
le feu, le rocher colossal, et sont en
train de venir à bout de lui. A peu près
partout, des carrières ont été ouver-
tes, et tandis que la montagne était
ouverte par mille blessures, les débris
de granit s'amoncelaient le long des
pentes, obstruaient les passages, fai-
saient, en certains endroits, perdre
tout caractère au paysage, altérant ses
lignes, changeant en laideur ses subli-
mes beautés.
Ce matin encore on a fait, à la plus
importante des carrières actuellement
existantes — car beaucoup sont aban-
données — descendre un bloc de plus
de cent mille francs. L'opération avait
commencé hier matin. Le bloc sur le-
quel l'entrepreneur avait jeté son dé-
volu se trouvait à environ cinquante
mètres de hauteur, surplombant légè-
rement une muraille à pic. Des ou-
vriers, descendus du sommet de la
falaise à l'aide de cordes, se mirent à
la besogne, s'efforçant, d'abord, dé-
querrir, si l'on peut ainsi dire, le géant
dont ils méditaient l'écroulement, le
perçant de trous dans lesquels ils en-
fonçaient, à grands coups de marteau,
des coins de fer, lui arrachant d'é-
normes éclats qui dégringolaient, au
milieu d'un rejaillissement de pous-
sière, et rebondissaient au fond de la
carrière, sur les débris déjà épars.
Vers deux heures de l'après-midi,
ils résolurent d'employer la mine. La
poudre fut apportée — douze livres —
tassée, avec de la terre, au fond du
trou pratiqué derrière le bloc. L'entre-
preneur mit lui-même le feu à la mè-
che, cria : Gare à la mine ! et se dé-
pêcha de remonter avec la corde, en
haut de la falaise, tandis que les ou-
vriers évacuaient la carrière et que les
curieux gagnaient le large. Au bout de
quelques minutes, l'explosion se pro-
duisit, sourde, puissante, avec une
gerbe de fumée très noire et où rejail-
lisent de petites pierres dont quelques-
unes viennent tomber jusqu'aux pieds
des spectateurs.
Lorsque le nuage noir se fut dissipé,
on revint, on regarda. Sous la poussée
violente des gaz,le bloc avait été écarté
de la muraille à laquelle il s'adossait,
* Sur plombait maintenant de plus d'un
mètre, tenant encore. Il fallut manœu-
vrer le cric, opérer des pesées à l'aide
de longues barres de fer, attaquer ce
bloc par en-dessous, le réduire en lui
arrachant de nouveaux éclats, de fa-
çon à lui faire perdre son équilibre. A
sept heures, il penchait, il résistait
encore, vraiment très bien dans sa
résistance inerte aux efforts acharnés
contre lui. La pluie s'était mise à tom-
ber, Hne d'abord, à flots ensuite, cou-
vrant la mer d'une buée épaisse où
tout disparaissait. La nuit montait, in-
finiment triste. Les carriers, trempés
jusqu'aux os, et qui, debout sur ce
granit mouillé, risquaient une chute
terrible à chaque moment, abandonnè-
rent la partie, tandis que les curieux
s'enfuyaient sous l'averse.
***
Ce matin, à huit heures, par un
beau soleil, le bloc, sous une dernière
poussée victorieuse, a oscillé, s'est
écroulé. D'un bond énorme il a sauté
en bas, est venu rouler superbement,
écrasant tout, jusqu'au milieu de la
carrière, tandis que les ouvriers se
sauvaient éperdus
J'ai salué le géant abattu. Les vain-
queurs, deboqt, Hi-haiit, s'essuyaient
le front, paraissaiént tous petits. De
longs ruisseaux ds sable coulaient sur
le flanc de la muraille à pic; on eut dit
que c'était le sang de la montagne qui
coulait.
Où s'arrêtera cette destruction ? Elle
ne s'arrêtera point si l'on n'y met bon
ordre ; si les pouvoirs publics n'inter-
viennent. M. Beauquier, dans l'exposé
des motifs de sa proposition de loi, a
signalé un certain nombre de sites en
perdition; je lui demande d'ajouter à
son énumération les falaises de Fla-
manville. Sans doute, il est intéressant
d'avoir de beaux parapets de quai et
de" belles bordures de trottoirs, mais
la France ne doit-elle pas tenir à con-
server ses beautés naturelles ? Sans
compter que la destruction des falai-
ses présente plus d'un danger. La mer
continuellement ronge la terre ; en
supprimant les falaises,on lui ouvre la
route; c'est, chaque année, un peu de
la France qui s'en va.
Lucien Victor-Meunier.
4>
L'ACTION RUSSE EN ORIENT
.1 Que faut-il penser d'une note
publiée par l'Indépendance belge
relative à l'action actuelle des
puissances, et principalement de
la Russie, en Macédoine? Le
soin que prend l'Agence Havas
de nous transmettre cette note, — on en
trouvera le texte à notre rubrique : l'Insur-
rection en Macédoine — donnerait à croire
flue le rédacteur de l'Indépendance belge
s'appuiesur des renseignements sérieux.
Il ne s'agirait donc plus pour la Russie,
s'il fallait s'en référer à cette note, d'une
simple manifestation navale destinée à ac-
cuser son mécontentement de l'asssassinat
de son consul, mais d'une véritable opéra-
tion combinée d'ailleurs avec l'Autriche-
Hongrie et un peu avec l'Italie, d'une in-
tervention directe ayant pour but de régler,
militairement, la question soulevée par la
nouvelle insurrection de la Macédoine.
Le fait que l'Autriche-Hongrie coopère à
.l'action de la Russie, le fait que l'Italie y
assiste soit comme surveillante, soit comme
,participante, le fait que l'Angleterre a déjà
déclaré être disposée à considérer la Rus-
sie et l'Autriche-I-Iongr e comme les délé-
gués de l'Europe en la circonstance ; enfin
ie fait que la Russie n'a certainement pas
'fait partir son escadre sans aviser amicale-
ment le gouvernement francais et sans s'as-
surer de son acquiescement ; tout cela sem-
blerait bien établir que ce qui se prépare,
du côté des Balkans, est, dès à présent, ac-
cepté" par la majorité des cabinets euro-
péens,
Quoi qu'il en soiî, et la note de l'Indé-
pendance belge fût-elle inexacte, il n'en reste
pas moins que l'escadre russe est en route,
ainsi que l'escadre italienne, et que tous ces
navires ne se dérangent pas pour une pro-
menade sans but.
La question d'Orient est de nouveau po-
sée : beaucoup de pompiers sont prévenus
et ont pris position autour de ce foyer
'connu d'incendie ; et ce point est fait pour
rassurer, au moins relativement. Mais at-
tendons-nous à des incidents d'une certaine
importance.
VoiJ:' à la 3° page
les Dernières Dépêches
de la nuit
etrla Revue des Journaux
du matin
EN BRETAGNE
Nous recevons la communication suivante :
Ploërmel, 20 août.
Les journaux annoncent que 34 religieux
viennent d'être condamnés, par le tribunal cor-
rectionnel de Brest, à 25 et à 16 fr. d'amende
pour infraction à la loi sur les congrégations,
et que le jugement ordonne la fermeture de
leurs écoles dans le Finistère.
A ce propos, dans la région, on ne s'explique
pas pourquoi les congréganistes du Morbihan
sont laissés tranquilles, narguant, tout à leur
aise, et le gouvernement et la loi. Ils sont dans
le même cas que ceux du Finistère ; qu'on leur
applique donc la loi comme à ces derniers.
Cette façon d'avoir deux poids et deux mesures
énerve les républicains ; cette hésitation dans
l'action encourage les cléricaux, qui prétendent
que le gouvernement a peur. Les ordres don-
nés aux autorités du Morbihan ont dû être les
mêmes que ceux qu'ont reçus les magistrats du Fi-
nis tère. Et alors 1 on en tire malgré soi cettecon-
clusion que le gouvernement est trahi par ceux
qujil charge d'exécuter ses ordres. Il est temps
qu'on rappelle à leur devoir les fonctionnaires
félons, s'il s'en trouve,
On ne comprendra donc jamais en haut lieu
que le manque d'action est ce qui cause le plus
de mal à la République 1 Nous attendons des
actes. - Lebon Armei*
LES COLONIES
DE VACANCES
Les vacances des ouvriers. — Les va-
cances des enfants pauvres. — En
Suisse et à Paris. — Le séjour à
la campagne. — Ses effets sur la
santé physique et morale des
enfants. — Les résultats ob-
tenus. — Ce qui reste à faire.
Dans un précédent article, j'entretenais les
lecteurs du Rappel des vacances si ardemment
attendues, non pas seulement par les élèves,
mais par tous ceux qui peuvent aller chercher
au bord de la mer ou dans les montagnes un
repos qui semble nécessaire, indispensable,
après dix ou onze mois de travail continu. Et
cependant, malgré la facilité de plus en plus
grande des communications et la diminution
constante des prix de transport, la grande ma-
jorité de nos concitoyens ne peut encore jouir
de ces vacances dont nous nous passerions si
difficilement : les patrons d'abord ne tiennent
guère à accorder des congés de quinze, vingt
ou trente jours à leurs ouvriers : un jour par
semaine leur paraît plus que suffisant.
Et puis, quand bien même le patron se mon-
trerait généreux, l'ouvrier chargé de famille
ne pourrait pas profiter de cette générosité : ce
n'est pas sur des salaires de 3, 4 ou même 5,
francs qu'il pourra économiser pendant l'an-
née les sommes que nécessiterait un séjour à
la campagne. Il est donc condamné à passer
toute sa vie dans une usine empestée, devant
une forge brûlante ou au fond de la mine, sans
jamais pouvoir s'échapper de ces atmosphères
pénibles, aller respirer pendant quelque temps
un air vivifiant, reprendre pour la tâche quo-
tidienne de nouvelles forces physiques et ou-
blier les difficultés et les soucis de la lutte de
tous les jours dans la contemplation de la belle
nature, au milieu des prairies et des bois.
En attendant de meilleurs jours
Malheureusement, le jour n'est pas encore
arrivé où l'ouvrier, travailleur et économe
pourra, chaque année, quitter pendant quel-
ques semaines le lieu de son labeur et goûter
avec sa femme et ses enfants le doux plaisir
des vacances. Et ce n'est pas la charité privée
qui peut essayer de porter remède à cette si-
tuation I Elle serait impuissante, d'abord : les
frais qu'occasionneraient l'envoi et le séjour à
la campagne de familles entières seraient très
considérables, beaucoup trop considérables par
rapport aux souscriptions susceptibles d'être
recueillies ; et ensuite c'est mal connaître le
vrai travailleur que songer à lui « payer » des
congés ; l'ouvrier a bien plus d'amour-propre.
qu'on ne le suppose dans les hautes classes de
la société, et il entend vivre de son travail. et
non pas d'aumônes.
Les enfants pauvres à la campagne
C'est ce qu'ont très bien saisi les philanthro-
pes qui ont organisé cette admirable institu-
tion qui a pris le nom de « colonies de vacan-
ces ». Comprenant qu'il leur était impossible
de procurer quelques semaines de repos annuel
à tous les membres des familles pauvres, ils
ont sagement borné leur ambition; et commei
ce sont généralement les enfants qui souffrent
le plus de l'atmosphère viciée des villes, ils ont
eu la généreuse pensée de créer une œuvre qui
s'occuperait d'envoyer chaque année les plus
malingres d'entre eux faire un séjour à la cam-
pagne.
Les premières tentatives
La première tentative fut faite en 1876, par
un pasteur de Zurich, M. Bion, il choisit,
parmi ses élèves les plus pauvres et les plus
débiles, 34 garçons et 34 filles, et les installa,
pour les fortifier, chez des paysans du canton
d'Appenzell : l'œuvre se développa très rapi-
dement et en 1900, la ville de Zurich répartis-
sait 567 enfants entre douze colonies de va-
cances, où chacun d'eux passait trois semaines.
Bâle suivait l'exemple de Zurich en 1878;
Berne et Genève en 1879 ; puis Lucerne, Neuf-
châtel, Lausanne. De Suisse, le mouvement
s'étendait aux autres pays de l'Europe et par-
ticulièrement en France.
En 1881, « l'œuvre des Trois Semaines » était
organisée à Paris par un pasteur, M. Lorriaux ;
en 1882, l'on fondait, toujours à Paris, « l'œu-
vres des Colonies de vacances » qui est dirigée
aujourd'hui par Mlle Delassaux ;vers le même
moment, le conseil municipal permettait aux
municipalités et aux caisses des écoles d'affec-
ter à l'envoi d'enfants à la campagne les sub-
ventions destinées aux voyages scolaires; en
1889 il votait directement 45.000 francs pour
les colonies de vacances, et depuis, ce subside
a été augmenté plusieurs fois ; en 1902, il s'é-
levait à 200,000 francs, auxquels il convient-
d'ajouter plus de 110,000 francs fournis par les:
caisses des Ecoles ; avec ces 310 francs, on a,.
pu faire partir 5,329 enfants.
Mais ce chiffre, qui semble élevé, n'est rien
si l'on réfléchit que cette même année 1902, la
population des écoles communales de la Ville
de Paris était évaluée à 142.000 enfants, c'est
dire que la proportion des enfants qui bénéfi-
cient des colonies de vacances est encore bien
faible, et que de nouveaux efforts, de nouveaux
sacrifices doivent être faits pour développer
cette œuvre si nécessaire et si féconde.
Les effets salutaires du séjour à la
campagne
En effet, les progrès de la science médicale,
et notamment les travaux des Villemin, des
Pasteur, des Koch ont établi que les organis-
mes sains et forts résistaient bien mieux à la
maladie, aux « tentatives des microbes » que
les tempéraments faibles; ceux-ci abondent
surtout dans les grandes villes et dans les ag-
glomérations industrielles, particulièrement
dans la population infantile : « parqués » dans
d'étroits logements, presque toujours insalu-
bres, les enfants ne peuvent respirer le vo-
lume d'air pur nécessaire à leur croissance ;
l'anémie et la chlorose pâlissent encore davan-
tage leurs joues amaigries, et la tuberculose,
qui les guette sournoisement, ne tarde pas à
faire sa triste apparition. Il ne faut pas atten-
dre que celle-ci se déclare, car alors les chan
ces de guérison sont bien peu nombreuses;
mais il faut au contraire prévenir la maladie
et dans ce but développer sans cesse les colo-
nies de plein air pour les écoliers chétifs ; une
nourriture saine, des longues promenades à
travers les prés et les bois, l'air pur de la cam-
pagne rendent beaucoup plus réfractaire à la
contagion un organisme prédisposé à la tuber-
culose.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule santé physique
des jeunes citadins qui tire un grand profit du
séjour des champs. L'amélioration morale, qui
est constatée à leur retour, est considérable :
ils sont enlevés, au moment où la fermeture
des écoles les laisse libres de vagabonder toute
la journée, aux dangereuses fréquentations de
la ville, et quelquefois au mauvais milieu dans
lequel ils ne trouvent que des exemples démo-
ralisateurs.
Ils reçoivent enfin, pendant le temps qu'ils
passent dans cette campagne qu'ils connais-
saient peu, ou qu'ils ne connaissaient pas du
tout, d'excellentes leçons de choses; ils ap-
prennent tout ce que la généreuse nature four-
nit à l'homme; ils acquièrent des connaissan-
ces qu'ils auront l'occasion d'utiliser pendant
le cours de leur existence, et plusieurs d'entre
eux, séduits par la vie champêtre, rediront à
la ville bien décidés à devenir plus tard agri-
culteurs, comme les braves gens chez qui ils
ont passé de si bonnes vacances : en un temps
où les travailleurs dos champs émigrent de
plus en plus vers la ville, il ne faut négliger
aucun des moyens susceptibles de développer
les vocations, agricoles: ce point de vue, les
colonies de vacances peuvent produire d'excel-
lents résultats.
Le public français a parfaitement compris
l'utilité de ces colonies, et, depuis quelques
années, la province a suivi l'exemple de Paris :
il serait trop long de faire l'histoire de toutes
celles qui ont été créées dans notre pays ; je
me bornerai, dans un prochain article, à don-
ner quelques détails sur l'œuvre des « Enfants
à b. montagne de Saint-Etienne », et sur celle
des « Petits Toulousains aux Pyrénées ». —
François Viel.
LES VINGT-CINQ
Il y a parait-il vingt-cinq canailles qui font
marcher la Chambre, les ministres et tout
l'Etat, qui font vivre la France dans une at-
mosphère de cour d'assises, qui corrompent
ses poumons, son cerveau et son cœur, qui la
dépriment et la pervertissent, qui la rendent
impuissante et la conduisent sur le chemin de
la décadence et des désastres.
C'est du moins M. Desmoulins qui nous l'ap-
:prend dans le Gaulois. Le chiffre est précis.
:nous demandons à savoir les noms. La loyauté
:la plus élémentaire exige qu'on nous les livre.
Ces renégats ne sauraient rester impunis, s'ils
soat aussi coupables que M. Desmoalins veut
-bien le dire. Allons, un peu de courage, plu3
d'accusations anonymes, nous voulons connaî-
tre ces malfaiteurs dangereux.
Seraient-ce, par hasard les mêmes, dont
parle, toujours sans les désigner clairement,
M. Paul de Cassagnac lorsqu'il flétrit les ob-
curs scélérats qui n'ont d'autre but que de faire
:de la France l'esclave de l'Allemagne ou de
l'Angleterre?
M. de Cassagnac est de ces bonapartistes
fougueux qui oublient qu'une fois dans notre
histoire la France fut livrée à l'A ngleterre : ce
fut à Waterloo ; qu'une autre fois. elle fut li-
vrée à l'Allemagne, et ce fut à Sedan. Or il se
trouva que le nom des organisateurs de l'une
et de l'autre déroute fut Napoléon. Soyons donc
[tranquilles. Par bonheur, notre armée n'est
pas aux mains d'un Bonaparte, l'Angleterre
recherche notre alliance et l'Allemagne nous
craint.
Les traîtres dont parlent Y Autorité et le Gau-
lois n'ont qu'une existence factice. Et si éphé-
mère est cette existence imaginaire qu'il serait
bien impossible à M. Desmoulins et à M. de
Cassagnac d'apporter à leurs accusations quel-
que précision. Toutefois, nous attendons les:
'noms, et afin que satisfaction soit donnée à
rtous, nous demanderons que ceux qui complo-
tent contre la sûreté du pays soient traduits
devant la haute cour, avant d'être cloués au
pilori de l'histoire. — Charles Darcy.
— ♦
VŒU CONTRE VŒUX
Réélu président au conseil général des Vos-
ges, M. Méline a remplacé le discours d'usage
par une série de vœux. Inutile de dire que la
formule de ces vœux constitue une critique
amère de la politique actuellement suivie.
Comme tous les mécontents, M. Méline récri-
mine. Nous ne le suivrons pas sur ée terrain.
Nous nous bornerons à signaler dans l'exposé
:de ses souhaits une contradiction, et à opposer
à ses vœux un vœu unique.
La contradiction est celle-ci : M. Méline
émet le vœu « que la République ne soit ja-
mais la propriété d'une secte on d'un groupe».
Mais est-ce que M. Méline et ses amis ne re-
prochent pas sans cesse à la majorité d'être
composée d'éléments disparates ? Est-ce qu'ils
ne blâment pas sans cesse les radicaux de
marcher d'accord avec les socialistes ? Il fau
drait cependant s'entendre. S'il y a coalition,
il ne peut y avoir « propriété d'un groupe. »
Ajoutons, d'ailleurs, que nulle coalition ja-
mais ne fut plus légitime, plus honorable, en
même temps que plus nécessaire. Des hommes
de gouvernement et des révolutionnaires s'u-
nissent librement pour défendre contre l'en-
nemi commun la République menacée, voilà la
situation actuelle dans toute sa netteté et sa
sincérité.
Et ceci nous mène tout naturellement au
vœu que nous formulons en réponse à ceux de
M. Méline. Nous souhaitons qu'il ne se trouve
plus à l'avenir de républicains, ou soi-disant
tels, pour contracter alliance avec les ennemis
de la République.
On se rappelle ce qui s'est passé, lors de la
dernière élection sénatoriale, dans la Seine-
Inférieure: le candidat notoirement réaction-.
nake, antirépublicain, s'est désisté en faveur;
du « modéré », et celui-ci a été élu grâce aux
voix réactionnaires. Son devoir eut été de re-
fuser ces suffrages accordés par des ennemis,
de déclarer que, républicain, il ne voulait de-
voir son élection qu'à des républicains ; il ne
il'a pas fait. Nous souhaitons que de pareilles
compromissions,si éminemment préjudiciables
•aux grands intérêts du pays ne se reproduisent
pas.
Il y a quelques années, un gouvernement ré-
publicain s'est maintenu aux affaires en s'àp-
ipuyant sur la droite, en combattant toute une
!fraction du parti républicain. Nous souhaitons
iqne pareille attitude ne soit plus prise jamais
par aucun homme politique s'affirmant répu-
blicain.
Nous disons nettement à ceux qui se sont
réndus coupables de ces compromissions, de
ces actes de véritable trahison, que ce sont
eux les vrais, les seuls responsables des diffi-
cultés avec lesquelles nous sommes aux prises
Ce sont eux qui ont permis au péril clérical de
prendre les proportions que l'on sait ; ce sont
eux aussi, qui ont rendu indispensables les me-
sures de combat, de salut public, contre les-
quelles ils protestent vainement aujourd'hui.
Ce sont eux, les républicains infidèles à l'es-
prit républicain,à l'idée républicaine qui conS:
tituent encore l'obstacle contre lequel il faut
lutter. Que pourraient les vieux partis monar-
chistes, s'ils n'étaient soutenus, aidés Dar les
modérément républicains, par les faux-frères,
par ceux qui usurpent ce titre de républicains,
par ceux qui à leurs ambitions, à leur instinct,
à leurs rancunes, sacrifieront la République
elle-même ?
Nous formulons ce vœu : que ces faut répu-
blicains soient de moins en moins nombreux et
que tous les sincères, tous les loyaux servi-
teurs de l'armée républicaine viennent avec
nous combattre l'ennemi : la réaction. Nous di-
sons qu'il faut choisir, être ou bien avec la Ré-
publique ou bien avec la Réaction. Et nous re-
fusons à ceux qui restent avec la réaction le
droit de se dire républicains. — L. V.-M.
LE CHARBON DE GUERRE
(De notre correspondant particulier)
Londres, 20 août.
L'Amirauté a fait une commande supplé-
mentaire d'un million de tonnes de charbon,
ce combustible sera transporté dans les stations
de Gibraltar et de Malte. La Russie a acheté
ces t
pour la livraison de 250,000 tonnes à l'ami-
zâuté russe i
LAFF4IREHUMBERT
DIXIÈME AUDIENCE
On patauge. - Le secret et le nom odieux. - Un nouveau ro
man. - Suite de la plaidoirie de M Labori. — Longues ré-
futations. — Le père de Thérèse. — Le rôle de Frédéric.
— Enfance studieuse. — Question d'état civil. - M. <
Gustave Humbert. — Encore les Crawford. — La
chance de M. Auzoux. — M. Dumort a vu les
titras. — Les achats d'immeubles et la
Rente Viagère. — M. Cattaui.
Nous pateaugeons ardemment dans l'in-
cohérence, le grotesque et l'odieux, et je
m'explique que le public — et je l'espère
les jurés — commence à trouver toutes ces
fanfaronadespar trop fortes et a prononcé le
mot fameux de Beaumarchais : Qui trompe-
ton ici ? Jusqu'à présent personne n'avait
fait attention aux divagations de la Grande
Thérèse et son secret paraissant exister
tout autant que le château de Marcotte.
Mais voici que 1\1) Labori lui même sans
prendre pour son compte le mystère qui
aurait entouré la naissance de sa cliente
croit cependant devoir en parler en termes
sybillins bien faits pour jeter le trouble
dans les esprits.
On ne causait et on ne pouvait que cau-
ser, avant l'ouverture de l'audience d'hier
que des déclarations de M. Labori sur les
cenfidcnces que lui a faites Mme Humbert
et en se portant garant en quelque sorte de
sa promesse de tout dire, de tout révéler,
à la fin des débats. La phrase de Me Labori:
« Supposez, messieurs les jurés, que les
Crawford portent un nom odieux, un nom
si odieux, que s'il vous était révélé, vous
en fussiez sur-le-champ bouleversés dans:
vos esprits et dans vos cœurs de citoyens
et de patriotes.., », cette phrase a fait un
bel effet, elle a eu un tel retentissement:
au dehors, qu'un mauvais roman est venu
; immédiatement se greffer sur les élucuhra-
tions abracadabrantes de ces jours derniers:
agrémenté de commentaires qui semblent
sortir de quelque cervelle de Bicètre.
Quel peut bien être ce nom odieux qui
s'il était connu ferait frémir et pâlir la Li-
gue des Patriotes?. Evidemment ce ne
:peut être que celui d'un traître. Les trai-;
tres sont relativement peu nombreux en
France. Alors cherchez, et on cherche. Un;
'de nos confrères a mis en avant celui d'un
personnage militaire historique et il l'a of-
fert tout chaud à ses lecteurs comme étant;
le père de la Grande Thérèse. Et ce nom
odieux était dans toutes les bouches, faisait
l'objet des réflexions les plus étourdissan-
tes. La salle des assises avait des échos 51
faire revivre le prodigieux Commerson de'
feu le Tintamarre.
La surexcitation des esprits paraît à son
comble et si Mme Humbert, comme Rose,
ne parle pas, elle peut s'attendre à une ex-
plosion d'hostilitésqu'ellepourrasoigneuse- :
ment noter si elle doit écrire ses mémoi-i
res. C'est que pendant dix grandes audien-:
ces elle aura berné son auditoire, et si co-
pieusement, qu'elle n'aura qu'à s'en pren-
dre à elle-même des huées qui lui cin-
glent la face. Mme Humbert doit faire ses;
confessions, dire tout aux jurés sous peine
de manquer à sa parole, mais encore de
mettre le galant homme qu'est son avocat;
dans une posture délicate. Elle parlera a
dit Me Labori. Mme Humbert ne peut plus
se dérober, les échappatoires ne sont plus i
possibles, il faut qu'elle s'exécute de bon-
nes grâce ou non !
Me Labori lui a d'ailleurs préparé les voies
dans sa magistrale plaidoirie de mercredi
où il a surtout discuté la question de droit,
les points de droit dans les questions dei
faux, remettant au lendemain l'étude des
faits au point de vue de l'escroquerie, co:
qui semble indiquer que le jeune maître en
a encore pour cinq ou six heures d'au-
dience.
Qui a organisé la comédie?
Mc Labori, dès l'ouverture de l'audience,
ne prend pas, d'ailleurs, les jurés et son
auditoire en traître. Il leur dit, en com-
mençant, qu'il a de très longues réfutations
à opposer à la thèse de l'avocat général et
il s'excuse d'avance d'imposer à tous tant
d'attention et de fatigues.
— Je me propose, dit en substance l'éminent
défenseur, de vous montrer que M. l'avocat
général a fait une œuvre d'imagination, non de.
vérité; que ni Mme Humbert ni son mari n'ont
menti sur les récits de l'héritage que l'on
a qualifiés de fables absurdes et qui cepen-
dant sont exacts.
Frédéric Humbert, considéré d'abord comme
le faible, le rêveur, le poète, qu'il est réelle-
ment, est devenu la cheville ouvrière do l'af-
faire. Dois-je vous dire que certains jours Mme
Humbert entrait dans le cabinet de son mari
avec des papiers pleins un drap, jetait ces pa-
piers à terre et Frédéric restait plusieurs jours
à examiuer cette paperasse. Frédéric Humbert
n'a pas été l'organisateur de ces procès multi-
ples. Tous les témoins vous l'ont dit. II n'inter-
venait que quand, comme mari, son interven-
tion éhit indispensable, Ni Frédéric Humbert
ni Mme Humbert, je le répète, n'ont eu l'ini-
tiative de l'affaire.
A l'appui de cette thèse, Me Labori donne
lecture de quelques dépositions à l'instruc-
tion et desquelles il résulte que dès l'en-
fance de Thérèse on disait dans le pays
d'Aussonne que son père serait un jour fort
riche et que M. Daurignac père colportait
lui-même le bruit que ses enfants seraient
un jour en possession d'une grande for-
tune.
Le père de Thérèse était un brave
homme
La lecture de ces dépositions terminée,
Me Labori ajoute j
Par conséquent, vous le voyez, messieurs,
; C'est quand Thérèse est une enfant qu'il est
.déjà question tout à la fois d'un héritage im-
portant et de procès. Quant à la situation en
elle-même de la famille Daurignno, 11 no fau-
drait pas se faire illusion. Dans le réquisitoire
définitif, on expose que dans la ferme d'OEil-
let, on a va Thérèse Humbert courir les pieds
nus. C'est inexact. Œillet est un château qui a
coûté 85,000 francs et qui est entouré de vi-
gnes. Il faut rappeler les origines de M. Dau-.
rignac père, reconnu, à trente-neuf ans, par
une dame Doyen. En dehors des origines mys-
térieuses de la famille, les Daurignac ne sont
pas dans le dénuement. Loin de là. Il y avait
des institutrices à OEillet.
Les débats ont prouvé que Mme Humbert
est une femma du monde. Elle l'est infiniment,
Il n'est pas possioie que cela vous eût échappée
On naît femme d'esprit, on devient femme du
monde. Les Daurignac étaient donc desehâte-
lains, des châtelains gênés peut-être par leur
train de vie, mais sachant qu'un jour ils se-
raient riches. Quand Thérèse Humbert vien-
dra à Paris, son père l'y suivra. Il jouera un
rôle dans la vie - de sa famille. Ou'est-cft rlrw
- - - - -- .-.-
que M. Daurignac père ? Un agent matrimo-
nial r.., 0
Mme Humbert proteste avec raison. Ce qui
est certain,c'est que de l'aveu de tous,M.Dauri-
gnac père était un brave homme, très ancien
régime, esprit crédule, léger de cerveau, en
tout cas incapable de mener de toutes pièces
une affaire comme celle dont il s'agit ici. On
n expliquera pas une pareille entreprise par
les illusions d'un vieillard affaibli. L'oeuvre est'
parfaite à la base. Quel en est l'auteur ? Ce ne,
peut être ni M. Daurignac père ni Mme Hum-;
bert. Il est établi naturellement que c'est quand
elle faisait les premiers pas qu'elle a entendll;
parler do la fortune et des procès. Frédéric.
lui, comment aurait-il organisé l'entreprise
au'il ignorait?
Frédéric n'est ni dupe ni complice j
Le défenseur s'élève ici contre les afnr-
mations de M. Blondel qui a présenté.'
Frédéric Humbert comme la cheville ou-
vrière de l'affaire.
— Je vais vous démontrer messieurs les jurés
qu'au début de l'affaire, Frédéric Humbert n'a
été ni dupe ni complice. On croit à la cul-,
pabilité do Thérèse. Or, je vous ai déjà dé-
montré qu'elle était dans l'impossibilité de
combiner une aussi colossale entrenrise.
Que sont, en 1880, Thérèse et Frédéric ? Thé-
rèse était alors une femme charmante, douce,
bonne, bien élevée, économe. Frédéric était
un jeune homme plein d'avenir. Son père oc-
cupait déjà un des emolois les plus importants
de la République: il était sénateur et procureur
général près la cour des comptes, gagnait
40,000 f r.
Et ce jeune homme, qui voyait s'ouvrir de-!
vant lui la vie la plus facile et la plus honora-:
ble, se serait jeté dans l'ééola du faux et do
l'escroquerie! Allons donc, c'est impossible.
Frédéric est chétif, délicat, adoré de ses père
et mère; il apprend le latin auprès d'un vieux,
régent de province et il l'apprend bien, avec uni
maitre ne s occupant que de lui, le retenant s
bien que, dans sa prison, il lit un Ovide, un ,
vieil Horace. Il trompe sa solitude en tradui-i
sant des vers latins.
Au collège, il subit les brimades, il est la
premier en tout, sauf en mathématiques. Ili
avait une intelligence de premier ordre, c'est!
un tendre, un rêveur artiste ; il fait des verai'
délicats et tendres.
Il est l'élève du peintre Roybet et au Salon
obtient une médaille d'or. Le dus de Malbou-'
rough lui offre 20.000 fr. pour un tableau re-
présentant Louis XIII et Mme de Hautefort.
Voilà le jeune homme de vingt ans, un en-,
fant auquel on prête les plus louches, les plus
extraordinaires combinaisons, les combinai-;
sons les plus fantastiques de cette formidabl6
escroquerie. Il faut bien convenir que si dèaj
1878 il y a ou tromperie, Thérèse et Frédéric
en sont les premières victimes.
Deux actes de naissance de Thèrèaa j
Me Labori aborde ici les deux actes dtt:
naissance qui s'appliqueraient à Thérèse.
d'après la déposition de Mme Parayre et il,
signale un détail qui, dit-il, a peut-être?
échappé à l'avocat général :
- Pour moi ce détail a une valeur considé-t
rable dans ce procès ; c'est qu'il est évidentJ
que Marie-Thérèse Humbert n'a pas été mariéei
à Beauzelle aves un acte de l'état civil qu'o
lui prête, et je vais vous en donner la preuvf
Voici, on effet, son acte de mariage, il est an
dossier :
« Extrait des registres de la commune de Beau-'
« zelle, arrondissement de Toulouse
« L'an mil huit cent soixante-dix-huit et 1ft
sept septembre, à dix heures du matin pa
devant nous, Marty Bernard, adjoint au maire
etc. Ont comparu : Frédéric Humbert, .etc.j
et demoiselle Marie-Thérèse Daurignac, née &
Aussonne (Haute-Garonne), le 10 septembre
1856 ainsi qu'il résulte de l'extrait en form
qu'elle nous a remis, fille majeure de M. Guil-t
laume - Auguste Daurignac, rentier, âgé d
soixante-dix-huit ans, demeurant avec sa filler
à Toulouse, et de Mme Marie-Lucie Capella
décédée, procédant avec le consentement def
son père. » 1
Ainsi, vous le voyez, mariage de Frédéric
avec Thérèse Daurignac, née à Aussonne le tÔ
septembre 1856. Or, messieurs, au dossier e
trouve l'acte de l'état civil, l'extrait de ilai
sance de Mme Humbert, ouvrons-le, regarda
le : j'y vois que Mlle Marie-Thérèse Daurigna
est née à Aussonne non pas le 10 septembi*
1856, m.is bien le onzième jour du mois dap
septembre de l'an 1855. Contradiction absolue^
J'en ai fait l'observation. i
L'avocat général. — Pardon vous savez quo
nous avons cherché à la date du 10 septembre
1856, et qu'il n'y en a pas à cette date. ;
M° Labori. — En effet, c'est qui m'intér
Le fait a paru négligeable à l'accusation, et j
ne crois pas me tromper en disant que lorsqu
j'en ai parlé, sinon à M. l'avocat général, dut
moins à l'honorable greffier qui l'assistait, ces
honorable fonctionnaire m'a dit : « Oh f cet
n'a pas d'importance ; nous avons bien rema
qué cela ; mais cela tient évidemment à ce qui
Mme Humbert a voulu se rajeunir 1 »
Me Labori fait en outre remarquer qua(
non seulement au lieu du 21 septembre
1855, c'est le 10 septembre 1856 que serait!
née Thérèse, mais qu'au lieu que la mèr
de sa cliente soit qualifiée Rose-Louise Ca
pilla, elle est qualifiée de Marie-Lucie Ca
pilla. Et il demande aux jurés s'ils nq
trouvent pas qu'il y a beaucoup de faux
dans l'affaire ?. Ce qui est certain, d'après
le défenseur, c'est que l'acte d état-civil
présenté aux jurés n'est pas celui qui ap-^
partient à Mme Humbert.
M. Gustave Humbert
M" Labori s'occupe ici de la famille liuw
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