Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-04-13
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32757974m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 68249 Nombre total de vues : 68249
Description : 13 avril 1903 13 avril 1903
Description : 1903/04/13 (N12085). 1903/04/13 (N12085).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k75724365
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
C!N-Q CENTIME 13 le Nu'xno-: PARIS A DÉPARTEMENTS r..;e N*anci^x»oi CINQ CENTIMES
ANNONCES
AUX BUREAUX DU JCURNAL r
14, rue du Mail, Paris.
uhez MM. LAGRANGE, CERF & Cil
6, place de la Bourse, 6.
'Aaresse Télégraphique : XIX' SIÈCLE - PARIS
ABONNEMENTS
Paris. Trois mois 6 f. Six mois 11 f. Un an 201*
Départements — 7f. — 12 f. — 24 Ù
Union Postale — 9f. — 16 f. — 32lc
Les Abonnements sont reçus sans frais
dans tous les Bureaux d& Posté
RÉDACTION : 14, rue du Mail
De 4 à 8 heures du soir et de 10 heures du soir à 1 heure du malin
N. 12085 — Lundi 13 Avril 1903
24 GERMINAL AN 111
ADMINISTRATION ; 14, rue du Mail
Adresser lettres el mandats à l'administrateur
NOS LEADERS
LA L'OQUE
La Plaine-Monceau se fâche.Avouez
qu'elle a de bonnes raisons de se fâ-
cher et que sa patience a été longue.
Mais les choses les plus longues ont
leur fin ; la patience de la Plaine-Mon-
ceau est à bout.
Nous avons publié hier le texte de
l'affiche dont le but est de mettre M.
Pugliesi-Conti en demeure de résigner
l'un ou l'autre des mandats qu'il cu-
mule depuis tantôt un an. Contraire-
ment à tous les usages, à tous les précé-
dents, à toutes les convenances, M.
Pugliesi-Conti, qui était depuis mai
1900 conseiller municipal du quartier
de la Plaine-Monceau, élu, en mai 1902,
député de la première circonscription
du XVIIe arrondissement, n'a point
donné sa démission de conseiller muni-
cipal.
Ils étaient cinq dans le même cas, na-
tionalistes élus — ils s'en rendaient
bien compte — par hasard, par un coup
de veine, si peu sûrs du lendemain
qu'ils n'osaient aventurer, je ne dirai
pas : leur parti, car le nationalisme ne
saurait mériter le nom de parti, mais :
leurs amis, dans les risques d'une nou-
velle consultation du suffrage uni-
versel.
- Abandonner l'un ou l'autre des siè-
ges qu'ils avaient réussi à conquérir,
ceux qui leur donnaient ce conseil en
parlaient bien à leur aise ; comme le
légendaire condamné à mort, ils avaient
de la méfiance; voulait-on qu'ils lais-
sassent le champ libre à l'ennemi, c'est-
à-dire aux républicains ? Non ! non !
s'appropriant le mot fameux de Mac-
Mahon, ils y étaient, ils y restaient; ils
y resteraient, du moins, tant qu'on ne
les jetterait pas dehors. Attitude assu-
rément peu digne, peu noble, mais
combien prudente !
La Chambre s'est émue de cette si-
tuation anormale: sur la proposition
de notre ami, Charles Bos, elle a som-
mé les dépntés-conseillers d'opter. Que
faire? que choisir? Douloureuse alter-
native. L'âne de Buridan ne fut pas lui-
même plus embarrassé entre son pico-
tin d'avoine et son seau d'eau.
Mais les amis des cumulards leur tin-
rent ce langage: «- N'hésitez pas.Quit-
tez la Chambre où votre présence passe
inaperçue et demeure inutile, restez à
l'Hôtel de Ville oùvous êtes nécessaires.
Si — comme c'est probable, le vent
ayant changé, -vous êtes remplacés au
Palais-Bourbon par des républicains,
eh bien ! ça ne fera que'cinq républicains
de plus ; dans le tas, on ne s'en aper-
cevra guère. Tandis que si vous êtes
remplacés au Conseil municipal par le
même nombre de républicains, ah ! dia-
blee ! ah ! fichtre ! c'est la majorité
qui se déplace, c'est le bureau qui nous
échappe, c'est Paris qui est perdu !. »
Des cinq auxquels s'adressaient ces
exhortations, quatre demeurèrent silen-
cieux et immobiles ; le cinquième —
ce fut M. Edmond Lepelletier — se
décida à faire. exactement le contraire
de co que ses amis attendaient de lui.
Trouvant infiniment ûlus agréable d'être
député que conseiller municipal — évi-
demment, cela fait mieux sur les cartes
de visite — et subordonnant avec une
aimable désinvolture les intérêts de son
« parti » aux siens propres, il se démit
de son mandat municipal, disant aux
nationalistes desBatignolles : Débrouil-
lez-vous !. On sait comment ils y ont
réussi.
***
Etonnez-vous, après le succès de M.
Sohier, que M. Pugliesi-Conti — et
comme lui M. Spronck, M. Auffray, M.
Tournade — se cramponnent désespéré-
ment à leurs sièges. M'est avis que les
républicains de la Plaine-Monceau au-
raient tort de se faire grande illusion
sur l'effet utile de l'affiche dont nous
avons hier donné le texte.
Ils ont eu pleinement raison, cela
va sans dire, de dénoncer la conduite
de M. Pugliesi-Conti, qui « a constam-
ment négligé ses fonctions municipales,
rie venant à l'Hôtel de Ville qu'à de ra-
res intervalles, ne prenant part à au-
cune discussion, ne se trouvant jamais
là quand il y avait des crédits à répar-
tir entre les divers quartiers, de telle
sorte que la Plaine-Monceau a été cons-
tamment lésée » ; mais il en sera, si
j'ose me permettre cette expression fa-
milière, comme d'un cautère sur une
jambe de bois.
Nos bonscumulards nationalistes sont
évidemment de ces gens qui otft abdi-
qué tous scrupules, fait abandon de
toute peur; tant qu'ils n'auront pas
été jetés à la porte, ils resteront. -
Mais quelle défaite morale c'est pour
eux que cette attitude inqualifiable ! Quel
aveu de l'effondrement de ce qui fut le
nationalisme! Vous comprenez bien
que s'il y avait une chance, une seule,
de conserver à la réaction les sièges
qu'ils occupent, ils ne se raidiraient pas
ainsi dans une posture qui, à coup sûr,
leur aliène bien dèS sympathies et in-
dispose contre eux nombre do leurs
partisans. Ils se savent battus, irrémé-
diablement battus, et c'est pour cela
qu'ils restent.
Croyez qu'ils ne doivent pas être con-
tents. tous ceux qui escomptent d'a-
vance à leur profit la succession de ces
messieurs. Dans la Plaine-Monceau, no-
tamment , plusieurs nationalistes se
disputaient déjà le bout de banquette
municipale de M. Pugliesi-Conti. M.
Massard, directeur de la Patrie, l'aller
ego de M. Millevoye, n'était-il pas can-
didat? — candidat républicain , est-il
besoiri de le dire ? Et n'avait-il point
pour concurrent annoncé notre sympa-
thique confrère M. Vannucci, rédacteur
au Petit Caporal, ami intime de M.
Cunéo d'Ornano, candidat républicain,
lui aussi, naturellement ; et pourquoi se
gêner?
Après tout, ces messieurs peuvent se
consoler en songeant que, selon toutes
vraisemblances — pour ne pas dire :
certitudes — le jour où M. Pugliesi-
Conti se résignera à déguerpir, ce sera
un républicain — non un républicain
nationaliste, plébiscitaire, bonapartiste,
mais un républicain tout court — qui
le remplacera à l'Hôtel de Ville. N'im-
porte, ils doivent être furieux. Mettez-
vous à leur place.
.*.
Et ce qui achève de bien faire com-
prendre la situation actuelle du natio-
nalisme, c'estque,si quelques-uns comme
MM. Pugliesi-Conti, Tournade, Auffray
et Spronck s'incurstent dans leurs siè-
ges, d'autres cherchent les occasions de
« filer ». Vous avez vu que M. Pierre
Richard vient d'être nommé consul de
France je ne sais plus où. Dame ! M.
Pierre Richard s'est dit qu'il pourrait
lui arrivera la longue ce qui est arrivé
à M. Goussot. Pierre Richard, Goussot,
c'étaient deux échantillons du même
type. Tous deux avaient profité de l'om-
nibus boulangiste pour arriver à la dé-
putation, l'un à Saint-Denis, l'autre à
Sceaux. M. Goussot a pu se maintenir
quelque temps, puis la culbute inévita-
ble s'est produite; Saint-Denis l'a expul-
sé, les Batignolles n'ont pas voulu le
recueillir ; le voilà par terre. M. Pierre
Richard s'est dit sagement que pareille
aventure lui arriverait tôt ou tard, il a
pris les devants. Il va aller au dehors
représenter ce gouvernement contre
lequel, lui, ancien lieutenant de Dérou-
lède, il a accumulé les outrages ; c'est
très drôle.
Impossible de nier, après cela, que le
nationalisme se décolle ; ça tombe en
morceaux; c'est pourri. Bonsoir, mes-
sieurs. — Et comme il faut toujours
que, dans toutes les catastrophes, il se
trouve quelqu'un pour dire le petit mot
pour rire, voilà M. Gabriel qui saisit
l'occasion pour proposer aux nationa-
listes l'adoption d'un programme !.
M. Gabriel appartient évidemment à
la catégorie de ces farceurs macabres
qui ne reculent point devant les char-
ges de mauvais goût. Un programme !
Et M. Gabriel suggère le nôtre, le pro-
gramme radical-socialiste. Il convie
implicitement M. de Cassagnac, M. Ar-
thur Meyer, M. Edouard Drumont, à
adhérer à ce programme. N'est-ce pas
ce qu'on appelle s'offrir la tête des
gens ?
M. de Cassagnac, lui, était plus sé-
rieux, l'autre jour, en demandant l'ins-
titution d'un grand comité dont la fonc-
tion serait d'écarter tout ce qui divise
les nationalistes, c'est-à-dire : ne point
rédiger de programme. C'était, du
moins, faire preuve de bon sens, tandis
que la proposition saugrenue de M.
Gabriel ne peut aboutir qu'à la démons-
tration du vide et de l'incohérence de
cette chose sans nom qui a voulu être
le parti nationaliste, n'a jamais été
qu'une coalition cynique d'ambitions,
d'intérêts, d'appétits, et n'est plus au-
jourd'hui qu'une loque.
Lucien Victor-Meunier.
.11011
LES FOSSOYEURS
x Il était légitime d'annoncer
le, décès du nationalisme, après
le coup terrible que lui avait
asséné le 46 arrondissement de
Paris. Nous avons donc déclaré
qu à notre connaissance le na-
tionalisme était mort. Nous
sommes heureux de constater que tout le
monde est d'accord pour nous donner rai-
son.
De toutes parts accourrent des fossoyeurs
volontaires pour enfouir le défunt.
Le Temps est parmi les plus empressés.
Il énumère tous les motifs qu'il a de croire
l'incident nationaliste définitivement clos.
Il relate d'abord la série des dernières élec-
tions républicaines ; le choix de cinq dé-
mocrates pour le bureau du Conseil muni-
cipal ; surtout le désespoir des promoteurs
du mouvement clérical, il admire le mot
caractéristique de M. Maurice Barrés, di-
sant à un de nos confrères : « J'ai été du
baptême du nationalisme ; je suis de son
enterrement. ))
A ces symptômes funèbres, le Temps
pourrait ajouter les articles publiés dans
1 Intransigeant, d'abord par M. Alfred
Gabriel, ensuite par M. Henri Rochefort
lui-même. M. Rochefort lâche carrément
ses alliés d'hier, expliquant que les « na-
tionalistes d'extrême gauche » sont fatigués
d'être traités de « bondieusards 1), et invi-
tant ses amis à fonder un nouveau parti
dont « tous les adhérents pourraient mon-
trer leurs états de services antireligieux ».
Donc : plus de nationalisme..
Le Temps, alors, de s'écrier :
— Plus de nationalisme ? Bon l Le gou-
vernement va revenir aux « progressis-
tes )) ?
Le Temps estime « qu'on ne lutte pas
contre des vaincus », et « qu'il n'y a plus
rien à craindre des congrégations, puis-
qu'elles sont supprimées ou à la veille de
l'être M.
Alors, le parti radical et radical-socia-
liste qui dispose d'une grande majorité re-
lative dans le Parlement n'a plus qu'à se
retirer, son œuvre étant achevée.
Le Temps se trompe du tout au tout. Des
gouvernements modérés nous ramène-
raient un césarisme, parce qu'ils créeraient
dans le pays l'état de mécontentement qui
favorise les boulangismes et les nationa-
lismes ; en outre, ils renouvelleraient le
péril clérical, en rendant toute liberté de
faire le mal aux congrégations.
D'ailleurs, l'œuvre de laïcisation n'est
pas encore achevée.
Enfin, la lutte contre les ennemis de la
République n'est qu'une partie du pro-
gramme démocratique ; nous sommes im-
patients de passer à la seconde partie:
celle des réformes sociales.
CONSUL INATTENDU
Nous avons appris hier, avec un étonnement
que nos lecteurs ont assurément partagé, la no-
mination au poste de consul général à la Nou-
velle-Orléans, de M. Pierre Richard, député na-
tionaliste de Sceaux, secrétaire général de la li-
gue des patriotes, impliqué en 1889 avec MM.
Déroulède, Lnguerre, Turquet et d'autres dans
le procès de la ligue, et l'un des manifestants
révisionnistes d'Angoulême.
Nous avons noté hier cette nominatioç, sans
commentaire,, attendant sur. ce fait, au moins
bizarre, dos explications qui ne sont pas encore
venues.
Nous sommes donc réduits à exprimer ici
notr.e surprise de voir le gouvernement de la
République confier un poste important, un
poste ayant un caractère politique, à un député
de la fraction nationaliste la plus accusée ;
nous savons bien que la nationalisme est mort
— il l'a bien prouvé par les récentes élections,
— mais l'usage n'est pas, que nous sachions,
qu'un gouvernement choisisse pour le repré-
senter à l'étranger et pour parler en son nom,
un ennemi de sa politique. Il nous faudra du
temps pour nous habituer à ces nouvelles fa-
çons da faire.
Ob
DEMISSION DE M. REVOIL
M. Revoit a donné sa démission des fonc-
tions de gouverneur général de l'Algérie. Voici
les termes dans lesquels l'Agence Havas a suc-
cessivement annoncé la démission et les suites
que le gouvernement compte donner à cet
acte :
M. Revoit a adressé à M. Combec;, président du
conseil, une lettre l'informant qu'il donne sa dé-
mission de gouverneur général de l'Algérie.
Nous croyons savoir que cette démission a été
acceptée.
M. Combes, président du conseil, s'est rendu
hier matin à l'Elysée pour s'entretenir avec le Pré-
sident de la République des conséquences de la dé-
mission de M. Revoit, gouverneur général de l'Al-
gérie.
La démission de M. Revoil, gouverneur général
de l'Algérie, n'entraînera aucune modification au
programme du voyage du Président de la Républi-
que en Algérie.
L'intérim du gouvernement général va être confié
à M. Varnier, secrétaire général du gouvernement
général. -
Pour comprendre les raisons du départ de
M. Revoil, il faut d'abord relire un passage
du discours prononcé lundi dornier à la Cham-
bre, par le président du Conseil, en réponse à
une question de M. Chenavaz. A cette séance,
M. Combes, après avoir déclaré calomnieux les
dires du Petit Dauphinots, au sujet de ce que
l'on a appelé le million des chartreux, ajou-
tait:
Cette calomnie est destinée à recouvrir et à favo-
riser une intrigue d'ordre administratif qu'il m'est
permis do démêler, depuis que j'ai pu rapprocher
du langage .tenu par le rédacteur en chef du Petit
Dauphinois, une démarche récemment divulguée
et faite, a t-on dit, en vue de certaines révélations
par le directeur politique de cette feuille, qui avait
le devoir de porter ces révélations, vraies ou pré-
tendues, au ministère de l'intérieur, dont la porte
lui était journellement ouverta.
Je me réserve, après plus ample informé, de
donner à l'intrigue le dénouement qu'elle mérite.
Le Petit Dauphinois a pour directeur M.
Pierre Baragnon, qui est l'oncle de M. Revoil.
M. Revoit se sentant donc visé directement
par les paroles du miuistro, se rendit au mi-
nistère de l'intérieur pour, déclara un rédac-
teur du Temps, « protester contre do pareils
soupçons et décliner toute solidarité avec les
auteurs des bruits démentis par M. Combes».
Il ne fut pas reçu par le président du conseil.
Vendredi matin, M, Revoit demanda une au-
dience à M. Combes.A midi, il reçut une let-
tre par laquelle le ministre lui disait « que
n'ayant pas encore réuni toutes les informa-
tions qui lui étaient nécessaires, sur l'inci-
dent du Petit Dauphinois, il ne pourrait le re-
cevoir qu'au retour d'Algérie du Président do
la Républ ¡que).
Dans ces conditions, M. Revoil, jugeant qu'il
n'avait plus la confiance du gouvernement, se
rendit à l'Elyséo, en compagnie de son ami
M. Etienne, député d'Oran, et fit part au Pré-
sident ce la République do l'impossibilité où il
se trouvait de conservor ses fonctions et de sa
détermination de les résigner immédiatement.
En sortant de l'Elysée, M. Revoil rentra chez
lui et rédigea sa lettre do démission qu'il fit
porter à M. Combes, vendredi, vers huit heures
du soir.
M. Revoil, faisant, dans cette lettre, allusion
aux deux refus successifs du président du con-
seil de le recevoir, ajoute qu'il a appris par un
député de ses amis qu'il n'a plus la con-
fiance du gouvernement et que, dès lors, il
croit devoir résigner ses fonctions.
On dit que le successeur de M. Revoil ne
sera désigné qu'après le retour à Paris du Pré-
sident do la République.
(Voir la suite dans notre DEUXIEME EDITION)
UN COMPLOT EN SERBIE
Londres, 11 avril.
On mande de Vienne au Times :
Un télégramme de Buda Pest annonce qu'on
aurait découvert, dimanche dernier, à Bel-
grade, un complot en vue d'assassiner le roi
Alexandre. Il y aurait eu de nombreuses arres-
tations.
AU MAROC
Londres, 11 avril.
On mande do Tanger au Morning Post, le 10
avril :
La rébellion somble gagner du terrain. On
rapporte que les Beni Aros ont pris posses-
sion d'Arzila, petite ville située à 30 milles
d'ici.
Alger, 11 avril.
On mande de Marnia :
« La famille Aurel d'Udja est arrivée ce matin
à Marnia.
« Elle se rend à Nemollrs, où elle s'êmbar.
quera sur lo courrier de la côte ouest, à desti-
nation d'un port marocain du littoral.
« Ce départ précipité, ressemblant à une
faite, confirmerait les informations qui annon-
cent comme imminente la marche du prétou.
dont.. »
A LA CAMPAGNE
PRÉJUGÉS SUR LA LUNE
L'influer ce de la lune rousse. - Une
mauvaise réputation. — Rayonne-
ment nocturne. — La rosée. —
La lune et la blonde. — Au-
tres préjugés.
J'ai reçu, cette semaine, une lettre d'un
correspondant qui s'exprime en ces termes :
« Pourriez-vous me dire, monsieur, ce que
c'est que la lune rousse, et, en môme temps,
voudriez-vous être assez aimable de me rensei-
gner sur co qu'il y a de vrai dans les nom-
breux « on-dit » des gens de la campagne, au
sujet dos influences diverses exercées par la
lune. »
Voilà, mon cher correspondant, doux ques-
tions qui sont quelque peu compliquées et qui
nécessitent un assez long - développement.
Après tout, je no vois pas pourquoi je n'en fe-
rais pas 1e sujet do ma chronique hebdoma-
daire.
La lune rousse et les gelées printa
nières
El d'abord, qu'est es que la lune roussel On
donne ce nom à la lune qui commence en avril
et qui devient pleine, soit à la fin de ce mois,
soit dans le courant de mai. On attribue à cette
lunaison les gelées printanières qui se produi-
sent à cette époque, aussi la lune rousse
a-t-elle une très mauvaise réputation.
Le nom de lune rousse lui est donné parce
qu'on prétend qu'elle jouit de la malencon-
treuse propriété de roussir, c'est-à-dire de
geler les jeunes pousses et les jeunes fleurs
qui sont soumises à l'influence de sa lu-
mière.
L'astre des nuits est, certes, bien innocent
de tous les méfaits qu'on lui attribue, et voici
comment on explique les nombreux ravages
causés par les gelées à cette époque de l'an-
née.
Le mois d'avril est la saison où les jeunes
pousses des plantes commencent à se dévelop-
per. Elles sont, à ce moment, des plus déli
cates,aussi la moindre gelée les atteint-elles.
Lorsque la lune éclaire les nuits, quand lo
ciel est bien pur, il se produit un rayonne-
mont considérable, et la température du sol
baisse dans de grandes proportions. En d'au-
tres termes, si le ciel est clair pendant la nuit,
la chaleur absorbée par la terre pendant le jour
est renvoyée vers les espaces célestes, et il on
résulte un refroidissement qui peut faire tom-
ber la température de 5 ou 6 degrés et la ra-
mener à zéro ou au-dessous.
Au contraire, si le temps est couvert, le
rayonnement du sol vers le ciel, le refroidisse-
ment n'a pas lieu et, par suite, il n'y a pas
de gelée quand la lune ne paraît pas.
Donc, les plantes peuvent être frappées par
la gelée quand le ciel est serein, et elles ne le
sont jamais quand le ciel est couvert.
On pourrait croire, de prime abord, que ce
sont bien les rayons de la lune qui exercent
cette influence néfaste, si l'on ne se reportait
à , l'explication qui vient d'être donnée et qui
attribue les gelées au rayonnement terrestre.
Donc, les rayons lunaires éclairent le désas-
tre, mais ne le causent pas. La lune n'est pas
l'auteur des dégâts occasionnés par les gelées
nocturnes du printemps, elle est seulement le
témoin impassible des phénomènes de radiation
nocturne.
La blanche divinité des nuits n'est pas sujette
à la méchanceté, elle sourit toujours à Pomone
et à Flore, les déesses ses soeurs, et demeure
unie avec elle dans le plus inaltérable accord.
Plusieurs autres phénomènes ont été attribués
à la lune, ils ont cependant à peu près les
mêmes causes que celui dont il vient d'être
question ; cet astre ne fait également que les
éclairer, sans leur donner naissance.
La lune et la rosée
Presque partout, on attribue à la lune la
production de la iosée. Rien n'est pourtant
plus faux. Le phénomène qui produit la rosée
est à peu près le même que celui qui produit
les gelées printanières.
Chacun sait que lorsqu'un objet est beau-
coup plus froid que l'air qui l'entoure, il se dé-
pose sur son pourtour une partie de l'eau que
cet air tient en suspension. Le fait est très visi-
ble pendant J'été, quand on met une carafe
d'eau très fraiche sur une table.
Lorsque la lune éclaira et que le ciel est dé-
couvert, il se produit un refroidissement des
objets qui se trouvent à la surface de la terre
et l'eau contonue dans l'air se dépose à leur
surface.
Ce n'est donc point la lune qui produit la
rosée. Le dépôt d'eau est occasionné par la
température de l'air ambiant, qui est plus éle-
vée quo celle das objets avec lesquels il est en
contact.
Blondes, brunissez-vous 1,
On dit parfois quo la lune brunit le teint.
On a remarqué, en effet, que les visages de
ceux qui sont obligés par métier de passer la
nuit au dehors, brunissaient beaucoup plus
vite qu'ils ne l'auraient fait s'ils avaient été ex-
posés à l'influence de la lumière solaire. Il suf-
fit parfois d'une seule manœuvre de nuit pour
brunir considérablement le teint de tous les
hommes d'un régiment qui a pris part à cet
exarcice.
Ici encore, il est probable que c'est au froid,
au rayonnement, qu'il faut attribuer cette ac-
tion et non pas à la lune. ,II-
La lune et la culture
On a cru pendant longtemps, on croit encore
et on croira, qui sait même jusqu'à quand, que
le bois abattu pendant la nouvelle lune et pen-
dant lo premier quartier est de moins bonne
qualité que celui quo l'on abat pendant la deu-
xième moitié do la lunaison.
Autrefois, ce préjugé faisait en quelque
sorte force de loi pour l'abatago des bois.
C'est ainsi qu'avant la Révolution les ordon-
nances royales enjoignaient de ne couper les
arbres des forêts qu'après que la lune avait
passé son plein.
Un préjugé, tout aussi enraciné quo le pré-
cédent,est celui qui consiste à admettre qu'on
ne, peut avoir d'arbres vigoureux qu'autant
qu'on prend la précaution de les planter, tail-
ler ou semer pendant la lune croissante.
Quelques cultivateurs affirment, au con-
traire, que pour avoir des fruits précoces, il
faut semer, planter ou tailler pendant le dé-
clin de la lune.
Certains vieux jardiniers ne sèment que les
plantes à racines alimentaires pendant la pre-
mière moitié de la lunaison et réservent pour
la deuxième moitié les semis de plantes four-
nissant desîgrains ou des graines : haricots,
fèves, lentilles, etc.
J'ai réservé pour la fin le préjugé qui con-
siste à recommander de mettre les œufs à cou-
ver quand la lune est nouvelle. Pourquoi cela?
J'avoue n'en rien savoir et je dirai volontiers
comme Arago : « Ne faut-il pas une foi bien
robuste pour admettre sans preuùÊS qu'à qua-
tre vingt mille lieues de distance, la lune, dans
Une do , ses positions, agisse avantageusement
sur la végétation des fèves, la fructification des
arbres ou le développement des poulets ou au-
tres animaux? »
Et dire pourtant qu'il y a un las de gens qui
ont cette foi et bien d'autres du même ton-
neau l
Errare hummum est, disent lc@ latinistes,
Oui, vraiment, l'homme est sujet à l'er-
reur. — A. Montoux.
00
FLIRT
Un certain nombre de préfets et de sous-
préfets se font une étrange conception do leur
devoir, et arrivent, par une aberration inex-
plicabld, à commettre des fautes de tactique
qui ont les plus graves conséquences au point
de vue républicain.
Leur système consiste à flirter avec les réac-
tionnaires de leur département, à leur donner
des gages, à leur faire obtenir des faveurs, à
se livrer vis-à-vis d'eux à des coquetteries de
jolie femme. Les uns font cela parce que c'est
dans leurs goûts, les autres parce qu'ils s'ima-
ginent ainsi rallier les réfractaires à la cause
de la démocratie.
Ils ont lort tous les deux, les premiers, par-
ce que l'on ne cherche pas à devenir l'agent du
gouvernement que l'on aspire à trahir, les se-
conds parce qu'ils se trompent lourdement.
C'est un leurre que d'epérer rallier à la Ré
publique par des amabilités et des politesses
ses pires ennemis. Ces gens-là sont le plus
souvent irréductibles, ils acceptent les avances
mais ils n'en font point. Il n'est qu'un seul
moyen do faire la conquête des hommes:
s'adresser à leur intelligence et les convaincre.
Tout le reste n'est que subterfuge.
Au moment où M. Combes est décidé à faire
appliquer les lois récemment votées sans fai-
blesse. il doit plus que jamais surveiller ses
subordonnés, et leur faire comprendre que la
République veut, comme adminislrateurs,Don
point des diplomates, désireux de faire risette
à tout le monde et de ne mécontenter personne,
mais des hommes aux. convictions solides, à la
conscience droite, à la volonté énergique, de
véritables pionniers de la démocratie. —
L. Armbruster.
Voir à la 33 page
les Dernières Dépêches
FRANCS-ALLEUX
Le régime féodal n'a pas disparu tout entier.
Si l'organisation médiévale a été brisée par la
Révolution, çà et là subsistent un certain
nombre de fiefs indépendants analogues aux
'< francs-alleux » du vieux temps. Il suffit" de
posséder un nom brillant, une grosse fortune
et un héritage foncier pour s'offrir le luxe de
mener au 20" siècle l'existence des seigneurs
du 13'.
Monsieur le marquis de Certaines, « gentil-
homme, de par Dieu a confesse ingénument,
dans une lettre adressée au préfet de la Nièvre,
comment une commune peut abdiquer sa liber-
té politique au profit d'une famille ou d'un
homme.
Notro pays, écrit-il, est plongé dans la tris-
tesse et dtS le detvU. Deux maisons de sœurs,
entretenues par mot Anlhien et à Pouques-
Lormes, sont fermées par l'ordre brutal du
gouvernement. Soi^rnte enfants perdent celles
qui, depuinte-deux ans, ont élevé leurs
mères et leurs aïeules, soigné gratuitement leurs
malades.
D'abord, nous ferons remarquer à M. de
Certaines que personne no l'empêche do rem-
placer les établissements congréganistes par
des établissements laïques. Ainsi les enfants,
les pauvres et les malades ne perdraient rien.
C'est à M. de Certaines à voir si l'esprit de so-
lidarité sociale l'emporte chez lui sur l'esprit
clérical. Je n'aperçois point par quel procédé
le préfet de la Nièvre lui épargnerait la crise
intellectuelle que, sans doute, il traverse.
La délibération prise par 1e conseil munici-
pal d'Anlhien mérite au contraire d'attirer l'at-
tention des pouvoirs publics. Voici le début
de ce document, attristant et scandaleux:
« Le conseil, considérant que, depuis l'année
1851, Jes sœurs dites Filles de la Croix de
Saint-André sont établies dans la commune
d'Anthien, qu'elles sont logées et entretenues
complètement, sans qu'il en ait jamais coûté un
sou à la commune, par les soins et dans les
immeubles de la famille de Certaines ; que.
etc. »
Le conseil municipal d'Anthien dépasse évi-
demment la mesure de la déférence due à des
personnalités charitables et munies des moyens
d'exercer la charité. Je vous demande un peu
quelle liberté politique réelle conserve une as-
semblée qui attache un prix si excessif aux
générosités d'une famille riche ? Ce conseil
municipal prend les armes pour la cause des
religieuses, parce que ces dernières « ne lui
coûtent pas un sou » et soat en bons termes
avec un gros propriétaire.
Les avis des conseils municipaux favorables
aux congrégations ont été émis dans dos condi-
tions analogues. Avouez que la Chambre et
le gouvernement ont eu raison de ne pas atta-
cher trop d'importance à de pareilles délibéra-
tions.
La vérité, c'est que l'influence individuelle
d'un millionnaire se transforme aisément en
tyrannie sur le territoire exigu d'une seule
commune.
Et le gouvernement doit être surpris qu'on
prétende mettre sur le même plan le vote de la
Chambre, qui représente la nation, et la déli-
bération du conseil municipal d'Anthien, qui
représente. M. de Certaines.
Or, la Chambre a ordonné la suppression des
établissements congréganistes. — Hugues Des-
trem.
UN DOCUMENT CLÉRICAL
Le mariage selon l'Eglise. — Comment
les cléricaux respectent la loi.
Un ami me communique un document cu-
rieux à plus d'un titre. J'en extrais les deux
premiers articles. 3
Au verso d'un certificat de publication de
mariage du diocèse de Dayeux (Calvados), est
écrit :
AVIS ESSENTIEL
I. Le mariage est un sacrement institué par
Notre-Seigneur Jésus-Christ pour former et sancti-
fior l'union de l'homme et de la femme et pour
leur donner la grâce d'élever chrétiennement leurs
enfants. — Dans tous les temps et chez tous les
peuples, le mariage a toujours été un rite exclusi-
vement religieux et sacré. Le mariage étant d'in-
stitution divine, les hommes n'ont sur lui aucun
droit. Ce qu'on appelle mariage civil (dont l'inven-
tion est de date récente) n'est donc pas véritable-
ment le mariage ; ce n'est qu'un acte accompli par
les futurs époux devant l'officier de l'état civil pour
s'assurer le bénéfice de la toi touchant les Intérêts
de la famille. Par lui-même, cet acte n'engage nul-
lement la conscience.
II. Le mariage est un, c'est-à-dire qu'il est essen-
tiellement le lien d'un seul homme avec une seule
femme. Il est indissoluble, c'est à-dire qu'une fois
consommé entro chrétiens, il ne peut être rompu
que par la mort de l'un ou de l'autre des deux
époux.
Voilà qui est parlé net. Cet « avis essentiel"
a au moins le mérite de la franchise etnous ap-
prendrait — si nous ne le savions déjà — que
l'Eglise se croit au-dessus de la loi. Maisaufait,
pourquoi donc les cléricaux se gêneraient-ils
puisqu'on les laisse faire? Ils déclarent ouver-
tement la guerre au gouvernement de la Répu-
blique qui les paie et ils réclament la palme du
martyre, dès qu'on veut mettre fin à leurs agis-
sements.
Il serait bon cependant que les curés, moines
et nonnes n'oubliassent pas que la loi est faite
pour tous et que personne c'est au-dessus
d'elle. —J/, M.
LE CENTENAIRE
DE LA VILLA MEDICIS
L'académie de France à Rome.
Jean-Benoit Suvée. — Son œuvre. *
Obstacles décourageants. — Le
nouveau palais de l'académie. —.
Un monument bien mérité.
On sait que le 18 courant aura lieu à Romé
la célébration da centenaire de l'installation de
l'académie de France, asile des prix de Rome, e
la Villa Médicis.En même temps on inaugurera
un monument en l'honneur de Jean-Benoit
Suvée, ancien directeur de l'académie, qui
l'installa dans cette villa fameuse.
Suvée, né en 1743, mort en 1807, fut un
artiste distingué, et un professeur excellent.
Il faillit subir le sort d'André Chénier, dans la
prison duquel il fut enfermé comme peintre
du roy. Il fallut à l'artiste, après avoir échap-
pé à ce péril, des efforts opiniâtres pour re-
prendre à Rome l'œuvre dont Colbert et Er-
rard avaient jeté les fondements.
Les hommes de la Révolution ne voulaient
nullement supprimer l'Académie de France à
Rome ; mais, après le meurtre de notre char-
gé d'affaires, assassiné en 1793, le palais Mani-
ni, occupé par notre académie, avait été pillé
et les pensionnaires avaient dû quitter Rome
devant des menaces de mort. Ils restèrent pres-
que tous en Italie, où ils s'installèrent comme
ils purent.
Il y eut au Salon du Louvre, en 1795, une
exposition des ouvrages de prix de Rome, aux
meilleurs desquels on décerna des récompen-
ses.
Réorganisation de l'Académie
Un décret de la Convention, et surtout la loi
du 3 brumaire an IV, s'occupèrent de l'Acadé-
mie de France et des moyens de la maintenir et
de la restaurer. Un arrêté du 11 nivose an IV
appela à la direction « le citoyen Suvée, pro-
fesseur de peinture à l'école spéciale du Mu-
séum central des Arts », qui avait été désigné
pour ces fonctions dès 1792, mais n'avait pu
prendre possession de son poste.
Ce fut seulement sous le Consulat que Suvéa
put partir pour Rome. Il eut à vaincre d'énor-
mes difficultés.
En effet,Napoléon accaparait toute l'attention
et l'académie de France était laissée dans l'om-
bre. On ne donnait aux réclamations de Suvée
que de tardives et incomplètes satisfactions.
On allait, malgré ses avances personnelles,qui
étaient sérieuses, jusqu'à négliger de lui verser
son traitement. Mais le nouveau directeur ae
se laissait décourager par rien.
La villa Médicis
Sa principale ambition était de mener à bien
les négociations relatives à l'installation de
l'académie de France à la Villa Médicis, dont
l'acquisition avait été projetée déjà sous
Louis XV. Il put avoir la joie de réaliser ce
beau rêve. Cette villa, située sur le Pincio, la
colline des jardins, et remontant au 16' siècle,
avait beaucoup perdu de sa splendeur passée:
c'était cependant une demeure digne des
grands artistes qui allaient s'y préparer à la
gloire. C'était un séjour unique par sa nature
et son attrait. - -, -- ----
L'acte d'échange de la villa ,Médicis contre
l'ancien palais de l'Académie fut signé le 2-3
brumaire, an XI, par le général Clarke, alors
ministre delà République près le roi d'Etrurie
et par le chevalier Mozzi, ministre des affaires
étrangères de ce royaume qui ne fit que pas-
ser.
Mais le plus difficile restait à faire: remplir
ce cadre. Tout était à reconstituer. C'est à quoi
Suvée s'appliqua avec une passion véritable.
Sa correspondance avec son ami Joachim Le
Breton, secrétaire perpétuel de la classe des
beaax-arts, témoigne des obstacles dont il eut
à triompher.
Suvée avait, à défaut du génie, l'enthou-
siasme pour l'art et pour Rome, ce pays béni
des artistes. C'est dans une grande mesure, a
lui, qu'on doit la reconstitution, la résurrec-
tion, pourrait-on dire, de l'Académie de France
à Rome.
Le monument qui perpétuera sa mémoire,
sur l'initiative de MM. Henry Roujon et Eu-
gène Guillaume, rappellera, au seuil de la villa
qu'il acquit pour la France, le souvenir de cet
homme de valeur à qui notre art et nos artistes
doivent tant.
L'EMIGRATION DU BON-PASTEUR,
(De noira correspondant particulier)
Budapest, 11 avril.
Les sœurs du Bon-Pasteur de Nancy sont ar-
rivées à Budapest et se sont établies dans la
Palais de la Kakosutcza (rue de Rakos) que le
comte Nicolas Zay a mis à leur disposition.
LA CAISSE £LECTORALE
DES SOCIALISTES ALLEMANDS
(De notre correspondant particulier/
Berlin, 11 avril.
Les envois à la Caisse centrale pour les élec-
tions du parti socialiste allemand affluent da
tousles points de l'Allemagne et même de l'é-
tranger. A côté de la modeste obole de vingt
ou trente sous, on voit figurer sur la liste des
sommes très importantes dont les donateurg
gardent l'anonyme. C'est ainsi que de Berliir,
« un fervent partisan de la bonne cause » en-
voie 30,000 marks, c'est-à-dire près de 40.000
francs «comme munition pour la bataille élcc*
torale.»
Un donateur qui signe par un simple potnt
d'interrogation a transmis à la caisse 12.500 fr.
A remarquer encore les sommes respectables
données par les chambres syndicales ouvrières.
Celle des ouvriers métallurgistes a envoyé
2.500 fr., celle des ouvriers en bâtiment de Beer,
lin 6.000 fr. !
——— —-
Une victime de la Justice russe
(De notre correspondant particulierJ
Saint-Pétersbourg, 11 avril.
Le citoyen Braguine, un des principaux cher
de la dernière grève de Roslow, a été frappé
d'aliénation mentale dans la prison de Kamens*
kaya, où il est détenu depuis plusieurs sC-,
maines. On a dû le transporter dans un asile
d'aliénés. Son cas est désespéré.
LES CONGRÉGATIONS
Perquisitions chez les Assomp-
tionnistes.
Depuis qu'ils ont été dispersés, les frères
assomptionnistes ont quitté la rue Franco; -1"
et la rue Bayard et se sont installés ine. vi,
viduellement dans des locaux séparés. M. A -
dré, juge d'instruction, voulant connaitt,,
exactement l'action de ces porteurs de frocar
sur le journal La Croix, a chargé MM. Ha-
mard, chef de la Sûreté, Biot, sous-chef de Ik
Sûreté, Roy, commissaire aux délégations j u,
diciaireâ, et quatre commissaires de quartier,
de rechercher les pères dispersés, et de péri
quisitionner à leurs nouveaux domiciles. Ces
opérations ont été faites hier après-midi. Le4
magistrats se se ut successivetueat rendus 16
ANNONCES
AUX BUREAUX DU JCURNAL r
14, rue du Mail, Paris.
uhez MM. LAGRANGE, CERF & Cil
6, place de la Bourse, 6.
'Aaresse Télégraphique : XIX' SIÈCLE - PARIS
ABONNEMENTS
Paris. Trois mois 6 f. Six mois 11 f. Un an 201*
Départements — 7f. — 12 f. — 24 Ù
Union Postale — 9f. — 16 f. — 32lc
Les Abonnements sont reçus sans frais
dans tous les Bureaux d& Posté
RÉDACTION : 14, rue du Mail
De 4 à 8 heures du soir et de 10 heures du soir à 1 heure du malin
N. 12085 — Lundi 13 Avril 1903
24 GERMINAL AN 111
ADMINISTRATION ; 14, rue du Mail
Adresser lettres el mandats à l'administrateur
NOS LEADERS
LA L'OQUE
La Plaine-Monceau se fâche.Avouez
qu'elle a de bonnes raisons de se fâ-
cher et que sa patience a été longue.
Mais les choses les plus longues ont
leur fin ; la patience de la Plaine-Mon-
ceau est à bout.
Nous avons publié hier le texte de
l'affiche dont le but est de mettre M.
Pugliesi-Conti en demeure de résigner
l'un ou l'autre des mandats qu'il cu-
mule depuis tantôt un an. Contraire-
ment à tous les usages, à tous les précé-
dents, à toutes les convenances, M.
Pugliesi-Conti, qui était depuis mai
1900 conseiller municipal du quartier
de la Plaine-Monceau, élu, en mai 1902,
député de la première circonscription
du XVIIe arrondissement, n'a point
donné sa démission de conseiller muni-
cipal.
Ils étaient cinq dans le même cas, na-
tionalistes élus — ils s'en rendaient
bien compte — par hasard, par un coup
de veine, si peu sûrs du lendemain
qu'ils n'osaient aventurer, je ne dirai
pas : leur parti, car le nationalisme ne
saurait mériter le nom de parti, mais :
leurs amis, dans les risques d'une nou-
velle consultation du suffrage uni-
versel.
- Abandonner l'un ou l'autre des siè-
ges qu'ils avaient réussi à conquérir,
ceux qui leur donnaient ce conseil en
parlaient bien à leur aise ; comme le
légendaire condamné à mort, ils avaient
de la méfiance; voulait-on qu'ils lais-
sassent le champ libre à l'ennemi, c'est-
à-dire aux républicains ? Non ! non !
s'appropriant le mot fameux de Mac-
Mahon, ils y étaient, ils y restaient; ils
y resteraient, du moins, tant qu'on ne
les jetterait pas dehors. Attitude assu-
rément peu digne, peu noble, mais
combien prudente !
La Chambre s'est émue de cette si-
tuation anormale: sur la proposition
de notre ami, Charles Bos, elle a som-
mé les dépntés-conseillers d'opter. Que
faire? que choisir? Douloureuse alter-
native. L'âne de Buridan ne fut pas lui-
même plus embarrassé entre son pico-
tin d'avoine et son seau d'eau.
Mais les amis des cumulards leur tin-
rent ce langage: «- N'hésitez pas.Quit-
tez la Chambre où votre présence passe
inaperçue et demeure inutile, restez à
l'Hôtel de Ville oùvous êtes nécessaires.
Si — comme c'est probable, le vent
ayant changé, -vous êtes remplacés au
Palais-Bourbon par des républicains,
eh bien ! ça ne fera que'cinq républicains
de plus ; dans le tas, on ne s'en aper-
cevra guère. Tandis que si vous êtes
remplacés au Conseil municipal par le
même nombre de républicains, ah ! dia-
blee ! ah ! fichtre ! c'est la majorité
qui se déplace, c'est le bureau qui nous
échappe, c'est Paris qui est perdu !. »
Des cinq auxquels s'adressaient ces
exhortations, quatre demeurèrent silen-
cieux et immobiles ; le cinquième —
ce fut M. Edmond Lepelletier — se
décida à faire. exactement le contraire
de co que ses amis attendaient de lui.
Trouvant infiniment ûlus agréable d'être
député que conseiller municipal — évi-
demment, cela fait mieux sur les cartes
de visite — et subordonnant avec une
aimable désinvolture les intérêts de son
« parti » aux siens propres, il se démit
de son mandat municipal, disant aux
nationalistes desBatignolles : Débrouil-
lez-vous !. On sait comment ils y ont
réussi.
***
Etonnez-vous, après le succès de M.
Sohier, que M. Pugliesi-Conti — et
comme lui M. Spronck, M. Auffray, M.
Tournade — se cramponnent désespéré-
ment à leurs sièges. M'est avis que les
républicains de la Plaine-Monceau au-
raient tort de se faire grande illusion
sur l'effet utile de l'affiche dont nous
avons hier donné le texte.
Ils ont eu pleinement raison, cela
va sans dire, de dénoncer la conduite
de M. Pugliesi-Conti, qui « a constam-
ment négligé ses fonctions municipales,
rie venant à l'Hôtel de Ville qu'à de ra-
res intervalles, ne prenant part à au-
cune discussion, ne se trouvant jamais
là quand il y avait des crédits à répar-
tir entre les divers quartiers, de telle
sorte que la Plaine-Monceau a été cons-
tamment lésée » ; mais il en sera, si
j'ose me permettre cette expression fa-
milière, comme d'un cautère sur une
jambe de bois.
Nos bonscumulards nationalistes sont
évidemment de ces gens qui otft abdi-
qué tous scrupules, fait abandon de
toute peur; tant qu'ils n'auront pas
été jetés à la porte, ils resteront. -
Mais quelle défaite morale c'est pour
eux que cette attitude inqualifiable ! Quel
aveu de l'effondrement de ce qui fut le
nationalisme! Vous comprenez bien
que s'il y avait une chance, une seule,
de conserver à la réaction les sièges
qu'ils occupent, ils ne se raidiraient pas
ainsi dans une posture qui, à coup sûr,
leur aliène bien dèS sympathies et in-
dispose contre eux nombre do leurs
partisans. Ils se savent battus, irrémé-
diablement battus, et c'est pour cela
qu'ils restent.
Croyez qu'ils ne doivent pas être con-
tents. tous ceux qui escomptent d'a-
vance à leur profit la succession de ces
messieurs. Dans la Plaine-Monceau, no-
tamment , plusieurs nationalistes se
disputaient déjà le bout de banquette
municipale de M. Pugliesi-Conti. M.
Massard, directeur de la Patrie, l'aller
ego de M. Millevoye, n'était-il pas can-
didat? — candidat républicain , est-il
besoiri de le dire ? Et n'avait-il point
pour concurrent annoncé notre sympa-
thique confrère M. Vannucci, rédacteur
au Petit Caporal, ami intime de M.
Cunéo d'Ornano, candidat républicain,
lui aussi, naturellement ; et pourquoi se
gêner?
Après tout, ces messieurs peuvent se
consoler en songeant que, selon toutes
vraisemblances — pour ne pas dire :
certitudes — le jour où M. Pugliesi-
Conti se résignera à déguerpir, ce sera
un républicain — non un républicain
nationaliste, plébiscitaire, bonapartiste,
mais un républicain tout court — qui
le remplacera à l'Hôtel de Ville. N'im-
porte, ils doivent être furieux. Mettez-
vous à leur place.
.*.
Et ce qui achève de bien faire com-
prendre la situation actuelle du natio-
nalisme, c'estque,si quelques-uns comme
MM. Pugliesi-Conti, Tournade, Auffray
et Spronck s'incurstent dans leurs siè-
ges, d'autres cherchent les occasions de
« filer ». Vous avez vu que M. Pierre
Richard vient d'être nommé consul de
France je ne sais plus où. Dame ! M.
Pierre Richard s'est dit qu'il pourrait
lui arrivera la longue ce qui est arrivé
à M. Goussot. Pierre Richard, Goussot,
c'étaient deux échantillons du même
type. Tous deux avaient profité de l'om-
nibus boulangiste pour arriver à la dé-
putation, l'un à Saint-Denis, l'autre à
Sceaux. M. Goussot a pu se maintenir
quelque temps, puis la culbute inévita-
ble s'est produite; Saint-Denis l'a expul-
sé, les Batignolles n'ont pas voulu le
recueillir ; le voilà par terre. M. Pierre
Richard s'est dit sagement que pareille
aventure lui arriverait tôt ou tard, il a
pris les devants. Il va aller au dehors
représenter ce gouvernement contre
lequel, lui, ancien lieutenant de Dérou-
lède, il a accumulé les outrages ; c'est
très drôle.
Impossible de nier, après cela, que le
nationalisme se décolle ; ça tombe en
morceaux; c'est pourri. Bonsoir, mes-
sieurs. — Et comme il faut toujours
que, dans toutes les catastrophes, il se
trouve quelqu'un pour dire le petit mot
pour rire, voilà M. Gabriel qui saisit
l'occasion pour proposer aux nationa-
listes l'adoption d'un programme !.
M. Gabriel appartient évidemment à
la catégorie de ces farceurs macabres
qui ne reculent point devant les char-
ges de mauvais goût. Un programme !
Et M. Gabriel suggère le nôtre, le pro-
gramme radical-socialiste. Il convie
implicitement M. de Cassagnac, M. Ar-
thur Meyer, M. Edouard Drumont, à
adhérer à ce programme. N'est-ce pas
ce qu'on appelle s'offrir la tête des
gens ?
M. de Cassagnac, lui, était plus sé-
rieux, l'autre jour, en demandant l'ins-
titution d'un grand comité dont la fonc-
tion serait d'écarter tout ce qui divise
les nationalistes, c'est-à-dire : ne point
rédiger de programme. C'était, du
moins, faire preuve de bon sens, tandis
que la proposition saugrenue de M.
Gabriel ne peut aboutir qu'à la démons-
tration du vide et de l'incohérence de
cette chose sans nom qui a voulu être
le parti nationaliste, n'a jamais été
qu'une coalition cynique d'ambitions,
d'intérêts, d'appétits, et n'est plus au-
jourd'hui qu'une loque.
Lucien Victor-Meunier.
.11011
LES FOSSOYEURS
x Il était légitime d'annoncer
le, décès du nationalisme, après
le coup terrible que lui avait
asséné le 46 arrondissement de
Paris. Nous avons donc déclaré
qu à notre connaissance le na-
tionalisme était mort. Nous
sommes heureux de constater que tout le
monde est d'accord pour nous donner rai-
son.
De toutes parts accourrent des fossoyeurs
volontaires pour enfouir le défunt.
Le Temps est parmi les plus empressés.
Il énumère tous les motifs qu'il a de croire
l'incident nationaliste définitivement clos.
Il relate d'abord la série des dernières élec-
tions républicaines ; le choix de cinq dé-
mocrates pour le bureau du Conseil muni-
cipal ; surtout le désespoir des promoteurs
du mouvement clérical, il admire le mot
caractéristique de M. Maurice Barrés, di-
sant à un de nos confrères : « J'ai été du
baptême du nationalisme ; je suis de son
enterrement. ))
A ces symptômes funèbres, le Temps
pourrait ajouter les articles publiés dans
1 Intransigeant, d'abord par M. Alfred
Gabriel, ensuite par M. Henri Rochefort
lui-même. M. Rochefort lâche carrément
ses alliés d'hier, expliquant que les « na-
tionalistes d'extrême gauche » sont fatigués
d'être traités de « bondieusards 1), et invi-
tant ses amis à fonder un nouveau parti
dont « tous les adhérents pourraient mon-
trer leurs états de services antireligieux ».
Donc : plus de nationalisme..
Le Temps, alors, de s'écrier :
— Plus de nationalisme ? Bon l Le gou-
vernement va revenir aux « progressis-
tes )) ?
Le Temps estime « qu'on ne lutte pas
contre des vaincus », et « qu'il n'y a plus
rien à craindre des congrégations, puis-
qu'elles sont supprimées ou à la veille de
l'être M.
Alors, le parti radical et radical-socia-
liste qui dispose d'une grande majorité re-
lative dans le Parlement n'a plus qu'à se
retirer, son œuvre étant achevée.
Le Temps se trompe du tout au tout. Des
gouvernements modérés nous ramène-
raient un césarisme, parce qu'ils créeraient
dans le pays l'état de mécontentement qui
favorise les boulangismes et les nationa-
lismes ; en outre, ils renouvelleraient le
péril clérical, en rendant toute liberté de
faire le mal aux congrégations.
D'ailleurs, l'œuvre de laïcisation n'est
pas encore achevée.
Enfin, la lutte contre les ennemis de la
République n'est qu'une partie du pro-
gramme démocratique ; nous sommes im-
patients de passer à la seconde partie:
celle des réformes sociales.
CONSUL INATTENDU
Nous avons appris hier, avec un étonnement
que nos lecteurs ont assurément partagé, la no-
mination au poste de consul général à la Nou-
velle-Orléans, de M. Pierre Richard, député na-
tionaliste de Sceaux, secrétaire général de la li-
gue des patriotes, impliqué en 1889 avec MM.
Déroulède, Lnguerre, Turquet et d'autres dans
le procès de la ligue, et l'un des manifestants
révisionnistes d'Angoulême.
Nous avons noté hier cette nominatioç, sans
commentaire,, attendant sur. ce fait, au moins
bizarre, dos explications qui ne sont pas encore
venues.
Nous sommes donc réduits à exprimer ici
notr.e surprise de voir le gouvernement de la
République confier un poste important, un
poste ayant un caractère politique, à un député
de la fraction nationaliste la plus accusée ;
nous savons bien que la nationalisme est mort
— il l'a bien prouvé par les récentes élections,
— mais l'usage n'est pas, que nous sachions,
qu'un gouvernement choisisse pour le repré-
senter à l'étranger et pour parler en son nom,
un ennemi de sa politique. Il nous faudra du
temps pour nous habituer à ces nouvelles fa-
çons da faire.
Ob
DEMISSION DE M. REVOIL
M. Revoit a donné sa démission des fonc-
tions de gouverneur général de l'Algérie. Voici
les termes dans lesquels l'Agence Havas a suc-
cessivement annoncé la démission et les suites
que le gouvernement compte donner à cet
acte :
M. Revoit a adressé à M. Combec;, président du
conseil, une lettre l'informant qu'il donne sa dé-
mission de gouverneur général de l'Algérie.
Nous croyons savoir que cette démission a été
acceptée.
M. Combes, président du conseil, s'est rendu
hier matin à l'Elysée pour s'entretenir avec le Pré-
sident de la République des conséquences de la dé-
mission de M. Revoit, gouverneur général de l'Al-
gérie.
La démission de M. Revoil, gouverneur général
de l'Algérie, n'entraînera aucune modification au
programme du voyage du Président de la Républi-
que en Algérie.
L'intérim du gouvernement général va être confié
à M. Varnier, secrétaire général du gouvernement
général. -
Pour comprendre les raisons du départ de
M. Revoil, il faut d'abord relire un passage
du discours prononcé lundi dornier à la Cham-
bre, par le président du Conseil, en réponse à
une question de M. Chenavaz. A cette séance,
M. Combes, après avoir déclaré calomnieux les
dires du Petit Dauphinots, au sujet de ce que
l'on a appelé le million des chartreux, ajou-
tait:
Cette calomnie est destinée à recouvrir et à favo-
riser une intrigue d'ordre administratif qu'il m'est
permis do démêler, depuis que j'ai pu rapprocher
du langage .tenu par le rédacteur en chef du Petit
Dauphinois, une démarche récemment divulguée
et faite, a t-on dit, en vue de certaines révélations
par le directeur politique de cette feuille, qui avait
le devoir de porter ces révélations, vraies ou pré-
tendues, au ministère de l'intérieur, dont la porte
lui était journellement ouverta.
Je me réserve, après plus ample informé, de
donner à l'intrigue le dénouement qu'elle mérite.
Le Petit Dauphinois a pour directeur M.
Pierre Baragnon, qui est l'oncle de M. Revoil.
M. Revoit se sentant donc visé directement
par les paroles du miuistro, se rendit au mi-
nistère de l'intérieur pour, déclara un rédac-
teur du Temps, « protester contre do pareils
soupçons et décliner toute solidarité avec les
auteurs des bruits démentis par M. Combes».
Il ne fut pas reçu par le président du conseil.
Vendredi matin, M, Revoit demanda une au-
dience à M. Combes.A midi, il reçut une let-
tre par laquelle le ministre lui disait « que
n'ayant pas encore réuni toutes les informa-
tions qui lui étaient nécessaires, sur l'inci-
dent du Petit Dauphinois, il ne pourrait le re-
cevoir qu'au retour d'Algérie du Président do
la Républ ¡que).
Dans ces conditions, M. Revoil, jugeant qu'il
n'avait plus la confiance du gouvernement, se
rendit à l'Elyséo, en compagnie de son ami
M. Etienne, député d'Oran, et fit part au Pré-
sident ce la République do l'impossibilité où il
se trouvait de conservor ses fonctions et de sa
détermination de les résigner immédiatement.
En sortant de l'Elysée, M. Revoil rentra chez
lui et rédigea sa lettre do démission qu'il fit
porter à M. Combes, vendredi, vers huit heures
du soir.
M. Revoil, faisant, dans cette lettre, allusion
aux deux refus successifs du président du con-
seil de le recevoir, ajoute qu'il a appris par un
député de ses amis qu'il n'a plus la con-
fiance du gouvernement et que, dès lors, il
croit devoir résigner ses fonctions.
On dit que le successeur de M. Revoil ne
sera désigné qu'après le retour à Paris du Pré-
sident do la République.
(Voir la suite dans notre DEUXIEME EDITION)
UN COMPLOT EN SERBIE
Londres, 11 avril.
On mande de Vienne au Times :
Un télégramme de Buda Pest annonce qu'on
aurait découvert, dimanche dernier, à Bel-
grade, un complot en vue d'assassiner le roi
Alexandre. Il y aurait eu de nombreuses arres-
tations.
AU MAROC
Londres, 11 avril.
On mande do Tanger au Morning Post, le 10
avril :
La rébellion somble gagner du terrain. On
rapporte que les Beni Aros ont pris posses-
sion d'Arzila, petite ville située à 30 milles
d'ici.
Alger, 11 avril.
On mande de Marnia :
« La famille Aurel d'Udja est arrivée ce matin
à Marnia.
« Elle se rend à Nemollrs, où elle s'êmbar.
quera sur lo courrier de la côte ouest, à desti-
nation d'un port marocain du littoral.
« Ce départ précipité, ressemblant à une
faite, confirmerait les informations qui annon-
cent comme imminente la marche du prétou.
dont.. »
A LA CAMPAGNE
PRÉJUGÉS SUR LA LUNE
L'influer ce de la lune rousse. - Une
mauvaise réputation. — Rayonne-
ment nocturne. — La rosée. —
La lune et la blonde. — Au-
tres préjugés.
J'ai reçu, cette semaine, une lettre d'un
correspondant qui s'exprime en ces termes :
« Pourriez-vous me dire, monsieur, ce que
c'est que la lune rousse, et, en môme temps,
voudriez-vous être assez aimable de me rensei-
gner sur co qu'il y a de vrai dans les nom-
breux « on-dit » des gens de la campagne, au
sujet dos influences diverses exercées par la
lune. »
Voilà, mon cher correspondant, doux ques-
tions qui sont quelque peu compliquées et qui
nécessitent un assez long - développement.
Après tout, je no vois pas pourquoi je n'en fe-
rais pas 1e sujet do ma chronique hebdoma-
daire.
La lune rousse et les gelées printa
nières
El d'abord, qu'est es que la lune roussel On
donne ce nom à la lune qui commence en avril
et qui devient pleine, soit à la fin de ce mois,
soit dans le courant de mai. On attribue à cette
lunaison les gelées printanières qui se produi-
sent à cette époque, aussi la lune rousse
a-t-elle une très mauvaise réputation.
Le nom de lune rousse lui est donné parce
qu'on prétend qu'elle jouit de la malencon-
treuse propriété de roussir, c'est-à-dire de
geler les jeunes pousses et les jeunes fleurs
qui sont soumises à l'influence de sa lu-
mière.
L'astre des nuits est, certes, bien innocent
de tous les méfaits qu'on lui attribue, et voici
comment on explique les nombreux ravages
causés par les gelées à cette époque de l'an-
née.
Le mois d'avril est la saison où les jeunes
pousses des plantes commencent à se dévelop-
per. Elles sont, à ce moment, des plus déli
cates,aussi la moindre gelée les atteint-elles.
Lorsque la lune éclaire les nuits, quand lo
ciel est bien pur, il se produit un rayonne-
mont considérable, et la température du sol
baisse dans de grandes proportions. En d'au-
tres termes, si le ciel est clair pendant la nuit,
la chaleur absorbée par la terre pendant le jour
est renvoyée vers les espaces célestes, et il on
résulte un refroidissement qui peut faire tom-
ber la température de 5 ou 6 degrés et la ra-
mener à zéro ou au-dessous.
Au contraire, si le temps est couvert, le
rayonnement du sol vers le ciel, le refroidisse-
ment n'a pas lieu et, par suite, il n'y a pas
de gelée quand la lune ne paraît pas.
Donc, les plantes peuvent être frappées par
la gelée quand le ciel est serein, et elles ne le
sont jamais quand le ciel est couvert.
On pourrait croire, de prime abord, que ce
sont bien les rayons de la lune qui exercent
cette influence néfaste, si l'on ne se reportait
à , l'explication qui vient d'être donnée et qui
attribue les gelées au rayonnement terrestre.
Donc, les rayons lunaires éclairent le désas-
tre, mais ne le causent pas. La lune n'est pas
l'auteur des dégâts occasionnés par les gelées
nocturnes du printemps, elle est seulement le
témoin impassible des phénomènes de radiation
nocturne.
La blanche divinité des nuits n'est pas sujette
à la méchanceté, elle sourit toujours à Pomone
et à Flore, les déesses ses soeurs, et demeure
unie avec elle dans le plus inaltérable accord.
Plusieurs autres phénomènes ont été attribués
à la lune, ils ont cependant à peu près les
mêmes causes que celui dont il vient d'être
question ; cet astre ne fait également que les
éclairer, sans leur donner naissance.
La lune et la rosée
Presque partout, on attribue à la lune la
production de la iosée. Rien n'est pourtant
plus faux. Le phénomène qui produit la rosée
est à peu près le même que celui qui produit
les gelées printanières.
Chacun sait que lorsqu'un objet est beau-
coup plus froid que l'air qui l'entoure, il se dé-
pose sur son pourtour une partie de l'eau que
cet air tient en suspension. Le fait est très visi-
ble pendant J'été, quand on met une carafe
d'eau très fraiche sur une table.
Lorsque la lune éclaira et que le ciel est dé-
couvert, il se produit un refroidissement des
objets qui se trouvent à la surface de la terre
et l'eau contonue dans l'air se dépose à leur
surface.
Ce n'est donc point la lune qui produit la
rosée. Le dépôt d'eau est occasionné par la
température de l'air ambiant, qui est plus éle-
vée quo celle das objets avec lesquels il est en
contact.
Blondes, brunissez-vous 1,
On dit parfois quo la lune brunit le teint.
On a remarqué, en effet, que les visages de
ceux qui sont obligés par métier de passer la
nuit au dehors, brunissaient beaucoup plus
vite qu'ils ne l'auraient fait s'ils avaient été ex-
posés à l'influence de la lumière solaire. Il suf-
fit parfois d'une seule manœuvre de nuit pour
brunir considérablement le teint de tous les
hommes d'un régiment qui a pris part à cet
exarcice.
Ici encore, il est probable que c'est au froid,
au rayonnement, qu'il faut attribuer cette ac-
tion et non pas à la lune. ,II-
La lune et la culture
On a cru pendant longtemps, on croit encore
et on croira, qui sait même jusqu'à quand, que
le bois abattu pendant la nouvelle lune et pen-
dant lo premier quartier est de moins bonne
qualité que celui quo l'on abat pendant la deu-
xième moitié do la lunaison.
Autrefois, ce préjugé faisait en quelque
sorte force de loi pour l'abatago des bois.
C'est ainsi qu'avant la Révolution les ordon-
nances royales enjoignaient de ne couper les
arbres des forêts qu'après que la lune avait
passé son plein.
Un préjugé, tout aussi enraciné quo le pré-
cédent,est celui qui consiste à admettre qu'on
ne, peut avoir d'arbres vigoureux qu'autant
qu'on prend la précaution de les planter, tail-
ler ou semer pendant la lune croissante.
Quelques cultivateurs affirment, au con-
traire, que pour avoir des fruits précoces, il
faut semer, planter ou tailler pendant le dé-
clin de la lune.
Certains vieux jardiniers ne sèment que les
plantes à racines alimentaires pendant la pre-
mière moitié de la lunaison et réservent pour
la deuxième moitié les semis de plantes four-
nissant desîgrains ou des graines : haricots,
fèves, lentilles, etc.
J'ai réservé pour la fin le préjugé qui con-
siste à recommander de mettre les œufs à cou-
ver quand la lune est nouvelle. Pourquoi cela?
J'avoue n'en rien savoir et je dirai volontiers
comme Arago : « Ne faut-il pas une foi bien
robuste pour admettre sans preuùÊS qu'à qua-
tre vingt mille lieues de distance, la lune, dans
Une do , ses positions, agisse avantageusement
sur la végétation des fèves, la fructification des
arbres ou le développement des poulets ou au-
tres animaux? »
Et dire pourtant qu'il y a un las de gens qui
ont cette foi et bien d'autres du même ton-
neau l
Errare hummum est, disent lc@ latinistes,
Oui, vraiment, l'homme est sujet à l'er-
reur. — A. Montoux.
00
FLIRT
Un certain nombre de préfets et de sous-
préfets se font une étrange conception do leur
devoir, et arrivent, par une aberration inex-
plicabld, à commettre des fautes de tactique
qui ont les plus graves conséquences au point
de vue républicain.
Leur système consiste à flirter avec les réac-
tionnaires de leur département, à leur donner
des gages, à leur faire obtenir des faveurs, à
se livrer vis-à-vis d'eux à des coquetteries de
jolie femme. Les uns font cela parce que c'est
dans leurs goûts, les autres parce qu'ils s'ima-
ginent ainsi rallier les réfractaires à la cause
de la démocratie.
Ils ont lort tous les deux, les premiers, par-
ce que l'on ne cherche pas à devenir l'agent du
gouvernement que l'on aspire à trahir, les se-
conds parce qu'ils se trompent lourdement.
C'est un leurre que d'epérer rallier à la Ré
publique par des amabilités et des politesses
ses pires ennemis. Ces gens-là sont le plus
souvent irréductibles, ils acceptent les avances
mais ils n'en font point. Il n'est qu'un seul
moyen do faire la conquête des hommes:
s'adresser à leur intelligence et les convaincre.
Tout le reste n'est que subterfuge.
Au moment où M. Combes est décidé à faire
appliquer les lois récemment votées sans fai-
blesse. il doit plus que jamais surveiller ses
subordonnés, et leur faire comprendre que la
République veut, comme adminislrateurs,Don
point des diplomates, désireux de faire risette
à tout le monde et de ne mécontenter personne,
mais des hommes aux. convictions solides, à la
conscience droite, à la volonté énergique, de
véritables pionniers de la démocratie. —
L. Armbruster.
Voir à la 33 page
les Dernières Dépêches
FRANCS-ALLEUX
Le régime féodal n'a pas disparu tout entier.
Si l'organisation médiévale a été brisée par la
Révolution, çà et là subsistent un certain
nombre de fiefs indépendants analogues aux
'< francs-alleux » du vieux temps. Il suffit" de
posséder un nom brillant, une grosse fortune
et un héritage foncier pour s'offrir le luxe de
mener au 20" siècle l'existence des seigneurs
du 13'.
Monsieur le marquis de Certaines, « gentil-
homme, de par Dieu a confesse ingénument,
dans une lettre adressée au préfet de la Nièvre,
comment une commune peut abdiquer sa liber-
té politique au profit d'une famille ou d'un
homme.
Notro pays, écrit-il, est plongé dans la tris-
tesse et dtS le detvU. Deux maisons de sœurs,
entretenues par mot Anlhien et à Pouques-
Lormes, sont fermées par l'ordre brutal du
gouvernement. Soi^rnte enfants perdent celles
qui, depuinte-deux ans, ont élevé leurs
mères et leurs aïeules, soigné gratuitement leurs
malades.
D'abord, nous ferons remarquer à M. de
Certaines que personne no l'empêche do rem-
placer les établissements congréganistes par
des établissements laïques. Ainsi les enfants,
les pauvres et les malades ne perdraient rien.
C'est à M. de Certaines à voir si l'esprit de so-
lidarité sociale l'emporte chez lui sur l'esprit
clérical. Je n'aperçois point par quel procédé
le préfet de la Nièvre lui épargnerait la crise
intellectuelle que, sans doute, il traverse.
La délibération prise par 1e conseil munici-
pal d'Anlhien mérite au contraire d'attirer l'at-
tention des pouvoirs publics. Voici le début
de ce document, attristant et scandaleux:
« Le conseil, considérant que, depuis l'année
1851, Jes sœurs dites Filles de la Croix de
Saint-André sont établies dans la commune
d'Anthien, qu'elles sont logées et entretenues
complètement, sans qu'il en ait jamais coûté un
sou à la commune, par les soins et dans les
immeubles de la famille de Certaines ; que.
etc. »
Le conseil municipal d'Anthien dépasse évi-
demment la mesure de la déférence due à des
personnalités charitables et munies des moyens
d'exercer la charité. Je vous demande un peu
quelle liberté politique réelle conserve une as-
semblée qui attache un prix si excessif aux
générosités d'une famille riche ? Ce conseil
municipal prend les armes pour la cause des
religieuses, parce que ces dernières « ne lui
coûtent pas un sou » et soat en bons termes
avec un gros propriétaire.
Les avis des conseils municipaux favorables
aux congrégations ont été émis dans dos condi-
tions analogues. Avouez que la Chambre et
le gouvernement ont eu raison de ne pas atta-
cher trop d'importance à de pareilles délibéra-
tions.
La vérité, c'est que l'influence individuelle
d'un millionnaire se transforme aisément en
tyrannie sur le territoire exigu d'une seule
commune.
Et le gouvernement doit être surpris qu'on
prétende mettre sur le même plan le vote de la
Chambre, qui représente la nation, et la déli-
bération du conseil municipal d'Anthien, qui
représente. M. de Certaines.
Or, la Chambre a ordonné la suppression des
établissements congréganistes. — Hugues Des-
trem.
UN DOCUMENT CLÉRICAL
Le mariage selon l'Eglise. — Comment
les cléricaux respectent la loi.
Un ami me communique un document cu-
rieux à plus d'un titre. J'en extrais les deux
premiers articles. 3
Au verso d'un certificat de publication de
mariage du diocèse de Dayeux (Calvados), est
écrit :
AVIS ESSENTIEL
I. Le mariage est un sacrement institué par
Notre-Seigneur Jésus-Christ pour former et sancti-
fior l'union de l'homme et de la femme et pour
leur donner la grâce d'élever chrétiennement leurs
enfants. — Dans tous les temps et chez tous les
peuples, le mariage a toujours été un rite exclusi-
vement religieux et sacré. Le mariage étant d'in-
stitution divine, les hommes n'ont sur lui aucun
droit. Ce qu'on appelle mariage civil (dont l'inven-
tion est de date récente) n'est donc pas véritable-
ment le mariage ; ce n'est qu'un acte accompli par
les futurs époux devant l'officier de l'état civil pour
s'assurer le bénéfice de la toi touchant les Intérêts
de la famille. Par lui-même, cet acte n'engage nul-
lement la conscience.
II. Le mariage est un, c'est-à-dire qu'il est essen-
tiellement le lien d'un seul homme avec une seule
femme. Il est indissoluble, c'est à-dire qu'une fois
consommé entro chrétiens, il ne peut être rompu
que par la mort de l'un ou de l'autre des deux
époux.
Voilà qui est parlé net. Cet « avis essentiel"
a au moins le mérite de la franchise etnous ap-
prendrait — si nous ne le savions déjà — que
l'Eglise se croit au-dessus de la loi. Maisaufait,
pourquoi donc les cléricaux se gêneraient-ils
puisqu'on les laisse faire? Ils déclarent ouver-
tement la guerre au gouvernement de la Répu-
blique qui les paie et ils réclament la palme du
martyre, dès qu'on veut mettre fin à leurs agis-
sements.
Il serait bon cependant que les curés, moines
et nonnes n'oubliassent pas que la loi est faite
pour tous et que personne c'est au-dessus
d'elle. —J/, M.
LE CENTENAIRE
DE LA VILLA MEDICIS
L'académie de France à Rome.
Jean-Benoit Suvée. — Son œuvre. *
Obstacles décourageants. — Le
nouveau palais de l'académie. —.
Un monument bien mérité.
On sait que le 18 courant aura lieu à Romé
la célébration da centenaire de l'installation de
l'académie de France, asile des prix de Rome, e
la Villa Médicis.En même temps on inaugurera
un monument en l'honneur de Jean-Benoit
Suvée, ancien directeur de l'académie, qui
l'installa dans cette villa fameuse.
Suvée, né en 1743, mort en 1807, fut un
artiste distingué, et un professeur excellent.
Il faillit subir le sort d'André Chénier, dans la
prison duquel il fut enfermé comme peintre
du roy. Il fallut à l'artiste, après avoir échap-
pé à ce péril, des efforts opiniâtres pour re-
prendre à Rome l'œuvre dont Colbert et Er-
rard avaient jeté les fondements.
Les hommes de la Révolution ne voulaient
nullement supprimer l'Académie de France à
Rome ; mais, après le meurtre de notre char-
gé d'affaires, assassiné en 1793, le palais Mani-
ni, occupé par notre académie, avait été pillé
et les pensionnaires avaient dû quitter Rome
devant des menaces de mort. Ils restèrent pres-
que tous en Italie, où ils s'installèrent comme
ils purent.
Il y eut au Salon du Louvre, en 1795, une
exposition des ouvrages de prix de Rome, aux
meilleurs desquels on décerna des récompen-
ses.
Réorganisation de l'Académie
Un décret de la Convention, et surtout la loi
du 3 brumaire an IV, s'occupèrent de l'Acadé-
mie de France et des moyens de la maintenir et
de la restaurer. Un arrêté du 11 nivose an IV
appela à la direction « le citoyen Suvée, pro-
fesseur de peinture à l'école spéciale du Mu-
séum central des Arts », qui avait été désigné
pour ces fonctions dès 1792, mais n'avait pu
prendre possession de son poste.
Ce fut seulement sous le Consulat que Suvéa
put partir pour Rome. Il eut à vaincre d'énor-
mes difficultés.
En effet,Napoléon accaparait toute l'attention
et l'académie de France était laissée dans l'om-
bre. On ne donnait aux réclamations de Suvée
que de tardives et incomplètes satisfactions.
On allait, malgré ses avances personnelles,qui
étaient sérieuses, jusqu'à négliger de lui verser
son traitement. Mais le nouveau directeur ae
se laissait décourager par rien.
La villa Médicis
Sa principale ambition était de mener à bien
les négociations relatives à l'installation de
l'académie de France à la Villa Médicis, dont
l'acquisition avait été projetée déjà sous
Louis XV. Il put avoir la joie de réaliser ce
beau rêve. Cette villa, située sur le Pincio, la
colline des jardins, et remontant au 16' siècle,
avait beaucoup perdu de sa splendeur passée:
c'était cependant une demeure digne des
grands artistes qui allaient s'y préparer à la
gloire. C'était un séjour unique par sa nature
et son attrait. - -, -- ----
L'acte d'échange de la villa ,Médicis contre
l'ancien palais de l'Académie fut signé le 2-3
brumaire, an XI, par le général Clarke, alors
ministre delà République près le roi d'Etrurie
et par le chevalier Mozzi, ministre des affaires
étrangères de ce royaume qui ne fit que pas-
ser.
Mais le plus difficile restait à faire: remplir
ce cadre. Tout était à reconstituer. C'est à quoi
Suvée s'appliqua avec une passion véritable.
Sa correspondance avec son ami Joachim Le
Breton, secrétaire perpétuel de la classe des
beaax-arts, témoigne des obstacles dont il eut
à triompher.
Suvée avait, à défaut du génie, l'enthou-
siasme pour l'art et pour Rome, ce pays béni
des artistes. C'est dans une grande mesure, a
lui, qu'on doit la reconstitution, la résurrec-
tion, pourrait-on dire, de l'Académie de France
à Rome.
Le monument qui perpétuera sa mémoire,
sur l'initiative de MM. Henry Roujon et Eu-
gène Guillaume, rappellera, au seuil de la villa
qu'il acquit pour la France, le souvenir de cet
homme de valeur à qui notre art et nos artistes
doivent tant.
L'EMIGRATION DU BON-PASTEUR,
(De noira correspondant particulier)
Budapest, 11 avril.
Les sœurs du Bon-Pasteur de Nancy sont ar-
rivées à Budapest et se sont établies dans la
Palais de la Kakosutcza (rue de Rakos) que le
comte Nicolas Zay a mis à leur disposition.
LA CAISSE £LECTORALE
DES SOCIALISTES ALLEMANDS
(De notre correspondant particulier/
Berlin, 11 avril.
Les envois à la Caisse centrale pour les élec-
tions du parti socialiste allemand affluent da
tousles points de l'Allemagne et même de l'é-
tranger. A côté de la modeste obole de vingt
ou trente sous, on voit figurer sur la liste des
sommes très importantes dont les donateurg
gardent l'anonyme. C'est ainsi que de Berliir,
« un fervent partisan de la bonne cause » en-
voie 30,000 marks, c'est-à-dire près de 40.000
francs «comme munition pour la bataille élcc*
torale.»
Un donateur qui signe par un simple potnt
d'interrogation a transmis à la caisse 12.500 fr.
A remarquer encore les sommes respectables
données par les chambres syndicales ouvrières.
Celle des ouvriers métallurgistes a envoyé
2.500 fr., celle des ouvriers en bâtiment de Beer,
lin 6.000 fr. !
——— —-
Une victime de la Justice russe
(De notre correspondant particulierJ
Saint-Pétersbourg, 11 avril.
Le citoyen Braguine, un des principaux cher
de la dernière grève de Roslow, a été frappé
d'aliénation mentale dans la prison de Kamens*
kaya, où il est détenu depuis plusieurs sC-,
maines. On a dû le transporter dans un asile
d'aliénés. Son cas est désespéré.
LES CONGRÉGATIONS
Perquisitions chez les Assomp-
tionnistes.
Depuis qu'ils ont été dispersés, les frères
assomptionnistes ont quitté la rue Franco; -1"
et la rue Bayard et se sont installés ine. vi,
viduellement dans des locaux séparés. M. A -
dré, juge d'instruction, voulant connaitt,,
exactement l'action de ces porteurs de frocar
sur le journal La Croix, a chargé MM. Ha-
mard, chef de la Sûreté, Biot, sous-chef de Ik
Sûreté, Roy, commissaire aux délégations j u,
diciaireâ, et quatre commissaires de quartier,
de rechercher les pères dispersés, et de péri
quisitionner à leurs nouveaux domiciles. Ces
opérations ont été faites hier après-midi. Le4
magistrats se se ut successivetueat rendus 16
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 98.5%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 98.5%.
- Auteurs similaires Fonds régional : Picardie Fonds régional : Picardie /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Picardi1"Ordonnance du Roi, portant création de quatre régimens pour le service des colonies de l'Amérique . Du 18 août 1772 /ark:/12148/bd6t54205036f.highres Ordonnance du Roi, portant réduction & fixation du nombre des gardes de la Marine, & augmentation de places d'enseignes de vaisseau dans les brigades du corps-royal de la Marine . Du 29 août 1773 /ark:/12148/bd6t54205039p.highres
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k75724365/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k75724365/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k75724365/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k75724365/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k75724365
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k75724365
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k75724365/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest